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Ne caricaturons pas . Il ne s' agit pas de geler les fonds destinés aux services . Il ne s' agit pas de geler les fonds destinés aux indemnités personnelles des hommes et des femmes , des collaborateurs .

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J. Chirac - 14 juillet 2001

Je dis d'abord que je suis triste , vraiment triste . J' ai fait partie de ceux qui y avaient cru et qui avaient beaucoup milité depuis longtemps . Nous avions un dossier superbe . Un certain nombre de raisons ont conduit les membres du CIO à ne pas nous choisir . Alors , je le regrette pour les Français , pour la France . Je le regrette pour tous nos champions , pour toute notre jeunesse et j' espère effectivement que nous n' avons pas dit , dans le domaine des Jeux olympiques , notre dernier mot .

Alors 2012 ! Je ne sais pas . Il appartiendra au maire de Paris , à l' autorité compétente de prendre cette décision . Mais enfin , je souhaite que nous ayons un jour les Jeux olympiques en France .

C' est vrai que les Chinois n' ont pas le même sens des droits de l' Homme que nous et , en particulier , qu' ils n' ont pas cette idée que les droits de l' Homme sont une réalité , aujourd'hui , reconnue comme universelle . Il n' y a pas des " droits de l' Homme " ici , des " droits de l' Homme " là . C' est une notion universelle qui tient à la nature même de la personne humaine . Alors , comme je suis optimiste de nature , je formulerai un vœu . À l' occasion de cette grande ouverture sur le monde de la Chine et de Pékin , à l' occasion des Jeux olympiques , je formulerai le vœu que ce soit un élément déterminant . Ce fut le cas dans le passé pour certains cas .

C' est exact . À Moscou , cela a joué et pas à Berlin , je le reconnais bien volontiers . Eh bien espérons que cela jouera pour la Chine et que ce sera pour ce grand pays , ce grand peuple , une incitation à progresser vers une véritable démocratie et un véritable respect des droits universels de la personne humaine .

Il n' y a pas d' actes sans volonté . Quand il n' y a pas de volonté , il n' y a pas d' actes . Donc , c' est sans aucun doute la volonté qui a manqué et l' autorité de l' Etat qui a fait défaut . Quelles que soient les raisons que l' on connaisse et qui expliquent la montée très forte de la violence , de la délinquance , de l' agressivité , des incivilités , je voudrais dire que nous sommes arrivés à un point qui est absolument insupportable et qu' il faut y mettre un coup d' arrêt .

Nous avons appris récemment que le taux de violence en France était supérieur à celui des Etats-Unis .

Je n' en sais rien . Ce qui est certain c' est que ce à quoi un très grand nombre de Français , dans les quartiers difficiles , dans les villes en général et maintenant à la campagne , sont confrontés , ce n' est pas à des statistiques mais à une réalité qui leur fait peur . Et cela , c' est inacceptable . Alors , il faut donner un coup d' arrêt , je le répète , à tout cela . Ce n' est pas l' image que nous nous faisons de notre pays . Ce n' est pas l' idée que nous avons de la France . Ce n' est pas , non plus , conforme à l' idée des droits de l' Homme dont nous parlions . Quand les gens sont agressés , quand des jeunes filles sont violées , cela , ce n' est pas possible . Il faut en réalité que la sécurité , qui est la première des libertés , soit garantie à tous les Français , où qu' ils habitent et 24 heures sur 24 .

Là , je pense à un certain nombre de choses qui , toutes , impliquent , j' en reviens à notre première réflexion , une volonté , ce qui suppose aussi que l' Etat ait l' autorité nécessaire et probablement , d'ailleurs , dans un mouvement qui doit être plus général , que les responsabilités dans notre société soient réparties différemment .

Je prends un exemple : nous avons des quantités de délinquants , notamment de jeunes délinquants qui n' ont même pas le sentiment de faire mal et qui agressent , il n' y a aucune suite donnée . Il est donc indispensable que l' on retienne le principe que toute agression , tout délit doit être sanctionné au premier délit . C' est ce qu' on appelle la tolérance zéro . Naturellement je ne fais pas référence à la façon dont le maire de New York a traité ces affaires , ce n' est pas notre culture , ce n' est pas notre environnement . Mais je dis que nous avons en France une technique judiciaire qui existe et qui n' est pas utilisée . Probablement que les juges n' en ont pas les moyens et peut-être n' y sont - ils pas incités .

Mme SCHÖNBERG , c' est un deuxième problème . Je vais vous dire tout de suite mon sentiment , mais avant je voudrais vous dire qu' il y a une technique qui s' appelle la réparation , qui existe dans la loi et qui n' est pas appliquée . Ce qui veut dire qu' au premier délit , celui qui le commet doit être dans l' obligation de réparer . Alors la réparation peut-être une excuse , tout simplement . Cela peut être des travaux d' intérêt général dans une collectivité locale . Cela peut être un travail au bénéfice de la victime .

On ne le fait pas . On ne le fait pas parce qu' on ne peut pas le faire et c' est la raison pour laquelle , là encore , il faut déléguer aux maires . Les maires devraient avoir un Conseil de la réparation , sous le contrôle du juge naturellement , qui serait en mesure , à chaque délit , de donner une sanction immédiate et certaine .

En partie . Les maires sont les mieux à même de faire cela , pour la petite , toute petite délinquance , mais qui empoisonne la vie de tout le monde . C' est une première idée .

Je répondrai à Mme SCHÖNBERG sur ce qu' elle appelle le " couvre-feu " .

Cela ne m' a pas échappé . Le couvre-feu n' est pas le terme qui convient . Ce que les maires , qui ont pris cette décision , ont fait , n' est pas un acte de " couvre-feu " . C' est un acte de prévention . Quelle est la différence ? L' acte de prévention , qui a été reconnu légal par le Conseil d' Etat , se situe dans une période limitée -la nuit - , pour des enfants de moins de treize ans et c' est une interdiction d' errer seuls dans des quartiers difficiles . Pas n' importe où , mais dans des quartiers difficiles .

Y compris à Paris naturellement . Comment peut - on , imaginer , Mme SCHÖNBERG , que des gosses de moins de treize ans , parfois sept , huit , 9 ans , se promènent entre minuit et 6 heures du matin , à la dérive et donc soumis à toutes les menaces , à tous les accidents possibles . Est - ce qu' il est normal de laisser faire cela , et ce , vis-à-vis des droits de l' enfant ? Est - ce qu' il est normal de les laisser errer et , naturellement , de les laisser accomplir des actes , souvent entraînés par des plus grands ? C' est regrettable .

Cela dépend quel type de sanction . Je crois que , dans la réparation dont je parlais tout à l' heure , on peut imaginer que les parents soient sanctionnés . Pas , je vous le dis tout de suite , par la suppression des allocations familiales . Cela est absurde , et cela n' a pas de sens . Mais par une sanction , sous le couvert du juge , éventuellement financière , pour le cas où leur responsabilité serait directement engagée .

Nous avons les moyens d' agir . Ce qu' il nous manque , comme le disait Mme LUCET tout à l' heure , c' est la volonté d' agir , c'est-à-dire c' est l' autorité de l' Etat .

Deuxième point , c' est le fait que ces violences aient lieu , pour la plus grande partie , la nuit et pendant les week-ends . C'est-à-dire au moment où les forces de l' ordre sont les moins nombreuses .

