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Chacun sait , par exemple , qu' à Lille , ce sera un choix entre monsieur Segard et monsieur Mauroy , que si les listes d' opposition l' emportent , monsieur Defferre sera le maire de Marseille , que si les listes de la majorité l' emportent , monsieur Médecin sera maire de Nice , que le candidat de la majorité sera monsieur Baudis à Toulouse .

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V. Giscard d'Estaing - 17 janvier 1977

Bonjour mesdames et messieurs les journalistes , j' ai dit , à propos de cette réunion de presse , qu' elle devait être une réunion de clarification .

Pourquoi ? L' année 1976 a été difficile pour la France , et ceci sur deux plans .

Sur le plan économique et social .

On connaît en effet la situation d' inflation , le maintien du chômage , le découvert extérieur , les conséquences de la sécheresse , bien que , sur tous ces plans , comme nous le verrons tout à l' heure , la France ait , en réalité , mieux fait face qu' on ne l' a dit .

Mais aussi année difficile sur le plan politique .

A partir du printemps l' opinion a perçu une certaine division dans le gouvernement .

Elle a assisté à la reprise de l' activité des partis et même à la prétention , par certains d' entre eux , d' intervenir dans un éventuel remaniement , ou de contrôler celui - ci contrairement aux principes de la V° république .

A l' occasion du changement de gouvernement , l' opinion s' est interrogée sur le point de savoir , lorsque j' ai choisi Raymond Barre comme premier ministre , si ce choix entraînerait des conséquences sur nos institutions , sur les rôles respectifs du président de la République et du premier ministre , sur le fonctionnement de la majorité . Bref , en 1976 , l' opinion s' est posé un certain nombre de questions de nature politique .

Au long de cette même année , le doute a été largement répandu , et complaisamment entretenu , à propos de deux questions :

-le première est de savoir si la politique suivie permet bien de résoudre les problèmes de la France .

-la seconde question était de savoir si nos institutions et ceux qui les animent ont la capacité de faire face éventuellement à des crises ou de débloquer la situation politique .

Il était difficile à l' opinion de répondre à ces deux questions . Si bien qu' elle était entraînée dans une sorte de spirale dépressive , le doute et la confusion conduisant à l' inquiétude , l' inquiétude aggravant la crise , et l' aggravation de la crise justifiant , après coup , la confusion et le doute .

Il était indispensable de rompre cette spirale dépressive .

C' est pourquoi une double clarification était nécessaire . Cette clarification conduira , j' en suis sûr , à plus de clarté et donc à plus de sécurité .

D'abord , sur le plan économique , il était indispensable d' engager une action d' ensemble de redressement de notre situation . C' est ce qui a été fait .

Mais il a fallu plusieurs mois pour que les explications que nous n' avons cessé de donner de manière identique , le premier ministre et moi - même , commencent à être perçues ; et en effet , nous en reparlerons , elles commencent à être perçues .

En matière politique , une même clarification est nécessaire .

Et , sans doute , avant qu' elle soit complètement perçue faudra - t - il également un certain délai .

Ce que je compte faire devant vous , c' est indiquer la manière dont se posent , selon moi , les problèmes politiques de la France , la manière dont ils peuvent être résolus .

Je souhaite que , d' ici l' été prochain , cette double clarification , clarification dans la politique économique de la France , et clarification dans la situation économique de la France , soit complètement et clairement perçue par notre opinion publique , afin qu' elle puisse , l' échéance venue , se prononcer en toute clarté et en pleine responsabilité , sur les choix essentiels de notre pays .

Voilà ce que je voulais dire par " clarification nécessaire " .

Pour conduire cette clarification , le mieux est , je crois , de répondre à vos questions . Et vos questions porteront sans doute sur trois sujets : la situation économique et sociale , la situation politique , et enfin des questions diverses intéressant l' éducation , la justice ou tel ou tel autre aspect de notre vie nationale .

Je crois que , pour la clarté , il conviendrait de procéder suivant cet ordre .

Comme la durée d' une telle réunion de presse , pour ne pas abuser de votre patience ni des grands moyens d' information , doit être de l' ordre d' une heure et demie , je souhaiterais que nous commencions par les questions économiques et sociales pendant environ 1/2 heure pour aborder ensuite les questions sur la situation politique et terminer par les questions de nature diverse .

Alors , si vous le voulez bien , nous commençons par la situation économique et sociale .

Le plan de redressement économique présenté par le gouvernement , par Raymond Barre , n' a besoin ni d' être modifié , ni d' être complété .

Il a besoin d' être poursuivi .

Quel est , en effet , le jugement que l' on peut porter à l' heure actuelle sur ce plan de redressement , dont je disais , au mois de décembre dernier , qu' il était nécessaire , qu' il était juste , et qu' il serait efficace ? Je noterai d'abord que toutes les décisions essentielles ont été prises , que ce plan a été approuvé par le parlement , c'est-à-dire par la majorité de l' assemblée nationale , par la majorité du sénat .

C' est donc maintenant la politique économique démocratique de la France .

Je note que toutes les mesures concrètes ont été mises en place , que la baisse de la TVA vient d' avoir lieu le 1er janvier dernier , et que ce plan est entré dans la deuxième phase de son déroulement .

Il y avait en effet une première phase , qui était la période du gel des prix .

Maintenant , nous sommes dans la deuxième phase de son application . L' essentiel , c' est que l' application de ce plan soit poursuivie .

Il est , en effet , beaucoup trop tôt , à l' heure actuelle , pour juger de ses résultats .

Je crois qu' on peut néanmoins dire que des craintes qui s' étaient exprimées à l' occasion de l' application de ce plan peuvent être dissipées .

C' est ainsi que certains avaient annoncé que ce plan conduirait ou risquerait de conduire à une aggravation du chômage .

Nous affirmons , vous le savez , au contraire , qu' à l' heure actuelle , la lutte contre l' inflation et la lutte pour l' emploi , c' est le même combat .

Or , j' observe que les dernières statistiques disponibles sur le plan de l' emploi , à la fin décembre , montrent qu' il n' y a pas eu aggravation de la situation de l' emploi , mais stabilité et même très légère , en réalité , très légère amélioration .

Sur le plan des prix , nous ne disposons pas des dernières indications concernant l' année 1976 .

Mais d'après les tendances qui ont été observées , je pense que nous pourrons nous maintenir à l' objectif , c'est-à-dire une progression des prix très légèrement au-dessous de 10 % pour l' année 1976 .

En ce qui concerne le niveau de l' activité économique , vous avez observé que le chiffre de novembre , le dernier connu , ne faisait pas état d' une diminution de celle - ci , mais que novembre 1976 par rapport à novembre 1975 marquait une progression d' un peu plus de 11 % de la production industrielle .

Donc , il y a un certain nombre d' indications qui vont dans un sens favorable .

Mais ces indications ne peuvent pas avoir pour conséquence la modification du plan de redressement ; elles signifient seulement que nous sommes dans la bonne direction et que nous devons poursuivre .

Car le plan de redressement , ce n' est pas , en terme de sport , du sprint .

C' est une course de fond .

Il ne faudrait pas qu' on imagine que la publication de premiers indices , même s' ils font apparaître des résultats plus favorables , doive être pour nous un encouragement à relâcher nos efforts .

Il faut , en effet , dans le monde où nous vivons et où un certain nombre de problèmes continuent de se poser - je rappelle que c' est ce mois - ci qu' a eu lieu une nouvelle hausse des prix du pétrole - il faut être capable de faire face à n' importe quelle situation .

Il faut donc que l' économie française soit en équilibre .

Ce n' est pas en trois mois , ce n' est pas en 6 mois que cet équilibre sera rétabli .

Répondant à la question de monsieur Vernay , je dirai que l' essentiel c' est de poursuivre l' application du plan de redressement . Ce n' est pas avant la fin du 1er semestre 1977 qu' il sera possible de porter une première appréciation sur le rétablissement de notre équilibre .

Je viens de dire tout à l' heure , monsieur Meutey , que la priorité numéro 1 , c' était le redressement de l' économie française et le rétablissement de son équilibre .

La priorité , c' est donc la lutte contre l' inflation et le rétablissement de l' équilibre intérieur et extérieur .

Sur le plan de l' équilibre extérieur , je vous indiquerai que nous avons en réalité parcouru à peu près la moitié du chemin .

A l' heure actuelle , le prix de nos importations d' énergie , de nos importations de pétrole , par rapport à leur prix antérieur à la hausse , représente une majoration de 40 milliards de francs , et le déficit du commerce extérieur de la France , en 1976 sera de l' ordre de 20 milliards de francs .

Nous avons donc parcouru à peu près la moitié du chemin qui nous conduit au rétablissement de notre équilibre extérieur et , sur le plan intérieur , j' indique que le découvert budgétaire de 1976 sera en réduction de nettement plus d' un tiers par rapport à celui de 1975 .

