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La Chine , un grand peuple , le plus nombreux de la terre ; une race , où la capacité patiente , laborieuse , industrieuse des individus a , depuis les millénaires , péniblement compensé son défaut collectif de méthode et de cohésion et construit une très particulière et très profonde civilisation ; un très vaste pays , géographiquement compact quoique sans unité , étendu depuis l' Asie mineure et les marches de l' Europe jusqu' à la rive immense du Pacifique , et depuis les glaces sibériennes jusqu' aux régions tropicales des Indes et du Tonkin ; un Etat plus ancien que l' Histoire , constamment résolu à l' indépendance , s' efforçant sans relâche à la centralisation , replié d' instinct sur lui - même et dédaigneux des étrangers , mais conscient et orgueilleux d' une immuable pérennité , telle est la Chine de toujours .

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C. de Gaulle - 31 janvier 1964

Mesdames , Messieurs , je me félicite de vous voir .

La nation française est en paix . Elle l' est à l' intérieur d' elle - même , où les luttes politiques n' ont pas de profonde réalité , où la subversion s' est dissipée , où les divisions sociales s' estompent grâce à la prospérité générale et à une équité croissante et nécessaire quant à la répartition des fruits du progrès national . La nation est en paix dans le monde , où , au moment présent , elle n' est engagée dans aucun conflit d' aucune sorte , tout en se mettant en mesure de disposer , le cas échéant , de moyens de défense modernes et puissants .

Cette situation , si nouvelle pour elle , lui permet de considérer et de traiter sereinement les grands sujets qui la concernent . C' est de certains de ceux - là que je voudrais vous entretenir . Je crois qu' entre eux ils font un tout et qu' ils rejoignent tous les autres .

Alors , à vous la parole s' il vous plaît , Mesdames et Messieurs , et je vous demande d' annoncer les questions qu' il vous paraît particulièrement intéressant de me poser . Ensuite , nous les grouperons , comme nous le faisons d' habitude , et je tâcherai d' y répondre , cette fois - ci encore .

Eh bien ! je vous remercie , Messieurs . Vous voyez combien le monde est compliqué ! Nous allons tâcher , non pas de le simplifier lui - même , mais de concentrer les sujets . D'après ce qu' il me semble , les principaux concernent d'abord nos institutions ; concernent également l' Europe , en particulier ce qui a trait au Marché Commun et ce qui peut s' ensuivre ; concernent également la coopération de la France avec un certain nombre de pays du monde , et concernent enfin , naturellement , l' ouverture de relations régulières normales entre la France et la Chine . C' est de ces sujets - là que je m' en vais traiter devant vous , si vous le voulez bien , en commençant par le premier que j' ai évoqué et qui concerne les institutions sur lesquelles vous m' avez posé une question , dont je vous demande de bien vouloir me la formuler de nouveau .

Je vous répondrai qu' une Constitution , c' est un esprit , des institutions , une pratique .

Pour ce qui est de la nôtre , son esprit procède de la nécessité d' assurer aux Pouvoirs publics l' efficacité , la stabilité et la responsabilité dont ils manquaient organiquement sous la troisième et la quatrième République .

Sans doute , le déclenchement de la réforme , en 1958 , a - t - il été déterminé par la secousse survenue à Alger , étalant l' impuissance du régime d' alors à surmonter un drame où était en train de sombrer notre unité nationale . D'ailleurs , en 1940 , dans des circonstances beaucoup plus tragiques encore , on avait déjà vu abdiquer un régime semblable . Mais , même en dehors de ces brutales démonstrations , nul ne doutait , et depuis longtemps , qu' un système qui mettait le pouvoir à la discrétion des partis , végétait dans les compromis , s' absorbait dans ses propres crises , était inapte à mener les affaires de notre pays . C' est pourquoi l' esprit de la constitution nouvelle consiste , tout en gardant un Parlement législatif , à faire en sorte que le pouvoir ne soit plus la chose des partisans , mais qu' il procède directement du peuple , ce qui implique que le chef de l' Etat , élu par la nation , en soit la source et le détenteur . C' est ce qui fut réalisé au vu et au su de tout le monde quand je repris la direction des affaires , puis quand j' assumai les fonctions de Président . C' est ce qui a été simplement précisé par le dernier référendum . Il ne semble pas que , depuis qu' elle s' applique , cette conception ait été méconnue par les responsables , ni rejetée par le peuple , ni infirmée par les événements .

Quant à la répartition des pouvoirs , elle a été observée suivant ce que prévoit notre Constitution . Les rôles attribués respectivement : au Président , garant du destin de la France et de celui de la République , chargé par conséquent de graves devoirs et disposant de droits étendus ; au gouvernement , nommé par le chef de l' Etat , siégeant autour de lui pour la détermination et la mise en œuvre de la politique et dirigeant l' administration ; au Parlement , exerçant le pouvoir législatif et contrôlant l' action du ministère , ont été remplis ainsi que l' exigeaient la volonté du pays , les conditions où nous nous trouvons , l' obligation de mener les affaires d' une manière active , ferme et continue .

Il est vrai que , concurremment avec l' esprit et avec le texte , il y a eu la pratique . Celle - ci a naturellement tenu pour une part aux hommes . Pour ce qui est du chef de l' Etat , il est bien évident que son équation personnelle a compté et je doute que , dès l' origine , on ne s' y attendît pas . Quant aux ministres , et d'abord , aux Premiers : successivement Monsieur Michel Debré et Monsieur Georges Pompidou , ils ont agi avec une évidente efficacité , mais chacun à sa façon et qui n' était pas la même . Le Parlement a imprimé à sa tâche et à son attitude un caractère différent , suivant que , dans l' actuel régime , il ait vécu sa première ou sa deuxième législature . Il faut dire aussi que nos institutions ont eu à jouer , depuis plus de 5 ans , dans des conditions très variables , y compris à certains moments sous le coup de graves tentatives de subversion . Mais , justement , l' épreuve des hommes et des circonstances a montré que l' instrument répond à son objet , non point seulement pour ce qui concerne la marche ordinaire des affaires , mais encore en ce qui a trait aux situations difficiles , auxquelles la Constitution actuelle offre , on l' a vu , les moyens de faire face : référendum , article 16 , dissolution de l' Assemblée Nationale .