Je connais les gendarmes et les policiers . Ils sont fiers de leur métier . Ils ont le sens de l' honneur . Ils savent qu' ils ont entre leurs mains ce qu' il y a de plus sérieux , de plus important pour leurs concitoyens : la sécurité . Il faut agir autrement . Redéployer , certainement , mais surtout leur donner les instructions et les moyens qui leur permettent d' agir . Il est évidemment absurde de confier des tâches de maintien de l' ordre dans des zones difficiles à des jeunes qui sont des adjoints de sécurité , qui n' ont ni la compétence , ni le professionnalisme nécessaires . Il faut des vrais professionnels .

Cela , c' est un problème technique sur lequel je ne me prononcerai pas . Il faut , sans aucun doute , en former davantage , les former mieux et les redéployer de façon telle qu' ils soient là où on en a vraiment besoin .

Je ne suis pas sûr que le mot soit convenable , ni adapté à notre temps . Mais je veux vous dire une chose . Il y a eu un rapport qui a été publié récemment d' où il ressortait qu' une partie importante de ce type de délinquance avait pour origine des meneurs , des chefs de bande , aussi bien d'ailleurs dans les villes qu' à la campagne . Ce rapport , je lui en laisse la responsabilité , évaluait à quelque chose comme 4000 environ le nombre de ces meneurs ou de ces chefs de bande . Eh bien , ces gens - là , il faut les arrêter . Il n' y a aucun doute . On les connaît . La police les connaît . Mais elle n' a jamais .

Il faut les arrêter . Parmi eux , il y a des gens qui sont poursuivis pour crime . Ceux - là , ils sont déférés à la justice qui traite leur cas . Et il y en a d' autres qui ne sont pas dans cette situation . Ceux - là , il faut effectivement les mettre dans des centres éducatifs . Il faut les sortir de leur milieu . Il faut les mettre dans des centres éducatifs spécialisés pour essayer de leur redonner une culture du respect de l' autre , qu' ils ont perdu , ou parce qu' on ne la leur a jamais donné . C' est tout à fait capital .

Dans le même esprit , Il y a un dernier point , c' est la violence à l' école . On pourrait naturellement multiplier les exemples . Mais la violence à l' école s' accroît et fait qu' aujourd'hui les parents ont peur . Ils essayent de mettre leurs enfants , quand ils le peuvent , mais c' est une petite minorité de privilégiés , dans des établissements , dirai - je , " sûrs " . C' est inadmissible . C' est un défi à l' égalité des chances , à l' égalité des droits des Français . Il faut assurer la sécurité à l' école . Alors , comment ?

On connaît les solutions . Ce qu' il faut , en tous les cas , c' est que les chefs d' établissement aient le pouvoir de faire respecter la sécurité . Qu' ils aient les instructions et les moyens de prendre les sanctions , notamment disciplinaires , qui s' imposent . À ce moment là , vous verrez petit à petit la sécurité revenir .

Vous savez , il n' y a pas de fatalité de l' insécurité . Il n' y a qu' un manque de l' autorité de l' Etat et un manque de volonté politique .

Je n' ai pas l' intention de polémiquer avec le Gouvernement . Je ne parlerai donc pas du passé . Je vous donne ma conception des choses . Ce que je dis , c' est que cette insécurité croissante , grandissante , une espèce de déferlante , est inacceptable , totalement contraire à l' esprit des droits de l' Homme , dont on parlait tout à l' heure , et qu' il faut y mettre un terme . Cela , je le répète , c' est une question de volonté et d' autorité .

Je ne veux pas rentrer dans ce genre de polémique , Madame SCHÖNBERG , ce que je vous donne , c' est mon sentiment . Je dis qu' aujourd'hui , on ne peut plus vivre dans un pays démocratique , moderne , en développement , où les gens ont de plus en plus peur . Cela , ce n' est pas possible .

Qu' il y a , sans aucun doute , un effort à faire . S' agissant de la police , je ne porterai pas de jugement sur sa gestion technique , ce n' est pas ma responsabilité , ni mon métier . Je constate , qu' aujourd'hui au moins , elle est mal utilisée . Qu' elle n' a pas les instructions , les garanties et les moyens nécessaires . Et qu' il faut , probablement , former davantage de policiers professionnels de façon à assumer réellement cette fonction essentielle dans une nation comme la nôtre , celle de la sécurité des citoyens .

Pour ce qui concerne la justice , il est évident qu' elle n' a pas suffisamment de moyens . C' est une responsabilité collective , très ancienne , de tous les gouvernements , qu' ils aient été , comme vous le dites , de droite ou de gauche . Tous ont la responsabilité d' avoir laissé aller la situation matérielle de la justice se dégrader à un point peu digne du service essentiel qu' elle doit rendre dans une nation civilisée .

C' est la raison pour laquelle j' ai dit déjà plusieurs fois , aujourd'hui on le voit bien , qu' il fallait une grande loi pluriannuelle de programmation du fonctionnement , des ressources et des investissements de la justice . C' est essentiel . Il faut que , dans les quelques années à venir , la justice retrouve les moyens d' agir convenablement et , à partir de là , elle retrouvera aussi une certaine sérénité .

Je ne crois pas qu' on puisse d'abord légiférer en pensant aux votes des uns ou des autres . Les rave-parties , qu' est - ce que c' est ? C' est un élément de la culture techno . Elle existe et elle a son charme . Les rave-parties en soi ne posent pas vraiment problème . Ce qui pose problème , c' est ce qu' on appelle aujourd'hui les free-parties , c'est-à-dire les rassemblements de plusieurs centaines voire de plusieurs milliers de gens .

comme aujourd'hui , même , dans le secret le plus total avec plusieurs conséquences , aucune sécurité -et on a vu les accidents qui sont intervenus - , avec souvent la dégradation de biens personnels , sans qu' il y ait le moindre responsable . Avec enfin , parfois , une agression forte sur l' environnement due à l' ampleur , à l' intensité de la musique . Les gens ne sont pas contents quand ils sont là depuis un ou deux jours , et qu' ils ne peuvent pas fermer l' œil .

La liberté -c'est un vieux principe mais il faut le rappeler- s' arrête là où elle empiète sur celle des autres . Alors , que faut - il faire ? Je crois moi que nous avons tous les moyens pour trouver un accord préalable avec les organisateurs , comme on le fait dans toutes les autres formes de réunions publiques .

Alors , avons nous ou non ces moyens dans le cadre de la réglementation actuelle ? Cela a été discuté . Il appartient au Parlement de le déterminer . S' il apparaît que nous n' avons pas aujourd'hui les moyens d' imposer , je dirais , le minimum de réglementation et d' accords , qui permet au moins , de sauvegarder la liberté des autres et surtout de garantir la sécurité des participants , alors il faut effectivement prendre une mesure législative . Si on peut le faire sans mesure législative , je n' y verrais naturellement , que des avantages . Mais vous savez , on parle d' insécurité , et comme on ne va pas parler indéfiniment de ce sujet , je voudrais dire que cette peur qui existe en matière d' insécurité , porte c' est vrai essentiellement sur la délinquance , la violence , les incivilités , les agressions , mais elle est plus large .

Elle est également sociale . On ne la connaissait pas avant , même si cela devait exister mais pas à un tel niveau , et ce avec le harcèlement au travail , des hommes ou des femmes d'ailleurs .

Il y a des inquiétudes en ce qui concerne l' alimentation , la qualité de l' eau , de l' air , en ce qui concerne le bruit , la qualité de notre environnement . Bref , je pourrais multiplier les exemples . Je le dis : nous ne pouvons pas laisser aller les choses comme on le fait depuis trop longtemps , avec le développement de tout un ensemble d' insécurités qui finissent par miner le moral des Français .

