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Cela consiste à amener les agriculteurs à organiser leurs marchés pour acheter et pour vendre en limitant les intermédiaires , à établir les installations qui permettent de conserver et de conditionner les produits de façon à pouvoir les offrir aux moments opportuns et sous une forme choisie , et puis aussi à amener les agriculteurs à prendre à leur compte , à attribuer à eux - mêmes ou à attribuer à un personnel qui soit le leur une large part des activités et des bénéfices des industries et des commerces qui exploitent les fruits de la terre .

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C. de Gaulle - 5 septembre 1961

On peut en effet se demander pourquoi les Soviets ont pris , tout à coup , le prétexte de Berlin pour exiger que le statut de la ville soit changé , de gré ou de force . On peut se demander aussi pourquoi cette situation de Berlin qui leur paraît tolérable depuis 16 ans et qu' ils ont eux - mêmes organisée , instituée avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne à la réunion de Potsdam , où la France , d'ailleurs , n' était pas , pourquoi cette situation leur paraît , tout à coup , intolérable . On peut se demander pourquoi ils assortissent tout à coup leurs exigences de menaces épouvantables ;

On peut se demander s' il y a quelqu'un qui croit vraiment que la République fédérale allemande , telle qu' elle est , soit un danger pour la Russie actuelle . Et on peut se demander enfin s' il y a vraiment un Soviétique qui le croit puisque le Kremlin déclare qu' il est en mesure d' écraser totalement , immédiatement , sous les bombes qui valent , paraît - il , 100000000 de tonnes d' explosif , quiconque lèverait la main sur le monde communiste . En vérité , il y a dans ce tumulte d' imprécations et de sommations organisé par les Soviets quelque chose de tellement arbitraire et de tellement artificiel qu' on est conduit à l' attribuer , ou bien au déchaînement prémédité d' ambitions frénétiques , ou bien à un dérivatif à de grandes difficultés . Cette deuxième hypothèse me paraît d'autant plus plausible qu' en dépit des contraintes , de l' isolement et des actes de force dans lesquels le régime communiste enferme les pays qui sont sous son joug et malgré certaines réussites collectives qu' il a réalisées en prélevant sur la substance de ses sujets , en fait , ses lacunes , ses défaillances , ses échecs internes , et par dessus tout son caractère d' écrasement inhumain , sont ressentis de plus en plus par des élites et des masses qu' il est de plus en plus malaisé de leurrer et de courber . Et puis aussi les satellites que le régime soviétique tient sous sa loi éprouvent de plus en plus dans leur sentiment national ce qu' il y a de cruel dans l' annexion qu' ils ont subie .

Alors , on comprend que , dans ces conditions , les Soviets considèrent que l' affaire de Berlin peut être une occasion appropriée pour se donner le change et pour le donner aux autres . Et , en effet , là où Berlin est situé , il leur est relativement facile de faire des manifestations sur place , et les mesures de contrainte qu' ils prennent entraînent pour eux des risques limités . Et puis , ils peuvent penser que les Etats-Unis , l' Angleterre et la France se laisseront glisser à quelque découragement , à quelque résignation , et qu' ainsi le recul de ces 3 puissances amènera un coup grave pour l' Alliance atlantique , que , par dessus tout , dans le monde entier , il apparaîtra que le régime totalitaire , le camp totalitaire , devant un occident incertain et divisé , est décidément le plus fort .

Or , justement , ce n' est pas vrai . Assurément , les Soviets disposent d' armes nucléaires terribles , mais les Occidentaux en ont aussi de formidables . Si le conflit mondial devait éclater , la mise en œuvre des forces de destruction entraînerait , en particulier , sans aucun doute , le bouleversement complet de la Russie et des pays qui sont en proie au communisme . A quoi bon régner sur des morts ! Et puis , du reste , le règne lui aussi prendrait fin parce que , dans ce désastre , l' armature serait brisée , l' armature d' un régime qui ne tient qu' en vertu d' un appareil d' autorité , d' un régime policier rigidement planifié et implacablement imposé . Cela , d'ailleurs , les dirigeants le savent malgré toutes leurs vantardises .

