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Le travail en commun mené par le conseil national de la chasse et de la faune sauvage , où se retrouvent chasseurs et non chasseurs , propriétaires et utilisateurs du sol , est , à cet égard , exemplaire .

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V. Giscard d'Estaing - 26 janvier 1978

On aurait pu poser cette question en ces termes en 1974 , peut-être même en 1972 . Plus aujourd'hui , car les faits ont changé .

Si la France et la plupart des pays industrialisés ont connu une croissance forte , peut-être fondée sur une certaine surexploitation des ressources naturelles , le bouleversement de l' économie mondiale en 1973 a changé cet état de choses .

Il y a eu un tournant dans l' histoire du monde . L' augmentation brutale du pétrole n' a été que le révélateur d' un phénomène qui était prévisible .

La trajectoire des années 1960 1970 ne pouvait être prolongée sans fin ; elle aurait rencontré des limites naturelles : l' épuisement d' un certain nombre de matières premières , dont le pétrole , dans les années 1995 2000 . Depuis 4 ans , dans aucun pays , on ne retrouve le rythme de croissance d' autrefois .

Depuis que je suis président , je préconise une nouvelle croissance qui économise l' énergie , qui évite l' emploi massif d' une main-d'œuvre étrangère , qui revalorise le travail manuel , qui réponde à des aspirations plus qualitatives .

Je l' ai écrit il y a un peu plus d' un an dans mon livre Démocratie française que j' avais , en quelque sorte , préfacé en 1972 lors du colloque organisé à l' UNESCO sur ce thème .

Je l' ai confirmé dans les interventions que j' ai faites récemment au conseil économique et social .

Ce choix d' une nouvelle croissance a peut-être été insuffisamment perçu par l' opinion .

Certains pensaient que ce que l' on appelle la crise ne serait qu' une parenthèse et que celle - ci , une fois fermée , on reviendrait à la situation antérieure . Telle n' est pas la réalité .

Mon objectif est que nous retrouvions un taux de croissance supérieur à celui de ces 4 dernières années , ne serait ce que pour résoudre le problème de l' emploi .

Mais cette nouvelle croissance n' est ni une croissance sauvage ni une croissance zéro .

L' économie et l' écologie y sont réconciliées . Elle permet à la fois de respecter les équilibres de l' environnement et améliorer les conditions de vie des Français .

La nouvelle croissance ne sacrifiera pas le cadre de vie au niveau de vie , mais améliorera simultanément l' un et l' autre .

Elle élèvera le niveau de vie en priorité pour les plus défavorisés .

N' oublions pas ceux , encore trop nombreux , qui disposent seulement du minimum pour vivre , qui sont des exclus du progrès , ou qui sont à la recherche d' un emploi .

Elle entraînera des progrès rapides de la qualité de la vie , selon notamment trois orientations : l' intégration de la nature dans notre vie quotidienne par la création de nouveaux espaces verts , la lutte contre les pollutions , le recyclage des déchets .

Le recul de la maladie et des accidents , grâce à la priorité donnée à la recherche médicale , en particulier pour faire reculer le cancer ; grâce à la diminution de l' hécatombe sur les routes et sur les lieux de travail ; grâce à une alimentation plus saine .

Le développement de relations entre les hommes , plus fraternelles et plus chaleureuses , par un rythme de vie plus naturel et plus équilibré ; par le refus du gigantisme dans la ville et dans l' entreprise ; par l' accroissement du rôle des associations .

La France a choisi de tenir son rang , d'abord en donnant à son économie des bases saines et je dirai naturelles . C' est l' effort de redressement qui est actuellement entrepris par le gouvernement : notamment pour juguler l' emballement des prix , pour adapter nos structures de production et pour bâtir une économie plus juste .

Elle veut , ensuite , donner l' exemple de la solidarité entre nations riches et nations pauvres . C' est la raison , notamment , de l' initiative que j' ai prise pour établir un dialogue nord sud .

Je compte prendre d' autres initiatives dans ce sens .

Le choix d' un nouveau type de croissance n' est pas sans relation avec la situation des pays du tiers-monde .