Sans doute , cette réussite tient - elle essentiellement à ceci que nos institutions nouvelles répondent aux exigences de l' époque autant qu' à la nature du peuple français et à ce qu' il souhaite réellement . Cependant , certains , trouvant peut-être la mariée trop belle , suggèrent des changements qui , en fait , bouleverseraient le système de fond en comble .

C' est ainsi que quelques-uns préconisent un " gouvernement de législature " . L' Assemblée nationale , quand elle aurait , une fois , donné sa confiance au ministère , ne pourrait plus le renverser sans qu' il soit procédé à la dissolution automatique . De cette façon , le chef de l' Etat - et c' est là , sans doute , le but essentiel du projet - n' aurait pas à intervenir . Mais , par là même , les partis auraient beau jeu de faire en sorte que la désignation du Premier Ministre et , au moment choisi par eux , son remplacement en souplesse , la composition du cabinet , puis ses divisions provoquées du dehors ainsi que ses remaniements , la politique adoptée en apparence , ensuite ses fluctuations , soient de nouveau les objets de leurs jeux et de leurs combinaisons , tandis que leur savoir-faire éviterait à volonté qu' une crise en bonne et due forme n' imposât la dissolution . Ainsi en reviendrait - on au régime d' Assemblée .

D' autres , faisant contre mauvaise fortune bon cœur , font profession d' accepter l' existence d' un chef de l' Etat qui en soit un , mais à la condition que le Parlement soit , de son côté , érigé en citadelle inexpugnable , où les partis retrouveraient leur empire et leur sûreté . Ceux - là témoignent d' une préférence , assez nouvelle de leur part , en faveur d' un régime qualifié de " présidentiel " et qui serait analogue à celui des Etats-Unis . Que le Président , disent - ils , soit élu par le peuple en même temps que l' Assemblée Nationale et assume en personne le pouvoir exécutif , mais que , d' autre part , le Parlement exerce intégralement le pouvoir législatif . Surtout , que chacun des deux , strictement enfermé dans son domaine , n' ait aucune prise sur l' autre : le Président ne pouvant dissoudre , ni le Parlement renverser . Ainsi , allèguent ces néophytes , le gouvernement serait concentré entre les mains d' un seul , ce qui obvierait aux inconvénients d' une autorité divisée entre un Président et un Premier Ministre , tandis que le Parlement , se trouvant intangible , voterait , ou non , les lois et le budget comme il le jugerait bon .

On ne saurait méconnaître qu' une Constitution de cette sorte a pu , jusqu' à présent , fonctionner cahin-caha aux Etats-Unis , c'est-à-dire dans un pays qui , en raison de sa composition ethnique , de ses richesses économiques , de sa situation géographique , n' a connu aucune invasion , ni même , depuis un siècle , aucune révolution ; dans un pays qui comprend deux partis politiques seulement , lesquels ne sont opposés par rien d' essentiel dans aucun domaine : national , social , moral ou international ; dans un pays fédéral , enfin , où le gouvernement n' assume que les tâches générales : défense , diplomatie , finances , tandis qu' il appartient aux 50 Etats de l' Union de pourvoir à tout le reste . Mais comment ce régime conviendrait - il à la nation française , très fortement centralisée par le long effort des siècles , victime de toutes les secousses intérieures et extérieures depuis sept générations , toujours exposée à en subir d' autres , et où les multiples partis politiques , à l' exception de celui qui pousse au bouleversement , sont divisés et inconsistants ?

Tout d'abord , parce que la France est ce qu' elle est , il ne faut pas que le Président soit élu simultanément avec les députés , ce qui mêlerait sa désignation à la lutte directe des partis , altérerait le caractère et abrégerait la durée de sa fonction de chef de l' Etat . D' autre part , il est normal chez nous que le Président de la République et le Premier Ministre ne soient pas un seul et même homme . Certes , on ne saurait accepter qu' une dyarchie existât au sommet . Mais , justement , il n' en est rien . En effet , le Président , qui , suivant notre Constitution , est l' homme de la nation , mis en place par elle - même pour répondre de son destin ; le Président , qui choisit le Premier Ministre , qui le nomme ainsi que les autres membres du gouvernement , qui a la faculté de le changer , soit parce que se trouve accomplie la tâche qu' il lui destinait et qu' il veuille s' en faire une réserve en vue d' une phase ultérieure , soit parce qu' il ne l' approuverait plus ; le Président , qui arrête les décisions prises dans les conseils , promulgue les lois , négocie et signe les traités , décrète , ou non , les mesures qui lui sont proposées , est le chef des armées , nomme aux emplois publics ; le Président qui , en cas de péril , doit prendre sur lui de faire tout ce qu' il faut ; le Président est évidemment seul à détenir et à déléguer l' autorité de l' Etat . Mais , précisément , la nature , l' étendue , la durée de sa tâche , impliquent qu' il ne soit pas absorbé , sans relâche et sans limite , par la conjoncture politique , parlementaire , économique et administrative . Au contraire , c' est là le lot , aussi complexe et méritoire qu' essentiel , du Premier Ministre français .

