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Et puis , l' on a admis formellement , non seulement qu' il n' y aurait plus de flottement interne , mais qu' il n' y aurait plus de flottement concerté vis-à-vis de l' extérieur .

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G. Pompidou - 21 septembre 1972

Chère vieille France ! La bonne cuisine ! Les Folies-Bergère ! Le Gay Paris ! La haute couture et de bonnes exportations , du cognac , du champagne , des bordeaux ou du bourgogne ! C' est terminé ! La France a commencé et largement entamé une révolution industrielle . Aujourd'hui elle est par son agriculture , et par son industrie , dans beaucoup de branches et dans beaucoup de domaines , compétitive sur le plan des prix et même , souvent , sur celui des techniques ; pas toujours , mais souvent . Par dessus le marché , voilà que nos industriels , au lieu de dormir dans leurs bureaux , à l' abri des frontières , n' hésitent pas à prendre l' avion , et on les voit en Europe , un peu partout , et même en Amérique . Par dessus le marché , nos ambassadeurs ont renoncé à l' exercice permanent de la tasse de thé et du petit gâteau et commencent à se dire que des crédits , des traités commerciaux , des prêts financiers sont des problèmes qui ne les déshonorent pas !

Et par dessus le marché , encore , nous nous mettons à avoir des conseillers commerciaux qui savent ce que c' est que le commerce , et qui commencent à conseiller , et à introduire nos industriels dans les milieux compétents locaux , administratifs ou privés .

Oh ! mais , en effet , monsieur , cela ne va plus du tout . Qu' est - ce que c' est que cette France - là qui vient troubler le jeu et qui vient faire ce que depuis toujours font les Etats-Unis , la Grande-Bretagne , l' Allemagne , le Japon et les autres - et même depuis que Pharaon chargeait Joseph de monopoliser à son profit le marché des céréales en Moyen-Orient ! Cela n' est pas d' aujourd'hui Eh bien , il faut s' y résigner . La France est désormais un compétiteur autant qu' elle peut l' être . Elle ne prendra pas la place des autres , mais sa place s' agrandit tous les ans . Hier encore , je le constatais en parlant avec le ministre des Finances du Brésil , et c' est vrai ailleurs aussi . On s' y résignera et je me résignerai aux critiques , dussé - je rappeler une fois encore que je puis voler à bord de Concorde bien qu' il n' ait pas de certificat de navigabilité . C' est plutôt ça qu' on aurait pu remarquer .

... Voilà une très bonne question . Les principes généraux de la position française sur le problème du Viêt-nam ont été exprimés , peut-être vous en souvenez - vous , par le général de Gaulle à Pnom-Penh , dans un discours qui , à l' époque , fit un certain bruit . Ces principes sont toujours les mêmes . Depuis ce temps - là , il s' est passé beaucoup de choses , du bon et du mauvais , et d'abord , cette Conférence de Paris , pour laquelle le Quai d' Orsay prête en gémissant depuis des années . le seul local qu' il ait , où il y ait de grandes facilités , traduction simultanée , et cetera , et il s' est passé surtout qu' à un moment donné monsieur Kissinger a commencé à venir à Paris rencontrer d' autres personnes dans le plus grand secret .

le puis vous dire maintenant que nous y avons été , et que j' y ai même personnellement été , pour beaucoup , et que , chose curieuse en France , le secret a été parfaitement gardé . Comme quoi il n' est pas mauvais d' avoir un Président de la République secret . Et puis un jour , on est passé , pas de notre fait , du secret au discret , c'est-à-dire qu' on ne cache plus les rencontres , simplement on ne dit pas ce qui s' y passe .

Quelle est la position française dans ce cas ? Elle aide de son mieux , et notamment sur le plan matériel , et en gardant le secret pendant plus de deux ans , elle a aidé . On se rencontre , on vient nous dire ce qui s' est dit , nous écoutons . On ne vient pas nous le dire ? Nous ne demandons rien . Et nous estimons que cette attitude est non seulement un devoir de convenance mais qu' elle est utile pour le résultat qui nous intéresse , c'est-à-dire la paix et l' indépendance des quatre pays d' Indochine .

Alors , on parle de trois composantes . Depuis toujours , tout le monde sait qu' il y a un Gouvernement Thieu à Saigon , et puis qu' il y a un Gouvernement provisoire communiste , qui lutte contre le Gouvernement Thieu avec l' aide des Nord-Vietnamiens . Et puis qu' il y a des gens à Saigon et à Paris aussi d'ailleurs , Vietnamiens qui ne sont ni d' un côté ni de l' autre , et tout le monde les regarde du coin de l' œil en se demandant s' ils ne pourraient pas être utiles éventuellement - l' expression est un peu vulgaire , sans quoi je dirais : pour lier la sauce .

