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Premier point : le débat de compétence risque d' être le plus souvent un débat de compétences entre l' assemblée parlementaire européenne et les parlements nationaux .

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V. Giscard d'Estaing - 21 novembre 1978

Très brièvement , pour vous remercier de votre invitation et vous dire que j' ai été heureux de venir à cette rencontre avec la presse , organisée à son initiative .

Avant de répondre à vos questions , je voudrais faire , en quelques mots , le point et vous dire où nous en sommes de notre vie nationale .

Il y a un an , la France était troublée et angoissée par les conséquences du choix politique qu' elle avait à faire ; elle était en même temps , chacun s' en souvient , déchirée par la véhémence du débat politique .

Aujourd'hui , un an après , la France travaille avec courage et réflexion à son adaptation au monde plus difficile dans lequel il faut bien que nous vivions .

Les Français savent qu' ils sont gouvernés . Ils critiquent tel ou tel aspect , telle ou telle modalité de la politique en cours , mais ils savent qu' en réalité il n' y a pas d' autre politique possible .

Quant à moi - même , quant à l' action du président de la République , je vous rappelle que son rôle est de se préoccuper de la durée et de ce qu' il adviendra de la France .

Le président de la République est celui qui veille sur le pont du navire , et je voudrais vous redire à nouveau quels sont les 4 objectifs que je m' efforce d' atteindre , afin que chacun et chacune les connaissent et puissent juger si mon action contribue ou non à nous en rapprocher .

Ces 4 objectifs sont les suivants : rechercher l' unité de la France , pour qu' elle puisse compter sur toutes ses forces et qu' elle puisse vivre comme une démocratie forte et paisible ; placer notre pays dans le peloton de tête des pays industrialisés et faire en sorte qu' il soit reconnu comme tel dans le monde ; organiser l' Europe en y assurant l' influence de la France ; et enfin , faire de notre pays avec vous tous un exemple d' organisation sociale fondée sur la liberté , sur la justice et sur la culture réunies pour constituer une civilisation française .

Voilà mes 4 objectifs et je les répéterai souvent dans l' avenir afin que les Français puissent les connaître et juger , comme je le disais tout à l' heure , si mon action permet ou non de les atteindre . Et maintenant , monsieur le président , messieurs , je répondrai à vos questions .

J' ai dit , tout à l' heure , qu' il était fondamental à mes yeux que nous recherchions l' unité de la France .

Naturellement , l' unité démocratique , c'est-à-dire l' unité qui ne nous dispense pas du débat démocratique sur les idées , sur les orientations .

Cela veut dire d'abord mettre fin à une coupure excessive et anormale et organiser ce que j' ai appelé une cohabitation raisonnable entre la majorité et l' opposition .

Je considère que depuis le début de l' année , il y a eu des progrès à cet égard et que le style , le ton , les modalités des rapports entre les dirigeants de l' opposition et les dirigeants du gouvernement et de la majorité ont été sensiblement améliorés . Je ne veux pas en retirer le bénéfice car je considère que c' est une évolution naturelle à laquelle chacun contribue , qu' il soit dans la majorité ou dans l' opposition .

J' avais , d' autre part , indiqué un certain nombre de thèmes de réflexion ou d' évolution . Vous vous souvenez de l' affaire du droit de réponse , le droit de réponse sur les grands moyens d' expression ... a été reconnu à l' opposition ; elle s' en est servi une fois , il se trouve qu' il n' y a pas eu d' autre circonstance où elle ait pu l' utiliser , mais ce droit de réponse est désormais institutionnalisé pour chaque fois où ceci se produira .

En outre , j' avais indiqué des directions de recherche sur lesquelles des consultations ont eu lieu entre le Premier ministre ... et les dirigeants de l' opposition et de la majorité : problème de financement des partis politiques , problème de cumul des mandats , évolution des modalités de désignation ou d' élection ... de telle ou telle institution . Ces conversations ont eu lieu ; elles se sont déroulées d' une manière normale .

Je vous précise que les conclusions en seront tirées , qu' un projet de loi va être élaboré concernant le financement des partis politiques , qu' il sera déposé de façon à pouvoir être discuté lors de la session parlementaire de printemps et je souhaite qu' il puisse ainsi entrer en application le 1er janvier 1980 .

Je vous signale également au sujet du cumul des mandats qu' un projet de loi limitant à deux le nombre des mandats électifs qui peuvent être exercés par les citoyens français sera déposé .

Le texte en sera approximativement le suivant : nul ne peut se présenter à un mandat électif s' il détient déjà deux mandats de cette nature .

S' agissant des modalités d' élection des conseils municipaux dans les grandes villes .

Il s' agit de toute façon d' une question qui n' appelle pas de solution d' urgence et je souhaite que le gouvernement continue à y réfléchir . Au total , je considère que la cohabitation raisonnable a progressé et j' en attribue le mérite à tous ceux qui sont les acteurs de la vie politique française , dans la majorité comme dans l' opposition .

Non , la France n' est pas coupée en 4 et je vous demande à vous , les commentateurs , de ne pas dire qu' elle est coupée en quatre .

Elle est , en fait , divisée , répartie entre un certain nombre de grandes tendances politiques ; ceci est le cas de toute société démocratique . Comme personne en France n' aspire je pense , à la situation d' un parti unique , il y aura toujours division de la France en un certain nombre de formations politiques et à l' heure actuelle , en effet depuis les dernières élections , chaque formation principale est représentée à l' assemblée nationale .

Je n' ai pas à traiter les problèmes de l' opposition ; je vous rappellerai seulement que j' ai publié il y a un peu plus d' un an , la préface de démocratie française .

Et que j' avais alors indiqué qu' à mes yeux , la rupture du programme commun était inévitable et que la seule question qui se posait était de savoir si elle aurait lieu avant que l' opposition n' accède , ou après que celle - ci n' accédât aux responsabilités de gouvernement . Effectivement , cette rupture a eu lieu .

L' on constate tous les jours que c' est un évènement de portée considérable de la vie politique nationale , puisque loin de s' être atténuée , cette rupture semble au contraire s' être approfondie depuis les élections .

Du côté de la majorité , il n' y a pas coupure ; il y a deux grandes formations représentées à l' assemblée nationale et je les juge , comme président de la République , au travers du rôle qu' elles jouent dans les institutions c'est-à-dire au parlement par leurs votes .

J' observe que , depuis les élections , ces deux formations ont voté régulièrement , d'abord le soutien au gouvernement de Raymond Barre , et ensuite l' adoption des grands thèmes qui ont été proposés , jusqu' à , il y a quelques jours , le budget .

Ces deux formations , je considère qu' elles sont nécessaires l' une et l' autre à l' existence de la majorité .

Je retrouve là une conviction qui a toujours été la mienne , c' est que la France étant telle qu' elle est , il n' est pas possible de croire , et il n' est même pas souhaitable de rechercher que la majorité puisse être exercée par une seule formation politique .

La nature de la société française est telle qu' aucune formation politique n' a jamais dans le passé atteint à elle seule la majorité absolue des suffrages , et je crois qu' il est normal que le tempérament politique des Français se reflète dans une certaine diversité . C' est pourquoi je considère et je le dis notamment aux parlementaires par votre intermédiaire que l' existence de ces deux formations est nécessaire à la vie de la majorité .

Le président de la République ne s' occupe pas des déclarations des partis .

Il s' occupe de la vie institutionnelle de la France , de la vie politique institutionnelle de la France .

Il y a eu des élections , elles ont été précédées par un très large débat démocratique et ont constitué un choix fondamental dont nous ressentons encore tous les jours les effets ; ce choix a abouti à la constitution de deux formations à l' Assemblée nationale : le Rassemblement pour la République et l' Union pour la Démocratie Française .

En tant que président de la République , j' observe le comportement de ces deux groupes parlementaires et constate qu' ils soutiennent l' un et l' autre régulièrement , dans tous les grands scrutins , le gouvernement et la politique qu' il conduit .

Vous posez la question de savoir ce qu' il adviendrait s' ils se déchiraient ? Je vous dirai que telle que j' aperçois l' opinion française , je considère que celle - ci condamnerait toute attitude qui serait une attitude de dispute ou de menace au sein de la majorité , car les Français n' ont pas fait en mars dernier ... deux demi bons choix pour la France ; ils ont pensé qu' ils faisaient un bon choix pour la France en envoyant une majorité soutenir une action qui est d'ailleurs celle dont j' avais tracé les grandes lignes . Et c' est pourquoi je souhaite et je suis convaincu que les élus de mars 1978 resteront fidèles au contrat qu' ils ont avec les électeurs et qui est le contrat du bon choix pour la France .

Il revient aux partis d' organiser eux - mêmes leur mouvement .

Je constate que la démarche qui a été la leur de respecter la personnalité des familles politiques qu' ils avaient réunies dans l' UDF correspond à une analyse juste de la structure politique de la France .

Vous avez observé que chaque fois qu' il y avait fusion autoritaire entre les partis politiques , il restait toujours un petit parti marginal en dehors et c' est ainsi que nous avons vu naître et subsister un grand nombre de petites formations représentant quelques pourcentages dans la vie politique française . Comme je crois que le débat politique , pour être clair , nous y reviendrons tout à l' heure , est un débat qui doit être conduit entre grandes familles de pensée , de propositions politiques , je crois qu' il était bon que l' Union pour la Démocratie Française ne crée pas ce phénomène de rejet par une tentative d' unification trop autoritaire ou trop rapide .

