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30 allocutions adressées au pays tout entier par la voie de la radio et de la télévision ; 12 conférences de presse intégralement diffusées ; 36 discours solennellement prononcés lors de cérémonies publiques ; séries de voyages accomplis - indépendamment d' au moins 200 apparitions officielles à Paris - dans les 94 départements de la métropole et d' outre-mer , au cours desquels le chef de l' Etat a vu , de ses yeux , au moins 15000000 de Français , invité à conférer avec lui tous les membres du Parlement , tous les corps constitués , tous les conseillers généraux , tous les maires de France , visité environ 2500 communes , dont toutes les principales , répondu dans les hôtels de ville à la bienvenue de près de 400 conseils municipaux et de 100000 notables , parlé depuis des estrades dans plus de 600 localités à la population assemblée , dialogué avec tant de personnes qu' on ne pourrait les compter et serré d' innombrables mains .

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C. de Gaulle - 9 septembre 1965

Je me félicite de vous voir . J' ai l' impression que notre réunion d' aujourd'hui revêt une espèce de relief particulier . Cela tient aux conjonctures : celle d' un monde qui est en pleine gestation et troublé actuellement par maintes secousses ; celle de notre pays qui entreprend une nouvelle étape de son progrès intérieur et extérieur ; et enfin celle qui est liée au terme prochain de l' actuel septennat . C' est dans cet état d' esprit que je me trouve , tandis que je vous demande de bien vouloir formuler les questions que vous voudrez me poser . Je vous écoute .

Je vous réponds tout de suite que vous le saurez , je vous le promets , avant deux mois d' ici .

Sur la question que vous me posez relativement au conflit déplorable qui a lieu actuellement entre le Pakistan et l' Inde , je dirai simplement ceci aujourd'hui : que cela , encore une fois , est déplorable , que dans l' immédiat il y a une procédure qui est engagée normalement par l' Organisation des Nations-unies et spécialement par son secrétaire général qui est sur place , et qu' on peut espérer que ses démarches parviendront à établir un cessez-le-feu . Ce sera naturellement qu' une solution provisoire . Quand au règlement définitif du problème , je vous en parlerai quand je serai amené à parler de l' ensemble de la politique française vis-à-vis du monde d' aujourd'hui

En somme , si je comprends bien , les uns et les autres , vous m' interrogez d'abord sur le point où nous en sommes et ce vers quoi nous allons quant au point de vue économique et social . Voilà un premier point . En second lieu , on me parle du Marché commun - plusieurs questions m' ont été posées et c' est bien explicable . On m' interroge aussi sur différentes questions concernant la politique de la France vis-à-vis du monde tel qu' il est : il s' agit de l' Europe ; il s' agit du conflit du Sud-Est asiatique ; il s' agit d' autres sujets encore . Et enfin , vous me parlez du septennat et du régime par rapport au septennat . Je vous répondrai sur ces différentes questions .

Je ne crois pas que jamais les études , les discussions , les conclusions relatives à notre situation économique et sociale , aux conditions de notre développement , aux objectifs qu' il nous faut atteindre , à l' action qu' il nous faut mener en conséquence , aient été aussi méthodiques et aussi approfondies qu' elles le sont cette année . L' élaboration du cinquième Plan par le commissariat général et ses diverses commissions , la collaboration des commissions de développement économique régional , les décisions prises par le gouvernement , les débats qui ont eu lieu ou qui vont s' engager au Conseil économique et social pour qu' il formule ses avis sur les dispositions proposées , au Parlement pour qu' il en fasse une loi , le tout accompagné par toutes les voix de l' information , ont permis de fixer en connaissance de cause l' orientation des choix qui détermineront pour 5 ans notre activité nationale .

Il y a là , sans nul doute , un progrès décisif de la planification , telle que nous l' avions , lors de la libération , adoptée et instituée dans l' état misérable où nous nous trouvions alors , puis passablement négligée au temps où notre vie économique dépendait pour une large part des prêts fournis par l' étranger , enfin mise en vigueur et en honneur depuis que nous avons recouvré notre indépendance dans le ce domaine comme dans les autres .

Mais on peut être indépendant de deux manières très différentes . Ou bien en s' enfermant derrière des remparts et , s' il s' agit d' économie , en se couvrant de barrières douanières , ou bien en affrontant les moyens et les capacités d' autrui , c'est-à-dire , si l' on parle d' échanges , en ouvrant et en multipliant les relations commerciales . Comme , pour nous , accoutumés que nous sommes au protectionnisme par une longue facilité , l' aiguillon des rivalités nous est salutaire dans notre effort de transformation ; comme d' autre part , les marchés neufs sont à l' extérieur de chez nous ; comme enfin , dans le monde entier , la présence suit la marchandise et que nous voulons être présents partout , nous avons , moyennant des précautions vis-à-vis de tels et tels pays encombrés de leurs surplus et tout en pratiquant des préférences à l' égard de nos partenaires du Marché commun européen ou de ceux des Etats d' Afrique auxquels nous sommes liés par des accords particuliers , choisi de vivre désormais en état de concurrence .

Cette concurrence , encore faut - il la soutenir et en tirer profit . C' est dire que tout tient à ce que vaut notre appareil de production par rapport à celui des autres . Aussi notre effort collectif au cours des 5 prochaines années aura - t - il pour objet principal de rendre cet appareil décidément compétitif . L' indépendance et la puissance économique de la France en dépendent directement , tandis que l' augmentation du revenu national et celle du niveau de vie en seront les conséquences . Or face aux capacités industrielles et agricoles qui nous entourent , l' adaptation de nos moyens exige un vaste effort d' investissement .

