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Eh bien ! il m' a fallu bien déchanter , et finalement le régime du front populaire , la majorité du front populaire , la chambre du front populaire , le gouvernement du front populaire , cela a fini par le désastre de Sedan , l' abdication de la république et la capitulation devant l' ennemi .

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C. de Gaulle - 16 décembre 1965

Les institutions , une Constitution , c' est une enveloppe . La question est de savoir ce qu' il y a dedans . Nous avons fait , j' ai proposé au pays de faire la Constitution de 1958 , après les drames que vous savez et dans l' intention - que d'ailleurs j' avais annoncée de la façon la plus formelle et la plus publique - de mettre un terme au régime des partis . Il s' agissait d' empêcher que la république , l' Etat , fût , comme il l' était avant , à la discrétion des partis . C' est dans cet esprit que la Constitution a été faite , et c' est dans cet esprit que je l' ai proposée au peuple , qui l' a approuvée . Je suis sûr qu' il l' a approuvée dans cet esprit . Alors si malgré l' enveloppe , malgré les termes , malgré l' esprit de ce qui a été voté en 1958 , les partis se réemparent des institutions , de la république , de l' Etat , alors , évidemment , rien ne vaut plus ! On a fait des confessionnaux , c' est pour tâcher de repousser le diable ! mais si le diable est dans le confessionnal , alors cela change tout ! Or , ce qui est en train d' être essayé c' est , par le détour de l' élection du président de la république au suffrage universel , de rendre l' Etat à la discrétion des partis .

Car comment peut marcher la Constitution de 1958 et comment marche elle , et marche elle très bien , depuis 7 ans . Elle marche grâce à un chef d' Etat qui n' appartient pas aux partis ; qui n' est pas délégué par plusieurs d' entre eux , ni même , à plus forte raison , par tous ; qui est là pour le pays ; qui a été désigné sans doute par les événements , mais qui , en outre , répond à quelque chose qui est commun à tous les Français , par dessus les partis , et qui est leur intérêt commun , leur intérêt national .

C' est comme cela que la Constitution marche depuis 1958 . Si à la place de ce chef d' Etat , qui est fait pour empêcher que la république ne retombe à la discrétion des partis , on met un chef d' Etat qui n' est qu' une émanation des partis , alors , je vous le répète , on n' aura rien fait du tout et tout ce que on aura écrit dans la Constitution ne changera rien à rien , on en reviendra à ce qui était avant , avec peut-être quelque forme légèrement différente , mais on en reviendra au gouvernement - si tant est que on puisse l' appeler comme cela - des partis , et ce serait , j' en suis sûr , comme j' en ai toujours été sûr , une catastrophe nationale .

La France , c' est tout à la fois , c' est tous les Français . C' est pas la gauche , la France ! C' est pas la droite , la France ! Naturellement , les Français comme de tout temps , ressentent en eux des courants . Il y a l' éternel courant du mouvement qui va aux réformes , qui va aux changements , qui est naturellement nécessaire , et puis il y a aussi un courant de l' ordre , de la règle , de la tradition , qui lui aussi est nécessaire . C' est avec tout cela qu' on fait la France . Prétendre faire la France avec une fraction , c' est une erreur grave , et prétendre représenter la France au nom d' une fraction , cela c' est une erreur nationale impardonnable .

Vous me dites : à droite , on dit que je fais une politique de gauche au dehors ; à gauche , du reste , vous le savez bien , on dit : De Gaulle , il est là pour la droite , pour les monopoles , pour je ne sais pas quoi . Le fait que les partisans de droite et les partisans du gauche déclarent que j' appartiens à l' autre côté prouve précisément ce que je vous dis , c'est-à-dire que , maintenant comme toujours , je ne suis pas d' un côté , je ne suis pas de l' autre , je suis pour la France .

