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Les mesures pour les veuves sont des mesures réductrices d' inégalités . Les mesures qui seront prises pour la durée du travail seront des mesures réductrices d' inégalités .

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V. Giscard d'Estaing - 10 mai 1980

Nous avons parlé tout à l' heure de réformes qui modifient la structure de la société : les femmes , les personnes âgées , les travailleurs manuels . Chacun mesure la nécessité de la constance de l' action . Prenons le cas de la réduction des inégalités , dont la nécessité est profondément ressentie par une large majorité de la population . Certains s' imaginent que quelques décisions suffiraient à tout changer . J' ai observé , au contraire , que c' est par une accumulation de décisions allant toutes dans le même sens que l' on finit par obtenir le résultat recherché . Dans un autre domaine , vital pour notre pays , celui de l' énergie , l' exécutif a disposé des pouvoirs nécessaires pour lancer une politique d' énergie nationale qui , au fur et à mesure que les années passeront , apparaîtra comme une des grandes chances de la France

Bref , beaucoup de résistance et d' obstacles , mais de nature démocratique . Mais aussi la capacité d' obtenir le résultat recherché si l' on réunit la constance de l' intention et la durée de l' action

Le Président n' a donc pas à prendre prétexte des limitations de son pouvoir pour chercher à étendre

Avec les pouvoirs que la démocratie lui confie , il a la possibilité de travailler . A lui de le faire . A vous de juger .

Oui , plus grande . Mais cela dépend des sujets et des moments : nous avons toujours tendance à sous-estimer les résistances et les oppositions , d'ailleurs souvent légitimes . La France est un pays démocratique où le pouvoir est déjà très partagé . Entre l' exécutif et le législatif , entre l' exécutif et le judiciaire , entre l' Etat et les collectivités locales , entre l' Etat et les partenaires sociaux , entre les citoyens eux mêmes . Chaque citoyen français , sans qu' il s' en rende bien compte , dispose de beaucoup plus de pouvoir de décision que la plupart des citoyens de la planète

Le président de la République est donc bien loin d' avoir tous les pouvoirs , et il s' en aperçoit dès qu' il s' efforce de faire bouger les choses

Mais c' est le fonctionnement démocratique . Dans l' état actuel de répartition des pouvoirs , l' exécutif , avec à sa tête le Président , dispose des moyens d' impulsion suffisants , à condition de les utiliser systématiquement dans le même sens et pour une longue durée .

Chaque homme d' Etat devrait avoir dans son bureau la courbe de la démographie dans le monde . C' est la transformation majeure . La deuxième transformation majeure , c' est la diffusion de la connaissance : disons de l' information plus que de la connaissance . Ce sont les deux transformations qui entraînent tout ce qu' on observe . Dans l' explosion démographique , des pays industrialisés comme le nôtre sont en effet tout à fait à l' écart , et même en déclin démographique . J' ai un jour indiqué un chiffre : que la population française représenterait en l' an 2000 1 % de la population du monde . Un certain nombre de gens ont dit : En le disant , vous affaiblissez la France . Comme s' il fallait avoir peur des chiffres , comme certains ont peur des mots . Ce n' est pas en fermant les yeux sur la réalité qu' on a une chance de conduire une politique courageuse . Une des causes de la baisse de la natalité , c' est la perception d' un futur inquiétant . Les grandes périodes d' expansion démographique sont des périodes d' anticipation d' un futur heureux . Nous pouvons difficilement agir sur cette cause . En réalité , l' angle par lequel il faut aborder le problème n' est pas l' idée d' une société qui a envie d' avoir des enfants . Le problème de l' enfant , de la famille qui l' entoure , de sa formation et de son entrée dans la vie sociale , est l' un de ceux qui me préoccupent le plus . Le Parlement examinera dans quelques semaines une loi sur la famille .