Investissement ! Au plan de l' Etat , cela implique que ce qu' il consacre au fonctionnement des administrations et des services publics soit aussi réduit que possible par rapport à ce qu' il fait pour l' équipement du pays . En outre , parmi les dépenses de cette dernière catégorie , la priorité doit appartenir à celles qui améliorent le plus directement la productivité nationale , je veux dire principalement la recherche scientifique , les communications de toute nature , l' enseignement technique , la formation professionnelle .

Oui ! Au cours des années qui viennent , on va voir la France en bonne place dans le peloton mondial de tête en fait de personnel et de moyens d' invention , d' expérimentation , d' application . On va la voir pousser activement la construction de ses autoroutes , si exceptionnellement bonnes et nombreuses que soient ses routes secondaires , et développer son réseau téléphonique . On va la voir mettre ses collèges , ses lycées et instituts techniques au même plan que les classiques comme il convient à un pays qui veut avoir , à tous les étages de son activité , des cadres multiples et de qualité . On va la voir assurer plus largement à ses jeunes gens et à ses adultes la possibilité , soit de bien apprendre un métier , soit d' en changer , soit de s' élever en qualification , parce que l' évolution moderne impose d' améliorer constamment le rendement dans les entreprises , d' employer au mieux une jeunesse de plus en plus nombreuse , d' accroître la mobilité des travailleurs français entre régions et entre professions et , notamment , d' offrir à ceux qui se trouvent en surnombre dans l' agriculture des débouchés rapides et honorables dans l' industrie ou dans le secteur tertiaire . Certes , ce qui est en cours de progrès dans d' autres branches : logement , hospitalisation , sports , et cetera , doit être activement poursuivi , mais compte tenu de ce qu' il faut faire avant tout en faveur de l' infrastructure et de l' équipement humain et matériel de la production nationale , dont au demeurant , tout dépend .

L' investissement , qui , de budget en budget , absorbe une part grandissante des dépenses du secteur public , constitue en même temps , pour l' ensemble des entreprises privées , l' impératif catégorique . Que celles - ci y procèdent par autofinancement ou par recours au marché financier , c' est là , pour elles , la chance unique , mais combien efficace , de disposer d' un outillage qui les rende compétitives , dès lors que notre économie est ouverte aux échanges internationaux . Or si à cet égard l' inflation et la hausse des produits ont pu naguère leur offrir certaines facilités malsaines , jusqu' à ce que notre appareil économique , financier , monétaire et social tout entier chancelât au bord du gouffre , le nécessaire est fait maintenant et continuera de l' être pour que soient désormais taries ces sources empoisonnées .

Au contraire , l' épargne , ressuscitée par la stabilité des prix et de la monnaie et par l' équilibre du budget , redevient le grand réservoir où puiser la prospérité . C' est , naturellement , pour les prochaines années , une tâche capitale de l' Etat que d' encourager l' accroissement de l' épargne plutôt que celui de la consommation , de contribuer à rendre les ressources ainsi formées plus actives grâce à l' intéressement et plus aisément accessibles aux entreprises qui en valent la peine , la concentration et l' organisation étant , pour ce qui les concerne , les critères essentiels . Notons que cette action étendue de l' Etat en vue d' augmenter la capacité de l' équipement national , ou bien dans le secteur privé , ou dans le secteur des entreprises publiques ou semi-publiques , ou dans le secteur placé directement sous son administration , implique que les précisions fournies à ses plus hautes instances soient plus complètes et mieux coordonnées . 3 hauts comités , composés d' un très petit nombre d' idoines , vont être institués à cet effet dès que le cinquième Plan entrera en application . Dans la mesure où la menace de guerre générale cessera d' étreindre le monde et la conquête brutale de solliciter les plus forts , le progrès deviendra une aspiration universelle : la science , la technique et l' industrie ouvriront à chaque pays développé la possibilité de l' accroître et de le répandre ; la rapidité des communications et la multiplicité des contacts entre les peuples susciteront chez tous un désir grandissant d' avoir affaire les uns avec les autres . Aussi la compétition sera - t - elle de plus en plus le ressort d' une juste ambition . C' est pourquoi la France veut en avoir les moyens .

Ce qui s' est passé à Bruxelles , le 30 juin , au sujet du règlement financier agricole , a mis en lumière , non seulement les persistantes réticences de la plupart de nos partenaires en ce qui concerne l' entrée de l' agriculture dans le Marché commun , mais aussi certaines erreurs ou équivoques de principe qui figurent dans les traités relatifs à l' union économique des 6 . C' est pourquoi la crise était , tôt ou tard , inévitable .

Les 3 traités , créant respectivement la CECA , l' Euratom et le Marché commun , avaient été conclus avant le redressement français de 1958 . Aussi tenaient - ils compte surtout de ce que demandaient les autres . C' est ainsi que la CECA , indépendamment du rapprochement franco-allemand qu' elle entendait manifester , consistait essentiellement à rendre à l' Allemagne la disposition de son charbon et de son acier et à donner à l' Italie , naturellement dépourvue de houille et de fer , la possibilité de s' en procurer à bon compte pour se doter , à son tour , d' une grande industrie métallurgique . Pour l' Euratom , l' institution tendait à mettre en commun tout ce qui était fait ou à faire dans le domaine de l' énergie atomique - et dont la France , en raison de l' avance qu' elle avait prise , fournirait la plus grande part - ensuite à contrôler le production des matières fissiles en vue d' en empêcher l' utilisation militaire , alors que , parmi les 6 , seul notre pays était en mesure de fabriquer un armement nucléaire . Quand au traité de Rome , enfin , il réglait très complètement les conditions de la communauté industrielle dont se souciaient surtout nos voisins , mais pas du tout celles du Marché commun agricole auquel nous étions les plus intéressés .