On voit donc qu' il nous reste du chemin à parcourir dans la lutte contre l' inflation .

Il faut savoir que la lutte contre l' inflation et la lutte pour l' emploi , c' est , à l' heure actuelle , la même chose .

Il y a des circonstances dans lesquelles il peut y avoir une contradiction mais , dans les circonstances que traverse la France , c'est-à-dire avec un déficit extérieur et une possibilité d' accroître nos exportations , la lutte pour la stabilité des prix et la lutte pour l' emploi , c' est la même chose .

Chaque fois que la France procède à une exportation supplémentaire à l' heure actuelle , elle règle deux problèmes : elle règle un problème d' emploi en fournissant du travail aux entreprises et aux travailleurs , et elle règle un problème de déséquilibre en réduisant notre déficit extérieur . C' est pourquoi le plan de redressement est à la fois un plan de lutte contre l' inflation et un plan de protection de l' emploi .

Le gouvernement poursuit à l' heure actuelle une politique industrielle très active ; et les deux dernières années auront été marquées , sur le plan de l' industrie française , par des progrès et des adaptations considérables dans un certain nombre de directions que je vous rappelle brièvement .

D'abord , notre industrie se développe dans des directions de haute technique ou de recherche de pointe .

C' est ainsi qu' on a développé et accru nos moyens consacrés à la recherche technologique , et c' est ainsi que l' industrie française s' est francisée , au cours des deux dernières années , dans les secteurs de pointe .

Je vous citerai trois exemples : dans le secteur de l' industrie nucléaire , l' industrie française s' est " francisée " par la constitution d' une société qui s' appelle Framatom et qui sera désormais une société française de construction de centrales nucléaires .

Elle s' est " francisée " dans le domaine de l' industrie du téléphone , par le rachat par une société française de la filiale française de itt , lmt .

Et enfin , cela s' est accompagné de la création d' un certain nombre de restructurations industrielles importantes : dans le secteur public , on a vu la société nationale des pétroles d' aquitaine et l' erap fusionner , on a vu l' apparition d' un grand groupe industriel de l' industrie automobile , par le rapprochement de Peugeot et de Citroën , on a vu le regroupement de notre industrie du poids lourd auprès de la régie Renault , par le regroupement de Saviem et de Berliet et , donc , l' industrie française s' est profondément réorganisée au cours des deux dernières années . Elle s' est " francisée " et réorganisée .

Il reste des problèmes difficiles à traiter , qui ne sont pas , d'ailleurs , des problèmes français , qui sont souvent des problèmes européens , voire mondiaux .

Vous avez cité deux cas , le cas de la sidérurgie et le cas de l' industrie textile .

Il est , en effet , indispensable que les pouvoirs publics apportent leur contribution au maintien et à l' amélioration structurelle de ces deux secteurs et , à l' heure actuelle , le gouvernement s' en occupe activement et , d'ailleurs , fera connaître dans les prochaines semaines ses décisions . J' indique que ces dossiers de l' industrie française sont suivis précisément au sein du gouvernement par des hommes particulièrement actifs : le ministre de l' industrie et de la recherche , monsieur D' Ornano , et en ce qui concerne le téléphone , monsieur Norbert Segard , secrétaire d' Etat aux postes et télécommunications .

Monsieur Mathieu , ne confondez pas les fonctions de président de la République et de premier ministre .

J' étais président de la République l' année dernière , je le suis cette année ; monsieur Barre est premier ministre cette année et il y avait un autre premier ministre l' année dernière . Ne confondez pas les fonctions ; n' opposez pas le rôle du président de la République en 1975 et le rôle du premier ministre en 1976 .

A la fin de 1975 .

Il était donc normal que le gouvernement de l' époque engage une action de soutien de l' économie française de façon à éviter , précisément , cette détérioration grave de notre situation de l' emploi .

D'ailleurs , sur ce point , l' action qui a été conduite a été réussie puisque , vous le notiez , le chômage ne s' est pas aggravé ; il n' a pas été réduit , mais il ne s' est pas aggravé .

Qu' a - t - on observé à l' occasion de ce programme de relance ? On a observé , en réalité , deux choses : la première , c' est que dans les circonstances actuelles l' accroissement de la demande globale en France entraîne aussitôt un accroissement massif des importations .

A l' heure actuelle , lorsque les revenus des Français s' accroissent de 100 , 20 de ces 100 sont dépensés à l' extérieur sous forme d' importations : donc , le programme de relance entraîne un déficit accru de notre balance extérieure .

On a observé , ensuite , que lorsqu' on concentre l' effort d' investissement ou d' encouragement à l' investissement aux entreprises sur une courte période de temps , cet investissement prend également la forme d' importations de biens d' équipement ou de machines-outils de l' extérieur et , notamment , de l' Allemagne fédérale .

Si bien que le plan de relance , qui a été efficace du point de vue de l' emploi , a accentué le déséquilibre extérieur de la France pendant le premier semestre de 1976 et que ceci a entraîné des conséquences sur notre déficit et , donc , sur la tenue de notre monnaie . C' est la raison pour laquelle , à l' heure actuelle , le premier ministre est entièrement justifié dans son attitude d' exclure toute politique de relance globale , aussi longtemps que l' équilibre extérieur de la France n' aura pas été rétabli .

Ceci signifie - t - il qu' il faille se désintéresser pour autant de la solution du problème de l' emploi ? Vous savez parfaitement , au contraire , que le gouvernement n' a pas cessé de prendre des initiatives depuis un an concernant la solution de ce problème de l' emploi et , notamment , de l' emploi des jeunes .

A cet égard , il serait bon - il serait même nécessaire - d' assurer une information exacte des Français concernant la situation de l' emploi .

Nous procédons à l' heure actuelle , vous le savez , à une analyse de fond de cette situation , d' où il ressort ceci :

1 ) que le nombre des demandeurs d' emploi à l' heure actuelle - fin décembre - est stable , comme je l' ai dit , avec une très légère tendance à la diminution . Ce nombre ne fait donc pas apparaître d' augmentation depuis l' année dernière , malgré les difficultés que l' économie française a traversées en 1976 .

2 ) cette analyse montre qu' à l' heure actuelle les demandes d' emploi qui sont présentées sont , à hauteur de 45-5 % , vieilles de moins de trois mois , ce qui veut dire qu' il y a une rotation continue à l' intérieur de ces demandes et que , dans un délai relativement court , un certain nombre d' entre elles trouvent effectivement satisfaction .

3 ) la proportion des jeunes dans les demandeurs d' emploi , dont on a dit à de fréquentes reprises qu' elle s' était beaucoup accrue , est maintenant égale à ce qu' elle était avant la détérioration du marché de l' emploi , c'est-à-dire de l' ordre de 55 % de la demande totale . Le ministre du travail procède à l' heure actuelle à la décomposition suivant les natures d' emploi , suivant les causes de ce nombre de demandeurs d' emploi , mais je vous indique que , là aussi , un jugement global ou une action globale ne serait pas efficace .

Les Français , notamment dans beaucoup de régions , savent très bien qu' à l' heure actuelle il existe des professions pour lesquelles l' offre d' emploi n' est pas aisément satisfaite , et que lorsqu' on regarde certains secteurs productifs ou certaines régions de notre pays , on s' aperçoit qu' il est parfois difficile de trouver des travailleurs qui répondent aux offres d' emploi ; donc , une action globale risquerait soit d' être inefficace , soit de recréer une situation de tension et d' inflation . C' est pourquoi l' approche du problème de l' emploi et sa solution seront recherchées par une série d' actions sectorielles et régionales , en regardant quels sont les secteurs , quelles sont les régions dans lesquels se pose un problème d' emploi et quelles sont les mesures spécifiques qui permettent alors de le résoudre .

Avant de vous répondre , monsieur Charpy , je vois que la demi heure s' épuise presque . Je vais vous répondre , bien entendu , mais y aurait - il une autre question sur la situation économique ?

.

Je répondrai à ces trois questions , je commence par le début de la troisième : j' ai indiqué tout à l' heure que , pour l' information de la presse et pour l' information des Français , il fallait connaître ces problèmes de l' emploi : qu' à l' heure actuelle , 45 % de ceux qui s' inscrivaient à l' agence nationale pour l' emploi trouvaient effectivement un emploi dans les trois mois .

Ceci veut dire qu' il y a un marché de l' emploi actif et que nous ne sommes pas dans une situation - ce que certains pourraient craindre - dans laquelle s' accumulerait indéfiniment un chômage qui n' arriverait pas à trouver ici ou là en contre-partie une offre d' emploi .

Donc , il ne faut pas dénaturer à cet égard mes propos .

Il faut savoir également que , parmi les demandeurs d' emploi , il y a des situations diverses .