Alors les puissances occidentales n' ont aucune raison de ne pas considérer d' un œil clair et d' un cœur ferme les manifestations soviétiques . Il est vrai , je le répète , que , localement , à Berlin , l' action de force qui serait engagée pourrait procurer aux Soviets quelque avantage parce qu' il serait évidemment difficile aux puissances occidentales d' agir de si loin sur le sol et dans le ciel de l' ancienne capitale allemande . Mais les Occidentaux pourraient fort bien riposter sur les mers et dans les ciels du monde que parcourent des navires ou des avions soviétiques , qui , eux aussi , seraient loin de leurs bases . Il y aurait alors un échange de mauvais procédés qui ne se terminerait sans doute pas au bénéfice des Soviets . Bref , si ceux - ci veulent , par la force , réduire les positions et couper les communications des Alliés à Berlin , les Alliés doivent , par la force , maintenir leurs positions et maintenir leurs communications .

Assurément , de fil en aiguille , comme on dit , et si tout cela tend à multiplier les actes d' hostilité des Soviets , auxquels il faudrait répondre , on pourrait en venir à la guerre générale . Mais , alors , c' est que les Soviets l' auraient délibérément voulue et , dans ce cas , tout recul préalable de l' Occident n' aurait servi qu' à l' affaiblir et à le diviser et sans empêcher l' échéance . A un certain point de menace d' un impérialisme ambitieux , tout recul a pour effet de surexciter l' agresseur , de le pousser à redoubler sa pression , et finalement facilite et hâte son assaut . Au total , actuellement , les Puissances occidentales n' ont pas de meilleur moyen de servir la paix du monde que de rester droites et fermes .

Est - ce que cela veut dire que , pour toujours , les deux camps devront s' opposer ? Ce n' est pas du tout ce que pense la France , parce que ce serait vraiment très bête et que ce serait vraiment très cher . Si le conflit mondial doit éclater , alors , le progrès mécanique moderne aura abouti à la mort ! Sinon , c' est la paix qu' il faut tenter de faire . Que les Soviets cessent de menacer . Qu' ils aident à établir la détente au lieu de l' empêcher . qu' ils favorisent une atmosphère internationale pacifique tandis qu' ils la rendent étouffante . Alors , il sera possible aux 3 Puissances de l' Occident d' étudier avec eux tous les problèmes du monde et , notamment , celui de l' Allemagne .

Dans ce cas , on pourrait compter que la France ménagerait des solutions . C' est qu' en effet la France , qui , pour sa part , n' est pas disposée à céder aux menaces de l' Empire totalitaire , la France garde cependant , sincère et profonde , son amitié pour les pays qui vivent dans cet Empire . Et puis la France croit que la civilisation moderne n' a d' avenir que par l' entente , puis la coopération , enfin l' osmose des pays qui l' ont faite et qui continuent de la faire , qui l' ont répandue sur la terre et qui continuent de l' y répandre , et avant tout de tous les peuples européens . Voilà ce que je puis vous répondre .

Je vous répondrai seulement ceci : la France sait qu' une conférence est engagée depuis longtemps à Genève entre les 3 Etats qui ont des armements atomiques énormes . Cette conférence nous est toujours apparue comme devant faire partie d' un ensemble qui s' appelle le désarmement , et plus particulièrement le désarmement atomique . Pour tout ce qui , effectivement , tendrait au désarmement atomique , la France coopérerait sans aucun doute . Voilà ce que je peux vous dire pour le moment .

A tout cela , je m' en vais répondre . Je vais plutôt répéter , une fois de plus , que notre conception pour l' Algérie est complètement différente de celle que nous avions pratiquée depuis la conquête , et cela parce que toutes les conditions , françaises , algériennes et mondiales de cette affaire ont elles - mêmes complètement changé . Notre objectif n' est pas du tout de garder la responsabilité politique , administrative et économique de l' Algérie . Cette politique - là , si elle a pu en d' autres temps être valable , serait aujourd'hui vaine et anachronique , et nous ne croyons pas du tout que l' intérêt , l' honneur , l' avenir de la France soient liés au maintien , à l' époque où nous sommes , de sa domination sur des populations dont la grande majorité ne fait pas partie de son peuple , et que tout porte et portera de plus en plus à s' affranchir et à s' appartenir . Cela , il faut le comprendre et il faut l' avoir dans l' esprit quand on épilogue sur la pensée du chef de l' Etat en la matière .