D' autre part , les 3 traités instituaient chacun une figuration d' exécutif sous la forme d' une commission indépendante des Etats , bien que ses membres fussent nommés et rétribués par eux , et une figuration de législatif sous les auspices d' une assemblée réunissant des membres venus de divers Parlements , sans toutefois que leurs électeurs leur eussent donné aucun mandat qui ne fût pas national . Cette hypothèque d' une technocratie , en majeure partie étrangère , destinée à empiéter sur la démocratie française dans le règlement de problèmes qui commandent l' existence de notre pays , ne pouvait évidemment faire notre affaire dès lors que nous avions conclu de prendre notre destin entre nos mains .

Qui peut ignorer que l' idée de grouper , au point de vue économique et , j' ajoute , politique , les Etats de l' Europe occidentale est la nôtre depuis longtemps ? Il n' est , pour le constater , que de se reporter aux déclarations que j' ai faites à ce sujet au cours et au lendemain de la guerre mondiale , alors que personne n' en parlait , ensuite en de multiples et solennelles occasions , mais aussi à tous les actes effectivement accomplis dans ce but par mon gouvernement . Pour ce qui est de l' économie , nous tenons en effet pour vrai que l' ajustement organisé des activités respectives des pays situés de part et d' autre du Rhin et des Alpes répond au fait qu' ils sont étroitement des voisins , qu' au point de vue de la production , ils se trouvent à la fois analogues et complémentaires , et qu' il est conforme aux conditions de notre époque de constituer des ensembles plus vastes que chacun des Etats européens . En outre , la France , qui en plein essor et dont la monnaie est devenue l' une des plus fortes du monde , a toutes les raisons de renoncer à son ancien protectionnisme et de s' ouvrir progressivement à la concurrence . C' est pourquoi , depuis 7 ans , nous avons très activement aidé à bâtir la communauté économique , créée théoriquement en 1957 , mais qui , jusqu' en 1959 , n' existait que sur le papier parce que le déficit chronique de la balance française des paiements empêchait l' organisation de prendre le départ autrement que dans les discours . Mais , ce que nous avons voulu hier , et que nous voulons aujourd'hui , c' est une communauté qui soit équitable et raisonnable .

Equitable : cela veut dire que les produits agricoles , compte tenu des conditions qui leur sont propres , doivent entrer dans le Marché commun en même temps que les produits industriels . Raisonnable : cela signifie que rien de ce qui est important , à présent dans l' organisation , plus tard dans le fonctionnement du Marché commun des 6 , ne doit être décidé , et a fortiori appliqué , que par les Pouvoirs publics responsables des six Etats , c'est-à-dire les gouvernements contrôlés par les Parlements .

Or on sait , Dieu si on le sait ! qu' il y a une conception différente au sujet d' une fédération européenne dans laquelle , suivant les rêves de ceux qui l' ont conçue , les pays perdraient leur personnalité nationale , et qui d'ailleurs , faute d' un fédérateur tel qu' à l' Ouest tentèrent de l' être - chacun à sa façon - César et ses successeurs , Charlemagne , Othon , Charles Quint , Napoléon , Hitler , et tel qu' à l' Est s' y essaya Staline , serait régie par quelque aréopage technocratique , apatride et irresponsable . On sait aussi que la France oppose à ce projet contraire à toute réalité le plan d' une coopération organisée des Etats évoluant , sans doute , vers une confédération . Seul ce plan lui paraît conforme à ce que sont effectivement les nations de notre continent . Seul il pourrait permettre un jour l' adhésion de pays tels que l' Angleterre et l' Espagne qui , comme le nôtre , ne sauraient accepter de perdre leur souveraineté . Seul il rendrait concevable dans l' avenir l' entente de l' Europe tout entière .

Cependant , et quelles que puissent être les arrière-pensées en fait de théorie politique , il avait pu sembler que les très longues et minutieuses négociations de Bruxelles étaient sur le point d' aboutir . Certes , nous avions eu les plus grandes difficultés à faire admettre en pratique par nos partenaires que les produits agricoles fassent partie intégrante de la communauté . Or , nul ne l' ignore , c' est là pour nous une condition sine qua non , car , faute qu' elle soit remplie , nous resterions chargés du poids très lourd que représente pour nous , plus que pour nos voisins , le soutien de notre agriculture , et serions , par là , handicapés dans la concurrence industrielle . Aussi avions - nous dû , en janvier 1962 , ne consentir à ce qu' on passât à la deuxième phase du traité , c'est-à-dire à un abaissement considérable des barrières douanières , que moyennant l' engagement formellement pris par les six de régler le problème agricole , notamment au point de vue financier , au plus tard le 30 juin de cette année , dans des conditions et suivant un calendrier précisés explicitement . Bien qu' il y ait eu alors quelques pleurs et grincements de dents , nous avions pu , sur le moment , obtenir l' adhésion de nos partenaires , et nous étions en droit de croire qu' à l' échéance ils rempliraient leurs engagements .

D' autre part , tout en observant que le très lourd appareil international construit à grands frais autour de la Commission faisait souvent double emploi avec les services qualifiés des six gouvernements , nous avions , à mesure des travaux , pris acte de la compétence des fonctionnaires de la Communauté et constaté qu' ils s' abstenaient d' empiétements excessifs sur les seules responsabilités qui fussent valables , à savoir celle des Etats .

