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Il s' agit aussi de la participation conjointe des enseignants et des étudiants soit en matière de pédagogie , soit pour les contacts à établir aux niveaux national et régional entre l' Université et les activités notamment économiques , sociales et administratives du pays , soit dans les relations à pratiquer avec les universités étrangères .

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C. de Gaulle - 9 septembre 1968

Mesdames , Messieurs , je me félicite de vous voir . Nous sommes devant une actualité qu' on peut qualifier de foisonnante . Toutes sortes de problèmes sont dedans mais il y a des questions essentielles et ce sont celles - là que je vous propose d' examiner ensemble . Vous avez la parole , Mesdames et Messieurs .

Je me garderai de faire aujourd'hui l' histoire d' une crise nationale aussi complexe que celle que nous avons traversée . Je constate seulement , qu' à l' évidence , cette crise fut grave , parce que l' anarchie universitaire , suscitée par des mouvements pour qui elle est une fin en soi , puis l' étouffement économique imposé à grand renfort de piquets de grève par des confédérations syndicales qui ne peuvent pas , semble - t - il , s' empêcher de se politiser ont pu se déployer longuement et obstinément . Cela grâce à cette sorte de vertige que l' on éprouve fréquemment chez nous devant la transformation rapide accomplie par notre pays , avec tous les défauts , toutes les routines , tous les égoïsmes qu' elle met en lumière ; grâce à la mise en condition de l' opinion publique - n' est - ce pas Messieurs les journalistes ! - par la grande majorité des organes de presse et de radio pour lesquels ne se rapportent et , par conséquent , ne comptent que les faits scandaleux , violents , destructeurs ; grâce à l' état d' esprit de certains milieux intellectuels que les réalités irritent d'autant plus qu' elles sont rudes , qui adoptent en tous domaines , littéraires , artistiques , philosophiques , l' esthétique de la contradiction et qu' indispose automatiquement ce qui est normal , national , régulier ; grâce à l' étrange illusion qui faisait croire à beaucoup que l' arrêt stérile de la vie pouvait devenir fécond , que le néant allait tout à coup , engendrer le renouveau , que les canards sauvages étaient les enfants du bon Dieu ; grâce enfin à la passivité qui figeait dans sa masse le pays désemparé .

Cette situation , à beaucoup d' égards morbide , je conviens que mon gouvernement n' en a pas trouvé aussitôt la solution . Mais quoi ? Quand le barrage de Fréjus a craqué , comment aurait - on eu tout de suite prise sur le torrent ? Aussi , au long du mois de mai , le gouvernement s' est - il contenté , en limitant à l' extrême les plaies et les bosses , de maîtriser dans la rue les faiseurs de barricades , d' aider autant que possible à la vie de la population et de ménager l' apaisement . Quant à moi , tout en soutenant la fermeté des responsables et tout en affirmant la nécessité des réformes lorsque l' ordre public rétabli permettrait de les accomplir , j' attendais , pour agir en grand , que les choses s' éclaircissent aux yeux de la nation , sentant bien que , jusque - là , l' affaire était insaisissable .

De fait , le moment vint où chacun y vit clair . Car les auteurs de la crise se trouvèrent , par ses dimensions mêmes , conduits à poser la question du régime , autrement dit celle du chef de l' Etat . C' est ainsi que les totalitaires se mirent à donner progressivement à leur action le caractère d' un assaut mené contre ce qu' ils nomment le pouvoir gaulliste , à tenter de me réduire à l' impuissance et , par là , au départ grâce à la paralysie et au désespoir du pays , à étaler leur force en faisant défiler dans Paris plusieurs centaines de milliers de personnes , le 29 mai , c'est-à-dire après que les accords de la rue de Grenelle eussent satisfait celles des revendications sociales qu' il était possible d' accepter , enfin à se déclarer prêts à accéder à un gouvernement de génération spontanée où ils seraient prépondérants . A coup sûr , c' est bien cela qui se serait effectivement passé si , de gré ou de force , j' avais cessé mes fonctions .

Mais aussi , c' est cette menace - là qui m' affermit moi - même et réveilla l' instinct national . L' appel que j' adressai au pays le 30 mai et la réponse qu' il y fit aussitôt prouvèrent , tout à la fois , que la République et son président étaient bien résolus à l' emporter , que par là même se dissipait le cauchemar de l' avènement des totalitaires , enfin que telle était bien la volonté du peuple français . Après quoi , les résultats des élections de juin confirmèrent cette démonstration de la manière la plus explicite et la plus éclatante possible .