Ceux là accèdent au progrès technique . Leurs ressources et leurs matières premières se revalorisent sur le marché international .

La France encourage l' évolution de ces pays vers le progrès et en tire les conséquences .

Elle continuera donc à apporter une contribution importante à la définition de nouveaux rapports internationaux permettant davantage d' équité : une meilleure utilisation des ressources ; une plus grande préservation des milieux naturels .

A cet égard , la France est décidée à porter l' écologie sur la scène internationale , afin que les vraies questions soient posées dans toutes leurs dimensions . C' est vital pour l' avenir de la paix dans le monde et pour le sort de l' humanité .

La France a moins besoin d' utopie que d' une vision claire de son avenir , ce qui n' est pas la même chose .

L' utopie a sa place dans les périodes où la plupart des problèmes sont résolus ou susceptibles de l' être . Tel n' est pas le cas .

La France vit des problèmes nouveaux : ainsi , elle doit affronter le nouvel équilibre du monde sur les plans économique , démographique et culturel .

Dans cet équilibre , elle n' a plus une position dominante , mais elle doit conserver une position forte .

La France n' est pas encore suffisamment préparée pour résoudre ces problèmes et il lui faut consacrer ses forces à développer ses capacités d' adaptation .

La France , par exemple , doit faire un énorme effort de recherche scientifique . Un pays sans ressources naturelles doit être capable d' inventer .

Les Français souhaitent qu' on réponde mieux , pratiquement , et sans les leurrer , aux difficultés de l' heure .

L' Etat s' attache , dans une conjoncture internationale difficile , à répondre à cette préoccupation .

C' est l' action de tous les jours du gouvernement , et de l' administration .

Mais aussi celle des collectivités locales , des responsables économiques et sociaux , des associations des citoyens eux - mêmes cessons de croire que l' Etat peut toujours tout faire . Sachons prendre en main directement nos problèmes .

Les Français veulent savoir aussi quel projet d' ensemble guide l' action des pouvoirs publics , quel avenir les attend , dans quelle société ils vivront demain . Je me suis attaché à répondre à cette préoccupation , et plus récemment , en publiant Démocratie française . Dès 1974 , j' ai proposé aux Français à la fois un programme d' action et un projet d' avenir .

Mon ambition et ma volonté sont de bâtir durablement en France et avec les Français une démocratie de la liberté , une démocratie de la participation une démocratie enracinée .

Je crois à la nécessité et à la possibilité d' une démocratie plus juste , plus paisible , plus naturelle .

Mais je m' interdis d' imposer aux Français un modèle défini en dehors d' eux et à leur place .

C' est pourquoi , mieux que d' anciennes ou de nouvelles utopies pensées d' en haut , je crois que les Français préfèrent qu' on leur donne la possibilité de participer davantage à l' amélioration de leur cadre .

Et de leurs conditions de vie . Mieux que les illusions passagères , je crois que les Français préfèrent avoir prise sur des réalités qui leur permettent de vivre mieux et parfois autrement .

Dans nos sociétés industrielles , de nouvelles aspirations apparaissent avec force dans les milieux révélateurs que sont notamment les jeunes et les intellectuels . Je comprends et je ressens ces nouvelles aspirations .

Je suis sans doute le seul homme politique qui se félicite sincèrement que les préoccupations écologiques aient pris une telle place .

Qu' y - a - t - il de commun entre mon projet pour la France et celui des écologistes ? Selon moi , la dimension écologique est fondamentale , mais elle n' est pas la seule .

On ne peut pas uniquement proposer aux Français une réconciliation avec les milieux naturels , avec l' environnement . Cette aspiration ne peut constituer à elle seule , pour une nation , une idéologie complète .

Il nous faut assurer simultanément le progrès social et l' organisation d' une société à la fois démocratique et industrielle . Toutefois les écologistes peuvent contribuer à faire avancer des idées de progrès .

Par exemple : la participation de l' individu à la gestion de son habitat , le renforcement de la vie des associations , aménagement collectif du cadre de vie . Les écologistes peuvent alimenter la réflexion et l' innovation .