C' était trop beau pour aller jusqu' au terme ! En effet , à Bruxelles , le 30 juin , notre délégation se heurta à une fin de non-recevoir pour ce qui concernait la mise au point définitive d' un règlement financier conforme à ce à quoi on s' était engagé . Peu auparavant d'ailleurs , la Commission , sortant soudain de sa réserve politique , avait formulé au sujet de ce règlement des conditions tendant à la doter elle - même d' un budget propre , dont le montant aurait atteint jusqu' à 20 milliards de nouveaux francs , les Etats versant entre ses mains les prélèvements et les recettes douanières qui eussent fait de cet organisme littéralement une puissance financière indépendante . Il est vrai que , suivant les auteurs du projet , ce budget énorme que les Etats alimenteraient aux frais de leurs contribuables , mais qu' ils ne contrôleraient pas , serait soumis à l' examen de l' Assemblée européenne . Mais l' intervention de celle - ci , qui est essentiellement consultative et dont les membres n' ont jamais , nulle part , été élus pour cela , ne ferait qu' aggraver le caractère d' usurpation de ce qui était réclamé . Quoi qu' il en soit , la conjonction , préméditée ou non , des exigences supranationales de la Commission de Bruxelles , de l' appui que plusieurs délégations s' affirmaient prêtes à leur accorder , enfin du fait que certains de nos partenaires revenaient au dernier moment sur ce qu' ils avaient antérieurement accepté , nous imposait de mettre un terme à ces négociations .

Je dois ajouter qu' à la lumière de l' événement nous avons plus clairement mesuré dans quelle direction notre pays risquerait de se trouver demain si telles ou telles dispositions initialement prévues dans le traité de Rome étaient réellement appliquées . C' est ainsi qu' en vertu du texte les décisions du Conseil des ministres de six seraient , dès le premier janvier prochain , prises à la majorité , autrement dit que la France serait exposée à se voir forcer la main dans n' importe quelle matière économique , par conséquent sociale et souvent même politique , et qu' en particulier ce qui aurait paru acquis dans le domaine agricole pourrait être , malgré elle , remis en cause à tout instant . En outre , à partir de la même date , les propositions que ferait la Commission de Bruxelles devraient être adoptées ou non , telles quelles , par le Conseil des ministres , sans que les Etats puissent y changer rien , à moins que , par extraordinaire , les six Etats fussent unanimes à formuler un amendement . Or , on sait que les membres de la Commission , naguère nommés par accord entre les gouvernements ne sont désormais aucunement responsables devant eux , et que , même au terme de leur mandat , il faudrait pour les remplacer l' unanimité des 6 , ce qui , en fait les rend inamovibles . On voit à quoi pourrait nous conduire une telle subordination si nous nous laissions entraîner à renier à la fois la libre disposition de nous - mêmes et notre Constitution , laquelle fixe que " la souveraineté française appartient au peuple français , qui l' exerce par ses représentants et par référendum " , sans qu' il soit prévu aucune espèce d' exception .

Les choses en sont là . Sans doute est - il concevable et désirable que la grande entreprise de la Communauté puisse être remise un jour en chantier . Mais cela n' aura lieu , éventuellement , qu' après un délai dont on ne peut prévoir la durée . Qui sait en effet , si , quand , comment , la politique de chacun de nos 5 partenaires compte tenu d'ailleurs de certaines conjonctures électorales et parlementaires , s' adaptera finalement aux nécessités qui viennent d' être une fois de plus démontrées ?

Quoi qu' il en soit , la France pour sa part , est prête à participer à tous les échanges de vues qui lui seraient proposées , sur ce sujet , par les autres gouvernements . Le cas échéant , elle envisage de renouer la négociation de Bruxelles , dès lors que l' entrée de l' agriculture dans le Marché commun serait véritablement adoptée , et qu' on voudrait en finir avec les prétentions que les mythes abusifs et chimériques opposent au bon sens et à la réalité .

Nous sommes en un siècle qui arrive aux deux tiers de sa durée , pas plus . Pourtant , depuis qu' il est né , le monde a subi des changements sans précédent , quant au rythme et à l' étendue . Tout donne à penser que le mouvement va se poursuivre . Car un ensemble de faits d' une immense portée est actuellement à l' œuvre pour repétrir l' univers .

Dans cet ensemble , il y a : l' avènement à la souveraineté d' un grand nombre d' Etats qui se sont créés ou restaurés depuis la guerre et , du même coup , le déploiement de leurs querelles réciproques : la puissance prépondérante acquise par deux pays , l' Amérique et la Russie , et qui les porte à rivaliser entre elles et à ranger sous leur hégémonie respective les peuples qui sont à leur portée ; la très profonde gestation qui s' accomplit dans l' énorme Chine et qui la destine à un rôle mondial de premier plan ; l' existence et l' accroissement d' armements nucléaires capables de détruire de grandes nations tout à coup et de fond en comble ; enfin , et par dessus tout , l' élan général vers le progrès que les possibilités de l' époque industrielle moderne suscitent dans chaque région de la terre .

Bref , le monde en pleine évolution est rempli à la fois d' espérances presque infinies et de gigantesques dangers .

Devant cette situation , quel peut être le rôle de la France ? Mais d'abord , faut - il qu' elle en ait un ? Il ne manque pas de gens , on le sait , pour penser que non . Suivant eux , n' étant pas en mesure d' agir par nous - mêmes , politiquement , économiquement , techniquement , militairement , nous devons désormais nous laisser conduire par d' autres . D'ailleurs , les idéologies sont là pour couvrir ce renoncement . Ainsi , certains , chez nous , utilisant le paravent de l' Internationale , voudraient nous soumettre à l' obédience de Moscou . D' autres , invoquant tantôt des théories arbitraires , tantôt les convenances des intérêts , professent que notre pays doit effacer , sa personnalité dans des organisations internationales faites de telle sorte que les Etats-Unis puissent y exercer , du dedans ou du dehors , une action prépondérante à laquelle par principe nous n' avons qu' à nous conformer . C' est de cette façon que ceux - là conçoivent notre participation à l' ONU ou à l' OTAN , et souhaitent nous voir nous dissoudre dans une fédération qualifiée d ' " européenne " et qui serait , en fait , " atlantique " .

