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Pour réprouver notre force nouvelle se produit la classique alliance de l' éternelle démagogie et de l' éternelle routine , alliance qui fit jadis échouer la transformation de notre armée face aux ambitions de Bismark et fut ainsi pour beaucoup dans notre défaite de 1870 : alliance qui , avant 1914 , nous priva d' artillerie lourde , faute de laquelle , au cours de la Grande Guerre , nos pertes humaines dépassèrent de loin celles de l' ennemi , jusqu' à ce qu' enfin nous ayons pu , après 3 années de combats épuisants , nous doter des canons nécessaires ; alliance qui , à la veille de la deuxième guerre mondiale , amena les pouvoirs publics et le commandement militaire à refuser la formation de la force mécanique cuirassée , tandis que l' Allemagne se donnait les Panzerdivisions , dont on sait quels furent les effets ; alliance qui , aujourd'hui , stigmatise à grands cris le prix , soi-disant démesuré , des armements atomiques , alors que ce prix , ne dépasse pas annuellement la centième partie de notre revenu national , ni le quart de nos dépenses militaires , ni la moitié de ce que nous payons aux pensionnés et retraités de l' Etat , ni le montant des prestations sociales versées aux exploitants agricoles , mais nous permet de diminuer de moitié les effectifs de notre armée et la durée du service militaire .

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C. de Gaulle - 23 juillet 1964

Commençons par ce qui concerne directement la France , à l' intérieur , c'est-à-dire , si vous le voulez bien , les perspectives économiques . Je ne me fais pas d' illusions , ni personne d'ailleurs , sur ce sujet . C' est le propre du domaine économique qu' il provoque habituellement des constatations inquiètes et des prévisions moroses . Est - ce que je me trompe , messieurs ? Il n' y a rien là d' étonnant , puisque , en la matière , ce qui est en cause c' est ce qu' il y a de plus brûlant , savoir : tous les intérêts à la fois , ainsi que les conditions de vie de chaque profession , de chaque région , de chaque individu , et cela dans une époque où l' accélération des progrès matériels porte toutes les catégories à croire que tout est réalisable en même temps et sans délai . Mais , en fin de compte , ce qui importe , ce sont les décisions et les faits . A cet égard , je puis indiquer de nouveau dans quelle direction nous avons choisi de marcher , quels buts nous nous sommes fixés , quels résultats nous entendons atteindre au cours du proche avenir . Voilà comment , si vous le voulez bien , nous allons considérer la question .

Expansion sur la base de la stabilité , c' est ce qui se passe et c' est ce qui va continuer de se passer . Expansion , cela signifie naturellement l' accroissement régulier de la production , dans des conditions telles que le revenu national augmente , que le niveau de vie s' améliore à mesure du progrès général , enfin que les investissements nécessaires aux développements soient assurés tant par les entreprises que par l' Etat . Stabilité , cela veut dire que les prix soient maintenus , que les rémunérations ne s' élèvent pas plus vite que le gain net de la collectivité , que les dépenses publiques ne s' accroissent qu' en proportion du revenu national , que le crédit n' ait d' autre source que celle , normale , de l' épargne , qu' au dehorsla monnaie française conserve une valeur absolue . C' est cela que nous poursuivons et nous avons été amenés à intervenir , il y a déjà quelques années et à nouveau l' année dernière , nous trouvant devant une propension dont on peut bien dire qu' elle était assez générale , celle de l' inflation .

En effet , l' inflation paraissait à beaucoup si commode , elle était devenue si habituelle du haut en bas de l' économie , voire dans les finances de l' Etat , que c' est le fait d' y renoncer qui semblait aventureux , alors que , faute d' y mettre un terme , nous aurions tôt ou tard roulé à la culbute monétaire , financière , économique et sociale . En 1958 , celle - ci était imminente , comme l' était d'ailleurs , en même temps , à l' occasion de l' Algérie , la rupture de l' unité nationale ; ils nous avait fallu un rude effort de remise en ordre pour rendre une base solide à l' activité du pays , tandis que nous en faisions autant pour la République . L' an dernier , il parût nécessaire d' intervenir de nouveau pour arrêter les tendances fâcheuses qui commençaient à se faire jour . Alors , les mesures qu' il fallait prendre ont été prises , notamment en matière de prix , de crédit , d' épargne , et nous voici maintenant amenés à les prendre , dans le même sens et avec la même volonté , en ce qui concerne notre budget .

