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Mais sous ces réserves , les propositions du rapport du Président TRUCHE sont excellentes et , comme je l' ai dit , elles vont inspirer la réflexion du Gouvernement , elles inspireront la réflexion du Parlement qui , lui , doit légiférer , et elles inspireront ma propre réflexion , notamment pour le cas où comme le rapport le suppose , il devrait y avoir une réforme constitutionnelle dans le domaine de la justice , et aussi parce que je tiens à m' assurer de très près que la garantie des droits du citoyen est bien respectée .

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J. Chirac - 14 juillet 1997

... Je ne me dis pas du tout que je n' aurais pas dû le faire , même si naturellement , j' aurais préféré un résultat différent . Je me suis fixé comme objectif , lorsque j' ai été élu pour mon septennat , à la fois de moderniser et d' adapter la France qui en a besoin , et aussi de renforcer sa cohésion sociale , qui a souffert depuis les temps de crise . Cela nous a conduit à faire des efforts - nous y reviendrons probablement tout à l' heure- très importants pour limiter , puis supprimer le dérapage financier que nous connaissions . Ces efforts ont été , pour des raisons que l' on peut comprendre , mal ressentis par les Français , et nous ont conduits à une sorte de blocage . Ce blocage avait pour vocation de se poursuivre pendant près d' un an , jusqu' aux élections . La France ne pouvait pas se permettre de rester ainsi bloquée , ou immobile , ou agitée , pendant une telle période , alors qu' il y avait des échéances européennes , alors qu' il y avait la nécessité du mouvement . C' est ce qui m' a conduit à décider une dissolution , et de ce point de vue , je crois que c' était la meilleure solution .

...

La crise n' était pas politique , elle risquait de devenir une crise d' immobilisme , et cela , la France n' avait pas les moyens de l' assumer . C' est pourquoi il fallait faire quelque chose .

...

Je ne crois que ce soit une question de personne . Je crois qu' après une très longue période , où nous avons vécu , je dirais , un peu de facilité , si j' ose dire , la facture arrive , il faut prendre des mesures difficiles , faire des réformes , c' est la réduction de déficits excessifs et cela est mal ressenti .

...

Attendez , je n' ai rien proposé du tout .

Ne transformons pas les rôles , non , on ne peut pas le résumer comme cela , monsieur Poivre d' Arvor . monsieur JUPPE , prenant seul sa décision , m' a indiqué qu' il ne serait pas candidat au poste de Premier ministre dans l' hypothèse où l' ancienne majorité gagnerait . C' était sa décision , je ne la lui ai pas suggérée .

... Je ne crois pas du tout que c' était le problème . Le Premier ministre et l' ancien Gouvernement avaient géré avec beaucoup de courage les affaires de l' Etat , qui étaient très difficiles , et je ne crois pas que c' était un problème d' hommes . Cela , c' était l' apparence , la surface des choses , mais ce n' était pas le fond et la réalité . Le fond et la réalité , c' était la volonté du peuple français d' assumer les conséquences des réformes qui s' imposaient , des réformes dans l' organisation de notre société . Prenons l' exemple de la réforme de la sécurité sociale , pour la garantir dans l' avenir , puis des réformes dans notre mode de gestion , ne pas dépenser sans véritablement apprécier les conséquences que cela comporte , voilà vraiment ce qui était en jeu .

... Les Français ont dû penser qu' une autre gestion pouvait peut-être à la fois répondre à des objectifs dont ils voyaient bien qu' ils étaient nécessaires , mais selon des méthodes ou des cheminements plus acceptables pour eux . Vous savez , on a changé de majorité , on a changé de Gouvernement -j'ai tiré toutes les conclusions naturellement , toutes les conséquences du résultat des élections , et j' ai nommé monsieur Jospin Premier ministre , c' est la loi de la démocratie - , mais les problèmes sont restés , ils sont très exactement les mêmes . Ce sont ceux qui concernent nos affaires intérieures , et le redressement indispensable , l' adaptation de notre pays , puis également les problèmes européens . Serons - nous en mesure de participer à la construction européenne qui est inéluctable , qui est l' intérêt de la France ? Donc les problèmes restent les mêmes , et il appartient au Gouvernement , aujourd'hui , et je suis très vigilant sur les moyens utilisés , de tenter de résoudre ces problèmes difficiles . J' espère qu' il y réussira .

... C' est une responsabilité collective , comme toujours , dans la gestion d' un pays démocratique .

... Non , vous savez , cela fait partie des fables que l' on aime à répandre . Non , c' est une décision qui appartient au Président de la République , que j' ai prise seul , parce que je pensais que c' était l' intérêt de la France .

... Je le pense , mais rien ne permet de l' affirmer , c' est ma conviction .

... Non seulement ce n' est pas la raison de la dissolution , mais ce n' est pas non plus la réalité . Vous savez , en France , c' est en 1990 , pour des raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas , que nous avons vu tout d' un coup , un fort laisser-aller dans la gestion de nos finances publiques , et un accroissement considérable de nos déficits , ayant pour conséquence d' alourdir la charge de l' Etat , et donc de le mettre dans l' obligation de faire sans cesse des impôts nouveaux , ce qui est en contradiction avec la nécessité de permettre une économie active , productive d' emplois , de biens .

En 1993 , on ne l' imagine pas , ces déficits avaient atteint le chiffre de 6-4 % de notre richesse nationale , de notre produit intérieur brut .

... A partir de 1993 a été engagé une action de retour au bon sens , à un peu de sagesse . Il fallait sortir de l' irresponsabilité . Et nous sommes arrivés , avec l' objectif de trois % , à une situation actuelle qui doit être , effectivement , de l' ordre de 3-5 % . Je ne connais pas le chiffre exact , mais c' est de cet ordre d' idée . Cela veut dire que nous avions engagé le processus qui devait normalement nous conduire à ces fameux trois % . Il ne faut pas croire que c' est un mythe trois % . Lorsque je parle avec des Français , souvent on me dit " mais qu' est - ce que cela veut dire trois % , pourquoi pas 4 % ou 5 ou deux ? " Ce n' est pas un caprice , si l' ensemble des gouvernements européens , d'ailleurs en partie sur la proposition de la France , au moment du Traité de Maastricht , a retenu ce chiffre . trois % c' est le pourcentage de déficit acceptable , par rapport à la richesse nationale . trois % c' est également ce que l' on peut espérer ou escompter comme croissance chaque année . Par conséquent , si on espère trois % de croissance et que l' on a trois % d' augmentation du déficit , on reste dans une situation à peu près équilibrée , on ne s' endette pas pour l' avenir . Si , en revanche , la progression des déficits est supérieure à la croissance , à ce moment - là , on dépense plus qu' on ne gagne , on s' endette , et on est obligé ensuite de faire des impôts ou de faire payer la note par nos enfants . Donc , ce trois % c' est simplement un critère de bon sens ; c' est en quelque sorte les glissières qu' il y a sur une route de montagne pour éviter qu' on ne tombe dans le précipice . Donc ce n' est pas un problème de Maastricht , je le répète , c' est un problème de bon sens .