Il y a , pour ce qui est de la France , ce qui se passe dans une maison : la maîtresse de maison , la ménagère , veut avoir un aspirateur , elle veut avoir un frigidaire , elle veut avoir une machine à laver et même , si possible , une auto : cela c' est le mouvement . Et en même temps , elle ne veut pas que son mari s' en aille bambocher de toute part , que les garçons mettent les pieds sur la table et que les filles ne rentrent pas la nuit ; ça c' est l' ordre . La ménagère veut le progrès mais elle ne veut pas la pagaille , eh bien ! c' est vrai aussi pour la France . Il faut le progrès , il ne faut pas la pagaille .

Or , le régime des partis , c' est la pagaille . Evidemment , on l' a vécu avant la première guerre mondiale , pendant longtemps cela allait cahin-caha . A ce moment là on ne risquait pas grand-chose .

à l' intérieur , on était très riche : je ne parle pas de tous les Français , bien entendu , il s' en faut , mais je vous parle de l' ensemble de ce que l' on appelait " la société " , qui était riche . Il y en a qui disaient que c' était la " belle époque " . Bien sûr ! on ne se transformait pas , on n' évoluait pas ! D' autres devenaient de grands pays industriels , comme l' Allemagne , l' Angleterre , qui avaient commencé avant tout le monde , les Etats-Unis qui avaient entrepris leur essor . Nous , nous restions , cahin-caha , comme nous étions . Et puis alors , au dehors , on ne risquait pas grand-chose non plus , bien sûr ! Il y avait la menace allemande à l' horizon pour le cas où ... Mais il y avait l' alliance russe , et puis , après , il y a eu l' entente cordiale , enfin , ça allait comme cela .

Puis , il y a eu 1914 : désastre initial , auquel nous avons échappé par une chance inouïe , par un sursaut du tréfonds national qui nous a permis de nous en tirer , dieu sait d'ailleurs avec quelles pertes ! et encore de nous en tirer en 1914-1915 grâce au pouvoir personnel du père Joffre , et puis en 1917-1918 , à la fin où ça devenait dramatique , et infiniment grave de nouveau , grâce au pouvoir personnel de Clemenceau ! Mais , dans l' intervalle , qu' est ce qu' ils avaient fait , les partis ? Ils n' avaient rien fait ! Ils renversaient les ministères comme à l' habitude , ils renversaient le ministère Viviani , puis le premier ministère Painlevé , et allez , donc ! Voilà ce qu' ils faisaient les partis !

Entre les deux guerres , après qu' on eu liquidé Clemenceau - que les partis eurent liquidé Clemenceau - il y a eu alors ce qu' on sait , c'est-à-dire un régime de médiocrité , un régime d' impuissance où le désastre se dessinait à l' horizon sans qu' on fît en réalité rien pour l' empêcher .

Entre monsieur Clemenceau et monsieur Paul Reynaud , c'est-à-dire de 1920 à 1940 , on a eu 47 ministères en 20 ans . Voilà le régime des partis ! Alors , naturellement on a été battus , écrasés en 1940 . On n' avait rien préparé , on était divisés par les partis , on n' avait pas les armes nécessaires .

Vous me parlez actuellement d' un candidat du front populaire . Hélas , moi , j' ai connu le front populaire . Je vous dirai même qu' à cette époque là , c' était en 1936 , j' avais quelques idées sur la nécessité de rénover notre défense nationale , et je crois bien que l' expérience a prouvé que , si l' on m' avait écouté , on aurait évité le désastre et on aurait probablement tué l' entreprise d' Hitler dans l' œuf avant même qu' elle ne pût s' étendre . Enfin , j' espérais un peu que ce mouvement du front populaire - qui m' apparaissait être la nouveauté , la réforme , et cetera - allait effectivement s' emparer aussi de la défense . Eh bien ! il m' a fallu bien déchanter , et finalement le régime du front populaire , la majorité du front populaire , la chambre du front populaire , le gouvernement du front populaire , cela a fini par le désastre de Sedan , l' abdication de la république et la capitulation devant l' ennemi . Du reste , je me hâte de vous dire que , si au lieu d' être de ce gouvernement du front populaire , c'est-à-dire des partis du front populaire , ç'avait été le gouvernement des autres partis , des partis conservateurs , ç'aurait été probablement la même chose . Les partis ne peuvent pas conduire la France , c' est trop dur , et c' est pourquoi d'ailleurs , après mon retour , en 1945 , quand les partis ont reparu - tous contre moi , bien entendu - moi parti , ils n' ont plus rien fait du tout , excepté 23 crises ministérielles , dont j' ai parlé samedi dernier , et puis c' est tout .

