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Mais il ne faut pas sous-estimer les ressources propres du sud - ouest la première conclusion des travaux préparatoires du plan décennal c' est que cette région possède des richesses qui sont encore sous exploitées .

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V. Giscard d'Estaing - 3 octobre 1979

La forêt d' aquitaine présente des aspects contradictoires . D' un côté elle impressionne par sa taille : 1-8 million d' hectares , 40 % de la superficie de la région . C' est le plus grand massif d' Europe . Elle procure un emploi à 17000 personnes .

Elle est également remarquable par sa fonction écologique , et par l' organisation de la défense contre l' incendie : depuis plusieurs années la superficie moyenne détruite par un incendie y est inférieure à un hectare . Un résultat dont on peut prendre toute la mesure en constatant les ravages subis par la forêt provençale cet été . Voilà pour la partie positive du bilan .

Mais il y a aussi une partie négative , qu' illustre le rapprochement de deux chiffres : alors que le croit annuel du massif est de 7 millions en mètres cube , la production moyenne oscille entre 4 et 5 millions de mètres cube . C' est dire que cette forêt est largement sous exploitée et qu' il est possible d' accroître de 20 à 30 % sa production sans compromettre ni sa fonction écologique ni sa fonction d' accueil .

Les efforts entrepris jusqu' à présent pour améliorer ces rendements ont échoué parce qu' ils ont été faits tantôt en amont , du côté des producteurs et des sylviculteurs , tantôt en aval , du côté des industriels utilisateurs , alors que le problème se pose au niveau de l' ensemble de la filière du bois . C' est pourquoi rien n' est possible sans la définition d' une politique commune et cohérente par l' ensemble des professionnels concernés .

La position exportatrice des vins de Bordeaux est excellente , et j' ai appris avec satisfaction que parmi les 66 entreprises d' Aquitaine ayant exporté pour plus de 20 millions de francs en 1978 .

Entreprises de négoce de vins de Bordeaux . Il y a là un signe de la santé de cette branche . Il faut que ce mouvement se poursuive et s' amplifie .

L' Etat est très conscient de l' importance de cet objectif puisqu'il mène déjà , depuis plusieurs années , une politique d' aide aux investissements de ce secteur . Ainsi , en 1978 , 26 projets ont été aidés et ont bénéficié de 3-54 millions de francs en 1977 .

Le plan sud-ouest constitue cependant un excellent cadre pour donner une plus grande ampleur à cette politique .

Le contenu de ce plan n' est pas encore fixé puisque , comme vous le savez il doit être établi sur la base des choix des intéressés eux - mêmes et que les propositions de l' établissement public régional ne sont pas encore définitivement arrêtées . Un programme viticole , qui porte notamment la marque du comité interprofessionnel des vins de Bordeaux a été établi ces propositions vont être étudiées attentivement . Elles sont a priori , très intéressantes , dans la mesure , en particulier où elles font une part importante à la volonté d' accroître les exportations . Je suis persuadé , compte tenu de la qualité de ces travaux préparatoires , qu' une solution équilibrée , comprenant à la fois un effort de la profession pour régulariser le marché et une intervention plus active des pouvoirs publics pour renforcer les moyens de l' ensemble du système production vinification commercialisation , pourra trouver sa place dans le plan sud-ouest .

Je souhaite ajouter un mot sur les vins blancs dont j' apprécie la qualité et dont je connais bien les difficultés spécifiques .

Ce secteur devrait bénéficier , me semble - t - il , d' une certaine forme de priorité . Ses productions sont en effet insuffisamment équipées et issues de structures qui ne sont pas toujours adaptées . Son redressement passe donc par une action vigoureuse et à long terme , qui me paraît relever exactement d' une entreprise telle que le plan sud - ouest . Sans doute faudra - t - il accélérer et compléter , à ce titre , l' heureuse action commencée avec le plan vin blanc de 1977 , notamment dans les domaines de la restructuration du vignoble , des équipements collectifs et de l' amélioration des moyens de vinification et de commercialisation .

Heureusement , la puissance d' une région ou d' un pays ne dépend pas seulement de ses ressources naturelles . Elle dépend aussi , et de plus en plus , de son niveau technologique et sa capacité d' audace et d' imagination .

A cet égard , je constate que le grand sud - ouest est la seule région où toutes les industries de pointe de l' avenir sont représentées : aéronautique , espace , informatique , électronique , océanographie , énergies nouvelles . Je constate aussi que , dans les activités plus traditionnelles , des entreprises de petites métallurgie ou de bonneterie des Pyrénées atlantiques arrivent à exporter jusqu' en extrême-orient . Mais il ne faut pas sous-estimer les ressources propres du sud - ouest la première conclusion des travaux préparatoires du plan décennal c' est que cette région possède des richesses qui sont encore sous exploitées .

Vous savez qu' il a été décidé d' intensifier l' effort de recherche . Ceci est en cours . C' est vrai pour l' énergie : le grand sud - ouest est producteur de gaz , d' hydrocarbures ; il a une vocation particulière pour l' hydroélectricité , la géothermie , l' énergie solaire .

C' est vrai aussi pour le bois qui devient une matière première de base de l' économie . J' aurai l' occasion d' en reparler . De même , le vin est à l' origine de 53000 emplois dans le seul département de la Gironde , mais , faute de régulation du marché , les girondins n' en retirent pas tout le bénéfice économique possible . Et que dire des paysages si variés de l' Aquitaine : hautes vallées du Béarn et de la Soule , Sousbois des Landes , côte d' argent , coteaux de Chalosse ou de Dordogne ? Ils constituent un capital inestimable au regard des nouvelles formes de tourisme vert .