A cet égard , la France peut donner le bon exemple en introduisant une dimension écologique dans son action politique .

En définitive , un nouveau type de société naîtra .

Les changements voulus à la base du débat démocratique , les idées défendues par les écologistes y occuperont leur place . Vous avez compris , en écoutant , que j' en étais persuadé .

Il y a , dans votre propos , trois expressions qui posent très clairement les questions essentielles : le bonheur énergétique , le développement ambitieux du programme électronucléaire , la démocratie .

Tout d'abord , le bonheur énergétique .

Consommer l' énergie n' est pas , pour moi , synonyme de bonheur . Je ne crois pas au bonheur tout énergie . La France ne poursuit pas , en tout état de cause , un tel but .

Nous ne sommes pas engagés dans une course à la consommation d' énergie qui nous ferait atteindre les chiffres de certains pays industrialisés , où le gâchis est considérable .

Au contraire , nous donnons l' exemple d' un pays qui freine , plus que tout autre , la consommation d' énergie .

Nous avions plafonné à 55 milliards de francs les importations de pétrole pour 1977 ; nous en aurons importé 54 milliards de francs , moins que le plafond .

Mais j' indique , avec autant de fermeté , que consommer l' énergie est un impératif pour éclairer , se chauffer , se déplacer . C' est une nécessité pour chaque français qui aspire légitimement au confort .

C' est une nécessité pour la collectivité . Il n' est pas un processus de fabrication , qu' il soit industriel ou agricole , qui n' engendre une consommation d' énergie .

Le gouvernement a la responsabilité d' assurer au pays un approvisionnement énergétique sûr , plus indépendant et compatible avec les réalités économiques et politiques mondiales .

Je rappelle que la pauvreté de la France en ressources d' énergie nous avait conduit , en 1974 , à une situation critique .

Nos besoins en énergie étaient couverts à 75 % par des importations .

Le pétrole provenait d' un petit nombre de pays situés pour la plupart dans une même région géographique . On sait aussi qu' en 1995 et ce n' est pas loin la production pétrolière va commencer à baisser . L' énergie importée sera de plus en plus chère .

Il faut donc développer des énergies nationales aussi peu coûteuses que possible . Notre objectif est de parvenir en 1985 à un bilan énergétique plus équilibré .

La part du pétrole restera la plus importante ( 40 % celle de l' énergie nucléaire d' à peine 25 % ) .

Les 35 % restants se partageront entre le charbon , le gaz , l' hydraulique et les énergies nouvelles . Notre dépendance à égard des importations devrait être ainsi ramenée à 60 % environ .

On ne peut donc , et c' est la réponse à votre deuxième question , parler de développement excessif du programme électronucléaire .

La France n' a pas une politique du tout nucléaire , mais une politique énergétique qui repose sur trois séries d' efforts : économiser l' énergie .

L' objectif , ambitieux je le souligne , est de réduire de 40 % le taux de croissance de la consommation d' énergie d' ici à 1985 .

équiper le pays de moyens de production d' électricité d' origine nucléaire adaptés à ses besoins et à l' impérieuse nécessité de réduire la dépendance extérieure .

Plus de 30 ans de recherche et de travail des ingénieurs et des techniciens français nous autorisent aujourd'hui à conduire ce projet avec une maîtrise suffisante et même une avance technologique de plusieurs années par rapport à d' autres pays .

C' est vrai pour le surrégénérateur , qui , en réduisant nos besoins en uranium d' importation , peut nous fournir une énergie nationale bon marché . Bien sûr il faut aborder cette technique avec les plus grandes précautions , mais j' observe qu' aucun grand pays du monde n' y a définitivement renoncé . Le développement de l' énergie nucléaire sera raisonnable , maîtrisé et équilibré .

Développer des énergies nouvelles .

Dans ce domaine aussi la France est parmi les tout premiers pays du monde .

En particulier , l' énergie solaire est une affaire qui va devenir très importante . C' est pourquoi je prévois la création d' un commissariat à l' énergie solaire qui regroupera les efforts , à l' instar de ce qui a été fait en 1945 avec le commissariat à l' énergie nucléaire .