De ces événements , 3 conclusions doivent être tirées . La première concerne notre régime . Le fait est qu' en dépit des secousses ce régime a tenu bon , alors que , dans les mêmes circonstances , celui d' antan , se perdant en crises ministérielles , eût , à coup sûr , livré la place à la dictature que l' on sait . Pour notre peuple , que sa nature et l' époque où nous vivons exposent à tant d' avatars nos actuelles institutions fournissent donc l' antidote nécessaire à sa propre fragilité .

La deuxième conclusion se rapporte à notre politique . Nous avons à réformer , car il est clair que , dans les engrenages de la société mécanique moderne , l' homme éprouve le besoin de se manifester comme tel , autrement dit de participer , non point seulement par son suffrage à la marche de la République , mais par l' intéressement et la consultation à celle de l' activité particulière où il s' emploie . C' est vrai dans l' Université , où le milieu appelle l' idée et la discussion . C' est vrai aussi dans l' économie , pour cette raison que son fonctionnement comporte des règles rigoureuses qui doivent valoir une part directe du profit à ceux qui y sont pliés , tandis que les travailleurs , à mesure que l' ère industrielle améliore leur vie et leurs capacités , ont qualité pour être informés et pour débattre de ce qui , grâce à leur effort , est accompli ou projeté et de ce qui peut en résulter quant à leur propre destin .

Organiser la participation là où elle ne l' est pas encore , la développer là où elle existe , voilà à quoi nous avons à nous appliquer . Mais à la condition , faute de laquelle toute réforme - et notamment celle - là - ne serait qu' un mot pour rire , que nous maintenions l' ordre partout , que , tout en respectant les libertés d' opinion , d' expression et de réunion , ainsi que le droit de grève dans les conditions prévues par la loi , toutes les menaces et les violences soient brisées et réprimées , que l' Etat s' oppose à ce qu' aucune autorité autre que la sienne ne s' exerce sur ce qui lui appartient , qu' en particulier , l' utilisation , la détention , l' occupation irrégulières , des communications , transmissions , services et locaux publics soient interdites et empêchées .

Enfin , et ce sera la troisième conclusion , nous avons vérifié , une fois de plus , qu' en ce temps plein d' incertitudes , par conséquent de périls , et qui exige , de la part de l' Etat , des desseins fermes et continus , des institutions constantes et une politique active , aucun système de pensée , de volonté et d' action ne saurait inspirer la France , comme il faut pour qu' elle soit la France , sinon celui que les événements ont suscité depuis juin 1940 . Ce système est , en effet , le seul qui permette à la nation de se tirer d' affaire quand la tempête se déchaîne , le seul qui soit relié assez directement à son passé et assez ambitieux de son avenir pour maintenir son unité et revêtir sa légitimité , le seul qui soit , en partant de ses structures , habitudes et équipements plus ou moins périmés , apte à la transformer , sans étouffer ses libertés , en une puissance prospère et moderne , le seul qui soit capable d' assurer son indépendance , de soutenir son rang dans l' univers , de répondre de sa sécurité . On ne sait que trop , en effet , à quelle faillite nouvelle , mais cette fois irréparable , le régime des partis , si on le laissait revenir , mènerait notre pays et on ne mesure que trop bien dans quelle lamentable servitude le plongerait , le cas échéant , la dictature des totalitaires .

On voit donc quel est , pour longtemps , le devoir de cohésion et de résolution de ceux qui , à mesure du temps , ont adhéré , adhèrent , ou adhéreront à l' entreprise de rénovation nationale qui a le service de la France pour raison d' être , pour loi et pour ressort . Cette entreprise , si on l' appelle " gaullisme " depuis 1940 , n' est que la forme contemporaine de l' élan de notre pays , une fois de plus ranimé , vers un degré de rayonnement , de puissance et d' influence répondant à sa vocation humaine au milieu de l' humanité .

Dans notre République , c' est le chef de l' Etat qui répond de l' intérêt supérieur et permanent de la France , de la stabilité des institutions , de la continuité dans la conduite des affaires publiques . Sa fonction et son action sont donc à grande portée et dépassent la conjoncture . Aussi est - il élu par le peuple pour 7 ans . Aussi est - il rééligible .