Et alors , vous me demandez si nous sommes partisans d' un gouvernement à trois composantes ? Nous n' avons pas à prendre des positions de cet ordre . A partir du moment où l' on parle de cela , on est dans les mécanismes ; cela veut dire qu' on en est arrivé au moment où l' on discute sur les principes , bien entendu , mais , aussi , sur la façon dont pourrait être appliquée la solution définitive par les autorités vietnamiennes . Que la France ait des idées en ce domaine , elle connaît trop l' Indochine pour ne pas en avoir , mais elle estime avant tout qu' au point où l' on en est elle doit laisser se développer la négociation , prête , si elle pouvait aider à la paix et à une paix juste , à le faire , mais désireuse surtout de ne rien compromettre . Voilà ma réponse , monsieur .

...

Je ne vais pas vider le sommet de sa substance en vous indiquant ce que j' ai l' intention de faire . Je préfère répondre à la vraie question : pourquoi ce sommet ? Vous l' avez écrit , monsieur Lecerf : « Pourquoi ce sommet , alors que le Président de la République française avait demandé , exigé , et n' a pas obtenu . » Eh bien , je vais vous répondre .

Ce sommet , l' idée première en est venue , je crois , au Chancelier Brandt et il me semble qu' il me l' a dit , j' en suis même sûr . Mais j' ai repris l' idée le premier , publiquement , en août 1971 , au lendemain des décisions monétaires américaines . C' est dire que dans ma pensée , à ce moment - là , ce sommet était évidemment et d'abord monétaire .

Là-dessus sont intervenus la rencontre , des Açores , les accords de Washington . La crise s' est effacée , provisoirement en tout cas , et cet aspect des choses a un peu été atténué et même est apparu , dans la mesure où nous en parlions , comme une manie française . Et puis , petit à petit , j' ai vu grandir l' idée d' un sommet destiné en quelque sorte à célébrer l' entrée de la Grande-Bretagne et des trois autres pays dans la Communauté . J' ai toutes raisons de m' en réjouir , de cette entrée , je crois même y avoir joué un certain rôle . Mais , enfin , on a déjà bu le champagne à Bruxelles . le suis tout prêt à l' offrir à nouveau à Paris , mais peut-être n' était - ce pas tout à fait suffisant pour se réunir à Dix . Surtout que c' est très complique , même en ce qui concerne les locaux . Nous sommes obligés de demander à la Conférence vietnamienne d' évacuer pendant quarante-huit heures l' hôtel Majestic , de bien vouloir nous le restituer .

Alors , je me suis permis de le dire publiquement . J' ai saisi . la dernière occasion publique que j' avais de le faire en temps utile , lors de la visite du Premier ministre belge , qui n' était pour rien , personnellement , dans cette affaire , je n' ai pas besoin de le dire . Et , depuis ce temps - là , la presse française notamment , mais également étrangère , a laissé entendre qu' il ne se passait rien . En réalité , il s' est passé pas mal de choses . Les chancelleries ont travaillé , ici ou là on s' est interrogé , inquiété , avec plus ou moins de craintes ou , au contraire , de -scepticisme . Mais , enfin , il s' est fait un certain nombre de choses et on a abouti aux réunions de Lucques , où j' ai vu les Italiens , puis il y a eu la visite de monsieur Schumann au Chancelier Brandt et à monsieur Heath , et puis d' autres se sont rencontrés , bien entendu , et nous - mêmes nous avons vu tout le monde . Et puis , finalement , il y a eu la rencontre des ministres des Affaires étrangères et des ministres de l' Economie et des Finances à Rome et là j' ai confirmé mon invitation à nos 9 partenaires , prouvant ainsi que je me rangeais à l' avis , d'ailleurs général , qu' il fallait tenir le sommet .

Pourquoi ? Ce n' est pas , croyez - le , que je m' imagine que ce sommet sera le tournant de l' Histoire , ni même le tournant de l' histoire européenne . Non , je ne le crois pas et je ne crois pas que les circonstances le permettent .