Je vous dirai , madame , que monsieur Raymond Barre est certainement un des meilleurs premier ministres que la France ait eu depuis longtemps .

Il a , comme chacun de nous , son caractère , sa manière d' être , mais je dirai que s' il n' avait pas ce caractère et cette manière d' être , il est vraisemblable qu' il ne réussirait pas à faire ce qu' il fait .

J' aurai l' occasion tout à l' heure de commenter la politique . J' indiquerai que cette politique est , chacun le ressent , la seule possible pour la France , et j' ajoute que je suis convaincu que le nom de monsieur Raymond Barre restera au nombre de ceux qui seront considérés comme ayant rendu service à la France .

Il ne m' appartient ni de designer ni de commenter les éventuels candidats qui , d'ailleurs , comme chaque fois , seront nombreux , à l' élection présidentielle .

Vous avez posé la question de l' archaïsme de l' opposition ? Je ne crois pas que l' opposition française soit archaïque .

Je crois qu' au contraire , à l' heure actuelle , elle est traversée par un certain nombre de courants , d' idées , de débats , qui portent à juste titre sur la société contemporaine .

Il y a dans l' opposition , comme il y a d'ailleurs dans toute notre vie politique , des archaïsmes .

Par exemple , j' ai observé , l' année dernière , que certaines positions étaient des positions archaïques : le rôle envisagé pour l' Etat , dans la conduite de l' économie , selon les modalités du programme commun était , à mes yeux , archaïque , tel qu' il était défini .

De même , l' état des rapports entre la majorité et l' opposition , tel que nous en connaissions la pratique jusqu' aux dernières années , où il n' y avait pas de rencontre , pas de dialogue , était une situation archaïque en revanche , je ne considère pas du tout que les débats actuels ou que la pensée politique de l' opposition soient empreints de cette coloration .

Je n' avais pas du tout compris que c' était de cela qu' il s' agissait ; dans ce cas là , je vous dirai ce que j' ai dit le 14 juin dernier .

Je disais : il faut donner au temps le droit de respirer .

Je vous demande de me faire la même faveur que celle que je demandais pour le temps . J' exerce ma fonction , laissez moi le temps de respirer .

Nous parlerons tout à l' heure du deuxième millénaire et je vous dirai ce que je pense de ceux qui font de l' ironie sur le fait que le président de la République française s' occupe de l' avenir , mais avant de le faire , je réponds à votre question .

J' avais dit , en effet , le 14 juin dernier . Je n' ai pas dit , par contre , qu' il appartenait aux partis politiques de designer les journalistes de la radio ou de la télévision .

Or , une délégation de 4 personnes , ou de trois personnes , je crois , dans laquelle il y avait monsieur Paul Laurent , monsieur Fiterman , et 1 ou deux autres , a demandé à être reçue successivement par les dirigeants responsables de tf1 , d' antenne 2 , de Radio-France et a proposé trois ou 4 noms de journalistes .

Je vous indique que ce n' est pas du tout l' esprit dans lequel cette action doit être conduite .

Il appartient aux organismes de rechercher le concours de journalistes , et s' il apparaît que ces journalistes sont communistes , ne pas invoquer ce fait pour ne pas les recruter .

A l' heure actuelle , à ma connaissance , mais sans que je veuille designer du doigt qui que ce soit , il y a dans une des chaînes de télévision , à l' information , un journaliste de sensibilité communiste .

Il y a , dans les postes régionaux , plusieurs journalistes de sensibilité communiste , et il existe des perspectives de recrutement pour d' autres .

Je vous rappelle que l' attitude qui doit être la règle , c' est que le fait pour un journaliste d' appartenir au parti communiste , ou d' avoir une conviction communiste , ne doit pas être un obstacle à son recrutement . Mais , bien entendu , il n' appartient pas aux partis politiques de designer les candidats aux différentes fonctions .

Quoi qu' il en soit , il y a , à l' heure actuelle , et je le dis devant vous , des journalistes d' opinion communiste qui sont dans certains des grands moyens d' information . En tout cas , s' il apparaissait que cette appartenance est invoquée pour ne pas recruter tel ou tel , cet argument ne serait pas recevable .

La question que vous posez préoccupe un grand nombre d' entre vous . Je vais y répondre aussi franchement et simplement que possible .

D'abord l' idée que j' ai de ce que devraient être les rapports entre l' Etat et la presse : il me semble que ces rapports devraient être aussi peu nombreux que possible .

Autant il est bon qu' il y ait des rapports d' information , autant la gestion des organes de presse doit être assurée en dehors de l' intervention de l' Etat .

Je ne parle pas , bien entendu de l' aide générale que l' Etat peut apporter sous forme , par exemple de subvention , à tel ou tel moyen de presse . Mais je veux parler d' intervention dans la vie même des journaux , et c' est la raison pour laquelle , pour la première fois dans le gouvernement actuel , il n' y a pas de ministre qui soit directement chargé de l' information . Il y a un ministre de la culture chargé , outre la culture , des problèmes de la communication , et c' est , je vous le répète , la première fois depuis fort longtemps qu' il n' y a pas de structure politique s' occupant directement des problèmes de la presse .

Deuxième constatation : il y a , en effet des problèmes de concentration dans la presse .

Ces problèmes existent dans la presse parisienne et ils ont existé , on l' a vu également dans la presse quotidienne régionale où ce phénomène s' est également produit .

Quelle est la situation à l' heure actuelle à Paris ? à Paris , il y a 12 quotidiens qui sont naturellement d' importance inégale si l' on compare d' autres grandes villes étrangères .

Il y a , à Londres , 9 quotidiens nationaux ; à new York trois ; à Washington 2 .

; il y a en Allemagne fédérale au total , comme journaux d' expression nationale , 5 journaux .

Donc , jusqu' à présent , le pluralisme a été maintenu en France et j' ai observé d'ailleurs comme un fait positif qu' il y avait même eu des créations de journaux et notamment la création récente d' un quotidien à Paris , ce qui est une bonne chose .

Il y a , par contre , des problèmes économiques de la presse et notamment on a vu au cours des dernières années les difficultés de tel ou tel journal parisien allant jusqu' à sa disparition .

Ces difficultés tiennent à l' évolution technique de la presse , à un certain nombre de nouvelles techniques ou de nouvelles charges qui interviennent dans l' exploitation des journaux .

Vous n' avez jamais entendu parler d' une intervention de l' Etat ou de qui que ce soit pour pousser à la concentration de journaux économiquement prospères . La question qui se pose est : l' Etat ou l' administration ne doivent ils rien faire lorsqu' il y a des difficultés économiques aboutissant ou risquant d' aboutir , à la suppression d' un journal ? Je me souviens encore de la disparition de Paris-jour et je me souviens qu' on avait reproché l' indifférence , la passivité des pouvoirs publics devant la disparition d' un des titres de la presse parisienne .

Pour ma part , je souhaite que ces problèmes soient traités d'abord en toute clarté , et , ensuite , qu' ils soient traités par la profession , dans un dialogue avec les pouvoirs publics .

Je dis en toute clarté , il y a , en effet , des obligations qui figuraient dans l' ordonnance de 1944 sur la presse et qui , peu à peu , sont tombées en désuétude , mais depuis fort longtemps , et pourquoi ? Eh bien je vous demande de vous interroger .

J' ai posé la question ; on m' a dit : elles ne sont pas applicables en l ' état actuel de l' évolution de la presse ; elles imposeraient des surcharges excessives .

C' est à vérifier , il faut le savoir .

D' autre part , puisqu'il y a des problèmes d' évolution technique poussant à des concentrations , comme on l' a vu dans la presse régionale et comme on l' observe à Paris , il faut que ces problèmes soient débattus et je propose qu' ils soient débattus de la façon suivante : d'abord , le ministre de la culture et de la communication a indiqué au sénat , l' autre jour , qu' il était prêt à s' entretenir de ces problèmes avec les dirigeants de la presse .

Ensuite j' approuve l' initiative qui a été prise par le sénateur Henri Caillavet d' organiser un groupe de réflexion sur ce sujet pour savoir quelles étaient les causes et quelles devaient être les limites de ces concentrations .

Enfin , puisqu'il s' agit d' un problème qui est lié à l' exploitation économique des journaux et non pas à l' opinion qu' ils émettent , je proposerai au gouvernement d' en saisir le conseil économique et social , car il est certain que , depuis l' immédiat après-guerre , ces conditions économiques d' exploitation se sont modifiées et qu' il faut donc regarder si les textes conçus à la libération doivent être appliqués tels quels dans ce cas , ils seront appliqués ou s' ils doivent au contraire être modifiés pour tenir compte de l' évolution depuis cette époque . De toute façon , je vous indique que mon attitude et celle des pouvoirs publics , c' est d' être favorable au maintien du pluralisme de la presse , comme de l' ensemble des moyens d' information , et donc de ne rechercher en aucune manière une concentration de ces moyens .

Une réforme qui consiste à transférer les responsabilités de l' Etat vers les collectivités locales , et donc principalement vers les communes et les départements ne se réalise pas en quelques semaines . C' est un changement de l' organisation , des mentalités et des habitudes en France .

Ce changement a été amorcé par le gouvernement avec le dépôt de deux textes et par la préparation d' un troisième .