Et nous y arrivions . Naturellement , monsieur JUPPE avait indiqué à son successeur , en lui laissant en quelque sorte une note de situation , que si l' on poursuivait l' effort normalement , si l' on ne faisait pas de dépenses nouvelles , si la réduction des déficits se poursuivait normalement , et si l' on faisait les privatisations ( à la fois nécessaires sur le plan économique et utiles sur le plan budgétaire , puisqu'elles rapportent de l' argent ) alors oui , on atteindrait , sans effort supplémentaire , les trois % . Et surtout on atteindrait les trois % -et c' était un engagement très fort du Gouvernement précédent- non seulement sans faire d' impôts nouveaux , ce qu' il s' était interdit à juste titre , mais de surcroît en poursuivant une diminution des impôts qui avait été programmée et votée .

... On dira ce qu' il faut en penser . Cela m' étonnerait que l' audit soit très différent .

... Le Gouvernement peut , parfaitement lorsqu' il arrive , demander un audit . Je vous rappelle , qu' en 1993 , on avait demandé également à un très haut magistrat , monsieur RAYNAUD , de faire un rapport , pour nous dire non pas la situation totale , mais quelle était la réalité des déficits . Et c' est à la suite de ce document qu' on s' était aperçu que l' on était à un chiffre colossal : 6-4 % .

... Je crois , d'abord , qu' il faut attendre un peu , pour voir comment les choses se déroulent . La courtoisie , naturellement , va de soi . Mais ce n' est pas le fond du problème . Dans nos institutions , dans la Constitution , dans leur pratique , il y a des rôles à peu près définis entre le Président de la République et le Gouvernement . Le Président de la République ayant , notamment , des responsabilités pour ce qui concerne tous les grands aspects essentiels de la vie internationale et interne de la Nation . Nous avons pour objectif d' assurer ce que je disais tout à l' heure , à la fois un renforcement de la cohésion nationale , sociale et une adaptation , une modernisation de notre pays qui est indispensable et qui ne peut s' obtenir que par un retour à plus de liberté des uns et des autres , notamment dans le domaine économique . Si ces objectifs sont bien ceux du Gouvernement , alors il n' y aura pas de problème , naturellement il le fera à sa manière , avec ses convictions et sa différence par rapport à l' ancien Gouvernement . Je respecte cela . Dans cette hypothèse , naturellement , ce serait , puisque vous voulez que je la caractérise , une " cohabitation constructive " .

... Oui , je crois que monsieur Mitterrand avait parfaitement défini , mais enfin , il s' était contenté de lire la Constitution et d' affirmer qu' il l' appliquerait , je crois qu' il avait dit : " toute la Constitution et rien que la Constitution " .

...

Cela ne modifie en rien la nature de la cohabitation .

... Je n' ai pas pour habitude d' inscrire dans un contexte d' intimité les relations entre le Président de la République et le Premier ministre . Je suis persuadé que c' est également son sentiment . Il est le Premier ministre . Il assume ses fonctions . J' assume les miennes . Et je souhaite que ce soit dans l' intérêt de la France .

... Je ne suis pas quelqu'un d' agressif . Je n' ai pas noté , non plus , chez lui une agressivité particulière . Par conséquent , cela se passe entre gens , dirai - je , de bonne compagnie .

... Cela n' enlève rien aux conceptions , aux convictions de chacun .

... Tout à fait . Vous savez , j' avais noté que le Président de la République , de par la Constitution cette fois - ci , je crois que c' est son article 5 , est , entre autres choses , garant du respect des traités . Un traité doit être respecté .

... Je dirai que c' est un détail . Chacun a bien imaginé qu' ayant fait savoir que je l' appelais , ce n' était pas simplement pour le consulter .

... C' est une situation qui ne m' émeut pas particulièrement .

... Non . Cela s' est passé , là-aussi , dans la compréhension .

... Oui . Je reconnais bien volontiers que sur le plan législatif , c'est-à-dire au niveau des députés , et sur le plan gouvernemental , au niveau des ministres , l' accroissement du nombre des femmes est , sans aucun doute , un progrès , que j' ai salué .

... Ce sont les aléas de la vie politique .

... Je souhaite que l' on parle des problèmes -et ils sont nombreux- auxquels nous sommes confrontés , je n' ai pas de jugement à porter sur la façon dont monsieur Jospin a constitué son Gouvernement . J' étais attentif à certains postes .

... Tout naturellement et traditionnellement , la défense et les affaires étrangères , la justice aussi . Pour ce qui concerne les autres postes , je n' ai pas de jugement à apporter sur les choix de monsieur JOSPIN .

... Je ne crois pas qu' il y ait de domaine réservé ou un domaine partagé . La Constitution prévoit des choses et ces choses donnent , notamment , une prééminence , et je dirais , donnant un peu le dernier mot au Président de la République . Je vous l' ai dit , tout à l' heure , en parlant des traités , j' aurais pu parler de la même façon de l' indépendance nationale , de l' intégrité , et cetera . Je veux bien revenir sur la conception que je me fais de la cohabitation , mais ce n' est pas un domaine réservé . Le Gouvernement a aussi ses responsabilités naturellement .

... - Non . Malgré les efforts faits par certains de vos confrères , je n' ai pas repéré cela .

... C' est un communiqué commun et qui a été fait par le Porte-parole du quai d' Orsay , qui par définition , est le Porte-parole de la France , pas du Gouvernement , ni du Président . Il est le Porte-parole de la France .