Etant donnée la part capitale qui est celle de l' Etat dans l' économie nationale - par prélèvement sur les recettes de tous ; distribution de salaires , de traitements , d' allocations , de rentes ; dépenses de fonctionnement des administrations et des services publics ; investissements consacrés à tous les progrès collectifs - notre budget de 1965 doit être fait de telle sorte que le total des dépenses publiques ne dépasse pas l' augmentation du revenu national et que cet accroissement des dépenses publiques soit équilibré par des recettes effectives . C' est très banal , mais c' est capital . Sans doute est - il normal que le total des dépenses publiques augmente d' une année à l' autre puisque le pays s' enrichit . Mais encore une fois , il faut que leur accroissement ne dépasse pas le surplus de ce que la nation a gagné . On peut donc dire que la stabilisation sera acquise et qu' elle sera signée dans la mesure où le budget de 1965 répondra à ces conditions . Notre but est qu' il y réponde .

On sait que certains critiques déclaraient contradictoires l' expansion et la stabilisation . De mois en mois , de semaine en semaine , ils scrutaient l' horizon économiques , convaincus , sinon désireux , d' y voir la crise , le chômage et la faillite . On sait aussi qu' il n' en a rien été . Les dispositions appliquées depuis près d' un an n' empêchent pas l' économie de poursuivre sa marche en avant . Tout donne à croire que notre quatrième Plan de développement et de modernisation s' achèvera dans de bonnes conditions . Tout indique que notre cinquième Plan , qui couvrira la période allant du début de 1966 à la fin de 1970 , sera , lui aussi , un plan de prospérité grandissante et de progrès continu , pour autant que , hors de chez nous , ne surviennent pas d' événements qui bouleverseraient partout les éléments des problèmes . Mais , indépendamment de l' avance régulière et calculée que le cinquième Plan pourra prévoir , les données suivant lesquelles il conviendra que soient réparties les plus-values du revenu national y seront , cette fois , indiquées . Dans ce que la nation gagne , quelle part doit être attribuée à la consommation , aux investissements , à l' épargne ? En même temps , pour toutes les catégories de revenus : salaires , revenus agricoles , bénéfices commerciaux , profits , prestations sociales et cetera , quels accroissements sont , à la fois , compatibles avec les conditions de l' équilibre financier et commandés par la justice sociale ? Voilà ce qui devra être formulé .

Il va de soi qu' une innovation aussi complexe et étendue que cette politique des revenus exige que les organisations qui portent des responsabilités économiques et sociales prennent part à sa mise en œuvre , ensuite , à son application . Le Conseil économique et social est évidemment qualifié pour en débattre et ainsi pour contribuer à éclairer les Pouvoirs publics responsables . C' est dire quel rôle l' avenir lui réserve étant donné le caractère réaliste que l' époque moderne impose progressivement à notre démocratie par contraste avec les querelles idéologiques d' autrefois . C' est dire aussi que , le moment venu , le Conseil devra recevoir une composition et des attributions mieux adaptées à cette vocation . Sans doute ne peut - on bâtir Rome en un jour . Mais dès lors que , par le référendum de 1958 , puis par celui de 1962 , le peuple français s' est doté d' institutions politiques capables de solidité et d' efficacité , je pense que notre République , quand elle aura été confirmée dans sa continuité par l' élection présidentielle , devra proposer au pays cette grande réforme de structure économique et sociale .

Quand on traite de l' Europe et quand on cherche à discerner ce qu' elle doit être , il faut toujours se représenter ce qu' est le monde .

A la fin de la dernière guerre mondiale , la répartition des forces sur la terre apparaissait comme aussi simple et aussi brutale que possible . On le vit , soudain , à Yalta . Seules l' Amérique et la Russie étaient restées des puissances et d'autant plus considérables que tout le reste se trouvait disloqué : les vaincus abîmés dans leur défaite sans conditions ; les vainqueurs européens profondément démolis .