Il y a , par exemple , dans les demandeurs d' emploi , 21 % qui sont demandeurs d' emploi à la suite de la démission , qui s' explique parfaitement , de leur emploi précédent .

Il y a également des demandeurs d' emploi qui ne sont pas des jeunes et qui sont demandeurs d' emploi pour la première fois .

Donc , dans l' analyse , il ne faut pas utiliser , à propos de ce 1036000 demandeurs d' emploi qui est le chiffre de la fin de décembre , le mot de chômage .

Lorsque vous prenez le mot chômage , il faut prendre la définition du chômage suivant notre législation . Et vous savez que le chômage secouru , c'est-à-dire celui qui concerne le travailleur qui exerçait un emploi et s' en est vu privé , représente une proportion de l' ordre de la moitié de ce chiffre total .

Passons à la deuxième question , celle de monsieur Thomas sur l' action de la France vis-à-vis de certaines importations qui ne respectent pas les règles de la juste concurrence .

La France , et le premier ministre l' a dit , n' est pas un pays protectionniste ou qui reviendrait au protectionnisme .

La France est , à l' heure actuelle , un pays qui exporte 22 % de sa production totale dans tous les domaines .

Je vous indique que ce chiffre d'ailleurs a cru sensiblement , puisqu'il y a deux ans , ce chiffre était encore à 19-3 % .

Nous sommes maintenant à 22 % ; nous ne pouvons pas fermer nos frontières en invitant les autres à fermer les leurs .

Par contre , nous devons être favorables à une concurrence équitable ; à cet égard , notre action s' exercera activement au sein de la communauté économique européenne .

Lors du dernier conseil européen , qui s' est tenu à la Haye , j' ai soulevé ce problème .

J' en parlerai lors de mes prochains entretiens avec le chancelier de l' Allemagne fédérale .

Et nous rependrons le problème au prochain conseil européen . Mais vous avez noté que vis-à-vis d' un pays déjà , le Japon , la communauté a pris à cet égard une attitude très nette .

Dernière question : celle de monsieur Charpy .

Je terminerai par là en essayant de vous donner une vision exacte de l' année 1976 parce que , comme je le disais tout à l' heure , par ce doute qui a été si largement répandu en 1976 , on a fini par donner une fausse idée de l' année 1976 .

1976 , au point de vue économique , aura été une année de croissance .

La croissance de l' économie française , on le sait maintenant , dépassera largement 5 % en 1976 .

Comme il se trouve , en plus , que la réduction de notre activité en 1975 , que nous connaissons maintenant , a été de l' ordre d' environ 1 1-2 % , cela veut donc dire que 1976 sera l' année de plus forte production de tous les temps de l' économie française .

La demande , c'est-à-dire la consommation des Français , a continué à progresser en 1975 et en 1976 .

Si bien que l' année 1976 sera , au total , l' année de la plus forte consommation des Français , je parle de la consommation en volume physique .

Et en ce qui concerne les investissements , nous savons maintenant que les investissements de 1976 auront été supérieurs d' un peu plus de 7 % en volume aux investissements de 1975 .

Alors , finalement , 1976 aura été une année qui n' est pas celle que l' on décrit d' habitude aux Français .

C' est une année dans laquelle la production aura progressé , l' investissement aura progressé , sans doute de façon insuffisante , j' en suis bien d'accord avec vous , mais très fortement pendant le premier semestre .

Et c' est une année marquée par deux forts déséquilibres : un déséquilibre extérieur , c'est-à-dire un déficit qui a pesé sur nos échanges et sur notre monnaie et un déficit des finances publiques dû à la situation de 1975 et également au déroulement du programme de relance .

Voilà l' année 1976 .

Alors , ce qui est vrai , monsieur Charpy , et c' est tout à fait mon sentiment et celui du premier ministre .

Voilà ce que je voulais vous dire au cours de cette première demi-heure , en réponse à vos questions sur la poursuite de la politique de redressement qui reste la priorité absolue dans la conduite des affaires de la France . Et j' en viens maintenant au deuxième ensemble de questions , c'est-à-dire la situation politique .

J' ai dénoncé , plus exactement , le gouvernement a dénoncé avec moi , puisque c' est à la suite d' une communication du ministre du travail , la politisation de l' entreprise .

Pourquoi ? D'abord , parce que j' observe que cette politisation de l' entreprise , à l' heure actuelle , n' est tentée qu' en France .

Quand je dis politisation - je reviendrai tout à l' heure sur ce point - il ne s' agit pas , naturellement , du droit des travailleurs à exprimer leurs préférences politiques ou à participer à la vie politique du pays .

Il s' agit de l' introduction du débat politique à l' intérieur de l' entreprise et de l' utilisation des institutions de l' entreprise à des fins politiques .

J' observe d'abord que ceci n' est tenté qu' en France .

Vous avez la Grande-Bretagne où les institutions syndicales sont , on le sait , particulièrement développées où il n' y a pas de politisation de l' entreprise ; vous avez l' Allemagne fédérale .

Vous avez les Etats-unis , où l' on connaît bien la puissance des syndicats et où il n' y a pas de politisation de l' entreprise .

Chacun d' entre vous a assisté à ces spectacles , à ces films où l' on voit les candidats aux élections tenir leurs réunions .

Où ? Toujours à la porte des entreprises , jamais à l' intérieur des entreprises .

Alors , en France , on assiste à une doctrine de politisation de l' entreprise , ce qui veut dire que les rouages de l' entreprise seraient utilisés pour développer le débat politique .

Ceci me paraît être à la fois contraire à la nature de l' entreprise , instrument de travail qui a de graves problèmes à résoudre et qui doit utiliser ses institutions , notamment ses institutions représentatives des travailleurs - je parle à la fois des comités d' entreprise , des délégués du personnel , des sections syndicales d' entreprise , délégués syndicaux - qui doivent donc utiliser ces représentants des travailleurs pour la solution des problèmes de l' entreprise ou pour la représentation des droits , des revendications des travailleurs de l' entreprise .

C' est donc contraire à la nature de l' entreprise qui doit rester un lieu de travail et à l' intérieur de laquelle les travailleurs doivent être représentés pour la défense de leurs intérêts et de leurs droits .

Je crois également que c' est un facteur d' affaiblissement des entreprises françaises , à un moment où chacun de nous aspire en réalité au progrès de l' économie française et de notre capacité de développement et de compétition vis-à-vis de l' extérieur .

Enfin , ce qui est le plus grave , c' est que nous courons alors le risque de bloquer le progrès social dans l' entreprise .

Car à partir du moment où les délégués ou représentants auraient un caractère politique , c'est-à-dire viseraient ouvertement à développer le débat politique à l' intérieur de l' entreprise , pensez - vous qu' il soit possible de développer , comme nous le souhaitons , la concertation et l' expression des travailleurs des entreprises sur les réalités de leur travail ou sur l' information qu' ils sont en droit d' obtenir sur la vie de l' entreprise ? La politisation de l' entreprise est donc contraire à sa nature ; elle est contraire au développement et à l' affirmation de la fonction syndicale de l' entreprise ; enfin , elle bloque le progrès social de l' entreprise .

J' ai observé les réactions .

Réactions singulières , parce qu' on a voulu faire croire aux travailleurs qu' il s' agissait de les priver de leur droit au débat politique .

Il n' en est pas question .

Il va y avoir des élections .

Les travailleurs participeront largement , massivement à ces élections , municipales et nationales .

Les travailleurs peuvent naturellement faire partie de mouvements politiques , et ces mouvements politiques s' organisent comme ils l' entendent .

S' ils veulent s' organiser à partir du recrutement dans les entreprises , c' est leur problème .

L' attitude qui a été prise , c' est le refus de l' introduction du débat politique dans la vie des entreprises par l' utilisation des institutions de ces entreprises . J' aurai l' occasion sans doute de faire apparaître que tel est bien le sentiment profond de la majorité des Français , et en particulier de la majorité des travailleurs français .

Y - a - t - il , sur la fonction du président de la République , d' autres questions , afin de répondre à l' ensemble .

D'abord , le président de la République .

Je répondrai à monsieur Levaï , de la façon la plus simple : ceci n' appartient pas à l' appréciation de qui que ce soit .

Le président de la République , dans nos institutions , est chargé de veiller au respect de la constitution .

Que dit la constitution ? Elle dit que le président de la République est élu pour 7 ans .

Le président de la République , chargé de veiller au respect de la constitution , commence par s' imposer ce respect à lui - même .

J' ai été élu pour 7 ans et j' accomplirai donc , bien entendu , complètement , mon mandat .

Le président de la République a deux fonctions .

Il doit assurer le bon fonctionnement des institutions , il est , comme on dit , le garant des institutions .