En ce qui concerne la cohabitation , puisque c' est le sujet que vous évoquez , je voudrais simplement vous dire une ou deux choses . D'abord , moi je suis pour tout ce qui va dans le sens de l' adaptation de la France au monde moderne , tout ce qui va dans le sens de la modernisation de la vie démocratique , et tout ce qui conforte la morale civique .

En revanche , je suis , et je tiens à le dire puisque vous l' avez , tout à l' heure , évoqué , hostile à tout ce qui pourrait mettre en cause l' équilibre de nos institutions , l' esprit de notre Constitution , la stabilité de l' Etat .

Alors , à partir de là , il y a des domaines où le Gouvernement est tout à fait libre de suivre , notamment sur le plan de la politique intérieure , non seulement libre , mais il a le devoir de faire sa politique , compte tenu des engagements pris , compte tenu de ses conceptions .

Mais , il y a quelques domaines essentiels où le rôle du Président , je dirais , s' impose comme gardien dans le domaine de la vigilance . Il y a d'abord tout ce qui touche à la place de la France dans le monde , c'est-à-dire , non seulement naturellement son rang , non seulement sa sécurité et sa défense , et la défense de ses intérêts , mais aussi ses parts de marchés .

Vous savez , un Français sur 4 travaille pour l' exportation , c' est dire que nos parts de marchés à l' extérieur , tout ce qui les favorise ou tout ce qui les défavorise , sont essentielles pour la richesse nationale et pour l' emploi , essentielles .

Deuxièmement , il y a tout ce qui concerne l' acquis européen . On n' imagine pas une France isolée . Ce serait la décadence immédiate . Et donc , la France doit être un moteur de la construction européenne , et l' un des moteurs de l' Europe de demain . Elle a les moyens de le faire . Donc tous les acquis européens sont également l' objet d' un souci vigilant de la part du Président de la République .

Il y a tout ce qui touche à la modernisation que j' ai évoquée tout à l' heure et notamment dans le domaine de l' enseignement , de la recherche et tout ce qui tient à la mise en œuvre des hautes technologies . C' est un domaine qui ne doit jamais être oublié , car c' est l' adaptation .

Et enfin il y a tout ce qui touche à l' équilibre de notre société : sa protection sociale , ses acquis sociaux -sens le plus noble du terme- sa cohésion sociale , tout ce qui touche à la solidarité . Sur tous ces points - là , le Président de la République , selon moi , doit être extrêmement vigilant pour s' assurer que rien n' est fait qui puisse mettre en cause ces grands principes sur lesquels finalement sont fondés ceux de la République .

... De donner des conseils , des mises en garde , informer l' opinion publique , bien sûr . Je n' ai eu aucunement l' occasion de le faire jusqu' ici . J' attendrai que le Gouvernement commence à prendre les premières mesures qu' il souhaite prendre pour porter un jugement et notamment m' assurer que la cohabitation pourrait être constructive .

... Je n' ai rien à lui donner et ni à lui reprendre . Cela c' est son affaire .

... Je ne porte aucun jugement . Je n' ai pas encore eu l' occasion de porter un jugement sur des initiatives du Gouvernement puisqu'il a souhaité , puisque monsieur Jospin a souhaité , prendre le temps nécessaire avant de s' engager dans l' action et bien j' attendrai qu' il s' engage dans l' action pour porter des jugements .

... Je n' ai pas de souhait à formuler , mais je le pense . La majorité actuelle a été élue pour 5 ans . Il appartient au Gouvernement de faire en sorte qu' aucune crise n' intervienne , qui pourrait remettre ce contrat en cause .

... Je vous ai dit tout à l' heure , que j' étais très attentif à tout ce qui touchait les institutions . En 1958 , sous l' impulsion du Général de GAULLE et pour la première fois depuis longtemps dans son histoire , la France s' est dotée d' institutions stables qui font l' admiration de tous les pays qui ne bénéficient pas de cette stabilité politique , tous les grands pays modernes , je pense à l' Italie . Il faut donc voir quel est l' acquis et avant de vouloir changer quelque chose , il faut voir si cela vaut la peine de changer , si l' on peut améliorer les choses .

Vous parliez tout à l' heure de la cohabitation . Cette Constitution de 1958 a été suffisamment ferme et souple pour garantir la stabilité et permettre la cohabitation démocratique . Vous savez , ce sont des institutions qui sont bonnes .

Alors , certains -Monsieur POMPIDOU avait été le premier à l' époque d'ailleurs - , se sont interrogés ou s' interrogent aujourd'hui encore , de droite comme de gauche d'ailleurs , sur l' utilité de revenir au quinquennat , d'ailleurs pour tous les mandats . Je ne sais pas pourquoi ? Enfin , bon .

... Oui , moi je suis très réservé parce que cela mérite , le moins qu' on puisse dire , une vraie réflexion , car le quinquennat conduit presque automatiquement , je dirais automatiquement au régime présidentiel . Et moi , je suis hostile au régime présidentiel

...

Oui , le quinquennat conduit à cela . Moi je suis hostile à cela , parce que nous ne sommes pas des Américains . Nous avons une vie politique qui a ses caractéristiques et qui notamment est peut-être plus idéologique que dans d' autres pays , où les affrontements idéologiques sont plus forts et par conséquent quels sont les risques d' un système présidentiel ? C' est le blocage des institutions et la paralysie ou alors cela peut être dans certaines circonstances le retour à un régime trop parlementaire , c'est-à-dire à un régime du type de celui de la IVème République . Voilà le risque que l' on court . C' est une première raison pour laquelle je suis très réservé , je ne dis pas hostile par principe , n' est - ce pas , toute discussion mérite d' avoir lieu , mais très réservé sur cette affaire de quinquennat qui me paraît comporter un risque d' aventure institutionnelle . Et moi , je suis le garant de nos institutions .

... Ce n' est pas du tout le problème et c' est ma deuxième réflexion sur ce point . Vous savez dans notre vie politique , dans nos institutions , on le voit depuis longtemps , il y a le temps du Gouvernement qui est forcément un temps relativement court et en tous les cas qui ne va pas au-delà de 5 ans au moment des modifications législatives et ce temps court est normal puisqu'il s' agit de gérer les affaires quotidiennes , de faire face aux problèmes instantanés et Dieu sait qu' un Gouvernement a des problèmes à gérer instantanément et souvent difficiles .