Le Premier ministre , choisi et nommé par le chef de l' Etat , est lui , aux prises avec la conjoncture . Ayant constamment à orienter , à coordonner et à suivre l' activité des autres ministres et celle des administrations , à mettre en exécution le pouvoir réglementaire , à conduire la participation du gouvernement au travail législatif et au contrôle du Parlement , à se tenir en contact avec les faits , les opinions , les intérêts , il vit , sans trêve ni ménagement , dans ce qu' on nomme la politique , c'est-à-dire dans l' immédiat , pour y traduire en actions du moment les directives d' ensemble données par le Président . Il y dépense , sans pouvoir compter , ce qu' il a de valeur et de possibilités humaines , aux points de vue intellectuels , moral et , même , physique . Sans doute faut - il qu' il dure et endure assez longtemps pour parcourir ce qu' on peut appeler " une phase " dans l' œuvre des pouvoirs publics , autrement dit , en moyenne , pendant plusieurs années . Mais , par principe et par nécessité , sa tâche a des limites . Il doit donc être relevé quand le moment est venu , sans d'ailleurs que ce remplacement implique pour l' Etat aucune rupture dans ses desseins ni aucun retournement dans sa marche , puisque c' est au président qu' il appartient de fixer les objectifs , la direction et le rythme .

Depuis que j' exerce mes actuelles fonctions , j' en suis à mon troisième Premier ministre . Le voici à mon côté ! On sait ce que furent , dans cette charge , les mérites de Monsieur Debré puis ceux de Monsieur Pompidou , l' importance et la qualité de ce qu' ils y ont accompli . Puisque vous m' avez parlé du second , je dirai , qu' après avoir fait tout ce qu' il a fait au cours de six ans et demi de fonction - durée qui n' a aucun précédent depuis 4 générations - montré , au cours de la secousse de mai-juin , une exemplaire et salutaire solidité et contribué si bien au succès national des élections , il était bon qu' il fût , sans aller jusqu' à l' épuisement , placé en réserve de la République . C' est ce qu' il souhaitait . C' est ce que j' ai décidé , en l' invitant , comme on sait , à se préparer à tout mandat qu' un jour la nation pourrait lui confier .

Sur la scène où paraissent et se mêlent les cortèges de nos soucis et de nos espoirs , l' idée et le terme de " participation " sont aujourd'hui passés au premier plan . Comme il est naturel , cette notion générale donne lieu à des interprétations diverses suivant les tendances et les situations particulières aux uns et aux autres . Pour ce qui est de la conception que l' Etat a de la participation et de la façon dont il entend la mettre en œuvre , je dirai qu' il s' agit d' une réforme organisant les rapports humains , notamment dans les domaines économiques , social et universitaires , de telle sorte que tous les intéressés , sur les sujets qui les concernent directement , prennent part aux études , projets et débats à partir desquels les décisions sont prises par les responsables . Cela doit s' appliquer sur 3 plans différents mais conjugués : la nation , la région , l' entreprise .

Sur le plan national , l' utilité que présente le contact direct des intérêts divers et des pouvoirs publics a été à l' origine du Conseil économique et social tel qu' il existe depuis plus de 20 ans . D' autre part , de nos collectivités locales émane l' actuel Sénat . Celui - ci a été longtemps une assemblée politique . Mais il se trouve , qu' en notre temps , ce sont les questions d' ordre économique et social , surtout dans leurs applications sur place , qui touchent essentiellement les communes , les départements , les régions . C' est bien pourquoi , d'ailleurs , en 1946 à Bayeux , je proposais de réunir en une seule assemblée des représentants des collectivités locales et des représentants des diverses catégories d' intérêts de notre pays .

Aujourd'hui , il apparaît clairement qu' un Sénat nouveau et ainsi composé sera aussi qualifié que possible pour conseiller la République dans l' ordre économique et social , notamment à propos du budget et du Plan . Ce Sénat devra être obligatoirement et préalablement consulté sur les projets de cette sorte , ses débats , avis et propositions étant officiellement publiés . Bien entendu , l' issue appartiendra à l' Assemblée Nationale à qui incombe le pouvoir législatif , mais après que le Sénat aura entendu les ministres , se sera fait entendre d' eux et aura rapporté ses avis et propositions à l' Assemblée Nationale par une délégation qui assistera aux débats .