Je voudrais dire que les Français aspirent à plus de vérité , à plus de transparence et à plus de justice . C' est non seulement normal mais souhaitable pour notre démocratie et cela s' impose à chacun d' entre nous . Mais que cette aspiration soit dévoyée , par le soupçon , par la rumeur , par la manipulation , par la présomption de culpabilité érigée en système , alors c' est une autre chose , car cela a pour conséquence , non seulement d' occulter la vérité , mais aussi d' occulter le débat démocratique , et ce à la veille de grandes échéances électorales , sur les problèmes qui se posent aux Français . Ce n' est pas innocent , naturellement , .

Si vous permettez que je termine , j' en ai pour une seconde . Ce n' est pas innocent , mais cela ne sert ni la démocratie , ni les Français , ni l' image et donc la capacité d' action de la France à l' étranger .

C' est une excellente occasion pour moi de le faire , et je ne vous cache pas que je suis heureux de pouvoir le faire aujourd'hui . Parler aux Français , c' est toujours une joie , c' est un honneur , mais dans la circonstance actuelle , pour moi , c' est nécessaire et j' attendais , je ne vous le cache pas , ce moment avec un peu d' impatience .

Alors , venons au fait . Il s' agit de quoi ? De mes voyages . Alors , j' ai regardé ce dont il s' agissait , je suis même revenu dans mes agendas pour vérifier des choses et qu' est - ce que je vois ? Vous me permettrez de faire 4 réflexions . D'abord , dans ces voyages , qu' est - ce qu' il y a ?

Il y a des voyages professionnels , il y a des voyages privés , il y a des voyages , d'ailleurs courts , qu' il m' est arrivé d' offrir à tel ou tel de mes collaborateurs proches , pour les remercier du travail fourni . Et puis alors , là où j' ai été stupéfait , c' est quand je me suis aperçu du chiffre exorbitant que l' on m' imputait au titre de ces voyages et , cherchant à vérifier , quand je me suis aperçu qu' il y avait dans ces voyages , certains que ni moi , ni ma famille , ni aucun de mes amis n' avaient jamais fait , on pourrait prendre des exemples , mais peu importe . Qu' il y avait des voyages qui avaient été faits par certains de mes collaborateurs qui les avaient eux - mêmes , certes par mon agence de voyages , commandés et payés , et que l' on m' imputait . Et qu' il y avait surtout toute une série de voyages à des noms de gens dont je n' ai jamais entendu parler .

Ce n' est pas qu' elles se dégonflent , c' est qu' elles font " pschitt " , si vous me permettez cette expression .

Je ne l' ai pas fait , mais cela , je peux vous le dire n' a strictement .

Cela n' a strictement , je peux vous le dire , aucun rapport avec la somme qui est aujourd'hui jetée en pâture à l' opinion publique , sans que personne ne se soit préoccupé de savoir si elle était ou non justifiée , parce que : calomniez , calomniez , il en restera toujours quelque chose !

Vous permettez , j' y viens . Ma deuxième réflexion , c' est que ces règlements ont été faits de manière parfaitement légale , et je vais répondre à votre question , puisque vous l' avez déjà posée . Ils ont tous été faits sur facture . Si j' avais voulu les dissimuler , je n' aurais pas fait faire de factures . Ils ont tous été faits sur facture , c' est d'ailleurs comme cela qu' on les retrouve , sinon on ne les retrouverait pas . Et deuxièmement , ils ont été , nous y reviendrons peut-être tout à l' heure , payés avec mes indemnités personnelles .

Troisièmement vous pourriez me dire , et vous allez me dire , j' en suis sûr , " mais ils ont été payés en espèces . "

Oui , ils ont été , pour un certain nombre d' entre eux payés en espèces . Pourquoi ? Tout simplement pour des raisons de discrétion et de sécurité . Un ancien Premier ministre est tenu à un certain nombre de dispositions de sécurité . C' est d'ailleurs la raison pour laquelle l' Etat met à son service des officiers de police . J' ai moi - même été , vous le savez , l' objet d' un attentat dans le Capitole , que je n' ai pas pris à la dernière minute , je ne me souviens plus pourquoi . Cet attentat , hélas , a fait une victime . Il y a une sécurité et une discrétion nécessaires .

Non , il n' y avait pas de menaces particulières . Mais il y a une précaution nécessaire qui implique une certaine sécurité , une certaine discrétion . C' est ce qui explique ...

Exactement , c' est ce qui explique que mon agence de voyages ait souvent mis des noms qui n' étaient pas le mien . Les vrais noms étaient donnés à la compagnie aérienne , en particulier , à la dernière minute , au moment où j' allais monter .

Je voudrais juste terminer , j' ai un quatrième point et après je répondrais à toutes vos questions .

J' ai un quatrième point : l' essentiel de ce qui reste de ces sommes tient naturellement au prix des billets d' avion .

Je vais vous dire une chose : Je suis ancien Premier ministre depuis 1976 . Il y a un usage , je ne crois pas que ce soit un droit , mais en tous les cas c' est un usage , qui a été rappelé par un certain nombre de présidents d' Air France , qui veut que les anciens Premiers ministres et les anciens ministres des Transports peuvent bénéficier , s' ils le demandent , de billets gratuits sur Air-France et sur les compagnies associées .

Je vais vous dire une chose , je n' ai jamais , jamais , pas une seule fois , demandé et a fortiori bénéficié d' un voyage ou d' un billet gratuit ou même à taux réduit sur Air France . J' ai toujours commandé mes billets à mon agent de voyages . Je les ai toujours payés à taux plein . Je me demande parfois si j' ai eu raison , parce que si j' avais fait autrement , le chiffre finirait de s' effondrer . Peu importe , mais ce que je tiens à dire , c' est que moi , je n' ai jamais demandé et a fortiori obtenu , le moindre billet gratuit ou à tarif réduit de la part d' Air France . Voilà .

Ce n' est pas un reliquat de fonds secrets , comme vous dites d'ailleurs . Les reliquats de fonds secrets n' existent pratiquement pas . Parce que , comme vous le savez , les fonds secrets sont donnés tous les mois par le payeur général ou par la Banque de France et il n' y a pas de reliquat . Mais on a bien parlé de fonds secrets .

Ces fonds secrets , dont nous allons , je pense et je le souhaite , parler tout à l' heure dans la foulée , ont toujours existé . Et une partie , une petite , une toute petite partie de leur usage consiste à donner aux membres du Gouvernement , à leurs collaborateurs , en contrepartie d' un travail naturellement très supérieur à la moyenne , des indemnités .

Non , absolument pas . C' est un complément de rémunération , comme pour les collaborateurs des ministres . C' est une tradition . Je vous dirais tout de suite que je crois que c' est une mauvaise tradition , que les temps ont changé et qu' il faut changer le système . Nous allons y revenir . Je vois que Mme SCHÖNBERG le souhaite , et je me rendrai volontiers à son désir .

Naturellement , puisqu'il est secret , par définition . Mais , depuis toujours , il y a eu dans la République cette tolérance qui a été considérée comme normale et qu' aujourd'hui l' on conteste , à juste titre , et qui fait que des indemnités étaient données aux membres du gouvernement , aux membres des cabinets ministériels , à un certain nombre de personnel , en contrepartie du travail particulièrement harassant , il faut bien le reconnaître , que ces gens font durant leurs fonctions .

Posez réellement votre question . Dites : " combien vous touchiez ? "

Je vais vous dire une chose . Ces fonds ont toujours existé , ont toujours été distribués et ont toujours été revêtus du cachet du secret . On peut le déplorer , mais c' est ainsi et c' est un secret qu' il ne m' appartient pas de lever .

Non , non , non . Tous ces fonds , c' était , je ne devrais pas dire " c' était " , parce que c' est toujours la même chose ...