Certes , il ne saurait y avoir de séparation étanche entre les deux plans , dans lesquels , d' une part le Président , d' autre part celui qui le seconde , exercent quotidiennement leurs attributions . D'ailleurs , les conseils et les entretiens sont là pour permettre au chef de l' Etat de définir à mesure l' orientation de la politique nationale et aux membres du gouvernement , à commencer par le premier , de faire connaître leurs points de vue , de préciser leur action , de rendre compte de l' exécution . Parfois , les deux plans sont confondus quand il s' agit d' un sujet dont l' importance engage tout et , dans ce cas , le Président procède à la répartition comme il le juge nécessaire . Mais , s' il doit être évidemment entendu que l' autorité indivisible de l' Etat est confiée tout entière au Président par le peuple qui l' a élu , qu' il n' en existe aucune autre , ni ministérielle , ni civile , ni militaire , ni judiciaire , qui ne soit conférée et maintenue par lui , enfin qu' il lui appartient d' ajuster le domaine suprême qui lui est propre avec ceux dont il attribue la gestion à d' autres , tout commande , dans les temps ordinaires , de maintenir la distinction entre la fonction et le champ d' action du chef de l' Etat et ceux du Premier Ministre .

Pourtant , objectent parfois ceux qui ne se sont pas encore défaits de la conception de jadis , le gouvernement , qui est celui du Président , est en même temps responsable devant le Parlement . Comment concilier cela ? Répondons que le peuple souverain , en élisant le Président , l' investit de sa confiance . C' est là , d'ailleurs , le fond des choses et l' essentiel du changement accompli . De ce fait , le gouvernement , nommé par le chef de l' Etat et dont au surplus les membres ne peuvent être des parlementaires , n' est plus du tout , vis-à-vis des Chambres , ce qu' il était à l' époque où il ne procédait que de combinaisons de groupes . Aussi , les rapports entre le ministère et le Parlement , tels qu' ils sont réglés par la Constitution , ne prévoient la censure que dans des conditions qui donnent à cette rupture un caractère d' extraordinaire gravité . En ce cas extrême le Président , qui a la charge d' assurer la continuité de l' Etat , a aussi les moyens de le faire , puisqu'il peut recourir à la nation pour la faire juge du litige par voie de nouvelles élections , ou par celle de référendum , ou par les 2 . Ainsi , y a - t - il toujours une issue démocratique . Au contraire , si nous adoptions le système américain , il n' y en aurait aucune . Dans un pays comme le nôtre , le fait que le chef de l' Etat serait aussi Premier Ministre et l' impossibilité où il se trouverait , dans l' hypothèse d' une obstruction législative et budgétaire , de s' en remettre aux électeurs , alors que le Parlement ne pourrait le renverser lui - même , aboutirait fatalement à une opposition chronique entre deux pouvoirs intangibles . Il en résulterait ou bien la paralysie générale ou bien des situations qui ne seraient tranchées que par des pronunciamientos , ou bien enfin la résignation d' un président mal assuré qui , sous prétexte d' éviter le pire , choisirait de s' y abandonner , en se pliant , comme autrefois , aux volontés des partisans . On peut penser que c' est cette troisième hypothèse que caressent le plus volontiers les champions imprévus du " régime présidentiel " .

Notre Constitution est bonne . Elle a fait ses preuves depuis plus de 5 années , aussi bien dans des moments menaçants pour la République qu' en des périodes de tranquillité . Sans doute , d' autres circonstances et d' autres hommes donneront - ils plus tard à son application un tour , un style plus ou moins différents . Sans doute l' évolution de la société française nous amènera - t - elle , en notre temps de progrès , de développement et de planification , à reconsidérer l' une de ses dispositions . Je veux parler de celle qui concerne le rôle et la composition du Conseil économique et social . Mais , en dehors de cette précision , qui ne bouleversera pas l' économie de la Constitution , gardons celle - ci telle qu' elle est . Assurément , on s' explique que ne s' en accommodent volontiers ni les nostalgiques , avoués ou non , de la confusion de naguère , ni cette entreprise qui vise au régime totalitaire et qui voudrait créer chez nous un trouble politique d' où sa dictature sortirait . Mais le pays , lui , a choisi , et je crois , pour ma part , qu' il l' a fait définitivement .

Il est bien vrai que le développement des pays du monde , et en particulier de ceux qui , jusqu' à présent , n' ont fait qu' entamer ce grand mouvement , c' est la question mondiale par excellence . Il y a une civilisation moderne . L' Europe l' inventa et ensuite la transporta en Amérique . Aujourd'hui l' Occident , de part et d' autre de l' Atlantique , en demeure la source et l' artisan . Combiner le travail humain avec le rendement des machines , c' est en quoi consiste cet immense effort de progrès . La science , la technique , la politique , s' y appliquent essentiellement .

Or voici que cette civilisation a atteint le reste de l' univers , où des peuples qui en pratiquaient d' autres , et quelquefois très avancées , se tournent vers la nouvelle venue . Tant que les obstacles naturels , les distances , l' hostilité , l' immobilisme , tinrent ces masses lointaines à l' écart des courants nouveaux , les pays développés purent ne voir dans les retardataires que des marchés exotiques ou des terres à coloniser . Entre les uns et les autres , les contacts ne s' établissaient guère que par les explorateurs , les commerçants , les soldats , les missionnaires , les administrateurs , que les premiers envoyaient aux seconds . Mais cette époque est révolue .

