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Elle a été attribuée aux principaux dirigeants des organisations sociales . C' était un excellent alibi . Et puis , je peux ajouter , pour m' amuser , que quand je me suis évadé la première fois d' Allemagne , à pied , j' ai fait 22 jours et nuits de marche , depuis la Thuringe jusqu' à la frontière suisse , avec un petit insigne sur mon imperméable , celui du NSDAP - le parti nazi - .

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F. Mitterrand - 8 septembre 1994

Tout le monde est au courant de ma maladie puisque j' ai demandé que l' on diffuse les communiqués médicaux . Je pense que celle - ci sera assez obligeante pour me permettre de terminer mon mandat - rire - . C' est ce que je crois . Je me trompe peut-être - nouveau rire - .

Oui , sans aucun doute . Si je n' en étais pas sûr , je m' en irais .

Non , je suis plus raisonnable . J' aménage davantage mon temps .

C' est à vous de juger .

N' y voyez pas une guérilla personnelle . Si le Premier ministre intervient si souvent , ce n' est pas par rapport à moi . C' est par rapport à l' échéance du mois de mai 1995 . Je ne sais s' il parviendra à tenir le rythme . Nous ne sommes qu' en septembre .

Ses interventions peuvent créer , à la longue , une impression de redite . Chacun sait que l' opinion est assez inconstante . Si j' étais candidat , croyez - vous que je ferais une déclaration toutes les quarante-huit heures ? A chacun sa méthode .

Il ne peut pas y avoir deux présidents à la fois . Et il n' y en a qu' un .

Le Premier ministre est à la tête de la majorité . Il a beaucoup d' atouts . Cela lui réussit plutôt bien . Pourquoi prendrait - il le risque de controverses sur l' application de la Constitution , dont j' ai la charge ?

Pourquoi pas ? Mais ne vous arrêtez pas à Mmonsieur Chirac et Balladur . Il y aura d' autres compétiteurs à droite et à gauche .

Le Premier ministre a fait un parcours apprécié , si on en juge par l' opinion qu' expriment les Français . Le formidable attrait du pouvoir a eu raison de ses autres dispositions . monsieur Chirac n' avait pas assez réfléchi à ce phénomène historiquement classique .

Je ne veux pas me prononcer là dessus .

De l' antipathie ? Je n' en ai pas . C' est très exagéré . Mais il est clair que nos relations sont aujourd'hui moins conflictuelles qu' elles le furent . On a moins l' occasion de s' opposer .

Edouard Balladur comme Jacques Delors envisagent d' entrer dans l' arène au début de l' année prochaine . Je crois que le Premier ministre sera contraint d' y entrer plus tôt .

Je ne le sais pas .

A gauche , Jacques Delors , puisqu'il est le mieux placé pour gagner , tout le montre .

J' apprécie beaucoup Raymond Barre . Je crois que c' est l' un des tout premiers à être capable de diriger l' Etat .

Ca va mieux d' année en année après une crise aussi longue . La reprise qui arrive vient de l' extérieur , d' où venait aussi la crise . C' est un fait qui ne relève pas de la politique du gouvernement français , mais selon ce qu' il fait ou fera la France en profitera plus ou moins .

C' est probable . Cependant un autre débat va s' ouvrir , celui de la redistribution . Quand la reprise sera là , vous verrez qu' il se posera avec une acuité extrême .

Oui , je le crois . Les forces conservatrices auront de la peine à s' adapter à cette situation nouvelle . En attendant , elles s' organisent et concentrent leurs moyens financiers . De ce point de vue , on est en train de battre des records .

Je parle de cette quinzaine d' hommes d' affaires qui raflent tout .

On parlait des deux cents familles au temps du Front populaire . C' était une expression un peu sommaire , je le reconnais , mais elle disait bien ce qu' elle voulait dire . Nous n' en sommes plus là . Aujourd'hui , nous assistons à des concentrations considérables où le capitalisme financier prend le pas sur le capitalisme industriel . Les entrepreneurs sont en train de céder la place aux maîtres de l' argent . C' est un phénomène qu' accentuent encore les privatisations . Cela risque de créer une situation dangereuse pour notre société . Même les entrepreneurs , par définition adeptes de la société libérale , finiront par se sentir lésés .