Pour les pays du monde libre , que menaçait l' ambition des Soviets , la direction américaine pouvait , alors , sembler inévitable . Le Nouveau Monde était , entre eux tous , le grand vainqueur de la guerre . Sous le commandement des Etats-Unis , détenteurs de bombes atomiques , l' Alliance atlantique assurait leur sécurité . Grâce au plan Marshall renaissait leur économie . Partout où les puissances coloniales opéraient dans des conditions plus ou moins violentes , le transfert de leur souveraineté à des régimes autochtones , agissait , ouvertement ou non , la pression de Washington . En même temps , on voyait l' Amérique prendre à son compte la conduite politique et stratégique des affaires dans toutes les régions où le monde libre se trouvait en contact avec l' action directe ou indirecte des Soviets . Elle faisait , soit unilatéralement , soit à travers des organismes internationaux locaux dont , en pratique , elle disposait : en Europe l' OTAN , en Asie occidentale le CENTO , en Asie du Sud-Est l' OTASE , en Amérique l' OEA ; soit grâce à sa suprématie dans le Pacifique nord ; soit enfin par des interventions militaires ou diplomatiques effectuées en Corée , ou au Congo , ou lors de l' affaire de Suez , par le truchement de l' ONU que dominait sa prépondérance .

Il est clair que les choses ont changé . Les Etats occidentaux de notre ancien continent ont refait leur économie . Ils rétablissent leurs forces militaires . L' un d' eux , la France , accède à la puissance nucléaire . Surtout , ils ont pris conscience de leurs liens naturels . Bref , l' Europe de l' Ouest apparaît comme susceptible de constituer une entité capitale , pleine de valeurs et de moyens , capable de vivre sa vie , non point certes en opposition avec le Nouveau Monde , mais bien à côté de lui .

D' autre part , le monolithisme du monde totalitaire est en train de se disloquer . La Chine , séparée de Moscou , entre sur la scène du monde , colossale par sa masse , ses besoins et ses ressources , avide de progrès et de considération . L' Empire des Soviets , la dernière et la plus grande puissance coloniale de ce temps , voit contester , d'abord par les Chinois , la domination qu' il exerce sur d' immenses contrées de l' Asie et s' écarter peu à peu les satellites européens qu' il s' était , par la force , octroyés . En même temps , le régime communiste , en dépit de l' énorme effort qu' il mène en Russie depuis un demi-siècle et des résultats qu' il atteint dans certaines entreprises massives , aboutit à un échec quant au niveau de vie , à la satisfaction et à la dignité des hommes par rapport au système appliqué en Europe de l' Ouest , lequel combine le dirigisme avec la liberté . Enfin , de grandes aspirations et de grandes difficultés remuent profondément les Etats du " Tiers Monde " .

De toutes ces données nouvelles , enchevêtrées et compliquées , il résulte que la répartition de l' univers entre deux camps , respectivement menés par Washington et par Moscou , répond de moins en moins à la situation réelle . Vis-à-vis du monde totalitaire progressivement lézardé , ou des problèmes que pose la Chine , ou de la conduite à tenir à l' égard de maints pays d' Asie , d' Afrique , d' Amérique latine , ou de la refonte de l' Organisation des Nations-unies , telle qu' elle s' impose en conséquence , ou de l' aménagement mondial des échanges de toute nature et cetera , il apparaît que l' Europe , à condition qu' elle le veuille , est désormais appelée à jouer un rôle qui soit le sien .

Sans doute convient - il qu' elle maintienne avec l' Amérique une alliance à laquelle , dans l' Atlantique nord , l' une et l' autre sont intéressées en tant que durera la menace soviétique . Mais les raisons qui , pour l' Europe , faisaient de l' alliance une subordination s' effacent jour après jour . L' Europe doit prendre sa part de responsabilité . Tout indique , d'ailleurs , que cet avènement serait conforme à l' intérêt des Etats-Unis , quelles que puissent être leur valeur , leur puissance et leurs bonnes intentions . Car la multiplicité et la complexité des tâches dépassent dorénavant , peut-être dangereusement , leurs moyens et leur capacité . C' est pourquoi eux - mêmes déclarent qu' ils souhaitent voir l' ancien continent s' unir et s' organiser , tandis que , parmi les Gaulois , les Germains et les Latins , beaucoup s' écrient : " Faisons l' Europe ! " .

Mais quelle Europe ? C' est là le débat . En effet , les commodités établies , les renoncements consentis , les arrière-pensées tenaces ne s' effacent pas aisément . Suivant nous , Français , il s' agit que l' Europe se fasse pour être européenne . Une Europe européenne signifie qu' elle existe par elle - même et pour elle - même , autrement dit qu' au milieu du monde elle ait sa propre politique . Or , justement , c' est cela que rejettent , consciemment ou inconsciemment , certains qui prétendent cependant vouloir qu' elle se réalise . Au fond , le fait que l' Europe , n' ayant pas de politique , resterait soumise à celle qui lui viendrait de l' autre bord de l' Atlantique leur paraît , aujourd'hui encore , normal et satisfaisant .