Mais d'abord , il y a évidemment une raison négative : ne pas tenir le sommet est en soi un acte grave , surtout à l' initiative de celui qui invite . Et je suis sûr que dans l' opinion on en aurait conclu , non pas à un simple renvoi à quelques mois , même si l' on avait fixé une date , mais à un recul de la construction européenne . Et puis , un certain nombre de sujets ont été , comme j' ai dit , débroussaillés . Et l' on voit la possibilité d' initiatives , en effet , initiatives qui déboucheront surtout sur des principes . Mais enfin , j' ose espérer que lorsque les Chefs d' Etat et de Gouvernement se rencontrent et mettent leur signature au bas de principes , ce sera suivi de quelque chose .

Enfin , soyons sincères : « Accords modestes au fond déjà décidés » . Peut - on se rappeler la situation quand j' ai parlé de sommet en août 1971 ? Quelles étaient les thèses en Europe et les faits ? Le mark flottait , entraînant le florin , et je ne médis pas de nos partenaires si je précise qu' ils étaient tous au moins résigné à au flottement et au flottement interne à l' Europe , pour ne pas être tirés par la monnaie la plus puissante , à l' époque le mark .

Ce qui voulait dire , monsieur Lecerf , la mort du Marché Commun agricole . D' autre part on était convaincu de la nécessité du flottement vis-à-vis de l' extérieur , et même du flottement concerté , ce qui voulait dire la réévaluation permanente des monnaies européennes et , par conséquent , une aggravation de la compétitivité commerciale de l' Europe , extraordinaire et indéfinie , sur tous les marchés .

Et puis , quand nous parlions de contrôle des capitaux , on se voilait la face : « Libéralisme , impossible . Le double marché , n' en parlons pas . » De parité fixe , qui aurait osé en parler dans cette atmosphère ? Alors qu' aujourd'hui les 10 ont pris des positions . Vous me direz : « Mais la livre flotte ! » C' est vrai , mais le ministre britannique a accepté formellement le retour aux parités fixes . Pour des raisons que vous comprendrez facilement , il n' est pas question de fixer ni un taux ni une date , mais j' ai des raisons d' avoir confiance .

Et puis , il n' y a pas que les parités fixes . Il y a la marge réduite à l' intérieur des Dix , et dans des conditions telles qu' elles permettent le fonctionnement du Marché Commun agricole .

Et puis , il y a la création d' un Fonds . Les italiens l' auraient voulu mieux nourri , les Allemands étaient plus hésitants . Nous avons accepté la formule sur laquelle finalement tout le monde était d'accord . le souhaiterais personnellement qu' on aille un peu plus loin lors du sommet , mais enfin nous verrons .

Ce Fonds a pour but de permettre à ces parités internes de se maintenir .

Et puis , l' on a admis formellement , non seulement qu' il n' y aurait plus de flottement interne , mais qu' il n' y aurait plus de flottement concerté vis-à-vis de l' extérieur . Et puis , l' on a admis formellement qu' il y aurait un contrôle nécessaire des capitaux . Et puis , comme il va de soi - mais comme à l' époque de la crise monétaire la France le disait en le soulignant moins que d' autres - nous avons admis aussi la nécessité de coordonner nos politiques économiques . Et nous allons , je l' espère , pouvoir faire assez rapidement des progrès dans ce sens . le passe sur la multilatéralisation des aides , et sur je rôle du comité des Gouverneurs , et sur la création d' une unité monétaire européenne de principe , une unité de compte , comme on dit , rattachée à l' or .

Tout cela est admis . Pourriez - vous me dire qu' en août 1971 vous l' auriez cru ? Et alors , naturellement , on nous répondra : oui . Mais enfin c' est fait . S' il n' y avait pas eu de sommet en perspective , peut-être les ministres des Finances se disputeraient - ils encore ? Et puis , le fait que les Chefs d' Etat et de Gouvernement affirmeront solennellement ces positions , de même qu' ils affirmeront solennellement , je l' espère , leur solidarité dans les futures discussions internationales , comme on l' a fait d'ailleurs déjà , par les ministres de l' Economie et des Finances à Londres , eh bien , tout cela a sa valeur .

- Voilà pourquoi je pense que ce sommet était finalement utile . Et j' espère , en plus , j' espère que , lorsque nous serons tous autour d' une table , la lueur européenne s' allumera un peu plus grande , et la France ne cherchera pas à l' éteindre .

...