Encore une fois nous sommes un pays en pleine révolution , qui sait que la source de la prospérité et de la puissance c' est son propre développement , qui a besoin de ses moyens chez lui pour y parvenir , et qui n' entend pas les engouffrer indéfiniment dans des tâches sans issue . Bref , le métier d' être les possesseurs et les nourrisseurs de cette région , nous n' y tenons pas du tout . Bien entendu nous n' excluons pas que ce dégagement aboutisse à une coopération , comme cela a eu lieu ailleurs , mais cette coopération , pour désirable qu' elle nous paraisse , et surtout dans l' ordre du sentiment , cette coopération ne nous est nullement nécessaire , nous n' y tenons que dans la mesure où elle comporterait échange et compréhension .

Cela étant , le problème algérien se ramène pour nous à 3 termes essentiels : institution d' un Etat algérien , rapports de la France avec cet Etat , et , comme vous l' avez proposé , avenir du Sahara .

L' institution d' un Etat algérien . Un tel Etat , d' où peut - il sortir ? Normalement , il ne peut sortir que de l' autodétermination , c'est-à-dire du suffrage des habitants , parce qu' il n' existe pas de légitimité , de souveraineté algérienne , antérieure à la conquête , à qui l' on puisse s' en remettre comme on l' a fait en Tunisie ou au Maroc . Cette autodétermination veut dire un référendum qui instituera l' Etat algérien , et ensuite des élections d' où sortira le gouvernement définitif . Mais nous ne voulons pas que la libre disposition , au cas où elle aurait lieu , procède directement de l' autorité française , car alors nous nous serions encore accrochés vainement , alors que ce dont il s' agit c' est du dégagement .

Dans ces conditions , seul un pouvoir provisoire algérien peut mener le pays à l' autodétermination et aux élections ; encore faut - il , bien sûr , que ce pouvoir ait assez de consistance , assez d' audience , et aussi qu' il se soit mis en accord avec nous sur les conditions de l' opération . On avait pu imaginer - peut-être peut - on encore imaginer - que le FLN , pourvu que tous les combats et les attentats aient cessé , ferait partie d' un tel organisme . D'ailleurs , c' était là un des objets principaux des conversations que nous avons tenté d' engager avec ses représentants . Faute que cela puisse se faire , la seule source concevable d' où puisse sortir un exécutif algérien , c' est l' ensemble des élus , et cet exécutif , sa tâche immédiate serait de conduire le pays encore une fois au référendum et aux élections , avec sans doute la mise à sa disposition d' une force d' ordre proprement locale .

Si , à la longue et en définitive , malgré ce que propose la France et ce qu' elle compte encore proposer , on ne pouvait pas aboutir à ce que des Algériens veuillent et puissent conduire l' Algérie à sa propre décision , alors il faudrait bien que nous en tirions les conséquences . En effet , pour la France , la situation actuelle en Algérie ne peut pas durer toujours . D' autre part , le succès de nos armes sur le terrain nous assure l' entière liberté de nos décisions et de nos mouvements , liberté dont nous ne sommes pas certains que la situation internationale nous la laissera garder entière indéfiniment ...

C' est pourquoi , dans l' hypothèse que je dis , nous serions amenés à regrouper dans une région déterminée les Algériens de souche européenne et ceux des musulmans qui voudraient rester avec la France . Après , on y verrait sans doute plus clair . D'autant plus que parmi ces éléments ceux qui en exprimeraient le désir seraient transférés en métropole , où leur implantation et leur situation future doivent être réglées incessamment . Quant aux territoires que nous laisserions à eux - mêmes , il va de soi que les crédits de fonctionnement et d' investissement qui leur sont à présent consacrés seraient bloqués . D' autres que nous auraient à répondre de la vie des populations .

Il y a l' affaire du Sahara . Pour ce qui est du Sahara , notre ligne de conduite est celle qui sauvegarde nos intérêts et qui tient compte des réalités .

Nos intérêts consistent en ceci : libre exploitation du pétrole et du gaz que nous avons découverts ou que nous découvririons , disposition de terrains d' aviation et droits de circulation pour nos communications avec l' Afrique noire .

Les réalités , c' est qu' il n' y a pas un seul Algérien , je le sais , qui ne pense que le Sahara doive faire partie de l' Algérie , et qu' il n' y aurait pas un seul gouvernement algérien , quelle que soit son orientation par rapport à la France , qui ne doive revendiquer sans relâche la souveraineté algérienne sur le Sahara . Enfin le fait que si un Etat algérien est institué , et s' il est associé à la France , la Grande majorité des populations sahariennes tendront à s' y rattacher , même si elles ne l' ont pas explicitement réclamé d' avance .