C' était une tolérance . Il était convenu , ce n' est pas seulement dans ce cas là , il y a d' autres cas où pendant très longtemps par exemple , les parlementaires ne déclaraient pas la totalité .

Cela faisait partie d' un statut . Bon , on peut le contester aujourd'hui . Je ne dis pas le contraire , je vais même y revenir parce que j' ai des propositions . Mais , enfin , c' était ainsi . Et , par conséquent , ce secret sur ces indemnités , ce n' est pas à moi de le lever . Ce que je peux vous dire en tous les cas pour ce qui me concerne , c' est que je me suis inscrit très exactement dans la tradition antérieure .

Écoutez , je n' en ai pas le souvenir , mais s' il l' a fait , il a eu raison . Je voudrais revenir un instant sur ces fonds secrets .

D'après ce qu' il dit , n' est - ce pas . Mais je n' en ai pas le souvenir .

Cela fait beaucoup plus de quarante ans .

Oui et non . Les choses ont évolué , elles ont changé . Nous le verrons dans d' autres domaines . Ce qui était considéré comme normal il y a 10 ans , il y a vingt ans , il y a trente ans , est considéré aujourd'hui , et à juste titre , comme contestable et anormal . Et quand quelque chose devient anormal il faut le changer . Je voudrais tout de même rappeler que cela existe toujours et que nos gouvernements travaillent pour une large part en liquide aujourd'hui et , que le Premier ministre , puisque c' est lui qui a l' essentiel des fonds secrets , dispose de sommes considérables qu' il peut utiliser librement , sans aucun contrôle .

Moins de 5 % . Permettez - moi de terminer , Madame SCHÖNBERG .

Non . Je vais même vous dire exactement le contraire . Je voudrais dire d'abord qu' aujourd'hui , cela continue à fonctionner . C'est-à-dire que le Premier ministre , comme son prédécesseur , comme tous ses prédécesseurs , dispose d' une somme considérable en liquide et dont il peut disposer librement sans aucun contrôle . Et là , il ne s' agit pas de quelques dizaines de milliers de francs , il s' agit de centaines de millions de francs .

Si vous voulez entrer dans le détail , une grosse moitié va aux services , comme vous dites , c'est-à-dire pour des actions dont on ne peut pas contester la légitimité , qui sont l' action secrète de la France et donc c' est légitime . Et le reste , qui se chiffre aussi en centaines de millions , il y en a une partie , petite partie , qui va aux indemnités dont nous parlions tout à l' heure et donc qui pourrait parfaitement être payée par chèques , et c' est ce que je propose , être fiscalisée , dans des conditions qui ne portent pas atteinte aux revenus des gens qui travaillent , eux , soixante-dix heures par semaine .

Le reste , indépendamment du fonctionnement des ministères , de Matignon , de l' Élysée , sont des sommes , je le répète , considérables , qui sont à Matignon , qui l' ont toujours été et qui , elles , sont utilisées sans aucun contrôle . Cela , ce n' est plus possible .

Je n' ai peur de rien .

Ne dites pas à l' Élysée comme à Matignon . Matignon a 95 % des fonds et l' Élysée , moins de 5 % ! Ce qui veut dire que ce dont dispose l' Élysée , c' est tout juste pour les indemnités des collaborateurs , au sens large du terme , et pour le fonctionnement de la maison . L' Élysée n' a jamais eu de fonds spéciaux , je dirais , politiques .

Alors j' ai , effectivement , approuvé la proposition qui a été faite par les trois présidents des groupes de l' opposition à l' Assemblée nationale , consistant à geler ces fonds . Ne caricaturons pas . Il ne s' agit pas de geler les fonds destinés aux services . Il ne s' agit pas de geler les fonds destinés aux indemnités personnelles des hommes et des femmes , des collaborateurs . Pas du tout . Il ne s' agit pas de geler le fonctionnement même des institutions gouvernementales . Il s' agit de geler la masse énorme des fonds qui , eux , n' ont aucune affectation autre que celle que souhaite ou que décide le Premier ministre .

Oui . On peut appeler ça comme cela ou autrement . Peu importe . Mais ce sont ceux - là qu' il faut geler aujourd'hui . Vous me direz : mais ils ont toujours existé ? Oui , mais il apparaît aujourd'hui qu' il y a un problème , que ce n' est plus dans la mentalité de notre temps , et à juste titre . Et comme on est à une encablure d' échéances électorales extrêmement importantes , je crois qu' il ne faut pas laisser se développer le soupçon . Le soupçon est toujours mauvais pour la démocratie . Alors , pour éviter tout soupçon , je dis : gelons ces fonds et faisons en sorte qu' ils ne puissent être dépensés que par chèques et sous le contrôle d' une commission .

Je trouve qu' il y a un problème . Il a été soulevé . Il a été porté devant l' opinion publique . Il faut le régler immédiatement . Que l' on fasse ensuite un rapport , une commission comme on en a le secret en France , lorsque l' on veut enterrer quelque chose , je le veux bien . D'autant que ce rapport a été confié au Premier président de la Cour des comptes , que je suis moi - même un magistrat de la Cour des comptes , que j' ai donc le plus grand respect pour cette maison et que je suis sûr que le Premier président fera des propositions tout à fait objectives . Mais , en attendant , il ne faut pas laisser le temps passer . Il faut prendre une décision immédiate . Un problème apparaît , il faut prendre une décision .

Avant de répondre à cette question qui est évidemment essentielle dans le procès que l' on essaie de m' intenter , je voudrais vous dire que je n' ai rien à cacher . Et que je suis tout à fait prêt , sous réserve que l' on ne me demande pas d' étaler sur la place publique ma vie privée -parce que j' ai droit aussi à une vie privée - , je suis prêt à dire aux Français , notamment par votre intermédiaire , et je vous en remercie , tout ce qu' ils veulent savoir . Tout . Mais je voudrais ajouter que lorsque pour m' atteindre on s' en prend à ma fille ou à ma femme , alors là , je trouve que les limites sont franchies .

Ou de l' inconscience .

Ou de l' inconscience . Mais ce que je peux vous dire , c' est que je trouve cela scandaleux .

Je n' ai à faire la guerre à personne . Ma fille a été convoquée . Elle s' est rendue chez le juge , naturellement . On l' a interrogée sur deux voyages , l' un qui était connu comme le loup blanc et qu' elle avait fait en ma compagnie , voyage professionnel , et un deuxième voyage au Kenya , pays dans lequel elle n' a jamais mis les pieds . C' est vous dire le sérieux de tout cela .

Attendez . Je voudrais répondre à la question . Vous me posez une question sur un sujet qui me touche , il est légitime que je puisse répondre . Elle s' est rendue chez le juge . Si ma femme est convoquée , elle s' y rendra , tout simplement parce que c' est son devoir et qu' elle vient d' une famille où l' on n' a jamais , c' est le moins que l' on puisse dire , plaisanté sur les problèmes de la moralité et sur le devoir .

Mais je vais vous dire , si vous me demandez ce que j' en pense : un Président de la République a droit , comme tout le monde , à une vie privée et il a le droit à ce qu' on respecte sa famille . Eh bien ma femme et ma fille ont été profondément meurtries . Et cela , ça m' a blessé , blessé . Moi aussi , j' ai été profondément blessé par ça .

Vous diriez qu' il y a un acharnement contre les Chirac . Vous avez parlé tout à l' heure de calomnie . Au début , vous avez même dit qu' il y avait une sorte d' accélération avant le 14 juillet . Mais qui mène la danse ?

Je vais vous dire , Madame SCHÖNBERG , je ne le sais pas , je ne veux pas le savoir . La seule chose qui m' intéresse , c' est ce que pensent les Français . Et la seule chose qui m' importe , c' est d' avoir l' occasion de leur dire ce que je pense . Ce dont je vous remercie .