Je vous remercie de votre question ; si vous ne l' aviez pas posée , je l' aurais soulevée . Tout d'abord , les faits . Ce monsieur Touvier a été condamné à mort à la Libération , par contumace . Je suppose que tous les Français savent que cela veut dire qu' il ne s' est pas présenté à l' audience . Il se cachait . La chancellerie considère et a considéré que ces condamnations à mort par contumace étaient prescrites , c'est-à-dire qu' elles n' avaient plus d' existence , donc le problème ne m' a pas été posé , et il n' aurait d'ailleurs pas pu l' être car je ne peux pas gracier les condamnés par contumace .

Donc , ma grâce a consisté uniquement à relever monsieur Touvier de l' interdiction de séjour et de la confiscation de ses biens officiels , en l' espèce de la possession en indivision d' une maison avec quatre ou 5 frères et sœurs . Voilà le dossier tel que je l' ai traité et les faits ramenés à leur exactitude . Mais , en revanche , je ne l' ai pas relevé de ses droits civiques , ni d' un très grand nombre d' incapacités ; il est toujours frappé de ce qu' on appelle la mort civile .

Alors on m' a demandé de me justifier , voire de révoquer ma décision , même des juristes . Le droit de grâce n' est pas un cadeau fait au Chef , de l' Etat pour lui permettre d' exercer ses fantaisies . C' est une responsabilité , parfois effrayante , qu' on lui impose et qu' il prend au vu des dossiers , évidemment , seul , avec sa conscience , et la tradition et le devoir l' empêche et de s' expliquer et , bien sûr , de revenir sur ses décisions .

Imaginez ce que cela donnerait dans d' autres cas ; une condamnation à mort par exemple ? Ce qui ne veut pas dire que la grâce constitue une absolution de la faute ni que , si peu que ce soit , elle diminue la pitié ou le respect que l' on doit aux victimes . Elle est purement et simplement un acte de clémence et c' est tout .

Mais si je ne m' explique pas et si je ne peux , ni ne veux , revenir sur cette décision , je puis , en revanche , vous indiquer quelques réflexions que m' ont inspirées les réactions que j' ai reçues par un très nombreux courrier , souvent émouvant et auquel je n' ai pas répondu individuellement , mais grâce à cette question je peux y répondre collectivement .

Notre pays , depuis un peu plus de trente ans , a été de drame national en drame national . Ce fut la guerre , la défaite et ses humiliations , l' occupation et ses horreurs , la Libération , par contrecoup l' épuration et ses excès - reconnaissons - le ; et puis la guerre d' Indochine , et puis l' affreux conflit d' Algérie et ses horreurs , des deux côtés , et l' exode d' un million de Français chassés de leurs foyers , et du coup l' OAS et ses attentats , et ses violences et , par contrecoup , la répression .

Alors , ayant été dénoncé par les gens de Vichy à la police allemande , ayant échappé deux fois à un attentat de l' OAS , une tentative d' attentat , une fois aux côtés du général de Gaulle et l' autre fois à moi destiné , je me sens le droit de dire : allons - nous éternellement entretenir saignantes les plaies de nos désaccords nationaux ? Le moment n' est - il pas venu de jeter le voile , d' oublier ces temps où les Français ne s' aimaient pas , s' entre-déchiraient et même s' entretuaient , et je ne dis pas cela , même s' il y a ici des esprits forts , par calcul politique , je le dis par respect de la France .

...

Il y a une question de principe , il y a aussi une question de fait .

Si ces termes de « chiffon de papier » , comme d'ailleurs de « régime sans foi ni loi » , si je me souviens bien , avaient été prononcés par un représentant des Comités d' action lycéens , je lui dirais : « Jeune homme , je pense que vos expressions dépassent votre pensée » , mais monsieur Mitterrand n' est pas un nouveau-né . Ce n' est pas un jeune espoir des futures olympiades législatives ou présidentielles - , il a vingt - 5 ans de vie de député , c' est un bail ! . Au surplus , sur les vingt-deux Gouvernements que la IV République s' est offerts en 11 années , il a fait partie de onze , un sur deux , c' était le jeu , à l' époque , un coup pour toi , un coup pour moi , et dans ces 11 gouvernements , il y en a un qui a duré trois jours , je crois , un autre 6 jours , mais enfin , il y en a qui ont duré plus longtemps . Ils ont tous été formés dans la douleur et démolis dans l' allégresse . J' aurais pensé que monsieur Mitterrand en aurait tiré les conclusions qu' en a tirées le peuple français , eh bien , non , et ce n' est pas d' aujourd'hui .