Je ne parlerai pas dans le détail de ces textes relativement complexes intéressant les ressources des collectivités locales , qui viennent d' être votés par le sénat .

Le débat a été , en effet , long , compliqué , c' est normal ; le sujet est compliqué , les deux textes ont été votés par le sénat reconnu comme étant traditionnellement l' assemblée qui se préoccupe le plus des intérêts des collectivités locales .

J' en parlais d'ailleurs au premier ministre hier soir ; ces textes vont maintenant être présentés par le gouvernement à l' Assemblée nationale , avec la ferme intention de les voir adoptés d' ici à la fin de l' année pour pouvoir régler les problèmes qui sont en attente , notamment le problème de la taxe professionnelle qui avait beaucoup préoccupé , vous vous en souvenez , certains secteurs de la vie française .

Par ailleurs , le gouvernement prépare un projet concernant les transferts de compétences aux collectivités locales .

C' est un projet d' une vaste portée , et le gouvernement se pose la question de savoir s' il doit rechercher une solution moyenne ou s' il doit rechercher une solution allant très loin .

La conclusion de notre dernière délibération c' est que le gouvernement proposera une solution allant très loin , et vous verrez que celle - ci suscitera vraisemblablement des réactions quand se posera la question de savoir si , précisément , on ne va pas trop loin dans ce transfert des compétences en direction des collectivités locales .

Mais , je vous répète , que des réformes de cette nature sont des réformes qui supposent une habitude , une adaptation progressive des esprits et c' est donc au printemps prochain qu' il y aura un premier débat sur ce texte .

Je suis convaincu que ce débat sera approfondi , qu' il sera ensuite repris sous forme d' amendements , de modifications par le gouvernement . Je pense que l' ensemble de ces dispositions pourrait entrer en vigueur pour le 1er janvier 1981 .

Je ne sais pas comment vous envisagez la réponse , parce qu' il y a toutes sortes de questions mélangées dans cette formulation . Vous avez dit d'abord la conception de l' Europe , ensuite le problème des conceptions éventuelles . Il y a de tout dans cette question . Tout ceci appelle quelques explications .

Je reviens un instant sur la première question qui a été posée tout à l' heure à propos de l' ouverture du débat politique en France . Je pense que la question des institutions européennes est tellement importante qu' avant les prochaines élections ...

J' en viens maintenant au débat actuel sur l' Europe .

Première remarque , il ne faut pas s' étonner , encore moins s' attrister , d' un tel débat . Je suis frappé de voir qu' à l' heure actuelle on paraît s' étonner , regretter que l' on discute d' un sujet pareil .

Mais il s' agit de l' organisation d' un continent , de notre continent , et c' est un sujet d' une ampleur telle qu' il est non seulement fort normal , mais souhaitable qu' il donne lieu à un large débat , et je vous invite à un large débat .

Deuxième remarque , il est naturel que le débat soit large parce qu' il concerne des pays démocratiques . Voilà 9 pays démocratiques qui discutent de la manière dont ils vont organiser ensemble leur avenir . Il est naturel que , dans des pays démocratiques , on en discute . J' ai noté , en passant , que c' est la seule région où sont ainsi voisins 9 pays démocratiques qui peuvent , suivant des procédures de liberté , discuter ensemble de leur avenir . Donc , le débat est normal et souhaitable .

Autre observation , qui m' a frappé en ce qui concerne les réactions de ces derniers jours , ce n' est pas parce que quelqu'un dit quelque chose qu' il modifie pour autant les institutions de l' Europe .

Ce sont des opinions ; ce qui m' intéresse ce sont les institutions de l' Europe . Ces institutions ne sont pas faites par des opinions ou par des déclarations , elles sont faites par des traités ; ces traités ont été longuement discutés , soigneusement ratifiés ensuite par les différents parlements , si bien et nous y reviendrons , je pense , tout à l' heure à propos d' autres questions que si on s' interroge sur la manière dont les institutions peuvent être modifiées , on aperçoit qu' elles ne peuvent l' être que par des procédures très solennelles , dans lesquelles chaque pays dispose d' un veto absolu , comme j' aurai l' occasion de le rappeler .

Alors , j' en viens à la question de Jean-Francois Revel , quelle Europe ? Parce que c' est la question que se posent , sans doute , beaucoup de nos compatriotes . Quelle Europe ? Pour ma part , je souhaite que l' organisation de l' Europe soit une organisation confédérale , et je pense que pour la génération a venir , c' est une Europe confédérale que nous devons organiser .

Confédérale , qu' est ce que cela veut dire ? Cela veut dire une Europe , comme je l' ai déjà indiqué , dans laquelle personne ne puisse imposer sa volonté à personne .

C' est donc une organisation qui a pour objet de rapprocher les politiques , de dégager des lignes d' action communes , mais qui ne comporte pas la possibilité de contraindre tel ou tel Etat de l' Europe qui ne serait pas d'accord sur la ligne retenue .

Pourquoi une structure confédérale ? à mon avis pour trois raisons . La première raison est de caractère politique : à l' heure actuelle , s' il y avait une Europe de type fédéral , celle - ci serait soumise à l' influence des Etats-unis d' Amérique ; l' influence de la politique américaine sur les décisions de cette Europe fédérale serait , à mes yeux , excessive .

La deuxième raison , c' est qu' à l' heure actuelle , aucun des pays d' Europe , quoi qu' il dise , n' accepterait des décisions jugées contraires à son intérêt national , et qui lui seraient imposées à la majorité par une structure fédérale .

Voulez vous quelques exemples ? Est - ce que tel ou tel pays d' Europe accepterait qu' à la majorité on décide qu' il n' y a plus en Europe que trois ou 4 langues de travail dans la vie de notre continent ? est - ce que l' Allemagne fédérale accepterait qu' à la majorité on décide de supprimer les montants compensatoires monétaires qui existent anormalement sur les produits agricoles ? Est - ce que la Grande-Bretagne accepterait que le problème difficile à résoudre de la pêche soit réglé par une instance fédérale ? Je pourrais multiplier les exemples .

Donc , à l' heure actuelle , les esprits ne sont pas prêts à accepter et d'ailleurs je partage ce point de vue que les décisions soient prises suivant des méthodes fédérales .

Enfin la raison la plus profonde est la suivante : il faut voir l' Europe pour ce qu' elle est .

Je suis frappé de voir que ceux qui parlent de son avenir le font comme s' il s' agissait de reproduire quelque chose qui s' était passé ailleurs .

Or l' Europe ne ressemble pas à ce qui a existé ailleurs .

C' est le continent sur lequel il y a accumulées la plus longue histoire , la plus grande diversité de tempéraments nationaux , de traditions .

Il est donc normal que la structure future de l' Europe reflète cette situation , et qu' elle ait l' aspect confédéral . Face à ces réflexions et suggestions de toutes sortes que nous entendons , et entendrons , je suis convaincu d' une chose , c' est que l' Europe sera faite par des hommes qui auront le cerveau clair et des nerfs d' acier .

C'est-à-dire qui sauront pendant toute la période d' organisation de l' Europe , de la façon la plus nette , où ils veulent aller , et je souhaite que ce soit l' attitude de la France .

Non , je ne partage pas ces craintes , et je ne pense pas que le peuple français les partage . Quel est le problème ? C' est que l' Allemagne fédérale a acquis au cours des dernières années un niveau de développement économique et une puissance monétaire qui l' ont placée dans le peloton de tête des pays industrialisés et je considère qu' il n' est pas bon pour l' Europe qu' il n' y ait qu' un Etat d' Europe qui soit dans cette situation .

Comme l' Europe doit avoir une structure d' équilibre , puisque celle - ci sera confédérale , l' équilibre se trouvera d'autant mieux assuré que les principaux partenaires seront dans des situations comparables .

C' est une des raisons pour lesquelles j' ai indiqué tout à l' heure qu' il était important que la France ait une influence en Europe , qu' elle se donne ceci comme objectif ; pour qu' elle ait cette influence il faut qu' elle ait des moyens comparables , je ne dis pas identiques car il y a beaucoup de différences de caractère psychologique dans l' organisation de la société mais du même ordre de grandeur que ceux de l' Allemagne fédérale .

Donc pour ma part ce n' est pas une crainte , mais un objectif qui est , je crois d'ailleurs conforme à l' intérêt bien compris de l' ensemble des pays européens . Je crois qu' ils souhaitent tous qu' il y ait en Europe plusieurs pays deux , trois ou davantage qui aient des degrés d' influence et de puissance économique comparables .

Je ne crois pas qu' il faille qualifier le chancelier Schmidt d' ultra européen .

Si vous avez lu attentivement sa déclaration , déclaration à laquelle j' ai répondu comme vous savez , c' était une déclaration dans laquelle le chancelier ne prenait pas position en faveur d' une extension des pouvoirs de l' assemblée ; c' était une déclaration dans laquelle il indiquait qu' il y aurait vraisemblablement pression de l' assemblée elle - même pour étendre ses pouvoirs , ce qui n' est pas , l' honnêteté oblige à le dire , la même chose .

Mais je vous parle de ma position : ma position sur ce sujet n' a pas varié depuis le début et je dirai que c' est , sur le plan européen , tellement singulier que je souligne cette particularité , j' ai en effet voté le traité de Rome lorsque j' étais tout jeune parlementaire .