C' est dire que dans le débat franco-algérien , qu' il se ranime avec le FLN ou qu' il s' engage avec un autre organisme représentatif celui - là des élus , la question de la souveraineté du Sahara n' a pas à être considérée , tout au moins elle ne doit pas l' être par la France . Cela peut servir de slogan , de panneau , pour une propagande . En ce qui concerne la France , c' est un coup d' épée dans l' eau .

Mais , ce qui nous intéresse , c' est qu' il sorte de cet accord , s' il doit se produire , une association qui sauvegarde nos intérêts . Si la sauvegarde ni l' association ne sont possibles , du côté algérien , il nous faudra , de toutes ces pierres et de tous ces sables , faire quelque chose de particulier aussi longtemps et pour autant que , pour nous , l' inconvénient ne sera pas supérieur à l' avantage .

De toute façon , bien entendu , il faudra que les populations sahariennes soient consultées sur leur sort et dans des conditions conformes à leur dispersion et à leur diversité . Ces populations sahariennes , étant donné que le Sahara , figurez - vous , est un désert , elles sont en nombre infime et rarissime .

Bizerte n' a jamais été couverte par l' OTAN et je ne crois pas que Bizerte le sera jamais . Ce n' est pas dans la nature de l' organisation dont vous parlez . Le fait est que quand on veut se faire un jugement qui ne soit pas de parti pris sur cette affaire de Bizerte , moi je recommande de regarder la carte . Alors on voit Bizerte occupant une situation exceptionnelle , là où la Méditerranée se resserre entre ses deux bassins , l' oriental et l' occidental . Les pays qui bordent le second , c'est-à-dire l' occidental , pour eux , il y a la perspective d' une agression qui viendrait de l' autre , c'est-à-dire de l' oriental , et ils ne peuvent pas ne pas l' envisager , d'autant plus que la situation du monde est dominée , tous les jours , à tous les instants , par la perspective d' une guerre que l' Est déclencherait contre l' Ouest .

Et puis , sur la carte , il faut regarder où se trouve la France , la France qui , en cas d' intervention adverse dans ses parages , serait intéressée d' une manière vitale à ce qui arriverait militairement et politiquement aux riverains qui sont proches de son territoire , la France qui serait de toute manière impliquée d' une manière directe dans la défense des deux bords de la Méditerranée .

Alors quand on a considéré ces réalités - là , on comprend que la France ne veuille pas et ne puisse pas , dans la situation du monde telle qu' elle est , s' exposer elle - même , exposer l' Europe , exposer le monde libre , à l' éventualité d' une saisie de Bizerte par des forces hostiles .

Voilà pourquoi la France a établi une base à Bizerte . Cette base , elle y a maintenu jusqu' aux derniers événements la garnison minimum indispensable pour éviter que Bizerte ne puisse être prise par un coup de main . Cette base n' a rien qui menace ni qui fasse pression sur la Tunisie . Elle est entièrement tournée vers la mer et pas du tout vers l' intérieur . Au milieu des installations il y a deux villes : Bizerte et Menzel-Bourguiba , qui étaient administrées normalement par les Tunisiens et occupées par leurs troupes . L' arsenal est en pleine ville tunisienne : il y a des milliers de Tunisiens qui , avant les événements , travaillaient dans l' arsenal ou sur les terrains militaires , et le goulet qui fait communiquer la base avec la mer était tenu par les Tunisiens .

Quand nous avons , en 1954 , quand la France a de sa propre initiative conclu avec le gouvernement beylical le traité qui remplaçait le protectorat , quand elle a reconnu , en 1956 , l' indépendance de la Tunisie , et quand j' ai moi - même , en 1958 , prescrit le retrait de toutes les forces françaises qui se trouvaient encore dans ce pays , nous n' avons jamais , un seul moment , laissé de doute dans l' esprit des Tunisiens que , tout en prenant à leur égard cette voie qui était bien celle de l' amitié , nous comptions continuer à utiliser la base de Bizerte tant que le danger mondial sera ce qu' il est .

Naturellement cela ne nous empêchait pas de proposer aux Tunisiens , comme nous le faisons constamment , de régler avec nous toutes les conditions d' utilisation de cette base , et nous leur remettions au fur et à mesure toutes espèces d' installations et de casernes qui n' étaient pas indispensables à l' emploi éventuel des organisations . Et par dessus tout nous entretenions avec la Tunisie tout un ensemble de rapports politiques , économiques , culturels , humains , dont le moins qu' on puisse dire c' est qu' ils n' étaient pas à son détriment .