En 1958 , le peuple français a voté une Constitution à une immense majorité , monsieur Mitterrand a voté contre . Avec les communistes ; déjà . En 1962 le peuple français , à une très grande majorité , a voté l' élection du Président de la République au suffrage universel , monsieur Mitterrand a voté contre . Et il apparaît , aujourd'hui , par les propositions constitutionnelles qu' il fait dans son programme , et dont nous parlerons si on me pose la question , qu' il n' a rien oublié et qu' il nous présente toujours les mêmes solutions du passé , à moins qu' il n' ait des ouvertures inquiétantes sur un autre avenir ! Alors , il s' agit de savoir si je pratique la Constitution contre elle - même et si je n' ai ni foi ni loi vis-à-vis d' un régime pour lequel j' ai autant et plus que beaucoup lutté . Je vais m' en expliquer : La différence fondamentale entre la IV , République et l' actuelle , vous l' avez dit , c' est que le Gouvernement ne procède plus de l' Assemblée nationale et des accords ou des désaccords des groupes , mais du Président de la République qui nomme le Premier ministre et les membres du Gouvernement . Est - ce à dire qu' il soit libre d' agir au gré de ses fantaisies et de ses caprices ? Bien entendu , non . Tout d'abord , s' il choisit librement le Premier ministre , il nomme les ministres sur la proposition de celui - ci , et ce n' est pas un vain mot , je puis le dire , l' ayant dit comme Premier ministre et pratiqué , et le disant et le pratiquant comme Président de la République .

Et puis , surtout , s' il n' a pas à tenir compte des exigences et des sommations des groupes , comment pourrait - il ne pas tenir compte de la composition de l' Assemblée nationale , ne serait - ce que parce que celle - ci a le pouvoir de renverser le Gouvernement ? Ce n' est pas un vain mot non plus . Mon premier Gouvernement a bien été renversé et cela pourra revenir , dans l' avenir . Seulement , notre Constitution est souple , le Président de la République tient compte de la composition de l' Assemblée mais n' en est pas l' esclave et ce n' est pas dans le sens de la monopolisation du pouvoir à son profit ou au profit d' un groupe , et je le prouve .

Il y a , à l' heure actuelle , à l' Assemblée nationale , un groupe qui a la majorité absolue . Me dira - t - on que si un groupe de la IV République avait eu la majorité absolue , il ne se serait pas adjugé tous les portefeuilles ? Or , non seulement ce n' est pas le cas , mais j' ai ouvert les portes du Gouvernement largement à des représentants de formations politiques dont le Gouvernement n' avait pas besoin arithmétiquement .

Il y a le cas que je viens d' évoquer où une motion de censure serait votée , le Gouvernement renversé . Là aussi , les solutions sont souples ; le Président de la République a le choix : ou bien il considère que c' est une crise un peu superficielle due à une conjoncture , à un énervement aggravé par des questions de personne , et il forme un autre Gouvernement susceptible de collaborer avec l' Assemblée , ou bien , au contraire , il considère que c' est un problème de fond , une option essentielle de sa politique qui est en jeu , et dans ce cas , il dissout l' Assemblée et le peuple est appelé à trancher . Et , une fois que le peuple a tranché , chacun en tire les conséquences qui peuvent être , elles aussi , souples d'ailleurs . Reste l' autre hypothèse et qui est celle qui concerne le récent changement de Gouvernement . L' Assemblée maintient sa confiance au Gouvernement désigné par le Président de la République et , éventuellement , une autre Assemblée lui Succède et maintient aussi cette confiance . Est - ce que le Président de la République va garder le même Premier ministre pendant 7 ans ? Dès mon arrivée à l' Elysée , je me suis prononcé là-dessus .

J' ai dit que je ne croyais pas que ce fût une bonne solution .

Je ne le crois pas , d'abord parce que je pense que les hommes arrivent au pouvoir avec une volonté d' action , avec tout ce qu' ils ont de meilleur à donner et qu' au bout d' un certain temps , peut-être , un renouvellement apporte - t - il quelque chose .

Je ne le crois pas aussi parce que dans la vie politique , il est normal que les hommes aient l' ambition de parvenir aux responsabilités gouvernementales et que l' on décourage les candidatures si ce sont toujours les mêmes qui occupent les postes , et je ne le crois pas surtout parce que cela fausse complètement les rapports entre les deux fonctions de Président de la République et de Premier ministre . Ou bien , le Premier ministre au long des années , au contact direct de l' Administration , au contact direct de l' Assemblée , finira par devenir tout-puissant et réduira le Président de la République à un rôle d' apparence , ou bien par excès de scrupules il finira par devenir une sorte de directeur de Cabinet du Président de la République et les deux formules sont également mauvaises .

