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Moi , personnellement , je n' ai rien dit parce que , par tempérament , j' attends que les choses soient terminées avant d' élever la voix , mais le 2 novembre et le 5 novembre , il y a eu rapport de l' état-major militaire français - tous les chiffres que nous avons cités proviennent naturellement de l' état-major de l' armée : lui seul est en mesure de nous apporter les informations dont nous avons besoin , doublées en la circonstance par le satellite américain - le 2 et le 5 novembre , j' avais demandé des renseignements sur la situation des éléments itinérants libyens restés , en dépit de l' accord passé entre monsieur Cheysson et monsieur Triki - sur les instructions qui étaient les miennes , en ce qui concerne monsieur Cheysson , bien entendu - il reste quelques éléments extrêmement faibles ; on peut considérer que la place de Faya est libre ; on peut considérer que la place - ce sont des oasis ou quelques points de chemins , de rencontre , d' itinéraires - de Gouro et de Omianga qui se trouvent au nord-ouest , ainsi que Fada , sont libres .

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F. Mitterrand - 16 décembre 1984

Vous avez d'abord parlé de mes voyages , mais il faut savoir qu' au rythme des conférences et des réunions internationales obligatoires , il est difficile de ne pas être assez souvent à l' étranger .

Parlons simplement de l' Europe pour l' instant : il y a au moins 3 sommets européens des 10 pays par an , il y a au moins 2 réunions franco-allemandes , et avec les Italiens et les Anglais , 1 ou 2 ; il y a des réunions qui , dépassant l' Europe , s' appellent les sommets industrialisés - ce sont les 7 grands pays industriels , plus la Communauté européenne - un rendez-vous de plus ; il y a les sommets franco-africains - une année sur 2 , cela a lieu en Afrique .

Il faut y aller ; j' en reviens .

Si vous y ajoutez 2 ou 3 voyages dans l' année pour aller visiter des pays qui vous demandent - car , bien entendu , je n' y vais que lorsqu' on m' invite - on a déjà le compte .

Ensuite , vous dites : cette politique extérieure a été approuvée d' une façon générale - je le crois , elle l' est peut-être encore - puis un certain nombre de décisions , d' interventions , de rencontres ont désarçonné l' opinion , une partie de l' opinion en tout cas , de telle sorte qu' on ne peut pas prétendre qu' il y a un consentement général : ma visite en Syrie , au Président Assad , ma rencontre avec le Colonel Kadhafi en Crète , les décisions que j' ai prises sur le Tchad sont , je crois , les événements les plus typiques de cette distorsion de l' opinion .

Je suis tout prêt à vous répondre sur ce sujet , mais je vais vous faire une remarque : une politique étrangère ne peut se juger que sur la durée .

Est -ce que vous jugez un film sur 3 images ? il faut quand même en connaître le déroulement .

Est -ce que vous jugez un portrait parce que on a dessiné une oreille , et même quand on a dessiné tous les traits du visage et qu' il manque le regard , est -ce que vous avez vraiment un portrait ? une politique étrangère , c' est cela .

Je demande simplement aux Français de bien vouloir me juger sur la distance .

Pas forcément .

Déjà , on va le commencer ce soir .

Des ministres m' accompagnent quand c' est nécessaire ; d' une façon générale , ils sont toujours là et je ne connais guère de cas où j' ai fait un voyage à l' étranger où je n' ai pas été accompagné d' un membre du gouvernement .

Quels sont ces cas ? - vous en avez relevé 2 dans votre brève énumération , vous n' en trouveriez pas beaucoup d' autres - Ifrane : c' était une invitation personnelle ; elle est tombée dans un moment où on lui a donné une certaine interprétation , mais je le répète , c' était une invitation personnelle ; la Crète , c' était un rendez-vous entre chefs d' Etat et il avait été dit par les ministres des affaires étrangères que ni l' un , ni l' autre n' y viendrait - s' ils avaient voulu m' accompagner , bien entendu je les aurais acceptés avec joie .

il ne faut donc pas généraliser .

Personnelle ? c' est un peu la cinquième République .

On pourrait corriger , c' est certain , il y a des usages excessifs , mais il est vrai que la politique étrangère relève essentiellement du Président de la République .

Il n' y a pas une seule de mes démarches , et particulièrement celles dont nous venons de parler qui n' ait été longuement délibérée avec le Premier ministre , le ministre des affaires étrangères et , quand c' était nécessaire , avec le ministre des affaires européennes : donc , je me sens la conscience tout à fait tranquille par rapport à mes devoirs .

Là , si vous le voulez bien , on va décomposer les questions sans cela je risquerais de faire une sorte d' exposé général .

Pourquoi y être allé ? tout simplement pour arrêter l' invasion libyenne au Tchad et l' arrêter de telle sorte et à un tel niveau qu' il y ait protection , sécurité pour ce qu' on appellera grosso modo , l' Afrique noire .

Nous avons entre 8 et 10 accords de défense militaire et nous avons , d' une façon générale , la confiance de ces pays qui attendent de la France qu' elle joue un rôle particulier pour leur sécurité et leur développement .

Je voudrais vous montrer , à cet égard , Monsieur Bromberger mais aussi à vous madame et messieurs , des éléments d' appréciation que j' ai notés ici - il s' agit de cartes - pour que l' on comprenne bien exactement de quoi il s' agit .

Ici c' est la carte de l' Afrique : on voit bien où se trouve le Tchad , à côté de la Libye ; cette petite zone , là , c' est la zone conquise par la Libye , en 1972 1973 et qui appartient toujours au Tchad sur le plan international , mais qu' on oublie généralement dans les débats : on fait comme si cela n' avait pas eu lieu mais , moi , j' y pense toujours et , naturellement , le chef du gouvernement du Tchad y pense plus que moi .

Vous avez là la situation du Tchad : la Libye - toujours la bande d' Aozou , ici même , phagocytée par la Libye depuis maintenant 11 à 12 ans - et vous avez l' Afrique noire - elle est là - vous avez le Niger , le Nigéria - d' origine britannique - le Cameroun - d' origine allemande , certes mais surtout d' influence française - le Centrafrique et le gros de l' Afrique noire qui se trouve là ; restent naturellement l' Egypte et le Soudan : ce sont des pays de nature différente .

à partir du moment où les forces du colonel Kadhafi arrivaient là , au mois d' août 1983 , il suffisait de 3 ou 4 jours pour que tout le reste fut pris .

Je vais passer aux autres cartes et vous allez comprendre .

Cela , c' est l' état dans lequel j' ai trouvé le Tchad , le 10 mai 1981 : tout ce qui est rose est occupé par la Libye ; cette partie-là , jaune et rose , est sous le contrôle de la Libye : c' est dire que la totalité du Tchad était , quand je suis arrivé à la présidence de la République , sous le contrôle de la Libye , la France était partie : voilà la situation en 1981 .