Je suis de ceux qui l' ont voté .

Ensuite , tout au long de mon activité gouvernementale , et maintenant , comme président de la République française , j' ai maintenu exactement le même cap , qui est l' application du traité de Rome dans son interprétation en direction d' une confédération . C' est ce qui a été constamment ma pensée et mon attitude .

Les attributions de l' assemblée parlementaire européenne ne dépendent pas des déclarations de tel ou tel chef d' Etat .

L' article correspondant du traité de Rome est tout à fait précis à cet égard ; il dit : les institutions exercent leur activité , agissent à l' intérieur des attributions qui leur sont conférées par le présent traité .

Donc , les attributions sont celles du traité de Rome .

Elles ne peuvent être modifiées que par une modification du traité de Rome .

Pourquoi parle - t - on tellement de cette extension ? C' est d'abord à la suite d' une fausse analogie , parce qu' on se dit : voilà une assemblée qui sera élue au suffrage universel et , donc , elle va faire ce qu' on a vu dans le passé , c'est-à-dire une sorte de serment du jeu de paume . Je vous fais remarquer d'abord que l' assemblée du jeu de paume n' était pas élue au suffrage universel et qu' elle tirait sa légitimité du fait qu' à l' époque pré-révolutionnaire , les autres pouvoirs n' avaient pas de légitimité apparente vis-à-vis du suffrage populaire .

Mais , à l' heure actuelle , ce n' est pas du tout le cas .

Il y a dans nos différents Etats des parlements élus au suffrage universel ; il y a des gouvernements , eux - mêmes désignés par des procédures démocratiques . Donc , la nouvelle assemblée parlementaire européenne n' aura pas plus de légitimité que les autres institutions démocratiques qui exercent leurs attributions en Europe .

Deuxième observation : on croirait , à entendre ces besoins d' extension , que l' œuvre est entièrement accomplie et qu' il faut en trouver une autre à accomplir .

Or , j' ai relu le traité de Rome et je me suis aperçu qu' il y a beaucoup de choses qu' on devait faire et qui ne sont pas faites , auxquelles il faudrait que les institutions européennes consacrent leur activité .

Exemple : il est prévu , dans le traité de Rome , une politique européenne des transports .

Où est - elle ? Il a été décidé , il y a quelques années , d' entreprendre une politique européenne sur un des sujets les plus importants de la vie économique et sociale de notre temps , qui est l' énergie : où est la politique européenne de l' énergie ? Nous sommes seulement en train , à l' heure actuelle et nous allons d'ailleurs réussir , de créer une zone de stabilité monétaire en Europe .

Il aura fallu plus de vingt ans pour y aboutir . Il existe encore un grand nombre de sujets sur lesquels les institutions européennes ont à travailler pour remplir les obligations du traité de Rome .

Enfin , à propos de ces déclarations , je reviens à la question de monsieur Charpy : j' ai lu , en effet , des déclarations nombreuses et notamment celles , non pas de chefs d' Etat , mais de certains chefs de gouvernement , et , hier , dans une dépêche , une déclaration du président du Conseil du Luxembourg .

Celui - ci disait : il faudra bien qu' il y ait une extension des pouvoirs de l' assemblée parlementaire européenne puisque , sur les 9 partenaires , il y en a 7 qui sont d'accord .

C' est une interprétation tout à fait inexacte du traité de Rome .

Pour qu' on puisse modifier le traité , il ne faut pas que 7 partenaires soient d'accord , il faut qu' il y en ait neuf .

Car je vous rappelle que l' article qui concerne la révision du traité de Rome soumet l' étude de cette révision à un accord unanime du conseil des ministres de la communauté .

Les Européens doivent connaître le traité de Rome et ne pas se tromper sur son contenu . Il faut savoir qu' il suffit qu' il y ait un pays a fortiori deux qui ne soit pas d'accord pour que nous continuions à appliquer le traité tel qu' il est .

Je crois que nous n' allons pas entrer dans les détails de ce débat européen , qui est un débat technique et où il serait peut-être difficile que nous soyons suivis .

Vous avez parlé d' une déclaration de 1974 : c' est tout à fait autre chose .

C' était dans le cadre d' un conseil européen de décembre 1974 : on s' interrogeait sur la manière dont , à l' intérieur du traité de Rome , l' assemblée parlementaire européenne pouvait se voir ou non , attribuer des compétences législatives , et non pas des pouvoirs à caractère politique .

Ce débat a eu lieu : il a abouti à ce qu' on a appelé la concertation entre l' assemblée parlementaire et le conseil des ministres . Il n' y a donc pas de suite à lui donner .

Sur l' élargissement , nous n' allons pas , je pense , rouvrir entièrement ce dossier . Ma thèse est la suivante : l' organisation de l' Europe est une organisation politique .

C' est l' organisation d' un continent qui a en commun une histoire , une civilisation , un mode de vie , une fraternité dans les relations humaines .

Il n' est pas possible d' exclure de l' organisation de ce continent des pays qui en font partie de toute évidence et depuis l' origine .

L' Europe aura , tôt ou tard , les frontières naturelles de l' Europe , c'est-à-dire les frontières historiques de ceux qui font partie de l' Europe .

En ce qui concerne particulièrement nos voisins , espagnols et portugais , il est évident que le pays désireux de fermer la porte à la candidature de l' Espagne et du Portugal ne peut pas être leur principal voisin , ami , pays latin , qui partage à tous égards beaucoup de leurs préoccupations et de leur mode de vie .

La France peut poser , et nous les avons posées dès l' origine , beaucoup de conditions de caractère économique et social , concernant l' adhésion . Mais il va de soi que la France doit être le premier pays , je dis bien le premier , à comprendre et à soutenir le principe d' une adhésion politique de l' Espagne et du Portugal , ce que d'ailleurs en profondeur , croyez moi , le peuple français comprend parfaitement .

Quel est l' état de cet élargissement ? D' une part , pour la Grèce , les négociations sont en cours ; elles sont menées avec beaucoup de soin , puisqu'il y a un certain nombre de productions sensibles qui sont concernées par cet élargissement , mais qui n' affectent pas de façon massive notre économie .

Je pense que la conclusion sera trouvée à la fin du 1er trimestre de l' année prochaine , et que la procédure de ratification de cette entrée de la Grèce , de la Grèce antique et de la Grèce d' aujourd'hui , dans la communauté pourra être décidée .

Pour ce qui est du Portugal , la négociation est commencée et je vous indique , parce que ceci est important et rassurera un certain nombre de milieux de producteurs français , que les portugais eux - mêmes suggèrent et envisagent une durée de la période de transition égale à 10 ans .

Donc , il y aurait à la fois une période de négociation et ensuite une période de transition de 10 ans , permettant d' effectuer un grand nombre d' ajustements économiques et sociaux et de mettre en place les garanties nécessaires .

Quant à Espagne , la commission n' a pas encore présenté le rapport qu' elle doit établir c' est sur ce rapport qu' aura lieu le premier échange de vues du conseil des ministres , vraisemblablement au début de l' année prochaine .

Je n' aurai pas à indiquer un bon choix pour l' Europe .

Par contre , j' aurai à rappeler et je rappellerai de la façon la plus solennelle , quelle est l' attitude de la France vis-à-vis de l' organisation de l' Europe .

Je le ferai avant que ne soit ouverte la campagne pour les élections à l' assemblée parlementaire européenne . J' observe d'ailleurs que cette attitude de la France vis-à-vis de l' organisation de l' Europe me paraît recueillir un très large consensus dans le milieu politique français car cette thèse qui est l' application intégrale du traité de Rome , sans modification de ce traité , a reçu le support d' un grand nombre de dirigeants de la vie politique nationale .

Concernant l' organisation des élections et les listes , il ne faut pas considérer cette élection comme une élection de politique intérieure , parce que la politique intérieure , quoi qu' on en dise , ne sera pas modifiée par cette élection .

Cela peut être tout au plus un sondage , et un sondage sur un sujet particulier dont il ne sera pas possible , à mon avis , de tirer des conséquences pratiques sur le fonctionnement de notre vie politique intérieure .

Ce qui est donc important , c' est d' envoyer des Français exposer le point de vue de la France dans une assemblée parlementaire européenne .

Ce n' est pas d' envoyer des Français siéger dans des partis politiques européens , partis politiques qui d'ailleurs n' existent pas . C' est pourquoi je pense qu' il n' y aurait que des avantages à ce que figurent sur une même liste , qui serait une large liste , tous ceux qui approuvent , dans la majorité , la politique européenne du gouvernement .

Non , je pense qu' aussi longtemps que l' Europe confédérale ne sera pas organisée et n' aura pas démontré ses capacités à vivre , je ne suis pas favorable à un élargissement des pouvoirs de l' assemblée parlementaire européenne .

D'ailleurs , je ne sais pas et je ne vois pas de quel élargissement on parle . S' agit il de lui donner des pouvoirs sur l' exécutif ? à ce moment là on s' écarte de la conception confédérale et il y a une espèce d' ambiguïté , parce que ( je parlais tout à l' heure de la nécessité des cerveaux clairs dans cette affaire de l' Europe ) j' entends dire des choses qui me paraissent extraordinairement confuses : un élargissement de quels pouvoirs et dans quelle direction ? S' il s' agit d' une emprise sur l' exécutif , c' est tout à fait contraire à l' esprit même de l' orientation de la construction européenne en direction d' une confédération .