Je sais bien que la perspective d' une pareille transformation ne laisse pas de chagriner quelques esprits . Ceux - là demeurent attachés aux souvenirs de la troisième République , où la Haute Assemblée , disposant de pouvoirs égaux à ceux de la Chambre des députés , faisait équilibre aux impulsions des élus du suffrage universel . C' était vrai , en particulier , dans les matières budgétaire , constitutionnelle et électorale . Il faut cependant reconnaître , qu' à partir du moment où l' évolution faisait que notre pays , naguère essentiellement rural , devenait urbain et industriel , le Conseil des 38000 communes de France ne représentait plus que très mal la nouvelle réalité locale française , et ce pays , bouleversé par les deux guerres , étant amené à changer profondément ses structures , le Sénat ne pouvait manquer de perdre son poids en tant que corps politique et législatif . De fait , en cette qualité , il a été emporté avec la troisième République . Le dernier président de l' ancien Sénat , Jules Jeanneney , dont je salue au passage la très digne mémoire de patriote et de républicain , et qui fut dans mon gouvernement , au lendemain de la Libération , ministre d' Etat chargé de préparer les transitions constitutionnelles , était le premier à penser que , si une Haute Assemblée demeurait nécessaire à titre de Grand Conseil , elle ne devait pas reparaître telle qu' elle était avant le drame .

Quoi qu' il en soit , la Haute Assemblée , confinée par la Constitution de 1946 dans les attributions assez vaines d' une " chambre de réflexion " , sous le titre de Conseil de la République , puis quelque peu rehaussé par la Constitution de 1958 qui lui rendit son nom de Sénat , ne revêt plus , par la force des choses , qu' une importance politique et législative très limitée . Au surplus , le Sénat n' a plus à jouer , comme jadis , le rôle de contrepoids à la Chambre des députés , car , depuis 1958 , le chef de l' Etat lui - même a la charge et les moyens d' empêcher les dépassements et de maintenir l' équilibre . On ne comprend donc que trop bien que la situation hybride qui est la leur entretienne chez les sénateurs l' impression que leur responsabilité apparente ne peut s' exercer en fait . De là , dans leur assemblée , un sentiment de malaise , voire d' amertume , qui porte beaucoup d' entre eux à une attitude d' opposition d'autant plus systématique qu' elle est sans réelle portée .

Mais dans un Sénat qui , devenu organiquement consultatif , sera saisi pour débats et avis publics sur tous projets économiques et sociaux , l' expérience , la compétence , l' influence d' un certain nombre de notables locaux trouveront un champ fécond . D'autant plus qu' ils y seront en collaboration permanente avec des représentants de chacune des activités nationales prises dans leur ensemble . Réciproquement , il y aura tout avantage à ce que ceux - ci aient constamment le contact de ceux - là qui sont particulièrement au fait des conditions pratiques de la vie des cités et des campagnes .

Au total , compte tenu de tout et notamment du caractère éminemment économique et social de notre époque , la fusion du Sénat et du Conseil économique et social en une seule assemblée , telle que les catégories intéressées y délibèrent des problèmes avant que la loi ne tranche , constitue un élément essentiel de la participation que nous voulons instituer .

La même évolution qui nous conduit à établir à l' échelle de la nation un Sénat économique et social , nous détermine à créer à l' échelle de chaque région une assemblée analogue . D'autant mieux que , dans le domaine économique et social , la région apparaît aujourd'hui comme l' élément local essentiel . En effet , son caractère ethnique et géographique , sa dimension , ses ressources , lui permettent d' avoir une vie propre et , cette vie propre , il faut qu' elle l' aie pour que notre pays mette en valeur tout ce qu' il vaut dans chacune de ses parties et cesse , en se vidant lui - même , d' amasser sa substance à Paris et aux alentours . Or , c' est sur la participation des organismes intéressés au développement de la région que nous entendons fonder cette infrastructure nouvelle de l' existence de la France .