Pour prendre la mesure de l' action fournie et à fournir sachez que nous voulons que seules les énergies nouvelles contribuent dans moins de 10 ans , pour deux ou trois millions de tonnes équivalent pétrole , à la couverture de nos besoins . Ce chiffre représente l' énergie produite en 1976 par les centrales nucléaires françaises , et cela après plusieurs dizaines d' années d' efforts dans ce secteur .

Quant à la démocratie , le gouvernement la respecte dans le domaine nucléaire , comme dans les autres . Il a la responsabilité devant le pays de prendre les décisions qui engagent la politique de la France .

Il le fait sous le contrôle du parlement , élu par les Français , qui vote le budget de l' Etat , arrête les orientations et les objectifs du plan . Il le fait sous autorité du président de la République élu au suffrage universel .

Le gouvernement a aussi le devoir permanent d' informer , de discuter , de prendre des avis , c'est-à-dire d' assurer la meilleure concertation possible et d' accepter le débat démocratique .

A cet égard , il n' a pas failli à son devoir . Il y a eu , on l' oublie trop , un débat devant le parlement à la session du printemps 1975 .

L' implantation des centrales nucléaires fait l' objet de concertations locales ou régionales .

Sur l' énergie nucléaire , je crois être d'accord avec les sentiments profonds des Français .

Ils reconnaissent avec moi la nécessité de couvrir les besoins énergétiques de notre pays ; ils savent que l' énergie nucléaire nous rendra moins dépendants de l' extérieur ; ils pressentent aussi que cette voie appelle de très grandes précautions .

La France , à cet égard , mène une politique active de non prolifération dans le monde et conduit des recherches de technologie réduisant le risque nucléaire civil et militaire .

Mais il est exact que le nucléaire suscite nombre d' appréhensions .

Le public éprouve un besoin toujours plus grand d' être informé et rassuré . Il est exact que pour l' instant , il peut être tenté de croire davantage ceux qui disent " non , jamais le nucléaire " que ceux qui disent oui , avec des précautions .

C' est pourquoi j' ai demandé que soient prises de nouvelles garanties .

Il y a déjà les études d' impact mises en œuvre depuis août 1976 pour les centrales nucléaires et je veillerai à ce que les procédures d' enquête publique soient scrupuleusement respectées par les responsables .

Il y a maintenant la création du conseil de l' information sur l' énergie électronucléaire , préside par mme Simone Veil . J' ai demandé qu' il soit largement ouvert et puisse accueillir des associations et des écologistes .

Qu' il veille à ce que l' information soit accessible , complète et impartiale , qu' il soit à l' abri de toute pression monopolistique . Aux appréhensions , il faut répondre en profondeur et non par une campagne de propagande .

Il ne saurait être question d' imposer aux Français un programme nucléaire auquel ils seraient profondément opposés après avoir été complètement informés . Mais je pense que pour ce type de sujet complexe et sensible un referendum , auquel on répondrait par oui ou par non , n' est pas le meilleur moyen de consultation . Car la vraie question n' est pas oui ou non au nucléaire . La question est : oui , mais comment ?

Le conseil d' information n' arrive pas trop tard . Les grands équipements nucléaires sont , pour la plupart , seulement en chantier .

Ainsi , le surrégénérateur ne peut être mis en service avant 1983 . D' ici là , toutes les études complémentaires , si elles s' avéraient nécessaires , seraient entreprises . Les décisions de mise en exploitation des équipements , en tiendraient compte , bien entendu .

Le débat nucléaire est devenu public , et c' est une bonne chose . Il se déroulera à dossiers ouverts . J' invite les écologistes , quelles que soient leurs réserves à égard du nucléaire , à y participer loyalement .

Jusqu' à ces dernières années , les élus se sont sentis généralement le devoir , devant leurs électeurs , d' assurer le développement de leurs communes . Ce développement était voulu par la société française tendue vers le progrès économique et social .

Il était voulu par les citoyens désireux de mieux se loger , de disposer d' équipements collectifs plus nombreux et plus modernes .