Mais il n' y a pas que les ressources naturelles . Il y a l' épargne régionale , dont une partie va s' investir ailleurs et à laquelle il faut trouver des emplois locaux . Il y a aussi le capital industriel de la région , dont les Aquitains ne tirent pas suffisamment parti : combien d' entreprises locales figurent - elles parmi les sous-traitants de établissement Ford de Blanquefort ?

Enfin et surtout , il y a le capital humain . Les femmes et les hommes du sud - ouest ont reçu , en moyenne , une formation supérieure à celle de la plupart des autres régions . Leurs qualités doivent pouvoir s' épanouir davantage dans les activités de recherche et les activités productives .

Il n' en est rien . Au contraire , dès l' origine j' ai posé le principe que le plan sud - ouest devait être établi en concertation , les assemblées régionales devaient remplir leur rôle . Je vous rappelle que le 13 octobre 1978 j' ai invité les représentants des conseils régionaux et des comités économiques et sociaux à l' Elysée pour la première séance de travail sur le plan décennal le 10 juillet dernier .

Nous avons tenu une nouvelle réunion dans une formation élargie aux présidents de conseils généraux .

Comme l' a voulu la loi de 1972 , les régions sont un bon niveau de réflexion , de synthèse et de coordination pour l' ensemble des problèmes économiques . Elles ont en outre l' avantage d' associer les représentants des acteurs de la vie économique , agriculteurs , artisans , commerçants , chefs d' entreprise , dirigeants syndicalistes à la préparation des délibérations des élus .

Vous faites allusion au fait que les trois conseils régionaux sont actuellement présidés par des personnalités appartenant à l' opposition . J' ai pu constater par moi - même , le 10 juillet dernier , que cela n' empêchait pas un dialogue franc et utile .

L' élargissement de la communauté économique européenne correspond à la vocation et à l' intérêt profond du grand sud - ouest , comme de la France .

J' illustrerai cette constatation par deux considérations .

La première tient aux réalités de la géographie . Le sud - ouest se plaint légitimement , dans la situation actuelle , d' être éloigné du centre de gravité de l' Europe . Comme toutes les régions périphériques d' une zone économique , il souffre de l' élargissement des principaux centres de production et de consommation . Concrètement , les délais de livraison et les frais de transport pèsent plus lourd dans leurs comptes .

L' adhésion de l' Espagne et du Portugal ramènera en France le cœur de l' Europe . Pour la première fois depuis le début de la révolution industrielle , le sud - ouest va devenir un des principaux points de passage du commerce européen et il constituera un site privilégié , bénéficiant d' importants marchés de consommation à la fois au sud et au nord .

La deuxième considération porte sur les conditions de la concurrence entre la France et Espagne les industriels et les artisans de la région savent bien que les droits de douane sur leurs ventes en Espagne sont plus élevés que ceux qui pèsent sur nos importations en provenance de ce pays .

Ils ont bien compris qu' en supprimant progressivement l' ensemble des droits , l' adhésion éventuelle de l' Espagne à la communauté améliorera directement les conditions de la concurrence industrielle entre les deux pays .

En ce qui concerne l' agriculture , au sein du grand sud - ouest : l' Aquitaine est la mieux placée pour bénéficier du nouveau débouché ibérique . L' Espagne achète actuellement 4 millions et demi de tonnes de maïs sur le marché mondial , et au prix mondial , alors que l' Aquitaine produit deux millions de tonnes sans pouvoir exporter sur le marché espagnol tout proche .

Les producteurs de fruits et légumes se sentent plus directement menacés par la concurrence espagnole . J' aurai l' occasion de rappeler à Agen les garanties que la France exigera pour eux : amélioration du règlement communautaire des fruits et légumes , période de transition de longue durée , effort d' investissement financé par la communauté et par le plan sud - ouest .

J' ajoute que les premiers contacts entre les négociateurs espagnols et la communauté ont montré que nos voisins d' outre-pyrénées s' engageaient eux - mêmes avec beaucoup de prudence . Je tiens à vous dire que les intérêts des producteurs agricoles du sud - ouest seront défendus au cours de la négociation à venir , avec la plus grande fermeté .

Valéry Giscard , 14 septembre 1979 , interview dans la presse ( Paris Match )

Je ne pense pas .

La permissivité fait qu' elle s' exprime d' une manière différente , mais si vous relisez les libellés des régimes autorité , c' était encore pire .

Je suis convaincu que l' on ne peut ni éliminer , ni réduire ce mal dans le monde par la simple contrainte . On peut l' éliminer et le réduire par une sorte d' assainissement du tissu profond de la société .

Je suis convaincu que la société française de 1979 , en dépit de ses problèmes très sérieux d' emploi , d' inflation , et cetera comporte moins de germes de violence et de haine que n' en comportait la société d' avant 1968 .

Si je n' ai pas répondu à certaines polémiques , c' est parce que je crois qu' une modération du comportement général , de la vie collective réduit finalement l' influence du mal . L' outrage , la haine , deviennent moindres et tout le monde en bénéficie .

Oui .

C' est un moment important parce que contrairement à ce que pensent certains , beaucoup a été fait .

A entendre ce qui se dit actuellement , rien n' aurait été fait .

Or on verra que l' économie française de 1979 réagira par rapport à cette deuxième crise du pétrole avec beaucoup plus de vigueur que ne l' a fait l' économie française de 1974 . Les gens ont travaillé , ont pris des initiatives , réorganisé leur production , cherché de nouveaux marchés .