Cette évolution aura des conséquences sociales . Le chef d' entreprise ne peut ignorer son personnel . Aujourd'hui , le financier n' a pas les mêmes soucis . Il lui est complètement égal de " dégraisser " , comme ont dit . Il veut d'abord du chiffre , des résultats . C' est un changement de mentalité .

Question qui mérite réflexion . J' approuve ceux qui cherchent une autre définition de la société industrielle . Même s' il est vrai que les nouvelles technologies créent des emplois , elles ne feront pas reculer le chômage . Au contraire , je le crains . Ceux qui cherchent une nouvelle définition à la notion d' emploi vont dans la bonne direction .

Ca n' a pas avancé .

Je compte en parler chaque fois que j' en aurai l' occasion .

Je lui si conseillé de ne pas le faire .

Il l' a lui - même annoncé en inscrivant Renault dans la liste prévue . Après tout , c' est conforme aux vœux de sa majorité . Même si je ne me considère pas comme le gardien de son intérêt politique , je l' ai mis en garde contre les conséquences sociales pour le pays .

Normales et correctes .

Non .

Les nominations politiques dans la haute administration sont légion , en effet .

Il ne s' agit pas d' un objectif du Premier ministre . C' est l' ensemble des appétits réunis qui aboutit à ce résultat .

C' est une idée intéressante . Je serais étonné que le PS . obtienne satisfaction .

Si la commission était inspirée par la même logique que l' an dernier , quand elle faisait le bilan de la gauche , il pourrait s' en inquiéter .

Le chômage restera , bien sûr , , le problème primordial . Mais il y en aura d' autres . Par exemple , ce que je vous ai dit de la concentration financière qui s' attribue une large part de la richesse publique . Les partis politiques retrouveront plus de force . Les organisations syndicales aussi . Nous aurons une situation moins atone qu' aujourd'hui .

Vous caricaturez . Je n' ai d'ailleurs pas dit que le gouvernement et le Premier ministre chloroformaient - sourire - .

Ce devrait être le cas . Notamment autour de la Sécurité sociale .

Le socialisme a traversé une crise à la suite de l' écroulement du monde communiste qui a entraîné une série de confusions . Subitement , les idées fondamentales de tous les grands théoriciens du socialisme sont apparues fausses ou désuètes . Je crois cette condamnation erronée . Mais c' est comme ça .

Bien sûr , il y en a. 10 ans de gouvernement , nous n' étions pas habitués . Nous n' avions pas d' équipes formées à ça . Quelques-uns incriminent la désunion du parti socialiste . Mais ce qui nous a le plus conté , c' est l' accumulation de médiocres affaires qui mettaient en cause la moralité et l' honnêteté .

L' opposition de l' époque n' a pas fait de quartier oubliant l' apologue de la paille et la poutre . Si vous faites un calcul qui peut paraître dérisoire , vous constaterez que beaucoup plus d' élus de droite que de gauche ont été l' objet de procédures judiciaires . Cela n' excuse d'ailleurs personne .

Il reste que les socialistes incriminés n' auraient pas dû se mettre dans ce cas - là . Leur électorat est plus exigeant que d' autres . Il a été choqué par ce déficit moral . Il a eu raison . Il n' a pas encore tout à fait pardonné .

Objectivement , oui . Notez que ce que vous appelez " loi d' amnistie " n' était qu' une modalité d' une loi fort importante sur la mise au clair du financement des partis . Observez également qu' elle a été votée par une partie non négligeable de la droite et du centre . Mais même encore aujourd'hui , c' est vrai , j' entends certains de mes amis dire : " Mais enfin , cette auto-amnistie " A l' époque , j' avais pourtant bien indiqué au gouvernement que je n' accepterais qu' un texte qui exclurait les parlementaires du bénéfice de l' amnistie . Ce qui a été fait . Mais l' opinion ne l' a pas cru , parce que l' habileté de nos adversaires aidant , tout s' est télescopé . On a centré les attaques sur une histoire qui mettait en cause un ancien ministre qui n' était plus parlementaire ; il a donc été amnistié . Cela dit , je comprends la colère de la magistrature qui a eu le sentiment d' être flouée .

