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Les phrases-clés du discours du

Dans la mesure où l' Allemagne de l' Ouest a fait un peu attendre sa réponse sur la première question , c'est-à-dire l' intangibilité des frontières , surtout la polonaise , la ligne Oder-Neisse et d' autre part , s' est occupée davantage - ce qui pouvait se comprendre - des problèmes allemands que des problèmes immédiats posés à la Communauté , eh bien j' ai continué inlassablement à répéter au risque d' irriter une partie de la presse allemande : " oui à l' unification " - d'ailleurs , je n' ai pas à dire oui ou non , c' est aux Allemands de le faire , mais j' approuve et je m' en réjouis pour les Allemands et j' ai dit : " bonne chance à l' Allemagne " - mais il faut que les Allemands garantissent les frontières et qu' ils s' engagent tout à fait dans la construction européenne qui nous attend , l' union monétaire et l' union politique .

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Qui utilise le plus le mot «unification» ?
Distribution statistique du mot chez l'ensemble des locuteurs du corpus.
Les thèmes autour du mot «unification»
Analyse multi-couches de la cooccurrence autour du mot choisi dans le discours du qui
F. Mitterrand - 25 mars 1990

Bonsoir .

Cela fait des mois qu' ils ont conscience de vivre des événements exceptionnels , notamment depuis le 9 novembre dernier , le jour où est tombé le mur de Berlin . On a dit alors , et puis , que l' histoire échappait aux hommes pour revenir au peuple et que Messieurs Bush , Gorbatchev , Mitterrand , Kohl et Delors couraient derrière elle plus qu' ils ne la maîtrisaient .

Dimanche dernier , les Allemands de l' Est ont voté démocratiquement pour la première fois depuis 57 ans , ils ont voté pour une unification qu' ils ont voulue rapide . Vous allez nous dire ce soir les conclusions que vous tirez de la renaissance allemande , de ses conséquences sur un équilibre européen forcément bouleversé et des relations entre Paris et Bonn que d' aucuns ont cru voir s' assombrir .

Pendant ce temps - là , la France apaisée vivait dans le luxe confortable mais peut-être émollient d' une démocratie consensuelle un Président , vous - même , plus populaire que jamais , gentiment brocardé en Dieu tout puissant , un Premier Ministre au faîte des sondages et en orbite présidentielle , un Parti Socialiste devenu tellement sage qu' il ne dérangeait plus personne , une Droite tellement atomisée qu' elle n' était plus crédible , et voilà que le Parti Socialiste qui préparait depuis des mois son Congrès se divise puis se déchire , puis enfin , le week-end dernier , donne aux Français , stupéfaits , un spectacle désastreux pour la politique et les hommes qui en font . Voilà que ce parti si populaire , que vous avez fondé il y a dix-neuf ans , perd consciencieusement les partielles les unes après les autres , voilà enfin que dans le système de la Vème République où tout procède d' en haut et où tout y ramène , vous êtes directement mis en cause par les déchirements du Parti majoritaire , par la guerre de ces chefs qui furent un peu vos fils avant de vouloir être tous demain vos successeurs .

Cela tombe plutôt bien mais il n' y a pas le feu à la maison . C' est une période de tempête que nous venons de traverser , le vent souffle fort , les tuiles se déplacent , il y a des gouttières dans le toit . Cela se répare .

Alors , en effet , dire cela , c' est du bon sens , mais est - ce que cela vous semble un jugement sain ou est - ce que c' est un peu nuisible à l' esprit démocratique ?

Ces déchirements ne sont pas heureux , on ne peut donc que les regretter , mais ce sont aussi des choses de la vie et on ne peut pas dire vraiment que ce soit minable , c' est le combat de la politique au sein d' une démocratie ; ça dérape , et quelquefois , ça va dans le fossé , mais n' exagérons rien , en vérité ce que je reprocherai surtout à l' évolution de notre politique intérieure , c' est qu' elle est hors de proportion , pas tout à fait à la hauteur de ce que les événements extérieurs exigent .

J' ai regretté , mais je crois qu' il faut porter l' analyse plus loin , et , si vous voulez , je répondrai aux questions qui vont suivre . Il faut porter l' analyse plus loin , on ne peut pas résumer cela à une séance tumultueuse .

Oui , divisé sans aucun doute . Mais je l' ai toujours connu en état de discussion très vive . Aucun congrès n' a jamais été facile , ni celui d' Epinay que la légende , aujourd'hui , entoure de dorures , mais que je n' avais emporté que par 51 % contre 49 % , ce qui veut dire que les débats avaient été extrêmement sévères .

Là , vous mélangez déjà les problèmes . Aussi bien le deuxième congrès , le plus fameux de notre histoire , celui de Metz , en 1979 , je l' avais emporté sur les idées , avec beaucoup d' amis qui m' avaient soutenu , mais avec une majorité relative de 47 % .

Donc , ce qui s' est passé là n' est pas très nouveau ; simplement , un certain ton et , finalement , l' absence de synthèse au jour dit , c'est-à-dire devant les militants , au moment où il s' agit de consacrer un moment passionnant , où on décide pour plusieurs années de la politique d' un Parti . C' est un grand dommage , cela a manqué .

Les dirigeants du Parti se sont rattrapés quelques jours après , c' était un peu trop tard .

Grâce à moi . Grâce à eux surtout !

N' exagérons rien .

C' est tout simple . J' ai voulu rassembler l' ensemble des socialistes à Epinay et j' ai voulu que les socialistes puissent se retrouver sur une ligne aussi simple : celle de l' union de la gauche .

Il y avait un débat moins simple que celui que je viens de vous dire .

A Epinay , j' ai voulu l' union des socialistes , qui étaient extraordinairement dispersés , et d' autre part l' union de la gauche , ce qui était difficile à faire admettre et qui a pris de plein fouet toute une partie de l' opinion française . Et à Metz , quelques années plus tard , il fallait sauvegarder cette stratégie .

Voilà les deux grands débats d' idées , les deux grands choix stratégiques .

A Rennes , on ne peut pas dire qu' un débat stratégique se soit véritablement engagé . Je pense que c' est un congrès de crise de croissance . Il ne faut donc pas simplement en voir les éléments négatifs , il faut penser que sous ce tumulte , un certain nombre d' hommes apparaissent porteurs d' idées , croyez - moi .

Ils sont en train d' achever , en effet , cette croissance , et ce n' est pas sans mal .

Si vous voulez bien , posez - moi les questions à moi . Je n' ai pas l' habitude de faire faire mes commissions , je préférerais les faire tout seul .

Ne me demandez pas ce que j' ai dit ou ce que je n' ai pas dit , parlons des choses telles qu' elles sont .

Ce n' est pas moi qui ai écrit cela .

Ce que je veux dire et ce que j' ai souvent dit , y compris à la télévision , depuis quelques années , en tout cas depuis 10 ans , c' est que je considérerai que j' aurai réussi à fonder un Parti Socialiste - et je n' ai pas été le seul dans cette fondation - le jour où le Parti Socialiste pourrait se passer de moi .

J' ai donc une sorte de philosophie tout à fait tranquille lorsque je vois ces évolutions se produire sans que je sois vraiment nécessaire . Je veux que vous compreniez cela .

Deuxième condition très importante : moi , cela fait 9 ans que j' ai quitté la direction du Parti Socialiste , dès mon élection de 1981 . 9 ans ! Il y a 9 ans , et même un peu plus , j' ai demandé à Lionel JOSPIN s' il voulait bien me succéder , puisque j' étais candidat à la Présidence de la République , et je lui ai fait confiance .