Par l' effet des communications , de l' interpénétration militaire , politique , économique , survenue lors des deux guerres mondiales , du mouvement d' idéalisme qui , du côté des plus avancés , détermine beaucoup d' esprits à vouloir aider les moins pourvus , ceux - ci prennent peu à peu conscience de tout ce qui leur manque . Bien entendu la rivalité du camp totalitaire et celui de la liberté ainsi que les ambitions nationales qui sont à l' œuvre sous le couvert des idéologies ne laissent pas de provoquer dans cette immense mutation des bouillonnements de toutes sortes . Mais , quoi qu' il en soit , 2000000000 d' hommes prétendent aujourd'hui au progrès , au mieux-être et à la dignité . Depuis que le monde est le monde il y a là un fait dont l' importance et la dimension n' ont jamais été égalées .

Naturellement , la France , en dépit des épreuves qui ont pu un temps la meurtrir et l' affaiblir , joue un rôle considérable dans cette vaste évolution . Cela tient sans doute aux positions que sa politique , son économie , sa culture , sa force lui avaient fait acquérir dans toutes les parties du monde . Mais cela tient aussi et surtout à la nature de son génie , qui a fait d' elle de tout temps un ferment et un champion de la libération humaine . En dépit des saccades de notre action dans ce domaine , nous en sommes toujours revenus à notre ligne générale . En dehors même des multiples interventions et encouragements que nous avons prodigués depuis des siècles pour aider à l' affranchissement de tant de peuples ou d' hommes opprimés , et outre les influences spirituelles et culturelles qui , à partir de chez nous , rayonnèrent dans le même sens en toutes régions de l' univers , la marque de ce que nous donnâmes aux autres pour élever leur condition partout où nous nous trouvions est imprimée d' une manière éclatante dans beaucoup d' âmes et sur bien des sols . Certes , aux temps où la colonisation était la seule voie qui permît de pénétrer des peuples repliés dans leur sommeil , nous fûmes des colonisateurs , et parfois impérieux et rudes . Mais au total , ce que nous avons , en tant que tels , accompli , laisse un solde largement positif aux nations où nous l' avons fait .

Cependant , l' évolution depuis longtemps en cours d' un bout à l' autre du monde et l' ébranlement universel provoqué par les guerres mondiales rendaient inéluctable la décolonisation . D'ailleurs les puissances occidentales , en répandant parmi les peuples qu' elles administraient , notamment dans les élites , les idées et la pratique de leur propre civilisation , préparaient elles - mêmes l' affranchissement des colonisés . Pour nous , Français , il est clair que la politique des Gentil , des Brazza , des Gallieni , des Sarraut , des Lyautey , des Ponty , en aidant à s' élever à tous égards des populations sur lesquelles ils pouvaient agir , a conduit celles - ci à prendre conscience de leurs possibilités nationales . Reconnaître à tous les peuples , qui n' étaient pas proprement le nôtre mais qui dépendaient de nous , le droit de disposer d' eux - mêmes , mener l' affaire de telle sorte qu' en définitive , et malgré les déchirements , cela se fît d'accord avec nous et qu' ensuite , dans l' amitié , fût établie entre nous et les nouveaux Etats une belle et bonne coopération , ce fut effectivement la politique de la France , telle qu' à Brazzaville , il y a 20 ans , la France libre l' avait proclamée et telle qu' elle fut accomplie dès que la République put enfin se dégager d' un régime d' impuissance et de confusion .

C' est donc tout naturellement aux pays d' outre-mer qui , à partir de notre administration , sont devenus des Etats souverains que nous prêtons surtout notre aide . Bien sûr , cela nous coûte cher . Un important rapport a été , comme on le sait , récemment déposé par monsieur Jean-Marcel Jeanneney et sa commission au sujet des tenants et des aboutissants de cette aide partout où nous l' apportons . Pour l' aide publique , c'est-à-dire celle qui est fournie d' Etat à Etats , aux points de vue économique , financier , technique , culturel et militaire , cela fait environ 5000000000 de nos francs actuels en une année . quant aux multiples aides privées , elles atteignent quelque 2000000000 . Les 7000000000 que nous prélevons ainsi annuellement sur nos ressources équivalent à plus de deux pour 100 de notre revenu national et à plus de 10 pour 100 du montant des investissements que nous réalisons en France . Il n' y a pas un seul pays au monde qui consacre au progrès des autres une pareille proportion de ce qu' il fait pour le sien . Après nous , celui qui , à ce point de vue , vient en tête est l' Amérique . Sans doute verse - t - elle à un grand nombre de pays des concours dont , en valeur absolue , le total est de beaucoup le plus considérable . Mais , par rapport à ses moyens , l' aide qu' elle fournit n' est pas , en pourcentage , la moitié de ce qu' est la nôtre . Quant à l' Union Soviétique , elle est encore beaucoup plus loin .

Il est vrai que cette coopération n' est pas seulement à sens unique . Le maintien des courants commerciaux actifs avec les Etats arabes et les Etats noirs africains qui ont conclu des accords avec nous et les droits d' exploitation qui nous y sont reconnus sur telle ou telle matière première , notamment une part du pétrole algérien , ne sont pas pour nous sans valeur . Assurément , ce que nous en retirons est très au-dessous de ce que nous donnons . Mais le fait seul qu' il existe une contrepartie ne nous paraît pas négligeable , et il est bien évident que nous serions peu portés à fournir beaucoup à ceux qui ne nous fourniraient rien . Pourtant , l' importance que revêt la coopération tient moins aux chiffres et aux comptes immédiats qu' aux avantages d' ordre général qu' elle peut assurer dans l' avenir à nous - mêmes et à nos partenaires .