Il est en même temps le protecteur des libertés des Français . Quelles que soient les circonstances , je serai donc le garant des institutions et le protecteur des libertés des Français .

Monsieur Duhamel me pose une question tout à fait juste , qui consiste à dire : mais enfin , il y a deux fonctions dans ce personnage .

Il y a un président élu pour 7 ans , exerçant pendant 7 ans son mandat , et garant des institutions , protecteur des libertés des Français .

Et il y a quelqu'un qui représente , du fait de son élection , l' application d' une certaine politique ou , en tout cas , la référence à un certain principe politique .

Alors , il y a , en effet , non pas ambiguïté , mais ambivalence dans les fonctions du président de la République .

Il est les deux . Et c' est à lui de faire en sorte , par son comportement , que les deux soient compatibles .

Ce qui fait que , dans la manière dont il s' exprime , dans les positions qu' il prend , dans les interventions qu' il fait , il doit tenir compte de cette ambivalence .

D'ailleurs , ce n' est pas propre au président de la République française . C' est le fait de tous ceux qui sont élus , dans le monde , au suffrage universel , chefs de l' exécutif .

Madame Cotta me demande si ce président de la République peut être muet sur les grands choix des Français ? Certainement pas , et personne ne le comprendrait .

Je vous rappelle que l' année dernière , à peu près à la même date , nous nous approchions des élections cantonales .

J' ai moi - même été conseiller général .

Je connais la vie des cantons , les conseillers généraux . Ce ne sont pas des fonctions d' essence politique . Je pensais donc qu' il fallait ne pas intervenir dans le déroulement de la campagne cantonale .

Après les résultats , beaucoup s' en sont étonnés en disant : " mais comment se fait - il qu' il y ait eu ce silence deux mois avant les cantonales ? " le président de la République , élu au suffrage universel , ne peut pas être un personnage muet .

Mais - et j' en reviens à la question de monsieur Boulay , puisque tout ceci se tient - il peut se prononcer sur les grands choix des Français .

Notamment , il peut , je dirai même il a le devoir d' indiquer quel est le bon choix pour la France .

Chaque fois que la question se posera , c'est-à-dire chaque fois qu' il s' agira d' un choix fondamental pour la France , j' indiquerai quel est , selon moi , le bon choix pour la France .

Et je le ferai clairement . Par contre , le président de la République n' a pas à intervenir dans le détail des consultations électorales , détail respectable , mais qui n' est pas à mon avis , dans sa mission .

Alors , vous me posez la question , maintenant , des fonctions du premier ministre . Y-a - t - il d' autres questions à ce propos ?

La première question , c' est : quel est le rôle du premier ministre dans nos institutions , par rapport à la majorité ? Le président de la République est élu au suffrage universel , il est le seul élu national , il est le seul élu de la nation française . Il nomme le premier ministre . J' ai donc choisi de nommer Raymond Barre .

J' avais naturellement pensé à l' avance à cette éventualité c' est le motif pour lequel je l' avais fait entrer au gouvernement , il y a maintenant un an , pour qu' il ait la connaissance de la pratique du rouage gouvernemental .

Lorsque dans cette salle , quelqu'un , qui malheureusement n' est plus là , posait - je crois que c' est en 1972 - la question au président Pompidou de savoir si le premier ministre était le chef de la majorité , le président Pompidou a répondu que pendant les 6 ans où il avait été lui - même premier ministre , il ne s' était jamais servi de cette expression .

Je pense comme le président Pompidou que le mot " chef de la majorité " n' a en réalité plus de véritable sens .

Il faut regarder les choses de façon plus approfondie .

Il y a d'abord une majorité parlementaire .

Cette majorité parlementaire existe en raison même de nos institutions , puisque le gouvernement est responsable devant l' assemblée nationale .

Puisqu'il y a responsabilité devant l' assemblée nationale , il y a majorité parlementaire .

Le premier ministre est donc , naturellement , le chef de la majorité parlementaire .

C' est lui qui l' anime , et qui conduit l' action du gouvernement face au parlement .

Ensuite , lorsqu' il y a de grandes consultations - et je pense aux élections législatives de 1978 , dont vous commencez à vous apercevoir que ce que j' ai dit depuis le début de mon mandat , c'est-à-dire qu' elles auront lieu à leur date , à des chances d' être vrai - dans la préparation de ces grandes consultations , finalement , c' est l' action du gouvernement qui est jugée .

L' opinion se détermine en fonction de l' action qui a été menée par le gouvernement et de la possibilité ou non de changer celle - ci .

C' est pourquoi le premier ministre sera naturellement conduit à prendre la tête de la campagne nationale en vue des élections de 1978 .

Pour le reste , l' expression de " chef de la majorité " n' a pas de contenu .

Chaque fois qu' il y a des problèmes dans la majorité , il est certain que le premier ministre se trouve qualifié soit pour prendre l' initiative , soit pour rechercher des solutions à ces problèmes .

Vous m' avez demandé des qualificatifs .

Je ne crois pas qu' il soit convenable que le président de la République décerne des épithètes au premier ministre .

Je dirai que monsieur Barre s' est attelé et s' est attaché à la tâche qui était la sienne , et que je lui avais confiée , qui était d' entreprendre par priorité le redressement de l' économie française .

Il y a mis à la fois sa conviction et son courage . Je suis sûr qu' il continuera .

Je pensais que nous parlerions des questions d' éducation tout à l' heure , dans la troisième partie .

Mais puisque vous posez la question , je vous réponds tout de suite .

C' est une question très importante .

J' ai écrit récemment un ouvrage .

Décrivant ce que devait être , selon moi , la démocratie française .

La démocratie française doit être - et d'ailleurs elle sera - pluraliste .

Pour que la liberté existe dans ce monde où elle est assaillie , agressée à tout instant , par les uns , par les autres , par les institutions , par les pouvoirs , pour que la liberté soit protégée , il faut qu' il y ait un pluralisme , c'est-à-dire à tout instant une possibilité de choix et d' expression de la liberté .

J' ai été frappé de voir que , pour défendre la liberté , on avait recours à des tables rondes , des symposiums , des conférences , et cetera . Ce n' est pas cela . Ce qui m' intéresse , c' est le comportement concret lorsque se pose un problème en termes de liberté .

Il existe en France la liberté de l' enseignement .

La liberté de l' enseignement , contrairement à ce qu' on croit , est une liberté républicaine .

Si vous vous reportez aux déclarations des grands hommes d' Etat chargés de l' éducation en France à la fin du dix-neuvième siècle , pendant toute la première moitié du vingtième , pendant la 3ème république , la liberté de l' enseignement n' a jamais été remise en cause .

Le débat portait sur un autre sujet , qui était celui de la laïcité de l' enseignement public .

La république a retenu en effet comme doctrine la laïcité de l' enseignement public . Mais elle a peu remis en question la liberté de l' enseignement que , par une jurisprudence , on peut considérer que la liberté de l' enseignement fait partie de la tradition républicaine de la France .

L' examen des textes conduirait même vraisemblablement à penser que la liberté de l' enseignement fait partie de la tradition républicaine de la France telle que la constitution la protège .

Naturellement , une liberté , pour s' exercer dans le monde moderne , chacun le sait , a besoin de moyens .

On ne peut pas dire que dans le domaine social ou dans le domaine politique une liberté sans moyens soit une liberté .

En matière d' éducation c' est pareil : une liberté d' enseignement sans moyens ne serait pas une liberté .

Il est donc normal que la collectivité aide à l' exercice de cette liberté .

C' est ce qui est fait en France , comme vous le savez , depuis maintenant vingt ans .

Sur ce sujet , la clarification est nécessaire .

Il ne faut pas se réfugier dans l' habileté , le faux semblant des déclarations .

Le programme commun prévoit la nationalisation de l' enseignement privé .

Donc , lorsqu' il est dit qu' il sera procédé à l' application du programme commun , cela comporte la nationalisation de l' enseignement privé , c'est-à-dire la disparition de cette liberté d' enseignement . Et comme je pense que la clarification est nécessaire , j' inviterai le gouvernement , lors du prochain débat budgétaire , à demander un scrutin public sur les crédits d' aide à l' enseignement privé , de façon à ce qu' on puisse savoir en toute clarté qui est pour l' exercice de la liberté d' enseignement en France , et qui y est hostile .

Je répondrai d'abord aux questions sur la majorité .

Je prendrai la question de monsieur Andrieu plus tard , elle est plus spécifique .

Les questions sur la majorité : c' est ici qu' une clarification est nécessaire .

Je dirai simplement à monsieur Copin , d' un mot , qu' une clarification est un processus qui exige un certain délai si on veut éviter qu' elle ne tourne à une dramatisation inutile des problèmes .

En effet , une clarification est nécessaire .

Il faut avoir maintenant une vue claire , et donc une vue nouvelle , de l' organisation de la majorité .