Beaucoup a été fait et je comparerai ce moment au passage d' un détroit : si l' on s' affole , on n' ose plus avancer et on revient en arrière ; si , au contraire , on continue à avancer , tout à coup on découvre autre chose : un nouvel état du monde .

Oui .

J' éprouve un sentiment d' identification profonde avec les Français .

Lorsque je dis les Français , je pense nous autres , Français .

Lorsqu' ils sont moroses ou mécontents , je comprends qu' ils aient à la fois de la peine et un peu de regret à s' adapter au monde tel qu' il devient .

J' éprouve le même sentiment , je les comprends donc .

Naturellement , je crois en même temps que ce sont des sentiments qu' il faut dominer parce que la vie au sens scientifique est un progrès continu , et qu' il faut la ressentir comme un progrès .

Je ne ressens jamais d' irritation , même momentanée , à l' égard de mes compatriotes . Alors que ce sentiment est éprouvé très fréquemment par les hommes politiques .

Je n' ai aucune carapace .

Est - ce sûr ? La solidité tient elle à la carapace ? Dans la nature , c' est le lion qui dévore le buffle , malgré sa carapace .

La discussion et la critique de mon action m' intéressent .

La méchanceté , par contre , est autre chose que je ressens comme une des formes du mal , et comme la manifestation de la présence du mal dans le monde . Je ne la pratique pas mais je la ressens , autant pour les autres que pour moi - même .

Je crois que tout le monde , après 5 ans , se sent quelqu'un d' autre .

Par nature , je suis quelqu'un qui reste très identique à lui - même .

Mais bien entendu , ces 5 ans à ce poste m' ont beaucoup appris .

Assez peu , sauf au contact de tel ou tel d' entre eux qui me paraît avoir une bonne pratique dans la conduite de ses affaires .

Nous en parlons ensemble , mais je dirai que c' est presque d' un point de vue professionnel .

A ce poste , la vue du monde qu' on peut avoir est à la fois faussée par les facilités de déplacements et de contacts qui sont les nôtres , mais en même temps elle est exceptionnellement complète .

Autrefois , quand j' exerçais mes activités , par exemple à Chamalières , je voyais comme une image instinctive , la carte de la France autour de moi . Pendant les premières années de ma fonction , je voyais l' Europe et l' Afrique . Et maintenant je vois une sphère et , sur cette sphère , la France .

Non , pas absolument .

Je lis actuellement les biographies des dirigeants du monde et j' observe qu' il est très rare qu' ils n' aient pas une certaine dimension spirituelle .

C' est parfois tout à fait explicite , notamment pour les dirigeants arabes , pour le président Sadate en particulier .

C' est aussi le cas pour l' Inde , l' Amérique latine , et même les Etats-unis .

Je vois difficilement comment on peut avoir un système conceptuel d' évolution d' une société excluant toute dimension spirituelle .

A la limite , cela peut être une croyance philosophique très intense .

La dimension spirituelle n' est pas uniquement de type religieux .

Mon comportement , c' est probable . Je n' applique pas une doctrine dans le choix des décisions politiques , mais dans mon comportement , mon approche des décisions à prendre , la réponse est : sans doute oui .

Je suis chrétien mais président d' un Etat laïc .

Il n' y a pas de difficulté .

Je suis chrétien et président d' un Etat laïc .

Sachant ce qu' est la conception fondamentale et la règle de nos institutions , je prends mes décisions dans l' exercice des responsabilités et des attributions qui sont les miennes .

J' ai ma philosophie personnelle . Il m' arrive de l' exprimer .

Mais je ne l' impose en aucune manière dans l' exercice de mes fonctions .

J' ai la même position qu' avait le général de Gaulle .

S' agissant des valeurs spirituelles , j' ai beaucoup de mal à imaginer ce que peut être une vie collective sans dimension spirituelle . Je ne l' imagine pas pour moi , mais je sais que d' autres l' imaginent pour eux - mêmes .

Ce qu' il faut bien comprendre , c' est que nous devons nous adapter à un monde qui va venir , et ne pas chercher à rester adaptés à un monde qui s' en va . Or , cette idée , nous ne l' avons pas encore .

Je ne suis pas sûr que vous l' ayez . Et pourtant , c' est une espèce de clé , qui livre l' explication de tout ce qu' il faut faire .

Sur le plan international , la France est dans une position qui lui permet de faire ce que les superpuissances ne peuvent pas faire , compte tenu de ce qu' elles sont et parce que leurs initiatives sont inévitablement perçues comme devant servir leur intérêt de puissance .

Nous sommes un des rares pays qui ait cette vision du monde , cette expérience des affaires mondiales , cette position géographique et politique centrale .

La France a un rôle à jouer , mais il ne faut pas se tromper , ce rôle représente un effort pour elle .

Si Charles de Gaulle a eu l' influence que nous savons , c' est parce qu' il a donné une dimension de grande puissance à son pays , et non parce qu' il était un homme d' Etat moyen porté par une grande puissance .

Ce sera toujours le cas pour la France .

Elle est viable , mais elle n' est pas assurée .

Viable parce que la France a la tradition historique , la réputation , à certains égards la position , qui le lui permettent .

Elle n' est pas assurée parce que si elle ne s' impose pas de jouer ce rôle , si ses dirigeants n' ont pas la capacité de le faire , on ne viendra pas le lui demander .

A l' heure actuelle , la France apparaît comme telle .

Elle a été à l' origine du dialogue nord sud , du dialogue euro-arabe , elle a lancé l' idée du trilogue avec les Africains , elle a proposé de créer le conseil européen .

Toutes ces idées cheminent , et notre pays apparaît comme ayant la préoccupation de ce qui devrait être fait pour que l' organisation internationale et collective progresse . Il faut continuer .