A vrai dire , des premiers pas ont été faits dans ce sens par la création de circonscriptions d' action régionale , la qualification des préfets de région , l' institution des CODER et des comités d' expansion . Mais , il faut maintenant que , par la voie de la décentralisation , le préfet de région dispose de moyens administratifs adéquats . Il faut qu' un conseil régional réunisse , lui aussi , des représentants des collectivités locales et des représentants des diverses activités économiques , sociales et universitaires . Il faut que ce conseil soit saisi de tous projets qui concernent l' équipement et le développement de la région , notamment quand il s' agit du Plan . Il faut qu' il reçoive certaines responsabilités financières quant à l' emploi des ressources , que celles - ci soient fournies par l' Etat , ou par des impositions particulières à la région , ou par l' emprunt . Il faut , enfin , qu' il soit impliqué au premier chef dans l' élection de ceux des sénateurs qui représenteront à Paris les collectivités locales et qu' ainsi la participation économique et sociale que nous entendons organiser à l' échelon national soit liée à celle que nous voulons créer à l' échelon régional .

Il va de soi que , sur cet ensemble qui comporte d' importants changements dans l' organisation de nos pouvoirs publics , c' est au peuple lui - même qu' il appartient de se prononcer . Cela est vrai sans doute en raison de la nature institutionnelle de la réforme . Mais cela est vrai aussi parce qu' une modification apportée à la Constitution par la voie parlementaire en ce qui a trait au Sénat exigerait que celui - ci fût d'accord . Or il serait inconvenant d' attendre du Sénat qu' il mette un terme à ce qu' il est . Nous allons donc au référendum .

Dans une entreprise , la participation doit revêtir 3 formes distinctes . Pour ceux qui y travaillent , il faut d'abord qu' elle comporte l' intéressement matériel direct aux résultats obtenus , ensuite le fait d' être mis au courant de la marche de l' entreprise dont le sort de chacun dépend , et enfin la possibilité de faire connaître et de faire valoir leurs propositions pratiques . A ces 3 points de vue , nous ne sommes pas sur la table rase .

Pour ce qui est de l' intéressement , à la suite d' un certain nombre d' essais , ou bien spontanés de la part de quelques entreprises ou bien favorisés par l' Etat d'après l' ordonnance de 1959 et qui ont été couronnés de succès , un pas important a été franchi . Jusqu' à présent , il était théorique , mais il est en train de devenir pratique . Je m' explique . Il y a eu la loi de 1965 qui a posé le principe des droits des salariés sur l' accroissement des valeurs d' actifs dû à l' autofinancement , et l' ordonnance de 1967 qui a institué la participation aux bénéfices et qui sera mise en application au premier janvier prochain .

En ce qui concerne les rapports entre la direction et le personnel , l' ordonnance de 1945 - c' est Monsieur Capitant qui me l' avait proposée à l' époque - a créé les comités d' entreprise . Là où ces comités d' entreprise existent et fonctionnent comme il faut - malheureusement ce n' est pas partout le cas à beaucoup , beaucoup , beaucoup près - il y a déjà des contacts . Mais au total , ces contacts ne touchent pas , ou ne touchent que peu l' ensemble des travailleurs , et pourtant c' est dans ce domaine que le progrès s' impose aujourd'hui .

Il s' agit enfin d' organiser , de par la loi , l' information régulière de tous sur la situation et les perspective de l' affaire à laquelle ils apportent leur travail , comme cela est fait pour les actionnaires qui y engagent leur argent , de faire en sorte de la même façon que la direction reçoive et accueille périodiquement les propositions que chacun croit utile de formuler , que les mandataires de chaque catégorie de personnel , à quelque titre que ce puisse être , soient élus par tous les membres au scrutin secret sur des candidatures librement posées et d' attribuer le contrôle de ce qui sera prescrit par la loi à une juridiction où l' inspection du travail aura bien sûr son rôle à jouer .

Voilà en quoi doit consister la participation dans l' entreprise .

On peut penser que par cette combinaison de l' intéressement direct et de l' information régulière , chaque travailleur deviendra et se sentira autre chose qu' un instrument dans l' activité à laquelle il contribue . On ne voit vraiment pas pourquoi et en quoi l' esprit d' entreprise , la productivité , le bon ordre , l' exercice des responsabilités dans les usines auront à en souffrir . Et au contraire , quel progrès économique et social sera accompli quand l' esprit et le fait de l' association remplaceront peu à peu l' esprit et le fait de la lutte des classes , tels qu' ils ont été suscités par la loi d' airain du capitalisme et tels que les entretient encore , dans une certaine mesure , l' actuelle condition ouvrière .