Il a très bien dirigé le Parti pendant 7 ans . Et depuis le jour de 1981 où cette passation de pouvoir s' est faite , avec naturellement l' approbation du Comité Directeur du Parti Socialiste , je ne suis jamais intervenu autrement que par la discussion amicale et le conseil donné , quand on me le demandait .

Et c' est comme cela que j' ai continué de faire depuis maintenant 9 ans . Je n' ai jamais changé de ligne de conduite .

On peut donc me mêler à ces débats , si l' on veut . Bien entendu , je ne suis pas indifférent , je ne suis pas absent , mais pas plus qu' il ne faut .

Vous avez écrit , si j' ose dire ! Vous , collectivement !

Je n' ai pas de poulain ! C' est au Parti Socialiste de choisir qui le dirige .

Mais en 1988 , quand Lionel Jospin , après , je le répète , 7 ans de direction du Parti c' est épuisant , c' est absorbant , il était tout à fait légitime qu' il pensât à faire autre chose quand Lionel Jospin s' est retiré , le problème s' est posé : par qui le remplacer ?

J' avoue que je ne m' y attendais pas . Il m' en a prévenu , naturellement , avant de faire connaître sa décision ; on en a discuté tous les deux , et peu après , dès que cela a commencé de se savoir , Laurent Fabius m' a fait connaître qu' il souhaitait devenir Premier Secrétaire du Parti Socialiste . Cela dépendait du Comité Directeur , bien entendu .

J' ai trouvé cette idée excellente .

A qui ai - je communiqué mon impression ? A Lionel Jospin , à Pierre Mauroy , à Louis Mermaz , à personne d' autre .

Quelque temps plus tard , Pierre Mauroy m' a dit : " moi , j' ai bien réfléchi , finalement , beaucoup pensent que je pourrais remplir cette fonction , elle correspond à ma vocation . Depuis que j' étais tout jeune socialiste , vers 14 ou 15 ans , j' ai toujours tant aimé ce Parti que mon rêve , c' est de pouvoir un jour le diriger "

- Bon . Ecoutez , moi , cela m' embarrasse , parce que , comme je vous l' ai dit , Laurent Fabius est un bon choix . Alors , si vous êtes également candidat , je ne veux pas du tout entrer dans ce débat . Je vous ai dit ce que j' en pensais . Je pensais que vous étiez peut-être davantage destiné maintenant à devenir Président de l' Assemblée Nationale , puisque nous y avions la majorité , et Laurent Fabius à se consacrer à la direction du Parti . C' est pour lui , quand même un sacrifice , il peut avoir une vocation de gouvernement , il y renonce .

Voilà comment cela s' est passé . Cela s' est passé tout à fait à l' amiable et lorsque le Comité Directeur , ensuite , a choisi , contrairement au souhait que j' avais exprimé , en inversant - c' est à dire Pierre Mauroy au Premier Secrétariat et Laurent Fabius à la tête de l' Assemblée Nationale - , je n' ai plus rien dit . Je n' avais rien à dire et , de toute manière , je trouvais que l' un et l' autre étaient des hommes parfaitement capables de remplir leurs fonctions .

C' était il y a deux ans . Je n' ai pas changé d' avis . C' est tout .

Non , non , non . Je ne me suis plus mêlé de cela . Simplement , ce n' est pas parce que j' entends ménager les susceptibilités et rendre hommage au travail de la plupart des dirigeants de ce Parti que , pour autant , je veux mettre dans ma poche le sentiment que j' ai de la capacité de Laurent Fabius .

Ce n' est pas moi qui l' ai dit , c' est vous .

Pierre Mauroy vient me voir tous les mardis , comme Premier Secrétaire du Parti . Il m' a dit : " qu' est - ce qu' on va faire ? - Voilà ce que je propose . Il me semble que la synthèse est nécessaire " Je lui ai répondu : " vous avez raison " . Il s' est senti peut-être appuyé par mon sentiment . Cela fait de longues années que nous travaillons ensemble , Pierre Mauroy et moi .

Au moment du Congrès de Rennes , je pense que l' entraînement des passions l' a emporté sur la sage analyse des intérêts généraux du socialisme en France .

Mais ils l' ont déjà pris d' autres fois ! C' est un moment dans lequel il y a eu une cristallisation tout à fait fâcheuse , et puis c' est tout .

Un organisme collectif comme celui - là , c' est comme un individu . De temps en temps , on fait des fautes . Tout ce qu' on peut attendre de cet individu ou de cet organisme , c' est qu' il en prenne conscience et que , vis-à-vis des Français - parce qu' ils sont responsables devant les Français - , il veille à ne pas continuer ou à ne pas recommencer et à colmater pour chercher l' union .

Oui , c' est nécessaire .

Ce n' est pas tout à fait cela . Lionel Jospin a considéré qu' à partir du moment où il y avait compétition entre deux fractions de cet axe majoritaire , de cette majorité qui était en place depuis très longtemps , ce qu' il appelle mitterrandisme - moi je n' ai jamais employé ce mot - là , il ne me plaît guère , mais enfin j' y suis obligé - .

Vous employez tous ce mot , cela fait la quatrième fois que vous le dites mais moi cela me gêne . Ce que je veux dire simplement , c' est que là où il y avait union , il y a eu compétition , donc ce n' était plus la même chose et l' analyse de Lionel Jospin n' était pas fausse .

Cela dit , à eux tous , ils ont eu beaucoup plus de voix que je n' en avais eu , moi , dans un Congrès socialiste . Tous réunis - je veux dire ceux qui se disent mitterrandistes - et je les tiens tout à fait quitte de cette appellation , qu' ils se sentent libres .

Si rénovation il y a , et si elle est nécessaire , il est évident qu' elle ne fait que commencer . Mais je n' ai pas à prendre parti sur ce sujet , sinon par des considérations de caractère général en disant : aucune formation politique ne peut subsister si elle ne songe à se rénover , je ne dirai pas de jour en jour , mais d' année en année , car les événements vont si vite , les exigences de l' opinion sont si grandes , la nécessité d' être digne de ces exigences est tellement pressante , qu' il faut toujours être prêt à modifier son comportement et ses analyses . Il faut rénover , la lutte est dure , il faut toujours chercher le meilleur et , au bout d' un certain temps , il finit par y avoir , comme je l' ai souvent dit , sclérose , il faut se rénover .

Toujours !

Je n' ai pas engagé une discussion avec Serge JULY ce soir , mais avec vous et avec les Français qui nous écoutent .

C' est amusant , c' est intéressant , c' est un petit scoop .

Pardonnez - moi de vous dire que ce sujet a été grossi et je vais vous dire exactement ce que j' en pense .

Premièrement , j' ai été élu en 1988 pour 7 ans , ce qui me porte jusqu' en 1995 , si bien entendu aucun accident ne se déroule au passage , donc encore 5 ans , et j' ai bien l' intention et la volonté de mener à bien mon action pendant les 5 ans qui me restent . Donc ce n' est pas un problème urgent . Les gens pressés montrent une faiblesse .

Deuxièmement , le jour venu , c'est-à-dire avant 5 ans , dans trois ans , dans 4 ans , - il faut bien se préparer - c' est le Parti Socialiste qui choisira son candidat , ce ne sera pas moi . Donc , je n' ai pas à dire : je préfère celui - ci ou je préfère celui - là .

Troisièmement , cela étant dit , il y a quand même des considérations objectives : il est évident que le Premier Ministre en fonction , s' il réussit assez pour conduire la majorité actuelle à la victoire électorale en 1993 sera en situation d' être le candidat de tous pour la confrontation suivante , c'est-à-dire la confrontation présidentielle .