Je crois profondément que l' on peut aboutir au plein emploi à un niveau élevé de ressources , à condition de rechercher et de développer des activités nouvelles .

La clé , c' est le développement d' activités nouvelles et c' est la raison pour laquelle j' accueille avec joie le fait que certaines industries de technologie avancée créent des emplois , car elles le font à un niveau de rémunération et de spécialisation élevé .

Le vrai choix et on ne pourra pas l' éluder longtemps c' est d' opter entre une situation à l' allemande ou à la suisse , c'est-à-dire un niveau élevé d' emploi et de ressources ou , au contraire , un partage de l' emploi et des ressources .

Je suis favorable à la première formule , que je crois tout à fait réalisable quand je vois tout ce qui nous reste à faire dans de nombreux secteurs .

Celui des industries agroalimentaires , par exemple , où nous devrions être les premiers au monde , ce qui n' est pas le cas . Des dizaines , des centaines de milliers d' emplois pourraient alors être créés .

Même chose dans l' industrie de mécanique avancée , où nous sommes très en retard et où des milliers d' emplois restent à créer .

Même situation dans les secteurs du vêtement , du meuble , où nous bénéficions cependant de la meilleure image de marque mondiale .

En France , il faut désormais considérer le problème de l' emploi comme un objectif et non comme un résultat . On le traitait dans le passé comme un résultat , puisque la donnée était la croissance forte .

Le niveau d' immigration étant déterminé par cette croissance .

Il faut avoir une idée différente , à savoir que la société française doit occuper tous ses bras , et je dirai , tous ses cerveaux .

Est - ce possible ? Certainement .

La question qui se pose est de savoir à quel niveau de ressources l' effectuer .

On peut le faire à un niveau bas de ressources , en partageant le travail tel qu' il existe et les rémunérations globales telles qu' elles existent .

C' est alors une société de plein emploi , à niveau de vie bas .

A mon avis , ce n' est pas l' objectif car beaucoup de travailleurs aspirent , à juste titre , à un niveau de vie plus élevé .

Certains croient qu' on peut instituer une société de partage de l' emploi à niveau élevé de ressources . C' est une illusion .

Prenons l' exemple de l' industrie automobile : on comptera dans le monde 10 à 12 entreprises automobiles dont deux françaises : une qui occupe le troisième ou le quatrième rang , l' autre qui se situe en sixième position .

Ces sociétés se font concurrence entre elles et non pas entre les Etats .

Imaginons que l' on décide de faire le partage du travail en France et que la durée du travail soit fixée à 30 heures .

Si , dans le même temps , les autres entreprises décident de ne pas partager le travail et d' en rester aux quarante heures , celui qui fera trente heures recevra un salaire réel représentant seulement les trois quarts de celui qui travaillera quarante heures .

Le niveau de vie français baissera dans ce secteur comparativement aux autres .

Voilà pourquoi je pense que le partage du travail à niveau bas de ressources ne peut pas résoudre le problème .

Nous étions sur une barque portée par un courant rapide .

On voyait bien que le courant allait dans une certaine direction : l' accroissement des ressources , et l' on discutait entre soi sur la répartition de ce surplus de ressources . Désormais , le courant est plus lent . Un effort de prévision personnelle , de formation plus poussée , sera nécessaire . Il s' agira d' apprendre des choses dont on prévoira que la société aura besoin . Il faudra prévoir l' adaptation de sa fonction ou de ses connaissances bien davantage qu' auparavant . L' effort d' insertion dans la vie active sera plus grand .

Ce qu' on peut faire , c' est promouvoir intensément le développement culturel . Et là , c' est non une affaire d' Etat mais de société .

La France doit apparaître comme un pays culturellement très actif et , si possible , d' avant-garde .

C' est déjà le cas : l' intérêt pour la musique sous toutes ses formes , pour les expositions de toutes sortes est considérable .

En abordant le chapitre de la littérature , de l' écriture , on se heurte à un phénomène préoccupant : celui de la dimension .

Il y a 100 ans , les deux tiers des habitants qui lisaient dans le monde savaient lire le français .

Actuellement cette proportion est d' environ un dixième et elle sera dans vingt ans d' un cinquantième .

Naturellement nous nous battrons pour la défense de notre langue .

Mais nous sommes confrontés au problème fondamental de la place et du rayonnement de notre culture , problème extrêmement difficile parce qu' on ne peut pas faire parler sa langue d' autorité aux autres .

Le thème de la culture que je compte reprendre cet hiver en l' analysant bien davantage est , à mon avis , un élément qui peut contribuer à la réapparition de croyances collectives , et cette culture devra comporter une composante esthétique .

Pas du tout . L' idée que c' est à partir du débat politique que pourraient apparaître en France des croyances collectives est une erreur , parce que ce débat ne porte pas du tout sur les besoins auxquels l' avenir devra répondre .

La dernière expression globale était le marxisme . à partir du moment où on ne pense plus qu' il puisse fournir cette réponse , aucune doctrine politique ne suffit aujourd'hui à être un fondement de croyance collective .

Nous pouvons dire un mot sur les religions et les croyances collectives .

La France est un pays où sont nées des croyances collectives très fortes et qui a adhéré à des croyances très fortes .

Elles a été le pays catholique du monde ; puis le pays de la doctrine de l' égalité des droits politiques ; le pays de la nationalité au milieu du dix-neuvième siècle .

Or , à l' heure actuelle , on n' y trouve pas de croyance collective forte .

Qui n' a d'ailleurs été ressentie d' une façon massive que dans la deuxième moitié du conflit .

Puis il y a eu les conséquences de la décolonisation .