Je ne m' étendrai pas sur les modalités de la réforme universitaire parce que , à l' heure qu' il est , le ministre de l' Education nationale , si qualifié à tous les titres , achève d' en mettre au point le projet , que ce projet va être incessamment examiné par le gouvernement et sera ensuite soumis au Parlement . Je dirai seulement aujourd'hui que cette réforme , qui doit être profonde , comportera et accordera beaucoup de choses à la fois

D'abord , pour ce qui est de la vie à l' Université , il s' agit des conditions de l' autonomie à confier à ses établissements pour leurs enseignements , leurs recherches , leur fonctionnement , l' administration de leurs membres , leur budget . Il s' agit aussi de la participation conjointe des enseignants et des étudiants soit en matière de pédagogie , soit pour les contacts à établir aux niveaux national et régional entre l' Université et les activités notamment économiques , sociales et administratives du pays , soit dans les relations à pratiquer avec les universités étrangères . Il s' agit enfin de la démultiplication des disciplines universitaires pour les adapter mieux aux capacités diverses des étudiants et aux possibilités professionnelles qui leur sont ouvertes au dehors , ce qui exige qu' ils soient orientés , que des stages et des examens réguliers dessinent leur destination à mesure de leurs études .

Il faut aussi que la réforme réponde à ce que la nation attend de son université . Car l' Université est faite pour la nation . Cela veut dire que l' Etat , en pratique le gouvernement , doit y exercer son impulsion et son autorité . Dès lors que notre pays au prix d' énormes efforts humains et matériels porte vers l' enseignement supérieur des jeunes gens par centaines de mille et dont le destin engage son propre avenir , il veut que le temps qu' ils y passent soit bien employé . Cela implique que l' enseignement universitaire , tout en développant comme il le doit une formation humaine supérieure , s' accorde en même temps avec les besoins des diverses branches d' activité nationale et que , par conséquent , les études aboutissent à des diplômes valables , que la durée de ces études soit limitée à ce qui est nécessaire et que ces études libèrent , pour la vie active ou pour d' autres formations avant tout professionnelles , ceux qui ne sont pas à ce moment - là de leur existence apte à les suivre . Combien de grands hommes n' ont été ni licenciés , ni docteurs , ni agrégés de l' Université !

Enfin , s' il est indispensable que la liberté règne et que la concertation s' exerce à l' Université , s' il est normal que certains de ses enseignants embrassent des sujets d' ordre politique , ce ne peut être que dans la règle . C' est dire que les organismes responsables ont à fixer et à faire observer cette règle . C' est dire aussi que toutes contraintes , interdictions , occupations de la part de qui que ce soit d' autre et en ce qui concerne aussi bien les examens que les travaux , que les locaux , sont incompatibles avec la nature même et la marche des établissements et par suite intolérables . Et à plus forte raison est - ce vrai pour ce qui en serait , le cas échéant , de l' utilisation pour des propagandes , des confrontations ou des revendications politiques , des enceintes et des temps qui sont consacrés aux études .

Notre pays sait très bien aujourd'hui que l' Université est pour lui d' un intérêt vital . Il sait très bien aussi que sa réforme constitue une tâche nationale aussi vaste et ardue que nécessaire . Il sait donc , qu' au suprême degré , c' est maintenant une affaire d' Etat .

Je ne vous répondrai pas sur ce point .

Je tiens à vous dire que je m' en félicite vivement .

Certainement pas .

Je ne suis pas sûr que le système de la fédération qui remplace quelquefois en certains endroits , d' un certain côté , celui de la colonisation soit toujours très bon et très pratique . Et en particulier , en Afrique . Mais pas seulement en Afrique ; car en somme , cela consiste à mettre ensemble d' office , des peuples très différents , voire opposés , et qui , par conséquent , n' y tiennent pas du tout . On le voit au Canada . On le voit en Rhodésie , en Malaisie , à Chypre . On le voit au Nigéria .

En effet , pourquoi les Ibos qui , en général , sont chrétiens , qui vivent dans le Sud d' une certaine façon , qui ont une langue à eux , dépendraient - ils d' une autre fraction ethnique de la Fédération ? Car c' est à cela qu' on en arrive . Dès lors que le colonisateur a retiré son autorité dans une Fédération artificielle , c' est un élément ethnique qui impose son autorité aux autres .