La justice , Dieu soit loué , est indépendante . Je ne dirais pas qu' il n' y a pas aujourd'hui dans la justice une certaine confusion .

Les procureurs -mais cela n' est pas la faute de la justice , ce n' est pas imputer un tort à la justice , c' est la faute de l' Etat , du Gouvernement , du ministre de la Justice - , les procureurs , quelle est leur vocation ? C' est d' éclairer les juges , de la même façon , qu' ils soient à Lille ou à Marseille .

C' est que les procureurs soient en mesure de dire le droit . Quand les procureurs se disputent , quand le principe hiérarchique n' est plus respecté , alors il y a confusion .

Alors , il y a confusion , et quand il y a confusion il y a doute et quand le doute s' introduit au sujet du droit c' est évidemment très mauvais .

Je ne porte pas de jugement sur les juges . Je dis qu' il y a un devoir , le pouvoir politique doit assumer ses responsabilités . On parlait tout à l' heure de l' insécurité et je vous disais qu' à mon sens , le pouvoir politique , ce n' est pas récent , n' assume pas aujourd'hui ses responsabilités . Que l' autorité de l' Etat n' est pas respectée . Et bien , je le dirai de la même façon pour la justice . Ce n' est pas les juges qui sont en cause . C' est l' Etat , c' est le Gouvernement , c' est tout à fait différent .

Les juges font leur travail tel qu' ils estiment devoir le faire . Et les juges ne sont pas des autorités démocratiques légitimement élues comme dans certains pays .

Oui , je regrette que cette réforme n' ait pas été poursuivie mais j' espère qu' elle le sera un jour . Il faut remettre un peu d' ordre . On ne peut pas laisser la justice dans un état de confusion dont elle n' est pas responsable , dont la responsabilité incombe à ceux qui ont le pouvoir et le devoir de faire en sorte que la justice soit partout pareille . Si on continue .

Si on continue comme cela , Monsieur POIVRE d' ARVOR , quelqu'un pour le même fait pourrait être emprisonné à Marseille et relâché à Lille . Est - ce que vous pensez que c' est la justice ? La justice doit être la même pour tous dans un pays comme la France . La même pour tous , et cela impose qu' il y ait un minimum de discipline . Cette confusion est grave .

Je voudrais d'abord vous dire que cette dérive dont nous parlions à l' instant se traduit notamment par une mise en cause de toutes nos institutions . Alors on met en cause la justice , et on la mettra de plus en plus en cause si elle ne se reprend pas . Enfin , si l' Etat n' assume pas sa responsabilité . On met en cause le Conseil constitutionnel , seul habilité à décider certaines choses sur l' interprétation de la Constitution .

La justice peut vouloir ce qu' elle veut . Il y a une Constitution .

Monsieur POIVRE d' ARVOR , ce n' est pas le problème . La France a cette manie de mettre en cause en permanence , et sous n' importe quel prétexte , ses institutions . Rien n' est plus dangereux pour une démocratie . La Constitution donne un pouvoir au Conseil constitutionnel , il n' y a pas une démocratie dans le monde , en dehors de la France , où ceci serait remis en cause , pas une . On met en cause la Cour de cassation . J' ai entendu des représentants du pouvoir législatif porter des jugements inacceptables sur les chefs de la Cour de cassation . Bref , on met en cause nos institutions . Et quand on cherche pourquoi elles sont mises en cause , qu' est - ce que l' on voit ?

Il y a naturellement ceux qui n' ont qu' une idée , c' est de revenir à la période de la quatrième République où les partis politiques faisaient entre eux leur " petite cuisine " , comme disait le Général , " sur leurs petits feux " . Ce n' est plus l' idée que nous nous faisons de l' Etat et ce n' est plus non plus conforme à la nécessité d' un Etat fort face aux problèmes auxquels nous sommes confrontés .

Mais c' est surtout d' autres qui sont derrière ces affaires . Ce sont les éternels pourfendeurs de la société . Ceux qui , en réalité , ont pour objectif non pas de rechercher la morale , naturellement , mais de casser la société .

Oh , ce sont non . Mais ce n' est pas un problème professionnel , c' est un problème de conception philosophique . Vous avez une école de pensée en France , depuis longtemps , qui s' est toujours attaquée aux structures même de la société , qui veut casser l' Etat . Eh bien , moi je ne laisserai pas casser l' Etat et cela m' amène à répondre sur le statut du chef de l' Etat à la question que Mme LUCET a bien voulu me poser en invoquant les suggestions de certains parlementaires .

Je sais parfaitement qu' une majorité de Français se dit : mais enfin , il n' a probablement rien à se reprocher , pourquoi ne le dit - il pas aux juges puisque les juges le lui demandent ? Je le comprends .

Et je le dis aujourd'hui , mais je le dis aux Français , ce n' est pas pareil . Moi , j' ai été élu par les Français et je le leur dis , et je veux leur dire en particulier pourquoi je n' accepte pas de me rendre à la convocation d' un juge .

Cela ne change rien . Le Président de la République n' est pas un citoyen comme les autres dans notre pays , comme dans aucune démocratie . Le Président de la République a reçu mandat de veiller au respect de la Constitution , au bon fonctionnement des pouvoirs publics , à l' indépendance nationale . Il détient , par exemple , la mise en œuvre , le cas échéant , du feu nucléaire . Bref , il a des responsabilités éminentes et considérables , et il n' a personne pour les déléguer . Il n' y a pas de vice-président , il n' y a pas de suppléant , il n' y a personne .

Alors , il faut réfléchir un peu avant de prendre des positions . Imaginez - vous un instant qu' à la suite d' un soupçon médiatiquement amplifié , à la suite d' une plainte déposée -n'importe qui peut déposer plainte contre n' importe qui , à n' importe quel sujet , sans aucun fondement - , supposez qu' à la suite d' un soupçon ou d' une plainte , un juge d' instruction puisse empêcher le Président de la République d' assumer en totale sérénité et en toute liberté ses responsabilités et ses fonctions . Qu' est - ce qui se passerait ? Là encore , l' institution serait profondément atteinte .

Mme SCHÖNBERG , je vais y venir . Mais je voudrais que les Français comprennent d'abord , parce que c' est ce qu' il y a de plus important , pourquoi j' ai pris la position qui est la mienne . Parce que si j' en prenais une autre , le seul résultat ce serait d' affaiblir l' autorité du chef de l' Etat , d' abaisser cette autorité et donc de le mettre dans l' impossibilité d' assumer ses responsabilités , tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur , et notamment dans la construction européenne , dans la défense des intérêts de la France dans le monde . Eh bien , ne comptez pas sur moi pour affaiblir l' autorité de l' Etat . C' est tout le contraire que je recherche aujourd'hui , je pense que vous l' avez compris .

Vous évoquiez d'abord le Conseil constitutionnel . Nous avons une Constitution , respectons -la . Même si quelques juges ne sont pas de cet avis , ils n' ont pas de droit à contester la Constitution , et le Conseil constitutionnel est seul habilité à interpréter la Constitution . Seul , c' est ainsi . Et ses décisions s' imposent , c' est la Constitution qui le dit , à toutes les juridictions , et ne sont soumises à aucun recours . C' est un élément essentiel de notre droit , il ne faut pas le contester . Je répète , ce sont les racines de notre démocratie . Et dans le cas particulier , le Conseil constitutionnel , très sagement , et comme dans toutes les autres grandes démocraties , a dit que la responsabilité pénale du Président de la République ne peut être mise en cause que par le Parlement .