Il ne faut pas reprocher aux élus locaux d' avoir pris en compte les souhaits des habitants .

Mais aujourd'hui , en effet , les Français ont de nouveaux souhaits .

Ils attendent des responsables locaux plus d' attention aux préoccupations d' environnement .

La solution n' est pas de créer un contrepouvoir vis-à-vis des élus locaux .

D'ailleurs , si on voulait le faire , on rencontrerait de très grands obstacles .

J' ai réuni récemment des maires . Quelle que soit leur orientation politique , ils étaient unanimement hostiles au referendum communal , à l' initiative des habitants , s' il devait s' agir d' un referendum de décision .

La solution , c' est insérer les préoccupations écologiques dans la décision des autorités locales .

A cet égard , je dirai aux écologistes qu' ils auraient eu tort de se poser en antagonistes , car la cellule locale , c'est-à-dire la commune , est très solide en France . Ils feraient mieux d' entrer dans cette cellule et de participer directement à la vie locale .

Au reste , je constate que les élus locaux sont de plus en plus nombreux à prêter attention aux préoccupations d' environnement .

De même , les maires et les conseillers municipaux sont de plus en plus nombreux à instaurer un dialogue avec les associations , à travers , par exemple , la création de commissions municipales élargies .

Certes , pour améliorer et protéger l' environnement , des orientations générales doivent être données par le président de la République et le gouvernement . Certes , des mesures doivent être prises à échelon national : lorsque l' intérêt national est en cause .

Je pense , par exemple , aux récentes dispositions prises pour assurer la protection du littoral et celle de la montagne .

Certes des lois , qui s' imposent à tous , sont indispensables .

Mais une politique de l' environnement et du cadre de vie se conduit d'abord au niveau local , et singulièrement dans chaque commune .

L' environnement et le cadre de vie , ce ne sont pas des thèmes à la mode , ou des idéologies abstraites , mais des réalités concrètes qui se vivent sur le terrain , dans les villes , dans les quartiers , dans les villages , dans les bourgs .

Dans le cadre d' une démocratie locale vivante , ouverte et disposant de moyens d' action accrus , la défense de l' environnement aura une beaucoup plus grande efficacité , car elle sera prise en charge par les intéressés eux - mêmes .

L' un des volets de la réforme des collectivités locales vise à faciliter cette évolution . Elle prévoit notamment une décentralisation , au niveau des communes et des départements , de l' aménagement et de l' urbanisme .

Pour améliorer et protéger l' environnement , la décentralisation est la voie de l' avenir .

La centralisation est une solution du passé et dépassée . C' est elle , ne l' oublions pas , qui est largement responsable de l' urbanisme uniforme ou de l' élargissement systématique des routes au dépend des plantations .

On a expérimenté , depuis 1971 , plusieurs formules : ministère de la protection de la nature , ministère de la qualité de la vie , ministère de la culture et de l' environnement . Chacune avait des mérites .

Mais , avec le temps on se rend compte que ce département ministériel a schématiquement deux fonctions distinctes .

Une tâche de gestion : par exemple , développer les parcs naturels , prévenir les pollutions , éliminer les déchets et cetera . Une mission plus générale de réflexion , d' innovation et d' incitation .

L' environnement , ou l' écologie , c' est un nouveau comportement à l' égard de notre milieu de vie . Un nouveau comportement fait de mesure et de respect des équilibres . Un nouveau comportement attentif à la vie des hommes plus qu' à l' accumulation des choses .

Il ne doit donc pas être confisqué par une seule administration qui chercherait à s' imposer aux autres , et dont , à terme , la capacité d' innovation s' émousserait . Il ne doit pas être limité à la seule action d' un ministère de l' environnement , si important soit - il .

Il doit être étendu à l' action de l' ensemble du gouvernement et , au-delà , jusqu' aux collectivités locales et aux associations d' habitants .

A cet égard , le seul budget du ministère de l' environnement ne rend pas compte des efforts financiers de la nation , pas plus que ses actions ne résument toute la politique en faveur du cadre de vie .