Dès lors , je vais m' efforcer de faire reculer cette influence que je crois dangereuse , non seulement pour le Tchad - nous n' avons pas d'accord militaire avec le Tchad , pas d'accord du tout - mais , il y a une réalité politique , pour obéir à ma conception générale d' une stratégie en Afrique , c'est-à-dire pour éviter le contact entre les forces libyennes et cet énorme continent d' Afrique noire dans lequel s' exerce une réelle influence de la France et où il y a des obligations françaises de sécurité .

Vous voyez bien cette carte : le Tchad avait perdu son indépendance .

Après une phase très brève pendant laquelle monsieur Goukouni , qui était à l' époque Président du Tchad , avait obéi à mes recommandations et avait demandé le retrait des armées libyennes , ce retrait s' était effectué .

Ca n' a pas duré longtemps : Hissein Habré a très rapidement vaincu monsieur Goukouni , s' est installé à N' Djamena , et la Libye - qui ne supporte pas très aisément monsieur Hissein Habré - est redescendue du Nord vers le Sud en août 1983 .

J' ai fait intervenir l' armée française , c' est ce qu' on a appelé l' opération Manta , à peu près sur le quinzième parallèle , puis un peu plus tard , après un accident aérien qui a causé la mort d' un homme , on est remonté jusqu' ici .

En réalité , les forces libyennes étaient cantonnées dans la partie rose , et même , si on voulait que la carte fut exacte , on dessinerait une ligne comme cela , en suivant le seizième parallèle .

J' ai donc protégé ce que j' avais souhaité protéger .

Alors , vous me posez la question : pourquoi vous n' êtes pas remonté au Nord ? eh bien parce que on y est allé 2 fois .

D'abord entre 1968 , 1969 et 1972 , c' est le général de Gaulle , le gouvernement Couve De Murville , qui a décidé d' aller au Nord pour des opérations de maintien de l' ordre avec , déjà , l' influence libyenne ; on y est resté 3 ans , on y a perdu une quarantaine d' hommes , et on est reparti , moins les morts naturellement .

En 1976 , le gouvernement de l' époque , sous l' autorité de monsieur Giscard D' Estaing - le Premier ministre était monsieur Chirac - a signé un accord , le 6 mars 1976 , avec le Tchad , selon lequel pas un soldat français ne pouvait pénétrer au Tchad ; il ne devait participer à aucune opération de résistance contre l' agresseur étranger ou à aucune opération de maintien de l' ordre : donc , plus aucun accord , plus rien en 1976 .

Cela fait bientôt maintenant 9 ans qu' il n' y a plus rien , plus de base juridique , diplomatique entre le Tchad et la France et qui a décidé cela ? ce n' est pas moi .

Un peu plus tard , en 1978 , sous la pression des événements - parce que le gouvernement tchadien réclame de nouveau , malgré l' accord d' abrogation d' une assistance militaire , le soutien de la France - on revient une deuxième fois , pas tout à fait au Nord .

Et au bout de 2 ans on s' en va , la situation était pire .

La deuxième fois , on perd 18 hommes , je veux dire à la guerre , une dizaine d' autres par accident et au moment où le premier soldat français s' en va .

Ce n' était pas moi qui était là à cette époque , je me permets de vous le signaler .

C' est pourquoi on a trouvé la première carte de tout à l' heure , c'est-à-dire le Tchad entièrement occupé ou contrôlé par la Libye .

J' ai donc , avec l' opération Manta , stoppé la nouvelle opération libyenne à ce niveau , protégé les Etats d' Afrique noire qui m' en priaient , qui en priaient la France .

Nous avons avancé de 100 kilomètres , je l' ai dit , et il y a eu un accord récent entre la Libye et la France pour l' évacuation du Tchad par nos 2 armées , comme nous le demandait l' ensemble des partenaires internationaux : que les armées étrangères au Tchad s' en aillent , et j' en étais d'accord , à condition naturellement que cela fut réciproque .

Aujourd'hui , pour toute cette partie du Tchad , il faudrait redessiner à peu près les même choses , c'est-à-dire encore le seizième parallèle , estimer que toute cette partie-là obéit à l' autorité de monsieur Hissein Habré , du gouvernement légitime au Tchad ; ici il y a des implantations .

Pourquoi est -ce que je ne suis pas allé au Nord ? je viens de vous le dire : parce que c' est inutile , c' est une partie du Tchad totalement désertique , une montagne désertique , avec quelques oasis , et l' armée française n' a rien à y faire .

J' ajoute que c' est d'autant plus difficile que , pendant les années dont je viens de vous parler , c'est-à-dire avant 1981 , nous avons constamment vendu des armes à la Libye ; on a vendu 150 mirages , des chasseurs bombardiers - dont 40 f-1 , en 1976 - et , en 1976 encore , après la dernière guerre , nous avons vendu 10 bâtiments de guerres , des navires , et puis 12 hélicoptères super-frelon .

Bref , les soldats .

Je vais vous répondre : un an avant , en fait , il y avait , au nord , une permanence d' éléments libyens , aujourd'hui dispersés - on va peut-être répondre à cette question pour savoir ce qu' il en reste - cette zone-là n' a pas été pénétrée depuis les accords .

Selon moi , les Libyens ne disposent pas de force offensive qui puisse descendre vers le sud , dans l' état actuel des choses : si cet état actuel des choses devait changer , bien entendu les dispositions sont prises .

Il y a , au Centrafrique , l' armée française ; il y a , à proximité , l' armée française - en l' espace de 2 à 3 heures , l' aviation ; en l' espace d' une journée , les forces terrestres .

Vous me dites : pourquoi est -ce que vous ne montez pas jusqu' au nord ? c' est donc que vous acceptez le fait accompli ? Je n' accepte pas la possession du Tchad par la Libye , je la dénonce ; je dénonce également cette occupation-là - je le répète : plus personne n' en parle - celle -ci , en droit , relève de l' autorité de la souveraineté du Tchad .

En fait , il y a des occupations militaires et je ne suis pas chargé de dire le droit ; ce que je peux dire c' est que la France n' acceptera jamais , politiquement et juridiquement , cette amputation d' un Etat africain .

Mais je ne suis pas le gendarme de l' Afrique ; l' armée française n' est pas chargée de cela .

Il appartient au gouvernement du Tchad , ensuite à l' organisation africaine - de reconquérir s' il le désire .

Nous l' avons aidé beaucoup , jusqu' alors .

Aider , cela veut dire vendre des armes , cela veut dire équiper .

