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Là aussi je me pose la question et je me demande si finalement , quand on écrit que le Gouvernement ne s' attaque pas aux causes profondes de l' inflation parce qu' il ne fait pas une politique de revenus , je me demande si on ne se trompe pas complètement et si la politique des revenus n' est pas une façon de s' attaquer aux conséquences de l' inflation plus qu' à ses causes .

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G. Pompidou - 9 janvier 1973

Ainsi que vous l' avez dit vous - même , je voudrais situer ma réponse dans le cadre général de mon attitude après les élections .

Il y a quelque temps , j' ai fait dire par le porte-parole du Gouvernement qu' au lendemain des élections j' appliquerai la Constitution . Certains ont cru qu' il s' agissait d' affirmer solennellement une vérité d' évidence . Ce n' était point mon intention . Mon intention , c' était de déclarer , de la façon la plus claire possible , que je me refusais à dire quoi que ce soit sur ma conduite au lendemain des élections , sauf que ce que je ferai serait conforme à la Constitution , et j' essayais par là de mettre fin aux exégèses de vous - mêmes , messieurs les journalistes , des hommes politiques de l' opposition et aussi d'ailleurs de ceux de la majorité .

D'ailleurs , j' avais eu l' occasion , au printemps dernier , si je me souviens bien , d' expliquer longuement - et je croyais clairement - les solutions diverses que permettait la Constitution . Je croyais l' avoir fait si complètement même que , lorsque monsieur Andrieu , vous vous en souvenez , est revenu sur le problème , je me suis laissé aller à quelque énervement , ce qui n' est pas dans mes habitudes et ce que j' ai regretté .

Eh bien ! aujourd'hui , j' en suis au même point . Je me refuse à dire par avance ce que je ferai dans telle ou telle hypothèse .

Je ne vois pas d'ailleurs à quel titre on me le demande et à quel titre on prétend exiger de moi que je découvre par avance ce que sera ma stratégie . Si j' étais candidat , je trouverais normal que mes électeurs me posent des questions sur mon action future . Je vous rappelle d'ailleurs - ce n' est qu' une anecdote - que lorsqu' en 1967 je me suis présenté pour la première fois aux élections législatives dans mon département natal , je suis allé dans une commune importante , dans une réunion publique . Le maire qui présidait cette réunion , comme c' est l' usage , a commencé son allocution en disant : « Monsieur le candidat . » J' étais alors Premier ministre et j' ai trouvé que cette formule exprimait parfaitement le sens démocratique de cet élu municipal : à partir du moment où j' étais candidat , il n' y avait plus de Premier ministre ou d' autres situations . Je demandais , je sollicitais les suffrages et je devais pouvoir répondre , et je devais répondre aux questions qu' on me posait . Ce n' était pas dans un esprit malveillant d'ailleurs que s' exprimait ce maire puisque j' ai eu un peu plus de 90 % des voix dans cette commune . Seulement , je ne suis pas candidat , je suis élu , et bien élu , je crois .

Alors , pourquoi veut - on que je me découvre par avance ' ? Pourquoi veut - on que dans une situation où il y a plusieurs inconnues : l' inconnue du résultat des élections d'abord , l' in connue qui résulte des diverses solutions que permet la Constitution ensuite , je sois , moi , obligé de résoudre en quelque sorte ces inconnues , de dégager la solution et de développer publiquement ce que sera mon attitude ? J' ai bien le droit , d'abord , de me réserver l' effet de surprise et puis même , après tout , de ne pas savoir ; tout comme les victimes innocentes des instituts de sondage .