Je puis le dire , ayant pratiqué les deux postes . Alors , et comme on le savait , qu' on connaissait ma position , vous vous êtes demandé les uns et les autres ce que j' allais faire à l' occasion du premier Gouvernement que j' avais désigné . Et , observant que les élections législatives coïncidaient à peu près avec le milieu de la législature , vous vous êtes dit , beaucoup se sont dit : Eh bien , voilà , monsieur Chaban-Delmas restera jusqu' aux élections et puis il y aura quelqu'un d' autre après .

Cette idée ne m' a jamais traversé sous cette forme . Et voici pourquoi : Je ne connais pas de possibilité pour un gouvernement d' agir si l' on connaît d' avance la date de sa mort . Comment voulez - vous qu' au moins pendant les 7 ou 8 derniers mois de son action , il ait la moindre autorité ? Comment voulez - vous qu' il ne se désintègre pas intérieurement , chaque ministre pensant à l' avenir ? Que les administrations , qui sont souvent réticentes vis-à-vis d' une action gouvernementale qui obligatoirement les bouscule , n' aient pas la tentation de dire « Attendons , on verra bien après » ? Comment voulez - vous qu' extérieurement un tel Gouvernement ait une autorité ? Et comment voulez - vous qu' il mène la bataille électorale à la tête de la majorité , alors qu' on sait qu' il est de toute manière condamné ? Vous me direz que toute élection pose le problème de la suite mais là ce serait la certitude de la suite . Et c' est pourquoi j' ai toujours lié l' idée que , si je gardais le Gouvernement de monsieur Chaban-Delmas jusqu' aux élections , je dissoudrais et qu' ainsi je provoquerais - en supprimant cette espèce d' agonie - je provoquerais des élections brusquées dans lesquelles la bataille se livrerait normalement mais sans qu' on ait connu cette fin inadmissible . Et je vous avoue que longtemps c' était la solution à laquelle je m' étais intérieurement rangé .

Et puis , j' y ai renoncé . Et j' y ai renoncé à quel moment ? Le jour où j' ai décidé de convoquer le peuple par référendum pour l' Europe parce que je pensais qu' à partir du moment où , en vertu de ma propre décision , bien qu' elle fût sur proposition du Gouvernement mais enfin on le savait , je convoquais les électeurs pour une consultation qui n' était pas obligatoire , ni prévue , si après cela j' usais de mon pouvoir de dissolution pour rappeler les électeurs aux urnes de façon prématurée , je donnerais précisément l' impression d' abuser de mes pouvoirs . De ce jour - là , j' ai été décidé à changer de Gouvernement .

Restait le problème de la date . Je ne pouvais , évidemment , pas le faire au lendemain du référendum . C' eût été établir une sorte de lien entre le changement de Gouvernement et les résultats du référendum , ce qui eût été parfaitement inutile et injuste . Ce n' est pas dans les usages de la V République de procéder à des changements de Gouvernement , autant que possible , pendant la durée des sessions parlementaires , afin d' éviter précisément les apparences de la IV , les réunions de groupes , les motions , les délégations , les exclusives , et cetera . Il fallait donc changer le Gouvernement le plus tôt possible et tout de suite après la session .

Et d'ailleurs , permettez - moi de m' étonner de l' étonnement qui s' est marqué à cette occasion , car , pendant des mois j' avais lu des commentaires comme quoi il était certain que j' allais changer de Gouvernement , que je ne pouvais pas faire autrement , que si ce n' était pas déjà fait , c' était à cause de mon incurable incapacité à me décider .

Et puis , le jour venu , ceux - là mêmes qui , quelquefois , avaient prévu la date , s' étonnent , et découvrent tout à coup mon autoritarisme maniaque .

En fait , j' ai appliqué un plan de bon sens et très simple . Mais , vous diriez - vous à juste titre : pourquoi avez - vous laissé poser la question de confiance par le Gouvernement de monsieur Chaban-Delmas ? Je vais vous répondre , monsieur Tournoux , tout aussi franchement : je n' y étais pas favorable et cela s' est su . Mais , il se trouve que monsieur Chaban-Delmas y tenait pour deux raisons : la première , parce qu' il pensait que pour traverser la session parlementaire , il était bon que la majorité ait retrouvé sa cohésion et l' ait manifesté . Et la deuxième , plus profonde , c' est qu' au fond , quelque peu écœuré des attaques dont il avait été l' objet , il avait envie d' une manifestation de sympathie plus encore que d' un vote de confiance . Et comme la chose était publique et connue , qu' il y avait eu des Indiscrétions , lui refuser le droit de poser la question de confiance , c' eût été lui infliger une sorte de désaveu public qu' il n' avait à aucun degré mérité .