C' est sous sa responsabilité ; les soldats français ne doivent pas aller au Nord , à moins qu' une situation nouvelle ne se crée .

Bref , mon objectif est le même depuis le premier jour et la situation est la même depuis le premier jour mais les moyens sont différents ; vous imaginez bien que les moyens sont différents , d'abord parce que le problème ne se pose plus qu' au Nord .

peut-être l' a -t-on oublié - vous qui suivez ces problèmes , vous le savez - tout le Sud est aujourd'hui en état de guerre civile .

Une armée française qui regarde vers le Nord peut se faire tourner , demain par le fait qu' il y a rébellion au Sud .

Il y a 5000000 de gens , ici qui sont les Noirs ; ici ce sont des populations du désert : il y en a 150000 , 200000 .

Ces 5000000 à l' heure actuelle , discutent , contestent l' autorité du gouvernement de N' Djamena au point qu' il y a des actes de guerre extrêmement durs , des villages qui sont rasés , brûlés : il y a des morts d' hommes par centaines .

L' Evêque catholique du Sud du Tchad et 200 religieuses environ m' ont saisi des craintes qu' ils éprouvaient , par le fait que les Français , considérés naturellement comme les alliés du gouvernement de N' Djamena , étaient à ce point impopulaires dans cette population qu' il fallait maintenant les protéger : je viens de prendre les dispositions pour protéger les populations françaises et autres , amis de la France , dans cette région .

C' est pour vous dire que les choses sont différentes , si l' objectif reste le même .

Notre aviation - c' est la dernière réponse à votre question - contrôle désormais , ce qui n' était plus le cas au moment de l' opération Manta , la totalité du territoire .

Non , monsieur Bromberger , les choses ne sont pas ainsi .

Moi , personnellement , je n' ai rien dit parce que , par tempérament , j' attends que les choses soient terminées avant d' élever la voix , mais le 2 novembre et le 5 novembre , il y a eu rapport de l' état-major militaire français - tous les chiffres que nous avons cités proviennent naturellement de l' état-major de l' armée : lui seul est en mesure de nous apporter les informations dont nous avons besoin , doublées en la circonstance par le satellite américain - le 2 et le 5 novembre , j' avais demandé des renseignements sur la situation des éléments itinérants libyens restés , en dépit de l' accord passé entre monsieur Cheysson et monsieur Triki - sur les instructions qui étaient les miennes , en ce qui concerne monsieur Cheysson , bien entendu - il reste quelques éléments extrêmement faibles ; on peut considérer que la place de Faya est libre ; on peut considérer que la place - ce sont des oasis ou quelques points de chemins , de rencontre , d' itinéraires - de Gouro et de Omianga qui se trouvent au nord-ouest , ainsi que Fada , sont libres .

Le 5 novembre , on a réitéré cette information ; c' est à partir du 9 novembre que les informations provenant de ces 2 sources , française et américaine , ont indiqué qu' un certain nombre de Libyens sont revenus .

C' est à partir du 9 et du 10 , ce que je viens de vous dire .

Quand je suis allé en Crète , j' étais informé , je savais qu' il y avait - d'après l' estimation de l' état-major français , à l' époque - 1200 à 1500 Libyens qui , je le répète , n' avaient pas de force offensive , mais qui étaient restés dans les creux , qui réapparaissaient , qui s' étaient dissimulés sans doute dans les oasis , ou bien qui revenaient de la bande d' Aozou .

Ce n' était pas très difficile : j' ai montré les cartes , il y a un moment .

Vous pouvez apprécier comme vous voulez , mais c' était le 15 novembre et les informations qui marquaient un certain retour , une réapparition d' une force très diminuée , mais qui ne devait pas être là , du côté des Libyens : c' était les 9 , 10 , 11 et 12 - chaque jour d'ailleurs , nous multiplions nos enquêtes : nos avions circulaient dans le ciel - je suis parti le 15 au matin pour dire quoi ? Pour dire : " Vous souhaitez tendre la main à la France comme ce fut le cas dans le passé " puisque le colonel Kadhafi est venu à l' Elysée - il est venu ici , il a été reçu par monsieur Pompidou , après ce que j' appellerai la première guerre du Tchad où il n' était pas impliqué directement , mais tout le monde savait que les Libyens inspiraient les gens du nord , les Tchadiens révoltés - déjà monsieur Goukouni Oueddei , et aussi monsieur Hissein Habré - à l' époque , il est venu ici ; ce n' était donc pas un personnage qu' on ne fréquentait pas .

J' ai dit tout à l' heure qu' on lui vendait des armes très agressives - à l' époque : on n' en a pas vendu une depuis 1981 - des ministres et même des premiers ministres sont allés à Tripoli .

Je ne suis pas allé , moi , en Libye ; le colonel Kadhafi n' est pas venu en France : je l' ai rencontré - dans un territoire étranger , neutre , la Grèce - quoi de plus normal ? Pour lui dire quoi ? " rien n' est possible tant que la situation au Tchad ne sera pas conforme à vos engagements " .

Et c' est pourquoi la conversation n' a pas eu de suite et que j' ai donné des instructions à notre armée - celles que je viens de rappeler - à savoir de protéger la zone que j' avais fixée en 1983 et de surveiller naturellement l' autre zone pour éviter des infiltrations .

C' est vous qui dites cela , cela ne couronnait rien du tout .

Tant qu' une action n' est pas terminée , elle n' est pas terminée - elle ne l' est pas encore - je vous l' ai dit tout à l' heure , la diplomatie , c' est une affaire lente , difficile ; on a des partenaires qui sont difficiles aussi .

Ce que je sais , c' est que , depuis que j' assume la responsabilité du pouvoir , la Libye a constamment dû reculer au Tchad ; ce que je sais , c' est qu' avant mon arrivée ici , la Libye dominait le Tchad , et mon intention , ma volonté est d' aboutir à la libération de ce pays par une pression constante , et par les moyens que je décide , et non pas par ceux qu' on veut m' imposer par la propagande ou par des invitations à aller sacrifier un certain nombre de soldats français , alors que la France n' y a nul intérêt .

J' entends rester maître de ma décision , et on jugera en fin de compte .

Sans aucun doute , monsieur De La Gorce , la France a beaucoup de peine à convaincre les autres pays du Nord industriel à concevoir une politique utile dans les relations avec le tiers-monde , avec le Sud - vous avez tout à fait raison - seulement la France cherche à donner l' exemple .

Notre conviction à nous , c' est que la politique étrangère qu' il faut dessiner peu à peu comporte parmi ses éléments principaux une politique de développement à l' égard du tiers-monde , et rien de ce qui est fait actuellement n' y concourt : le désordre des monnaies , le prix du dollar - qui en l' espace de quelques heures anéantit l' effort d' une année dans plusieurs pays africains , pauvres naturellement - le fait que nous n' ayons pas répondu aux besoins d' autosuffisance alimentaire par les moyens qu' il faudrait prendre pour que les gens puissent se nourrir .