On a donc vu nombre d' esprits , souvent d'ailleurs valables et sincères , préconiser pour l' Europe non point une politique indépendante , qu' en vérité ils n' imaginent pas , mais une organisation inapte à en avoir une , rattachée dans ce domaine , comme dans celui de la défense et celui de l' économie , à un système atlantique , c'est-à-dire américain , et subordonnée , par conséquent , à ce que les Etats-Unis appellent leur leader-ship . Cette organisation , qualifiée de fédérale , aurait eu comme fondements , d' une part , un aréopage de compétences soustraites à l' appartenance des Etats et qu' on eût baptisé " exécutif " ; d' autre part , un Parlement sans qualifications nationales et qu' on eût dit " législatif " . Sans doute , chacun de ces deux éléments aurait - il fourni ce à quoi il eût été approprié , savoir : des études pour l' aréopage et des débats pour le Parlement . Mais , à coup sûr , aucun des deux n' aurait fait ce qu' en somme on ne voulait pas qu' il fasse , c'est-à-dire une politique . Car si la politique doit évidemment tenir compte des débats et des études , elle est tout autre chose que des études et des débats .

La politique est une action , c'est-à-dire un ensemble de décisions que l' on prend , de choses que l' on fait , de risques que l' on assume , le tout avec l' appui d' un peuple . Seuls peuvent en être capables et responsables les gouvernements des nations . Il n' est certes pas interdit d' imaginer qu' un jour tous les peuples de notre continent n' en feront qu' un et qu' alors il pourrait y avoir un gouvernement de l' Europe , mais il serait dérisoire de faire comme si ce jour était venu .

C' est pourquoi la France , se refusant à laisser l' Europe s' enliser elle - même dans une artificieuse entreprise qui eût dépouillé les Etats , égaré les peuples et empêché l' indépendance de notre continent , prit l' initiative de proposer à ses 5 partenaires du traité de Rome un début d' organisation de leur coopération . Ainsi commencerait - on à vivre en commun , en attendant qu' à partir de là l' habitude et l' évolution resserrent peu à peu les liens . On sait que le gouvernement allemand donna son adhésion de principe à ce projet . On sait qu' une réunion des six Etats à Paris , puis une autre à Bonn parurent d'abord en voie d' aboutir , mais que Rome se refusa à convoquer l' entretien décisif ; ses objections , jointes à celles de La Haye et de Bruxelles , étant assez fortes pour tout arrêter . On sait enfin que les opposants invoquaient deux arguments , au demeurant contradictoires . Premier argument : le plan français , qui maintient la souveraineté des Etats , ne répond pas à notre conception d' une Europe ayant pour exécutif une commission d' experts et pour législatif un Parlement coupé des réalités nationales . Deuxième argument : bien que l' Angleterre n' accepte pas de perdre sa souveraineté , nous n' entrerons dans aucune organisation politique européenne dont elle ne ferait pas partie .

Le plan d' organisation européenne n' étant pas adopté par l' Italie et par le Benelux ; d' autre part l' intégration ne pouvant pas aboutir à autre chose qu' au protectorat américain ; enfin la Grande-Bretagne ayant montré , au cours des interminables négociations de Bruxelles , qu' elle n' était pas en mesure d' accepter les règles économiques communes et , par l' accord de Nassau , que sa force de défense , notamment en matière nucléaire , se serait pas européenne faute d' être autonome par rapport aux Etats-Unis , il apparut au gouvernement de la République fédérale d' Allemagne et au gouvernement de la République française que leur coopération bilatérale pourrait avoir quelque valeur . C' est alors que , sur la proposition du gouvernement allemand , fut conclu le traité du 22 janvier 1963 que j' eus l' honneur de signer , ici même , avec le chancelier Adenauer .

Cependant , il faut bien constater que , si le traité franco-allemand a permis dans quelques domaines des résultats de détail , s' il a amené les deux gouvernements et leurs administrations à pratiquer des contacts que , de notre côté , et à tout prendre , nous jugeons qu' ils peuvent être utiles et sont , en tout cas , fort agréables , il n' en est pas sorti , jusqu' à présent , une ligne de conduite commune .