Et puis il y a un temps présidentiel , c' est une des caractéristiques de nos institutions , qui donne au Président de la République , qui lui n' a pas les soucis de la gestion quotidienne , le temps nécessaire à une certaine vision , à une certaine réflexion sur l' évolution du monde . Et cela c' est très également utile et c' est très important . Alors , vous voyez que c' est un sujet complexe qui mérite , le moins qu' on puisse dire , une réflexion approfondie et de ne pas se laisser aller à des improvisions .

... En tous les cas , cela mériterait qu' on réfléchisse .

... Ce n' est pas du tout un problème personnel .

... Oui , je le répète , on s' aperçoit qu' il y a un temps présidentiel qui est différent du temps gouvernemental dans la culture politique française et qu' il y a deuxièmement , je le répète , un risque de régime présidentiel qui , de mon point de vue , serait plus une aventure institutionnelle qu' un progrès institutionnel .

... Cela , pour le coup , c' est un débat qui doit être fait . Moi , j' ai toujours été , ou enfin j' ai été très longtemps , pour des raisons de principe touchant notamment à la dignité des femmes , hostile au système des quotas , qui me parait incompatible avec cette dignité . Ceci étant , je reconnais que la France a dans ce domaine un retard inacceptable et d'ailleurs très préjudiciable et qu' il faut faire quelque chose . Alors , si rien ne peut être fait sans passer par une indication constitutionnelle , je dois dire que je me ferai à cette idée , même si je préférerais que l' on trouve quelque chose de plus efficace .

... Je suis favorable à la limitation du cumul des mandats et même à la restriction à un seul mandat . Je l' avais déjà dit depuis un certain temps . Le tout sous réserve d' un débat parlementaire approfondi , parce qu' il y a tout de même des cas particuliers . Je pense en particulier au Sénat : le Sénat est une institution qui incarne la durée , la sagesse , qui représente les collectivités locales , et donc on peut s' interroger sur les conséquences d' un mandat unique pour les sénateurs . Mais enfin , je dirais que c' est une modalité d' application et , sur le principe , je suis favorable .

... Je suis favorable au référendum . J' ai fait la réforme , j' ai initié la réforme de la Constitution qui a élargi le champ d' application du référendum , moins que je ne l' aurais souhaité : le Parlement a réduit un peu mes ambitions à l' époque . C' est ainsi , par exemple , que je souhaitais soumettre au référendum la suppression de la conscription , la suppression du service militaire , et puis les jurisconsultes m' en ont dissuadé en me disant que cela n' entrait pas dans le champ d' application que la Constitution réserve au référendum . Donc , je ne l' ai pas fait , mais je suis favorable au référendum lorsqu' il peut être utile .

... Mme CHABOT , vous avez l' habitude d' interroger , avec talent d'ailleurs , les personnalités politiques les plus éminentes de notre pays . Mais , dans le cas particulier d' aujourd'hui , vous interrogez le Président de la République qui , par définition , n' a pas à se préoccuper des problèmes des partis , ni de ceux de l' opposition , ni de ceux de la majorité .

... Attendez , ne mélangeons pas les genres . Le Président de la République n' a aucune vocation à s' occuper de la vie des partis politiques , aucune . Je voudrais que ceci soit tout à fait clair , parce que , ici ou là , j' ai entendu des choses qui n' étaient pas justes . Je respecte absolument ce principe . Ceci étant , l' ancienne majorité , c'est-à-dire l' opposition , et en particulier le RPR , c' est ma famille , alors naturellement je ne l' oublie pas : je suis et je reste gaulliste . J' avais approuvé monsieur Mitterrand quand il avait dit : " je suis et je reste socialiste " . Je ne sais pas si vous vous souvenez , j' ai dit : " il a raison naturellement " . Moi aussi . Mais je me garde de toute ingérence quelle qu' elle soit , quelle qu' elle soit .

Alors ceci étant , je le répète , c' est la famille dont je suis issu . Si je devais donner un conseil aujourd'hui à cette opposition , il serait double . Ce serait d'abord de faire un gros effort , que l' on fait plus facilement dans l' opposition que dans la majorité , pour se rapprocher des Français , pour mieux comprendre , connaître leurs problèmes , pour avoir un dialogue plus profond , plus direct , plus permanent avec eux , et cela est un élément , je crois , très très important . Je leur conseillerais aussi de tirer un certain nombre de conséquences du fait que les différentes familles de l' actuelle opposition , je parle de l' opposition républicaine , sont en fait très très proches les unes des autres , et que rien ne les sépare réellement sur le fond des choses . Il fut un temps où l' opposition qu' on avait à l' égard du Général de GAULLE séparait , ou l' opposition qu' on avait à l' égard de l' Europe ou à l' égard de la décentralisation , ce n' est plus le cas . Et donc , je pense que l' actuelle opposition a tout intérêt à donner une priorité dans son action , dans son ambition , à renforcer les forces centripètes , à renforcer ce qui unit . L' union me parait être un objectif , l' union et le contact avec les Français me paraissent deux objectifs sensibles .

... Je vais vous dire : pour la raison que j' ai rappelé tout à l' heure à Madame CHABOT , je ne ferai aucun commentaire sur l' image du RPR . Je fais toute confiance à ses dirigeants pour réussir et je le souhaite .

... J' ai dit : ses dirigeants .

... Non , non . Il appartient à l' opposition , notamment par un effort de synthèse , de définir qui devra être demain , pour les prochaines élections j' imagine , son leader ou son organisation .

... Je voudrais d'abord remarquer que la France est le seul grand pays moderne qui connaisse un parti de cette nature et de cette importance .

... Oui , enfin , je pense , le seul grand pays . Moi , je suis très souvent dans les réunions internationales pour défendre les intérêts de la France , et je suis toujours frappé de voir qu' on nous le reproche beaucoup , parce que cela inquiète . C' est la situation . On peut effectivement s' interroger .

Je crois qu' il y a d'abord -et c' est pourquoi je disais tout à l' heure que l' actuelle opposition devrait utiliser son temps d' opposition pour se rapprocher davantage des Français- qu' il y a dans ce mouvement du Front National une partie importante de protestation . Des gens qui avaient protesté autrement d'ailleurs , y compris , en votant communiste dans le temps .