Voyons plus loin : est - ce qu' il est possible , pour un pays de 55 millions d' habitants à haut niveau scientifique , avec une très bonne main d œuvre active et compétente , de grands accès à la mer , une agriculture solide , des traditions financières , de vivre dans des conditions d' activité et d' emploi satisfaisantes , dans un monde tel qu' il va être ? Ma réponse est oui , c' est sûrement possible .

Il existe une série de réponses : améliorer le système éducatif et la formation professionnelle ; développer certains types d' activités à très haute technologie qui ne peuvent pas être exercées par des mains d œuvre concurrentes non préparées ; disposer d' une infrastructure complète de production , de science et de technique , et cetera . C' est cela qu' on est en train de réaliser . Il y a maintenant de larges secteurs de la vie française qui ont atteint ce niveau , il faut arriver à ce que l' ensemble de la société industrielle française soit comme cela , et , de ce point de vue , nous avons fait de grands progrès . Il n' y a qu' à comparer l' excédent de nos exportations de biens d' équipements en 1974 et 1979 .

A cet égard , les décisions prises après les élections de 1978 ont marqué un tournant fondamental . Nous avions un système d' administration de notre économie qui était celui d' un pays , je dirai , en état de développement moyen . Les changements apportés , en supprimant le contrôle des prix , en rendant la liberté beaucoup plus largement à la décision industrielle , et en mettant à la tête des entreprises nationales des hommes qui sont choisis en raison de leurs capacités de gestionnaires et de dirigeants , tout cela a commencé à créer une autre économie française .

Dans cette période nouvelle , quels sont mes objectifs fondamentaux : que la France soit capable de s' en tirer aussi bien que ceux qui s' en tirent le mieux . Quand on s' en tire bien en période difficile , cela ne veut pas dire que tout va bien , cela veut dire qu' on fait au mieux . Au fond , la référence pour moi , sans avoir l' obsession des modèles , c' étaient nos voisins immédiats , dont l' Allemagne fédérale .

Regardez ce qui s' est passé en 1974 1975 et ce qui se passe en 1979 1980 . En 1974 1975 , l' Allemagne a bien encaissé le premier choc pétrolier ; la France l' a mal encaissé . Si vous prenez 1979 1980 , la France encaisse le choc pétrolier aussi bien et , à mon avis , un peu mieux que l' Allemagne . Je ne prendrai qu' un indice simple , c' est la monnaie . A l' heure actuelle , le franc français est aussi ferme que le deutschemark , et l' effet additionnel de la hausse des prix est aussi élevé en Allemagne qu' en France .

Les résultats mauvais , vous les connaissez : la hausse des prix plus forte , le niveau de l' emploi qui reste manifestement insuffisant . Tout cela , il faut le corriger . L' objectif , c' est d' arriver à s' en tirer aussi bien que ceux qui s' en tirent le mieux et , de ce point de vue , nous avons progressé . N' oublions pas que , depuis 1973 , la production a augmenté de 18 % .

Deuxième objectif , qui est très clair dans mon esprit , et moins clair dans l' esprit de mes compatriotes , car j' ai du mal à le leur faire partager , c' est de préparer une France qui serait capable de vivre dans de bonnes conditions au sein du monde tel qu' on sait qu' il va devenir . Car le combat que beaucoup veulent mener est un combat trop prisonnier de l' immédiat . On s' est agrippé au radeau de la Méduse on ne veut pas desserrer les doigts en se disant : Surtout , on s' y tient , on ne veut pas se noyer . Cela est entièrement négatif , et ne prépare pas l' avenir .

Il va rester dans une période difficile .

Je suis persuadé que les sondages que vous avez fait faire donneront là dessus des jugements très critiques . Si je vous répondais en ayant l' air de dire que les choses correspondent à mes vœux , je rencontrerais le scepticisme le plus total de la part de vos lecteurs .