Les budgets d' autres ministères , comme l' équipement et l' agriculture , les actions de ces services comptent peut-être davantage .

Si l' on comptabilise tous ces efforts , on constate une progression importante des crédits de l' Etat consacrés à l' écologie depuis 1974 : l' enveloppe environnement en cours d' élaboration le démontrera , en chiffrant ces efforts . Et je ne parle pas des efforts accomplis par les collectivités locales et les particuliers .

Il est vrai que le recensement des efforts accomplis en faveur de l' environnement pose un problème de comptabilité .

Ainsi , quand on renonce à un projet de constructions massives , on fait baisser les dépenses prévues pour les plantations et les espaces verts , alors qu' au total la décision est favorable à l' environnement .

Quand on améliore le tracé ou l' aspect des lignes téléphoniques et des lignes haute tension , on ne le comptabilise pas non plus .

Je souhaite donc que , pour le budget de 1979 , on fasse une analyse globale montrant l' ensemble des efforts financiers du secteur public . On verra alors quelle est leur évolution réelle .

Par ailleurs , à côté des tâches de gestion classiques , comme la lutte contre les pollutions , il faut renforcer le rôle missionnaire du ministère de l' environnement .

Cela sera fait prochainement grâce à la mise en place de la délégation à la qualité de la vie . A plus ou moins brève échéance , il faudra aussi réfléchir à l' évolution des structures ministérielles , elles - mêmes , pour les rendre encore plus cohérentes et plus efficaces .

La protection du patrimoine naturel ou bâti , la lutte contre les pollutions et les nuisances , l' aménagement du cadre de vie quotidien , et en particulier , l' architecture et l' urbanisme , sont incontestablement trois branches d' une même famille , aujourd'hui réparties entre différentes administrations centrales et certains ministères .

Au niveau local , et c' est là sans doute la priorité , je crois aussi indispensable de réfléchir à une meilleure coordination et à un renforcement des services compétents en matière d' environnement et d' aménagement du cadre de vie .

La flamme écologique doit être transmise à l' administration locale , pour mieux servir les élus locaux , les associations et , en définitive , les habitants . Cette question fait partie de mes réflexions .

Nos grandes agglomérations ont trop souvent entraîné à la fois l' isolement des individus et une séparation brutale avec la nature .

En réaction , se développe une sensibilité nouvelle pour la vie animale , qu' il s' agisse des animaux familiers ou de la faune sauvage .

Cette prise de conscience est salutaire . Les animaux familiers sont nos amis . Une société qui tolérerait la disparition de la faune sauvage détruirait les équilibres naturels fondamentaux pour la vie .

Les décrets d' application de la loi de protection de la nature récemment publiés répondent à ce souci .

Ils permettent notamment de créer des réserves naturelles , de mieux réglementer le commerce et la transformation de produits animaux .

Le dispositif progressivement mis en place s' attachera d'abord à la protection des espèces menacées .

A ma demande , nous avons pris des textes interdisant l' importation des peaux d' espèces menacées comme les félins à peau tachetée ou rayée , qui donnait lieu à un braconnage destructeur .

De même , la France n' importera plus de peaux de jeunes phoques .

J' ai demandé au ministère de l' environnement d' étudier la question de l' importation en France de l' ivoire brut ou récemment travaillé , qui nous arrive par dizaines de tonnes chaque année . Il faut mettre fin au massacre des éléphants .

Mais venons en à la chasse . Il s' agit d' un rapport ancestral de l' homme avec la nature qui fait partie de notre vie rurale . Priver le monde rural de cet exercice c' est rompre un lien naturel . Ensuite , la chasse est un prélèvement sur la faune sauvage qui s' effectuerait de toute façon .

S' il n' y avait pas de chasse en France , on abattrait immédiatement toutes sortes d' animaux réputés nuisibles pour les cultures , comme les sangliers et les cerfs .

Quant aux lapins , ils seraient probablement éliminés par empoisonnement .

Ce prélèvement doit donc être organisé et limité de manière à éviter la cruauté et les excès .