Pour ceux - ci , en effet , le concours qui leur est apporté , à condition qu' il se conjugue avec leur effort à eux , contribue à élever progressivement leur condition matérielle . Mais aussi , en formant mentalement , techniquement , pratiquement , leurs éléments nationaux aux activités productrices de notre siècle , la coopération les met peu à peu en mesure de conduire eux - mêmes leur progrès . Ainsi pourront - ils tôt ou tard fournir leur propre contribution à la civilisation moderne . Or c' est là que le monde les attend . Car c' est de cela qu' il s' agit . Qu' ils parviennent à prendre leur part dans le développement de l' humanité tel que l' accomplit notre époque , alors leur place sera assurée dans la société des Etats . Mais qu' ils se gaspillent eux - mêmes en stériles agitations ou surenchères au dedans et au dehors , alors l' univers aura tôt fait de n' y plus voir que des terrains de rivalités et , un jour , des champs de bataille pour les grandes ambitions impérialistes d' aujourd'hui et de demain . Quant à la France , il va de soi qu' un pareil aboutissement l' amènerait à porter ailleurs son aide et son espérance . Au contraire , la réussite de peuples édifiant en commun avec le sien une œuvre utile à tous les hommes ne manquerait pas d' étendre son rayonnement et ses moyens d' action . On voit combien sont élevés les buts et combien sont forts les motifs de coopération .

Mais c' est par là que l' entreprise dépasse le cadre africain et constitue en vérité une politique mondiale . Par cette voie , la France peut se porter vers d' autres pays qui , dans d' autres continents , sont plus ou moins largement en cours de développement , qui nous attirent d' instinct et de nature et qui , souhaitant pour leur évolution un appui qui leur soit prêté suivant notre esprit et à notre manière , peuvent vouloir nous associer directement à leur progrès et , réciproquement , prendre part à tout ce qui est de la France . C' est de cela , par exemple , que nous avons traité avec Monsieur Lester Pearson , Premier Ministre du Canada , lors de l' aimable et fructueuse visite qu' il nous a faite tout récemment . C' est de cela que nous comptons nous entretenir prochainement avec Monsieur Lopez Mateos , Président du Mexique , et plus tard sans doute avec les gouvernements des Etats d' Amérique du sud à l' occasion des voyages que j' espère avoir l' honneur d' y faire . C' est de cela que nous parlerons à notre ami le prince Sihanouk , chef de l' Etat du Cambodge , puis à Sa Majesté le roi du Laos et à son Premier Ministre le prince Souvanna-Phouma quand nous les recevrons à Paris .

Sans doute , l' effort que nous autres , Français , sommes en mesure de fournir matériellement à cet égard se trouve - t - il limité par nos ressources , qui ne sont pas immenses . Mais notre propre avance , qui se poursuit au dedans de chez nous , nous procure des moyens qui s' accroissent d' année en année . D'ailleurs , le problème consiste souvent pour nous à porter chez nos amis des ferments de progrès techniques et culturels qui exigent des capacités humaines et une compréhension cordiale plus encore que de l' argent . Enfin , on peut penser qu' une Europe organisée demain comme nous le lui proposons voudrait , solidairement avec nous , prendre une part plus grande à cette œuvre dont dépend le sort de notre espèce . Tout se tient . Ce que nous tentons pour bâtir une Europe qui soit elle - même se conjugue avec ce que nous faisons en faveur de peuples qui montent à l' intérieur de notre civilisation . Oui ! la coopération est désormais une grande ambition de la France .

Puisque j' ai évoqué l' Europe , je voudrais que celui d' entre vous , messieurs , qui m' a posé une question au sujet de l' organisation européenne veuille bien la répéter .

Ce qui est capital dans l' adoption des règlements agricoles par les six c' est que l' Europe économique semble avoir choisi d' exister .

Jusqu' alors , on pouvait en douter . Certes , les déclarations de principe et les considérations théoriques , au sujet de l' avantage que présenterait l' établissement d' une communauté économique , étaient depuis longtemps prodiguées dans beaucoup de milieux , à Bonn , à Rome , à La Haye , à Bruxelles , à Luxembourg , à Paris . Ah ! comme on en discourait et comme on en écrivait ! Mais cette communauté il fallait la faire , ce qui exigeait qu' on sortit du royaume enchanté de la spéculation pour agir dans le domaine des âpres réalités .

Comme toujours , les éléments de solution ont été élaborés par des techniciens . Mais ensuite , pour aboutir , en dépit d' intérêts contradictoires , la décision ne pouvait venir que des Etats . C' est bien ce qui s' est passé . La Commission de Bruxelles ayant accompli objectivement des travaux d' une grande valeur et offrant aux négociateurs à mesure de leurs discussions des suggestions bien étudiées , les gouvernements ne s' en sont pas moins trouvés dans l' obligation de trancher en prenant leurs responsabilités . Ils l' ont fait , et dans le délai qu' ils s' étaient à eux - mêmes imparti . Notons , qu' à partir de là , c' est à eux seuls qu' il incombe de faire exécuter par leurs pays respectifs les engagements qu' ils ont pris en commun . Si importants qu' aient été et que doivent continuer d' être les travaux et les conseils de la Commission de Bruxelles , on a bien vu que le pouvoir et le devoir exécutifs n' appartiennent qu' aux gouvernements . Ainsi ressort , une fois de plus , l' impropriété tendancieuse de conception et de terme par laquelle un certain langage intitule " exécutif " une réunion , si qualifiée qu' elle soit , d' experts internationaux .