Que peut - on dire sur ce sujet ? Nous sommes entrés dans une période difficile . Nous y sommes entrés fin 1973 , début 1974 , quelques mois avant mon élection . Cette période difficile est appelée à continuer , parce qu' elle correspond à des changements profonds dans la répartition des ressources du monde , répartition qui se faisait à notre avantage , et qui se fait désormais à notre détriment . Tant que cela a été à notre avantage , nous avons pu connaître une expansion rapide , si rapide que nous ne faisions plus face à la demande , que nous encouragions la venue de travailleurs immigrés dont on ne se préoccupait guère . On assistait à un enrichissement rapide du pays , accompagné d'ailleurs d' injustices et d' excès , notamment dans la destruction de certains aspects de la vie française ou d' échecs d' urbanisme éclatants . Nous sommes entrés dans une période nouvelle .

La période récente a consacré la supériorité industrielle , technologique et scientifique de l' Occident . L' outil économique industriel de l' Occident reste de loin le plus puissant du monde , malgré la crise . L' Union soviétique a marqué des avantages régionaux . Elle a également perdu des positions antérieures , par exemple en Indonésie et en Egypte . Au total , il n' y a pas eu avance massive de l' Union soviétique . D'ailleurs , chaque fois que ses avances se sont heurtées à des résistances locales fortes , l' Union soviétique a eu la sagesse de ne pas aller au-delà . Je pense au cas de l' Afrique centrale , grâce à l' action de la France .

En revanche , face à l' Union soviétique qui maintient sa ligne , l' Occident s' est affaibli . Il s' est désorganisé , dans ce sens qu' il n' y a plus eu de ligne d' action qui soit clairement comprise par ceux qui s' interrogent sur lui , en particulier le Tiers Monde . Le problème est d'abord celui de l' Occident . Souvent , on nous dit c' est votre faute , à vous , Français , vous n' êtes pas suffisamment solidaires des Etats Unis . Je ne le crois pas . Il est au contraire tout à fait important qu' il existe dans le monde une personnalité européenne , et cette personnalité européenne suppose que des pays comme la France affirment leur capacité à agir ou à décider .

La sécurité s' acquiert lorsqu' il y a équilibre des forces . Beaucoup de gens croient que la sécurité s' acquiert lorsqu' il y a supériorité . S' il y a une très nette supériorité , oui . Mais l' idée d' avoir une très nette supériorité sur l' Union soviétique , n' est pas réaliste . Ce pays dispose , à la fois de grands moyens , de grandes populations , et peut leur demander des sacrifices tels qu' elle peut se doter d' armements considérables . La ligne générale doit donc être une ligne de recherche d' équilibre , de refus de la supériorité adverse . Chaque fois qu' il y a supériorité de l' autre , il faut la corriger . Mais il ne faut pas la rechercher soi - même , car la supériorité n' atteindrait plus jamais le degré à partir duquel elle devient protectrice , mais seulement le degré à partir duquel elle devient menaçante . C' est pourquoi la recherche de l' équilibre soigneusement calculé et vérifié fait partie de mon objectif .

Je ne le pense pas . Mais c' est une réponse très conditionnelle . L' Occident a été longtemps dans un état de nette supériorité militaire , qui a disparu . Dès lors , on se pose la question de savoir si on n' est pas passé à une situation d' infériorité . Il faut se livrer à des évaluations très précises . L' égalité est - ce qu' il y a de plus difficile à mesurer . Si on prend les moyens militaires de toute nature , l' équilibre demeure . Par contre , il existe , à l' heure actuelle , des déséquilibres partiels qui sont bien connus , notamment en matière d' armements classiques et de lanceurs à moyenne portée , et qui ont été d'autant plus ressentis que nous n' avions plus la supériorité globale .

J' ai toujours pensé que la question fondamentale était , en effet , celle de la transformation des sociétés des pays socialistes . Est - ce que la détente contribue à une évolution des sociétés socialistes ? Ma réponse est oui . Cela a été le cas pour l' Europe de l' Est . Si vous prenez des pays comme la Hongrie , la Pologne , malgré leurs grandes difficultés économiques , ce sont des sociétés qui ont évolué en profondeur . Je ne parle pas de leur orientation politique . Le cas de l' Union soviétique est différent , puisque l' Union soviétique n' a jamais connu de régime de type démocratique et n' a pas les structures de base qui font qu' un tel régime s' y développerait de lui - même . Mais , dans les relations de l' Union soviétique avec les pays occidentaux , là aussi il y a eu des résultats importants .