Alors vous me dites : " le personnage que vous citez , il est le candidat de la gauche " . Mais pas du tout ! il est aussi le candidat de la droite ! Je ne vous l' apprends pas , il est le candidat des partis . Voilà la vérité ! Car tous les partis sont d'accord pour que De Gaulle s' en aille . Naturellement , car De Gaulle , une fois au loin , eh bien ! ils reprennent leurs jeux et leur régime , quand même ils ont été obligés de passer par le détour de l' élection du président de la république au suffrage universel , c'est-à-dire de la désignation de l' un d' entre eux , de leur homme , à la présidence de la république , ce qui fait que nous reviendrons directement au régime que nous avons connu et qui nous a coûté dieu sait combien ! Voilà ce que je peux vous dire .

Une fois de plus , je vous répondrai sur le pouvoir personnel : quand quelqu'un a des responsabilités - ce qui est mon cas - à cause de l' histoire et aussi à cause du fait que je suis là et que je suis là de par la volonté du peuple jusqu' à présent , alors , naturellement , il a des responsabilités , et je vous prie de croire qu' elles sont lourdes . Il faut qu' il les porte lui - même . Pourquoi les passerait il à d' autres ?

Mais je ne suis pas tout seul , bien sûr ! J' ai un gouvernement . J' en ai eu deux successivement , pendant le septennat . Ce n' est pas beaucoup par rapport à d' autres régimes . Enfin , il y a tout de même des ministres ! Je vous prie de croire que je ne fais pas tout ; du reste je ne pourrais pas . Il y a le parlement , qui a été élu par le peuple , qui fait les lois ! Et puis , c' est lui , qui les fait les lois , le parlement , ce n' est pas moi ! Alors , voilà ce que c' est que le " pouvoir personnel " . Ce sont des expressions qu' on peut employer comme cela , par démagogie , mais qui , en réalité , sont de mauvaise foi . Voilà la vérité !

Oui . Parlons des libertés publiques : où en sont les libertés publiques que j' ai détruites ? C' est moi qui les ai rendues . Je les ai rendues quand je suis rentré en France en 1944 , je les ai rendues toutes ! Il n' y en avait plus , pourquoi ? Il n' y en avait plus parce que les partis avaient capitulé dans les mains de Pétain et des Allemands . Moi , j' ai rendu les libertés publiques , je ne les ai pas détruites ! Et depuis 7 ans que je suis là , je n' ai pas détruit les libertés publiques .

La liberté de la presse , est ce qu' elle n' existe pas ? Presque toute la presse m' est hostile et je ne l' empêche pas ! Et la liberté syndicale , est ce que je l' empêche ? Pas le moins du monde ! bien au contraire , je fais tout pour essayer d' associer les syndicats au développement en commun de la France . Et quelles autres libertés ai - je détruites ? La liberté de vote ? Vous voyez bien ce qui se passe ! Le premier juin 1958 - j' étais revenu la veille , c' est la veille que j' avais reçu l' investiture , que j' étais devenu président du conseil avant d' être président de la république - j' ai rétabli la liberté de la presse que le régime des partis , les jours d' avant , parce qu' il mourait de peur , avait supprimée . J' ai supprimé la censure , je ne l' ai pas rétablie ! Voilà la réalité . Alors , il faudrait que les plaisanteries soient plus courtes , parce que ce sont les meilleures , mais quand elles sont très longues , elles sont très mauvaises , les plaisanteries .