Voilà pourquoi je l' ai accepté , tout en prenant , vous le reconnaîtrez , dès le départ , mes distances . Voilà , monsieur Tournoux . ( . )

...

Je comprends et j' apprécie vos scrupules . ( . ) En 1967 , je me suis présenté pour la première fois aux élections législatives . J' étais Premier ministre depuis 5 ans . Aimé , je crois , de mes compatriotes du Cantal , je n' ai pas eu grand mal à me faire élire . J' ai reçu de tout temps des milliers et des dizaines de milliers de demandes d' interventions . Mais j' ai la chance , et j' ai toujours eu la chance , d' avoir un Cabinet , un nombreux secrétariat et la possibilité de m' adresser à l' Administration française tout entière , de sorte que J' ai pris l' habitude , quelles que soient les demandes , sauf si elles sont évidemment absurdes , de faire précéder toute réponse d' une petite enquête préliminaire . Mais je voudrais qu' on soit juste et qu' on se mette à la place du député moyen . J' appelle député moyen , d'abord , celui qui n' est pas du parti communiste et qui , par conséquent , n' a pas à sa disposition l' immense appareil du Parti , politique , administratif , financier , syndical . J' appelle député moyen celui qui n' a pas de fortune personnelle- , et il y en a beaucoup , de très loin la très grande majorité , dans tous les partis . Lui aussi reçoit des quantités d' interventions , des demandes . Que va - t - il faire ? Il peut trier celles qui sont absurdes , mais les autres , ne croyez pas que ce soient les plus injustifiées qui se présentent de la façon la moins émouvante , je peux vous garantir le contraire . Faire une enquête s' il ne connaît pas les gens , ce qui est la plupart du temps le cas ? Il n' en a pas les moyens . Alors , il a le choix entre deux solutions : ou il ne répond à personne et ne s' occupe de rien - et je demande aux Français sincères et sérieux si ce député - là a la moindre chance d' être réélu - ou bien il répond à tout le monde et il signe à longueur de journée des interventions . Et même , s' il peut , il essaie d' y mettre un ton un peu personnel et pressant , parce que si cela a l' air d' une demande de pure forme , il est fixé d' avance : cela ira au panier ! Et ainsi , il lui arrive de commettre quelques erreurs et de tomber dans quelques pièges . Vous me direz qu' il pourrait au moins faire la distinction entre la demande des individus et celle des sociétés . Ce n' est pas un mauvais argument . Mais là aussi je peux vous citer un cas personnel : je suis intervenu .

Il y a peu de temps , pour demander qu' on essaie de fournir des commandes à une société privée . Je ne connais pas les dirigeants de cette société , ou si je les ai rencontrés , c' est dans des lieux publics et je ne m' en souviens pas . Je n' ai , vous vous en doutez , aucun intérêt dans cette affaire et je n' ai , vous me l' accorderez , aucun intérêt électoral . Seulement je sais que si ces commandes ne peuvent pas être obtenues , 200 à 250 ouvriers seront mis en chômage . Cela , je le sais . Va - t - on me reprocher cette intervention ? Et si , étant député , je l' avais faite , me l' aurait - on reprochée , ou aurais - je été un coupable ? De tout cela , je tire une première série de conclusions d'abord , qu' il faut ouvrir au public , rendre plus accessible notre Administration et simplifier notre réglementation . Et le Gouvernement , d'ailleurs , a entrepris depuis un certain temps déjà un effort qui va se développer , vous l' apprendrez ultérieurement .

Ma deuxième conclusion , c' est qu' il faudrait que les Français veuillent bien se convaincre qu' on peut obtenir ce à quoi on a droit autrement qu' en faisant agir des influences , autrement que par le piston . Et malheureusement , c' est un mal héréditaire , de l' Ancien Régime et de toutes les Républiques . Et là , ce qu' il faut , c' est un travail de formation et d' information , et peut-être pourriez - vous aussi nous aider ainsi que les éducateurs .

Et ma troisième conclusion , c' est qu' il faut donner aux parlementaires plus de moyens qu' ils n' en ont . Je ne pense pas que cette déclaration plaise au grand public , mais elle est sincère et elle est vraie . Il faut que le parlementaire puisse avoir des rapports plus efficaces et plus normaux avec l' Administration et qu' il n' ait pas besoin de compter sur des relations ou sur des amitiés .