Je ne suis sûr de rien du tout . Celui qui se trouve en place , s' il a suffisamment réussi pour garder la confiance des Français , il serait un peu étonnant qu' on aille chercher quelqu'un d' autre . C' est donc une considération objective .

C' est bien possible , mais vous me posiez la question à propos de Michel ROCARD .

Je n' en sais rien , cela dépend de sa majorité à l' Assemblée Nationale , cela dépend de beaucoup d' événements . Mon vœu c' est que mon Premier Ministre , - c' est Michel ROCARD aujourd'hui , je l' ai pensé pour tous les autres - qui représente ma propre conception de la vie politique en France , reste le plus longtemps possible . On n' a rien à gagner à une sorte de continuelle instabilité .

Alors on mêle constamment des problèmes de rivalités d' alliances complexes , de difficultés entre les personnes , mais non !

Vous disiez , l' un vainqueur , l' autre qui ne le serait pas . Qu' est - ce que cela veut dire ? Les problèmes entre Michel ROCARD et moi sont dépassés depuis longtemps , je les ai réglés en 1981 . On ne reviendra pas là dessus .

Il n' y a plus de problème entre Michel ROCARD et moi . Pourquoi est - ce qu' il y en aurait ?

Non , j' ai réglé le problème d' une compétition . On ne parle pas de la même chose . Je suis Président de la République , Michel ROCARD est Premier Ministre , c' est déjà fort bien : c' est conforme à ses qualités , le reste lui appartient , si toutefois l' Histoire est bienveillante .

Je voudrais quand même terminer en disant ; on verra ce qui se passera d' ici 5 ans . La précarité des suppositions , la mobilité du tempérament français , les humeurs des Assemblées , tout cela , moi j' ai appris à vivre à travers ce que certains estiment être une longue , et même trop longue carrière politique .

Ce que je peux vous dire c' est que le Parti socialiste est très riche en hommes , c' est peut-être une des raisons de ses difficultés , très riche en hommes parfaitement capables de remplir cette fonction .

Vous allez plus vite que la musique ! Qu' est - ce que vous voulez que je vous dise ? Il faut tout faire pour réussir dans la politique sur laquelle nous sommes engagés .

Il faut tout faire , et quand on fait tout ce qu' il faut pour cela , on y croit .

Quand j' ai choisi Michel ROCARD , comme Premier Ministre , cela relevait d' un sentiment qui a toujours été le mien , qui est que lorsqu' on dirige un Parti - c' était la période précédente - et lorsqu' on dirige l' Etat - c' est la période actuelle - il faut toujours procéder par addition plutôt que par soustraction . Il faut chercher à rassembler ceux qui peuvent être rassemblés .

Savez - vous quel était l' éparpillement au sein du Parti socialiste - c' est toujours la période précédente - ? Mais ni Jean POPEREN , ni Pierre BEREGOVOY n' avait voté pour ma motion en 1971 ; ils sont devenus des collaborateurs et des amis que j' apprécie beaucoup . Michel ROCARD me combattait avec son PSU , j' aurais pu m' opposer à ce qu' il vienne au Parti socialiste ! J' ai approuvé . Jacques DELORS n' était pas au Parti socialiste , je me suis réjoui de le voir venir à nous , car ce sont tous des hommes de valeur . La liste serait longue encore .

Sont venues encore des couches nouvelles , la jeunesse , une partie de la jeunesse , ils sont quelques fois un peu , comment dirais - je , non pas agités mais bruyants . On parle de Julien DRAY , je l' apprécie beaucoup Julien DRAY . C' est vrai qu' il n' est pas de tout repos , mais est - ce que je l' ai été moi - même à son âge ?

Dès lors qu' on montre une qualité , une volonté , un dévouement à la chose publique , c' est intéressant pour une formation politique , mais je dirai la même chose de l' Etat . Tout ce qui peut être rassemblé doit être rassemblé .

J' ai un peu envie de dire à l' opposition - cela paraîtra bizarre - , mais aussi à la majorité - cela paraîtra plus normal , que je m' adresse , moi , à ma majorité : " écoutez , arrangez - vous quand même un peu , au lieu d' offrir comme vous le faites les uns et les autres , ce spectacle de divisions et de déchirements ; aidez - nous quand même , chacun à votre manière , bien entendu , et le cas échéant en me combattant dans l' opposition , en m' aidant pour la majorité . Soyez tout à fait dignes de ce que la France attend de vous .

C' est vrai que ce n' est pas exactement le cas aujourd'hui , surtout , et nous allons en parler tout à l' heure , lorsque se déroulent des événements d' une telle importance en Europe , et dans le Monde .

Je vais faire un appel à l' union , non pas autour de moi - même , pas autour de la majorité , je dirai simplement : que l' opposition s' unisse , et que la majorité en fasse autant ! Bref , ne pourriez - vous pas , Mesdames et Messieurs , faire un petit effort ?

Ce n' est pas mon rôle .

De toutes manières , je l' ai dit , et cela m' a été quelquefois reproché , il n' est pas sain qu' il n' y ait qu' un seul Parti au Gouvernement qui ait la majorité absolue . Ce qui lui a manqué de peu .

C' est différent quand on veut tout faire , mais il ne faut pas tout faire ! Il faut chercher , à côté , d' autres Françaises et d' autres Français qui peuvent donner , du Gouvernement de la France , une image un peu plus rassembleuse , un peu plus généreuse .

Je ne suis pas en train de chercher un Gouvernement , j' en ai un .

Mais c' est très bien . Ceux qui voudront venir nous aider seront les bienvenus ! S' il y a des négociations , des petits bataillons qui s' ébranlent pour venir rejoindre la majorité , ils seront aussi les bienvenus . Simplement , il ne faut pas qu' ils espèrent nous faire renoncer aux objectifs qui seront les nôtres .

Si elle est comprise par l' opinion .

J' aimerais mieux qu' elle les gagne !

Il est assez constant dans la politique française de voir la majorité du moment , perdre ce qu' on appelle les petites élections ; dans les élections isolées , c' est assez constant . Ce n' est pas un événement qui peut suffire à créer la crainte de perdre les élections générales . Ce sont des avertissements ! Il faut en tenir compte .

Je prends un exemple dont on a beaucoup parlé , le fameux rapport du CERC - Centre d' études des revenus et des coûts - qui a montré , pour la décennie 1980 , que l' écart entre les Français les plus pauvres et les Français les plus riches s' était creusé , ceux qui avaient le plus profité de la croissance étant les plus riches .

Est - ce que ce n' est pas la critique la plus dure , pour un Président , que de considérer que dans son septennat , on ne pourra pas prononcer le même jugement . Ce que vous dites recouvre .

1982-1988 .

Ce qu' avait dit la Banque Mondiale , sur le même sujet , aboutissait à la même conclusion , et cela s' inspirait des années 1975 à 1980 .

Il y a toujours un peu de retard dans les statistiques et les analyses sur les événements .

Je voudrais simplement dire ce que j' en pense .

En 1981 , la France vivait depuis 7 ans dans la crise . J' ai estimé , avec mes amis politiques , qu' il n' était pas possible de remettre indéfiniment la date des réformes sociales qui devenaient indispensables . Alors on en a fait beaucoup . Certaines étaient coûteuses . On a amélioré la situation de catégories qui ne sont pas sous le coup de votre critique d' aggravation des inégalités . Les familles grâce à une augmentation de 40 % des prestations familiales , quelque 650000 familles françaises sont sorties de la pauvreté ! Les personnes âgées , avec l' augmentation du minimum vieillesse ! Les handicapés avec une augmentation très sensible ! Le SMIC !