Du côté de Tunis , nous pouvions penser que , tout en proclamant la souveraineté de la Tunisie sur Bizerte , souveraineté qui n' a jamais été contestée en principe du côté français , et qui ne l' est pas , et tout en déclarant qu' il faudrait qu' un jour soit négocié le retrait des troupes françaises , on comprenait que la situation générale ne comportait pas actuellement cette issue . Et l' échange de lettres qui a eu lieu le 17 juin 1958 entre mon gouvernement et celui de Tunis , et qui a réglé ce retrait des forces françaises dont je parlais tout à l' heure , cet échange de lettres exceptait Bizerte de ce retrait et réservait explicitement ce cas .

On pouvait donc croire encore une fois du côté français que c' était une sorte d' engagement à l' expectative et à la temporisation .

Quand le Président de la République tunisienne a été reçu par moi - même à Rambouillet , le 27 février dernier , et que la question de Bizerte est venue dans nos entretiens , je lui ai dit de la façon la plus nette que , la situation étant ce qu' elle était , la France ne pouvait et ne voulait pas quitter Bizerte , et je dois dire qu' il m' a paru s' en accommoder , et du reste , après nos conversations , il s' est répandu en déclarations amicales à notre égard , et même il a dit à plusieurs reprises que pour le Maghreb la question essentielle c' était le règlement de l' affaire algérienne , et tant que cela n' aurait pas abouti il ne poserait pas , lui , la question de Bizerte , pour ne pas ajouter à la complication des choses .

Alors , pour des raisons qui tiennent probablement à ce qui se passa dans l' univers arabe , la République tunisienne a tout à coup changé de ton et de chanson ... C' a été les menaces , et puis les sommations , et puis l' agression .

Il faut dire que , dans les entretiens de Rambouillet , le Président de la République tunisienne avait réclamé au Sahara une rectification de frontières en faveur de la Tunisie et aux dépens de l' Algérie . Cette rectification de frontières devant ménager en quelque sorte un accès futur à la Tunisie vers le Sahara , et du reste Monsieur Bourguiba ne cachait pas que ce n' était là qu' une étape et qu' il visait , au plus profond du désert , la région d' Edjelé , où se trouvent , comme on sait , d' importants gisements de pétrole .

Je remarque en passant que la région d' Edjelé n' a jamais été habitée par qui que ce soit avant que les Français y aient placé leur implantation et leurs recherches .

Mais il y avait là un signe de plus de cet intérêt passionné et soudain qui est porté maintenant par d' autres que les nomades , très clairsemés , les explorateurs épisodiques de grottes , ou des touristes passagers au désert saharien . Mais j' ajoute que tout semblait se passer comme si la décision amicale que mon gouvernement avait prise , en 1958 à l' égard de la Tunisie de faire aboutir l' oléoduc d' Edjelé en Tunisie au lieu de le diriger sur l' Algérie , comme celui d' Hassi-Messaoud - ce qui procurait à l' Etat tunisien , en définitive aux frais de la France , des redevances qui n' étaient pas négligeables - eh bien ! cela servait comme un titre à l' Etat tunisien pour réclamer la source du Pactole .

Nous avons fait connaître à l' époque à Monsieur Bourguiba que , du moment que nous étions en train d' aider à naître un Etat algérien , qui ne pourrait pas ne pas être intéressé , au premier chef , par le Sahara , et pendant que nous étions en train aussi de consacrer dans le désert beaucoup de nos initiatives et beaucoup de nos investissements , eh bien ! nous n' allions pas inconsidérément découper les pierres et les sables , leur souveraineté et la distribuer en tranches .

La question du Sahara ne pouvait pas être étudiée normalement et réglée à ce moment - là avec la Tunisie . Alors , je le répète , c' est alors qu' il y a eu cette agression tunisienne , d' une part sur notre territoire au Sahara , et d' autre part sur nos installations à Bizerte . Et en même temps , il y avait une sorte de séquestration , de spoliation , et d' humiliation à l' égard d' un certain nombre de nos compatriotes qui vivent en Tunisie .