Certains d' entre eux , bien sûr .

C' était à la justice de trancher , pas à moi .

Qui donc ?

Je tiens Nucci pour un honnête homme . Mais je n' ai pas pesé sur la décision . Je sais que Nucci a beaucoup souffert de cette amnistie parce qu' il aurait voulu un jugement .

C' est une mauvaise plaisanterie .

Quand j' ai été porté à sa tête , il venait d' obtenir 5 % à l' élection présidentielle . Vous allez voir qu' il fera beaucoup mieux . Il est devenu le parti de l' alternance . Tantôt il gouvernera , tantôt il sera le principal parti de l' opposition . Ne vous laissez pas abuser par l' effet d' amplification des systèmes électoraux . Si les dernières législatives s' étaient déroulées à la représentation proportionnelle , il y aurait aujourd'hui 136 députés socialistes à l' Assemblée nationale . Ca ne paraîtrait plus comme une catastrophe . Le scrutin majoritaire , c' est terrible .

Les livres dont vous parlez me sont presque toujours hostiles . Ils rapportent beaucoup d' argent à leurs auteurs mais , finalement , ils ne m' amusent pas , moi .

Regardons la chronologie . Après avoir été prisonnier en Allemagne , je me suis évadé fin 1941 . Je n' ai été mêlé à rien avant février-mars 1942 . Je participe en juin à une réunion d' organisation de Résistance d' anciens prisonniers évadés dont vous pouvez également trouver la photographie dans le livre de Pierre Péan . A la même époque , les centres d' entr'aide de prisonniers de guerre organisent une collecte pour leurs camarades dans les camps . Pétain nous demande de venir le voir . Sur les trois dirigeants du mouvement qui se rendent avec moi à son invitation , le principal , mon ami Marcel Barrois , est mort sur le chemin de la déportation . Nos relations se sont arrêtées à cette brève rencontre . Après ça , j' ai participé aux différents mouvements de Résistance dont j' étais , à vingt 5 ans , l' un des dirigeants . En mars 1944 , le Général de Gaulle m' a désigné parmi les quinze hommes qui , sous l' autorité d' Alexandre Parodi , seraient chargés de tenir l' Etat dans les premiers jours de la Libération . J' ai été l' un de ceux là . Le 19 août , je me suis assis à la place du commissaire général des prisonniers de guerre de Vichy . Dans ses Mémoires , le Général de Gaulle relève mon nom parmi ceux qui , à leurs risques et périls , ont assuré la liaison entre l' Angleterre et la France , par avion ou par bateau , la nuit .

Elle a été attribuée aux principaux dirigeants des organisations sociales . C' était un excellent alibi . Et puis , je peux ajouter , pour m' amuser , que quand je me suis évadé la première fois d' Allemagne , à pied , j' ai fait 22 jours et nuits de marche , depuis la Thuringe jusqu' à la frontière suisse , avec un petit insigne sur mon imperméable , celui du NSDAP - le parti nazi - . Le jour où j' ai trouvé cet insigne , j' étais très content , imprudemment content . Ne va - t - on pas dire que j' ai été nazi maintenant ? - rire -

C' est un livre honnête et sérieux . Je conteste certaines interprétations de l' auteur , dans lesquelles je ne me reconnais pas . Mais écrire l' histoire d' un homme est une entreprise difficile .

Je n' ai jamais flirté avec l' extrême droite . J' ai toujours été républicain . J' étais un produit de mon milieu , la petite bourgeoisie française très classique , catholique et traditionaliste . Donc de droite . Et patriote . Je n' étais pas Action Française . Il n' est jamais passé une ombre d' antisémitisme dans ma famille , ni sur moi . Quand elle entendait des propos contre les Juifs ma mère disait , je m' en souviens : " mais enfin , le Christ et la Vierge étaient juifs " . Ensuite la guerre et la captivité ont complété mon éducation .