Vous vous faites le complice de ceux qui veulent casser nos institutions .

Si , un jour , nous voulons changer de Constitution , ce n' est pas aux juges , aux journalistes , aux policiers qu' on le demandera , c' est aux Français . On leur fera une proposition et , là , ils changeront la Constitution .

Je ne pense pas que nous devions changer notre Constitution . Il est légitime que le Président de la République ait un statut , comme dans toutes les autres démocraties , sans exception , qui fait que la clé de sa mise en cause est détenue par le Parlement . Parce que le Parlement , comme le Président de la République , émane du peuple , ils ont été élus par le peuple . Alors , vous me disiez , Madame SCHÖNBERG , mais est - ce qu' il ne faudrait pas changer les choses ?

Bon , alors , je voudrais d'abord dire qu' il n' y a rien de plus léger et de plus dangereux que d' obéir à une pression médiatique ou immédiate pour prendre , dans la hâte et la précipitation , des décisions . Je prends un exemple : la majorité a fait voter en première lecture un projet de loi , en sachant très bien qu' il ne serait jamais voté définitivement , modifiant le statut pénal du Président de la République . Je vais vous dire simplement une chose . Prenons l' hypothèse où ce texte , élaboré sous la pression et dans l' improvisation , où ce texte serait voté , et s' appliquerait . Aucun Président de la République , dans l' avenir , ne pourrait assumer normalement ses fonctions , aucun . Et le seul bénéfice , ce serait pour ceux qui veulent affaiblir les institutions et affaiblir la France . Il ne faut pas compter sur moi pour cela . Ceci étant , rien n' est permanent et donc je vous rejoins , Madame SCHÖNBERG . Moi , je suis tout à fait d'accord pour que l' on étudie l' évolution ou la réforme du statut du Président de la République , tout à fait d'accord , à condition que , premièrement , cela soit fait par des gens compétents , c' est à dire de grands constitutionnalistes . Deuxièmement , que cela ne mette pas en cause les deux principes essentiels qui sont les principes de la démocratie , de la République , et qui sont la séparation des pouvoirs et la continuité de l' Etat . Et , troisièmement , que , comme dans toutes les démocraties , ce soit le Parlement qui détienne la clé des choses , je dis bien la clé .

Alors , dans ce cas là , je suis tout à fait d'accord et je suis même tout disposé à le proposer . Mais dans la sérénité .

Après les élections .

Je ne le pense pas parce que , moi , j' ai toujours cru au bon sens , je crois que la démocratie est fondée sur le bon sens , même lorsqu' elle est un peu découragée . Et je comprends que les Français soient découragés quand ils voient le niveau où l' on a porté le débat , quand ils sont confrontés à tous les problèmes qu' ils connaissent et qu' ils voient de quoi se préoccupent les " grands " , si j' ose dire , entre guillemets , c' est misérable .

Je n' ai pas de jugement à porter sur le Premier ministre .

Vous savez , je crois au bon sens des Français et j' espère qu' ils réagiront . Pour réagir , il faut qu' ils aient bien conscience que leur choix devra se porter sur des hommes et des femmes , quelle que soit leur appartenance politique , qui respectent l' Etat et qui soient décidés , d' une part à renforcer l' autorité de l' Etat , et d' autre part à assumer une nouvelle répartition des responsabilités dans notre pays , c' est à dire à décentraliser , pour utiliser un mot qui n' est pas tout à fait celui qui convient , très largement , de façon à rapprocher ceux qui prennent les décisions de ceux qui les subissent .

Je n' ai aucun commentaire à vous faire sur cette question .

Je croyais que l' on devait également évoquer d' autres sujets . Madame SCHÖNBERG , je vous donne la parole , Madame LUCET , pardonnez - moi .

Quand je vois à quel niveau se situent un certain nombre d' arguments de campagne , je me dis qu' il n' y a pas urgence à ce que la campagne officielle s' ouvre trop rapidement .

J' espère que non . Mais , vous savez , vous en serez au moins autant que nous responsables . Je voudrais vous dire , Madame LUCET , vous détenez ce pouvoir qui fait rêver , qui est le pouvoir médiatique , le pouvoir mystérieux qui fait rêver . Moi , j' ai un pouvoir plus terre à terre , une responsabilité . Mais je voudrais vous dire une chose , c' est que chacun d' entre nous , vous comme moi , est comptable de la démocratie . Eh bien , pour ma part , je tiens à vous le dire avant que nous passions au sujet suivant , pour ma part je ne me laisserai pas détourner un instant de ce qui est ma vocation , ma préoccupation essentielle , c' est à dire le service des Français et le service de la France . Et rien ne m' en détournera .

Je ne suis pas favorable aux polémiques . Et je n' ai aucun commentaire à faire sur le parcours idéologique du Premier ministre , aucun .

Je ne savais rien du tout , et je n' ai aucun commentaire à faire .

Eh bien , je crois qu' il y en aura autant à gauche qu' à droite . Je ne sais pas si cela est fait pour rassurer les uns ou les autres , peut-être cela aura - t - il au moins pour mérite qu' un certain nombre de voix s' élèveront pour parler des vrais problèmes des Français . Et , comme je vous le disais , vous êtes comptables de la démocratie , alors j' espère que vous relaierez chacune de ces voix à son juste prix .

Non . D'abord un mot , n' est - ce pas ? Nous sommes dans un monde globalisé , comme on dit , c'est-à-dire que tout circule , les hommes , les idées , les capitaux et qu' il est tout à fait enfantin de vouloir s' y opposer . C' est ainsi , c' est une réalité avec laquelle il faut faire . Et donc , s' agissant des entreprises , il faut qu' elles puissent s' adapter , c' est inévitable . Si on les empêche de travailler , le seul résultat , c' est qu' elles vont dépérir et que les investisseurs , au lieu d' investir chez nous , iront investir ailleurs . C' est exactement ce qui se passe , depuis deux ans . Les investissements français à l' étranger ont explosé , alors qu' ils ne se font plus en France . Pourquoi ? Tout simplement parce que les gens ont peur , là encore , c' est la peur d' investir en France , ils préfèrent investir - je parle des Français- à l' étranger . Tant mieux pour notre image à l' étranger , tant pis pour l' emploi , si j' ose dire .

Indiscutablement , et je viens de le dire . Donc , il faut faire attention . Deuxièmement , cela ne peut en rien justifier les mesures consistant à mettre à la porte des travailleurs uniquement dans le souci d' améliorer des profits .

C' est celle du dialogue social , et c' est la seule qui puisse être adoptée . Donc , cela , c' est inadmissible , qu' on jette des gens dehors pour améliorer les profits . Pour sauver une entreprise , qu' on fasse un plan social je peux le comprendre , c' est même inévitable , mais uniquement pour améliorer les profits , c' est inacceptable . Alors , quelle est la solution ? C' est ce que vous dites , Madame SCHÖNBERG , c' est le dialogue social . Et ce que je reproche à la loi de modernisation sociale , c' est simplement qu' une fois de plus , comme toujours , le Gouvernement a négocié dans les couloirs de l' Assemblée nationale , avec les partis de la majorité , des mesures qui n' ont été concertées en aucune façon avec les partenaires sociaux et qui , néanmoins , vont s' imposer avec un résultat qui sera très négatif , en tous les cas à la fin de l' année .

Une mesure beaucoup trop rapide . Et surtout , dans des problèmes aussi délicats où il faut apprécier l' exigence sociale et morale et l' exigence économique et l' emploi , il n' y a pas d' autre solution que d' avoir un vrai dialogue social . Il faut une démocratie sociale .

Nous avons un Etat qui veut tout réglementer , tout légiférer , mais c' est fini cela , cela ne marche plus et cela ne peut pas marcher .

