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Voilà pourquoi nous nous imposons une stabilité financière , économique et monétaire qui nous dispense de recourir à l' aide de l' étranger ; nous changeons en or l' excès de dollars importés chez nous par suite du déficit de la balance des paiements américains ; nous avons , depuis six ans , multiplié par six les crédits consacrés à la recherche ; nous organisons un marché industriel et agricole commun avec l' Allemagne , l' Italie , la Belgique , la Hollande et le Luxembourg ; nous perçons le Mont Blanc conjointement avec les Italiens ; nous canalisons la Moselle en association avec les Allemands et les Luxembourgeois ; nous nous unissons à l' Angleterre pour construire le premier avion de transport supersonique du monde ; nous sommes prêts à étendre à d' autres types d' appareils civils et militaires cette collaboration franco-britannique ; nous venons de conclure avec la Russie soviétique un accord relatif à la mise au point et à l' exploitation de notre procédé de télévision en couleurs .

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C. de Gaulle - 27 avril 1965

Dans le monde d' aujourd'hui , où se posent tous les problèmes , où l' éventuel danger s' élève jusqu' à l' infini , où se heurtent âprement les besoins et les ambitions des Etats , quelle est l' action de la France ?

Reconnaissons qu' ayant été autrefois un peuple colosse , en fait de population , de richesse et de puissance , nous revenons de loin pour jouer de nouveau notre rôle international . Car , il y a une centaine d' années , notre expansion démographique et économique et , du même coup , notre force , commencèrent à décliner . Enfin , se succédèrent les deux guerres mondiales qui nous ruinèrent et nous décimèrent , tandis que deux grands pays , les Etats-Unis et la Russie , parvenaient à leur tour au sommet .

Dans cette situation actuellement diminuée la tentation du renoncement , qui est à un peuple affaibli ce que celle du laisser-aller est à un homme humilié , aurait pu nous entraîner vers une décadence sans retour . D'autant plus qu' ayant pris jadis l' habitude d' être toujours au premier rang , parfois non sans outrecuidance , notre amoindrissement relatif risquait , à présent , de nous faire trop douter de nous - mêmes .

Nous aurions pu nous décourager en comparant à nos statistiques celles qui relatent la population totale de chacun des deux pays géants , ou la production globale de leurs usines et de leurs mines , ou le nombre des satellites qu' ils lancent autour de la terre , ou la masse des mégatonnes que leurs engins sont en mesure d' emporter pour la destruction .

De fait , après le sursaut de confiance et de fierté françaises qui , au cours de la dernière guerre , nous tira d' un abîme mortel et ne dépit des forces vives qui reparaissent chez nous avec une vigueur renouvelée , la tendance à l' effacement s' y était momentanément fait jour , au point d' être érigée en doctrine et en politique . C' est pourquoi des partisans eussent voulu nous rattacher corps et âme à l' Empire totalitaire .

C' est aussi pourquoi d' autres professaient qu' il nous fallait , non point seulement , comme c' est le bon sens , rester des alliés de nos alliés tant que se dresserait à l' Est une menace de domination , mais encore nous absorber dans un système atlantique au sien duquel notre défense , notre économie , nos engagements dépendraient nécessairement des armes , de l' emprise matérielle et de la politique américaines . Les mêmes , dans la même intention , entendaient que notre pays , au lieu qu' il participât , ainsi qu' il est naturel , à une coopération organisée des nations libres de l' ancien continent , fût littéralement dissout dans une Europe dite intégrée et qui , faute des ressorts que sont la souveraineté des peuples et la responsabilité des Etats , serait automatiquement subordonnée au protecteur d' outre-océan . Ainsi resterait - il , sans doute , des ouvriers , des paysans , des ingénieurs , des professeurs , des fonctionnaires , des députés , des ministres français . Mais il n' y aurait plus de France .

Eh bien ! le fait capital de ces 7 dernières années c' est que nous avons résisté aux sirènes de l' abandon et choisi l' indépendance .

Il est vrai que l' indépendance implique des conditions et que celles - ci ne sont pas faciles . Mais comme on peut le voir , nous parvenons à les remplir . Dans le domaine politique , il s' agit que , sans renier notre amitié américaine , nous nous comportions en Européens que nous sommes et que , en cette qualité , nous nous appliquions à rétablir d' un bout à l' autre de notre continent un équilibre fondé sur l' entente et sur la coopération de tous les peuples qui y vivent comme nous . C' est bien ce que nous faisons en nous réconciliant avec l' Allemagne , en proposant à nos voisins des deux côtés du Rhin et des Alpes une réelle solidarité des 6 , en reprenant avec les pays de l' Est , à mesure qu' ils émergent de leurs écrasantes contraintes , les rapports d' active compréhension qui nous liaient à eux autrefois .

Quant aux problèmes qui se posent dans le reste de l' univers , notre indépendance nous conduit à mener une action conforme à ce qui est à présent notre propre conception , savoir : qu' aucune hégémonie exercée par qui que ce soit , aucune intervention étrangère dans les affaires intérieures d' un Etat , aucune interdiction faite à n' importe quel pays d' entretenir des relations pacifiques avec n' importe quel autre ne saurait être justifiés .