Alors , protestation contre quoi ? Il y a , c' est vrai , une protestation contre les changements de la société . Il y a des gens -et je peux parfaitement les comprendre , ceux - là je n' ai nullement l' intention de les diaboliser , naturellement , je les comprends comme je peux comprendre d' autres réactions d' autre nature- des gens qui sur le plan de l' ordre public , de l' école , de la famille , du civisme , trouvent que les changements sont excessifs et ne correspondent pas à ce qu' ils souhaitent . Cela , c' est une réaction que je comprends parfaitement et qui doit être intégrée dans la réflexion de tous les partis politiques . Il ne faut pas agresser les gens qui ont moins d' aptitudes que d' autres à accepter les changements des sociétés modernes .

Et puis , il y a une protestation qui s' est développée plus rapidement dans la période récente , c' est la protestation contre , je dirais , un peu l' abandon . Il y a beaucoup de gens qui considèrent que les responsables politiques , tous d'ailleurs , ne s' occupent pas d' eux . Ce sont des gens traumatisés par le chômage , par l' exclusion , par le mode de vie dans des cités ou dans des villes où c' est très difficile , et ces gens - là sont exaspérés , sont horripilés et disent : " on ne nous entend pas , on ne nous écoute pas , nous ne comptons pas " . Et donc , ils ont un réflexe de protestation . Ceux - là aussi je les comprends . Quand on va dans un certain nombre de cités , on voit bien la situation réelle et pourquoi des gens passent aux extrêmes et , je le répète , on ne peut que les comprendre .

Et puis alors , il y a un troisième élément , naturellement , dans ce mouvement politique et qui caractérise un certain nombre de ses responsables , c' est l' inacceptable , c'est-à-dire le racisme , l' antisémitisme , la xénophobie , tout ce qui est exactement à l' opposé de toutes les traditions françaises , de tout ce qui forme le socle de la République . Et cela c' est très dangereux et c' est indigne .

Tout ce qui met en cause les droits de l' homme , l' égalité , le respect , la dignité de la personne humaine . En tant que Président de la République et donc gardien des valeurs de la République , je n' ai pas l' intention de diaboliser mais de lutter avec la plus extrême fermeté contre les tendances de cette nature .

... Ce n' est pas non plus mon problème , je vous ai dit ce que je pensais , on n' est pas préoccupé des problèmes d' alliance . Je le répète , quand il s' agit d' une protestation à l' égard d' un mode de vie ou à l' égard d' une conception de la société , alors je comprends les choses , comme je comprends ceux qui se trouvent à l' autre bout de l' échiquier politique . Nous avons encore des anarchistes , ce sont des gens que je peux comprendre , même si je n' adhère pas à leurs idées . Je peux parfaitement comprendre .

Ce qui n' est pas à mes yeux admissible , acceptable , pour un Français , pour la France , parce que c' est le contraire de tout l' humanisme qui a fait de la France un grand pays , ce pays un peu exceptionnel , cela c' est quelque chose que je regrette absolument , c' est tout ce qui touche au racisme , à la xénophobie et à l' antisémitisme . Et on ne sera dans ce domaine , jamais , jamais assez vigilant .

... J' ai parlé tout à l' heure , de cohésion sociale comme objectif de mon septennat , la justice fait partie de la cohésion sociale . La justice doit être indépendante , et elle doit être proche des citoyens , c'est-à-dire compréhensible pour les citoyens , rendue dans des délais acceptables par les citoyens , ce qui n' est pas , en général , le cas . J' avais demandé à la commission présidée par monsieur TRUCHE , de faire un rapport pour proposer une réforme de la justice permettant de répondre à ce besoin d' indépendance , mais aussi de responsabilité . J' avais demandé au Gouvernement qui avait engagé l' action - je ne doute pas que l' actuel Gouvernement la poursuivra- de modifier les procédures et d' améliorer les moyens de la justice pour permettre d' avoir une justice plus rapide , plus proche des citoyens .

Sur le plan du rapport de monsieur TRUCHE qui est très remarquable , et qui ouvre à la fois une réflexion et des pistes de réformes importantes , je dois dire pour ce qui concerne l' indépendance des magistrats , et pour la présomption d' innocence -qui est un droit républicain qui figure dans le préambule de la Constitution et dans la déclaration des Droits de l' Homme- que ce droit est bafoué tous les jours en France . Et là je ne parle pas des affaires , comme on le dit , mais des petits délinquants ou présumés délinquants qui voient tous les jours leurs droits bafoués , leurs vies déstabilisées , en réalité pour des choses qui n' existent pas . Sur ce rapport , il y a des choses très bonnes , proposées par le Président TRUCHE . Je crois qu' il faudrait approfondir notre réflexion sur deux aspects des choses , d' une part à partir du moment où les juges sont totalement indépendants , cela pose le problème de leur légitimité ; aux Etats-Unis les juges sont élus , alors cela ne pose pas de problème , mais ce n' est pas une proposition faite en France .

... et je ne veux pas non plus un " Gouvernement des juges " , donc il y a un problème de légitimité . On ne peut pas parler d' indépendance sans parler de légitimité ; d' autre part , il y a un problème de responsabilité . Il y a sans aucun doute des abus , j' en évoquais tout à l' heure en matière de présomption d' innocence , il y en a d' autres , et il y a probablement la nécessité de renforcer la responsabilité du juge . Mais sous ces réserves , les propositions du rapport du Président TRUCHE sont excellentes et , comme je l' ai dit , elles vont inspirer la réflexion du Gouvernement , elles inspireront la réflexion du Parlement qui , lui , doit légiférer , et elles inspireront ma propre réflexion , notamment pour le cas où comme le rapport le suppose , il devrait y avoir une réforme constitutionnelle dans le domaine de la justice , et aussi parce que je tiens à m' assurer de très près que la garantie des droits du citoyen est bien respectée .

... Aucune hypothèse ne doit être exclue de la réflexion .

... Je trouve que ce que dit monsieur TRUCHE dans son rapport est très intéressant , il appartient maintenant à chacun d' en tirer les conséquences .