Comme vous l' avez remarqué , je n' ai pas dit : " moi " , et je n' ai pas dit : " le chaos " . J' ai dit , et je répète ceci : s' il devait arriver le 19 décembre que le peuple français décidât d' écarter De Gaulle , c'est-à-dire , tranchons le mot , de renier ce qui est une partie de son histoire , et , je le crois , excusez moi , encore aujourd'hui pour le moment , une nécessité nationale ; si le peuple français en décidait ainsi , je suis convaincu que le régime des partis revenant , ainsi que je l' ai expliqué tout à l' heure , ce serait pour le pays un immense malheur . J' ai dit pourquoi et je ne vois pas , encore une fois , qu' il puisse en être autrement dès lors que , moi parti , ceux que nous savons , les fractions que nous savons , reviendraient , maîtres de l' Etat et de la république . Alors , on dit : oui ! mais et votre succession ? parce que ça ne pourra pas durer toujours ! Je suis le premier à savoir que cela ne durera pas toujours .

Eh bien ! ma succession , pour le moment , n' est pas ouverte , à moins , naturellement , que le peuple français , encore une fois , l' ouvre lui - même dimanche prochain . Sinon , elle n' est pas ouverte et , par conséquent , pour un temps dont je n' apprécie pas la durée , il sera possible à l' actuel président de la république de le demeurer . Mais , naturellement , un jour viendra , un peu plus tôt , un peu plus tard , où ce ne sera plus le cas , et où De Gaulle disparaîtra . Sa succession sera donc ouverte . Que se produira - t - il alors ? Que doit - il se produire ? Le même débat que nous vivons aujourd'hui se reproduira alors . Si , alors , le peuple français revient aux mêmes combinaisons , au même système , aux mêmes fractions , dont nous avons longuement parlé tout à l' heure , c'est-à-dire au régime des partis , ce n' aura été que reculer pour moins bien sauter .

Si , au contraire , le peuple français demeure , au moment de l' élection de mon successeur , fidèle à la ligne qu' il a tracée , à mon appel , et qui est celle d' un chef de l' Etat qui n' appartient à personne , excepté à la France , et qui n' est là pour servir personne , excepté la France et les Français , ce personnage là - ce n' est pas le même dont j' ai parlé tout à l' heure - ce personnage là étant accompagné de tous ceux qui , peut-être , d' ici là , viendront se joindre à eux , alors je crois que l' avenir à les plus grandes chances d' être assuré . Bien sûr , mon successeur ne fera pas comme moi . Il n' aura pas , comme j' ai dit à certaines occasions , la même équation personnelle . Il fera comme il pourra , il fera comme il voudra . Il ne fera pas pareil , mais , pour l' essentiel , qui est de n' appartenir encore une fois qu' au pays tout entier , il pourra le faire et , s' il le fait , je crois que la république doit durer et la France aussi . La question est là .

Français , Françaises , vous avez assisté à notre dialogue . Eh bien ! c' est votre affaire ce qui va se passer dimanche et ce qui se passera plus tard . Je n' ai jamais servi que votre affaire , et aujourd'hui et demain , je ne suis là que pour cela . Après moi , il vous appartient de suivre la même ligne que nous avons tracée ensemble depuis 1958 et de la suivre franchement . Cela vous appartient et appartient en particulier à vous , jeunes Français , qui n' avez pas encore été mêlés à tout cela , je parle des micmacs dont nous avons parlés longuement tout à l' heure , et dont je souhaite ardemment que vous ne vous en mêliez pas , que vous considériez votre chose qu' est le pays tout entier , la France , et que vous marchiez droit , comme , je crois , j' ai marché droit à la tête de la république et de la France , depuis quelque 25 ans .

Voilà ce que je peux dire . Du reste , quoi qu' il arrive , j' aurai rempli mon destin , j' aurai fait mon service , et , si j' ai été assez heureux pour rendre à la France ce service là d' avoir fait avec elle , mis en route avec elle et fait accepter par elle un régime nouveau , un régime d' action , un régime de réalisation , un régime de cohésion , alors , j' aurai rempli ma vie . Voilà ce que je peux vous dire .

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