Assurément , il n' y a pas et il ne peut y avoir d' opposition proprement dite entre Bonn et Paris . Mais , qu' il s' agisse de la solidarité effective de la France et de l' Allemagne quant à leur défense ; ou bien de l' organisation nouvelle à donner à l' Alliance atlantique ; ou bien de l' attitude à prendre et de l' action à exercer vis-à-vis de l' Est , avant tout des satellites de Moscou : ou bien , corrélativement , de la question des frontières et des nationalités en Europe centrale et orientale ou bien de la reconnaissance de la Chine et de l' œuvre diplomatique et économique qui peut s' offrir à l' Europe par rapport à ce grand peuple ; ou bien de la paix en Asie et , notamment , en Indochine et en Indonésie ; ou bien de l' aide à apporter aux pays en voie de développement , en Afrique , en Asie , en Amérique latine ; ou bien de la mise sur pied du Marché Commun agricole et par conséquent de l' avenir de la Communauté des 6 , on ne saurait dire que l' Allemagne et la France se soient encore accordées pour faire ensemble une politique , et on ne saurait contester que cela tient au fait que Bonn n' a pas cru , jusqu' à présent , que cette politique devrait être européenne et indépendante . Si cet état de choses devait durer , il risquerait à la longue d' en résulter , dans le peuple français du doute , dans le peuple allemand de l' inquiétude , et chez leurs 4 partenaires du traité de Rome une propension renforcée à en rester là où l' on en est , en attendant , peut-être , qu' on se disperse .

Mais à travers le monde , la force des choses fait son œuvre . En voulant et en proposant l' organisation d' une Europe ayant sa propre politique , la France est certaine de servir l' équilibre , la paix et le progrès de l' univers . Au surplus , elle est maintenant assez solide et sûre d' elle - même pour pouvoir être patiente , sauf grands changements extérieurs qui remettraient tout en cause et pourraient l' amener de ce fait , à modifier son orientation . D'ailleurs , lors de la réunion qui vient d' avoir lieu entre les gouvernements de Bonn et de Paris , Monsieur le Chancelier Erhard a laissé prévoir une prochaine initiative allemande . En attendant que le ciel se découvre , la France poursuit par ses propres moyens ce que peut et doit être une politique européenne et indépendante . Le fait est que , partout , les peuples s' en félicitent et qu' elle - même ne s' en trouve pas mal .

Il y a 19 ans , soudain , une bombe atomique fit 100000 morts à Hiroshima . Ensuite , à Nagasaki , une autre en fit autant . Du coup , on vit le Japon , grand peuple , courageux par excellence , disposant encore de puissants moyens militaires , dont la nature du territoire et le caractère national se prêtaient parfaitement bien à la défensive à outrance , capituler sans conditions , au point de se laisser entièrement occuper , gouverner , transformer même , par son ennemi .

Ainsi , s' est ouverte dans l' histoire de notre univers , une phase complètement nouvelle quant à la sécurité des peuples par suite quant à leur politique et quant à leurs rapports respectifs . Détenir l' arme atomique , c' est , pour un pays , être à même de réduire sans rémission une nation qui ne la détient pas . Mais c' est aussi dissuader toute nation qui la détient de procéder contre lui à une agression atomique . Car celle - ci consisterait à lancer la mort pour la recevoir aussitôt .

Comme l' Amérique et la Russie se sont dotées toutes les deux d' un tel armement , il existe entre elles une sorte d' équilibre automatique de dissuasion . Mais cet équilibre ne couvre réellement qu' elles - mêmes , et non les autres pays du monde , lors même qu' ils se trouvent liés à l' une ou à l' autre des deux colossales puissances . Car la cause et l' intégrité de chacun d' eux peuvent , éventuellement , ne pas sembler à leur grande alliée valoir la peine de se faire écraser en écrasant sa rivale . Et pourtant , ceux qui sont menacés par l' ambition de l' un des deux géants sont amenés à s' accommoder , par rapport à l' autre , d' une dépendance stratégique et , de ce fait , politique où ils croient voir la seule chance de leur sécurité .

Certains ont pu imaginer que la perspective d' un conflit atomique serait à ce point redoutable que les Etats-Unis et la Russie renonceraient de concert à cette espèce d' armements . La vaine et interminable Conférence de Genève procédait de cette illusion . Mais , dans l' état présent du monde , l' hypothèse est invraisemblable . Le fait , pour l' Amérique et pour la Russie soviétique , de posséder leur armement nucléaire leur procure une telle sécurité et , d' autre part , leur donne à l' intérieur de leurs camps respectifs une telle raison d' exercer l' hégémonie qu' elles ne s' en déferont pas , pas plus qu' à leur place aucun Etat ne s' en déferait , quelles que soient son idéologie , sa nature et sa propagande . Il en résulte que les pays qui n' ont pas d' armement atomique croient devoir accepter une dépendance stratégique et , par conséquent , politique , par rapport à celui des deux géants qui ne les menace pas .

