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C. de Gaulle - 15 décembre 1965

Rien n' est plus logique aujourd'hui que de constituer un marché commun européen , avec des pays qui sont voisins entre eux : la France , l' Allemagne , l' Italie , la Hollande , la Belgique , le Luxembourg , un jour probablement l' Angleterre , un jour aussi l' Espagne , peut-être d' autres ; voilà un fait géographique qui est devenu aussi un fait économique parce que ils sont très rapprochés , parce que ils sont en contact immédiat , direct , les uns avec les autres , et puis parce que ils sont du même ordre économique , les uns et les autres , ils sont au même étiage .

Enfin , parce que aujourd'hui la concurrence est nécessaire . C' est l' aiguillon qui est indispensable au progrès et notamment au progrès économique . Il serait absurde pour un pays de s' enfermer , comme on le faisait autrefois , comme nous le faisions autrefois dans des douanes et dans des barrières . Par conséquent , pour se mettre à la page , jour après jour , année par année , il faut encore une fois la concurrence ; bref , il faut un marché étendu . C' est pourquoi je suis tout à fait convaincu , et je crois bien que tout le monde est de cet avis , qu' il est bon , qu' il est utile et même qu' il est nécessaire d' aboutir à créer un marché commun entre les 6 .

Ce n' est pas moi qui ai fait le traité de Rome qui , comme vous le savez , a institué en principe le marché commun . Il est probable que , si j' avais été aux affaires quand on a fait le traité de Rome , on l' aurait fait d' une manière assez différente , mais enfin je l' ai pris comme il était et , avec mon gouvernement , nous avons tâché d' en tirer le meilleur parti possible .

Qu' est - ce que cela voulait dire ? Cela voulait dire , du point de vue industriel , que , progressivement et à mesure que notre industrie à nous se mettait à la hauteur des industries concurrentes , en particulier l' industrie allemande , eh bien ! on pouvait ouvrir , on devait ouvrir , les barrières douanières et communiquer largement entre soi . Il fallait , bien entendu , des règles à toutes sortes d' égards : je conviens que le traité de Rome prévoit ces règles pour l' industrie d' une manière raisonnable .

Et puis il y a l' agriculture . Un pays comme le nôtre ne peut pas se lancer dans la concurrence économique du moment qu' elle serait qu' industrielle , parce que , si nous restions avec sur les bras le poids de notre agriculture , qui est très lourd - j' ai parlé hier de la transformation agricole et de ce que l' Etat doit faire pour cette transformation - si nous restions seuls parmi les six avec la charge exclusive de notre agriculture , nous serions handicapés dans la concurrence industrielle , et , pour nous , le marché commun deviendrait une duperie . Mais il faut bien convenir que le traité de Rome ne parlait que très vaguement de ce qui était agricole .

Eh bien ! depuis que moi - même et mon gouvernement avons pris en main l' application du traité de Rome , nous nous sommes acharnés à faire entrer l' agriculture française dans le marché commun , et ce n' est pas commode . Pourquoi ? parce que , je vous le répète , nous sommes à cet égard un pays particulier ; nous avons une agriculture très considérable à tous les égards , ce qui n' est pas le cas des autres . Un pays comme l' Allemagne , comment se nourrit - il ? Il se nourrit à peine pour la moitié de ce qu' il produit , et le reste il l' importe . Quant à nous , ce n' est pas le cas . Nos agriculteurs font du blé plus que nous n' en mangeons . Ils font de la viande , et ils devraient en faire plus que nous ne pouvons en manger , et ils le peuvent . Ils font du fromage , plus que nous n' arrivons à en manger sur nos tables . Tout cela doit être exporté . Exporté où ? Dans le marché commun . Pensez bien que ce n' est pas sans mal que l' on pouvait réaliser cela . C' est à quoi , je le répète , nous nous sommes appliqués à ce point que le premier janvier 1963 et les jours qui suivirent est venue l' échéance : ou bien l' agriculture française entre dans le marché commun , et les autres l' acceptent , ou bien est ce que nous n' allons pas arrêter le marché commun ? Et nous avons mis , c' est le cas de le dire , ce marché dans la main de nos partenaires , et ils ont consenti ce jour là , ces jours là , à faire entrer l' agriculture française dans le marché commun .