Tous ont eu des augmentations dont les effets se reportent encore sur les années 1989 et 1990 et qui montrent que , par rapport à l' évolution du produit national brut , il y a eu amélioration du pouvoir d' achat de ces catégories , qui étaient les plus faibles , c' est entendu !

En revanche , lorsque ces réformes sociales ont été accomplies , il était nécessaire encore - on s' y était appliqué dès le premier jour - de procéder au redressement de notre économie , qui souffrait depuis de longues années .

Je dois dire que Pierre Mauroy a commencé de le faire . Laurent Fabius a continué . Il y a eu la rupture , pendant les deux années du gouvernement Chirac , qui a continué à travailler dans ce sens mais , dans son cas , au détriment de la justice sociale .

Ensuite , il y a eu le gouvernement Rocard , ce qui veut dire qu' après une période de réforme sociale indispensable , nous n' avions pas le droit de refuser plus longtemps aux catégories les plus faibles les besoins qui étaient les leurs .

Deuxièmement , le redressement économique était indispensable . Il fallait reconstituer la richesse de la France pour qu' elle pût être répartie d' une façon plus juste . Nous en sommes là . Le redressement économique , on peut le dire , est réussi .

J' ai là - tenez c' est la seule feuille que j' ai apportée , je vous la montre - c' est un journal qui n' est pas un journal gouvernemental , il s' appelle " La Tribune " . Cela date du 23 mars 1990 .

L' article explique de quelle manière nous avons rétabli notre monnaie . Je ne vais pas m' étendre sur des considérations multiples . Le redressement économique est en bonne voie . Il n' est pas achevé . On peut estimer que notre politique a réussi . Eh bien ! puisqu'elle réussit , nous sommes d' une certaine façon victime de cette réussite . Nous , je veux dire ceux qui inspirent l' action du gouvernement de la France car , ce que nous voulons , c' est une plus grande justice , et les effets mécaniques du redressement économique , sur les structures d' un système capitaliste produisent automatiquement des inégalités nouvelles , comme sur le plan mondial .

Il y a les inégalités entre le nord et le sud , comme en France il y a les inégalités entre les pauvres et les riches , de plus en plus graves parce que les riches sont de plus en plus riches .

Il y a les inégalités du savoir , il y a des inégalités de toutes sortes .

Si on s' arrête là , oui . Il ne faut pas s' arrêter là . C' est pourquoi la troisième phase . doit être la redistribution de la prospérité française .

Il n' y a pas 36 manières . Il y a des manières simples à imaginer et difficiles à réaliser par des réformes fiscales . Notre système fiscal est organisé de telle sorte qu' il est toujours plus dur pour les plus faibles et favorable aux plus riches .

Même les cotisations sociales sont souvent inégalitaires . Il y a d' autres domaines sur lesquels on peut agir . Le problème du logement social . Avec 60 $ d' augmentation en trois ans , comment voulez - vous que les gens se logent à Paris et dans les grandes villes ? On est en train de rattraper Tokyo !

Le Gouvernement a commencé de faire , et doit développer une audacieuse politique du logement social , une politique d' achat de terrains , des dispositions larges , étendues , pour que l' on puisse bâtir des logements adaptés aux Français moyens , aux Français qui vivent sans être riches , sans être pauvres , et qui n' ont plus le moyen aujourd'hui d' habiter dans les centres villes . De la même façon , dans les modes de transport ; de la même façon par l' Education Nationale . Dans beaucoup de domaines aujourd'hui , on peut travailler à restituer des chances pour l' égalité .

Prenez le cas du crédit formation . Au titre de l' Education nationale , et du Ministère du travail et de l' emploi , nous avons décidé des crédits formation , ce qui permet de récupérer des jeunes - pour l' instant les jeunes , plus tard d' autres - - on a dit 100000 cette année - des jeunes gens qui ont quitté l' école en 3ème ou en 4ème et qui sont perdus , qui sont voués à remplir les petits métiers ou à n' en avoir pas du tout .

On les accueille dans des stages , je suis allé en visiter plusieurs . C' est un travail étonnant qui s' y accomplit .

On en a déjà récupéré 60000 . On ira à 100000 . J' ai demandé qu' on double pour l' année suivante .

Voilà une façon de corriger des inégalités : former des jeunes pour les métiers qu' ils pourront faire au lieu de les former pour les métiers qu' ils ne feront pas , et il y a un grand besoin .

La phase qui s' ouvre maintenant - tout en parachevant le redressement économique , il ne s' agit pas de faire des bêtises - doit prendre appui sur la prospérité revenue d' une façon globale , mais pas d' une façon particulière pour les citoyens les moins défendus , disons les plus faibles . Et même cela va loin , seuls les plus riches tirent bénéfice aujourd'hui du redressement économique . Eh bien ! C' est la tâche du Gouvernement , mais moi , personnellement , j' ai 5 ans devant moi pour faire mentir le principe que vous avez édicté tout à l' heure , à savoir qu' un Gouvernement de gauche pourrait être producteur d' inégalité , A nous de corriger le système ! Mais nous ne voulons pas le détruire par des moyens révolutionnaires , et vers quoi ? Vers un type de système comme ceux qui s' effondrent partout dans l' Est ? Non . Nous sommes obligés de mettre en œuvre cette politique d' économie mixte que je propose depuis longtemps qui permettra de distribuer la richesse française .

D'abord , est - ce que cela ne vous agace pas précisément , de voir qu' on n' ose pas remettre en cause parfois certains de vos écrits , parce qu' on a peu d' être sacrilège ?

Là , vous exagérez . D'abord , ce n' est pas un dogme . Donc , il n' y a pas sacrilège . Je n' incarne pas une église , et je n' ai pas bâti un dogme lorsque j' ai écrit à tous les Français en 1988 .

Roger FAUROUX , soulagé ou pas , il est membre du Gouvernement , et il fera ce que le Gouvernement entend faire . La question ne se pose pas sur le plan personnel . Je dis simplement que ce n' est pas un dogme . Au moment où j' ai écrit aux Français , le problème était celui - ci nous avions nationalisé tout le crédit , et un nombre réduit d' entreprises importantes . Entre 1986 et 1988 , on a privatisé , dénationalisé les banques , et aussi un certain nombre de ces entreprises . Est - ce que nous allions recommencer dans l' euphorie de la victoire à raccommoder , à défaire ce qu' avaient fait ceux qui étaient là juste avant pour tout refaire ?

C' est un mauvais système . J' ai donc dit : on en reste là . Certains ont employé l' expression . C' est une sorte de ping-pong . On ne fait pas de ping-pong avec les intérêts de la France . Il n' y a pas de théorie politique de nationalisation , mais il n' y en a pas non plus de privatisation .

Ensuite les problèmes ont été examinés au cas par cas . Je vous le dis tout de suite , j' entends bien , en effet , qu' au terme de mon mandat , je n' ai en rien dilapidé le domaine public . J' entends préserver le service public , selon tous les moyens dont je dispose . Cela appartient à la nation . Je ne le dilapiderai pas , d'autant plus que l' ensemble des sociétés nationalisées industrielles fonctionnent fort bien , et qu' elles ont des bénéfices . Mais de temps à autre , il y a des accords internationaux . Prenez RENAULT-VOLVO . On me dit : mais dès lors que VOLVO prend 25 % chez RENAULT , vous privatisez , car VOLVO , c' est une entreprise privée .

Oui , c' est vrai , mais en même temps , RENAULT prend 25 % de VOLVO , et dans ce cas là , on nationalise VOLVO ?