Je répondrai ensuite , monsieur Lefort , aux questions que vous posez sur les divisions de l' opposition .

La majorité a été marquée , au cours des dernières années , par une sorte d' assimilation qui s' était produite entre un parti de la majorité et le fait que son chef , ou en tout cas le chef qu' il se reconnaissait , se trouvait être le chef de l' exécutif .

En effet , pendant de longues années , nous nous sommes habitués , les uns et les autres , à considérer que le principal mouvement de la majorité de l' époque , qui était l' UNR , puis l' UDR , se définissait par le soutien , et le soutien sans réserve , qu' il apportait à l' action du président de la République .

Il en résultait une certaine organisation , une certaine conception de la majorité .

D'ailleurs , à cette époque , souvenez - vous en , UNR , puis UDR , se trouvait être un mouvement et non pas un parti .

Il y a eu , en 1971 , un débat très intéressant au sein de UDR dont beaucoup d' entre vous ont assuré , à l' époque , le compte rendu , et qui était un débat sur le point de savoir si l' UDR devait rester un mouvement ou devenir un parti .

La plupart des dirigeants , et notamment le président Pompidou , ont pris des positions très nettes à cet égard .

Ils étaient en faveur du mouvement . Ils étaient opposés au parti .

Depuis l' élection présidentielle de 1974 , la situation avait changé .

Il était clair , en effet , que je me m' attendais pas - et je ne le demandais pas , d'ailleurs - à ce que tel ou tel parti de la majorité , ou à ce que tel ou tel mouvement ne se définisse qu' en fonction de son seul soutien au président de la République que je suis devenu .

Donc la nature , la conception , la fonction de la majorité ont changé .

A l' heure actuelle , plutôt que de s' attarder sur les circonstances , il faut voir quelle doit être cette conception nouvelle de la majorité .

La majorité doit être pluraliste , et elle doit être pluraliste si elle veut gagner les élections de 1978 .

La majorité doit être pluraliste .

Ce n' est pas une découverte car , au début de la cinquième république , je dirai pratiquement jusqu' en 1967 , la majorité l' a toujours été .

J' ai fait partie moi - même , successivement , de gouvernements ou de majorités dans lesquels plusieurs tendances apportaient leur soutien au président de la République .

Vous vous souvenez d'ailleurs parfaitement que le général de Gaulle n' entendait être le prisonnier d' aucun parti politique de sa majorité .

D' autre part , il faut voir la réalité française et démocratique actuelle .

La France est un pays qui a une forte diversité politique , diversité géographique , diversité de tempéraments , de préférences , de traditions .

Cette diversité politique de la France , elle s' exprime dans le choix que nous faisons d' un certain nombre de nos institutions . Et par exemple , de notre loi électorale .

Lorsqu' il a fallu débattre du problème de l' élection de l' assemblée parlementaire européenne au suffrage universel , nous nous sommes aperçus que nous sommes les seuls parmi les 9 à avoir des scrutins à deux tours .

Nous sommes les seuls , et pourquoi ? Parce que le scrutin à deux tours correspond à la diversité française .

Dans un premier tour , on exprime un certain nombre de préférences ; dans un deuxième tour , on se prononce sur la représentation ou sur la conduite des affaires du pays .

Comme il y a diversité française , il y a nécessairement pluralisme de la majorité .

Au lieu de voir la majorité comme uniforme , il faut maintenant vous habituer à voir la majorité comme pluraliste .

Naturellement , ces différents partis qui composent la majorité , aux yeux du président de la République , ont une valeur égale .

Il ne doit pas y avoir de son fait , de mon fait , une préférence exprimée entre ces partis .

Naturellement , les uns sont arithmétiquement plus importants que les autres mais c' est pourquoi j' ai rappelé récemment que le président de la République est au-dessus des partis , y compris des partis de sa propre majorité ; d' autre part , il ne doit pas , vis-à-vis de ces partis , exercer je ne sais quelle préférence particulière .

Je voudrais , à cet égard , vous dire que , depuis mon élection , chaque fois que j' ai reçu les dirigeants des grandes formations de la majorité et , en particulier , de la plus grande formation de la majorité , je leur ai demandé de dire aux députés de cette formation qu' à mes yeux , ils étaient équivalent des autres députés de la majorité , que je n' avais pas de préférence , et que je ne cherchais pas , plus ou moins , comme on pouvait le leur faire craindre , à organiser telle ou telle substitution dans la majorité qui me soutenait dès lors que celle - ci approuvait et participait à l' action gouvernementale . Je regrette que ce message ne leur ait pas été plus complètement transmis .

C' est donc une majorité pluraliste .

Le président de la République n' a pas à avoir de préférence .

Même s' il a appartenu autrefois , en effet , à telle ou telle formation de la majorité , il n' a pas à avoir de préférence . Et cette majorité , au contraire , doit traiter , j' y reviendrai , ces problèmes .

Deuxième point : cette majorité doit être pluraliste si elle veut , comme elle le peut , gagner les élections de 1978 .

En effet , regardez ce qui s' est passé en Europe . Il y a eu pas mal d' élections récemment .

Il n' y a aucun parti qui , dans les démocraties occidentales , puisse , dans des circonstances normales - et je mets à part les circonstances qui ont suivi , par exemple , les évènements de mai 68 - prétendre s' assurer à lui seul la majorité absolue des sièges .

Cela n' existe , à l' heure actuelle , dans aucun pays .

Comment voulez - vous que cela existe dans un des pays les plus traditionnellement divers au point de vue politique , la France ? L' idée que l' on cherche à répandre , - et qui est peut-être , de la part de certains de l' opposition , un piège - est que la majorité doit être uniforme .

Si la majorité est uniforme , elle se condamne à l' échec . Il faut , au contraire , libérer les forces de proposition , d' expression et de représentation des différents partis de la majorité .

Ces partis , vous le savez , sont au nombre de quatre . Il y a Udr , récemment transformée en RPR . Il y a les républicains indépendants . Le centre démocratique et social .

Il est indispensable que chacune de ces formations politiques affirme sa personnalité , fasse connaître ses propositions , et ainsi suscite à la fois l' intérêt et le soutien de la fraction particulière du corps politique français qui partage ses vues .

Donc , pas d' uniformité de la majorité . Mais par contre , une entente majoritaire .

A l' heure actuelle , je trouve que l' image , telle qu' elle est donnée - et d'ailleurs , il faut bien le dire , reproduite - de la majorité n' est pas , en effet , la meilleure , puisqu'on a l' impression que c' est celle d' une unité qui se divise .

Il faut que ce soit l' inverse : l' image d' un pluralisme qui s' organise et qui s' entend . Ce qui veut dire d'abord qu' il faut s' entendre sur les objectifs . Il est indispensable que lorsque les différentes composantes de la majorité se seront réorganisées , animées , elles se réunissent , suivant des formes , naturellement , qui leur appartiennent , pour rechercher en commun les objectifs qu' elles proposeront aux Français lors des prochaines consultations électorales , objectifs dont je sais qu' ils seront en réalité très semblables .

Deuxièmement : il faut , bien entendu , que cette majorité s' organise en vue des consultations électorales , parce que le pluralisme conduit à la pluralité des candidatures .

Encore faut - il que cette pluralité des candidatures procède d' une entente , c'est-à-dire que les règles soient fixées à l' avance , que les écarts qui feraient que tel ou tel , au lieu de défendre sa propre candidature et de dénoncer les mauvais choix de telle ou telle autre fraction adverse , préférerait tourner son combat vers ses voisins , soient connus .

Il faut alors qu' il y ait une organisation de la majorité qui puisse sanctionner ou éliminer ces écarts .

Enfin , il faut que périodiquement les dirigeants des grandes formations de la majorité se réunissent pour se concerter sur un certain nombre de sujets ou d' orientations fondamentaux .

Vous le voyez , il faut sortir de la conception d' une uniformité qui se déchire , pour passer à une autre conception qui est celle d' un pluralisme qui s' organise . Si la majorité à la capacité de renouvellement et d' organisation qui lui permet d' agir ainsi , elle accroît jusqu' à un point décisif ses chances de l' emporter en 1978 .

Vous avez raison , monsieur Lefort , on parle des divisions de la majorité . Les divisions de la majorité , ce sont des divisions concernant l' organisation . La majorité est unie sur son programme et sur sa politique : la preuve en est qu' il n' a pratiquement pas manqué une voix lors des principaux débats de l' automne , notamment , au moment de la ratification ou de l' approbation du programme de redressement économique .

Et pour les prochains grands débats , vous verrez que la majorité sera unie .

Par contre nous savons bien que l' opposition a une organisation , mais qu' elle n' est pas unie dans ses options politiques .