S' il s' agit de se saisir de pouvoirs qui sont actuellement ceux des parlements nationaux , les parlements nationaux sont ils d'accord , ou seront - ils d'accord pour un tel transfert de pouvoirs ? Lorsqu' on étend ces pouvoirs , on les étend au détriment de quelqu'un .

Je pense , pour ma part , que le débat qui apparaîtra ne sera pas tellement un débat vis-à-vis de l' exécutif , mais que ce sera un débat pour savoir s' il y a des sujets de type législatif qui peuvent être traités ou examinés par une assemblée parlementaire européenne ( droit des sociétés , droit social , et cetera ) . Je répète que , jusqu' à ce que la confédération européenne ait connu sa pleine organisation , je ne suis pas favorable à un tel élargissement et donc la France ne le proposera pas et ne participera pas à une négociation ayant pour objet de l' établir .

Une dernière question à propos de ces élections c' est le cumul . est - ce qu' elle est prévue dans vos questions ?

Il ne faut pas confondre cumul et incompatibilité . On les confond souvent .

Je suis partisan de la limitation du cumul et je rappelais tout à l' heure qu' un texte sera déposé . Parmi les objectifs que je fixe à mon mandat présidentiel , il y a le fait qu' en France cette législation du cumul soit adoptée .

Cumul veut dire qu' on ne pourra pas exercer à la fois , par exemple , plus de deux fonctions de caractère représentatif , pour aboutir à une certaine spécialisation des fonctions et pour que chacun se consacre entièrement à la fonction qu' il a choisie . Cela est la règle du cumul .

La règle d' incompatibilité est de savoir s' il est acceptable ou non qu' un parlementaire français puisse être membre de l' assemblée parlementaire européenne ou s' il faut fixer la règle contraire .

Or je vous demande de réfléchir sur les deux points suivants .

Premier point : le débat de compétence risque d' être le plus souvent un débat de compétences entre l' assemblée parlementaire européenne et les parlements nationaux .

Il serait donc , à mon avis , tout à fait néfaste que les parlementaires européens n' aient pas en même temps , ou certains d' entre eux en tout cas , des responsabilités dans des parlements nationaux pour connaître le point de vue de ceux - ci et défendre leurs prérogatives .

Deuxième point : il est bon que , dans cette future assemblée parlementaire européenne , la France soit représentée à un haut niveau de son expression politique .

C' est un fait que , dans notre pays , le haut niveau d' expression politique s' accompagne presque toujours de la détention d' un mandat parlementaire .

Ce sont les raisons pour lesquelles je suis hostile à incompatibilité entre le mandat national et le mandat à l' assemblée parlementaire européenne . Bien entendu , les partis politiques , pour ce qui les concerne , peuvent se fixer des règles différentes .

Pour deux raisons , la première est que , contrairement à ce que vous venez de dire , ce n' est pas le serpent .

Il y a des traits communs avec l' ancien mécanisme , mais il y a une très grande différence : les valeurs des monnaies seront exprimées par rapport à une nouvelle unité , l' écu .

Ainsi lorsqu' une monnaie , par exemple le deutschemark , connaîtra une évolution particulière , mettons dans le sens d' une certaine réévaluation , elle sera amenée elle - même à agir dans certaines conditions pour limiter ce mouvement .

Dans le mécanisme du serpent , l' ensemble des monnaies était entraîné par un mouvement de réévaluation et n' agissait que sur les différences . Donc le mécanisme n' est pas le même .

La seconde raison est beaucoup plus importante . C' est le fait que la France a mis en œuvre une politique économique qui , du point de vue de la lutte contre l' inflation et du point de vue de l' adaptation de notre outil économique , doit nous permettre de soutenir durablement la comparaison avec les différentes monnaies d' Europe et notamment avec les monnaies fortes .

Je n' ai pas été précis parce qu' on ne me l' a pas posée , excusez moi , la question concerne les conditions dans lesquelles peuvent être modifiées les institutions européennes . On revient à la question de monsieur Charpy du début .

Les institutions européennes ne seront pas modifiées par des discours . Elles ne seront pas modifiées par des déclarations . Elles ne seront pas modifiées par des états d' âme . Elles seraient modifiées , éventuellement , par des décisions prises par les Etats européens .

Le traité de Rome est un traité signé entre les Etats européens .

La modification du traité de Rome suppose une négociation entre les Etats européens , négociation qui ne peut être ouverte , je le rappelle notamment à l' intention de monsieur Thorn , qu' à l' unanimité des Etats européens .

On ne voit pas très bien quelles modifications pourraient être apportées au traité de Rome , si ce n' est des modifications mineures comme celles qui ont été décidées en 1971 .

Il y eut une modification du traité de Rome en 1971 , sous la présidence de monsieur Pompidou , à un moment où l' Udr avait la majorité absolue à l' Assemblée nationale , modification ayant abouti à la définition des pouvoirs budgétaires de l' assemblée parlementaire européenne .

Mais s' il y avait une modification importante , il est vraisemblable qu' elle poserait des problèmes d' institutions et qu' elle exigerait une modification de la constitution française .

A ce moment là , nous aurions à appliquer la procédure de modification de notre constitution .

Quelle est cette procédure ? Il faut un projet qui soit voté en termes identiques par les deux assemblées et il faut ensuite un referendum .

C' est cela que le premier ministre a voulu dire .

Il faut , soit un referendum , soit , vous le savez , la décision du président de la République de réunir le sénat et l' Assemblée nationale en congrès pour obtenir un vote qualifié de cette réforme .

Mais s' agissant d' une réforme de la constitution comportant un transfert d' attributions ou de compétences en direction , par exemple , d' une institution européenne , j' estime que la question est à ce point essentielle dans notre vie nationale que c' est la procédure de révision avec le vote des deux assemblées et le referendum , qui devrait être utilisée . Voilà ma réponse à cette question .

J' ai peur que la question de monsieur Mathieu ne m' oblige à une explication un peu générale de la politique économique et sociale , car c' est une question qui englobe à la fois la croissance et l' emploi .

Les Français ont très bien compris que nous vivons des temps économiques et sociaux différents de ceux auxquels nous avions été habitués .

Jusqu' en 1974 , se posait la question centrale du débat économique et social : comment partager une richesse dont l' augmentation paraissait acquise d' avance ? C' était en réalité un débat de répartition .

Et depuis 1974 , depuis les changements dans l' économie mondiale , se pose à nous , les Français le savent très bien , une nouvelle question : comment produire la richesse à répartir ? Et pourquoi ce changement ? Je serai très bref : trois facteurs expliquent ce changement : d'abord , le renchérissement massif du prix de l' énergie que nous n' avons pas , ensuite l' augmentation générale des coûts des matières premières que nous sommes obligés d' importer pour les travailler , enfin le fait que des pays de plus en plus nombreux ont acquis la technologie occidentale et sont capables on le voit dans beaucoup de branches de fabriquer les mêmes produits que nous , donc le problème central pour la France est : comment produire la richesse à partager ? Comment la produire ? Pour la produire , il faut être capable de la vendre , parce que , de plus en plus , nous vendons une grande partie de notre production à l' étranger .

J' ai regardé les derniers chiffres . A l' heure actuelle , nous vendons 23 % de notre production à l' étranger , c'est-à-dire que maintenant , la vie quotidienne de près d' un Français sur 4 , son salaire dépend de ce que nous vendons à l' étranger .

Même sur notre marché , nous sommes en compétition avec des produits venant de l' étranger et directement ceux du marché commun .

Le problème pour la France est donc de savoir si nous allons devenir compétitifs , dans la concurrence internationale ; je vous dirai que nous le sommes pour certains produits ; et pas encore suffisamment pour d' autres .

Si j' aborde la question sous cet angle , c' est qu' elle est directement liée au problème de l' emploi . Je vais en dire un mot et vous montrer la liaison .

On a publié , il y a quelques jours les résultats du commerce extérieur de la France pour le mois d' octobre , nous avons un excédent d' un peu plus d' un milliard de francs .

J' ai fait simplement le calcul suivant : si , au lieu d' avoir eu cet excédent , nous avions eu zéro , si nous avions eu l' équilibre , quelle différence cela aurait il représenté pour le travail des Français ? Eh bien , par rapport à l' équilibre , notre excédent a représenté , pour le mois d' octobre , le travail de 130000 personnes .

Le fait d' avoir eu un peu plus d' un milliard d' excédent veut dire que nous avons fait travailler 130000 personnes ; si nous avions l' excédent d' autres pays je citerai par exemple l' Allemagne fédérale , il n' y aurait pas de problème de l' emploi en France .

Si nous avions la même compétitivité extérieure , il n' y aurait donc pas de problème de l' emploi .

L' année 1979 doit être une année de stratégie tous azimuts pour traiter le problème de l' emploi . Il y aura deux grandes questions qui vont dominer l' année 1979 : l' Europe nous en avons parlé l' organisation de l' Europe , et en France , une action tous azimuts concernant l' emploi .

Quand on parle de l' emploi , il faut le faire avec scrupule , d'autant plus que c' est un sujet qui touche la vie quotidienne de beaucoup de personnes .

Il ne faut pas exploiter des statistiques , encore moins les déformer .

Il faut essayer de dire vrai sur ce sujet .