Seulement , l' action politique , pour moi , n' est pas un jeu . Lorsque j' ai répondu à l' appel du général de Gaulle me chargeant des fonctions de Premier ministre c' est , entre autres , parce que j' avais parfaitement conscience qu' à ce niveau de responsabilités , il ne s' agit pas de plaisir , de vanité ou d' intérêt personnel . La préoccupation c' est le destin de la France et des Français . Et c' est pourquoi je ne veux pas me prêter au jeu des pronostics et des combinaisons . Et c' est pourquoi j' ai lu avec stupeur - au point que j' ai lu deux fois , car je ne le croyais pas - les déclarations de François Mitterrand à un poste radiophonique , disant : « Il faut - il s' agissait de moi - excusez le vocabulaire , ce n' est pas le mien - il faut qu' il nous prenne et on le gardera et on lui laissera les pouvoirs qu' il a reçus du peuple . » Je voudrais bien savoir à quel titre monsieur Mitterrand ou tout autre de ses alliés est qualifié pour me garder ou ne pas me garder , pour me laisser les pouvoirs que je tiens du peuple , comme il le dit lui - même , ou pour me les retirer . Donc , je me refuse à ces combinaisons . Cela dit , d'ailleurs , je comprends que monsieur Mitterrand ait envie de rassurer son électorat en laissant entendre que la compatibilité entre un gouvernement de la coalition social o -communiste et moi - même est une chose possible . Je le comprends , mais je ne suis pas sûr que cela réponde à sa pensée profonde ; car si je me souviens bien , les dernières fois où je l' ai rencontré , c' était à l' Assemblée nationale - cela se passait en Mai 1968 . Je me souviens en particulier que le 14 mai 1968 - et vous vous rappelez la crise dans laquelle nous étions à ce moment - là - j' avais fait un discours où j' avais essayé de m' évader de la politique pour analyser , autant que faire se peut et autant que je le pouvais , les causes profondes de la crise de la jeunesse . monsieur Mitterrand pour me répondre est monté à la tribune , il a fait un discours fort éloquent qui se terminait après chaque paragraphe par « Allez - vous -en , monsieur Pompidou ! . Allez - vous -en , monsieur Pompidou ! » Je ne suis pas sûr qu' il ait beaucoup changé d' avis dans le fond . Qu' on ne me reproche pas d'ailleurs d' évoquer Mai 1968 , car après tout je vous recommande la lecture fort intéressante de la préface que monsieur Marchais a donnée du programme dit « commun » . Je comprends que monsieur Mitterrand veuille faire oublier son attitude de Mai 1968 - vous vous rappelez cette conférence de presse où , s' appuyant sur la rue et se croyant déjà maître du pouvoir , il distribuait les fonctions et les places . Mais monsieur Marchais , lui , n' a pas de ces délicatesses et il écrit tout simplement : « Le grand mouvement populaire de Mai 1968 est à l' origine de l' union de la gauche . » Je ne le lui fais pas dire .

Quant à ce que vous disiez avec précision sur le pouvoir présidentiel et le blocage , il y aurait beaucoup à dire . Je vous signale simplement que s' il y a un système bloqué , c' est le système présidentiel , S' il y a un heurt très vif entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif , notre Constitution permet un certain nombre de solutions . Le pouvoir exécutif peut user de la dissolution , le pouvoir législatif a le droit de renverser le Gouvernement . Il y a diverses façons d' en appeler au jugement populaire . Dans le système présidentiel l' Assemblée ne peut pas renverser le Gouvernement , l' exécutif ne peut pas dissoudre l' Assemblée . Ils sont donc face à face et bien bloqués . En pareil cas , nous savons ce qui se passe chez les Anglo-Saxons , chez les Américains , par exemple ; on cherche le compromis . Malheureusement l' histoire de France démontré que nous ne sommes pas un peuple de compromis et qu' en pareil cas on se heurte violemment et on s' en tire , finalement , par la mainmise de l' un sur l' autre ou de l' autre sur l' un . Si c' est l' exécutif qui jette le législatif dehors , cela s' appelle un coup d' Etat ; et si c' est le législatif qui jette l' exécutif dehors , cela s' appelle une révolution . Nous sommes passés , tout au long de notre histoire , de coup d' Etat en révolution et de révolution en coup d' Etat . Ce n' est pas ce que je souhaite pour la France demain .