Je ne crois pas - vous vous en doutez ! - que cette sorte d' abdication nationale serait justifiée . Je ne crois pas qu' elle serait utile aux autres , même à la Russie ou à l' Amérique . Je ne crois pas que le peuple français , dans son immense majorité , la tienne pour conforme à la conscience qu' il a de sa propre valeur , ni même au simple bon sens . Sans doute la France n' apparaît - elle plus comme la nation mastodonte qu' elle était aux temps de Louis XIV ou de Napoléon Ier . Sans doute aussi , l' effondrement brutal de 1940 , bien qu' il ait été précédé , au cours de la première guerre mondiale , par le déploiement admirable des capacités et des mérites de notre pays , et qu' il ait été suivi , au cours de la seconde , par l' élan de la résistance , le succès de la Libération et sa présence à la victoire , a - t - il laissé dans nombre d' esprits l' empreinte du doute , sinon du désespoir . Sans doute , l' inconsistance du régime d' hier avait - elle contrarié le redressement national . Mais celui - ci est maintenant évident , voire impressionnant . Nous sommes un peuple qui monte , comme montent les courbes de notre population , de notre production , de nos échanges extérieurs , de nos réserves monétaires , de notre niveau de vie , de la diffusion de notre langue et de notre culture , de la puissance de nos armes , de nos résultats sportifs , et cetera . Nos pouvoirs publics font preuve d' une stabilité et d' une efficacité que , depuis longtemps , on ne leur avait pas connues . Enfin , dans le monde entier , les possibilités de la France , ce qu' elle fait , ce qu' elle veut faire , suscitent à présent une attention et une considération qui tranchent avec l' indifférence ou la commisération dont naguère elle était trop souvent entourée . Bref , nous pouvons et , par conséquent , nous devons avoir une politique qui soit la nôtre .

Laquelle ? Il s' agit avant tout de nous tenir en dehors de toute inféodation . Certes , dans des domaines multiples , nous avons les meilleures raisons de nous associer avec d' autres . Mais à condition de garder la disposition de nous - mêmes . C' est ainsi qu' aussi longtemps que la solidarité des peuples occidentaux nous paraîtra nécessaire à la défense éventuelle de l' Europe , notre pays restera l' allié de ses alliés , mais qu' à l' expiration des engagements pris jadis , c'est-à-dire au plus tard en 1969 , cessera pour ce qui nous concerne , la subordination qualifiée d ' " intégration " , qui est prévue par l' OTAN et qui remet notre destin à l' autorité étrangère . C' est ainsi que , tout en travaillant à unir aux points de vue économique , politique , culturel et stratégique , les Etats situés de part et d' autre du Rhin et des Alpes , nous faisons en sorte que cette organisation ne nous prive pas de notre libre arbitre . C' est ainsi que , tenant pour bon qu' un système international aménage les rapports monétaires , nous ne reconnaissons à la monnaie d' aucun Etat en particulier aucune valeur automatique et privilégiée par rapport à l' or , qui est , qui demeure , qui doit demeurer en l' occurrence , le seul étalon réel . C' est ainsi qu' ayant été , avec 4 autres puissances , fondateurs de l' ONU et désirant que celle - ci demeure le lieu de rencontre des délégations de tous les peuples et le forum ouvert à leurs débats , nous n' acceptons pas d' être liés , fût - ce dans l' ordre financier , par des interventions armées contradictoires avec la charte et auxquelles nous n' avons pas donné notre approbation . D'ailleurs , c' est en étant ainsi que nous croyons le mieux servir en définitive l' alliance des peuples libres , la Communauté européenne , les institutions monétaires et l' Organisation des Nations-unies .

En effet , l' indépendance , ainsi recouvrée permet à la France de devenir , en dépit des idéologies et des hégémonies des colosses , malgré les passions et les préventions des races , par dessus les rivalités et les ambitions des nations , un champion de la coopération , faute de laquelle iraient s' étendant les troubles , les interventions , les conflits , qui mènent à la guerre mondiale . Or la France est , par excellence , qualifiée pour agir dans ce sens - là . Elle l' est par sa nature qui la porte aux contacts humains . Elle l' est par l' opinion qu' on a d' elle historiquement et qui lui ouvre une sorte de crédit latent quand il s' agit d' universel . Elle l' est par le fait qu' elle s' est dégagée de toutes les emprises coloniales qu' elle exerçait sur d' autres peuples . Elle l' est , enfin , parce qu' elle apparaît comme une nation aux mains libres dont aucune pression du dehors ne détermine la politique .

D'ailleurs , nous ne nous bornons pas à célébrer en principe la coopération . Nous la mettons en pratique partout où nous le pouvons dans des conditions naturellement appropriées à la situation de nos divers partenaires . C' est le cas pour presque tous les peuples d' Afrique qui nous étaient naguère rattachés , ainsi que pour le Ruanda et le Congo-Léopoldville et , en Asie , pour le Cambodge et le Laos ; chacun de ces Etats , devenu indépendant , ayant fixé ses relations avec nous par des accords particuliers en vue de son développement , accords dont le dernier en date , et non le moins important , règle les rapports pétroliers franco-algériens . Nous tendons à ce que ce soit le cas pour les divers pays d' Amérique latine , vers laquelle nous porte tant de profondes affinités ; dont l' avènement au rang d' un continent économiquement puissant , politiquement indépendant et socialement libéré est désormais nécessaire à l' équilibre et à la paix du monde ; où déjà le Mexique et , voici deux mois , le Chili , à l' occasion de la visite du président Frei , ont décidé de conjuguer plus étroitement leurs progrès et les nôtres . Nous souhaitons que ce soit le cas , dans une mesure grandissante , ainsi que nous l' avons marqué récemment lors des voyages à Paris du roi Hussein et du président Helou , pour les peuples d' Orient , depuis Istambul jusqu' à Addis-Abeba , et depuis Le Caire jusqu' à Kaboul , conformément aux raisons humaines et naturelles qui ont tissé entre eux et nous une traditionnelle amitié .