Au contraire , suivant nous , l' intérêt supérieur de l' espèce humaine commande que chaque nation soit responsable d' elle - même , débarrassée des empiétements , aidée dans son progrès sans conditions d' obédience . De là , notre réprobation devant la guerre qui s' étend en Asie de jour en jour et , de plus en plus , notre attitude favorable à l' égard des efforts de libération humaine et d' organisation internationale entrepris par divers pays d' Amérique latine , le concours que nous apportons au développement de bon nombre d' Etats africains , les rapports que nous nouons avec la Chine , et cetera . Bref , il y a maintenant une politique de la France , et elle se fait à Paris .

Au point de vue de la sécurité , notre indépendance exige , à l' ère atomique où nous sommes , que nous ayons les moyens voulus pour dissuader nous - mêmes un éventuel agresseur , sans préjudice de nos alliances , mais sans que nos Alliés tiennent notre destin dans leurs mains . Or , ces moyens , nous nous les donnons . Sans doute , nous imposent - ils un méritoire renouveau . Mais nous les payons pas plus cher que ceux qu' il nous faudrait fournir à l' intégration atlantique , sans être sûrement protégés pour autant , si nous continuions de lui appartenir comme auxiliaires subordonnés . Ainsi , en venons - nous au point où chacun des Etats du monde ne pourrait porter la mort chez nous sans la recevoir chez lui ; ce qui est , certainement , la meilleure garantie possible .

Dans l' ordre économique , scientifique , technique , pour sauvegarder notre indépendance , étant obligés de faire face à l' énorme richesse de certains , sans cependant nous refuser à pratiquer avec eux des échanges de toute nature , nous devons faire en sorte que nos activités demeurent , pour l' essentiel , sous administration et sous direction françaises . Nous devons aussi soutenir coûte que coûte la concurrence dans les secteurs de pointe , qui commandent la valeur , l' autonomie , la vie de tout ensemble industriel , qui comportent le plus d' études , d' expérimentations , d' outillages perfectionnés , qui requièrent en grand nombre les équipes les plus qualifiées de savants , de techniciens , d' ouvriers . Enfin lorsqu' il est opportun , dans une branche déterminée , de conjuguer nos inventions , nos capacités , nos moyens avec ceux d' un autre pays , nous devons souvent choisir l' un de ceux qui nous touchent de plus près et dont nous pouvons penser que le poids ne nous écrasera pas .

Voilà pourquoi nous nous imposons une stabilité financière , économique et monétaire qui nous dispense de recourir à l' aide de l' étranger ; nous changeons en or l' excès de dollars importés chez nous par suite du déficit de la balance des paiements américains ; nous avons , depuis six ans , multiplié par six les crédits consacrés à la recherche ; nous organisons un marché industriel et agricole commun avec l' Allemagne , l' Italie , la Belgique , la Hollande et le Luxembourg ; nous perçons le Mont Blanc conjointement avec les Italiens ; nous canalisons la Moselle en association avec les Allemands et les Luxembourgeois ; nous nous unissons à l' Angleterre pour construire le premier avion de transport supersonique du monde ; nous sommes prêts à étendre à d' autres types d' appareils civils et militaires cette collaboration franco-britannique ; nous venons de conclure avec la Russie soviétique un accord relatif à la mise au point et à l' exploitation de notre procédé de télévision en couleurs . En somme , si grand que soit le verre que l' on nous tend du dehors , nous préférons boire dans le nôtre , tout en trinquant aux alentours .

Certes , cette indépendance , que nous pratiquons de nouveau dans tous les domaines , ne laisse pas d' étonner , voire de scandaliser , divers milieux pour lesquels l' inféodation de la France était l' habitude et la règle . Ceux - là parlent de machiavélisme , comme si la conduite la plus claire ne consistait pas justement à suivre notre propre route ; ils s' alarment de notre isolement , alors qu' il n' y a jamais eu plus d' empressement autour de nous . D' autre part , le fait que nous ayons repris notre faculté de jugement et d' action à l' égard de tous les problèmes semble parfois désobliger un Etat qui pourrait se croire , en vertu de sa puissance , investi d' une responsabilité suprême et universelle . Mais qui sait si , quelque jour , l' intérêt que ce pays ami peut avoir à trouver la France debout ne l' emportera pas de loin , sur le désagrément qu' il en éprouve à présent ? Enfin , la réapparition de la nation aux mains libres , que nous sommes redevenus , modifie évidemment le jeu mondial qui , depuis Yalta , paraissait être désormais limité à deux partenaires . Mais comme , la liberté , l' égalité , la fraternité des peuples ne trouvent décidément pas leur compte , un autre ordre , un autre équilibre sont nécessaires à la paix . Qui peut les soutenir mieux que nous , pourvu que nous soyons nous - mêmes ?

Française , Français , vous le voyez ! Pour nous , pour tous , autant que jamais , il faut que la France soit la France !

Vive la République !

Vive la France !

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