Je plaide , et vous me direz : " On ne vous écoute pas beaucoup " .

Je veux dire que les intérêts qui jouent contre les propos de la France sont encore très puissants , jusqu' à ce qu' ils se rendent compte que , s' ils ne font pas un moratoire , un allégement des charges financières des pays du tiers-monde , s' ils ne raniment pas les termes de l' échange , bref s' ils ne donnent pas davantage de moyens pour la production dans ces pays - ce qui fera aussi plus de consommateurs pour les pays du Nord - nous nous enfoncerons avec eux ; naturellement nous avons plus de réserves .

Alors , je l' ai dit à Mexico , tout de suite en arrivant , je l' ai dit au Caire , je l' ai dit à Alger , à Williamsburg , partout .

La France elle , se met en accord avec ses paroles , nous avons augmenté notre aide , en dépit de la dureté des temps , alors que le budget en France est sévère .

Non , monsieur Mazières , non , les crédits - je pourrais vous en parler tout à l' heure - le total des sommes qui sont apportées par la France à l' ensemble du tiers-monde pour l' aide budgétaire sont de 13 milliards , dont 65 % pour l' Afrique - donc environ 8 milliards - et vous pourrez constater que nous avons constamment augmenté d' un fort pourcentage notre aide bilatérale directe et notre aide multilatérale dans le cadre des institutions internationales .

Nous mettons nos actions en accord avec nos paroles et les gens le savent dans le monde entier .

J' étais - au nom de la France naturellement - le seul invité des grands pays industriels , lorsque madame Gandhi nous a conviés à venir débattre du problème du tiers-monde , lors de la session des Nations-Unies où je me suis trouvé .

Nous sommes reçus par eux .

Je dis que la France est le pays aujourd'hui le mieux reçu et le plus populaire , parce que on sait que la France - c' est d'ailleurs une grande tradition qui m' a précédé , je n' en suis pas l' inventeur , je la poursuis , je l' élargis - apparaît comme le pays le mieux compris , le plus aimé de l' ensemble des pays du tiers-monde .

Voilà ce que je veux dire , et si je ne suis pas arrivé à convaincre les Américains , nos partenaires , si nous sommes aujourd'hui avec 3 pays scandinaves , Suède , Norvège , Danemark et d' une certaine manière la Hollande , en tête de tous les pays qui aident - les autres ont réduit leur aide , alors que nous nous l' avons augmentée - cela correspond bien à une politique .

On parlera tout à l' heure de l' Est et de l' Ouest , de l' équilibre des forces : première ligne d' action ; le développement Nord-Sud : deuxième ligne d' action ; l' Europe - l' Europe de la Communauté , des 10 ou des 12 il faut qu' elle existe - troisième ligne d' action .

Mon sentiment est qu' il faudra respecter la décision des populations locales et la complexité de ce problème tient au fait qu' il existe 2 communautés importantes , l' une qui est Canaque , qui est homogène , l' une est légèrement plus nombreuse que l' autre - de l' ordre de 65000 d' un côté , 60000 de l' autre - avec une population complémentaire qui vient des îles , que j' appellerai voisines , bien qu' elles soient fort éloignées de la Nouvelle-Calédonie , notamment de Wallis .

Je suis en effet de ceux qui croient que ce territoire , pour l' appeler par son nom , est appelé à réaliser son émancipation , sous une forme d' autonomie ou d' indépendance , qu' il doit définir lui-même , que les populations doivent définir elles-mêmes .

Vous avez certainement fait bondir pas mal de nos auditeurs , madame , en disant que dans le cadre de la politique extérieure nous parlions de la Nouvelle-Calédonie , parce que alors vous seriez déjà entrée dans le raisonnement repris par monsieur Colomès , à savoir : est -ce que c' est donc un pays indépendant , puisqu'il fait partie de la politique extérieure ? Il le sera peut-être , il ne l' est pas encore .

Pourquoi est -ce que ce problème s' est à ce point aggravé , monsieur Colomès ? c' est parce que nous avons tout fait en dépit du bon sens .

En 1956 , il y a 28 ans , une loi - c' est monsieur Gaston Defferre à l' époque qui l' a proposée et fait adopter - qui s' appelait " loi-cadre " , a fait que dans tous les territoires d' outre-mer , un gouvernement a été constitué sous l' autorité du gouverneur .

En 1956 , monsieur Defferre et le gouvernement de l' époque , qui était le gouvernement de monsieur Guy Mollet - j' appartenais à ce gouvernement - ont décidé , qu' autour du gouverneur il y aurait un gouvernement , un conseil de gouvernement , et les membres de ce conseil seraient des ministres , et ils seraient naturellement des autochtones , des représentants de la population locale .

Ce gouvernement , ou conseil de gouvernement , avait de très réels pouvoirs ; à côté de ce conseil de gouvernement , une assemblée territoriale avait bénéficié d' une décentralisation très grande .

On pouvait croire , là-bas comme ailleurs , qu' on s' acheminait vers un statut qui s' éloignait du statut colonial à grands pas .

En 1958 , le Général De Gaulle - à l' occasion naturellement du référendum pour valider son pouvoir et la Constitution , et pour obtenir la majorité en Nouvelle-Calédonie - promet non seulement le maintien de ce statut , celui de 1956 , la loi-cadre mais encore promet de faire mieux , d' apporter plus de garanties , que le statut sera évolutif , mais dans le sens d' une plus grande autonomie .

Et c' est le contraire qui se produit : en 1963 , on supprime le conseil de gouvernement ; on restitue tous ses pouvoirs au gouverneur - et on ne le fait que là , on ne le fait que là - on supprime les pouvoirs accordés à l' assemblée territoriale .

Désormais c' est à Paris qu' on décidera , du problème minier naturellement - il y a le nickel et de puissantes compagnies , et de puissants intérêts qui se défendent fort bien auprès de Paris , mais qui ne sont pas très bien vues parce que elles ne pratiquent pas la justice sociale et économique en Nouvelle-Calédonie - et ainsi de suite , on revient sur tout ce qui a été accordé .

Nous arrivons en 1981 , qu' est -ce que nous faisons ? eh bien , nous prenons par ordonnance 4 dispositions sur les propriétés foncières .

Savez -vous qu' à l' heure actuelle , il y a des propriétés , très récemment encore , qui dépassaient 30000 hectares ? savez -vous qu' il y a de très nombreuses sociétés qui ont une moyenne de propriété de 1500 hectares ? savez -vous que les Canaques en moyenne possèdent 2 hectares , 2 hectares et demi .