Je ne peux pas vous dire si monsieur Pompidou s' était engagé . Je ne le sais pas . Ce que je peux dire , c' est que la préparation de la conférence d' Helsinki avait commencé avant mon élection . Vous vous souvenez d'ailleurs que le ministre des Affaires étrangères , Michel Jobert , était allé à Helsinki et y avait prononcé un discours . Donc , la préparation était en cours . La question de savoir si on aboutirait ou non à un accord a été pendante durant toute l' année 1974 et au début de 1975 . C' est donc moi qui ai eu à prendre la décision de savoir s' il convenait ou non d' y aller . J' ai pris une décision positive . La France a joué un rôle actif dans cette phase de la préparation de la conférence d' Helsinki .

Je connais votre sentiment sur la détente et ce que vous écrivez . Et je continue à penser ceci : la situation internationale se définit toujours par un thème , une couleur , par une notion dominante . Pour la France , cela a été la Revanche , après 1870 , puis l' Entente cordiale . Nous sommes aujourd'hui dans une période d' accumulation d' armements qui donne à l' acte irresponsable la dimension d' une catastrophe universelle . Il faut donc tout faire pour que l' acte irresponsable soit aussi improbable que possible . Il faut être franc , cet acte n' est jamais exclu , et sa probabilité s' accroîtra avec la diffusion certaine de la capacité à produire des armes nucléaires . S' il n' y avait pas le thème de la détente , il y en aurait eu un autre . Quel autre ? Il faut être prêt à faire face à la menace adverse , il faut avoir les moyens les plus aptes à assurer sa sécurité , mais il faut aussi écarter tout thème qui accroisse le risque du geste irresponsable . Du point de vue de la sécurité de l' espèce humaine , le thème de la détente est resté , à mon avis , un thème fondamentalement positif .

C' est une procédure qu' il faut garder vivante . Il se trouve qu' il n' y a pas eu de sujet permettant , dans le cadre très précis de la réglementation du référendum , d' en faire usage pendant la période récente . Mais , dans l' éventualité contraire , j' y aurais recours . Il faudra s' habituer à utiliser le référendum pour traiter un sujet et non pas pour rechercher un support politique .

C' était une conception qu' il avait de sa fonction , conception qui , elle - même , remontait à la période de la guerre , le référendum exprimait directement ce qu' il appelait la légitimité . L' autre conception est de considérer que le référendum est un moyen d' expression qui permette de dégager une opinion majoritaire sur un sujet , sans que cela mette nécessairement en cause la légitimité présidentielle .

Pourquoi ? Je m' étais posé la question en termes abstraits , et en me disant : quelle est la durée pendant laquelle l' électeur reconnaît la légitimité du pouvoir qu' il délègue ? Je m' étais dit : est - ce que 7 ans ce n' est pas trop long pour cette délégation ? Mais j' ai assisté , depuis 1976 , à la reprise de la lutte sourde des partis contre la stabilité des institutions . Du temps du général de GAULLE , cette lutte avait été très assoupie . Depuis 1976 , dans la majorité et dans l' opposition , on l' a vue réapparaître . C' est une composante du caractère français . Je me suis dit que je ne serais certainement pas celui qui céderait un pouce de terrain devant la reconquête de l' exercice du pouvoir par les partis . Or , le raccourcissement du mandat présidentiel en eût été une des formes . J' ai dit que je laisserai les institutions de la cinquième République , après mon départ de la Présidence , dans l' état exact où je les ai trouvées .