Eh bien ! il faut reprendre la question et , comme vous le savez , comme nous l' avons dit , nous y sommes pour nous , pour notre part à nous Français , tout disposés et même résolus , à condition , bien entendu , que ce soit pour aboutir et qu' on ne vienne pas adorner , si je peux dire , cette entrée de l' agriculture française dans le marché commun qui complétera l' ensemble économique des 6 , qu' on n' aille pas adorner cela de conditions politiques dont nous aurons peut-être à parler tout à l' heure et qui , du point de vue de la France , ne sont pas évidemment acceptables .

Voilà où en sont les choses , voilà la route qui est ouverte et voilà les espoirs que nous avons .

Du moment que je suis français , je suis européen . Etant donné que nous sommes en Europe - et je dirai même que la France a toujours été une partie essentielle , sinon capitale , de l' Europe - par conséquent , bien sûr , je suis européen . Alors , vous me demandez si je suis pour une organisation de l' Europe , et , si je vous entends bien , vous parlez d' une organisation de l' Europe occidentale .

Dès lors que nous ne nous battons plus entre Européens occidentaux , dès lors qu' il n' y a plus de rivalités immédiates , et qu' il n' y a pas de guerre ni même de guerre imaginable entre la France et l' Allemagne , entre la France et l' Italie , et , bien entendu , entre la France , l' Allemagne , l' Italie et l' Angleterre , eh bien ! il est absolument normal que s' établisse entre ces pays occidentaux une solidarité : c' est cela l' Europe , et je crois que cette solidarité doit être organisée .

Il s' agit de savoir comment et sous quelle forme .

Alors il faut prendre les choses comme elles sont , car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités . Bien entendu , on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant " l' Europe ! " , " l' Europe ! " , " l' Europe ! " , mais cela n' aboutit à rien et ne signifie rien . Je répète : il faut prendre les choses comme elles sont . Comment sont elles ? Vous avez un pays français , on ne peut pas le discuter , il y en a un . Vous avez un pays allemand , on ne peut pas le discuter , il y en a un . Vous avez un pays italien , vous avez un pays belge , vous avez un pays hollandais , vous avez un pays luxembourgeois et vous avez , un peu plus loin , un pays anglais et vous avez un pays espagnol , et cetera . Ce sont des pays , ils ont leur histoire , ils ont leur langue , ils ont leur manière de vivre et ils sont des Français , des Allemands , des Italiens , des Anglais , des Hollandais , des Belges , des Espagnols , des Luxembourgeois . Ce sont ces pays là qu' il faut mettre ensemble , et ce sont ces pays là qu' il faut habituer progressivement à vivre ensemble et à agir ensemble . A cet égard je suis le premier à reconnaître et à penser que le marché commun est essentiel , car si on arrive à l' organiser et , par conséquent , à établir une réelle solidarité économique entre ces pays européens , on aura fait beaucoup pour le rapprochement fondamental et pour la vie commune .

Alors , il y a le domaine politique ! Que peuvent ils faire , en commun , politiquement ?

Il y a deux choses à considérer : quand on parle de politique , de tout temps , et notamment par les temps qui courent , il y a à considérer la défense - dans le cas où l' on serait obligé de se défendre - et puis il y a à considérer l' action , c'est-à-dire ce que on fait au dehors . Du point de vue de la défense , si cette Europe occidentale devait être attaquée - et par qui pourrait elle l' être ? jusqu' à présent ou plutôt jusqu' à ces derniers temps , on pouvait imaginer qu' elle risquait de l' être à partir de l' Est , et ce n' est pas encore impossible - dans ce cas là , il y a une solidarité de défense entre les six et cette solidarité , je le crois , peut , et doit être organisée .

Et puis , il y a l' action , c'est-à-dire ce que cet ensemble devrait faire dans le monde . Alors , à cet égard , c' est beaucoup plus difficile , car il faut bien convenir que les uns et les autres ne font pas tous la même chose et ne voient pas tous les choses de la même façon . Les Allemands , que voulez vous , ils se voient comme ils sont , c'est-à-dire coupés en deux et même en 3 si on tient compte du statut de Berlin , et ils se retrouvent avec une puissance économique renaissante qui est déjà considérable . Forcément , ils ont des ambitions . Est il nécessaire que les ambitions de l' Allemagne soient automatiquement les nôtres ? Les Anglais ont affaire un peu partout et on le voit bien , ils ont des embarras , actuellement en Afrique , avec la Rhodésie ; ils en ont dans les pays arabes , avec Aden ; ils en ont en Extrême-Orient , avec la Malaisie , et ainsi de suite . Est - ce que ces ennuis , ces inconvénients , doivent être nécessairement les nôtres , en même temps ? Il n' est pas si facile que cela d' ajuster les politiques .