Sur des options fondamentales d' organisation de la société française , nous savons très bien que l' opposition est fondamentalement divisée ; nous le savons parce que certains de ses membres le disent ; certains sont en faveur du collectivisme , d' autres lui sont hostiles et souffrent de toute orientation vers celui - ci .

Certains - et nous sommes le seul pays d' Europe qui connaîtra cette situation - voteront sans doute , ils l' ont dit , pour l' élection de l' assemblée parlementaire européenne au suffrage universel , et d' autres voteront contre .

Dans les autres pays , par exemple l' Italie , les partis d' opposition voteront tous dans le même sens , et ce sens sera d'ailleurs un sens favorable . Donc il y a en France , à l' heure actuelle , une majorité unie sur l' essentiel , c'est-à-dire unie sur la politique , mais dont l' organisation n' est pas , à l' heure actuelle , satisfaisante - c' est d'ailleurs compréhensible pour l' opinion - , et il y a , par contre , en face , une opposition organisée , mais qui est profondément divisée sur l' essentiel .

Alors je réponds maintenant à la question sur l' élection au suffrage universel de l' assemblée parlementaire européenne .

Pourquoi ai - je d'abord consulté le conseil constitutionnel ? C' est parce que je ne voulais pas d' un débat à l' assemblée nationale au cours duquel l' argument qui aurait été employé , et qui aurait altéré à tout instant le débat , eut été de dire : " mais comment vous permettez - vous de débattre d' un texte dont nous allons , nous , saisir dans quelques jours le conseil constitutionnel , qui décidera et annoncera sans doute qu' il est incompatible avec notre constitution ? " Quel eut été le déroulement du débat ? Il fallait donc que cette hypothèse fut levée .

C' est pourquoi j' ai saisi le conseil constitutionnel ; j' ai attendu le résultat de ses délibérations .

Vous savez qu' il s' est prononcé pour la constitutionnalité , en l' accompagnant d' un certain nombre d' attendus . Lorsque ce débat viendra , au printemps , je suis convaincu que l' élection de l' assemblée parlementaire européenne au suffrage universel sera largement approuvée par le parlement français , et qu' elle sera approuvée par la plus grande partie de la majorité .

Monsieur Vajou , dans les circonstances actuelles , je n' aperçois pas l' intérêt , pour le fonctionnement de nos institutions , d' un changement de loi électorale .

Deuxième question : la candidature unique . Je crois que la conséquence du pluralisme majoritaire c' est , en réalité , le pluralisme des candidatures .

Comme je l' ai dit tout à l' heure , ce pluralisme doit être organisé au sein de l' entente majoritaire , c'est-à-dire qu' il doit procéder d' un examen en commun des situations et de l' intérêt , de efficacité de ce pluralisme .

Néanmoins , dans le cas de parlementaires sortants dont la situation est très assurée , et qui paraissent avoir de grandes chances d' être élus au 1er tour , je ne vois pas pourquoi , au nom de ce pluralisme , on irait compliquer leur situation .

C' est donc un pluralisme organisé par une entente majoritaire qui devra , je le répète , apprécier les circonstances où il est inutile de le faire jouer . On m' a posé la question des élections de Paris - si je peux parodier une réponse célèbre . Je sais d'ailleurs qu' en province , beaucoup de Françaises et de Français s' interrogent sur ces élections de Paris et ne comprennent pas bien le déchirement actuel de la majorité .

Je reviens un peu en arrière , je vous parle des municipales . Les élections municipales vont donc avoir lieu dans deux mois . Il faut savoir qu' elles intéressent 37500 communes , si l' on compte la France métropolitaine et les départements d' outre-mer .

Il y aura 460000 élus , conseillers et conseillères municipales . Il y aura environ un million de candidats ; je souhaite d'ailleurs que , parmi ces candidats , il y ait beaucoup de candidates , car je considère que les fonctions municipales sont des fonctions que les femmes sont particulièrement qualifiées pour remplir .

C' est donc une très large consultation de la vie démocratique locale , sans doute une des plus larges de tout l' 0ccident à se dérouler de cette manière . Je souhaite , bien entendu , que cette consultation permette aux communes de France qui sont appelées à être les cellules de la décentralisation de notre vie nationale , le support de notre démocratie locale , de se doter d' administrateurs qui soient justement à même de les administrer et de les conduire .

Je vous dirai - réponse après coup à monsieur Lefort - que , dans la préparation de ces élections municipales , à l' heure actuelle , la majorité est beaucoup plus unie que l' opposition .

Il y a , en effet , 221 communes de plus de 30000 habitants , c'est-à-dire 221 communes dans lesquelles joue le scrutin majoritaire .

A l' heure actuelle , il y a 172 communes dans lesquelles la majorité a décidé de sa liste unique .

A ma connaissance , je crois que les chiffres annoncés par l' opposition sont de l' ordre de 50 sur ces 221 communes . Je vois des signes de négation .

C' est , en tout cas , la dernière chose que j' ai lue dans la presse . Mettons que ce chiffre s' accroisse . Si vous prenez les communes de plus de 9000 habitants , qui sont celles pour lesquelles la procédure de la concertation majoritaire a joué , il y en a 811 , à l' heure actuelle , dans 80 % des cas , la majorité s' est mise d'accord sur une liste unique .

Sur les 550 cas qui ont été soumis à la procédure qui a été mise en place , c'est-à-dire réunion des secrétaires généraux des 4 formations de la majorité , toutes les semaines , et ensuite concertation des ministres d' Etat , il y a eu 500 cas réglés positivement .

Je ne connais pas et je ne reviendrai donc pas sur le dernier chiffre de l' opposition . J' en était resté à des interviews parues au début de la semaine dernière ; peut-être les proportions sont - elles accrues . Mais jusqu' à présent , dans la préparation des municipales , je le répète , 80 % des décisions ont abouti à une liste commune unique de la majorité .

Il y a le cas de Paris . Ce qui se passe à Paris montre clairement que le milieu politique n' a pas aperçu quelque chose , c' est qu' il y avait eu une réforme municipale à Paris .

On parle , en effet , à Paris , des dernières élections , on ne parle pas des prochaines . Il y a eu une réforme fondamentale , que je connais , car il aura fallu attendre 1974 pour que le président de la République propose au gouvernement de saisir le parlement d' un projet de retour de Paris au statut municipal de droit commun .

Je tiens à le rappeler , alors que ceci me paraît quelquefois discrètement mentionné .

A partir du moment où Paris à le statut municipal de droit commun , il faut savoir que l' élection du maire revêt une importance essentielle .

C' est ce qui explique , à l' heure actuelle , la difficulté pour les provinciaux , habitués à l' élection du maire depuis toujours , de comprendre ce qui se passe à Paris , qui n' y est pas habitué .

En effet , dans les élections municipales , on connaît toujours qui sera maire , dans l' hypothèse où telle liste l' emporte lors de la consultation .

Chacun sait , par exemple , qu' à Lille , ce sera un choix entre monsieur Segard et monsieur Mauroy , que si les listes d' opposition l' emportent , monsieur Defferre sera le maire de Marseille , que si les listes de la majorité l' emportent , monsieur Médecin sera maire de Nice , que le candidat de la majorité sera monsieur Baudis à Toulouse . Si Paris avait déjà la pratique du statut municipal , tout le monde connaîtrait le futur maire , puisque le maire conduirait lui - même ses listes , ou alors un autre maire se présenterait pour en demander le départ .

Il faut savoir , en effet , que dans la loi municipale de 1884 , beaucoup modifiée depuis , et qu' on retrouve dans le code municipal , les pouvoirs essentiels sont des pouvoirs qui sont attribués au maire .

L' article 45 du code de l' administration municipale dispose que le maire est le chef de l' administration communale ; l' article 75 dit que c' est le maire qui prépare et qui propose le budget et qui ordonnance les dépenses ; l' article 100 dit que c' est le maire qui nomme à la totalité des emplois municipaux .

Le maire de Paris aura à administrer un budget de 7 milliards de francs , à assurer l' activité et la vie de 33000 fonctionnaires .

Il devra délivrer 15000 permis de construire par an . Et cela dans une des plus belles et plus importantes villes du monde .

D' où l' importance du maire de Paris .

Il est impossible de mettre les Parisiens dans une situation qui ne serait acceptée par aucune municipalité de province , celle de voter sans savoir quel sera le maire de Paris , en fonction de leurs votes . Le maire de Paris doit avoir la capacité , je le répète , de conduire l' administration , considérable , d' une des plus grandes et des plus belles villes du monde .

Paris est découpée en secteurs , pourquoi ? Il faut se rappeler que c' est le gouvernement du général de Gaulle qui a prévu un scrutin majoritaire , avec liste bloquée , dans toutes les villes de plus de 30000 habitants , de façon précisément qu' il y ait une équipe municipale , un chef d' équipe et un maire .