L' activité des chasseurs quels qu' ils soient s' inscrit dans le cadre de la politique de la nature menée par le gouvernement .

Il s' agit , par un effort d' organisation , d' adapter les modes d' exercice de la chasse aux exigences actuelles .

Pour protéger la faune sauvage , nos chasseurs doivent jouer un rôle actif .

Réserves de chasse , plans de chasse , prise en charge par les chasseurs des dégâts du gibier , aménagement cynégétique , sont autant de moyens .

Le travail en commun mené par le conseil national de la chasse et de la faune sauvage , où se retrouvent chasseurs et non chasseurs , propriétaires et utilisateurs du sol , est , à cet égard , exemplaire .

Pour permettre une meilleure gestion des espaces naturels , les occasions de dialogue et d' information au niveau local , entre les différents utilisateurs ( chasseurs , agriculteurs , forestiers , promeneurs ) , doivent être multipliées . Loin d' être antagonistes , les préoccupations des uns et des autres peuvent être complémentaires .

Pour que tous les chasseurs soient bien conscients de leurs responsabilités et acceptent une nécessaire discipline , l' éducation et la formation doivent être considérées comme un devoir . A cet égard , la sévérité de l' examen du permis de chasser , gage de son sérieux , a été bien comprise .

Dans notre pays , la chasse est un fait social important .

Il y a aujourd'hui , plus de deux millions de chasseurs . En 1977 , plus de 85000 candidats se sont présentés à l' examen du permis de chasser .

Il ne peut être question d' ignorer cette réalité en réservant la chasse à une élite , en mettant en cause une activité qui a été l' une des conquêtes de la république .

En revanche , tout doit être mis en œuvre pour que les chasseurs deviennent les défenseurs de la nature .

Or je constate , que dans les pays où le droit de chasser est bien exercé , comme aux Etats-unis , en République Fédérale d' Allemagne , ou en Autriche , les écologistes ne protestent pas . La chasse , convenablement pratiquée , est une activité écologique .

Vous avez raison . Il faut d'abord savoir ce que coûte l' écologie . Ne serait ce que pour en mesurer les conséquences sur la compétitivité des industries . A cet égard , il y a des solutions à la réduction des nuisances qui sont nécessairement internationales .

C' est pourquoi je souhaite notamment que se développe sur le plan européen une meilleure harmonisation des réglementations et des contraintes .

La France apporte son appui au projet d' une conférence paneuropéenne sur l' environnement qui réunirait les 35 Etats signataires de l' acte final d' Helsinki . Elle est même prête à l' accueillir , si cela est souhaité .

Sur un plan national , une bonne comptabilité est le commencement de la sagesse . La gestion en bon père de famille des ressources d' un pays ne peut pas être correctement assurée si les différents indicateurs économiques mesurent seulement l' exploitation de ces ressources , la production et la consommation des produits .

Il ne faut pas raisonner uniquement en terme de flux ce que traduit en terme comptable le compte d' exploitation . Il faut aussi raisonner en termes de bilan , c'est-à-dire prendre en compte la valeur des biens , ce que les spécialistes appellent le compte de capital .

Notre économie fonctionne sur la base du produit national brut , qui est un compte d' exploitation . Elle risque , si elle se limite à ce seul indicateur , de ressembler à une entreprise qui aurait de bons comptes d' exploitation mais ne connaîtrait pas son bilan . Elle pourrait aller ainsi à la faillite sans le savoir , parce qu' elle aurait dilapidé son capital sans y prendre garde .

L' objet de la comptabilité patrimoniale est d' indiquer , dans la fabrication de chaque produit , ce qu' il coûte réellement et globalement à la collectivité .

On doit , par conséquent prendre en compte non seulement le coût financier direct , mais aussi la consommation d' espace , d' énergie , de matières premières ainsi que la pollution des milieux naturels .

Nous acceptons la dégradation de notre environnement parce que nous ne la mesurons pas en termes de valeur . Or l' entretien du cadre de vie , la restauration des milieux naturels , tout cela peut être chiffré .

Si nous y parvenons , nous verrons que la sauvegarde de l' environnement est un investissement rentable .