Il est vrai que pour procurer les moyens de vivre dignement et de progresser à leur tour aux 2000000000 d' hommes qui n' en disposent pas , il faut un effort qui dépasse de loin les possibilités de la France . Fort heureusement , parmi les pays bien pourvus , d' autres que nous en prennent aussi leur part , bien que la nôtre soit la plus grande par rapport à nos ressources . Mais ces concours , qui sont dispersés et trop souvent opposés , combien gagneraient - ils à être conjugués sur une vaste échelle ! En particulier , quel rôle pourrait jouer à cet égard une Europe qui voudrait s' unir ! Précisément , l' apaisement de notre ancien continent déchiré , puis le rapprochement de tous les peuples qui l' habitent , enfin leur coopération pour leur propre développement et le développement des autres constituent des buts essentiels - fussent - ils à longue échéance - de la politique française .

C' est ainsi qu' avec l' Allemagne , malgré tant de blessures subies et de griefs accumulés , nous avons conclu un traité qui , s' il est en beaucoup de matières demeuré jusqu' à présent à l' état de cordiale virtualité , organise cependant la réunion périodique des deux gouvernements et fructifie dans certains domaines comme la culture ou les rencontres de jeunesse . C' est ainsi que nous avons formé avec 5 de nos voisins un début de communauté économique , dont nous voulons espérer qu' elle pourra être un jour achevée , et que nous leur avons proposé d' organiser , tout au moins , une collaboration politique . C' est ainsi que nos contacts et nos échanges vont se multipliant avec les pays de l' Est , chacun d' entre eux n' étant , bien entendu , traité par nous qu' en considération de sa personnalité nationale . A cet égard , nous attachons une grande importance au cours nouveau que prennent nos rapports avec la Russie . Nous nous félicitons des résultats atteints à l' occasion de la visite du président Maurer en ce qui concerne les relations franco-roumaines . Avec grande satisfaction , nous allons recevoir le président Cyrankiewicz , espérant que sa présence chez nous pourra servir au rapprochement pratique des peuples français et polonais , amis et alliés en tous les temps de leur histoire . Nous n' hésitons pas à envisager qu' un jour vienne où , pour aboutir à une entente constructive depuis l' Atlantique jusqu' à l' Oural , l' Europe tout entière veuille régler ses propres problèmes et , avant tout , celui de l' Allemagne , par la seule voie qui permette de le faire , celle d' un accord général . Ce jour - là , notre continent pourrait reprendre dans le monde , pour le bien de tous les hommes , un rôle digne de ses ressources et de ses capacités .

Dans des conditions très différentes , mais suivant la même inspiration , nous croyons qu' en Asie , la fin des combats en cours , puis le développement satisfaisant des peuples ne pourront être obtenus que par des relations à établir , des négociations à ouvrir , un modus vivendi à réaliser , entre les puissances dont la responsabilité directe ou indirecte a été engagée depuis la fin de la guerre mondiale dans les événements du Sud-Est de ce continent , c'est-à-dire : la Chine , la France , l' Amérique , la Russie , l' Angleterre . Mais nous croyons aussi , plus fermement que jamais , que la condition élémentaire d' une telle entente serait la fin effective de toute intervention étrangère , par conséquent la neutralisation complète et contrôlée de la zone où l' on se bat . C' est à quoi la France avait souscrit , pour sa part , en 1954 . C' est ce qu' elle a ensuite rigoureusement observé . C' est ce qu' elle tient pour nécessaire depuis qu' après le départ de ses forces d' Indochine , les Etats-Unis y sont intervenus . Mais il est trop évident que ce n' est pas là le chemin que l' on prend . C' est pourquoi toutes spéculations concernant l' hypothèse d' une médiation de la France ne reposent que sur des nuées . Actuellement , elle n' a rien à faire que de se ménager pour plus tard , et si tant est que le moment en vienne jamais , la possibilité d' être utile , notamment à Pékin , à Washington , à Moscou et à Londres , quant aux contacts qui seraient nécessaires pour aboutir à la solution , quant aux contrôles qui auraient à la garantir et quant à l' aide qui devrait être apportée ensuite à de malheureux pays qu' elle n' a certes pas oubliés .

Au reste , la même entente des mêmes puissances qui ont les moyens de la guerre et de la paix est , pour la période historique que nous traversons , indispensable à la compréhension et à la coopération que le monde doit établir entre toutes les races , tous ses régimes et tous ses peuples , à moins d' aller , tôt ou tard , à sa propre destruction . Il se trouve , en effet , que les 5 Etats dont dépend en définitive le destin de l' Asie du Sud-Est , et qui , d'ailleurs , sont ceux qui détiennent les armes atomiques , ont fondé en commun , il y a 20 ans , l' Organisation des Nations-unies pour être les membres permanents de son Conseil de sécurité . Ils pourraient demain , s' ils le voulaient et dès lors , naturellement , qu' ils y seraient ensemble , faire en sorte que cette institution , au lieu d' être le théâtre de la vaine rivalité de deux hégémonies , devienne le cadre où serait considérée la mise en valeur de toute la terre et où s' affermirait , par là , la conscience de la communauté humaine . Il va de soi qu' un tel projet n' a actuellement aucune chance de voir le jour . Mais , s' il devait jamais apparaître que le rapprochement , puis l' accord des principaux responsables du monde fussent possibles à cette fin , la France serait , pour sa part , toute disposée à y aider .

Telle est dans son ensemble , la politique de notre pays . Assurément , les buts qu' elle vise sont à longue portée . Cela tient à la dimension des problèmes qui se posent au monde de notre temps . Mais cela tient aussi à ce que la France , n' étant plus accrochée par de stériles entreprises , ni dépendante de ce que font les autres , ni incitée à courir à tout moment et en tous sens derrière les chimères qui passent , est désormais en mesure de poursuivre des desseins étendus et continus . C' est ce qu' elle fait au dehors , tout en travaillant au dedans à bâtir sa nouvelle puissance .