De 1942 à 1944 , permettez - moi de vous le dire j' ai pris beaucoup de risques . Ceux qui écrivent à ce sujet , j' aurais voulu les voir avec moi sur le petit terrain d' Anjou , où je me suis trouvé dans la nuit du 15 au 16 novembre 1943 , quand un minuscule avion est venu se poser comme ça , dans une prairie bordée de peupliers , pour m' emmener en Angleterre et qu' il a traversé les tirs de la DCA allemande . J' aurais aimé avoir mes détracteurs pour compagnons quand je suis revenu d' Angleterre sur un petit bateau à proximité des côtes d' un pays que j' ignorais . On m' a mais dans une barque avec une petite boussole et des rames , avant de me dire : " allez par là " . Il faisait noir , la mer était grosse et je n' ai pas le pied marin . C' est ainsi que je suis arrivé en Bretagne , le 26 février 1944 .

Sans doute est - ce le sort réservé à tous ceux qui sont appelés à jouer un rôle dans la vie publique . Clemenceau en a vu d' autres . Mais il est vrai que j' ai eu mon lot . Il y a trois mois , via Thierry Jean-Pierre , j' étais un prévaricateur . Il y a un mois , via Jacques Vergès , j' étais un assassin . Aujourd'hui , via ceux qui ont mal lu Pierre Péan , je suis un ancien collaborateur .

Quand je quitterai l' Elysée , je n' aurai rien de plus que quand j' y suis entré . On pourra le constater , puisque je publierai l' état de mon patrimoine - il s' arrête et sourit - . Naturellement , ce qui ne sera pas publié , c' est la masse des comptes qu' on me prête en Suisse - rire - . Ce sera très difficile à établir - nouveau rire - . Moi aussi . Je m' y perds - il pouffe - . Je ne connais même plus les adresses .

Non , pas du tout . J' y suis totalement étranger par éducation et par nature . Et cela me révulse . Mais puisqu'il faut le répéter , répétons - le , je n' ai pas de comptes à l' étranger ; je n' ai ni actions ni obligations ; ce que je possède , je l' ai acquis avant d' être Président de la République .

C' est du mauvais roman policier , et ça ne mérite pas davantage de commentaire . Ce qui est sûr , c' est que je n' ai jamais transigé avec le terrorisme . Mes prédécesseurs ne peuvent pas en dire autant . Par exemple , quand on m' a demandé d' accepter par voie judiciaire une libération conditionnelle pour Bréguet et Kopp , j' ai écrit " non et non " en marge de la note qui m' était soumise . Vous pourrez la retrouver aux archives .

Que j' ai été un Président équitable , avec lequel il n' y a jamais eu d' abus de droit ; que mes deux septennats furent la période de paix civique et sociale la plus marquée du siècle ; qu' enfin la France a , sous mon mandat , tenu son rang , celui d' une des premières nations du monde . Voilà , j' aimerais qu' on dise ça , parce que c' est vrai .

Je n' ai pas de sentiment de culpabilité , mais je regrette profondément que les circonstances m' aient empêché de réduire sensiblement les injustices sociales .

Ce n' est pas un échec social . Beaucoup de bonnes réformes ont été adoptées . Mais les circonstances nous ont compliqué la tâche . Nous avons ramassé , Valéry Giscard d' Estaing et moi , la crise du monde industriel occidental , une crise de vingt ans . Nous l' avons prise de plein fouet . Pour continuer dans l' autocritique , je me fais aussi un reproche qui , en comparaison , paraîtra mineur , mais je crois n' avoir pas usé assez de mon autorité pour obtenir le développement de l' enseignement du français à l' étranger . En la matière , les résultats n' ont pas été à la hauteur de mes intentions . Vous savez , nos décisions passent toujours au tamis des administrations . Je l' ai fait observer au Premier ministre , il y a quelques mois : " Aujourd'hui , dans les banlieues , les associations sportives peuvent s' acheter moins de ballons qu' avant , sous le gouvernement Bérégovoy " . Il m' a répondu : " Mais ce n' est pas possible . J' ai fait augmenter les crédits pour ça " J' ai dit : " Vérifiez , vous verrez " . Quelque temps plus tard , il m' a confirmé que j' avais raison , . L' argent que vous accordez aux ministères a tendance à se disperser . C' est ainsi que vos décisions sont parfois sans effet .