Pas plus qu' on ne privatise RENAULT parce qu' il y a 25 % de VOLVO . Ce n' est pas le débat . Non . Ce que je veux dire , c' est qu' il s' agit d' avoir du bon sens , mais la ligne générale , c' est que j' entends préserver le patrimoine public et que je ne le dilapiderai pas au gré des intérêts privés .

Absolument .

C' est une bonne précaution que de nationaliser au dessus de 51 % , on a pu voir que le péril était proche en 1986 .

C' était pour cela que j' avais souhaité que vous puissiez me recevoir , dans cette émission .

Je le conçois .

Je vais vous répondre sur le point précédent . J' aimerais vous faire comprendre qu' il faut obtenir une sorte d' inversion de certaines valeurs . Pour reprendre l' expression que j' ai entendue dans une radio , voyez la différence de mentalité de valeurs entre les temps lointains qu' il ne s' agit pas de ressusciter et les temps d' aujourd'hui . Autrefois , on élevait des tours , des cathédrales , pour qu' elles se rapprochent du ciel . Aujourd'hui , on construit des tours , des tours du grand capital partout , pour que du tas d' or qui est là-haut , on puisse dominer la terre .

Je veux dire par là qu' il y a un règne de l' argent excessif . C' est bien que les gens gagnent de l' argent mais il ne faut pas que des coalitions d' intérêts puissent dominer la nation .

Maintenant , je passe à votre deuxième question , qui visait un domaine tout à fait différent .

Le racisme .

Je me suis exprimé sur ces crimes . Comment puis - je m' exprimer autrement que par l' horreur et l' indignation ? et par l' invitation aux Pouvoirs Publics de montrer dans cette affaire une très grande fermeté , d'ailleurs , pas besoin de les y pousser , c' est leur mouvement naturel .

C' est possible . Il faudra donc être courageux , refuser de se laisser aller , défendre ce à quoi on croit , et d'abord les Droits de l' Homme , et faire de la France une terre d' accueil , sans pour autant céder à des poussées , dès lors qu' elles ne seraient pas conformes à notre loi .

C' est tout ce que j' ai à dire là dessus .

Quant aux crimes eux - mêmes , rarement , je dois le dire , j' ai eu la gorge aussi serrée , avec de l' admiration dans le cœur , en entendant le père d' une petite victime ces derniers jours s' élever contre l' utilisation de ce crime pour des manifestations de caractère raciste . Il faut pouvoir se dépasser soi - même et pourtant , comment ne pas comprendre l' épouvantable chagrin que peuvent éprouver les victimes ou les parents des victimes ?

Il faut savoir se dominer , mais tout n' est pas crime d' un côté . Ce n' est pas parce qu' il y a là des gens qui n' étaient pas de chez nous , qui sont venus chez nous , que c' est automatiquement une source de criminalité . Il y a des Français aussi qui se comportent mal . Donc , il faut dénoncer le crime et il faut le punir .

Oui , c' est la volonté des Allemands . Cette volonté doit être respectée . Et l' on doit se réjouir chaque fois qu' un peuple , consulté démocratiquement , choisit d' être uni . Donc , je ne fais aucune réserve , je n' en ai fait aucune . Je me suis exprimé pour la première fois à ce sujet le 27 juillet , au cours d' une interview que j' ai accordée à 5 grands journaux européens , dont un journal français qui était le Nouvel Observateur .

Le 27 juillet , j' ai dit que l' unification était légitime , dès lors qu' elle se déroulerait pacifiquement et démocratiquement . C' était donc 4 mois avant la destruction du mur de Berlin . Je l' ai redit le trois novembre quelques jours avant , alors que je me trouvais à Bonn , aux côtés du Chancelier Kohl et qu' une question m' était posée là dessus . J' ai dit : " l' unification des deux états allemands ne me fait pas peur " .

Il n' y a pas de réserves de ma part . Simplement , cette unification entraîne un certain nombre de conséquences et ce sont des conséquences qu' il faut examiner .

Non . Le Chancelier Kohl a exposé les problèmes allemands au cours d' une intervention de près d' une heure et il a estimé que ce problème devait être examiné plus tard . Nous en avons parlé à Strasbourg début décembre . Donc , il n' y a pas eu beaucoup de temps perdu . Je rappelle que j' ai parlé en juillet et en novembre de " l' unification des deux Etats allemands " car je parle dans les termes les plus précis possible et il ne s' agit que de cela . Mais j' ai aussitôt complété cette constatation en disant qu' il s' agissait d' un mouvement irrépressible et qu' il n' y avait pas lieu , pour la France , de se livrer à ses peurs .

Il faut regarder l' histoire en face . Elle n' est pas effrayante quand on se sent capable de la dominer .

Et puis , j' ai ajouté la conséquence de cette unification , c' est qu' il faudra que les Allemands s' engagent sur le respect des frontières en Europe ; ce n' est pas une condition préalable mais c' est lié à l' unification . Il y a un nouveau phénomène allemand .

Deuxièmement , il faut que l' Allemagne - elle y est d'ailleurs tout à fait disposée - ainsi que le Chancelier Kohl , s' engagent d' une façon précise dans la Communauté Européenne , vers l' union politique et vers l' union économique et monétaire , sans perdre de temps . Il ne faut pas que le problème allemand se substitue aux problèmes de la Communauté .

Voilà les deux problèmes que j' ai posés d' une façon concomitante , estimant que l' unification des deux Etats allemands entraînait automatiquement ce genre de question . Dans la mesure où l' Allemagne de l' Ouest a fait un peu attendre sa réponse sur la première question , c'est-à-dire l' intangibilité des frontières , surtout la polonaise , la ligne Oder-Neisse et d' autre part , s' est occupée davantage - ce qui pouvait se comprendre - des problèmes allemands que des problèmes immédiats posés à la Communauté , eh bien j' ai continué inlassablement à répéter au risque d' irriter une partie de la presse allemande : " oui à l' unification " - d'ailleurs , je n' ai pas à dire oui ou non , c' est aux Allemands de le faire , mais j' approuve et je m' en réjouis pour les Allemands et j' ai dit : " bonne chance à l' Allemagne " - mais il faut que les Allemands garantissent les frontières et qu' ils s' engagent tout à fait dans la construction européenne qui nous attend , l' union monétaire et l' union politique . Ils sont tout à fait disposés à le faire , je peux vous le dire et je le démontrerai avec le Chancelier Kohl dans les jours qui viennent .

Il ne faut pas avoir peur des questions ; la vie , ça change .

Cela pose mille et une questions ; il ne faut pas avoir peur des questions .

Je pense que non . Je pense qu' on est d'accord , Allemands , Français et d' autres qui étaient déjà d'accord , pour renforcer les structures de la Communauté des Douze . Je pense qu' on sera de plus en plus d'accord pour offrir aux pays de l' Est qui vont vers la démocratie , un type d' organisation dont ils ont besoin . C' est pourquoi j' ai parlé de Confédération .

Toutes ces questions se posent , c' est évident . On a une Allemagne , maintenant , qui va avoir entre 75 et 80 millions d' habitants . Oui , c' est une force . La France , malgré tout , ne se développe pas mal . Il faut .

un centre d' intérêt différent . peut-être mais je pense que l' Allemagne de l' Ouest , qui est beaucoup plus prospère , tandis que l' Allemagne de l' Est ne l' est pas , va être très absorbée pour réussir l' union monétaire entre les deux pays allemands et que cela va entraîner des tensions économiques qu' il ne sera pas très aisé pour les dirigeants allemands qui sont pourtant des gens sérieux , de dominer .