C' est dire qu' on a fondé la Nouvelle-Calédonie moderne sur un état d' injustice que je déclare insupportable , que je n' accepte pas et qui a animé sans aucun doute le choix qui a été fait par la formation politique à laquelle j' appartenais avant d' être Président de la République - je n' appartiens plus à aucune d' entre elles aujourd'hui , naturellement - ce qui fait que les Canaques sont arrivés à l' exaspération , et que nos réformes , elles , ont été digérées tout aussitôt , parce que ce n' était plus ce qui intéressait une population " qui ne marche plus " ; c' était l' indépendance , mais avec un aspect qui , en effet , est difficilement acceptable : " l' indépendance pour nous , Canaques ; oublions qu' il existe 65000 Néo-Calédoniens , depuis plus de 100 ans pour la plupart d' entre eux , qui habitent là , qui vivent là , qui y sont nés , qui se reconnaissent dans leur pays , oublions -les , et le sort de la Nouvelle-Calédonie ne peut se décider que par le vote des Canaques " .

Voilà le problème qui est posé à monsieur Pisani , mais monsieur Pisani sera là la semaine prochaine , il fera une déclaration télévisée , et il saisira donc l' opinion , après avoir rendu compte au gouvernement .

Je ne veux donc pas précéder ce qu' il a à dire aux Français , ni ce qu' il a à soumettre au gouvernement ; c' est lui qui , pour l' instant , a en charge la négociation .

La négociation suppose le dialogue , par définition ; elle suppose aussi le retour à l' ordre , partout .

Je ne veux pas me substituer à lui , je veux simplement vous dire qu' il faut des institutions qui garantissent aux individus et aux communautés , aux peuples qui se trouvent sur place suffisamment de sécurité pour qu' ils aient le sentiment de disposer de tous les attributs qui reviennent normalement à un peuple sur une terre .

Monsieur Bromberger , je vous ai dit que c' était la tâche actuelle de monsieur Pisani , et que je ne veux en rien compliquer cette tâche .

Il est , à l' heure actuelle , en débat , en discussion avec les différentes fractions de la population néo-calédonienne , et je ne veux pas anticiper ; vous en comprendrez sans doute la nécessité .

Politiquement , psychologiquement , il faut y prendre garde .

Simplement , je rappellerai - dès le point de départ , et , justement sans m' engager plus avant dans cette discussion - qu' en Guadeloupe , en Martinique , pour prendre des exemples , il y a un seul peuple ; il y a des majorités et des minorités à l' intérieur du même peuple , et ces minorités doivent s' incliner devant le suffrage de la majorité .

J' ajoute que , chaque fois que l' on vote , les " indépendantistes " - pour les appeler d' un nom général appliqué aux uns et aux autres - sont très minoritaires , extrêmement minoritaires , ce qui ne représente donc pas la voie de ce peuple-là .

Sur le plan de la Nouvelle-Calédonie , le problème serait très simple si l' on pouvait le résoudre ainsi , mais , en fait , il n' est pas ainsi .

Ce n' est pas une majorité de quelques milliers de voix , et même d' une seule , qui pourrait faire que la revendication de la population canaque , ou de la population dite caldoche , c'est-à-dire d' origine européenne et française , pourrait se trouver garantie , trouverait sa sécurité .

D' où l' extraordinaire complexité de ce problème , qui réclamerait de la part des Français , et surtout des responsables politiques , plus de discipline , plus de souci de l' intérêt qui nous est commun , plus de souci de la France , pour ne pas se déchirer sur un problème que je viens de décrire trop rapidement , mais qui devrait être résolu de façon que la France préserve dans ces régions lointaines et dans les océans alentour une position qu' elle ne doit pas perdre .

Il y en a des appétits extérieurs et la façon dont agit , par exemple , l' Australie est tout à fait surprenante , parce que si le problème des autochtones d' origine , en Australie , ne se pose plus , c' est parce que - enfin , il y a bien encore des aborigènes - c' est parce que on les a tués ! Naturellement , c' est là une façon - bon , oui - mais ce n' est pas la nôtre , en tout cas , dans aucune des fractions de l' opinion politique française ; ce n' est pas la voie choisie par la France , et c' est pourquoi la France est encore si estimée , si respectée dans l' ensemble de ce qu' on appelait ses colonies .

Vous savez , il y a 17 personnes parfaitement répertoriées qui ont été envoyées , qui ont fait l' aller et retour , munies d' instructions de caractère révolutionnaire .

Nous savons très bien qui c' est , et je ne pense pas qu' elles soient en état d' agir utilement .

En tout cas , ce serait tout à fait injuste d' assimiler cette tentative un peu ridicule avec la revendication profonde des uns et des autres .

C' est le sujet .

Ce qui est vrai , c' est que la France a une trace profonde là-bas , qu' elle a de nombreux ressortissants , de citoyens qui sont là-bas , que nous avons le devoir de protéger leur vie et , autant que possible , leurs justes intérêts et que nous devons avoir assez d' intelligence pour adapter cette situation en reconnaissant l' authenticité des peuples qui ne sont pas d' origine française .

Ce n' est pas sous mon septennat , ce n' est pas sous mon autorité que les gouvernements de la République iront accroître l' injustice , soumettre des populations par la force , ou bien par la force injuste de la loi , bref , par l' oppression , par la tyrannie .

Non , on n' aura pas avec moi ce qu' on a eu en d' autres temps , je vous le dis tout de suite , et je n' accepte pas la situation faite aux minorités en Nouvelle-Calédonie .

Cela dit , il y a une majorité , une réalité française et j' entends également la préserver .

Permettez -moi de répondre à la question qui chevauchait l' intervention d' Anne Sinclair , et la vôtre , monsieur De La Gorce : " Vous étiez là , puis ailleurs , cela paraît contradictoire " .

Cela ne l' est pas , c' est complémentaire : on ne voit ce que donne le film , l' intrigue du film , qu' à la fin .

Quand je vais voir le Président Assad , qu' est -ce que je reçois comme critiques ; bien entendu , on nous dit : " jamais vous n' auriez dû y aller " , mais , des mois avant moi , c' était monsieur Shultz , le numéro 2 américain qui se trouvait là ; mais les Américains , eux , peuvent aller partout , moi pas ! Je ne m' inscris pas dans ce genre de raisonnement , madame et monsieur - mais je n' ai pas dit que c' était le vôtre - je vais où je veux aller , pour représenter la France , et nous y avons des intérêts de toutes sortes .

Cela dit , si l' on juge ma visite au Président Assad - qui , en effet , sur bien des points , se trouve dans un camp opposé , dont la vue du monde est loin d' être la nôtre sur des problèmes importants - nous avions à parler du Liban dont nous sommes , chacun à sa façon , les amis et même les voisins , parce que nous sommes voisins par la culture et par le passé du Liban .