Elle a changé sur pas mal de points .

Quand même oui , dans la mesure où ma vie publique se trouve terriblement mêlée à ma vie tout court .

Je ne crois pas que l' explication hégélienne soit suffisante .

Depuis que la République est née , c' est le même procès . Je suis en train de lire les Souvenirs de Tocqueville . Il raconte à peu près ce que nous vivons aujourd'hui . Il n' y a pas grand changement . D' une certaine façon , la politique est confrontée au même discrédit qu' en 1848 et 1849 . A ceci près que la décentralisation , réforme utile en soi , a diffusé les responsabilités sans diffuser les contrôles . Mais on aurait tort de dramatiser . Ce dégoût de la politique n' est pas profond . Il serait simplement dangereux de vouloir trop tirer sur cette corde .

Je pense toujours à Jaurès . Clemenceau fut , en effet , l' un des plus grands hommes de la République . Oui . Mais il était un peu impossible .

Je suis beaucoup plus gentil . Mais je ne peux pas être comparé à Clemenceau . Il a connu , lui , des circonstances qui , comme la guerre , ont fait sa gloire .

Vous savez , il est très supportable de n' avoir pas eu à supporter de grandes catastrophes .

Cette perspective est tellement inscrite dans la vie de chacun qu' il serait un peu misérable de s' abaisser devant cette échéance . Je sais que je n' existerai plus dans quelques mois ou années . Mais ce n' est pas de mourir que j' éprouverai un grand souci . C' est de ne plus vivre .

Je suis plutôt agnostique . Ce n' est pas faute de chercher , mais je ne sais pas ce que je crois . La transcendance est un sujet qui m' importe beaucoup . Je n' arrive pas à trancher . Il serait temps .

A Paul , Paul de Tarse . Je me passionne pour sa vie et son œuvre . C' est l' un des personnages les plus prodigieux de l' Histoire . J' ai recomposé tous ses itinéraires , spécialement en Asie mineure , et j' aimerais bien les suivre , si j' en avais le temps .

Saint Paul était , jeune , un ennemi des chrétiens , qu' il persécutait . Et puis , un jour , sur le chemin de Damas , il a eu la Révélation . Alors , comme tous les gens qui changent de camp , il est devenu un inlassable militant chrétien . Un marginal , à sa façon . A Antioche , il fonde sa propre communauté où , cherchant à développer un christianisme universel , il condamne le principe de la circoncision . Sur cette question , il s' oppose de plus en plus aux autorités religieuses de Jérusalemonsieur On frôle le schisme . Jusqu' à ce qu' il se décide finalement à circoncire lui - même tous ses compagnons . Telle fut la première grande crise de l' église .

Au fond , les premiers chrétiens , autour de Jacques , étaient des intégristes qui exigeaient des Juifs plus de morale , plus de rigueur , plus de vertu . Ils se tenaient constamment devant le temple en s' époumonant contre les vices de la religion hébraïque . Ils se rendaient insupportables . Et , de temps en temps , on les tuait à coups de pierres . Ce que j' aime en Paul c' est le sens de l' universel .

C' est beaucoup dire . J' ai un chevet où les livres ne font que passer . Mais " L' Ecclésiaste " est un livre de base . C' est aussi un livre fou . Quel choc quand on tombe tout à coup , dans l' Ancien Testament , sur ces pages écrites par Dieu sait qui , peut-être Salomon , qui sont les Magnificats de l' incroyance ! Quelques-unes des formules les plus répandues de notre langage sont tirées de l' Ecclésiaste

" Rien de nouveau sous le soleil " . " Tu es poussière , tu retourneras poussière " . " Tout passe , tout lasse " . C' est le manuel du scepticisme . Mais je ne cultive pas le scepticisme .

Je n' écrirai pas de Mémoires sous la forme : " je suis né le 26 octobre 1916 à Jarnac , en Charente " . Je ne raconterai donc pas ma vie . J' aimerais avoir le temps d' écrire 5 ou 6 livres sur les moments dominants de ma responsabilité politique . Mais ça prend du temps , un livre . et je n' en ai plus beaucoup .

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