...

C' est une très grande question que vous posez là .

Vous savez qu' avec le 5 Plan et monsieur Massé , j' étais alors Premier ministre , nous avions essayé d' amorcer tout au moins dans les principes une politique des revenus . Je ne peux pas dire que nous ayons abouti . Cette politique des revenus ne semble pas avoir réussi non plus en Hollande et il ne semble pas que jusqu' à nouvel ordre elle ait réussi en Grande-Bretagne pour prendre quelques-uns des pays où elle a été tentée . Est - elle possible , est - elle souhaitable en France ? Possible en France , j' avoue que je tends à en douter . Parce qu' une politique des revenus cela comprend automatiquement une politique sinon autoritaire , tout au moins contrôlée par le Gouvernement , des salaires , des rémunérations diverses . Il me semble que toutes les traditions françaises , toutes les aspirations des travailleurs français , toutes les méfiances vis-à-vis de l' Etat vont contre cette possibilité . D'ailleurs lors des mesures récentes prises contre l' inflation , j' ai noté que tout le monde déclarait , et en particulier les syndicats « Il n' y a pas de blocage des salaires , heureusement , sans quoi l' on nous aurait entendus . » D'ailleurs on ne les entendra pas beaucoup avant les élections : il s' agit de rassurer .

Est - elle donc possible ? Je crains d' en douter . Est - elle souhaitable , est - elle efficace contre l' inflation ? Là aussi je me pose la question et je me demande si finalement , quand on écrit que le Gouvernement ne s' attaque pas aux causes profondes de l' inflation parce qu' il ne fait pas une politique de revenus , je me demande si on ne se trompe pas complètement et si la politique des revenus n' est pas une façon de s' attaquer aux conséquences de l' inflation plus qu' à ses causes . Je m' explique : Il est bien évident que si les salaires augmentent trop rapidement , cela a un effet inflationniste , puisque cela se traduit dans le coût de production , d' une part , et d' autre part donne des moyens d' achats et par conséquent des possibilités d' inflation par la demande , comme disent les spécialistes . C' est vrai . Mais est - ce que ce n' est pas la conséquence d' un certain climat d' inflation qui vient d' autre chose ? Est - ce que le travailleur qui demande une augmentation de salaire excessive en elle - même et le patron qui la lui accorde ne sont pas l' un et l' autre téléguidés par une situation qui est une situation préalable inflationniste , qui est un climat d' inflation ? De la même manière , lorsque les consommateurs se mettent à acheter n' importe quoi à n' importe quel prix , naturellement cela accentue le processus inflationniste , la hausse des prix , et cetera . Mais est - ce que ce n' est pas non plus une conséquence , est - ce que ce n' est pas non plus l' effet d' un certain climat inflationniste et qu' il faut que soit ils se prémunissent contre une baisse de la monnaie , contre la hausse des prix , soit simplement ils utilisent les moyens de paiement qu' ils ont et qu' ils ont en abondance ? Autrement dit , est - ce que la cause profonde de l' inflation cela n' est pas finalement l' argent facile , l' argent abondant ? Dans un climat d' argent facile le consommateur achète n' importe quoi à n' importe quel prix , En effet , le travailleur se dit : « Mais pourquoi est - ce qu' on ne me donnerait pas davantage ? » Et le patronat se dit : « Pourquoi est - ce que je ne l' accorderais pas puisque de toute manière on en sortira , puisque l' argent est facile ? » Ce qui fait que , sans accorder à cette thèse une valeur absolument unique , et sans croire qu' il n' y a qu' une cause , je crois fondamentalement que , la source de l' inflation , c' est un climat créé par l' argent facile , c'est-à-dire par la croissance excessive de la masse monétaire . Finalement je le crois , et je crois que j' ai réussi à le faire croire à d' autres .

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