Alors , j' ai fait , peut-être vous en souvenez vous , c' était en 1961 , la première de toutes les propositions qui aient été faites aux Européens pour commencer une coopération politique . Je leur ai proposé de réunir périodiquement ensemble les chefs d' Etat et de gouvernement et puis les différentes sortes de ministres , et notamment les ministres des affaires étrangères , pour confronter la situation de chacun , les vues de chacun , et les accorder .

Je n' ai jamais parlé de " l' Europe des patries " , c' est comme " l' intendance suit " . Chacun a sa patrie : nous avons la nôtre , les Allemands ont la leur , les Anglais ont la leur , et c' est ainsi . J' ai parlé de la coopération des Etats , alors cela , oui , j' en ai parlé , et je crois que c' est indispensable , et nous avons tâché de l' organiser à cette époque , mais cela n' a pas réussi et depuis on n' a plus rien fait , excepté nous , qui avons fait quelque chose avec l' Allemagne , car nous avons solennellement , et c' était incroyable après tout ce qui nous était arrivé , nous avons solennellement fait avec l' Allemagne un traité de réconciliation et de coopération . Cela n' a pas non plus jusqu' à présent donné grand-chose . Pourquoi ? Parce que les politiques sont les politiques des Etats , et qu' on ne peut pas empêcher cela .

Alors , vous en avez qui crient : " mais l' Europe , l' Europe supranationale , il n' y a qu' à mettre tout cela ensemble , il n' y a qu' à fondre tout cela ensemble , les Français avec les Allemands , les Italiens avec les Anglais " , et cetera , et cetera . Oui , vous savez , c' est commode , et quelquefois c' est assez séduisant , on va sur des chimères , on va sur des mythes , mais ce ne sont que des chimères et des mythes . Mais il y a les réalités , et les réalités ne se traitent pas comme cela . Les réalités se traitent à partir d' elles - mêmes , et c' est ce que nous nous efforçons de faire , et c' est ce que nous proposons de continuer de faire .

Si nous arrivons à surmonter l' épreuve du marché commun - j' espère bien que nous le ferons - il faudra reprendre ce que la France a proposé en 1961 et qui n' avait pas réussi du premier coup , c'est-à-dire l' organisation d' une coopération politique naissante entre les Etats de l' Europe occidentale , et à ce moment là il est fort probable qu' un peu plus tôt , un peu plus tard , l' Angleterre viendra se joindre à nous , et ce sera tout naturel . Bien entendu , cette Europe là ne sera pas comme on dit supranationale . Elle sera comme elle est . Elle commencera par être une coopération , peut-être qu' après , à force de vivre ensemble , elle deviendra une confédération .

Vous savez , depuis que j' ai eu affaire à une action nationale , c'est-à-dire depuis 1940 , qui était en même temps une action internationale , je me suis toujours entendu traiter d' anti-quelque-chose . En 1914 , que voulez vous , nous étions en guerre contre Guillaume II ; les Américains n' étaient pas là ; ils sont arrivés en 1917 , et ils ont bien fait , pour eux et pour tout le monde . En 1940 ils n' étaient pas là et nous avons été submergés par Hitler , et c' est en 1941 , parce que les Japonais ont coulé une partie de la flotte américaine à Pearl-Harbour , que les Etats-Unis sont entrés en guerre en 1941 . Je le sais bien , mais , enfin , je ne dis pas qu' ils sont anti-français parce que ils ne nous ont pas accompagnés toujours . Eh bien ! je ne suis pas anti-américain parce que actuellement je n' accompagne pas les Américains toujours , et en particulier , par exemple , dans la politique qu' ils mènent en Asie . Il est tout à fait vrai , que je ne les approuve pas . Alors de là à dire que je suis anti-américain , je ne peux pas l' empêcher . Mais vous voyez le fond des choses !

Quand je suis arrivé , nous avions une armée , c' était l' armée d' Algérie , pour dire le mot .