Avant même qu' il n' y ait le drame actuel au Biafra , on pouvait se demander comment le Nigéria pouvait vivre , étant donné toutes les crises que la Fédération traversait . Et maintenant , qu' il y a ce drame atroce , énorme , que le Biafra a proclamé son indépendance , que la Fédération , pour le soumettre , emploie la guerre , le blocus , l' extermination , la famine , comment imaginer que les peuples de la Fédération , Ibos compris , reprennent une vie commune ?

La France , dans cette affaire , a aidé le Biafra dans la mesure de ses possibilités . Elle n' a pas accompli l' acte qui , pour elle , serait décisif : la reconnaissance de la République biafraise . Car elle pense que la gestation de l' Afrique est avant tout l' affaire des Africains . Déjà , d'ailleurs , il y a des Etats d' Afrique de l' Est et de l' Ouest qui ont reconnu le Biafra . D' autres paraissent s' orienter dans ce sens . C' est dire que pour la France , la décision , qui n' est pas prise , n' est pas exclue de l' avenir . On peut imaginer d'ailleurs que la Fédération , constatant l' impossibilité d' en rester où elle en est quant à son organisation , se transforme en quelque union ou confédération dans laquelle seraient établis tout à la fois le droit du Biafra à disposer de lui - même et les liens qui demeureraient entre lui et l' ensemble nigérian .

La division en deux blocs - vous savez ce que j' en pense depuis l' origine - qui a été imposée à l' Europe à la faveur de ses déchirements , est pour elle un malheur succédant aux autres malheurs . Cette division constitue , en effet , pour les peuples de notre continent , un empiétement permanent sur leur droit à l' indépendance , alors que chacun d' eux est , par excellence , capable de se conduire lui - même . D'ailleurs , répartir les nations de l' Europe en deux camps , dominés par deux rivaux , c' est empêcher que s' établissent normalement entre elles les rapports économiques , culturels , humains , qui sont conformes à leur nature et à leurs tendances millénaires , alors qu' à notre époque , où tout dépend du développement moderne , ce sont la détente , l' entente et la coopération , qu' exige leur intérêt commun . Enfin , la tension politique et militaire entretenue entre les unes et les autres met constamment la paix en question . Il n' y a pas d' idéologie qui puisse justifier une situation aussi artificielle et aussi dangereuse .

Cette situation , la France l' a , depuis l' origine , réprouvée . Ai - je besoin de rappeler qu' à Moscou , en décembre 1944 , j' ai , au sujet de la Pologne , refusé de souscrire et de donner d' avance mon aval à la suzeraineté soviétique que Staline allait lui imposer par le moyen du communisme et à travers un gouvernement formé à sa discrétion ? Ai - je besoin de rappeler aussi , qu' en 1945 , la France , bien qu' elle fût belligérante , en possession de sa souveraineté , de son territoire , de son empire , de ses armées , ne fut pas conviée à Yalta , par entente calculée de Washington et de Moscou ; qu' avant l' ouverture de la conférence , j' en avais , par tous les moyens , contesté la composition ; qu' une fois connues ses conclusions je ne les ai pas adoptées et que , pour marquer publiquement mon désaccord , je ne me suis pas rendu aux entretiens auxquels me convoquait spectaculairement Roosevelt ? Je ne pouvais , en effet , accepter que le sort de l' Europe fut , en fait , fixé sans l' Europe . D' autre part et quelles que fussent les vagues formules de principe qui couvraient cette usurpation , je n' admettais pas , non plus , le droit suprême de disposer des autres - ennemis ou alliés - , que deux puissances , déjà rivales , s' attribuaient d' office , chacune d' un côté de la ligne de démarcation qu' ensemble elles avaient tracée à leurs troupes , livrant inévitablement à la domination soviétique la partie centrale et orientale de notre continent et , du coup , le coupant en 2 . Si par la suite , mon gouvernement a reconnu que les faits étaient accomplis , faute de pouvoir les empêcher , il n' a jamais reconnu qu' ils étaient justifiables ni justifiés .