Pour que les six gouvernements aient pu franchir les fossés qui les tenaient séparés , il fallait que l' idée et l' intérêt contenus dans le projet d' unir l' Europe en commençant par l' économie eussent une force et un attrait puissants . Car les obstacles étaient de taille . Naturellement , c' est dans le domaine de l' agriculture qu' ils se dressaient principalement . Il se trouve , en effet , que l' industrie , dans des pays aussi développés que les 6 , ne présente pas , de l' un à l' autre , de différences de nature . La production , le travail , l' équipement , l' organisation , l' approvisionnement des entreprises , tout au moins des principales , sont , non de la même dimension , mais du même ordre chez les Allemands , les Italiens , les Hollandais , les Belges , les Luxembourgeois et les Français . Sans doute pour supprimer , à l' intérieur de la Communauté , ceux des tarifs douaniers qui s' appliquent aux produits fabriqués et pour adopter des tarifs communs vis-à-vis des autres pays du monde , faut - il que chacun des six procède à une adaptation de sa propre industrie en vue de la concurrence sur un marché de 200000000 d' hommes . Mais si , pour aucun d' entre eux , ces ajustements ne sont des bouleversements , il n' en est pas de même pour ce qui est de l' agriculture .

En effet , la nature , le volume , l' espèce , des productions agricoles , les conditions relatives à la structure et au travail des exploitations , la part que prennent respectivement les produits nationaux et les produits importés dans la nourriture de la population et dans le commerce extérieur , varient beaucoup entre les six Etats . Pour accepter que , dans ces domaines , toutes barrières s' abaissent depuis l' Atlantique jusqu' à l' Elbe et depuis la mer du Nord jusqu' à la Méditerranée et qu' on y mange ce qui y pousse plutôt que ce qu' on y importe , il fallait donc que chaque gouvernement fût résolu à surmonter les objections qui s' élevaient de la part de telles ou telles catégories de ses agriculteurs redoutant de voir disparaître les protections dont elles jouissent . Il fallait que , dans un domaine aussi vital - c' est bien le cas de le dire - que celui de l' alimentation , il prît réellement son parti d' être incorporé à la Communauté européenne et , du même coup , de contrarier certains Etats qui lui vendent des denrées agricoles en échange d' un égal montant de ses produits fabriqués .

On aurait pu concevoir que les six se fussent bornés à organiser le Marché Commun seulement pour l' industrie . De fait , le traité de Rome , qui réglait l' affaire industrielle , touchait à peine à la question agricole . Mais , laisser en dehors de l' économie européenne ce que produit le sol de l' Europe ç'eût été renoncer à bâtir une réelle Communauté .

D'ailleurs , ce traité limité , la France n' aurait pu l' admettre . Nous sommes un pays agricole en même temps qu' industriel . Placer la production de nos usines dans un cadre européen , tandis que celle de nos champs serait demeurée à l' écart , ç'eût été provoquer une insupportable rupture de notre équilibre économique , social et financier . Pour nous , il était nécessaire que la Communauté englobât l' agriculture , faute de quoi , comme nous le fîmes connaître , nous eussions repris notre liberté à tous égards et il n' y aurait pas eu de Marché Commun .

Convenons , au demeurant , que des six Etats , nous sommes le plus intéressé à cette grave affaire agricole , car , des 6 , c' est nous qui pouvons fournir le plus de céréales , de viande , de lait , de beurre , de fromage , de vin et , avec l' Italie , le plus de légumes et de fruits , ce qui nous amena , à Bruxelles , à nous montrer les plus pressants . Convenons aussi que , des 6 , c' est l' Allemagne qui accepta les plus grands changements dans son système économique . Car jusqu' à présent , tout en subventionnant largement son agriculture , elle achète dans des pays extérieurs à la Communauté la moitié de ses aliments . Saluons donc la preuve très claire de solidarité européenne et d' application de l' accord franco-allemand qui vient d' être donnée par le gouvernement du chancelier Ludwig Erhard et disons que notre fidélité aura l' occasion de répondre à cette fidélité . Convenons enfin que l' ouverture progressive d' un vaste et nouveau marché aux agriculteurs de l' Europe va leur causer de nombreux et rudes problèmes d' adaptation . Les nôtres , en particulier , doivent savoir que les possibilités qui leur sont ainsi offertes ne pourront être maintenues ni même utilisées sans qu' ils se passent des soutiens qui leur sont accordés dans le cadre national et sans qu' ils sachent , par leur propre réforme de structure , d' organisation , de commercialisation , ainsi que par leurs capacités de production et de qualité , faire face à une concurrence qui se fera sentir jusque chez nous . A cet égard , comme aux autres , le Marché Commun , c' est un plus grand effort pour un meilleur résultat .

Certes , tout n' est pas achevé . Il reste à régler certaines mesures détaillées d' application , puis à fixer progressivement les prix agricoles communs . Après quoi , la Communauté étant bâtie et mise en route , les six pourront négocier avec d' autres pays , notamment avec l' Amérique , les conditions de leurs échanges à l' extérieur . A ce sujet la France a l' intention d' entretenir des courants commerciaux aussi actifs que possible , mais elle est aussi résolue à n' accorder d' avantages que moyennant réciprocité . Enfin et surtout , les six devront dorénavant vivre en commun , c'est-à-dire combattre à l' intérieur de leur ensemble les forces centrifuges qui ne manqueront pas de s' y manifester et , au dehors , les pressions qui s' efforceront de le rompre . On ne voit pas comment ils le pourraient s' ils ne s' accordaient pas d' une manière régulière , notamment à l' échelon de leurs responsables suprêmes , chefs d' Etat ou de gouvernement . La Communauté européenne ne saurait se maintenir , a fortiori se développer , sans une coopération politique .

Pour cette raison et pour d' autres , la France a proposé à ses 5 partenaires d' organiser la coopération . On sait que le gouvernement du chancelier Adenauer avait pour sa part approuvé la proposition et même , à titre d' exemple , pris l' initiative du traité franco-allemand . On sait que le projet d' union politique des six n' a pas encore abouti et on sait aussi pourquoi ; les opposants formulant 3 conditions qui , à notre sens , sont irréalisables , contradictoires l' une avec l' autre , et tendant ou bien à placer délibérément l' Europe sous la coupe de l' Amérique , ou bien à la maintenir dans le domaine des brillants sujets de déclarations politiques , sans qu' on la réalise jamais .