ça nous coûtait 30 pour 100 de notre budget . Actuellement , nous en avons une qui est en train de se rénover complètement , à base atomique . Elle nous coûte 21 pour 100 de notre budget et , entre temps , nous avons diminué de presque de moitié la durée du service militaire .

Du reste , les Allemands , qui ne peuvent pas , qui ne doivent pas se faire des armes atomiques , les Allemands ont une armée conventionnelle qui leur coûte relativement plus cher que ne nous coûte la nôtre . Voilà les faits .

Alors vous me dites : les pays sous-développés ? Je sais bien . On parle des dépenses extraordinaires que nous faisons pour les pays sous-développés . La France donne en effet , au total , quelque chose comme 2000000000 de francs pour la coopération avec les pays sous-développés . Voilà ce qu' elle fait . Ces 2000000000 , ce n' est pas de l' argent perdu , à beaucoup près . D'abord , c' est ainsi que nous gardons avec ces pays là des liens extrêmement étroits au point de vue culturel - cela va de soi puisqu'ils parlent tous français - au point de vue économique , puisqu'ils sont un grand débouché de nos exportations , et puis enfin du point de vue de notre standing international , car il est bon qu' un pays comme la France ait des amis , et des amis qui soient des amis particuliers . Pourquoi pas ? Et , en effet , c' est ce que nous faisons . Un pays comme la France ne peut pas renoncer à un rôle d' aide internationale . Elle n' en a pas le droit , ou alors elle ne serait pas la France , et elle l' est . Par conséquent , cet argent que nous donnons pour l' aide aux pays sous-développés n' est de l' argent perdu à aucun point de vue . Je considère même que c' est un très bon placement .

Nous avons un monde qui est en train de changer énormément . D' année en année , il n' est plus le même . Il apparaît des forces nouvelles : je parle , par exemple de la Chine ; il y en a d' autres , comme la Russie soviétique , qui évolue à l' intérieur d' elle - même et face au dehors ; il y en a d' autres comme les Etats-Unis , qui évoluent aussi et qui , de puissance essentiellement isolationniste qu' ils étaient autrefois , deviennent une puissance interventionniste , c' est le moins qu' on puisse dire . Tout ça , c' est un changement capital . Il y a l' Allemagne qui se transforme et dont nous ne savons pas , absolument pas , où iront ses ambitions . Naturellement , nous espérons qu' elles iront dans le bon sens , et nous avons des raisons de l' espérer . Mais on ne peut pas dire qu' on en soit certain . Par conséquent , nous sommes obligés de prendre le monde comme il est , et d' agir , et de vivre dans ce monde là .

Alors , qu' est ce que ça signifie ? ça signifie que la France n' a à s' interdire à elle - même aucune possibilité . La France est pour la paix , il lui faut la paix . La France , pour renaître vraiment , pour se refaire et pour s' étendre , au sens le plus noble du terme , il lui faut la paix . Par conséquent , la France cherche la paix , cultive la paix , aide la paix , partout . Comment ? En étant en rapports avec tout le monde . Il n' y a aucune espèce de raison pour que nous excluions d' avoir de bons rapports avec ceux - ci ou avec ceux - là . Ce que nous appelons l' équilibre qui va avec la paix , c' est un commencement de coopération internationale , et c' est cela que la France cherche à aider et c' est pourquoi la France n' exclut aucun rapport avec qui que ce soit . Elle cherche à être en contact pratique , direct , fécond , avec tout le monde , et elle l' est , figurez vous . Je dirai même qu' actuellement dans le monde , si vous y faites attention , elle est la seule . Les Américains , tout puissants qu' ils sont , ne sont pas en bons termes avec tout le monde ; les Anglais non plus , pas encore ; les Allemands , je n' en parle pas ; la Russie soviétique , ce n' est pas certain .

Nous , nous sommes ce pays là - c' est conforme au génie de la France - nous n' en sommes plus à la domination et à vouloir l' établir , mais nous sommes le peuple fait pour établir , aider la coopération internationale : c' est notre ambition . Aujourd'hui et faute de celle - là , nous n' en aurions aucune , mais il nous en faut une , et celle - là , nous l' avons , elle est pour le bien de l' homme , elle est pour l' avenir de l' humanité , il n' y a que la France qui puisse jouer ce jeu là et il n' y a que la France qui le joue .

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