Dans ces conditions , nous n' avions rien d' autre à faire , et nous n' avons rien fait d' autre , que de maintenir l' intégrité de notre territoire du Sahara et de rétablir les conditions d' utilisation de la base de Bizerte . Et , bien sûr , nous le ferons encore le cas échéant . Mais nous ne cessons pas depuis longtemps , et encore récemment , d' inviter le gouvernement tunisien à conclure avec nous d'abord un modus vivendi pour Bizerte , et ensuite d' entamer des négociations sur les conditions d' utilisation de la base dans la période dangereuse que court le monde actuellement .

Alors , on me l' a dit , vous en avez parlé tout à l' heure , qu' il y avait eu une discussion et le vote d' une motion par l' Organisation des Nations dites unies . Je ne crois pas nécessaire d' indiquer qu' étant donnée la façon dont cette Organisation est maintenant composée , et aussi les courants haineux , frénétiques , chimériques qui l' agitent , et aussi le fait qu' elle est en contradiction , en violation permanente de sa propre charte , nous n' allons pas lui reconnaître aucune espèce de droit , d' arbitrage ni de juridiction .

Quand tous les mots qu' on a prodigués sur le sujet se seront évanouis , après tant et tant d' autres , il restera les réalités . Puisse Tunis en tenir compte pour régler avec Paris un arrangement qui soit conforme au bon sens . C' est là le souhait de la France .

Ce qui se passe , vous avez raison de l' évoquer , c' est que l' agriculture française se trouve à son tour saisie par les facteurs de transformation qui dominent notre époque .

En ce qui la concerne , il s' agit de la nécessité d' adapter ses structures et ses organisations aux conditions de la qualité , du rendement et de la concurrence . Et puis , il y a , là comme partout , une poussée générale vers un meilleur niveau de vie , vers une sécurité sociale mieux assurée , vers une instruction plus complète . Bref , l' agriculture est saisie par l' évolution , comme l' industrie l' a été déjà et comme il faudra bien que le commerce le soit aussi . Cette évolution indispensable de l' agriculture , c' est son intérêt et c' est surtout l' intérêt du pays , qui veut que cette branche si importante ne soit pas , comme on dit , à la traîne , mais devienne un élément équilibré et moderne de son activité économique . Ce sujet - là est l' un de ceux qui occupent principalement l' Etat , son chef et son gouvernement , qui veulent que l' intérêt national profite du mouvement qui se fait jour parmi nos ruraux pour le progrès et pour la rénovation .

La politique valable pour la collectivité française dans cette affaire , c' est celle qui pousse et qui aide l' agriculture à se transformer . C' est le grand effort d' orientation et d' équipement qui a été commencé l' année dernière par les Pouvoirs publics sur une échelle qui n' avait jamais été vue .

Cela consiste pour l' Etat à déterminer les exploitations à adopter des structures , des dimensions , des productions , qui puissent les rendre toutes rentables . Cela consiste à amener les agriculteurs à organiser leurs marchés pour acheter et pour vendre en limitant les intermédiaires , à établir les installations qui permettent de conserver et de conditionner les produits de façon à pouvoir les offrir aux moments opportuns et sous une forme choisie , et puis aussi à amener les agriculteurs à prendre à leur compte , à attribuer à eux - mêmes ou à attribuer à un personnel qui soit le leur une large part des activités et des bénéfices des industries et des commerces qui exploitent les fruits de la terre .

L' effort de l' Etat consiste aussi à faciliter l' implantation d' activités diverses dans les régions agricoles , de telle manière que ceux , en particulier les jeunes , qui sont en trop dans la profession , en raison de la mécanisation , puissent s' employer sans quitter nécessairement le pays ; également assurer sur place l' instruction de la jeunesse , une instruction qui vaille celle qu' on donne ailleurs , de telle sorte qu' un jeune homme , une jeune fille qui ne peut pas rester " à la terre " , comme on dit , trouve des chances égales à celles des autres : améliorer aussi , certainement , la situation des agriculteurs en ce qui concerne la Sécurité sociale , les allocations familiales , la retraite des vieux ; poursuivre le développement de l' équipement des campagnes , pour l' eau , les logements , les écoles , les hôpitaux , les chemins , et cetera , voilà qui est valable et constructif .

Encore une fois , c' est cette politique - là qui est en œuvre depuis l' année dernière et que les Pouvoirs publics doivent poursuivre , bien sûr , dans la mesure où cela leur est possible , compte tenu de ce qui existe dans d' autres domaines et de l' équilibre général .