... J' ai souvent été au contact dans les rues , dans les quartiers , pendant ma campagne , vous le savez , et ici même en recevant des gens qui se trouvent dans ces situations , et je comprends parfaitement leur désarroi . Mais il y a aussi l' intérêt général . Donner des papiers à tous les sans-papiers cela consiste à légitimer l' immigration clandestine pour l' essentiel , et à donner un fort signal positif pour l' immigration aux pays qui ont des populations qui voudraient venir , pour bien des raisons .

... Oui , parce que cela a pour conséquence , indépendamment des cas que l' on règle , d' indiquer aux étrangers qui sont chez eux que si l' on vient en France , on s' en sortira . C' est un encouragement à venir . Or la situation de l' emploi et la situation sociale ne permettaient pas à notre pays d' avoir une immigration de cette nature . Ne vous y trompez pas - on parlait tout à l' heure du Front National- dans les réactions négatives de beaucoup de Français , qui alimentent cette xénophobie et ce racisme , qui me font horreur , il y a ce laxisme à l' égard des entrées d' étrangers , et en plus , il y a tous les étrangers qui sont régulièrement en France , qui sont un très grand nombre . Interrogez - les , ceux - là , ils sont terrorisés à l' idée que l' on puisse avoir comme cela une immigration clandestine , parce qu' ils savent très bien que cela provoque des phénomènes de rejet de la part de la population , rejet dont ils font les frais les premiers . Donc , il ne faut pas dans cette affaire laisser parler uniquement son cœur , il faut également réfléchir et voir quel est l' intérêt de la Nation et notamment le respect des valeurs qui sont les nôtres . Nous ne devons rien faire qui encourage la xénophobie , le racisme , l' extrémisme de toute nature . Et ces mesures vont dans le sens de cet encouragement , quand on regarde un peu au delà du bout de son nez .

... Je trouve que c' étaient de bonnes lois . Le Gouvernement fera ce qu' il voudra naturellement , je porterai un jugement le cas échéant , mais je considère que ce sont de bonnes lois .

... Qu' on règle les situations qui doivent l' être . Je n' y vois que des avantages . Je parle du principe .

... Choqué , ce n' est pas le mot , mais je me suis interrogé dans la mesure où , traditionnellement , en France , et peut-être est - ce la raison pour laquelle nous sommes en matière de démographie moins mal situés que la plupart de nos voisins , et c' est un vrai drame dont on ne parle pas assez , les allocations familiales n' étaient pas un élément de redistribution des revenus . Pour la redistribution des revenus , pour la justice sociale , il y avait d' autres moyens , d' autres allocations d' où , naturellement la fiscalité . On disait , les allocations , ça consiste à compenser un coût supplémentaire de la famille et c' est une incitation au deuxième enfant et au-delà . Ce système n' a pas si mal fonctionné . Et je crois , qu' avant de prendre une décision définitive , on serait bien inspiré d' interroger , de façon approfondie , les grandes organisations familiales qui savent , elles , de quoi elles parlent . J' ajoute qu' il y a un problème de fixation du plafond , si l' on veut vraiment plafonner . Il faudrait faire attention à deux difficultés : la première qui consisterait à sanctionner les femmes qui travaillent et donc à les empêcher de travailler et deuxièmement , il y a le danger de frapper les " classes moyennes " qui sont celles à qui l' on a demandé , il faut bien le dire depuis des années , probablement les efforts les plus importants . Et donc là aussi , il faut y faire attention .

... Il y a quelques années , monsieur BEREGOVOY qui était Premier ministre s' était interrogé sur ce point . Ce sont des sujets qui méritent une réflexion , qui méritent autre chose que d' être traités sur le coin d' une table . C' est tout l' avenir de la filière nucléaire qui est en cause . Ce sont des investissements considérables , c' est de l' emploi , donc ça mérite une vraie réflexion . Je ne suis pas tout à fait sûr que cela a été le cas avant la dernière annonce . monsieur BEREGOVOY avait donc consulté le Conseil Economique et Social , il ne l' avait pas consulté officiellement . Il avait fait savoir à son Président qu' il souhaitait avoir un avis . Un Comité de réflexion compétent a fait un travail extrêmement approfondi et a consulté tout le monde . Il y avait là des représentants , comme au Conseil Economique et Social , de toutes les tendances , politiques , professionnels , syndicaux et cetera . Ils se sont prononcés à l' unanimité moins une abstention pour le maintien de Superphénix . Ce n' était pas un collège de savants qui voulaient conserver leur chose , c' était vraiment une réflexion approfondie . Je trouve que l' on ferait bien de faire attention .

... Je crois qu' on ferait bien en tous les cas de réfléchir dans cette affaire avant d' agir .

... J' ai donc certaines compétences pour en parler . Je crois que c' est une discussion d' un autre temps . Vous savez , si j' ai mis l' accent très fortement sur la nécessité pour l' Europe d' avoir un modèle social européen , c' est parce que je refuse les excès que l' on voit dans les pays anglo-saxons , de la libéralisation , de la mondialisation , et cetera . Nous avons conservé un certain nombre de principes qui fondent l' équilibre de notre société . Mais ça ne veut pas dire qu' il ne faut pas voir le temps passé et qu' il faut réfléchir avec vingt ans de retard . Il faut impérativement aujourd'hui , si l' on veut avoir une économie qui prospère , si l' on veut avoir de l' emploi , si l' on veut s' adapter au monde , à un monde qui change extrêmement vite , il faut qu' il y ait beaucoup plus de liberté . Il n' y a pas antagonisme entre liberté et solidarité , à condition d' avoir un modèle social européen , mais il faut plus de liberté . Alors certains appellent cela le " libéralisme " . Cela m' est égal , mais ce qui est sûr , c' est que l' on ne peut plus comme on pouvait lorsque nous étions des nations renfermées sur elles - mêmes , enfermer les activités de ceux qui créent , de ceux qui investissent , de ceux qui travaillent , dans des réglementations qui sont totalement obsolètes et absurdes .

... Non , je ne veux pas qu' il s' inspire de l' exemple de Tony BLAIR , parce que je vous ai dit tout à l' heure , avec tout le respect que j' ai pour le Premier ministre britannique , que la France ne pouvait pas aller aussi loin dans ce que l' on appelle la libéralisation , la flexibilité , en quelque sorte la remise en cause des garanties et des acquis sociaux . Donc je ne propose pas ce modèle - là , je vous l' ai dit .