Mais , à partir de 1965 1967 , on a vu s' atténuer cette croyance collective forte . 1968 en a été l' illustration .

Or , je crois qu' une société ne peut pas vivre longtemps sans croyance collective . Je crois également qu' on ne les suscite pas d' une façon artificielle , car cela vient du tréfonds de la nature humaine .

Actuellement , il y a en France un indice encourageant et une action possible .

L' indice encourageant c' est que les convictions , les croyances sont minoritaires mais assez intenses .

Prenons l' exemple de la religion catholique : la pratique est moins nombreuse qu' il y a 100 ans , mais elle est probablement plus intense , et les motivations plus fortes .

Je suis convaincu que c' est la même chose pour les autres fois religieuses .

Cela exprime un besoin et peut-être un ... C' est encourageant .

Or , comme le démontre la recherche démographique moderne , le problème démographique est un nœud de problèmes qui fait apparaître la totalité des caractères de la société .

Il concerne à la fois la croyance dans le bonheur , l' évaluation des chances d' avenir , les rapports entre parents et enfants , la place des femmes dans la société , tous éléments très complexes et qui expriment une certaine qualité de tissu de la société .

La difficulté dans les phénomènes de société , c' est qu' ils comportent des niveaux successifs d' explication .

On en trouve toujours un qui est accessible , mais il en est d' autres qui sont plus mystérieux .

Il peut se faire que la crise démographique soit la contrepartie de la formidable expansion du dix-neuvième siècle et qu' on assiste à une sorte d' essoufflement biologique de l' espèce ; essoufflement biologique peut-être à l' origine de comportements que l' on prend pour des causes . Le pessimisme peut dériver d' un essoufflement biologique de l' espèce .

Revenons à la démographie française .

A côté de cette croissance mondiale explosive , se produisent des phénomènes en sens inverse qui affectent tous les anciens pays de l' Europe de l' ouest , la Russie soviétique et l' Amérique du nord . Avec , pour la première fois depuis 10 ans , le passage à des rythmes négatifs .

Le premier pays concerné a été l' Allemagne de l' est .

La France est dans une situation qui est mauvaise , mais toutefois la moins mauvaise de ce groupe de pays .

Cela tient probablement à sa structure familiale et rurale , en partie aussi à la présence des travailleurs immigrés .

Notre population va continuer à augmenter encore pendant 7 ans .

Environ , mais le rythme des naissances , lui , diminue et est déjà tombé au-dessous du niveau à partir duquel il n' assure plus le maintien de la population . Il est bien évident que tout ce que nous entreprenons est condamné d' avance si une telle situation se maintient , et si nous assistons à un déclin démographique rapide .

Les réactions à cette situation sont intéressantes à analyser .

Les Allemands de l' ouest ne réagissent pas comme nous .

Ils en parlent , mais ne font rien pour la modifier .

Leur idée est que ce phénomène est temporaire et que la vitalité profonde de la population est telle que lorsque le phénomène atteindra un certain seuil il se corrigera de lui - même .

En France , c' est un autre débat qu' on voudrait , au fond , faire tourner essentiellement autour des prestations , comme si c' était le facteur déterminant .

Le second niveau est celui de ceux qui produisent .

A partir du moment où il faut passer à un tissu économique plus fin et s' adaptant beaucoup plus rapidement , on comprend qu' il faille multiplier les centres de décision .

Il faut donc aller vers un type d' économie dans lequel beaucoup plus d' entreprises auront à prendre ces décisions .

Si on prétend les prendre à l' échelon global , il suffit d' une erreur pour bloquer tout le système .

Le qualitatif est , par nature , décentralisé .

Cela correspond d'ailleurs beaucoup plus à notre tempérament national .

Aux niveaux de l' entreprise et des universités par exemple .

Il faut voir le problème de l' emploi aux deux niveaux où il se pose : au niveau mondial et au niveau français .

Au plan mondial , il est tragique parce que la vérité est que pour produire ce dont le monde aura besoin , cet accroissement formidable de main-d'œuvre disponible ne sera pas nécessaire .

La concentration des moyens de production et les progrès technologiques sont tels que le monde n' en aura pas besoin .

A échelon mondial , le problème sera par conséquent très difficile à résoudre . Toutes les productions de masse qui peuvent être faites par des travailleurs nombreux et peu rémunérés seront nécessairement faites par eux . La pression est et sera formidable .

Au niveau national , il faut donc rechercher les secteurs dans lesquels on a besoin de travailleurs spécialisés et à haute rémunération .

Ces secteurs existent . Dans la métallurgie , par exemple , il y a de nombreux secteurs de très haute technologie , accès très difficile qui font que les entreprises resteront des entreprises de pays typiquement industrialisés .

Dans le textile , c' est extrêmement frappant : certains types de productions non seulement ne reculent pas mais progressent dans les pays de haute technologie .

Je crois qu' il y a deux niveaux de choix .

D'abord une responsabilité de la collectivité pour bien choisir ces très grands secteurs nouveaux dans lesquels un investissement initial de recherche et de formation doit être réalisé .

L' effort qui a été fait dans l' informatique est remarquable parce qu' il cessera de peser sur les finances publiques d' ici deux ans et parce que ce secteur sera même tout à fait productif . Même chose dans le domaine nucléaire et dans l' espace , où l' Etat doit entreprendre et conduire une recherche fondamentale .

La croissance sobre n' est pas la crise .

Il faut rappeler que la production française de 1979 sera supérieure à celle de toute année antérieure , même en 1973 , c'est-à-dire avant la crise du pétrole . Et que le niveau de vie des Français est , en 1979 , le plus élevé de notre histoire . Il n' y a pas régression .