Si l' on a prévu le découpage par secteurs d' un certain nombre de villes - maintenant de 5 villes - c' est pour faire en sorte que les conseillers municipaux élus soient plus proches de la population , ce que je considère comme souhaitable . Ce n' est pas pour faire en sorte que la municipalité soit démantelée au niveau des arrondissements .

C' est l' inverse : une liste d' ensemble qui , ensuite , se présente par arrondissements et non pas des fractions de ville qui ensuite se réunissent pour devenir une ville .

La preuve en est que , par exemple , à Lyon , la liste municipale précédente avait pris le sigle du maire " Pradel " pour bien montrer que , malgré la sectorisation , il s' agissait avant tout de choisir un maire .

J' ajoute que le nombre de conseillers municipaux ayant été augmenté à Paris , puisqu'il passe de 90 à 109 , il ne devrait pas être difficile de faire en sorte qu' à la fois ceux qui ont une part dans l' administration de Paris et ceux qui veulent apporter leur contribution à cette nouvelle administration , au moment où Paris va connaître pour la première fois un statut municipal de plein exercice , puissent réunir leur efforts . En tout cas , il y a un point fondamental : dans les secteurs où il apparaîtrait que la division de la majorité risque de conduire celle - ci à perdre la partie , je n' imagine pas que les rivalités de personnes puissent conduire à un tel risque .

Je vais d'abord répondre aux questions que vous m' avez posées , monsieur Faure , et vous , messieurs , sur les circonstances de l' arrestation et ensuite de la mise en liberté de monsieur Abou daoud .

Le premier ministre a déjà répondu à toutes les questions qui ont été posées à ce sujet , et a fait connaître le déroulement complet des évènements .

J' ajouterai une seule précision : lundi dernier , donc le lundi 10 , pour obtenir des précisions à ce sujet , l' ambassadeur , en effet , était absent de Paris , et monsieur Ulrich , directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères , a reçu le lundi à 15 h le chargé d' affaires de l' Allemagne fédérale qui lui a indiqué qu' il ne disposait d' aucune information et d' aucune instruction à ce sujet .

Moonsieur Ulrich lui a fait savoir qu' en raison de l' importance du problème et du fait que la justice française était saisie , il était sans doute souhaitable qu' il prenne l' attaché de Bonn et qu' il lui indique le dernier état des informations à ce sujet ; qu' il attendait donc sa communication téléphonique , et qu' il pourrait le joindre de jour ou de nuit .

Or , monsieur Ulrich n' a jamais été rappelé . Si bien que , le lendemain matin , la chambre des mises en accusation ne disposait pas , en effet , d' une démarche formelle concernant cette demande d' extradition de la part de nos partenaires .

A l' occasion du déroulement de ces évènements , la France a fait l' objet d' une campagne d' insultes , qui a tenté de porter atteinte , je dis tenté , à sa dignité et à son honneur .

Je voudrais répondre , à ce sujet , d'abord en rappelant trois choses : - premièrement , c' est que celui qui avait été arrêté en France était accusé d' être l' un des instigateurs du massacre de Munich .

Mais il y a eu ceux qui ont exécuté ce massacre de Munich et dont trois ont été ensuite arrêtés .

Où sont - ils ? Deuxièmement : quand , il y a quelques mois , un avion d' air-France a été détourné et ensuite conduit en Ouganda , nous avons donné , comme première directive , que nous n' accepterions pas qu' une discrimination soit faite , concernant le sort des passagers , en fonction de leur nationalité .

Car il y avait à bord des Français - il y avait un équipage français - mais il y avait aussi de nombreux israéliens , et c' est la France qui menait la négociation .

Et dès le départ , l' instruction a été catégoriquement donnée de ne nous prêter à aucune discrimination qui aurait permis de dissocier le sort des uns et des autres , même si ceci devait faciliter la libération de nos compatriotes .

Enfin , lorsqu' il y a quelques mois , un avion a été saisi aux Etats-unis par des terroristes croates , et qu' il a survolé l' Europe de l' ouest , nous avons accepté qu' il se pose à Paris .

Nous avons pris les dispositions nécessaires pour procéder à l' arrestation des terroristes en question .

Ils ont été renvoyés le lendemain même dans leur pays d' origine , c'est-à-dire aux Etats-unis , et remis par la police française à la police fédérale .

Donc , nous avons montré , dans un certain nombre de circonstances , quelle était notre attitude à cet égard .

Mais je dirai que , par son ampleur et par le sentiment pénible d' orchestration qu' elle a donné , cette campagne de dénigrement de la France témoignait de quelque chose qui allait au-delà de la décision de la chambre des mises en accusation . C' était le fait qu' ici ou là , un certain nombre de pays n' acceptent pas la politique indépendante de la France , telle que nous la conduisons .

De même que dans cette salle , le général de Gaulle disait , je crois , que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille , moi je vous dirai que la politique étrangère de la France ne se fait pas et ne se fera pas dans les salles de rédaction de quelques moyens d' information internationale .

La politique étrangère de la France , c' est l' affaire du président de la République , du gouvernement et du parlement .

La France , son peuple et ses lois n' ont de leçons à recevoir de personne et j' invite ceux qui souhaitent être ses amis à s' abstenir de nous donner des leçons .

De toutes ces réactions qui se sont manifestées je dirai qu' il y en a une qui soulève , de notre part , une préoccupation et une émotion .

C' est en réalité celle des familles de ces athlètes israéliens qui ont trouvé la mort dans cet odieux attentat , de ces familles qui ont pu penser que la France ou que la justice française était indifférente ou négligeante à leur sort .

C' est à elles seules que je veux m' adresser pour leur dire ceci , puisqu'il semble que cette information ne leur a pas été transmise : la demande d' extradition de l' intéressé par les autorités d' Israël ne pouvait , de toute évidence , pas être reçue , au regard des lois françaises .

Quiconque veut bien l' étudier le constatera .

Il s' agissait , en effet , d' un crime commis dans un pays tiers , l' Allemagne fédérale .

Par des ressortissants non israéliens ; les lois d' extradition , telles qu' elles existaient en 1972 et telles qu' elles sont parfaitement connues , ne permettaient pas de procéder à une telle extradition .

C' est pourquoi d'ailleurs , depuis , nous avons complété notre dispositif législatif pour empêcher le retour à de pareilles situations .

Je voudrais dire à ces familles qui ont connu certainement , dans d' autres lieux ou dans d' autres temps , une justice expéditive ou arbitraire , ou étatique , et en ont souffert , qu' il faut qu' elles comprennent que , dans cette circonstance , il nous revenait de respecter les lois françaises des lors qu' elles étaient sans ambiguïté , quels que soient en effet la réaction et le tourment qui pouvaient alors être les leurs .

Il s' accumule un certain nombre de questions auxquelles je n' ai pas répondu .

Je pense qu' il faudrait que je leur réponde avant que nous poursuivions .

Il y avait d'abord une question à propos de la justice et à propos du déroulement d' une enquête concernant l' assassinat d' un député , monsieur De Broglie .

Deux phases se sont déroulées : d'abord une première phase qui était l' enquête de police , pour retrouver les assassins , c'est-à-dire ceux qui ont exécuté le crime , et ensuite une phase de justice pour rechercher quels peuvent être les mobiles de ce crime et éventuellement quels peuvent être les tenants et les aboutissants qui ont conduit à ce mobile .

L' opinion française a pu être déroutée par le fait que , lorsque les assassins ont été identifiés par la police et remis à la justice , on a pu penser que l' affaire s' arrêterait là .

Non .

Il s' agissait d' une première phase , qui était l' identification de ceux qui étaient soupçonnés d' avoir perpétré l' assassinat .

Mais bien entendu , il fallait engager aussitôt la phase judiciaire , c'est-à-dire confier à un juge d' instruction le soin de démêler l' ensemble des mobiles , des tenants et aboutissants de cette affaire , pour que tout ceci soit parfaitement clair et puisse être sanctionné suivant nos lois .

Le juge d' instruction a été désigné .

Vous pouvez constater qu' il a fait son travail ; c'est-à-dire qu' il a procédé dans une première phase à l' examen du dossier ; il a commencé cette semaine et poursuivra la semaine suivante ses auditions . Suivant le principe de la séparation indispensable de exécutif et du judiciaire - et les Français très nombreux qui ont assisté récemment sur leur écran à un certain nombre de films ou de débats sur ce que peut engendrer la confusion de l' exécutif et du judiciaire tiendront peut-être à savoir qu' en ce qui me concerne , je respecterai strictement cette règle de la séparation de exécutif et du judiciaire - j' indique seulement que la justice poursuivra son instruction jusqu' au bout de ses conclusions , et sans qu' aucune entrave ne soit apportée à ses travaux .

J' en viens à la question de monsieur Andrieu , à propos de la télévision , à une autre aussi posée à propos de la télévision .