" Pas d' union européenne , disent - ils , sinon par une intégration à direction supranationale ! Pas d' union européenne si l' Angleterre n' en fait pas partie ! Pas d' union européenne , sauf à l' incorporer dans une communauté atlantique ! " Pourtant il est clair qu' aucun des peuples de l' Europe n' admettrait de confier son destin à un aréopage principalement composé d' étrangers . De toute façon , c' est vrai pour la France . Il est clair également que l' Angleterre , grande nation et grand Etat , l' accepterait moins que quiconque . Il est clair enfin que fondre dans une politique multilatérale atlantique la politique de l' Europe ce serait faire en sorte qu' elle - même n' en ait aucune et , dès lors , on ne voit pas pourquoi elle en viendrait à se confédérer .

Cependant , divers signes peuvent donner à penser que les objections dressées contre l' organisation politique des six ont perdu de leur virulence . A cet égard , l' heureux aboutissement des négociations au sujet du Marché Commun semble assez démonstratif . La force des choses faisant son œuvre , il est possible qu' un projet pratique de coopération entre les six Etats vienne de nouveau à l' ordre du jour . On ne saurait douter que la France serait alors , comme elle l' était hier , disposée à le prendre en attentive considération .

Nous allons parler de la Chine .

De multiples questions m' ont été posées . Je répondrai à tout le monde en même temps en expliquant ce qu' il en est .

La Chine , un grand peuple , le plus nombreux de la terre ; une race , où la capacité patiente , laborieuse , industrieuse des individus a , depuis les millénaires , péniblement compensé son défaut collectif de méthode et de cohésion et construit une très particulière et très profonde civilisation ; un très vaste pays , géographiquement compact quoique sans unité , étendu depuis l' Asie mineure et les marches de l' Europe jusqu' à la rive immense du Pacifique , et depuis les glaces sibériennes jusqu' aux régions tropicales des Indes et du Tonkin ; un Etat plus ancien que l' Histoire , constamment résolu à l' indépendance , s' efforçant sans relâche à la centralisation , replié d' instinct sur lui - même et dédaigneux des étrangers , mais conscient et orgueilleux d' une immuable pérennité , telle est la Chine de toujours .

Son entrée en contact avec les nations modernes lui fut très rude et très coûteuse . En un siècle de multiples interventions , sommations , expéditions , invasions , européennes , américaines , japonaises , lui valurent autant d' humiliations et de démembrements . Ces terribles secousses nationales , ainsi que la volonté des élites de transformer coûte que coûte leur pays pour qu' il parvienne à la même puissance et à la même condition que les peuples qui l' avaient opprimé , ont mené la Chine à la révolution . Sans doute le maréchal Tchang Kaï-Chek - à la valeur , au patriotisme , à la hauteur d' âme de qui j' ai le devoir de rendre hommage , certain qu' un jour l' histoire et le peuple chinois ne manqueront pas d' en faire autant - le maréchal Tchang Kaï-Chek , après avoir conduit la Chine à la victoire alliée qui scella dans le Pacifique la deuxième guerre mondiale , avait - il tenté de canaliser le torrent . Mais les choses en étaient au point qu' elles excluaient tout , sauf l' extrême . Dès que les Etats-Unis , qui avaient prêté au maréchal le concours direct de leurs forces sur le continent , durent renoncer à le lui laisser , il se replia sur Formose et le régime communiste , longuement préparé par Mao-Tsé-Toung , établit sa dictature . Il y a 15 ans de cela .

Depuis lors l' énorme effort qui , de toute façon s' imposait , quant à la mise en valeur des ressources naturelles , au développement industriel , à la production agricole , à l' instruction de la nation , à la lutte contre les fléaux inhérents à ce pays : la faim , les épidémies , l' érosion des sols , le débordement des fleuves , et cetera , a été déployé sur l' ensemble du territoire . Comme c' est toujours le cas en système communiste , ce qui put être réalisé comporta de terribles souffrances populaires , une implantation contrainte des masses , d' immenses pertes et gaspillages de biens , l' écrasement et la décimation d' innombrables valeurs humaines . Il apparaît , cependant , qu' au prix de tant de sacrifices des résultats ont été atteints , dus , en partie à l' action de l' appareil totalitaire et aussi , pour beaucoup , à l' ardeur d' un peuple fier , résolu dans ses profondeurs à s' élever en tous les cas , ainsi qu' aux trésors de courage et d' ingéniosité qu' il est capable de prodiguer , quelles que soient les circonstances .

Il est vrai que la Russie soviétique a , tout d'abord , prêté à la Chine un assez large concours : ouverture de crédits pour l' achat d' outillage et de ravitaillement , fournitures d' équipements miniers et industriels , installation d' usines entières , formation directe d' étudiants et de spécialistes , envoi sur place d' ingénieurs , de techniciens , d' ouvriers qualifiés , et cetera . C' était le temps où le Kremlin , utilisant , là comme ailleurs , sa rigoureuse prépondérance à l' intérieur de l' Eglise communiste pour soutenir la suprématie de la Russie sur les peuples qu' une dictature semblable à la sienne lui avait subordonnés , comptait garder la Chine sous sa coupe et , par elle , dominer l' Asie . Mais l' illusion s' est dissipée . Sans doute , demeure encore entre les régimes régnant à Moscou et à Pékin une certaine solidarité doctrinale qui peut se manifester dans la concurrence mondiale des idéologies . Mais , sous un manteau chaque jour plus déchiré , apparaît l' inévitable différence des politiques nationales . Le moins qu' on puisse dire à ce sujet , c' est qu' en Asie , où la frontière entre les deux Etats , depuis l' Indou-Kouch jusqu' à Vladivostok , est la plus longue qui existe au monde , l' intérêt de la Russie , qui conserve et qui maintient , et celui de la Chine , qui a besoin de croître et de prendre , ne sauraient être confondus . Il en résulte que l' attitude et l' action d' un peuple de 700000000 d' habitants ne sont effectivement réglées que par son propre gouvernement .