Le régime que le pays a adopté il y a 7 ans et auquel tout permet de penser qu' il se tiendra désormais , c' est le régime de la majorité nationale . Je veux dire de celle qui se dégage de la nation tout entière , s' exprimant en sa masse indivise et souveraine .

Dès lors qu' une nation est formée , qu' à l' intérieur d' elle - même des données fondamentales , géographiques , ethniques , économiques , sociales et morales sont la trame de sa vie et qu' au dehorselle se trouve en contact avec les influences et les ambitions étrangères , il y a pour elle , en dépit et au-dessus de ses diversités , un ensemble de conditions essentiel à son action et , finalement , à son existence , et qui est l' intérêt général . C' est , d'ailleurs , l' instinct qu' elle en a qui cimente son unité et c' est le fait que l' Etat s' y conforme , ou non , qui rend valables , ou incohérentes , ses entreprises politiques . Dans une démocratie moderne , tournée vers l' efficacité et , en outre , menacée , il est donc capital que la volonté de la nation se manifeste globalement quand il s' agit du destin . Telle est bien la base de nos présentes institutions .

Sans doute , dans le régime d' hier , le peuple était - il appelé périodiquement à élire une Assemblée qui détenait la souveraineté . Mais cela se faisait naturellement qu' à une échelle fragmentaire , de telle sorte que les résultats n' avaient qu' une signification morcelée et , dès lors , contestable et confuse . En effet , pratiquement , seuls les partis , c'est-à-dire des organisations constituées pour faire valoir des tendances particulières et soutenir les intérêts de telles ou telles catégories , proposaient des candidats aux suffrages des électeurs . Encore le faisaient - ils dans des circonstances différentes les unes des autres quant aux régions et aux habitants . Il est vrai qu' il leur arrivait parfois , pour le temps d' un scrutin , de coaliser leurs hostilités afin d' écarter des adversaires , mais il ne s' agissait là que d' opérations négatives . En fait , le Parlement , auquel était attribué le droit et le devoir de décider seul et sans recours de ce qui était vital pour la nation et d' être la source exclusive des pouvoirs , consistait en une juxtaposition de groupes rivaux , voire opposés , dont une majorité ne pouvait se dégager que moyennant d' aléatoires et fallacieuses combinaisons . On comprend qu' un tel régime , quelle que fut la valeur des hommes qui s' y trouvaient , n' ait pu normalement faire sien et accomplir l' ensemble des desseins fermes et continus qui constitue une politique ni , à la plus forte raison , assumer la France dans ses grands drames contemporains .

Certes la Constitution que les Français , éclairés par beaucoup de leçons , ont donnée à la République en 1958 attribue au Parlement le pouvoir législatif et le droit au contrôle . Car il faut , dans l' action publique , des débats et un équilibre . Mais ce que notre Constitution comporte de tout nouveau et de capital , c' est d' une part l' avènement du peuple , en tant que tel et collectivement , comme la source directe du pouvoir du chef de l' Etat et , le cas échéant , comme le recours direct de celui - ci , d' autre part l' attribution du président , qui est , et qui est seul , le représentant et le mandataire de la nation tout entière , du devoir d' en tracer la conduite dans les domaines essentiels et des moyens de s' en acquitter . C' est en vertu de cette double institution et parce qu' elle a pleinement joué que le présent régime a disposé de la stabilité , de l' autorité et de l' efficacité qui l' ont mis à même de résoudre de graves problèmes avec lesquels la France était confrontée et de mener ses affaires de telle sorte que sa situation apparaisse aujourd'hui , à tous égards , comme meilleure et plus solide qu' hier .

Oui ! le fait que le Président de la République , appelé et soutenu par la confiance de l' ensemble de la nation , agissait en conformité avec les charges et les responsabilités qui sont , dans notre régime , celles que lui impose sa fonction , quand , au cours des 7 dernières années , il fixait l' orientation de la politique française au dedans et au dehors ; quand il en contrôlait à mesure le développement ; quand il prenait les suprêmes décisions relativement aux problèmes qui engageaient le destin et qui , par là , impliquaient que fussent tranchés autant de nœuds gordiens . Ainsi en a - t - il été dans les domaines des institutions , de la sûreté de l' Etat , de la défense nationale , du développement général du pays , de la stabilité économique , financière , monétaire , et cetera , ou bien de l' affaire algérienne , de l' Europe , de la décolonisation , de la coopération africaine , de notre attitude vis-à-vis de l' Allemagne , des Etats-Unis , de l' Angleterre , de la Russie , de la Chine , de l' Amérique latine , de l' Orient , et cetera . D' autre part , en demandant au pays , à 4 reprises , d' exprimer son approbation par la voie du référendum , en procédant une fois à la dissolution de l' Assemblée nationale , en faisant , lors d' une crise alarmante , application de l' article 16 , le chef de l' Etat a usé simplement des moyens que la Constitution lui donne pour faire en sorte qu' en de graves circonstances la nation elle - même décide de son propre sort et pour assurer le bon fonctionnement et la continuité des pouvoirs publics ; cela à l' encontre de quelques-uns qui pensent comme le faisait Chamfort , " que la souveraineté réside dans le peuple mais que le peuple ne doit pas l' exercer " .