Et puis , je reçois , quelques jours après , monsieur Shimon Pérès , Premier ministre d' Israël , à Paris , radieux de se trouver en France , me disant , et , d'ailleurs , disant publiquement : " Mais , c' est une très bonne chose que vous ayez vu le Président Assad " - il sont en guerre - oui , parce que quand on a des amis qui peuvent parler aux autres , eh bien on peut être utile , et on est utile .

Et puis , quelques jours après , je reçois le roi de Jordanie , le roi Hussein .

Il est en très grave - comment dirais -je ? - désaccord , c' est le moins qu' on puisse dire , avec le Président Assad , à Damas , et que me dit -il ? " c' est quand même très important qu' il y ait un pays qui puisse parler aux uns et aux autres , dans lequel nous ayons confiance , qui est notre ami " .

Et aujourd'hui , la France , je vous l' assure , est le seul pays qui compte et qui puisse agir aussi bien du côté d' Israël que du côté des pays arabes sans exception : l' Irak , l' Egypte , la Jordanie , l' Arabie Saoudite , la Syrie , le Liban , les Emirats , d' autres encore bien entendu .

Je considère qu' au total , c' est important pour mon pays .

J' ai répondu à la première question , je réponds à la deuxième .

Je suis allé à Jérusalem monsieur - encore le même récit , à peine étais -je allé à Jérusalem , c' était interdit , sans doute , j' étais le premier à y aller , comme chef d' Etat français - on me dit : " Mais , vous allez vous brouiller avec les Arabes " .

Mais , à la tribune de la Knesset , j' avais dit qu' Israël devait , selon moi - c' est un pays qui a ses représentants , je n' en suis pas , mais je donne mon opinion - reconnaître la réalité palestinienne , j' ai même parlé d' un Etat palestinien , j' ai même prononcé le sigle OLP , ce qui paraissait absolument extraordinaire .

J' avais parlé d' Israël lorsque j' étais en Arabie Saoudite , et j' ai parlé d' Israël lorsque je suis allé à Damas - ce qui ne s' était jamais fait - parce que je suis libre , parce que la France est libre .

Alors j' y mets quelque passion , monsieur De La Gorce , parce que c' est toujours la même chose : on décime les Palestiniens , nous pensons qu' ils ont le droit de vivre et j' en parle chaque fois à mon ami Shimon Pérès .

A -t-il fait des progrès ? il est plus ouvert que ses prédécesseurs sans aucun doute , déjà , dans la façon de traiter les implantation israéliennes en Cisjordanie mais la façon dont il examine le départ - bien entendu il discute des conditions de sa sécurité - des Israéliens , du Liban , je ne suis pas sûr - enfin je suis plutôt sûr du contraire - je suis assez sûr qu' il n' y a pas de pas en avant du côté de l' OLP et du côté d' Arafat .

Il y avait tout à l' heure une question sur l' OLP .

Vous savez que nous sommes intervenus au Liban pour sauver les Palestiniens - cela nous avait valu une controverse assez rude avec monsieur Begin et Israël - nous avons sauvé d'abord 4000 Palestiniens à Beyrouth , puis 4000 à Tripoli , au moment de l' opération syrienne , et nous avons procédé à un échange , nous , choisis comme arbitres , entre Israël et les Palestiniens , le monde arabe .

Recevoir monsieur Arafat , c' est une autre affaire .

L' OLP est un mouvement , c' est une armée clandestine , ce n' est pas un Etat , L' OLP est représentée à Paris , il y a une délégation qui a d'ailleurs été reconnue par mon prédécesseur , monsieur Giscard D' Estaing , il n' a pas eu tort .

Mais , intervenir maintenant à ce niveau , au mien , je ne crois pas que ce soit opportun : cela ne faciliterait pas les choses , cela ne ferait pas avancer l' heure de la paix .

Il y a d' autres façons de procéder .

Je suis un peu fâché que le temps - c' est lui le seul responsable - nous empêche d' aller assez loin sur chaque question mais quand vous m' avez posé la question sur le développement , je sais que vous teniez tous à ce qu' on parle d' un aspect particulier sur lequel je suis alors passé très vite , c'est-à-dire la famine - on a parlé de grandes idées , problème monétaire , moratoire , tout ce qu' on voudra - mais la famine , je veux vous en dire un mot .

La France a proposé à Dublin , à la dernière réunion des 10 pays de l' Europe , une augmentation de l' aide alimentaire , et nous avons ajouté à la distribution des 500000 tonnes de céréales déjà accordées 700000 autres tonnes , donc 1200000 .

Et sur ce 1200000 , la France fournit 25 pour 100 , c'est-à-dire 300000 tonnes .

D' autre part , la France a pris sur elle , en dehors de cet accord , d' apporter 100000 autres tonnes , si bien que la France , cette année fournit un apport de 400000 tonnes de céréales pour l' alimentation des pays soumis à la famine .

Ce n' est pas la seule chose qu' elle fait , parce que il y a des initiatives privées : par exemple les producteurs de céréales , leurs coopératives , préparent à l' heure actuelle une action , un sac de blé par 10 hectares , je crois ; cela fera 20000 tonnes de plus qui pourraient être acheminées .

Le Congrès mondial des jeunes agriculteurs s' est réuni au Burkina .

Je le souhaite , et l' Etat est prêt à les soutenir à fond .

J' ai dit ce que je voulais dire là-dessus , ce n' est pas indifférent .

Ce n' est pas d'ailleurs la distribution qui suffira , il ne faut pas simplement apporter des céréales il faut aussi apprendre à les semer , il faut aussi apprendre à les traiter , il faut aussi connaître les sols , et cetera .

Il y a une éducation agricole à faire ; nous y travaillons .

Je ne veux pas y revenir , cela risquerait d' être trop long .

Je rappelle toujours , monsieur Tatu - mais vous le savez bien , il nous est arrivé d' en débattre - que les 3 axes principaux de la politique française sont bien l' Europe - on en dira un mot tout à l' heure , il faut que l' Europe existe - le tiers-monde , le développement des rapports Est-Ouest .

Il faut équilibrer : la paix viendra de l' équilibre des forces .

Si l' un des 2 blocs , disons les Etats-Unis , l' Amérique , est vraiment trop puissant par rapport à l' Union Soviétique , très vite celui qui se trouve plus faible voudra intervenir avant que l' autre soit encore le plus fort , et vice versa .

De même , la notion de l' équilibre en Europe .

C' est pourquoi je suis intervenu au début de mon septennat sur l' affaire des Pershings : j' ai trouvé inacceptable qu' il y ait ce qu' on appelle les armes nucléaires intermédiaires ( pour ne pas compliquer les choses ) .