J' en viens au bout du chemin . Je ne crois pas que tout le monde soit parfait et je distingue deux degrés dans l' imperfection : il y a d'abord , ici et là , des élus , des parlementaires qui , à cause de leurs intérêts électoraux , pour se concilier des amitiés , des électeurs , pour obtenir éventuellement des aides et des concours de toutes sortes , aussi bien le jour où il faudra coller des affiches que pour payer les tracts , les petits journaux , et tout ce qu' entraînent les campagnes électorales , il y a donc ici et là des parlementaires qui , sciemment , se laissent aller à des interventions marginales , parfois douteuses , parfois inadmissibles .

Alors je dis , car je parle de choses qui ne tombent pas sous le coup de la loi , je dis qu' il faut que les formations politiques manifestent de la rigueur , ce qui veut dire qu' au premier signe il faut qu' elles n' hésitent pas à avertir et que , s' il y a répétition et suspicion légitime , elles n' hésitent pas à se débarrasser de ces élus . Et il m' est arrivé de regretter , dans tel ou tel cas , que cela ne soit pas fait plus vite . Et je demande au Premier ministre d' y veiller personnellement et activement , notamment à l' occasion des investitures dans la majorité , puisque c' est cela qui le concerne .

Et puis , il y a le pire , ceux qui peut-être - et j' espère qu' ils sont peu nombreux ici et là - n' hésitent pas à utiliser leur mandat , leur fonction , leur influence , pour s' enrichir à des fins personnelles . Alors là , on mérite à la fois la sanction de la loi et le mépris publie . La sanction de la loi , elle ne peut être portée que par la justice . Vous me direz : Oui , mais la justice est lente . Et c' est vrai , la justice est lente . Mais pourquoi est - elle lente ? Elle est lente , d'abord , parce que le monde va plus vite que le Code et c' est d'ailleurs pour cela que le garde des Sceaux a demandé , vous le savez , à un fonctionnaire un rapport qui va au fond du problème et dont on a parlé .

Elle est lente aussi parce que les magistrats sont consciencieux et que la conscience , dans une enquête , ça vous mène toujours plus loin et on n' en finit pas . Elle est lente , enfin et surtout , à cause de l' habileté des avocats qui sont capables d' utiliser à plein un Code de procédure qui a été conçu entièrement en faveur des droits de la défense .

Il m' arrive de m' en irriter , bien sûr , mais si la justice n' était pas lente , faudrait - il qu' elle soit expéditive comme ailleurs ? Et n' y a - t - il pas un moment où le péril serait plus grave encore ? J' ai , comme beaucoup , suivi avec intérêt l' émission récente sur Robespierre . Il se trouve que cette période de la Révolution me passionne depuis quarante ans . Et , en effet , Robespierre avait la justice expéditive contre quelques coquins et contre quelques trafiquants , mais dans le tas , il y avait Condorcet , il y avait Lavoisier , il y avait André Chénier ! . Nous n' en sommes pas à la guillotine mais , enfin , ne faut - il pas penser aux innocents , surtout lorsqu' on est si peu avare dans les accusations ? C' est pourquoi je dis que la justice doit aller jusqu' au bout , qu' elle doit frapper avec toute la rigueur de la loi mais que , seule , elle doit frapper et qu' un homme n' est définitivement condamné que lorsqu' il l' a été par la justice .

Enfin , qu' on prenne garde . Je n' aime pas beaucoup ce torrent comme je disais au début , avec ses crues périodiques , et dont je finirai par croire qu' elles ne sont pas inorganisées . Et puis , quand on lance de la boue au visage de l' adversaire , on l' atteint quelquefois , on le manque quelquefois , mais on se salit toujours les mains .

Attention ! Ne créons pas ce climat pestilentiel que nous avons connu en France à plusieurs reprises . Je ne suis pas si vieux et je l' ai connu dans les années 30 , et je l' ai connu autour de la IV République - et qui finit par faire que les Français , volontiers sceptiques et volontiers médisants , finissent par dire de leurs élus : « Quoi , tous les mêmes ! » Ce jour - là , ce n' est pas un homme ou une formation , c' est le régime représentatif qui est en danger , nous l' avons déjà vu , et nous ne devons pas le revoir .

Voilà , monsieur Ferniot , tout ce que j' avais à vous dire .

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