Autre raison , l' allongement déraisonnable de la durée des campagnes électorales , qui crée des périodes stérilisées du point de vue de l' action politique . Quelle en est la cause profonde ? Probablement , pour une part , le développement nouveau des moyens d' information . Pour une autre part , la personnalisation de la vie politique que l' on observe dans toutes les démocraties et qui intensifie et allonge les campagnes électorales . Il faut donc déduire le temps des campagnes électorales de la période vraiment utile des fonctions . Cela ne conduit pas à raccourcir la durée des mandats .

A quel rythme cette réduction doit elle se passer , quel doit être son objectif final ? En premier lieu , l' objectif final n' est pas le nivellement . Car il existe des aptitudes et des volontés d' activité , ou d' effort , ou d' invention qui doivent trouver leur récompense dans la vie sociale . L' idée , c' est donc d' avoir ce que j' appelle dans Démocratie française un écart social tolérable qui ne dépasse pas les limites que la société reconnaît elle - même comme justes . Notez qu' à l' heure actuelle nous sommes précisément en train de nous interroger sur ce problème . Ce qu' on appelle le malaise des cadres , c' est cela . C' est de savoir si , à l' heure actuelle , l' écart social en faveur des cadres est un écart qui reste suffisant , après s' être réduit au cours des années précédentes . Ce malaise même montre bien qu' à l' heure actuelle il y a un resserrement des inégalités .

En second lieu , toutes les mesures qui sont prises dans d' autres domaines sont des mesures qui sont toujours calculées de manière à avoir un impact indirect sur les inégalités . Les mesures pour les veuves sont des mesures réductrices d' inégalités . Les mesures qui seront prises pour la durée du travail seront des mesures réductrices d' inégalités . Elles avantageront plus ceux qui disposent à l' heure actuelle de moins de facilités en matière de travail que ceux qui en ont déjà une .

Je reviens sur le problème des cadres . Je considère que les plafonds qui ont été mis à un certain nombre de prestations , d' avantages sociaux en matière de logement , ou de prévoyance sociale , sont probablement à l' heure actuelle , par rapport à la situation réelle des cadres , des plafonds qui excluent trop de monde . Nous devrions les reconsidérer . Il y a lieu de voir si des dispositions qui , au début , ont été imaginées au profit seulement des catégories manifestement défavorisées , ne devraient pas maintenant s' étendre progressivement , au fur et à mesure que les inégalités se réduisent , à des catégories plus centrales , donc aux cadres .

Je suis de formation mathématique , et donc j' attache beaucoup d' importance à l' exactitude scientifique . Les études auxquelles vous faites allusion n' ont pas de valeur scientifique . Ce qui est important , c' est le sens dans lequel les évolutions se produisent . Jusqu' à l' année 1970 , comme je l' avais écrit en 1967 , l' expansion française a consolidé et a , dans une certaine mesure , accentué les écarts pour une raison simple : la richesse allait à ceux qui étaient près de la source . Par contre , ceux qui en étaient loin , les personnes âgées , les gens ayant peu d' activité , les gens ayant peu de patrimoine , étaient en dehors de l' enrichissement . Cette tendance a commencé à s' inverser à partir de 1970 . A l' heure actuelle , nous sommes dans une période de réduction nette des inégalités . Toutes les études statistiques le montrent .

Enfin , j' ai toujours observé qu' en France ceux qui n' étaient pas organisés ne parvenaient pas à faire entendre leur voix . Je pense aux personnes handicapées , aux chômeurs , aux exclus et au quart monde . Là dessus , je voulais , et ce n' est pas non plus parfait , qu' il y eût une approche directe de ces problèmes . Nous avons maintenant la législation sur les handicapés qui est la plus avancée d' Europe : elle date de 1975 . La protection du chômage avant 1974 était très faible . Il est vrai que le nombre des chômeurs était lui - même peu élevé . Mais elle était trop faible . Et , du point de vue des exclus et du quart monde , il y avait une espèce d' indifférence globale de l' opinion et des pouvoirs publics . Un haut fonctionnaire vient d' être chargé de réfléchir à l' action à conduire pour éliminer les îlots de pauvreté qui subsistent , et d' examiner , en particulier , comment on peut adapter l' action verticale de nos services sociaux ( santé , famille , vieillesse , handicapés ) à un besoin horizontal , celui de la catégorie des exclus . Ces réformes doivent marquer à mes yeux une solidarité plus chaleureuse de la société française .