On a parlé de " pouvoir personnel " . Si l' on entend par là que le président de la République a pris personnellement les décisions qu' il lui incombait de prendre , cela est tout à fait exact . Dans quel poste , grand ou petit , celui qui est responsable a - t - il le droit de se dérober ? D'ailleurs , qui a jamais cru que le général De Gaulle , étant appelé à la barre , devrait se contenter d' inaugurer les chrysanthèmes ? Par exemple , quand le problème algérien préoccupait - c' est le moins qu' on puisse dire - la France entière , à qui d' autre attribuait - on , et d' une seule voix , la tâche de le résoudre ? Mais si l' on veut dire que le président s' est isolé de tout et de tous et que , pour agir , il n' écoutait que lui - même , on méconnaît l' évidence . De combien d' avis et de consultations ne s' est - il pas entouré ! Jusqu' à présent , au cours du septennat , le chef de l' Etat a réuni 302 fois le conseil de ministres , 420 fois des conseils interministériels restreints , reçu dans son bureau 605 fois le Premier ministre , 78 fois les présidents des Assemblées , près de 2000 fois l' un ou l' autre des membres du gouvernement , plus de 100 fois les présidents ou rapporteurs des commissions parlementaires ou les présidents de groupe , environ 1500 fois les principaux fonctionnaires , experts , syndicalistes , le tout sans préjudice des lettres , notes , rapports , qui lui ont été adressés par l' un ou l' autre des responsables de l' étude des dossiers . Encore , pour ce qui est des problèmes extérieurs , quelques 600 heures de conversation avec des chefs d' Etat ou de gouvernement étrangers et un millier d' entretiens avec leurs ministres ou leurs ambassadeurs , ont - ils largement complété l' information du président . En tout cas , aucune mesure importante n' a été prise à son plan qu' après qu' avait eu lieu autour de lui la délibération de ceux qui en connaissaient les éléments et en assuraient l' exécution . C' était , d'ailleurs , tout naturel . Car les affaires publiques sont aujourd'hui trop variées et trop compliquées pour être traitées autrement . En ce qui les concerne , le risque réside beaucoup moins dans les ukases lancés du haut d' une tour d' ivoire que dans des examens sans fin dont aucune décision ne sort .

Cependant , c' est avant tout avec le peuple lui - même que celui qui en est le mandataire et le guide se tient en contact direct . C' est ainsi , en effet , que la nation peut connaître en personne l' homme qui est à sa tête , discerner les liens qui l' unissent à lui , être au fait de ses idées , de ses actes , de ses projets , de ses soucis , de ses espoirs . Et c' est ainsi , en même temps , que le chef de l' Etat a l' occasion de faire sentir aux Français , quelles que soient leurs régions et leurs catégories , qu' ils sont tous au même titre les citoyens d' un seul et même pays , de connaître , en allant sur place , où en sont les âmes et les choses , enfin d' éprouver , au milieu de ses compatriotes , à quoi l' obligent leurs encouragements .

Je ne crois pas que , jamais , de tels contacts aient été multipliés autant que depuis 7 ans . 30 allocutions adressées au pays tout entier par la voie de la radio et de la télévision ; 12 conférences de presse intégralement diffusées ; 36 discours solennellement prononcés lors de cérémonies publiques ; séries de voyages accomplis - indépendamment d' au moins 200 apparitions officielles à Paris - dans les 94 départements de la métropole et d' outre-mer , au cours desquels le chef de l' Etat a vu , de ses yeux , au moins 15000000 de Français , invité à conférer avec lui tous les membres du Parlement , tous les corps constitués , tous les conseillers généraux , tous les maires de France , visité environ 2500 communes , dont toutes les principales , répondu dans les hôtels de ville à la bienvenue de près de 400 conseils municipaux et de 100000 notables , parlé depuis des estrades dans plus de 600 localités à la population assemblée , dialogué avec tant de personnes qu' on ne pourrait les compter et serré d' innombrables mains .

En somme , le président de la République , désigné par la majorité nationale , est désormais comme la clef de voûte qui couvre et soude l' édifice de nos institutions . Comment contester que , par là , les pouvoirs publics se tiennent maintenant en équilibre ? La cohésion du gouvernement - qui n' a d'ailleurs connu en 7 ans que deux Premiers ministres , chacun d' eux investi , soutenu et maintenu par la confiance du chef de l' Etat - est un fait nouveau et exemplaire par rapport à la discordance des assemblages hasardeux qu' étaient les ministères d' antan . De là , dans l' action publique et dans l' administration du pays , une continuité et une efficacité dont le progrès est évident .

En même temps , et pour la première fois dans l' histoire de la République , il existe au Parlement une majorité certaine , parce qu' une majorité nationale s' étant formée dans le pays autour du président , cet événement capital n' a pu manquer d' avoir des conséquences lors des élections générales , en dépit de la diversité inhérente aux tendances , aux personnes et aux circonscriptions . Aussi l' œuvre législative , réalisée depuis 1958 , aux points de vue économique , social , financier , administratif , comme en ce qui concerne le droit civil , l' enseignement , l' équipement , la défense , et cetera , comporte - t - elle un ensemble de réformes exceptionnellement important et cohérent , tandis que le budget a toujours été adopté avant la fin de l' année , ce qui naguère n' arrivait jamais . Enfin , dans le cadre ordonné où les pouvoirs exercent sans saccades leurs responsabilités , les corps de l' Etat , de la fonction publique , la diplomatie , les armées se trouvent à même d' accomplir normalement et objectivement leur tâche .

La perfection n' est pas de ce monde . Mais par rapport à ce qu' il était hier , l' Etat français apparaît à présent comme entièrement transformé en fait de solidité et de capacité . Nul ne s' y trompe dans l' univers . Avant 3 mois , le pays dira par ses suffrages s' il entend revoir les pratiques du passé ou s' il veut que le régime nouveau assure , demain comme aujourd'hui , la conduite de la vie nationale . Car , chacun le sent et le sait , tel sera bien l' enjeu de l' élection présidentielle .

Mesdames et Messieurs , je vous remercie et j' ai l' honneur de vous saluer .

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