Mais nous , Français , nous sommes habitués à l' Histoire . Cela fait mille ans que nous sommes les voisins des Allemands . Cela a toujours été un grand peuple , la plupart du temps divisé , quelquefois uni ; nous nous sommes fait beaucoup de guerres .

C' est un problème qui nous est imposé . Rappelez - vous ce mot de NAPOLEON 1er : " Tout Etat fait la politique de sa géographie " . Eh bien , nous , notre géographie comporte le voisinage de l' Allemagne , qui est un voisin très puissant , très multiple , très nombreux . Et puis il y a les autres voisinages , l' Europe tout simplement , et , si l' on veut dominer le problème allemand , il faut désormais dépasser le problème du couple franco-allemand , en veillant à ce qu' il soit solide , pour aborder le problème de l' Europe tout entière .

Non , parce que je pense que l' Allemagne est solidement arrimée à la Communauté Européenne , je viens de vous le dire .

Tout Etat fait la politique de sa géographie . On ne peut dépasser ce problème qu' en examinant l' Europe dans son ensemble , d' où la nécessité d' organiser l' Europe , pas simplement la Communauté , mais l' Europe tout entière .

Quelle ambiguïté ?

A elle de le démontrer .

Elle le démontrera .

Nous n' avons pas arrêté de le faire lorsque nous étions à Strasbourg lors du dernier Sommet européen des Douze . Nous avons abouti à des conclusions que je crois tout à fait remarquables , qui ont été célébrées dans toutes les capitales comme un grand succès collectif pour l' Europe . A tout moment , nous le rappelons , et lorsque nous discutons avec les Allemands , c' est pour leur rappeler qu' il y a un certain nombre d' évidences européennes qu' il faut respecter .

Mais le secret véritable de la position française , c' est d' avoir confiance en soi , donc de produire davantage , c' est de faire exactement ce que nous n' avons pas toujours fait , c'est-à-dire avoir des équipes conquérantes , avoir des industries capables de supporter la compétition , avoir des jeunes suffisamment formés pour parler les langues , pour avoir envie d' aller conquérir des marchés sur place , à côté de chez nous et beaucoup plus loin , à l' autre bout du monde .

Il faut avoir confiance en soi , et la France est capable . Je ne suis pas en train de pratiquer la méthode Coué . Je connais bien les défauts ou les défaillances de notre pays et j' essaie d' y remédier . J' ai confiance dans les Français , et cela fait , je le répète , mille ans . On en a eu des coups durs ! Mais , finalement , on est là , nous avons prouvé notre vitalité . Nous sommes encore quand même parmi les 4 premiers pays exportateurs du monde . Et pourtant , tous les jours , je me plains de ce qu' on ait raté un marché ici ou là . Eh bien on est quand même le quatrième , on fait partie des 5 plus grandes puissances économiques du monde , et nous ne sommes que 57 millions .

Donc , c' est vous dire que la France a des réserves qu' on ne soupçonne pas , à condition de les organiser , à condition de le vouloir , à condition de faire appel à la majorité des Français et à condition de regarder l' avenir en formant les filles et les garçons qui pousseront plus loin les avantages de la France dans le cadre d' une compétition pacifique , dans le cadre d' organisations communes européennes . Eh bien , voilà , c' est le travail à faire .

C' est ce que vous faites là où vous êtes , c' est ce que je fais où je suis , c' est à cela que j' invite les Français qui m' entendent . On va gagner .

Qu' appelez - vous une initiative forte ? Nous nous réunissons dans quelques semaines , au mois d' avril a Dublin , parce que c' est à l' heure actuelle la capitale de la Communauté . A partir du 1er juillet , ce sera Rome . On se réunira à Dublin pour parler de cela . Nous voulons à Dublin - et je pense que ce sera une initiative qui regroupera les pays que nous consulterons - décider d' une méthode de travail et décider d' un calendrier .

Je ne suis pas très préoccupé par la date d' ouverture de la conférence intergouvernementale pour l' union économique et monétaire . Ce serait , mais ce n' est pas une affaire , que ce soit en septembre ou en décembre . Je reconnais qu' il y a une complication pour l' Allemagne , parce qu' elle a ses élections législatives au début du mois de décembre . Mais l' important n' est pas de savoir quand on commence , c' est de savoir quand on finit . Il faut donc que cette conférence intergouvernementale sur l' économie et la monnaie soit - c' est souhaitable , mais je ne pose pas un diktat , - finie mi-1991 .

Je souhaite , c' est la question qui sera posée également - je ne suis pas le seul à la poser , la Belgique vient de m' envoyer un mémorandum - que l' on fixe un calendrier de l' union politique , de l' union européenne politique et que l' on fixe , je l' espère aussi , un délai qui , je le souhaite , coïncidera avec la mise en place du marché unique européen , c'est-à-dire le 1er janvier 1993 .

Voilà une initiative que nous allons prendre dès le mois d' avril et cela ne se fera pas en contradiction avec l' Allemagne , j' en suis sûr , je peux même vous dire que nous en avons parlé , le Chancelier Kohl et moi .

Il n' y a pas de brouille , il y a une différence d' approche , non pas sur l' unification , nous avons toujours dit , mais sur son accompagnement . C' est vrai que j' ai trouvé que les Allemands avaient mis trop de temps à s' avancer sur le terrain de la garantie des frontières et qu' il fallait vite revenir , c' est ce que nous avons décidé les Allemands et nous , sur le terrain de la Communauté .

Mais comment ! La politique de la France n' est pas soumise aux décisions allemandes .

L' Allemagne entretient des relations avec l' Union soviétique , nous aussi , et j' entends bien persévérer . J' ai rencontré monsieur Gorbatchev début décembre à Kiev et je m' en suis réjoui , j' étais d'ailleurs à l' époque , Président de la Communauté européenne , du Conseil européen , j' étais responsable du devenir de l' Europe communautaire et il fallait bien que je rencontre le principal responsable de la plus grande puissance européenne qu' est monsieur Gorbatchev , et j' ai bien l' intention de continuer .

Je ne vois pas pourquoi , tout d' un coup , la France attendrait d' avoir la permission des uns ou des autres pour rencontrer monsieur Gorbatchev , que je vais d'ailleurs revoir bientôt . Je me rendrai bientôt aussi , au mois d' avril , aux Etats-Unis d' Amérique pour rencontrer monsieur Bush .

Alors , si des Allemands me le reprochent , tant pis pour eux . qu' ils se rentrent dans la gorge un reproche qui n' aurait pas de sens !

Je vous ai dit quels avaient été les points de friction j' aurais préféré obtenir tout de suite les assurances que je demandais .

Anne Sinclair . d'ailleurs vous avez mélangé un peu les problèmes tout à l' heure .

Non , non , consciemment , vous savez très bien mener une discussion , en me disant : et puis , vous vous êtes rendu en Allemagne de l' Est . mais je suis allé dans tous les pays de ce qu' on appelait l' Europe communiste , sauf l' Albanie et sauf la Roumanie , pour les raisons que vous imaginez bien . Je m' étais fixé ce programme - j' étais d'ailleurs déjà allé en Hongrie dans la période précédente - et je suis allé dans tous ces pays entre 1988 et 1990 . Je voulais le faire et je l' ai fait .

C' est vrai que le pittoresque du mouvement de l' histoire veut que j' ai été invité par monsieur HONECKER , que l' invitation a été confirmée par monsieur KRENZ et finalement , j' ai rencontré monsieur MODROW .