La croissance est plus lente , modulée .

Elle ne donne pas lieu aux mêmes satisfactions : la satisfaction quantitative du plus dans tous les domaines doit être remplacée par une satisfaction de choix , de qualité . C' est le passage historique et d'ailleurs naturel de la quantité vers la qualité . Cela ne présenterait d'ailleurs pas de difficulté insurmontable si nous ne devions pas résoudre le problème de l' emploi et éliminer de fortes injustices sociales .

Ceci me conduit à aborder un sujet important : l' écologie .

Le fait que les ressources soient limitées et que nous devions gérer notre vie collective et individuelle avec d' autres préoccupations que la préoccupation quantitative dérive de ce que j' ai dit : l' accroissement de la population , sa concentration , la baisse des ressources , et cetera .

Si bien que le mouvement écologique est profondément fondé .

Ce qu' il y a de curieux , c' est que dans certaines de ses expressions , il semble croire qu' il peut se contenter d' être un facteur de correction d' une société de consommation .

C' est une illusion complète car les rouages et les forces y sont tels qu' il y serait écrasé .

Il aboutirait peut-être à des solutions symboliques telles la création de quelques parcs naturels et à des réserves ici et là , mais , pour moi , le mouvement écologique doit englober beaucoup d' autres secteurs de la vie collective , par exemple la conception du type de développement économique , certains aspects de la vie culturelle , le respect du temps , les remèdes aux tensions nerveuses , à la pression des mass media et de la publicité , aux concentrations urbaines , et cetera .

Au fond , je ne crois pas qu' on puisse dissocier l' aspect verts pâturages de l' effort de modération et d' humanisation de notre système économique et social . C' est pourquoi il est souhaitable que la réflexion écologique sorte du cadre où elle a pris naissance .

Notre dimension nationale constitue un avantage : dans bon nombre de secteurs de technologie avancée ( électronique , recherche spatiale , et cetera ) nous n' aurions probablement pas pu nous développer si nous avions été beaucoup plus petits .

De plus , la fertilité de notre sol , l' activité et la diversité de notre agriculture , la transformation de nos produits , constituent des facteurs d' équilibre naturel , d' homogénéisation de notre territoire que nous devons encore considérablement améliorer il y a là , me semble - t - il , de quoi assurer un équilibre économique et le progrès du niveau de vie .

Je pense que la société sobre vers laquelle nous nous dirigeons est , au fond , mieux adaptée à la France qui est un pays d' origine rurale , qui conserve son attachement à la terre , qui a le sens du temps et de la mesure .

J' insiste sur le fait que tous les rouages actuellement en place , toutes les organisations qui s' expriment , raisonnent dans l' esprit de la société de consommation . C' est ce qui explique la difficulté qu' il y a , pour l' opinion , à se retrouver dans ce tumulte .

Elle sait que c' est fini et , néanmoins , tout ce qu' on lui dit l' est dans le langage et par les organisations conçues et issues de la société de consommation .

Si la France , dans ce grand tumulte et ce réajustement , a l' idée de retrouver et de rétablir le passé , elle est perdue .

Notre pays deviendra une zone de dépérissement comme il y en a toujours eu dans le monde . Or , c' est souvent ce qu' on propose aux Français , sous des formes plus ou moins séduisantes .

En réalité , sur le plan national , nous avons beaucoup d' atouts mais aussi beaucoup de faiblesses .

Notre niveau culturel , la valeur de notre système éducatif , la place que nous avons conservée ou acquise dans un certain nombre de secteurs de pointe constituent nos principaux atouts et c' est à la France qui se développe dans ces directions que nous devons penser .

Nous avons subi , l' hiver dernier , les conséquences sévères de la crise de la sidérurgie , mais nous avons aussi enregistré le succès de l' airbus .

Les effectifs concernés sont presque du même ordre de grandeur . Un secteur était porteur d' avenir , l' autre avait besoin de se réorganiser pour conserver ses chances d' avenir .

Par ailleurs , la croissance de la société dite de consommation a été de courte durée . Elle s' est étendue sur une période allant des années 1960 à 1973 et , pourtant , elle a façonné profondément beaucoup d' institutions et de nombreux esprits .

On a cru qu' elle durerait indéfiniment .

Au surplus , elle ne constituait pas une croyance collective mais exprimait une situation collective .

Tout le monde allait dans le même sens , porté par la même vague .

Il y avait un mouvement de prospérité général , très inégalement distribuée , mais tout le monde marchait dans la même direction .

Un certain nombre d' habitudes , d' institutions , de rouages se sont créés qui , chose curieuse , existent toujours .

Au fond , les Français savent que la société de consommation est finie sous cette forme . D'ailleurs , ils n' étaient pas heureux dans cette société .

Ils le savent , ils l' admettent , mais , en même temps , tout ce qui s' exprime , tout ce qui est organisé , toute revendication , reste issu de la société de consommation . Nos débats économiques et sociaux sont encore des débats de société de consommation .

Le débat à venir sera différent , car ce sera celui d' une société organisée à partir d' objectifs ou de thèmes différents .

Il faut rappeler que cette société de consommation a abouti à mai 1968 , c'est-à-dire à son rejet .

Mai 1968 a été un phénomène important , en ce sens qu' il a été à la fois le rejet culturel par la jeunesse de cette société et le rejet de certaines de ses conséquences sociales qui s' est exprimé par des manifestations de mécontentement .

On ne doit pas regretter ce qu' on a rejeté . Mon sentiment a toujours été que la société de consommation n' était adaptée ni à la France , ni aux Français . Elle était en train de détruire la France . Elle a dévasté une partie de nos côtes , de nos montagnes , de nos villes , notre mode de vie , notre culture ; elle a exercé des ravages formidables .