... Oui , Tony BLAIR , est un homme très libéral . Je l' observe et je l' écoute dans toutes les discussions internationales , c' est un homme très très libéral . Il a peut-être raison , mais c' est l' Angleterre , ce n' est pas la France , et d'ailleurs ils ne réussissent pas si mal au total .

Moi , je crois , que l' Etat , aujourd'hui , n' a plus rien à faire dans la gestion des affaires du secteur concurrentiel . Ce n' est pas son rôle . Chaque fois qu' il l' a fait globalement , ou cela s' est mal passé , ou cela a coûté très cher , ce n' est pas son rôle . Son rôle c' est d' ouvrir des espaces de liberté et de s' assurer que ceux qui en profitent n' en abusent pas . Mais vouloir maintenir l' Etat dans des activités de production , nous sommes un des derniers pays à le faire , cela a un autre inconvénient , c' est qu' aujourd'hui nos grandes entreprises ne peuvent plus vivre sans des alliances , notamment européennes . Si l' on veut que les intérêts de la France soient sauvegardés , il faut qu' ils le soient dans un contexte compétitif avec notamment les Etats-Unis , l' Extrême-Orient ou le Japon . Il faut donc pouvoir faire des alliances européennes . Vous savez , aujourd'hui , les pays modernes ne vont pas s' associer , ne voient pas leurs entreprises privées s' associer avec des entreprises publiques , c'est-à-dire qui peuvent être soumises à des considérations qui n' ont rien à voir avec l' évolution du marché . C' est un danger .

... Non . Je me dis , il faudra trouver ailleurs 10 milliards si l' on veut rentrer parmi les nations européennes capables d' assumer la monnaie unique . C' est cela que je me dis . Donc , on a dépensé 10 milliards , c' est très bien , tant mieux pour ceux qui vont en profiter , il faudra bien les retrouver par ailleurs .

... Je vous ai dit tout à l' heure que l' une des fonctions du Président de la République , est la garantie des traités . Oui , il faut respecter la date et les conditions . Ce serait pour la France , cela aurait pour la France des conséquences très graves de ne pas le faire , très , très graves . Nous nous isolerions . Je le répète , je vous l' ai dit tout à l' heure , nous sommes un pays qui vit pour une large part de ses exportations . Nous avons donc besoin d' un ensemble économique dynamique , qui ne peut être qu' européen , au service duquel se trouve une monnaie capable de résister aux pressions du dollar , en tous les cas , capable de faire jeu égal avec le dollar . On parle toujours de la puissance américaine qui est grande naturellement , mais l' Europe a une puissance économique plus forte que les Etats-Unis . Naturellement , les Etats-Unis ont une puissance militaire plus forte que l' Europe , et puis ils ont surtout leur puissance monétaire . Et si nous voulons avoir une Europe qui se développe , qui soit au niveau de sa capacité économique , il faut qu' elle ait demain une puissance monétaire égale à celle du dollar , d' où la nécessité absolue de faire une monnaie unique .

... C' est un sujet qui doit être abordé entre les Européens , et certainement pas sur la place publique .

... Je n' ai aucune raison d' en douter . Je l' ai vu affirmer ses convictions européennes . D'ailleurs ce serait étonnant , n' est - ce pas , compte tenu de la famille politique d' où il vient , qu' il remette en cause un traité qui a été façonné , forgé , décidé par sa famille politique ?

... C' est d'abord ne pas faire de dépenses nouvelles , ou alors les gager par des annulations correspondantes . C' est ensuite continuer à réduire les dépenses . Vous savez , la France est le pays moderne dont le train de vie est le plus élevé , et de loin . Le coût du train de vie français , c'est-à-dire l' ensemble de l' administration française au sens le plus large du terme , est de loin le plus élevé de tous les Etats modernes . Donc , il y a là un vrai problème . Donc , notre problème aujourd'hui c' est de dépenser mieux et de dépenser moins . Et c' est possible , mais cela pose le problème d' un certain nombre de réformes , et je vous ai dit tout à l' heure que les réformes posaient des problèmes .

... Cela , c' est encore une décision qui incombe au Gouvernement . Mais je crois que nous avons atteint en matière fiscale -et c' était la décision prise par le précédent Gouvernement- un niveau qui paralyse l' activité et donc qui détruit l' emploi , et par conséquent il faut s' engager résolument sur la voie de la réduction des impôts , qui pose naturellement le problème de la réduction des dépenses , ou plus exactement d' une adaptation des dépenses aux vrais besoins . Nous continuons depuis trop longtemps à utiliser des systèmes dans lesquels les pertes en ligne sont considérables , il faut des réformes .

... Le nouveau Gouvernement n' a pas encore pris de décision , pratiquement . Je ne vais pas lui faire un procès d' intention . Il a dit qu' il lui fallait du temps . Alors , il prend son temps , et j' attendrai qu' il fasse quelque chose pour , le cas échéant , et si j' estimais que cela mérite un commentaire , faire ce commentaire .

... Naturellement . Pas dans le détail , n' est - ce pas , il y a des différences , il faut respecter les différences .

... Je n' ai fait aucune mise en garde au Gouvernement dans mon message aux armées , un message traditionnel que j' ai fait l' année dernière , que j' ai fait cette année . Je n' ai fait aucune mise en garde . J' ai rendu hommage à l' une des institutions les plus prestigieuses de la Nation , le jour de la Fête Nationale ou la veille de la Fête Nationale . Et c' est un hommage qui , je dirais , était particulièrement mérité puisque les armées sont engagées dans une réforme considérable qui consiste à passer de la conscription à la professionnalisation , sont engagées dans un aménagement de leurs moyens d' équipement -tout ceci se traduisant par la loi de programmation qui a été votée l' année dernière - , et donc c' est pour les armées une vraie réforme , avec toutes sortes de conséquences pour les militaires de tous rangs et de tous grades . Ils ont accepté ces contraintes , je dois dire , avec beaucoup de courage et même d' enthousiasme , se rendant compte que la France se devait d' avoir une armée moderne et efficace pour défendre ses intérêts dans l' avenir . Alors , j' ai tenu à leur rendre un hommage particulier . Je n' ai mis personne en garde .

... Non . Le " rendez-vous citoyen " n' est pas remis en cause . Je ne vois pas le Gouvernement républicain mettre en cause un " rendez-vous citoyen " . Mais , en revanche , ce sont des modalités d' application qu' il appartient au Premier ministre de définir et au Gouvernement d' adopter et au Parlement de voter .