Mais en RDA , je me suis adressé à qui ? Aux étudiants , à Leipzig . J' ai rencontré qui ? Tous les dirigeants de l' opposition de l' époque , toutes les forces démocratiques . Et est - ce que vous croyez que je n' ai pas eu raison d' aller à Prague ? En effet , on m' a fait le même reproche au temps du Gouvernement du Président HUSAK et du Secrétaire Général JAKES , communistes durs de l' époque brejnévienne . Est - ce que vous croyez que j' avais eu tort ou raison ?

C' est Vaclav HAVEL , le nouveau Président de la République Tchécoslovaque , qui me le disait il y a quelques jours à Paris : on dit maintenant en Tchécoslovaquie : " avant la visite de François MITTERRAND " et " après " . Pourquoi ? Parce que j' ai reçu officiellement à l' Ambassade de France des gens qui étaient sortis de prison pour cela . J' ai reçu Vaclav HAVEL .

Certains dont Vaclav HAVEL y sont retournés peu après . A partir de là l' espérance est revenue . J' étais le premier Chef d' Etat à faire cela . Avais - je tort ? Certains me l' ont reproché en disant que j' apportais une caution au Gouvernement de HUSAK et de JAKES . Il faut savoir prendre ces risques . Moi , je les ai pris . Maintenant qu' on me juge comme on voudra .

La première , c' est l' unité monétaire entre les deux Allemagne qui va se faire très vite . Est - ce que ce n' est pas quand même une leçon pour nous , Européens , parce que cela prouve bien que quand il y a une volonté politique de faire une unité monétaire , cela peut aller très vite , d'autant qu' il y a plus de différence entre le niveau de développement de l' Allemagne de l' Ouest et l' Allemagne de l' Est qu' entre nous , pays des Douze .

Cette différence de niveau de développement est vraie , quoi que pas tout à fait exacte par rapport à certains pays comme la Grèce , l' Irlande ou le Portugal . Mais il y a un élément que vous n' avez pas donné et qui est capital , c' est que c' est entre Allemands . Ce sont tous des patriotes ils viennent de le démontrer , et ils sont en train de rebâtir leur pays .

La volonté politique nationale reste un atout indispensable . C' est vrai que la construction européenne repose sur une volonté politique qui n' est pas acquise depuis mille ans comme l' est la volonté nationale de la France . C' est un travail de chaque jour . Mais j' ai omis de répondre quand même à une question : tout Etat a la politique de sa géographie . On a parlé de l' Allemagne , on a parlé de l' Europe de l' Est , mais la France telle qu' elle est située , doit avoir une politique méditerranéenne . L' Espagne , c' est nous qui l' avons faite entrer dans le Marché Commun , dans la Communauté . Jusqu' alors , les autorités françaises avaient refusé l' Espagne . L' Italie , j' ai créé un Sommet annuel , deux Sommets même , entre l' Italie et la France , nous nous rencontrons constamment . Mais cela va plus loin , la Méditerranée : de l' autre côté , il y a l' Afrique du Nord , plus loin , vers l' Est , le Proche-Orient et derrière tout cela , du côté du Sud , il y a l' Afrique Noire .

Ce sont les axes de notre politique , la France doit considérer que sa politique d' Europe et sa politique africaine et méditerranéenne englobent automatiquement , par une expansion naturelle , une politique à l' égard du Tiers Monde .

Voilà , c' est notre géographie .

Qu' est - ce qui vous semble la solution probable , possible , souhaitable ?

C' est un problème très , très difficile puisque l' Allemagne de l' Est est , à l' heure actuelle , occupée par quelque 450000 soldats soviétiques . Occupée . enfin . ils sont là , comme nous , nous sommes , forces occidentales , américaines - mais il y en a beaucoup d' autres - anglaises , françaises , en Allemagne de l' Ouest et à Berlin .

C' est un problème , effectivement , extraordinairement difficile , car comment va vivre l' Allemagne unifiée de demain ? Avec , d' un côté , une partie de son territoire contrôlée par l' armée soviétique , des forces dites de Varsovie - bien qu' il faille réviser ce genre de notion - et de l' autre côté . Ce problème est posé .

J' ai entendu le conseil d' un homme de grand bon sens et de vaste intelligence , qui est le Président allemand , monsieur Von WEIZSACKER , qui disait : " Non , il faut que l' Allemagne reste dans l' OTAN .

. Il faut aborder ce sujet avec beaucoup de finesse et de détermination . On peut très bien imaginer qu' il y ait un départ , au bout de quelque temps , au bout de quelques années , des troupes soviétiques de l' Allemagne de l' Est . Il faudra s' attendre à une demande soviétique d' évacuation de l' Allemagne de l' Ouest par les troupes alliées , occidentales . Ce sont peut-être les Allemands qui le demanderont . Cela , le Président WEIZSACKER ne l' a pas dit , c' est moi qui l' ajoute .

Ce qui veut dire que , dès maintenant , les formes et le contenu de l' OTAN , c'est-à-dire de l' Alliance Atlantique , seront profondément modifiés , y compris la stratégie qu' on dit " de défense graduée " . Tout cela est modifié , transformé .

De plus en plus s' impose la mise en place , et j' en parlerai d' ici peu , d' une défense , je ne dirai pas strictement européenne - nous restons les alliés des Américains - , mais dont l' axe européen devra être précisé et dont feraient partie , naturellement , les Allemands .

C' est pour cela que l' homme politique dont vous me parlez doit se tenir mieux informé .

Il doit se tenir mieux informé , car après une très longue période pendant laquelle la Lituanie a été sous l' autorité russe - en tout cas , depuis Pierre le Grand - et , ensuite , cela a été un va-et-vient entre la Russie et l' Allemagne , la Lituanie est devenue un pays reconnu , souverain , en 1921 . Les deux autres Pays Baltes aussi .

La France l' a reconnue . Il y a eu des gouvernements exprimant cette souveraineté .

Et lorsque , en 1940 , cela s' est brisé , d'abord en 1939 , autour de l' accord germano-soviétique , qui a jonglé avec ses trois Pays Baltes d' une façon inacceptable , et ensuite au gré des évolutions de la guerre , tantôt soviétiques , tantôt allemands , ces pays ont perdu leur indépendance .

Eh bien ! La France a toujours refusé de reconnaître l' annexion , notamment par Staline . Elle a toujours refusé de la reconnaître , au point , c' est un détail qui peut paraître pittoresque , mais il a un certain sens , que les Lituaniens ont déposé chez nous d' importantes réserves d' or . Ils en avaient confié aussi à la Grande-Bretagne et cet or , il est toujours là , il est à la disposition de la Lituanie .

En Grande-Bretagne , ils ont disposé de cet or autrement . C'est-à-dire que nous sommes restés très fidèles à la décision prise .

Il ne faut pas oublier non plus que si les bâtiments - Consulat ou Ambassade lituanienne en France - ne sont plus à la disposition des Lituaniens , c' est parce que , soit sous Vichy , soit peu après la Libération , les gouvernements de l' époque ont remis les clés aux autres . aux occupants .

En particulier , ils les ont remises aux Soviétiques .

Normalement , il faudrait que cela revienne à la Lituanie , mais enfin cela a été concédé par des gouvernements français il y a déjà bien longtemps , c' est entré dans les mœurs , et les trois Pays Baltes sont devenus partie intégrante de l' Union Soviétique .

C' est tout le problème qui est posé aujourd'hui à monsieur Gorbatchev .

A Lisbonne , les douze pays européens ont voté une résolution . Le Pape s' est exprimé . Beaucoup d' autres dirigeants importants se sont exprimés avec beaucoup de sagesse sur ce sujet . Le droit de la Lituanie ne peut pas être contesté . Son droit est celui de la souveraineté .