Je crois qu' il faut répondre avec beaucoup de franchise sur ce point .

Ma première réponse est que l' Europe occidentale dont la France ne retrouvera plus la situation de domination et d' exploitation des richesses du monde qui était la sienne .

Durant les 17ème , 18ème et 19ème siècles .

En même temps , sous la forme du colonialisme ou de rapports d' échanges de matières premières , ce fut une période d' exploitation des ressources extérieures .

Ceci est terminé , pour une raison qui est liée au changement de la population dans le monde .

Faut il le regretter ? C' est très difficile à dire .

Ce sont des périodes qu' on nous dépeint aujourd'hui sous des aspects très favorables , mais qui ont donné lieu à des guerres fratricides , de grands affrontements , des injustices sociales criantes . De toute manière cette situation qui comportait sûrement des éléments positifs , mais aussi d' énormes éléments négatifs , ne se retrouvera plus .

En réalité , cette organisation résultait d' une situation dominante qui était bien sûr celle de l' Amérique .

Cette domination a cessé de s' exercer pour toutes sortes de raisons bien connues .

Pour que le système économique et monétaire soit dominé , il faudrait un accord des principaux participants , accord difficile à réaliser par suite de leur grand nombre et de la vigueur des égoïsmes nationaux .

La domination des égoïsmes n' est pas acquise .

Elle commence à l' être dans le domaine de la sécurité .

Tous les peuples pensent qu' un effort pour éliminer la guerre est nécessaire . A ce titre , ils acceptent la détente , même s' ils portent des jugements sévères les uns sur les autres .

Mais ils n' ont pas encore compris que finalement une organisation économique sur le plan collectif même si elle gène des égoïsmes constituerait un système globalement plus avantageux .

Nous progressons dans cette direction , d'abord parce que l' Europe s' organise . Et qu' elle devient un interlocuteur valable pour traiter ces problèmes .

Au sommet de Tokyo , j' ai par ailleurs constaté bien que le résultat reste naturellement limité la naissance d' une prise de conscience de la nécessaire domination des phénomènes économiques .

Ils devront être dominés , ils peuvent l' être .

Mais il ne faut pas s' étonner que la démarche soit si difficile dans la mesure où les égoïsmes s' y opposent , où peu d' hommes d' Etat dominent ces sujets , où les organisations sont extrêmement lourdes et inefficaces .

Il y a d'abord des grands hommes qui ne sont pas des hommes politiques .

Mais les grands leaders s' identifient aux peuples dans les périodes épreuves collectives , c'est-à-dire jusqu' ici les guerres .

En 1914 , en 1939 , le monde s' acheminait vers une guerre et l' on prenait des décisions pour s' y préparer et , naturellement , la gagner .

A l' heure actuelle , en dehors du problème essentiel des rapports entre l' Union soviétique et la Chine et de celui de la prolifération nucléaire , le système politique mondial n' est pas entraîné mécaniquement vers un conflit .

Ce qui se passe en Afrique et même au sud-est asiatique , crée des situations d' affrontement , mais il est visible qu' on évite d' en faire des détonateurs mondiaux . Il est important d' en tenir compte .

En contrepartie , il ne faut pas oublier que nous vivons dans un monde sans conflit majeur .

Et que ceci constitue un facteur extrêmement important et positif .

Nous vivons dans un monde qui se préoccupe toujours des problèmes de sécurité mais qui n' a plus l' idée que la guerre est au coin de la rue .

Certes , il y a les conflits locaux , des émeutes , des répressions , mais l' idée de la prochaine guerre s' est éloignée , et c' est un changement positif .

Sans aucun doute .

Sûrement , mais si vous relisez les journaux d' avant la guerre de 1914 et ceux de l' entre-deux-guerres , vous constaterez que la préoccupation lancinante était celle - ci : la guerre éclatera - t - elle dans deux ou trois ans ? L' attente de la guerre faisait partie de la vie individuelle .

Or , cette idée s' est aujourd'hui éloignée .

Je dirai que les problèmes de l' équilibre politique du monde sont relativement maîtrisés , actuellement . En revanche , les problèmes de l' équilibre économique et social ne sont pas maîtrisés .

Autre facteur important : l' évolution des croyances .

Nous raisonnons exclusivement en termes économiques , mais la vie des sociétés humaines est très largement dépendante d' autres facteurs , et notamment des croyances collectives . Or , nous vivons dans un mondeexistent très peu de croyances collectives .

Autrefois , les peuples étaient menés ou se menaient eux - mêmes par des croyances collectives . Les croisades étaient un phénomène de croyance collective , le colonialisme aussi à sa manière .

L' aspiration à la liberté politique a été , pour l' Europe , une croyance collective forte entraînant des révolutions .

A l' heure actuelle , il y a très peu de croyances collectives , singulièrement dans les pays industrialisés .

Le marxisme , en tant qu' organisation économique et sociale , a été un élément de forte croyance collective de 1900 aux années 70 .

La démographie est une illustration , une espèce de phénomène central qui montre que nous vivrons dans un monde qui aura une population pour laquelle il n' est pas préparé .

J' ignore quelle serait la population normale du monde car elle dépend du progrès des techniques .

Mais lorsque le monde comptera une population de l' ordre de 6 à 10 milliards d' êtres humains , il devra faire un effort considérable , effectuer une ponction sur les ressources naturelles , sur l' espace .

Autre phénomène préoccupant : la population rurale augmentera très peu .