Cela est difficile à mettre en place rigoureusement et ne se fera pas en un jour . Les règles comptables qui sont appliquées aujourd'hui ont mis plus d' un siècle à établir . L' important est d' amorcer le tournant . Depuis un an , les études entreprises permettent de savoir où l' on veut aller .

Le rapport annuel sur l' état de l' environnement , qui donnera lieu désormais , chaque année , à un message à la nation , sera une première approche . Dans cette affaire qui n' a fait jusqu' ici l' objet d' aucune étude cohérente dans aucun pays du monde , la France pourra montrer , là encore , l' exemple .

Concernant l' automobiliste , on ne peut adopter une attitude globalement négative . Les Français ont longtemps aspiré à acquérir la liberté des déplacements individuels , et beaucoup continuent à penser que la voiture est une forme de promotion sociale .

Mais il faut modifier dans les crédits publiés la part traditionnellement consacrée à l' automobile et , celle affectée aux transports collectifs , aux pistes cyclables , aux piétons , et cetera .

A cet égard , et contrairement à votre remarque , la charte comprend des mesures pour mieux maîtriser la circulation , et notamment le développement d' un important réseau de pistes cyclables . Dans la région Île-de-France la mise en service du RER s' est traduite , sur son axe , par une diminution de 7 % de la circulation automobile , et la priorité est désormais donnée aux transports collectifs .

Je ne suis pas candidat aux élections . J' ai été élu en 1974 , mon mandat continue . J' ai donné la preuve , depuis 4 ans , que ma préoccupation écologique est à la fois constante et indifférente au calendrier des différentes consultations électorales .

Je n' ai pas cessé de définir des orientations et de prendre des décisions dans ce domaine . C' est pour moi l' expression d' une conviction .

Ce n' est pas une opération de tactique et encore moins d' électoralisme .

L' écologie est une idée riche d' avenir .

Science de l' équilibre entre l' homme et son milieu , elle apparaît comme un fil conducteur prometteur . Elle est un stimulant salutaire , hors des sentiers battus des idéologies du passé .

L' intervention écologistes dans le débat politique , dans la mesure où il s' agit d' une intervention sérieuse , non violente et constructive , est un signe de vitalité de notre démocratie .

Il est bon que des écologistes puissent exprimer leurs points de vue en toute clarté . Il est heureux qu' ils refusent que l' écologie soit enfermée dans deux camps arbitrairement délimités .

Il est encourageant qu' il veuillent éviter certaines récupérations partisanes qui aboutiraient à faire d' eux des otages de doctrines ou de comportements incompatibles avec l' écologie de même que nous savons qu' il est mortel pour une religion de s' identifier à un régime politique , il serait mortel pour l' écologie de s' identifier à un parti .

Les écologistes ont raison de se méfier de la récupération par contre , il est normal et salutaire que certains thèmes écologiques imprègnent les programmes des partis .

Quel sera le rôle des écologistes dans la consultation électorale ? Du fait de notre mode de scrutin , je crois que personne ne peut répondre .

Au premier tour , les citoyens peuvent exprimer leurs opinions , toutes leurs opinions . Au second tour , ils sont appelés à choisir .

Il y a en France à l' heure actuelle un nombre important de citoyens qui ont envie d' exprimer une préoccupation concernant la part de l' écologie dans la vie du pays .

Eh bien ... Pourquoi pas ? Quels seront leurs choix au second tour ? Il est impossible de répondre .

Mais on perçoit dans la préoccupation écologique deux grands courants de pensée chers aux Français .

Il y a , d' une part , un retour à la tradition , le désir de protéger la France telle qu' elle était , l' attachement à son sol , à sa culture et la priorité donnée à l' équilibre .

Il y a , d' autre part , une aspiration vers une société plus attentive aux valeurs humaines , une recherche de la qualité de l' existence . C' est une autre constante de notre vie politique .

Qui profitera finalement de l' intervention des écologistes dans le débat électoral ? Peut-être l' écologie et , dans ce cas , je ne m' en plaindrai pas .

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