... C' est le respect des traités , je vous l' ai déjà dit tout à l' heure , c' est l' article 16 .

... Oui , naturellement . Nous sommes un 14 juillet , j' ai évoqué l' hommage que l' on doit rendre à nos armées . Nous avons , encore cette année , perdu des hommes . Nous avons eu des blessés . Je voudrais rendre hommage à nos victimes , à leurs familles et leur dire tout mon soutien , toute mon estime et mon affection .

Le 14 juillet , c' est aussi , le jour des grâces . On fait des grâces , " la grâce 14 juillet " . Je voudrais indiquer que cette année j' ai pris la décision d' exclure des grâces , non seulement tout ce qui touche à la pédophilie , cela va de soi , mais tout ce qui touche à la drogue . Toutes les condamnations pour trafic ou usage de drogue ne seront pas modifiées . Elles sont exclues , pour la première fois du système de grâce traditionnel républicain du 14 juillet .

Parce que les ravages que fait la drogue , qui augmentent sans cesse , exigent véritablement -c'est ce que nous sommes en train de faire sur le plan européen , sur le plan international aussi - , une action déterminée qui doit exclure toute faiblesse . Je voulais vous le dire parce que j' ai déjà entendu un ou deux reproches à ce sujet .

... Premièrement , Madrid , une fois encore , n' est ni le succès unanimement souligné par la presse américaine , ni l' échec unanimement souligné par la presse française . C' est un problème de culture .

La vérité , comme toujours , c' est un compromis . C' est vrai que pour des raisons qui tiennent essentiellement à la position du Congrès , les Américains ne voulaient pas entendre parler d' autres pays , en dehors de la République tchèque , de la Pologne et de la Hongrie . Ils ne voulaient notamment pas que soit mentionné même le nom d' un autre pays . La France voulait que la Roumanie et la Slovénie entrent immédiatement pour tout un ensemble de raisons que je vous épargnerai .

Nous avons réussi à obtenir , non pas qu' ils entrent immédiatement , c'est-à-dire en 1997 , mais qu' ils entrent en 1999 , ou plus exactement , que leurs propositions en 1999 soient susceptibles d' être définitivement confirmées . En 1999 , c' est le cinquantenaire de l' OTAN . Je n' imagine pas qu' à cette occasion on ne puisse pas s' ouvrir aux deux pays qui ont été reconnus , en 1997 , comme méritant d' entrer .

Les Américains n' étaient pas , de ce point de vue , très satisfaits . On peut considérer que c' est , pour la diplomatie française , effectivement un acquis sérieux . Autrement dit , les Américains n' imposent pas tout . On l' avait vu à Denver , sur les problèmes d' environnement , les Américains refusaient absolument que l' on parle de la moindre contrainte en ce qui concerne l' émission de CO² .

Vous savez que la France est un faible émetteur de gaz à effet de serre grâce aux centrales nucléaires , puisque nous n' utilisons pas le charbon et le pétrole pour faire de l' électricité . Donc , nous polluons peu l' atmosphère , les Américains beaucoup . Un Américain émet trois fois plus de gaz à effet de serre qu' un Français . Je rappelle que tout cela est dû aux avantages naturellement du nucléaire .

Mais , nous voulions , nous , obtenir que l' on fasse comme dans l' Union européenne , c'est-à-dire que l' on impose des contraintes à l' économie pour diminuer les gaz à effet de serre . Et là encore , on a coupé la poire en deux , c' était un compromis tout à fait raisonnable .

... Ce crime est horrible , au-delà de ce que l' on peut imaginer dans l' horreur , c' est vraiment un crime bestial . J' ai été frappé de voir l' unanimité de l' Espagne et l' intensité de la réaction du peuple espagnol contre ces comportements . La France , naturellement , est tout à fait solidaire de l' Espagne . Je vous rappelle que depuis un certain temps -1986- nous avons une coopération , qui se poursuit et qui est extrêmement étroite , entre les autorités espagnoles et françaises , notamment les autorités de police , pour lutter ensemble contre les terroristes et le terrorisme . Notre coopération marche très bien et est très efficace .

... La marge est plus faible , l' action du politique doit donc être différente . Elle est plus faible pour une raison évidente : quand nous étions enfermés dans nos frontières , nous pouvions décider ce que nous voulions , on décidait bien ou l' on décidait mal , mais on décidait ce que l' on voulait , on dépensait comme on l' entendait .

Aujourd'hui , ce que l' on appelle la mondialisation marque la vie de toutes les sociétés et de tous les pays . Les hommes , les capitaux , les technologies , tout cela passe d' un bout à l' autre de la planète sans qu' il n' y ait plus de frontières . C' est une situation donnée et nous sommes obligés de faire avec . Il fait jour ou il fait nuit . Il y a la mondialisation . Alors on peut en calmer les effets lorsqu' ils sont pervers . C' est , je le répète , ce que je souhaite quand je parle du modèle social européen , mais on ne peut pas l' ignorer . Donc , la marge de manœuvre du politique est effectivement inférieure à ce qu' elle était lorsque l' on était tout seul dans notre coin .

Le politique doit donc s' adapter , sa marge de manœuvre sur le plan international est plus importante et les retombées nationales des décisions internationales sont beaucoup plus importantes . Il doit être aussi beaucoup plus exemplaire , c' est vrai . Il doit être compris et donc avoir un contact avec la population , les citoyens , beaucoup plus fort qu' auparavant , mieux sentir et mieux comprendre , c' est ce que je vous disais tout à l' heure quand je précisais que nous devions moderniser notre vie démocratique . C' est vrai , on ne traite plus aujourd'hui les citoyens , comme on les traitait si j' ose dire -le mot n' est pas convenable- il y a trente ans ; c' est différent et c' est très bien comme ça , cela prouve que nos sociétés évoluent dans le sens de la majorité .

... 4000 jeunes : j' ai décidé il y a deux ans d' ouvrir le 14 juillet aux jeunes venant de toute la France et de l' Outre-mer français . J' en ai profité aujourd'hui , puisque nous parlions de hautes technologies , pour ouvrir à midi avec ces 4000 jeunes le site Internet de l' Elysée .

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