Dans ces conditions , la France , tout en déplorant que les deux géants en question ne désarment pas , sauf bien entendu sous la forme d' un accord momentané qui ne visait qu' un certain ralentissement du rythme de leur fabrication mais qui continue à leur permettre de garder et d' accroître leur gigantesque puissance de destruction , la France , dis - je , dès qu' elle a pu être elle - même , a jugé nécessaire d' entamer l' effort voulu pour devenir , à son tour , une puissance atomique . A cet égard , elle subit , il est vrai , les conséquences du long retard que lui ont valu d'abord la guerre sous l' occupation , puis la reconstruction de tout ce qui était démoli sur son sol , enfin les atermoiements de son redressement politique , économique et financier . Encore , par comparaison avec les Etats-Unis et la Russie soviétique qui ont largement utilisé en leur temps le concours de savants et de techniciens européens , et avec la Grande-Bretagne qui a profité des expériences américaines , la France ne dispose que de capacités françaises . Enfin , il est clair que le total de nos moyens scientifiques , techniques et industriels est loin d' atteindre celui des deux géants . Cependant , nous avons pris la route . Nous avançons suivant notre plan . En même temps , la vaste activité de recherches , d' inventions , de réalisations qu' entraîne par lui - même le développement atomique introduit dans notre vie scientifique , technique et économique un ferment des plus efficaces . Et , voici qu' en ce moment même , nous accédons aux résultats . Notre première unité aérienne atomique devient opérationnelle cette année . En 1966 , nous aurons assez de Mirage-IV et d' avions ravitailleurs pour pouvoir porter , d' un seul coup , à plusieurs milliers de kilomètres , des projectiles dont la puissance totale dépassera celle de 150 bombes Hiroshima . D' autre part , nous sommes à l' œuvre pour passer de la série-A des projectiles à fission à la série-H des projectiles à fusion , ceux - ci lancés soit à partir de sous-marins atomiques , soit à partir de navires de surface , soit à partir du sol . Aujourd'hui même le Premier Ministre va aller inspecter les sites lointains et isolés où , dans les meilleurs conditions d' exécution et de sécurité , auront lieu , au moment voulu , les expériences nécessaires . Nous sommes en mesure de penser que , d' ici six ans , nos moyens de dissuasion atteindront une puissance totale instantanée de plus de 2000 bombes Hiroshima . C' est ce que certains opposants , évidemment irréfléchis , nomment " la bombette de la France " .

La carrière de la dissuasion nous est donc désormais ouverte . Car le fait d' attaquer la France équivaudrait pour qui que ce soit à subir lui - même des destructions épouvantables . Sans doute les mégatonnes que nous pourrions lancer n' égaleraient pas en nombre celles qu' Américains et Russes sont en mesure de déchaîner . Mais à partir d' une certaine capacité nucléaire et pour ce qui concerne la défense directe de chacun , la proportion des moyens respectifs n' a plus de valeur absolue . En effet , puisqu'un homme et un pays ne peuvent mourir qu' une fois , la dissuasion existe dès lors qu' on a de quoi blesser à mort son éventuel agresseur , qu' on y est très résolu et que lui - même en est bien convaincu . C' est par là que l' armement moderne de la France non seulement constitue pour elle la garantie incomparable de sa sécurité , mais encore introduit dans un monde dangereux un élément nouveau et puissant de sagesse et de circonspection .