Ce sont quand même des armes importantes , elles peuvent faire 4000 kilomètres de distance , elles peuvent détruire à 100 mètres près tous les objectifs désignés , la totalité des dispositifs militaires de toute l' Europe occidentale .

Il y a 750 charges nucléaires en Union Soviétique , pourquoi ? cela ne peut pas traverser l' Atlantique , c' est donc pour l' Europe : à partir de là , je dis non , il faut équilibrer , et j' ai pris position .

Cela a été très contesté , on a dit " super-atlantisme " .

Pas du tout ! c' est toujours la même chose : si je vais en Israël , je suis pour Israël contre les Arabes ; je vais à Damas ? je suis pour abandonner les Israéliens ; bon , je traite avec le Mexique pour lancer un appel au tiers-monde ? on dit : de quoi est -ce qu' il se mêle ? Aujourd'hui , nous sommes considérés , avec l' Espagne , comme les meilleurs amis de l' Amérique latine .

eh bien c' est la même chose si je dis : Pershings - parce que il faut équilibrer les forces en Europe , on ne peut pas laisser le monde européen sans rien dans les mains face à l' Union Soviétique - alors à ce moment-là : super-atlantisme ! Et puis , je suis allé à Moscou ensuite , on dit : mais qu' est -ce que cela veut dire ? il est en train de pactiser avec les ambitions de l' Union Soviétique ! Je pense que la contrepartie de ce que je viens de dire , c' est que la France doit avoir des relations actives d' amitié , si l' on peut , et en tout cas de respect mutuel avec l' Union Soviétique .

C' est pourquoi il existe un quatrième axe de la politique de la France aujourd'hui .

l' équilibre dans le monde et en Europe , développement pour le tiers-monde , Europe - Europe politique - doivent être complétés par une quatrième dimension , c' est l' espace et l' océan , puisque , désormais , on a les moyens techniques de pénétrer l' océan jusqu' aux fonds marins très riches et , d' autre part , puisque l' espace s' offre à la conquête de la science .

La position de monsieur Reagan tend , au fond , à réduire les délais qui peuvent assurer la défense des Etats-Unis d' Amérique - à partir de l' espace , c' est plus facile , si je peux m' exprimer ainsi - et consiste à tenter de mettre une sorte de bouclier tout le long des Etats-Unis d' Amérique - les lasers , toutes sortes de moyens , enfin je ne vais pas entrer dans les détails techniques , j' en connais certains , je ne les connais pas tous - qui ferait que les fusées ne pourraient pas le traverser .

D'abord , c' est un surarmement et ce n' est pas vers cela qu' il faut aller , il faut aller vers un désarmement , c'est-à-dire un équilibre au plus bas niveau possible .

Ce n' est pas au moment où monsieur Shultz et monsieur Gromyko vont se rencontrer à Genève - peu importe l' endroit - qu' il faut parler de surarmement .

Alors nous , Français , nous avons de ce point de vue une position différente ; elle n' est pas opposée , elle est différente .

Par exemple , nous disons : il faut pouvoir observer ce qui se passe dans l' espace , il faut pouvoir aller dans l' espace - nous en avons les moyens , avec une ariane 5 , nous en aurons les moyens ; on peut y aller - il faut que l' Europe aille , avec une station orbitale habitée , dans l' espace , observer , apprendre , savoir ce qui se passe .

Quant à militariser l' espace , par tous les moyens que nous venons d' évoquer et beaucoup d' autres , non .

Mieux vaut engager dès maintenant le dialogue avec les 2 plus grandes puissances sur ce sujet , et la position de la France ira dans ce sens , c'est-à-dire dans le sens de la non-militarisation de l' espace .

Je les ai gelées ?

Non , non , elles ne sont pas mauvaises , peut-être parce que elles n' étaient pas bonnes .

L' essentiel , c' est de récupérer ce qui avait pu être perdu quant à la considération que les Soviétiques pouvaient avoir pour la France .

Il ne faut pas s' amuser avec la France et , par exemple , tenir le raisonnement qu' on peut avoir toutes les armes qu' on veut , le cas échéant , dirigées sur la France , et que la France n' ait pas le droit d' en avoir : cela ne marche pas .

Je crois que les dirigeants soviétiques ont compris quel était mon raisonnement ; à partir du moment où ils l' ont compris - les échanges s' étaient raréfiés , s' étaient un peu gelés , c' est vrai - est passé un courant d' air chaud , et , au fond , à partir de mon voyage à Moscou et depuis lors , moi je tiens à une bonne relation avec l' Union Soviétique , j' y tiens énormément , c' est une donnée séculaire de la politique française , c' est une nécessité pour les 2 pays qui , à chaque bout du continent , doivent absolument s' entendre , mais pas au détriment de notre sécurité , et aussi à la condition que ce pays ait pour nous le respect que nous méritons .

monsieur Tchernenko , je l' ai invité quand j' étais à Moscou et il avait dit qu' il accepterait avec plaisir ; on en est là .

Absolument , et la direction des commissions qui se réunissent sera de plus en plus assumée par des personnalités engageant au sommet ou presque la politique française ; il faut aller dans ce sens .

Cela va faire un voyage supplémentaire , mais ce n' est pas moi qui irai .

J' ai participé à tous les sommets depuis 1981 naturellement , et il était facile de remarquer que les relations européennes étaient grippées , et que l' Europe de la Communauté , puisqu'elle marchait mal , allait vers sa dislocation .

On a assisté à un certain redressement , du moins dans les esprits , sans doute face au danger , à Stuttgart .

Déjà à Copenhague , on avait dit : mettons tout sur la table .

à Stuttgart il y a eu l' idée , le projet d' une union européenne qui rechercherait ses nouvelles bases .

à Athènes , on a avancé encore dans la connaissance des dossiers antagonistes , sans les résoudre .

à Bruxelles - alors là j' étais Président de la Communauté , les 6 premiers mois de cette année 1984 - on s' est entendu sur 14 questions , pas sur les 2 dernières , ce qui a empêché - notamment l' histoire du lait - un accord global .

Alors tout le monde a crié - toujours l' histoire du film , on regarde 2 images , on ne regarde pas le déroulement - à l' échec de l' Europe : la présidence française n' aurait servi à rien .

Et à Fontainebleau , qui était le deuxième Sommet de ma présidence - 6 mois , c' est vite fait - on a tout réglé ; tous les problèmes - tous les contentieux existant à l' époque , naturellement - ont été réglés , et on a pu repartir .