Mais ils sont intégrés à l' Union Soviétique . Cela pose un problème à monsieur Gorbatchev , qui vise non seulement les Pays Baltes , mais tous les autres pays qui sont en ébullition , qui réclament leur indépendance - leur autonomie mais aussi leur indépendance - , et j' imagine le problème terrible posé à la direction soviétique .

Notre rôle n' est pas de mettre de l' huile sur le feu .

C' est déjà fait . Mettre en garde , cela veut dire que la seule voie permise est celle du dialogue .

Il y a une deuxième lecture : c' est un homme dont le pouvoir aujourd'hui est considérable mais fragile face à une décomposition de l' empire et face à une dégradation économique .

Alors qu' est - ce que veut dire aujourd'hui l' expression " aider monsieur Gorbatchev " ?

Cela veut dire que puisqu'il est Président de l' Union Soviétique et qu' il a montré sa détermination , une véritable capacité à modifier les institutions et le régime de l' Union Soviétique , une volonté de laisser passer un air de liberté , de discussion et de dialogue , il n' y a pas de raison de lui refuser notre confiance pour qu' il continue cette entreprise . Charge à lui , bien entendu , de ne pas démentir cette espérance .

C' est évident . C' est un des événements majeurs , je dirai même que l' événement posé aux soviétiques est chronologiquement celui qui a déclenché tout le reste . Le problème allemand découle directement de l' impossibilité où s' est trouvée l' Union Soviétique de maintenir les exigences qu' avaient autrefois Staline et Brejnev . C' est donc un fait majeur . On s' en occupe tous les jours .

D' une certaine manière , c' est vrai , parce que ce qui s' est passé , pour les uns et les autres , c' est que , pour de socialistes comme moi , comme Felipe Gonzalez , à Madrid , et comme Willy Brandt en Allemagne , et pour beaucoup d' autres , on ne pouvait pas appeler socialisme un système communiste privatif de libertés . Pour nous , le socialisme , c' est , comment dirai - je , le niveau le plus élevé d' un régime de libertés . Ou ce doit être . Si cela ne l' est pas , c' est que ce n' est pas socialiste . Le communiste était donc devenu antinomique , contraire au socialisme . Ne jouons pas avec les mots . Telle est , en tout cas , notre philosophie politique .

Il est vrai que ce qui a été accompli en Union Soviétique depuis maintenant quelques années , surtout depuis quelques mois , et dans les pays voisins qui , hier , étaient sous l' autorité soviétique , est tellement considérable qu' on peut parfaitement imaginer des rapprochements qui auraient semblé impossibles la veille .

Il y a encore de grandes différences , ne mélangeons pas , n' allons pas trop vite , les analyses doivent être fines et précises , mais c' est vrai que le fossé , s' il y a fossé , il y en a encore , s' est considérablement réduit .

Cela reste à démontrer , quand même .

Pas socialisme et liberté . Le socialisme , cela doit être la liberté .

Un sérieux coup , c' est peut-être beaucoup dire , mais il est certain qu' à partir du moment où ces pays communistes se disaient socialistes , pour ceux qui n' ont pas l' occasion de beaucoup réfléchir à ces choses , cela peut être nuisible .

A vous de le démontrer . Mais , enfin , nous avons derrière nous , quand même , notre Histoire . Les sociaux-démocrates allemands ont leurs martyrs , leurs sacrifices , leurs déportés , leurs sacrifiés , ils ont montré un courage admirable , et combien d' autres en Europe , en Autriche et ailleurs ? . Et en France , les socialistes , et en Italie , les socialistes , et en Espagne , sous la dictature franquiste . Donc , nous avons quand même nos lettres de noblesse et je pense qu' elles nous seront reconnues par l' opinion publique .

Le libéralisme est à bout de souffle . Je m' excuse de le dire , je ne veux pas gêner le gouvernement britannique , mais on voit bien comment est en train de chuter l' expérience ultra-libérale de la Grande-Bretagne . On voit aux Etats-Unis 50 millions de pauvres . Dans certains quartiers de New-York , on a l' impression de se trouver dans un endroit déshérité du Tiers-Monde . Pourtant , c' est un pays admirable . New-York est une ville splendide mais la différence est trop grande entre une société riche , et la société des pauvres . Tout cela justifie d'autant plus notre conviction que si le communisme s' effondre , le libéralisme est à bout de souffle , parce que le capitalisme , tel qu' il est , s' il se laisse vivre , sa loi , c' est celle de la jungle . il va créer beaucoup d' autres inégalités , et l' argent des plus riches , où va - t - il aller ? Il y a déjà beaucoup d' argent qui se promène un peu partout , d' une banque à l' autre , l' argent " noir " , comme on dit , qui est de l' argent trouble . Il y a trop d' argent non contrôlé et cela est dû aux formidables fortunes qui s' édifient sur la spéculation . Et cette spéculation est en train d' étouffer le travail des autres .

Je pense qu' il est urgent , au contraire , de corriger les effets du libéralisme économique - je suis pour un libéralisme politique intégral - et c' est , je crois , ce qui doit être fait sur le plan de l' économie mixte .

Je dirai juste un mot puisque nous arrivons au terme de l' émission . Au passage d' une de vos questions , j' ai dit que devant le problème allemand , il faut que les Français aient conscience qu' ils possèdent une très grande Histoire , qu' ils ont finalement toujours triomphé des embûches de cette Histoire , et des voisinages parfois dangereux . Aujourd'hui , on a transposé : le plan , c' est l' Europe que nous sommes en train de construire , l' Europe de la Communauté et j' espère l' Europe de la Confédération , l' Europe tout entière .

Mais nous avons chez nous exactement le même problème de conviction . Le chômage commence à bouger . On a créé 550000 emplois simplement depuis 1988 , cela commence à bouger pour les jeunes en particulier . Mais aussi il y en a trop actuellement sans emploi .

Un peu plus de 6 mais disons à 6 pour simplifier .

Ce qui est vrai , c' est que nous avons depuis trente ans mis plus de temps que les autres à moderniser nos technologies et à former les femmes et les hommes pour ces technologies nouvelles . C' est pourquoi lorsqu' on crée 550000 emplois , qui sont des emplois de technologie moderne , cela ne veut pas dire 550000 chômeurs de moins car toute une génération est encore sacrifiée . C' est pourquoi il faut la former rapidement .

C' est un appel à la confiance que je lance aux Français , à la confiance en eux - mêmes . Je n' ai pas dit en moi . La confiance en eux - mêmes , il faut qu' ils se sachent capables . Ils savent produire , ils savent moins bien vendre ! Eh bien il faut qu' ils apprennent à vendre . Il faut qu' ils aillent sur le terrain . Il faut que les Français aient des mentalités de conquérants , parce que leurs produits valent la comparaison et si cela ne suffit pas , il faut que nos industriels s' y mettent . Et , dans ce cas - là , il faut même que la puissance publique les y aide .

Je veux dire : il faut y croire .

Mais tout repose sur la formation . On manque par exemple d' ingénieurs . Il nous faut des ingénieurs en plus grand nombre , et des ingénieurs de production . Il faut toute une jeunesse formée à ce type de compétitions , de combats , de combats pacifiques , il faut que les Français soient partout .

Eh bien , je dois dire qu' ils ont malgré tout un peu tendance dans leur ensemble à rester chez eux ; à considérer que la France est un assez beau pays , pour qu' on y vive sans s' occuper du reste . Je demande aux Français d' avoir une volonté d' expansion économique , fondée sur le fait qu' ils peuvent être sûrs que leur civilisation est une civilisation qui intéresse le reste du monde ; leur façon de vivre , leur philosophie , leur esprit , après tout , tout cela mérite aussi d' être exporté .

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