Cependant , notre avènement au rang de puissance atomique ne manque pas de susciter chez nous diverses oppositions . Pour réprouver notre force nouvelle se produit la classique alliance de l' éternelle démagogie et de l' éternelle routine , alliance qui fit jadis échouer la transformation de notre armée face aux ambitions de Bismark et fut ainsi pour beaucoup dans notre défaite de 1870 : alliance qui , avant 1914 , nous priva d' artillerie lourde , faute de laquelle , au cours de la Grande Guerre , nos pertes humaines dépassèrent de loin celles de l' ennemi , jusqu' à ce qu' enfin nous ayons pu , après 3 années de combats épuisants , nous doter des canons nécessaires ; alliance qui , à la veille de la deuxième guerre mondiale , amena les pouvoirs publics et le commandement militaire à refuser la formation de la force mécanique cuirassée , tandis que l' Allemagne se donnait les Panzerdivisions , dont on sait quels furent les effets ; alliance qui , aujourd'hui , stigmatise à grands cris le prix , soi-disant démesuré , des armements atomiques , alors que ce prix , ne dépasse pas annuellement la centième partie de notre revenu national , ni le quart de nos dépenses militaires , ni la moitié de ce que nous payons aux pensionnés et retraités de l' Etat , ni le montant des prestations sociales versées aux exploitants agricoles , mais nous permet de diminuer de moitié les effectifs de notre armée et la durée du service militaire .

Pourtant , cette fois , l' opposition ne vient pas seulement d' un refus simpliste de réforme . Elle est , en effet , inspirée par les tenants de deux partis pris politiques , opposés sans doute , mais tendant tous les deux à l' effacement de la France sous l' hégémonie de tel ou tel Etat étranger . Ce sont , d' une part , ceux qui voudraient établir chez nous la servitude totalitaire et qui souhaitent , par conséquent nous voir privés des moyens de nous défendre face à l' Est . Ce sont , d' autre part , les partisans du protectorat américain qu' alarme la perspective d' une France maîtresse d' elle - même vis-à-vis de ses alliés .

Mais je crois moins que jamais que ces objections , venues de deux horizons très différents , mais qui , les unes et les autres , procèdent de l' intention que notre pays soit subordonné , persuadent la nation française . Nous continuerons donc notre effort atomique , à court , à moyen et à long terme , convaincus d' aider ainsi au développement scientifique , technique et industriel de la nation , de renouveler l' âme et le corps de notre armée comme le commande l' époque moderne , de donner à la France les moyens de sa sécurité et de son indépendance , par là même ceux de son action au profit de l' équilibre et de la paix du monde .

Les accords de Genève , conclus en 1954 , mettaient un terme aux combats d' Indochine . A l' époque , tout le monde semblait le désirer sincèrement . Ces accords comportaient des dispositions diverses suivant chacun des pays en cause , mais ayant pour trait commun qu' elles excluaient absolument toute intervention extérieure . Le Cambodge s' engageait à n' entrer dans aucune alliance et à n' admettre sur son territoire aucune base . Le Laos devait interdire toute présence de troupes étrangères , en dehors d' une mission militaire française et d' un terrain d' aviation utilisé par la France à Seno . Les deux Viêt-Nam ne pouvaient s' allier avec qui que ce soit , ni introduire sur leur sol aucune force venue du dehors , ni recevoir d' armement qui augmenterait leur potentiel . En outre , des élections générales devaient avoir lieu au Viêt-Nam en 1956 en vue d' aboutir à l' institution d' un gouvernement démocratique et à la réunification .

Les accords de 1954 n' ont pas été longtemps appliqués . C' est le moins qu' on puisse en dire . Seul , le Cambodge a su et a pu , grâce à son unité nationale et à la façon très habile et très résolue dont il est conduit par son chef de l' Etat , rester jusqu' à présent intact , neutre et relativement paisible . Mais au Viêt-Nam , tout a concouru à ramener ce pays à la situation troublée dont il venait de sortir , tandis que le Laos se voyait gagner à son tour par des luttes intérieures accompagnées du dehors .

Pour ce qui est du Viêt-Nam il faut dire que l' existence d' un Etat communiste installé au Tonkin , d' où nos troupes étaient parties conformément aux accords , et la secousse provoquée dans le Sud par le retrait de notre administration et de nos forces , exposaient le pays à de nouvelles aventures . Il s' agissait de savoir s' il saurait trouver en lui - même une cohésion nationale et un solide gouvernement . C' est alors que les Américains arrivèrent , apportant leur aide , leur politique et leur autorité .

Les Etats-Unis , en effet , se tenaient partout dans le monde comme investis d' une charge de défense contre le communisme . Dès lors que le Viêt-Nam en courait le risque , puisque le régime établi dans le Nord visait à s' y imposer . Washington voulait mettre cet Etat en mesure de se protéger . On peut ajouter , sans vouloir aucunement les désobliger , que leur certitude de répondre à une sorte de vocation , l' aversion qu' ils portaient à l' égard de toute œuvre coloniale qui n' avait pas été la leur , enfin le désir naturel chez un peuple aussi puissant de s' assurer de positions nouvelles , déterminaient les Américains à prendre notre place en Indochine .