Il faut une démocratie locale , je le disais tout à l' heure , il faut que les maires , il faut que les présidents de conseils généraux , régionaux , aient de vrais pouvoirs et il faut qu' il y ait une démocratie sociale , c'est-à-dire que les partenaires sociaux puissent , ensemble , dans un cadre général , naturellement défini par l' Etat , pour que les règles essentielles soient respectées , mais qu' ils puissent ensemble trouver les meilleures solutions , car c' est eux qui sont sur le terrain , c' est eux qui sont confrontés aux problèmes des gens , ce n' est pas des membres de cabinet , ou des .

... C'est-à-dire qu' il n' y a pas eu de dialogue social .

Alors je vois que le Premier ministre semble vouloir le relancer . Je m' en réjouis et je ne peux que l' encourager , et j' y serai tout à fait favorable .

Et je vous dis que nous ne sortirons pas de nos difficultés par un pouvoir réglementaire , nous en sortirons par une vraie démocratie sociale dans laquelle chacun peut s' exprimer . Regardez ce qui s' est passé avec le financement des 35 heures , ou même tout simplement l' application des 35 heures , pour ne citer que cela , avec les caisses d' assurance maladie . C' est inacceptable , cette manière de vouloir imposer aux autres , sur des sujets qu' en plus on ne connaît qu' au travers d' idéologies , des solutions concrètes à des gens , je le répète , qui sont confrontés chaque jour à ces problèmes . Ce n' est plus une méthode moderne de gouvernement et c' est aussi un moyen de remettre en cause l' autorité de l' Etat .

... Ce n' est pas la faute du Gouvernement si la croissance non s' effondre , mais diminue , parce que , quand même , 2-1 ou 2-3 % c' est quand même une croissance supérieure à ce que nous avons connu pendant de très longues années . Nous aurions été très contents d' avoir deux % de croissance . Donc , on ne peut pas dire que cela s' effondre . On a une croissance moindre , après quelques années d' une croissance exceptionnelle pendant laquelle , je voulais le dire tout à l' heure sur le social , on aurait bien fait de régler quelques problèmes parce qu' on règle toujours les problèmes mieux quand il y a beaucoup d' argent , quand il y a l' opulence , que quand il y en a moins .

Même si le chômage a baissé , ce qui était inévitable , ce qui s' est fait partout , et qui a baissé moins en France qu' ailleurs .

...

Écoutez , je ne veux pas rentrer dans ces polémiques . Il est évident que le chômage a baissé partout , et chez nous moins qu' ailleurs , dans l' Union européenne . Je n' en dis pas plus . Chacun en tirera la conclusion qu' il voudra . Mais , en revanche , ce qui n' a pas baissé , c' est l' inquiétude des Français pour leur retraite . Nous avons là un problème majeur , imminent . On ne fait rien , alors que les Français savent très bien qu' il faudra prendre des décisions . Ce qu' ils craignent , ce n' est pas les décisions à prendre , c' est le fait qu' on n' en prenne pas . Et cela , c' est extrêmement irresponsable .

Nous avons un système de répartition qui fait partie de notre pacte social et que personne , je dirai , de sérieux , ne peut mettre en cause .

Sans aucun doute . Pour dire un mot de ce sujet qui préoccupe énormément les Français , je voudrais dire , d'abord , qu' il faut affirmer un principe , c' est qu' à salaire égal , retraite égale , en tenant compte naturellement de la spécificité de certaines professions qui sont plus dures que d' autres . Deuxièmement , que le niveau des retraites doit être garanti . Troisièmement , qu' on doit être beaucoup plus souple . Ceux qui ont atteint leurs annuités avant 60 ans doivent pouvoir partir et ceux qui , après 60 ans , veulent compléter leurs annuités pour arriver à une retraite complète doivent pouvoir rester .

Il ne s' agit pas de mettre en cause la retraite à 60 ans , naturellement . C' est un acquis . Mais il s' agit d' avoir un peu de souplesse , là encore .

Et , enfin , dernier point , il faut favoriser l' épargne retraite . Il faut que les Français qui veulent avoir un supplément de retraite et qui mettent 1 franc dans un système de nature à leur donner ce supplément voient ce franc défiscalisé pour les inciter et les encourager . C' est essentiel sur le plan social . Et surtout , à condition que ce soit géré paritairement , naturellement , au terme d' un dialogue entre les partenaires sociaux , cela nous donnerait la possibilité de garder nos entreprises en France .

Est - ce que vous trouvez normal que la plupart des grandes entreprises françaises appartiennent à des retraités de Californie ou d' Angleterre ? Est - ce que vous trouvez cela normal ? Mais c' est extrêmement dangereux , extrêmement dangereux ! Si nous avions des fonds de capitalisation , appelez cela comme vous le voulez , peu importe , alors nous pourrions redevenir maîtres chez nous . Mais , pour des raisons purement idéologiques , on ne veut pas mettre en œuvre une réforme de cette nature .

Nous avons eu trois ou 4 années de très forte croissance au cours desquelles nous avons eu des rentrées considérables . Le problème est de savoir si on les a bien utilisées . Pour dire la vérité , je n' en suis pas certain .

Alors , ne parlons pas du passé . Je ne prendrai qu' un exemple : la dette de la France , après 4 ans d' opulence et de croissance forte , a augmenté de mille milliards de francs . Il n' y a pas un autre pays européen qui est dans ce cas - là .

Alors , j' exprimerai à cet égard un regret et une exigence . Le regret , c' est qu' on n' ait pas fait ce qu' il fallait faire . On n' a pas réduit nos déficits . On a laissé augmenter la dette . Par ailleurs , on n' a pas baissé les impôts des Français . 1999 et 2000 atteignent des records historiques de prélèvements obligatoires . Historiques ! Et je ne suis pas du tout sûr que 2001 ne sera pas dans le même cas .

Par ailleurs , nous sommes un des rares pays à ne pas avoir eu de hausse substantielle du pouvoir d' achat . Un récent rapport de l' Union européenne vient de faire apparaître que , s' agissant de la richesse par habitant , le produit industriel brut par habitant , la France est tombée au douzième rang dans les quinze pays de l' Union européenne . Il n' y a plus que l' Espagne , le Portugal et la Grèce derrière nous . Ce n' est tout de même pas un record ou , plus exactement , c' est un record dans le mauvais sens . Je ne suis pas absolument certain , je le répète , qu' on ait utilisé les fruits de la croissance comme on aurait dû le faire . Mais passons sur le passé .

Pour le présent , c' est un peu différent . Je crois que , la situation étant ce qu' elle est , il n' y a peut-être plus de cagnotte . Mais les rentrées fiscales restent très importantes , en augmentation . La rentrée fiscale globale continue d' augmenter . Donc , on ne peut pas dire que nous soyons pris à la gorge .

Dans ce contexte , je crois qu' il est essentiel , d'abord , d' avoir une politique sérieuse , de remettre de l' ordre dans la maison , c'est-à-dire de diminuer nos déficits qui sont les impôts de demain . Nos successeurs devront faire face au remboursement de nos dettes d' aujourd'hui . Ils ne seront peut-être pas très contents . Ils auront raison .

Deuxièmement , il faut être vigilant sur l' inflation . On aura peut-être l' occasion d' en dire un mot avec l' euro , mais il faut être vigilant sur l' inflation .

Troisièmement , il faut faire davantage confiance , je n' y reviendrai pas , aux partenaires sociaux , davantage confiance aux partenaires locaux . Il faut qu' en France , on rétablisse l' autorité de l' Etat , on répartisse différemment les centres de décision , les pouvoirs , les responsabilités , notamment dans le domaine social et dans le domaine local .