Je ne suis pas d'accord sur ce que vous dites à propos de la télévision .

Une réforme a été faite . Elle consiste , pour l' essentiel , à donner une autonomie et une responsabilité réelles aux sociétés de programme . Il faut que cette réforme soit poursuivie jusqu' à son terme .

Il n' y a pas un problème de la télévision . Il peut y avoir un problème de tf1 , d' antenne 2 , ou de fr3 .

Ces sociétés ont des présidents , des conseils d' administration , des directeurs . C' est à eux de régler les problèmes , et nous n' allons pas revenir dans la situation de confusion où il n' y avait ni autonomie des chaînes , ni responsabilité des dirigeants .

C' est pourquoi nous nous en tiendrons au principe de la réforme qui est l' autonomie des chaînes et la responsabilité des dirigeants .

Quant aux questions d' information , monsieur Andrieu , je vous dirai franchement que nous n' avons pas du tout - nous le savions l' un et l' autre - la même philosophie politique .

Parce que je ne sais pas si tel ou tel journaliste de la télévision appartient à tel ou tel parti politique .

Je vous le dit franchement je ne le sais pas . Je souhaiterais d'ailleurs le savoir plus souvent , en ce qui concerne ceux qui m' apporteraient , à la présentation des nouvelles , un ardent soutien .

Je ne le sais pas et j' estime qu' il n' est pas bon pour la profession de journaliste que l' on puisse mettre sur chacun une étiquette politique .

Donc , s' il y a des règles de cette nature , elles ne sont pas de mon fait .

Je n' ai d'ailleurs jamais , ni demandé , ni proposé , la présence sur un écran d' un journaliste en fonction de son appartenance ou non au parti communiste .

Il y a effectivement à l' heure actuelle en cours non pas une action , mais des actions visant à obtenir la libération de madame Françoise Claustre et à ce qu' il soit mis fin à cette odieuse séquestration , dont je demande qu' on la présente toujours comme une odieuse séquestration d' une Française qui n' est en rien mêlée aux évènements dus aux conflits politiques du Tibesti .

Je répondrai à ces trois questions qui sont importantes , et l' une d' entre elles , vous le comprendrez , délicate .

La troisième question d'abord : je souhaiterais , d'abord , que les choses que nous disons inlassablement , inlassablement , soient enfin retenues et admises .

Je sais bien , je l' ai dit d'ailleurs dans mes vœux , que le peuple français est un peuple que l' histoire a rendu sceptique à juste titre .

Mais ceci étant , quand quelque chose est dit avec netteté , encore faudrait - il que ce soit pris en considération par notre conscience publique , par notre conscience collective .

Ainsi , par exemple , j' ai dit à plusieurs reprises que les élections législatives auraient lieu à leur date en 1978 .

C' est toujours mon intention .

Je vous indique qu' il n' y aura pas de crise d' ici là .

Tous les commentaires à cet égard ne peuvent donc que compliquer ou qu' obscurcir le déroulement de notre vie politique .

Il n' y aura pas de crise , car je n' ai aucune raison de mettre en doute la loyauté de la majorité .

Je rappelle également que dans l' hypothèse d' une crise , c' est le président de la République qui a l' initiative .

Nous ne sommes pas dans un système dans lequel existe soit la dissolution automatique , soit le gouvernement de législature . Nous sommes dans un système où il existe des responsabilités et des initiatives du président de la République , des responsabilités que dans une telle hypothèse , - que j' écarte , d' ici 1978 , bien entendu - il exercerait .

J' en viens à votre question : le gouvernement , le ministre de la santé , plus exactement madame le ministre de la santé .

Une question m' a été posée à propos de la peine de mort .

Puisqu'un procès s' ouvre aux assises de l' Aube , on comprendra que moi - même , et vous aussi sans doute , messieurs , nous nous exprimions en tenant compte de cette circonstance .

La peine de mort est inscrite dans la législation française . Seul le législateur peut modifier cet état de chose .

Le président de la République , dans l' exercice de son droit de grâce , apprécie un certain nombre de circonstances , soit exceptionnelles , soit humanitaires , qui peuvent le conduire à utiliser ce droit . Mais il ne lui appartient pas , par sa seule décision , de supprimer la peine de mort .

Reste la question de monsieur Elkabbach sur la fermeté .

Je dirai que , de même qu' il y a un faux débat sur uniformité de la majorité , je sais bien , d'ailleurs on va le voir dans les semaines prochaines , que ce faux débat ne se clarifiera que lentement .

On n' aboutira à l' idée d' une majorité pluraliste s' organisant , que peu à peu .

On continuera à écrire , à penser ou à discourir , en fonction d' une majorité uniforme qui se déchire .

De même , il y a un autre faux débat , qui est le débat sur la fermeté .

C' est un faux débat , parce que la fermeté , cela ne se mesure pas à des mots . Cela se mesure encore moins au ton des mots . La fermeté se mesure à des faits .

J' ai connu depuis longtemps des situations dans lesquelles le vocabulaire était peut-être celui de la fermeté , mais où tous les Français savaient bien , et d'ailleurs le disaient ouvertement , que la seule manière d' avoir satisfaction , c' était de descendre dans la rue .

En se livrant à quelques désordres , en malmenant quelques agents des forces de l' ordre , on était sûr d' avoir satisfaction .

Il n' y avait donc pas de fermeté .

Depuis que je suis président de la République , je veille à ce que les décisions prises soient appliquées , à ce que les programmes de redressement économique se déroulent , à ce que la pression des intérêts ou des désordres ne pèse pas sur la vie nationale .

Deux mois après mon élection , où étaient les prisonniers ? Ils étaient sur le toit des prisons .

A l' automne de 1974 et au début de 1975 , l' état de nos forces de défense était tel que la gare de l' est était le spectacle de scènes honteuses . Il a fallu remettre de l' ordre dans tout cela , et cela a été fait .

A l' heure actuelle , personne en France n' a le sentiment de la faiblesse dans l' action .

Il est vrai que je ne pratique pas , en effet , le ton déclamatoire . D'abord , parce que je ne crois pas que ce soit le bon ton pour la France .

La France est un pays qui vient de plus loin , qui a une autre dignité , qui peut se contenter d' un langage plus sobre . Et puis , je ne suis pas partisan de la brutalité .

J' estime qu' un pays civilisé comme le nôtre , un pays respectueux des libertés et des droits , est un pays qui doit pratiquer la fermeté et qui la pratiquera , mais qui doit le faire sans emphase sonore , sans déclamation et sans brutalité .

On ne peut pas me citer l' exemple d' un seul ministre auquel j' aie demandé , à un moment ou à un autre , de revenir sur une décision qu' il ait prise .

De même , dans ma conception de la fermeté , je ne suis pas pour la mise en cause des lampistes .

Il serait évidemment assez facile , à propos de telle ou telle décision , - et je pensais tout à l' heure au visa qui a été , en effet , donné , ici ou là , dans un consulat de détourner les responsabilités en mettant en cause et en sanctionnant je ne sais quel exécutant .

La fermeté , c' est une fermeté du sommet . Il faut faire en sorte que tous ceux qui vivent et qui agissent accomplissent leur tâche . Mais , s' il y a des responsabilités à prendre , elles doivent être prises au sommet .

On m' a posé - un Français et , si j' ai bien vu , un ami Britannique - la question de savoir s' il y a un mal français .

Je pense qu' il y a un mal français parce que nous nous interrogeons sur nous - mêmes . Mais si l' on considère l' histoire de nos grands voisins , depuis 100 ans ou 300 ans , il y a des maux de tous les autres pays .

Il y a , en effet , un problème français . Ce problème a été excellemment et intelligemment décrit dans l' ouvrage auquel vous faites allusion .

Mais ce qui m' intéresse , ce n' est pas le mal français , c' est le remède français .

Je suis persuadé que si nous - mêmes , la génération qui nous accompagne , celle qui nous suit , faisons l' effort nécessaire pour développer en France le sens des responsabilités , le pluralisme démocratique , la tolérance dans le débat démocratique et en même temps la fermeté nécessaire de la politique et de l' application des décisions , l' auteur en question pourra écrire un deuxième tome : " le remède français " .

Nous avons parlé de différents sujets . Je n' ai pas pu naturellement épuiser toute votre curiosité . Je m' en excuse . Nous nous reverrons à un rythme qui sera sans doute d' à peu près deux fois par an .

Mais quelles que soient les questions posées , quelles que soient les circonstances du moment , les unes douloureuses , les autres liées à notre vie économique et sociale , il ne faut pas oublier qu' il doit y avoir une continuité dans notre action politique , c'est-à-dire , pour ma part , continuer à avancer vers le progrès et la justice en France .

Et sur cela , je ne transigerai pas . Je vous remercie .

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