Du fait que , depuis 15 ans , la Chine presque tout entière est rassemblée sous un gouvernement qui lui applique sa loi et , qu' au dehors , elle se manifeste comme une puissance souveraine et indépendante , la France se trouvait disposée à nouer avec Pékin des relations régulières . Sans doute , certains échanges économiques et culturels étaient - ils déjà pratiqués . Sans doute , la force des choses nous avait - elle amenés , ainsi que l' Amérique , l' Angleterre , l' Union soviétique , l' Inde et d' autres Etats , à négocier avec les représentants chinois , lorsqu' en 1954 la conférence de Genève fixa le sort de l' Indochine ou lorsqu' en 1962 , sous la même forme et dans la même ville , la situation au Laos fut quelque peu définie . Mais le poids de l' évidence et celui de la raison grandissant , jour après jour , la République française a jugé , pour sa part , le moment venu de placer ses rapports avec la République populaire de Chine sur un plan normal , autrement dit diplomatique . Nous avons rencontré à Pékin une intention identique et l' on sait que , sur ce point , le président Edgar Faure , prié d' effectuer sur place un sondage officieux , a rapporté à Paris des indications positives . C' est alors que les deux Etats se sont officiellement accordés pour accomplir le nécessaire .

J' ai parlé du poids de l' évidence et de la raison . Il n' y a effectivement , en Asie , aucune réalité politique concernant , notamment , le Cambodge , le Laos , le Viêt-Nam , ou bien l' Inde , le Pakistan , l' Afghanistan , la Birmanie , la Corée , ou bien la Russie soviétique , ou bien le Japon , et cetera , qui n' intéresse ou ne touche la Chine . Il n' y a , en particulier , ni guerre , ni paix , imaginables sur ce continent sans qu' elle y soit impliquée . C' est ainsi que serait absolument inconcevable en dehors d' elle un accord éventuel de neutralité relatif aux Etats du Sud-Est asiatique , auxquels , pour tant de raisons , nous , Français , portons une toute spéciale et cordiale attention ; neutralité qui , par définition , devrait être acceptée par eux tous , garantie sur le plan international , et exclurait à la fois les agitations armées , soutenues par tel d' entre eux chez tel ou tel autre , et les interventions multiformes de l' extérieur ; neutralité qui semble bien , dans la période où nous sommes , être la seule situation compatible avec la vie pacifique et le progrès des populations . Mais aussi , la masse propre à la Chine , sa valeur et ses besoins présents , la dimension de son avenir , la font se révéler de plus en plus aux intérêts et aux soucis de l' univers tout entier . Pour tous ces motifs , il est clair que la France doit pouvoir entendre directement la Chine et aussi s' en faire écouter .

Pourquoi , d'ailleurs , ne pas évoquer ce qu' auront peut-être de féconds les rapports de peuple à peuple qui ont chance de s' établir à la faveur du contact institué entre les deux Etats ? Certes , on doit se garder de nourrir trop d' illusions à cet égard . C' est ainsi que , dans le domaine des échanges économiques , ce qui se fait actuellement et qui peut , à coup sûr , être amélioré , restera longtemps limité . Il en est de même des investissements consacrés par nous au développement industriel chinois . Toutefois , le cas est différent pour ce qui est de la technique , dont les sources , en France , sont de plus en plus valables , et pour laquelle la Chine est un champ infini d' application . Enfin , qui sait si les affinités qui existent notoirement entre les deux nations pour tout ce qui a trait aux choses de l' esprit , compte tenu du fait qu' elles se portent , dans leurs profondeurs , sympathie et considération réciproques , ne les conduiront pas à une croissante coopération culturelle ? Cela est , en tout cas , sincèrement souhaité ici .

Paris et Pékin sont donc convenus d' échanger des ambassadeurs . Est - il besoin de dire que , de notre part , il n' y a dans cette décision rien qui comporte la moindre approbation à l' égard du système politique qui domine actuellement la Chine ? En nouant à son tour , et après maintes nations libres , des relations officielles avec cet Etat , comme elle l' a fait avec d' autres qui subissent un régime analogue , la France reconnaît simplement le monde tel qu' il est . Elle pense que , tôt ou tard , certains gouvernements , qui se réservent encore , jugeront bon de suivre son exemple . Par dessus tout , il se peut , dans l' immense évolution du monde , qu' en multipliant les rapports entre les peuples , on serve la cause des hommes , c'est-à-dire celle de la sagesse , du progrès et de la paix . Il se peut que de tels contacts contribuent à l' atténuation , actuellement commencée , des dramatiques contrastes et oppositions entre les différents camps qui divisent le monde . Il se peut qu' ainsi les âmes , où qu' elles soient sur la terre , se rencontrent un peu moins tard au rendez - vous que la France donna à l' univers , voici 175 ans , celui de la liberté , de l' égalité et de la fraternité .

Je ne veux tout de même pas terminer sans dire un mot , puisqu'on prétend que des millions de Français voudraient être fixés sur l' avenir .

Vous m' avez demandé , monsieur , ce que je ferai dans deux ans . Je ne peux pas et je ne veux pas vous répondre . Alors , comme ça , pour vous , Monsieur X , ce sera le général De Gaulle .

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