Un dernier point , c' est qu' il faut faire les réformes qui sont attendues . Nous avons eu une période d' opulence . On n' a fait aucune réforme de structure de l' Etat . Nous allons vers une période où un très grand nombre de fonctionnaires vont être amenés à prendre leur retraite . C' est un moment privilégié pour faire des réformes . Vous en avez entendu parler ? Rien . Eh bien , je le déplore .

Je suis confiant parce que les choses ont été bien préparées . Ensuite parce que je crois que les Français s' y sont psychologiquement préparés . J' observe que , dans les sondages , les enquêtes d' opinion , ce sont des éléments d' appréciation mais , enfin , ils ne sont pas forcément mauvais , on ne ressent pas une grande inquiétude . Alors , il faut être très vigilants . C' est ce que j' ai demandé au gouvernement depuis plusieurs mois , pour que les choses se passent bien .

Il y aura des difficultés , notamment pour les plus fragiles d' entre nous et il y aura un petit risque de hausse des prix qu' il faut absolument .

oui , anticiper et contrôler .

Oui . Alors , il faut être là très vigilant . Mais je suis sûr que le gouvernement le sera . Par quel phénomène cela peut - il intervenir ? Par la transformation des francs en euros . Je prends un exemple . Prenons un paquet de biscuits qui coûte 4-80 F - je dis n' importe quoi , peu importe . Cela représente , si je retiens ce chiffre , 0-731 euro , disons 73 centimes nouveaux . Alors , dans le cadre de cette opération , que va faire le producteur , la grande surface ou le commerçant ? Il va fixer un prix en euro .

Le prix , aujourd'hui , c' est 73-1 centimes . Alors , est - ce qu' il va arrondir à 70 centimes , à 73 , à 75 , à 80 ? C' est évidemment un élément capital . Je fais confiance pour ma part à la responsabilité des producteurs , des fabricants , des grandes surfaces , et surtout de l' ensemble des petits commerçants qui vont être les premiers traumatisés par cette réforme . Je leur fais confiance pour être raisonnables .

C' est , certainement , qu' il faut mettre de l' écologie dans les partis . Cela ne fait pas l' ombre d' un doute . Pendant longtemps , l' esprit des responsables a été , depuis cinquante ans , mobilisé par des grands sujets qui ne leur ont pas permis d' apprécier l' importance de ce problème .

Non , non , Monsieur POIVRE d' ARVOR , ne dites pas cela . C' est exactement le contraire . Je me suis battu pendant vingt ans dans l' Union européenne pour éviter les diminutions des prix agricoles . Pourquoi ? Parce que quand on diminue les prix , naturellement , pour conserver un pouvoir d' achat , le paysan n' a que deux solutions : recevoir des subventions qui ne sont jamais suffisantes , parce qu' on ne compense pas les diminutions de prix et augmenter la productivité . Ce n' est pas chez lui un réflexe naturel , mais cela a été imposé par vingt ans de politique agricole tendant à faire baisser les prix . Voilà le résultat .

Non , il y a eu d' autres préoccupations : la construction européenne , la reconstruction de la France au lendemain de la guerre , la décolonisation , la guerre froide , la crise , le chômage : aujourd'hui , on voit bien qu' au-delà de ces préoccupations , nous sommes à un moment où les coups qui sont portés à la nature ne permettent plus à celle - ci de se régénérer . Et donc , il y a vraiment aujourd'hui , dans des conditions que l' on ne connaît pas exactement , le feu dans la demeure , il y a le feu à la maison . Et , d'ailleurs on le ressent parce qu' il n' y a pas longtemps que l' opinion publique commence à s' émouvoir de ces problèmes . Alors que faut - il faire ? Il faut incontestablement intégrer la notion d' écologie humaniste , qui n' est pas un problème de droite , de gauche ou du centre dans notre pacte social , je dirais même dans notre pacte républicain . C' est la raison pour laquelle j' ai proposé qu' il y ait une charte de l' écologie qui soit adossée -j'ai utilisé ce mot vague à dessein pour laisser le soin aux experts de voir les modalités juridiques- à la Constitution . L' idée étant que ces principes devraient devenir des principes constitutionnels .

Alors , il y a , en réalité , 5 grands principes qu' il faut appliquer aujourd'hui . C' est , je crois , aujourd'hui , avec les droits de l' Homme , avec la paix dans le monde , le grand dossier auquel nous sommes confrontés , d' où mon inquiétude quand je vois la position du Président des Etats-Unis ou d' autres . Le premier principe , c' est le principe de responsabilité , c'est-à-dire " pollueur payeur " . Je ne veux pas sanctionner , je dis simplement que l' écologie a un prix et que ce prix doit être intégré comme celui des matières premières , de l' intelligence , et cetera , dans le prix des biens et des services .

Non , c' est la mienne . Et c' est la bonne .

Le deuxième principe , c' est évidemment le principe de précaution . Je ne m' étendrai pas . Il ne faut pas laisser faire n' importe quoi , on l' a bien vu .

Le troisième principe , c' est peut-être un peu plus complexe , c' est le principe d' intégration ou de transversalité , je veux dire par là que c' est très bien d' avoir un ministre de l' écologie , cela ne représente pas grand chose .

Certainement , je ne veux pas , je le répète , polémiquer , ni avec Mme VOYNET , ni avec ses prédécesseurs . Le premier ministère de l' écologie a été créé par monsieur POMPIDOU . Mais , il n' a pas de pouvoir . En réalité , c' est une culture qu' il faut imposer partout . Par quels moyens ? Toutes sortes , naturellement , notamment la fiscalité . Je ne dis pas qu' il faut augmenter la fiscalité . Je dis qu' il faut , par la fiscalité , inciter à des comportements écologiques . On incite aujourd'hui à la redistribution par la fiscalité , comme à certains autres comportements économiques par exemple . Il faut inciter à des comportements écologiques .

Le quatrième principe , c' est le principe de prévention . Nous vivons dans un monde , aux Etats-Unis plus que partout ailleurs , et chez nous aussi même si on a fait des progrès , qui est fondé sur le gaspillage . On gaspille les choses . On gaspille l' eau . On pollue l' air . On fait des déchets au-delà de ce qui serait nécessaire ou raisonnable . Et , tout ceci se traduit par une usure des matières premières , des ressources de notre planète . Or , il n' y a pas de planète à côté où l' on peut aller prendre d' autres ressources . Donc , il faut être un peu plus économe . Et cela , on peut aussi le faire .

Et le dernier principe , c' est naturellement , le principe de participation . C'est-à-dire , il faut associer tous les Français . Il faut aider leurs associations . Mais surtout , surtout , il faut faire en sorte qu' à l' école , dès le plus jeune âge , les enfants apprennent les comportements respectueux de l' écologie , respectueux de l' environnement comme ils devraient apprendre les comportements respectueux des autres . C' est la même chose en réalité .

L' écologie , ce n' est rien d' autre en réalité que l' expression de notre solidarité avec ceux qui nous suivent et nous n' avons pas le droit de la contester . Victor Hugo disait joliment " la nature nous parle , mais nous ne l' écoutons pas " . Je ne suis pas sûr d'ailleurs qu' il parlait d' écologie à ce sujet , mais enfin , peu importe . La réflexion reste d' actualité . Il faut poursuivre le progrès humain . On peut le poursuivre . Mais il faut le poursuivre conformément au respect de la nature , parce que c' est le seul moyen d' inscrire ce progrès dans la durée , sinon il s' arrêtera .

Merci de m' avoir donné cette occasion de parler aux Français . J' en suis très heureux .

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