D'abord , il faut distinguer soigneusement et monsieur Mathieu l' a fait , chômeur et demandeur d' emploi .

Les derniers chiffres font apparaître qu' il y a en France , environ 1340000 demandeurs d' emploi .

Si l' on prend le chiffre corrigé des variations saisonnières , il est inférieur , puisque c' est le moment où de nombreux jeunes s' inscrivent dans les agences de l' emploi ; il est de l' ordre de 1215000 .

Par contre , le nombre des chômeurs , dans tous les sens du terme , était de 750000 . Le chiffre des chômeurs et le chiffre des demandeurs d' emploi ne sont donc pas les mêmes et il faut analyser de façon distincte les deux situations .

Comment est - on arrivé à cette situation ? Depuis 1974 , le nombre des Français au travail est resté pratiquement le même .

Il y a , actuellement , 21100000 Français qui occupent un emploi permanent dans l' industrie , dans une activité professionnelle ou dans l' agriculture 21100000 , c' est pratiquement le chiffre de 1974 .

Au cours de cette période , d'abord , des jeunes sont arrivés sur le marché du travail en nombre croissant , parce que ces générations de l' immédiat après-guerre , nées dans les années 1945 1950 , ont été très nombreuses .

Nous avons une augmentation de la population active d' environ 200000 personnes par an .

D' autre part , nous avons eu à faire face à une profonde transformation de notre appareil économique qui en 4 ans , de 1974 à 1978 , a provoqué un peu plus de 1100000 licenciements pour causes économiques .

Sans cette transformation inévitable de notre appareil économique , la situation de l' emploi serait profondément différente .

Cela traduit notre retard dans l' adaptation .

Dans le même temps , au cours des dernières années , 1080000 emplois ont pu être créés ou consolidés par l' action des pouvoirs publics , et ont pratiquement compensé les effets des licenciements pour cause économique .

Voilà la situation de l' emploi et du chômage .

A l' heure actuelle , nous avons un niveau élevé de chômeurs , un niveau élevé de demandeurs d' emploi .

Je sais bien qu' il ne faut pas toujours interpréter les nouvelles qui paraissent meilleures comme si elles réglaient le problème .

Mais pour les deux derniers mois , le nombre de demandeurs d' emploi , corrigé des variations saisonnières , a connu une légère diminution .

Cette correction de variations saisonnières est faite par les services de la statistique . Elle n' est pas faite par le gouvernement .

Quant à l' effort de placement qui a été accompli j' ai fait étudier ce qui était advenu des jeunes qui avaient présenté leur demande d' emploi , à l' automne de 1977 . à l' heure actuelle plus de 91 % ont obtenu un emploi permanent .

Jusqu' au mois août , lorsqu' un demandeur d' emploi était placé , il était en général en attente moyenne , depuis 155 jours , c'est-à-dire depuis 5 mois environ . Depuis le mois d' octobre , le chiffre est tombé au-dessous de 100 jours , c'est-à-dire un peu plus de trois mois . Il semble donc qu' il y ait une certaine accélération du placement des demandeurs d' emploi .

Enfin , le gouvernement a fait connaître , la semaine dernière , certaines de ses propositions . Il en est de très importantes .

Désormais , ceux qui recrutent des apprentis seront exonérés pour ceux - ci de toute charge sociale . De plus , ces apprentis ne compteront plus pour la limite de 10 qui était la limite pour bénéficier du statut fiscal des artisans .

De même , le gouvernement a déposé un projet dont il souhaite l' adoption avant la fin de l' année et qui concerne l' établissement de contrats de travail à durée déterminée , car un certain nombre d' employeurs considèrent qu' il est difficile pour eux de recruter dans une période d' incertitude économique , en raison des rigidités que la réglementation actuelle introduit dans leur exploitation . C' est pourquoi on prévoit des contrats de travail a durée déterminée ou sont précisées de façon très stricte les obligations des employeurs et les obligations des salariés .

Enfin , le gouvernement va déposer un projet de loi sur la formation alternée pour les jeunes .

Il faut bien voir que , dans le problème de l' emploi pour les jeunes , il y a la question de l' activité économique et celle de la formation .

J' ai été frappé de voir que dans les pays qui actuellement ont peu de demandeurs d' emploi non satisfaits , la proportion des jeunes qui ont une formation alternée combinant l' école et la formation professionnelle , est très supérieure à la proportion que nous avons en France . Il faut donc que nous développions cette forme de formation , nous aussi .

J' ajoute enfin qu' il y a des recrutements prévus comme vous le savez dans la fonction publique pour un certain nombre de tâches d' intérêt général , et que l' on se préoccupe à l' heure actuelle , d' un recrutement supplémentaire de cadres âgés de plus de 50 ans qui seraient engagés les uns par les entreprises , les autres par l' Etat , pour apporter une réponse aux difficultés particulières de cette catégorie .

Vous voyez donc que c' est une action tous azimuts . Je terminerai en disant que bien entendu la politique économique doit y apporter sa contribution .

Nous aurons cette année un taux de croissance de l' ordre de trois à 3-2 % , les évaluations internationales nous donnent l' année prochaine une croissance supérieure d' environ 1-2 point à ce chiffre et si nous avons une croissance de cette nature , l' activité économique , elle aussi apportera sa contribution à la réduction du nombre des demandeurs d' emploi et du chômage . Vous voyez donc que c' est une politique qui doit être traitée sous tous ses angles et qui sera , je le répète , une des actions tous azimuts de l' année 1979 .

Non . J' analyse en quelques mots cette réponse : il ne faut pas sous-estimer l' intelligence des Français , et en particulier l' intelligence du monde du travail français .

Les travailleurs français raisonnent , observent et analysent ; depuis quelques semaines , on a eu en France un certain nombre d' initiatives tendant à multiplier les conflits sociaux , ces initiatives ont été peu suivies .

J' ai observé , par exemple , les consignes qui avaient été données aux PTT pour une grève générale au mois d' octobre dans ce service public .

Elles ont été suivies par moins de 20 % du personnel .

Le 15 novembre dernier , il y avait une journée de revendications pour l' emploi national , avec son prolongement à Paris .

Les évaluations quant au nombre des manifestants ont été de quelques milliers . Le chiffre qui m' a été donné était de 6000 , peut-être étaient ils un peu plus nombreux , mais disons quelques milliers , c'est-à-dire trois ou 4 fois moins que ces manifestations ne rassemblent de participants , d' habitude .

Et je voudrais attirer votre attention sur le fait que certains de ces conflits sociaux se produisent à l' heure actuelle dans des secteurs qui ne sont pas ceux où se pose le problème de la priorité sociale , c'est-à-dire de l' emploi car , à l' heure actuelle , si l' on est logique avec soi - même , on devrait donner la priorité absolue à toutes les actions qui peuvent contribuer à l' amélioration de l' emploi .

Or , les mouvements sociaux se produisent souvent dans des entreprises , notamment publiques , dans lesquelles , premièrement il y a la garantie de l' emploi et dans lesquelles , deuxièmement , il y a la garantie , et même la progression du pouvoir d' achat en 1978 , du fait des accords salariaux signés .

Or , véritablement , est - ce qu' à l' heure actuelle , les actions qui désorganisent aussi peu que ce soit la production , servent la priorité sociale , qui doit être reconnue , de l' amélioration de la situation de l' emploi , alors qu' il conviendrait d' encourager toutes les activités productives du pays . D'ailleurs , les travailleurs de ces entreprises et de ces services ne suivent que peu les ordres de cessation de travail qui leur sont donnés .

L' évolution de la sécurité sociale , vous l' avez écrit , est préoccupante , puisque , après une année , 1977 , où l' on atteignait l' équilibre , l' année 1978 correspondra à un déficit de trésorerie auquel on peut faire face , l' année 1979 risquant d' aboutir à un déficit important .

Pourquoi ? On dit d' habitude : mauvaise gestion .

Il ne faut pas simplifier les choses .

En fait certaines catégories de dépenses progressent plus vite que la production nationale , notamment deux catégories de dépenses : les dépenses liées à la vieillesse , qui progressent environ de 5 points plus vite que la production nationale , et les dépenses de maladie pour des raisons liées à la qualité de soins , à l' amélioration qualitative de notre système de santé , qui progressent de trois points plus vite que notre production nationale . C' est de ce fait que naît le déséquilibre .

Le problème est très difficile , parce que les Français sont très attachés , je les comprends , au haut niveau de protection sociale qu' ils ont acquis et qu' il n' est pas question de leur faire renoncer à ce haut niveau de protection et qu' en même temps le niveau des charges qui pèsent sur notre pays a atteint une limite , monsieur Mathieu , que je considère comme difficilement supportable . Lorsque j' étais ministre des finances , j' avais réussi dans les années 1970 1975 à assurer à peu près le plafonnement du prélèvement global sur l' économie française .

Récemment du fait du ralentissement de la production et de l' accroissement de certaines charges , dont celle du chômage , la proportion des charges pesant sur l' économie française a augmenté à nouveau .

Elle atteint , à mon avis , un niveau préoccupant .

C' est pourquoi le gouvernement qui doit en délibérer dans 15 jours au conseil des ministres , devra rechercher une solution de synthèse , qui ne réduise pas le niveau social des Français et qui en même temps évite autant que possible l' accroissement des charges pesant sur l' économie .