Depuis 1958 , nous Français , n' avons pas cessé de travailler à mettre un terme au régime des deux blocs . C' est ainsi que , tout en pratiquant d' étroites relations avec les pays de l' Ouest européen et en allant jusqu' à changer , à l' égard de l' Allemagne , notre ancienne inimitié en cordiale coopération , nous nous sommes progressivement détachés de l' organisation militaire de l' OTAN qui subordonne les Européens aux Américains . C' est ainsi que , tout en participant au Marché commun , nous n' avons jamais consenti pour le six au système dit " supranational " qui noierait la France dans un ensemble apatride et n' aurait aucune politique que celle du protecteur d' outre-océan . C' est ainsi que notre volonté de ne point risquer cette absorption atlantique est l' une des raisons pour lesquelles , à notre grand regret , nous avons jusqu' à présent différé l' entrée de la Grande-Bretagne dans l' actuelle Communauté .

En même temps , tandis que nous rendions impossible chez nous l' avènement du régime communiste , nous avons renoué avec les pays de l' Est , et d'abord avec la Russie , des rapports pratiques grandissants . Par là , nous aidions , certes aux progrès économiques , scientifiques , techniques et culturels communs , mais aussi nous favorisions la détente politique : nous recommencions à tisser , avec les pays de la Vistule , du Danube , des Balkans , les liens privilégiés qui , depuis bien des siècles , nous ont unis à eux à tant d' égards ; nous donnions à comprendre au grand peuple russe , dont , au long de l' histoire , le peuple français , par raison et par sentiment , estime qu' il est son ami désigné , que l' Europe tout entière attend de lui bien autre chose et beaucoup mieux que de le voir s' enfermer et enchaîner ses satellites à l' intérieur des clôtures d' un totalitarisme écrasant .

Cela , qui peut le faire , sinon , d'abord , la France ? N' est - ce pas cela , d'abord , qui répond à sa vocation ? Qu' attend - on d' elle , partout , au fond des âmes , sinon , d'abord , cela ?

Voilà pourquoi les événements dont la Tchécoslovaquie vient d' être le théâtre et la victime à l' intérieur du bloc communiste nous apparaissent comme condamnables , notamment parce qu' ils sont absurdes au regard des perspectives de détente européenne . Nous tenions pour le signe d' une évolution favorable à l' Europe tout entière le fait que ce pays , que la France , il y a 50 ans , a plus que quiconque contribué à établir en Etat indépendant , mais qui , en 1948 , sortant à peine de la tyrannie nazie , s' est trouvé incorporé au bloc soviétique par un coup de force communiste , marquait son intention de reprendre dans une certaine mesure possession de lui - même et de s' ouvrir quelque peu vers l' Occident . Au contraire , le retour à la soumission exigé et obtenu des dirigeants de Prague par une intervention armée sous le couvert de ce que les intéressés appellent la " solidarité socialiste " , et qui n' est rien que l' expression de l' hégémonie soviétique , étale à nos yeux le maintien du bloc de l' Est et , par là , celui du bloc de l' Ouest dans ce qu' ils ont de plus contraire à ce qui est dû à l' Europe .

Mais , en même temps , ce qui s' est passé en Tchécoslovaquie , je veux dire l' élan de son peuple pour obtenir un début de libération , puis sa cohésion morale vis-à-vis de l' occupant , enfin sa répugnance à accepter le retour à l' asservissement , tout de même que la réprobation ressentie partout à l' Ouest de notre continent devant le risque de voir revenir la guerre froide , démontrent que notre politique , pour momentanément contrariée qu' elle paraisse , est conforme aux profondes réalités européennes et , par conséquent , qu' elle est bonne . Etant donné la marche des choses , et à moins qu' on en vienne à changer , par un nouveau conflit mondial , toutes les données des problèmes , l' évolution se poursuivra inéluctablement . Il est , en effet , trop tard pour que la domination étrangère puisse acquérir où que ce soit , l' adhésion des nations , lors même qu' elle a conquis leur territoire . Quant à les convertir , il est trop tard pour qu' aucune idéologie , notamment le communisme , l' emporte sur le sentiment national . Compte tenu de l' aspiration générale vers le progrès et vers l' apaisement , il est trop tard pour réussir à diviser pour toujours l' Europe en deux blocs opposés . C' est dire que la France , tout en se dotant des moyens voulus pour rester elle - même et survivre quoi qu' il arrive , continuera à travailler , partout , et d'abord sur notre continent , d' une part pour l' indépendance des peuples et la liberté des hommes , d' autre part pour la détente , l' entente et la coopération , autrement dit pour la paix .

Mesdames , Messieurs , je vous remercie .

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