En revanche , on assistera à une forte augmentation de la population agglomérée qui s' accompagnera de problèmes psychologiques , politiques , administratifs et culturels , inévitables .

La deuxième caractéristique de ce monde nouveau c' est qu' il épuise ses ressources naturelles .

Il les a toujours consommées mais dans des proportions moindres .

Actuellement , le rythme de consommation conduit à l' épuisement de nombre de nos ressources .

C' est le cas pour le pétrole .

Mais aussi , demain , pour l' uranium , ce qui va poser des problèmes très importants .

La production alimentaire des pays en développement ne suivra pas l' augmentation des besoins .

Le fait qu' on soit , à échéance de quelques dizaines d' années , à la limite d' épuisement de certaines ressources introduit déjà dans l' économie mondiale des variations brutales entraînant des secousses plus fortes que dans le passé . C' est un des facteurs de désorganisation de l' économie mondiale .

Revenons d'abord à l' état du monde .

Je crois que si déjà nous étions convaincus qu' il faut nous adapter à ce nouvel état du monde , nous aurions accompli un progrès considérable .

Dans toute notre façon d' être actuelle reste sous-jacente l' idée qu' on reviendra à une situation antérieure .

Des hommes politiques , des journalistes proclament : il faut dire la vérité aux Français . Si vous lisez les discours depuis 4 ans , vous vous apercevrez que tout a été dit et redit . Et pourtant un grand nombre de Français croient sincèrement qu' on ne leur dit pas la vérité .

Pourquoi ? Je pense qu' ils raisonnent de la façon suivante : ils se disent : pour revenir à la situation antérieure , il va falloir consentir des sacrifices plus grands qu' on ne nous le dit .

Par conséquent , on ne nous dit pas la vérité .

La vérité , c' est qu' on ne peut pas revenir à la situation antérieure . Ce qu' il faut , c' est chercher à s' adapter à une autre situation .

Enfin , vous avez fait allusion à ma déclaration du 11 juillet dernier .

Tout ce que je viens de dire , montre que nous allons vers un nouvel état du monde et que la France qui était assez à l' aise dans l' état précédent du monde , bien qu' elle ait connu des tribulations et des tourments , doit s' adapter à cet état nouveau .

Un autre élément est qu' il ne faut pas considérer que nous ayons à traiter un problème immédiat , passager , de circonstance .

Notre idée centrale doit être tout à fait différente : la France doit chercher le moyen de s' adapter à un nouvel état du monde .

Cette idée peut paraître surprenante dans notre réflexion politique , qui est toujours à très court terme .

Mon rôle est en effet de le voir , de le décrire d' une manière concrète et , en même temps , de m' assurer que l' action gouvernementale va bien dans ce sens .

Ma première préoccupation concerne le profond changement qui se produit dans l' espèce humaine et notre univers à la fin de ce millénaire et qui , à mon avis , se résume en une seule notion : l' accroissement fantastique de la population du globe .

Pendant toute l' antiquité assyrienne , juive , romaine , la population totale du monde était inférieure à 200 millions d' habitants .

Jusqu' au 15ème siècle elle n' a jamais dépassé 450 millions d' habitants .

Au début du dix-neuvième siècle elle était de moins d' un milliard d' habitants , chiffre atteint en 1830 . Tout à coup , une évolution s' est produite et c' est un autre monde qui est né .

En l' an 2000 , dans vingt ans , il sera peuplé de près de 6 milliards d' êtres humains , avec le maintien , pour les années suivantes , d' une pente verticale d' augmentation .

Par ailleurs , c' était un monde dans lequel la science était maîtrisée .

Il s' agissait , au début , de techniques manuelles de fabrication d' outils .

Puis d' activités de proximité : les usines avaient des dimensions humaines .

Avec l' apparition de l' énergie nucléaire , avec le développement de la biochimie et des branches connexes , avec l' informatique , on atteint un pouvoir scientifique d' une autre nature .

En d' autres termes , l' espèce humaine traverse et va traverser une période de transformation qui est objectivement tout à fait extraordinaire par rapport à ce que l' on a connu dans le passé et , malheureusement , les problèmes paraissent extraordinairement difficiles à résoudre .

Ils sont , en tout cas , tout à fait nouveaux et pas à la mesure des moyens traditionnels que nous employons .

Nous allons vers un monde non maîtrisé alors que , dans le passé , il était maîtrisé par son organisation politique et économique et par sa civilisation .

Vous m' avez demandé si j' ai perçu la lueur d' une nouvelle idée civilisatrice . La réponse est non .

Nous vivons dans un monde où elle n' est pas présente . Certes , on décèle des signes , des pressentiments , mais elle n' est pas présente .

Vous citez dans votre présentation trois de mes déclarations qui expriment de graves préoccupations .

Vous les mettez en contradiction avec ce que vous appelez mon optimisme , optimisme que certains me reprochent , notamment dans le milieu politique .

Un mot sur l' optimisme : j' ai à inspirer , et dans une certaine mesure à conduire , une action qui , dans un régime démocratique suppose adhésion du plus grand nombre .

Cela signifie que cette action , pour recueillir adhésion de ceux à qui l' on s' adresse , doit correspondre à quelque chose qu' ils ont intérêt à faire ou même qu' ils ont envie de faire .

Ce qu' il faut , c' est leur expliquer que leur effort aboutit à un résultat .

Il serait tout à fait inconcevable de convier quelqu'un à faire un effort et de lui dire que cet effort ne servira à rien ou , pire encore , qu' il aggravera la situation dans laquelle il se trouve .

Ce n' est donc pas un optimisme d' illusion , mais un optimisme de proposition , qui est d'ailleurs dans la nature de la fonction que j' exerce .

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