C' est dire la difficulté du problème , mais retenez deux points : j' estime que les charges qui pèsent sur l' économie française , et d'ailleurs sur les Français par le biais des prélèvements de toute nature , ont atteint un niveau qu' il faut nous efforcer de contenir , et si possible , d' atténuer quelque peu . Deuxièmement , compte tenu de l' existence de ces charges et des efforts que nous avons à accomplir dans le sens d' une bonne gestion , il faudra , sur le plan de la dépense publique et de ses différents aspects , faire un effort de bonne gestion et d' économie , au début de l' année 1979 .

J' ai eu l' occasion autrefois de m' expliquer sur ce sujet et je dois dire que ce sont les mêmes personnes qui dénoncent souvent la complexité du système fiscal français et qui proposent la création d' un nouvel impôt , au moment de chaque élection .

Ce qui a été décidé par le gouvernement , c' est de confier à un groupe de trois personnes , le président du conseil économique et social et deux experts , le soin de mener une étude sur les modalités d' imposition de la fortune , dans les pays comparables aux nôtres , essentiellement les pays européens , et de demander que ce rapport soit établi pour la fin de l' année .

Ce rapport est en cours d' établissement et au vu de ce rapport , le gouvernement organisera un débat d' orientation devant la commission des finances de l' assemblée ... et du sénat , et éventuellement , si le parlement le souhaite , en séance plénière . C' est à l' issue de ce débat que le gouvernement sera amené lui - même à réfléchir sur les conclusions à en tirer .

Mais je vous indique que , de toute façon , ce qu' il faut rechercher en France , c' est un système d' imposition qui n' accroisse pas les formalités , les contrôles qui sont , à l' heure actuelle , déjà excessifs et qui affectent notre vie économique et sociale . C' est pourquoi je suis partisan de toute façon de la recherche d' une solution simple .

Ce problème de la sécurité est , avec le problème de l' emploi , au cœur des préoccupations des Français et de la vie sociale d' aujourd'hui . C' est pourquoi c' est un des problèmes dont le gouvernement et moi - même , nous occupons de façon continue .

Il y a l' amélioration de la justice . Il faut faire attention parce qu' en matière de justice , on parle facilement .

Une justice rapide risque d' être une justice expéditive et sommaire . Tous les pays qui ont une institution de justice sérieuse qui assure la protection de l' individu , l' accompagnent d' un certain nombre de recours . Ces recours prolongent nécessairement les délais de justice .

Nous avons fait et nous ferons un effort considérable pour l' amélioration de la justice , même si ceci n' est pas compris , même si ceci n' est pas écrit .

Depuis 5 ans , on a augmenté de 25 % l' effectif du personnel des services de justice , et on a recruté au total 7900 personnes .

C' est un effort sans précédent dans l' histoire de la justice française .

Des textes ont été préparés ; les uns ont été votés , notamment pour introduire , en matière d' application des peines , des procédures qui soient plus satisfaisantes sur le plan judiciaire . Ces textes ont été votés il y a quelques semaines . Un certain nombre de modifications du code pénal ont été étudiées par des commissions de spécialistes et seront soumises au parlement au printemps prochain .

Il y aura donc un effort considérable d' amélioration du service de la justice : une justice qui protège les individus ne peut pas être et ne doit pas être une justice expéditive .

En ce qui concerne les moyens de sécurité . Le renfort dont ils ont le plus besoin est un renfort d' équipement et de matériel .

Au point de vue des effectifs , il est prévu la création de 2000 emplois supplémentaires cette année . Mais c' est surtout sur le plan des moyens de communication et d' équipement que nos dotations doivent être améliorées .

Quant à ce que l' on appelle l' autodéfense , c' est à la société et à l' Etat d' assurer la protection de l' individu .

Vous avez raison de dire qu' il faut qu' ils le fassent mieux . L' Etat le fera le mieux possible et il accroîtra ses moyens .

Mais il serait détestable que ce droit soit exercé , ou qu' on pense qu' on puisse l' exercer , au niveau de l' individu car on tombe dans tous les excès , de l' ignorance , de l' erreur , de l' injustice . On aboutirait à une sorte d' administration individuelle de la peine de mort , sans garanties .

On constate dans beaucoup d' incidents récents , hélas , le réflexe de l' autodéfense conduit à des erreurs d' appréciation ou à des actes arbitraires qui sont extrêmement cruels . L' exercice de la légitime défense n' est pas la même chose que l' autodéfense .

La légitime défense est définie de façon très précise par notre droit : elle suppose qu' elle s' exerce au moment même où l' agression est commise et qu' il y a simultanéité car on ne prépare pas la légitime défense .

Elle suppose , ensuite , qu' elle soit proportionnelle à la nature de l' agression : quelqu'un qui sent sa vie menacée se défend en attaquant la vie de son adversaire .

L' opinion s' étonne que , lorsqu' il y a un acte de légitime défense , une instruction soit ouverte . Souvent elle s' en indigne . Il se trouve des commentateurs pour la soutenir . C' est une erreur : le fait qu' une instruction soit ouverte ne veut pas dire qu' il y aura inculpation .

Cela signifie qu' il faut constater qu' il s' agit effectivement d' un acte de légitime défense . On ne peut pas le savoir a priori par de simples impressions ou de simples récits .

Je comprends le souci de sécurité des Français , je le partage .

La société française doit être une société sure et elle doit être une société juste . Dans les moyens que nous mettons en œuvre pour rechercher la sécurité , il faut qu' il y ait toujours la préoccupation de justice .

Je n' ai pas une formation juridique mais une formation scientifique . J' ai toujours eu le plus grand respect des décisions de justice . Je suis à la fois étonné et je vous dirai dans mon fonds intime choqué , de voir la désinvolture avec laquelle , à partir de quelques informations , on traite des décisions de justice .

Les jurés qui prononcent des condamnations , surtout lorsque l' instruction a été très longue , après de très longues démonstrations des avocats , et des questions de toute nature , les prononcent en conscience .

Ce n' est pas parce qu' ensuite quelqu'un donne un élément ou une information qu' il faut imaginer que toute cette procédure de décision et de défense était faussée et qu' il y avait erreur judiciaire .

Je n' ai pas à me prononcer sur tel ou tel cas . Mais je peux vous dire qu' il y a à l' heure actuelle , en France , un cas qui donne lieu à un examen concernant la révision éventuelle de la procédure de justice .

Pour ce qui est de la peine de mort , on posait tout à l' heure la question de la sécurité des Français . Il y a une situation objective : le nombre des agressions violentes a augmenté assez sensiblement au cours des dernières années . La société française ressent , plus qu' elle ne le faisait auparavant , le problème de sa sécurité .

J' observe , d' autre part , qu' il n' y a pas actuellement de condamné à mort en France . Il ne s' agit donc pas de traiter un problème qui soit d' application immédiate .

Je considère que la démarche raisonnable est de faire en sorte que la société française atteigne un degré de sécurité tel qu' elle puisse , en profondeur , et avec l' accord d' une large partie de l' opinion publique , décider la suppression de la peine de mort .

Que font ceux qui , avec sans doute les meilleures intentions du monde , tout à coup , troublent ou inquiétent cette opinion ? Ils suscitent des réflexes d' autodéfense .

Les Français se disent en effet : si le corps social n' est pas capable de nous défendre , nous nous défendrons nous - mêmes .

On aboutit à la pire dégradation de l' état de justice .

La démarche que nous devons suivre , et je souhaite que nous la menions à son terme , que je puisse la mener jusqu' à son terme , c' est établir dans la société française un état de sécurité et de justice tel qu' il apparaisse que l' on puisse supprimer la peine de mort .

Encore faudra - t - il définir la peine de remplacement . C' est à ces problèmes que le ministère de la justice consacre ses réflexions .

J' ai dit , je crois , ce qu' il fallait dire sur ce sujet .

Je considère que la France , dans son ensemble , est à l' abri du racisme .

J' ai été moi - même , comme beaucoup d' entre vous dans des situations où l' on côtoyait des races de toute nature ; je pense en particulier à l' armée de la libération venue d' Afrique du nord . Il n' y avait pas de manifestations racistes . Le tempérament français , et c' est à son honneur , n' est pas un tempérament raciste .

Ceci étant , il y a naturellement les attitudes marginales que vous indiquiez . Il y a une situation qui peut être interprétée ou utilisée toujours en direction d' un affrontement racial .

C' est pourquoi il faut être extraordinairement vigilant .

Nous devons considérer que la France n' est pas , et notamment à l' égard de l' extérieur c' est très important de le faire apparaître , un Etat raciste .

Vis-à-vis des étudiants qui viennent en France , les travailleurs qui vivent parmi nous , nous devons faire très attention à ce que rien ne ressemble à une attitude raciste . En revanche , il faut sanctionner les propos , les attitudes ou les initiatives marginales pour les rejeter hors du corps social de la France .

Madame , il y a en France des institutions , et nous ne sommes pas dans un régime de pouvoir personnel , grâce à Dieu .

Des problèmes comme ceux - là , c'est-à-dire des problèmes d' utilisation de terres à des fins d' utilité publique , doivent être traités par les institutions .

Il y a eu des procédures administratives nombreuses qui ont été engagées sur le plan local et sur le plan national , il vient d' y avoir un débat parlementaire sur les crédits de la défense nationale , et je n' ai pas observé que ce problème ait été posé . Je considère que c' est au sein des institutions compétentes que ce genre de problème doit être étudié et qu' il doit trouver sa solution .