Qu' est - ce que l' agriculture a à faire dans cette dure période de sa propre gestation ? Evidemment , pas se livrer à des démagogies partisanes qui ne la conduiraient et qui ne conduiraient le pays qu' à des malheurs . Il s' agit qu' elle s' organise elle - même pour sa propre évolution . Je constate souvent et je sais qu' à cet égard , il y a beaucoup de choses qu' elle fait déjà et qu' elle projette de faire . C' est une très grande tâche nationale et j' ai confiance dans les Pouvoirs publics et dans les agriculteurs français pour que cette tâche - là soit menée à bien .

De tout temps les participants au Marché commun , qui sont 6 , ont souhaité que d' autres et en particulier la Grande-Bretagne , se joignent au Traité de Rome , qu' ils en assument les obligations et que , je pense , ils en reçoivent les avantages .

Nous savons très bien quelle est la complexité du problème , mais il semble que tout porte maintenant à l' aborder et , pour ma part , je n' ai qu' à m' en féliciter , non seulement au point de vue de mon pays , mais je crois aussi au point de vue de l' Europe et , du même coup , au point de vue du monde .

La France est en train d' accomplir le plus grand effort de renouvellement qu' elle se soit jamais imposé . Elle poursuit son essor technique , économique , social . Elle multiplie sa jeunesse et en développe l' instruction . Elle achève outre-mer son œuvre de décolonisation . Elle reprend son poids international . Elle modernise ses moyens de défense .

Le tout ne va pas évidemment sans difficultés ni secousses , car l' affaire est par elle - même très dure . D'ailleurs , nous revenons de loin . Enfin , tout ce qu' il y a de partis pris , d' intérêts particuliers , de passions , de routines , est inévitablement touché . Comme l' Etat a subi de graves crises et un long abaissement il advient que , dans les corps qui sont à son service , apparaissent encore des négligences et des défaillances . Même on y vit des dissidences . Comme la liberté est maintenue dans tous les domaines : politique , presse , syndicats , et cetera , il se trouve que les doléances , les critiques , les revendications , se donnent aisément carrière . Comme les clans des rancunes anciennes et nouvelles , ceux aussi du pessimisme foncier , ceux enfin de l' obéissance à l' étranger totalitaire , s' agitent simultanément à propos de tous les sujets , on sent quelquefois dans l' air des espèces d' entreprises de découragement public . Mais tout cela n' est que de l' écume flottant sur les profondeurs . En fait , ceux qui , chez nous et à l' étranger , ont l' œil clair et l' oreille attentive se rendent à l' évidence de notre progrès national .

Cependant , voici qu' à l' extérieur se dressent , plus virulentes que jamais , les prétentions soviétiques . Or , si la France se montre solide et stable au dedans , on peut constater aussi à quel point elle est ferme et sereine devant le trouble du dehors .

Sans doute entre - t - il dans son attitude l' idée que le prétexte pris par les Soviets pour leur manifestation , à savoir l' affaire de Berlin , étant proprement dérisoire par rapport aux immenses malheurs qu' ils risquent de déclencher , ils n' iront pas aux extrémités où eux - mêmes seraient détruits tandis qu' ils ravageraient les autres . En même temps , notre peuple juge , par instinct et par expérience , que la meilleure façon d' aider la paix du monde , c' est de ne point reculer devant ceux qui la menacent . Il sait que le premier devoir qu' ont à remplir des hommes libres , c' est de ne point laisser asservir ceux qui veulent le demeurer . Mais , aussi , il croit que le plus grand service qu' un pays sûr de lui - même , comme l' est justement le nôtre , puisse rendre à la civilisation , c' est de se tenir prêt à établir tous contacts , rapprochements , efforts en commun , qui s' imposeront aux grands Etats des deux côtés , dès lors qu' auront cessé les outrances et les menaces et qu' une atmosphère pacifique leur permettra de collaborer .

Telle est la France d' aujourd'hui . Assurément , on peut déplorer que les moyens relatifs dont elle dispose se trouvent limités par rapport à ceux qui furent les siens à d' autres époques de l' histoire . Combien souvent , je puis le dire , en aurai - je moi - même éprouvé le chagrin et l' inconvénient ! Mais ces moyens , pourvu que les Français persévèrent , ils sont en train de les recouvrer . En tout cas , et dès à présent , au milieu des peuples qui , tous , oui tous , portent leur fardeau , comme nous - mêmes portons le nôtre , je crois que la Nation française est vraiment digne de la France .

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