On sait que , dès 1954 , ils adoptèrent le gouvernement de Diem , que Diem observa aussitôt et malheureusement une attitude malveillante à notre égard , que , l' empereur Bao-Daï une fois parti , il se substitua à lui , qu' il ne fit pas procéder aux élections prévues et , enfin , qu' en tous domaines , en particulier ceux de la défense , de l' économie et de l' administration , il se plaça dans l' orbite de Washington . Mais , comme cette politique était de plus en plus impopulaire , le jour vint où Diem essaya de s' en dégager , tandis que les Américains se prenaient à douter de lui . Alors un putsch militaire supprima le président et lui donna un successeur . Après quoi , un nouveau putsch en investit un autre , celui - ci étant étroitement lié à l' action de guerre que soutiennent , encadrent , financent et arment les Etats-Unis .

Action de guerre , en effet , car si les éléments subversifs du Vietcong avaient disparu du Viêt-Nam Sud après les accords de 1954 , ils y reparaissaient sous prétexte et à mesure qu' on ne les appliquait pas . La guérilla et des combats livrés par unités constituées s' étendent de plus en plus sur le territoire . En même temps , les populations , quelle que soit leur opinion au sujet du communisme , sont de moins en moins portées à soutenir une cause et une autorité qui , à leurs yeux , se confondent avec celles d' un Etat étranger . Il semble donc que , sur place , une issue militaire ne soit pas à envisager . Certains imaginent , il est vrai , que les Américains pourraient aller la chercher ailleurs en portant la guerre vers le Nord aussi loin que ce serait nécessaire . Mais , s' ils disposent assurément de tous les moyens voulus , il est difficile d' admettre qu' ils veuillent assumer l' énorme aventure d' un conflit généralisé .

Faute que la guerre puisse trancher , c' est donc la paix qu' il faut faire . Or celle - ci implique qu' on en revienne à ce à quoi on s' était engagé , il y a maintenant 10 ans , et que , cette fois , on s' y conforme , autrement dit qu' aux Viêt-Nam Nord et Sud , au Cambodge et au Laos , aucune puissance étrangère n' intervienne plus en rien dans les affaires de ces pays infortunés . Une réunion du même genre et comprenant , en principe , les mêmes participants que naguère la Conférence de Genève , serait certainement qualifiée pour en décider et organiser un contrôle qui soit impartial . C' est cela que la France propose à tous les Etats intéressés , certaine , qu' à moins de plonger l' Asie d'abord , et sans doute , le monde ensuite dans de très graves épreuves , il faudra en venir là ; le plus tôt étant le mieux .

Cette réunion où chacun devrait se rendre sans préalable ni récrimination , se saisirait successivement de ce qui a trait au Laos , au Cambodge et au Viêt-Nam dans le domaine international , et dont l' essentiel s' appelle , par avance , leur neutralité . On ne voit pas d' autre chemin qui puisse conduire à la paix le Sud-Est asiatique , pourvu qu' une fois l' accord théorique conclu , s' il devait l' être , deux conditions pratiques soient réalisées . La première , c' est que les puissances qui portent , directement ou indirectement , une responsabilité dans ce que fut ou dans ce qu' est le sort de l' Indochine et qui se nomment : la France , la Chine , l' Union Soviétique et l' Amérique , soient effectivement résolues à ne plus y être engagées . La seconde , c' est qu' une aide économique et technique massive soit accordée à l' ensemble indochinois par les Etats qui en ont les moyens , afin que le développement remplace le déchirement .

La France , pour sa part , est prête à observer ces deux conditions .

Eh bien ! Vous savez certainement qu' en automne j' aurai l' honneur de me rendre en Amérique latine en compagnie de Monsieur Le Ministre des Affaires étrangères . C' est pour moi une grande joie et un grand honneur . J' espère que de ce contact que la France va prendre directement avec ces pays qui lui sont si proches à tant d' égards résulteront d' heureuses conséquences . J' en suis convaincu , en particulier , pour ce qui est du grand pays que nous aimons depuis toujours , que sans doute ensuite nous aurons à pratiquer de plus en plus et qui s' appelle le Brésil .

Mesdames , Messieurs , je vous remercie de votre aimable attention , d'autant plus que je crains que nous n' ayez été assez inconfortable par cette chaleur , dans cette grande salle . Je vous remercie bien sincèrement de votre attention .

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