Pour quoi faire ? pour donner le point de départ de l' élargissement à l' Espagne et au Portugal , les conditions devant encore en être débattues entre les 10 , puis les 10 avec chacun des 2 futurs partenaires , et on a renvoyé à Dublin - qui a eu lieu il y a 15 jours - le soin d' en décider .

Donc , à Fontainebleau , on a ouvert la voie pour l' élargissement , et on a ouvert un deuxième dossier vers un resserrement de l' unité politique ; on a nommé un comité , comme on dit , ad hoc , c'est-à-dire un comité spécialisé , à l' image de ce qui avait été fait lorsqu' on avait voulu signer le traité de Rome , qui est à l' origine de la Communauté actuelle .

On a confié le rapport à un Français , monsieur Maurice Faure , de même que la Commission européenne est désormais présidée par un Français , monsieur Jacques Delors , ce qui montre que la situation de la France n' est pas si fâcheuse en Europe , au contraire .

Nous avons décidé de discuter de ce rapport européen , d'abord à Bruxelles en mars , puis pleinement en juin , à la session du sommet , en Italie , sous la présidence italienne : dans les 2 cas , et à ce moment-là , nous débattrons du projet politique pour l' Europe - déjà au mois de mars , nous mettrons un terme à la discussion sur l' élargissement , cela paraît clair - c' est donc un énorme progrès .

Enfin , on avance ; a -t-on tout réglé ? non , bien entendu .

L' opposition dit cela ? mais c' est merveilleux : le chèque à madame Thatcher a été décidé en 1980 , au mois de mai , soit un an avant avant mon arrivée ici !

C' est monsieur François-Poncet qui l' a signé ! Enfin je ne sais pas s' il l' a signé matériellement , mais il était ministre des affaires étrangères , je suppose qu' il était consulté .

Et en mai 1980 , à Dublin précisément , c' est ce jour-là qu' a été décidé de payer des sommes folles à madame Thatcher qui , de plus , n' étaient pas justifiées , du moins dans leur totalité : la preuve , c' est que madame Thatcher a reçu un milliard d' Ecus de trop , presque , que la France et quelques autres lui ont concédés .

Mais à partir du moment où cela a été fait , pour 2 ans en 1980 , il était très difficile de repartir de zéro , et l' accord fait à Fontainebleau - l' opposition ferait bien de se taire sur ce sujet et sur quelques autres ; elle a droit de parler , je veux dire qu' elle devrait faire plus d' introspection , être plus honnête avec ses propres actes - a porté sur ce chèque à la Grande Bretagne , d' un niveau nettement inférieur , comparativement à la valeur des monnaies , à ce qui avait été accordé en 1980 .

La répartition , qu' est -ce que vous voulez dire par là ?

Si , cela a été décidé , puisque l' Allemagne - qui est le pays qui contribue le plus à la marche de l' Europe - n' a participé que pour une part de ce qu' elle aurait dû payer , et les autres pays , selon ce qu' on appelle la clé c'est-à-dire la répartition traditionnelle , quand il s' agit de distribuer des dépenses .

Mais vous savez que le Marché commun , cela rapporte à la France .

Souvent , on dit : " Mais combien cela coûte ? " " vous savez ce que cela a rapporté ? vous savez que la production agricole française a doublé en 20 ans et notre industrie agro-alimentaire rapporte 20 milliards par an .

Donc , c' est quelque chose de très profitable pour la France , mais il est normal que cela , ici ou là , nous oblige à certaines concessions .

Je suis tout à fait favorable à un renforcement de l' union politique de l' Europe , parce que l' Europe , désormais , doit , en tant que telle , jouer son rôle sur la scène du monde .

L' Europe actuelle , à 10 , c' est la plus grande puissance commerciale du monde .

Songez qu' à 4 simplement , Italie , Angleterre , Allemagne , France , nous dépensons plus , nous consacrons plus d' argent à la recherche scientifique que le Japon ou que les Etats-Unis d' Amérique et , cependant , le résultat est très loin derrière .

pourquoi ? parce que nous n' avons pas la volonté politique et , si nous n' avons pas la volonté politique , c' est parce que nous n' avons pas les moyens d' une volonté politique ; il faut donc resserrer l' unité politique de l' Europe .

Un référendum pour l' élargissement ? Il faut , je crois , être clairs : nous sommes 10 , et nous devrions être 12 le premier janvier 1986 ; il reste encore une négociation à faire à ce sujet .

Monsieur Pompidou avait recouru au référendum lors de l' adhésion de la Grande Bretagne , du Danemark et de l' Irlande - en 1972 , je crois - c' est donc reconnaître qu' un référendum serait constitutionnel , même si on peut , sur quelques points d' aiguille , démontrer le contraire .

Cela a donc été fait , je ne m' interdis pas de le faire , mais je n' ai pas pris de décision à cet égard , d'autant plus que l' élargissement n' est pas encore acquis .

à mesure que l' Europe s' élargit , c' est plus difficile - elle perd un peu sa nature de marché privilégié , d' union douanière avec des tarifs préférentiels - c' est plus difficile mais politiquement , culturellement , géographiquement , c' est une nécessité : il faut que l' Espagne , le Portugal , soient associés au sort de l' Europe intimement .

Bien entendu , notre démonstration consiste à défendre les intérêts français , ce que nous avons fait , notamment sur les fruits et les légumes , et sur le vin , et nous nous apprêtons à le faire pour la pêche , pour que la production espagnole ne vienne pas bouleverser notre marché , qui est déjà souvent en difficulté .

Oui , je souhaite le faire .

Vous avez parlé du mi-chemin de mon septennat , nous y sommes en effet .

La moitié du film , la plupart des gens l' ont commentée : journalistes , commentateurs , vous , pas moi - sauf quelques conversations avec un journaliste , que je crois intéressantes , mais ce n' est pas suffisant - je voudrais le faire , et donc je voudrais traiter les problèmes de politique intérieure , les problèmes économiques , chômage en particulier , les différents paramètres économiques et sociaux , la sécurité , la sécurité des Français .

Je crois , derrière tous mes propos de politique extérieure , avoir montré que mon souci était la sécurité de la France , sa grandeur , son rayonnement , mais aussi sa sécurité devant le conflit des plus grandes puissances , devant la force des armes qui peuvent tout détruire , le nucléaire aujourd'hui , ce qui va suivre aussi .

Je voudrais donc aussi traiter des problèmes de sécurité pas seulement sous la forme de la défense contre le crime ou la délinquance , mais aussi sous la forme de la défense des couches sociales les moins favorisées contre l' oppression de la misère , et je voudrais en parler dès le mois de janvier , si possible dans la première quinzaine .

Après cela - je n' avais pas parlé d' une façon aussi étendue depuis le mois de juillet - j' attendrai , je n' abuse pas de la télévision .

C' est moi qui vous remercie .

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