Aucun pays n' a fait autant que la France pour la restauration de la paix au Liban . Je dis bien , aucun pays .

Il y a un peu plus de deux ans , j' avais d'ailleurs proposé on s' en souvient , une participation directe de la France à établissement de conditions de sécurité au Liban .

Les autorités libanaises n' ont pas répondu à cette proposition .

Il va de soi que nous ne pouvions pas la mettre en œuvre si la demande ne nous en était pas présentée .

Nous avons décidé , au mois de mars dernier , de participer à la force des Nations-Unies pour permettre l' évacuation par Israël du sud Liban et le retour à une situation de stabilité dans cette région .

Nous avons été d'ailleurs critiqués dès qu' il y a eu , ce qui est inévitable lorsqu' il s' agit de rétablir une situation de paix , des incidents et des affrontements au sud Liban .

A l' heure actuelle , c' est la France qui , de tous les pays du monde , a les effectifs les plus importants engagés dans les actions pacifiques au sud Liban , un peu plus de 1300 hommes .

Sur le plan international , nous avons agi par tous les moyens possibles pour rechercher une solution qui respecte l' unité , l' intégrité et l' indépendance du Liban .

Nous n' avons jamais soutenu , nous ne soutiendrons jamais , des actions de division du Liban qui condamneraient à terme l' existence de ce pays , qui aboutiraient d'ailleurs à un affrontement sanglant et sans doute à l' élimination des communautés chrétiennes du Liban .

Lors des derniers évènements et des combats très sanglants , des affrontements très douloureux des mois derniers , c' est la France qui assurait , vous vous en souvenez , la présidence du conseil de sécurité .

Nous avons pris les initiatives nécessaires pour inviter à un cessez-le-feu , et je crois que ces initiatives ont joué un rôle déterminant dans la décision qui a été prise ensuite par les pays arabes et notamment par la Syrie , de se prêter à un tel cessez-le-feu l' action de la France continuera sans défaillance en faveur du retour de la paix au Liban , mais je le répète , dans l' unité , l' intégrité et l' indépendance du pays .

Je voudrais d'abord formuler des vœux pour le rétablissement de la santé du président Boumediene .

Lorsque nous avons été saisis dimanche soir de la demande de certains besoins médicaux , la France a bien entendu répondu sur l' heure .

En ce qui concerne les relations avec l' Algérie , j' ai écrit moi - même au président Boumediene , l' hiver dernier , pour lui indiquer les conditions dans lesquelles à mon avis des relations plus normales pouvaient être rétablies entre l' Algérie et la France , et comment une coopération pouvait être développée .

J' ai reçu cet été la réponse à ce message , cette réponse a été confirmée par le dernier télégramme que m' a envoyé le président Boumediene au moment où il survolait la France .

Je crois en effet que les conditions sont réunies pour intensifier nos relations de coopération économique , et pour examiner en commun les problèmes d' équilibre et de paix qui se posent dans la région . Je souhaite que nous puissions reprendre prochainement cette action avec les autorités algériennes .

Oui , de toute évidence , ces actions ont contribué à la stabilisation de l' Afrique , ceci est maintenant reconnu par l' ensemble de la communauté internationale .

Vous m' avez posé une question à propos de deux pays .

A propos du zaïre , vous avez noté , par exemple , que samedi dernier les premiers ministres du Zaïre , de l' Angola et de Zambie , c'est-à-dire des trois pays qui se trouvaient directement ou indirectement engagés dans l' affrontement du printemps dernier , se sont réunis pour traiter des problèmes de la région . Nous avons donc rétabli les conditions de paix et de stabilité dans cette région d' Afrique .

Je note par contre que les pays qui se sont préoccupés de la situation au Zaïre font preuve à l' heure actuelle de bien peu d' initiatives pour contribuer au développement économique et social de ce pays .

Pour ma part , j' ai toujours considéré que l' action essentielle en faveur de l' Afrique était une action de développement économique et social , qui devait être complétée le cas échéant par d' autres actions , lorsqu' il y avait déstabilisation . Eh bien , je le répète , je regrette qu' il n' y ait pas à l' heure actuelle une action plus massive de soutien au développement économique et social du Zaïre , et je compte en entretenir nos principaux partenaires .

Pour ce qui est du Tchad , dont j' ai reçu le président il y a quelques jours , nous en approuvons la politique de réconciliation . On s' en est étonné . Mais c' est le propre d' une réconciliation que de la faire avec des adversaires . Le président Malloum m' a indiqué qu' il comptait proposer à un autre dirigeant de la région , Goukoumi , de trouver les conditions d' une rencontre , de façon à compléter cette réconciliation nationale .

Je lui ai dit que bien entendu nous nous en réjouirions .

Et c' est dans ces conditions que nous serions amenés à reconsidérer le stationnement de tels ou tels de nos moyens au Tchad .

Je vous indique que ces éléments participent à l' heure actuelle à l' entraînement des forces armées tchadiennes . Ils ont une double mission : une mission de présence , mais aussi une mission entraînement qui de toute façon sera poursuivie .

Le gouvernement n' a pas à intervenir dans les affaires intérieures de l' Iran . La position constante de la France est que la France à des rapports avec des Etats , avec des gouvernements et qu' elle n' intervient pas dans les débats intérieurs .

Naturellement la France a suivi avec beaucoup de préoccupation les difficultés intérieures de l' Iran au cours des dernières semaines ; pour plusieurs raisons : d'abord , parce que c' est un pays dont la stabilité et l' activité sont importantes pour la région et pour le reste du monde .

Ensuite , parce qu' on apercevait bien la nature de ces difficultés : c' était le conflit entre certains caractères traditionnels , certaines convictions religieuses de la population de l' Iran et les exigences d' une modernisation rapide , à certains égards , traumatisante .

Nous avons approuvé les orientations qui étaient celles du shah et qui consistaient à rechercher les modalités d' une libéralisation du régime politique de Iran .

A l' heure actuelle , nous souhaitons que l' Iran puisse , dans le cadre de ses institutions , aboutir à une situation de sécurité et de stabilité et qu' en même temps , le thème qui avait été celui de la recherche d' une libéralisation des institutions puisse être à nouveau repris .

En ce qui concerne l' ayatollah Khomeiny , il est venu en France dans des conditions régulières et il s' est installé non pas comme un réfugié politique dont il n' avait pas le statut mais comme un étranger en résidence en France . Il lui a été indiqué à deux reprises il y a plusieurs semaines et plus récemment que le sol de la France n' était pas un territoire d' où pouvaient être lancés des appels à des actions de violence , que la France était un pays d' asile mais que ce n' était pas , je le répète , un territoire à partir duquel des appels à la violence pouvaient être lancés .

Je vous dirai d'abord que j' ai été impressionné par la personnalité et par la foi du pape Jean-Paul II .

Si j' ai été surpris par l' évènement , je ne suis pas surpris , à la réflexion , que l' église catholique ait choisi pour la diriger quelqu'un venant du pays d' Europe qui est sans doute , à l' heure actuelle , le plus catholique de tous , puisque c' est en Pologne que la foi catholique est la plus ardente et en particulier le rayonnement de l' église est le plus intense . Est - ce que ceci aura des conséquences sur le plan de la détente ? Je ne le crois pas .

Je crois en effet qu' ayant passé toute sa vie en Pologne , le pape Jean-Paul II n' aura certainement pas le désir d' introduire un élément de tension ou d' affrontement entre l' est et l' ouest de l' Europe . Par contre , je considère que son élection aura pour la présence et l' expression d' une conviction spirituelle à l' est de l' Europe des conséquences importantes .

Je ne peux parler que pour moi . Je considère que , pour acquérir la connaissance de tous les ressorts et de tous les moyens de la fonction voire si l' on s' y prête acquérir la maîtrise , il faut sans doute de l' ordre de deux ans oui , je crois que c' est à peu près deux ans .

Suis - je toujours attaché au changement ? Oui . Et c' est la raison pour laquelle je me préoccupe du futur , du futur de la France . J' ai été en quelque sorte répudié par la conjuration des myopes , lorsque je parlais du futur et je crois que nous vivons au contraire dans une époque ou , si l' on ne veut pas arriver en retard à toutes les échéances , les échéances sociales , les échéances économiques , les échéances intellectuelles , les échéances d' éducation , il faut au contraire prendre de l' avance et , donc , voir assez loin . C' est la raison pour laquelle j' ai attaché une certaine importance à l' an 2000 .

C' est la raison pour laquelle , d'ailleurs , je souhaite que la France organise sur son sol , à Paris , l' exposition universelle de l' an 2000 .

Quant au changement , j' y reste tout autant attaché , mais j' ajoute une préoccupation supplémentaire : celle d' éviter que le changement ne soit pénible , parce que , dans les périodes de lyrisme collectif , on considère que le changement , puisqu'on le souhaite , est une chose facile et agréable .

Et puis , quand on a à conduire le changement , on aperçoit qu' il dérange un certain nombre de situations , un certain nombre d' habitudes souvent respectables .

Je souhaite donc faire en sorte que le changement nécessaire pour la France ne soit pas trop pénible pour telle ou telle catégorie de Français .

C' est donc ce changement humanisé que je souhaite continuer à conduire comme président de la République .

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