Il y a une autre ligne : la revalorisation de la condition des travailleurs manuels . Les rapports de la classe ouvrière en France avec le reste de la société étaient et , dans une certaine mesure , sont encore très différents de ce qu' ils sont dans d' autres pays comparables . Or , la classe ouvrière française est très nationale dans ses comportements . On l' a vu dans la Résistance , au moment de la guerre . Elle a des traditions du point de vue de son mode de vie , de l' éducation de ses enfants , qui sont très françaises . Donc , pourquoi cette coupure ? Je me suis dit : il faut que cela change , et je crois que c' est en train de changer . Beaucoup admettent que la condition matérielle des travailleurs manuels doit être revalorisée et qu' ils ont droit à la même considération dont bénéficient les autres groupes sociaux .

Je ne peux pas encore le dire . J' estime que nous n' avons pas pu aller assez loin , pour des raisons sans doute liées à la crise , et aussi à des luttes d' intérêt . Manifestement , on rencontre des résistances , une espèce de raideur psychologique négative .

J' ai dû faire aux alentours des trois quarts de ce que je souhaitais faire . Le propre des changements est qu' on s' y habitue , et donc qu' on ne peut pas , à courte distance , apprécier leur importance . Je citerai quelques exemples :

je crois avoir été celui qui a inséré la femme française dans la vie de notre société . C' est une réforme considérable . Il y a encore beaucoup à faire . Mais le tournant a été pris . C' est pour moi quelque chose de capital , bien que non mesurable .

Ensuite , je me souviens de ce que , quand je comparais le système social de la France à celui de la plupart des pays européens , et notamment à celui de l' Allemagne , je constatais , en France , une situation scandaleuse : c' était la situation des personnes âgées . Maintenant , justice leur est rendue , et , pour moi , c' est l' essentiel . Mais , comme c' est en cours , quoique pas complètement encore , c' est admis , et cela n' a plus le même relief .

Le Parti communiste est un cas à part . C' est un parti qui se veut révolutionnaire . Il établit donc avec les autres formations politiques et sociales des rapports qui découlent de sa doctrine . Pour ma part , j' ai toujours évité avec le Parti communiste la polémique ou le dénigrement systématique , car les communistes sont des Français , ce sont des électeurs français . Le président de la République les considère comme tels .

Quant aux autres partis qui animent un débat de type classique dans les démocraties occidentales , le débat a perdu une partie de sa virulence . Je n' en dis pas davantage . Je ne voudrais pas faire croire à mes interlocuteurs que je cherche à marquer des points personnels . Cela pourrait contrarier une évolution qui est en cours et dont il est nécessaire qu' elle se poursuive .

Il a néanmoins beaucoup changé . Je me souviens de sa première attitude face aux institutions de la cinquième République . C' était une attitude de rejet . A l' heure actuelle , les responsables socialistes aspirent à accéder au pouvoir selon les institutions normales de la cinquième République . Ils y feraient une politique différente , naturellement , mais en utilisant ces mêmes institutions . Regardez l' affaire du Conseil constitutionnel . C' est moi qui ai proposé que soixante parlementaires puissent saisir le Conseil constitutionnel et faire éventuellement annuler des lois pour cause de non constitutionnalité : ce qui s' est passé l' année dernière pour le budget et à l' initiative des députés de l' opposition . Le Conseil constitutionnel a tranché en leur faveur . Le budget a été annulé , il a fallu recommencer . C' était bien une procédure animée par l' opposition , qui se déroulait dans le cadre des institutions de la cinquième République , une procédure à l' origine de laquelle je me trouvais .

Je ne l' ai pas obtenue autant que je le souhaitais . Il y a eu des progrès , mais évidemment insuffisants . Pourquoi ? Parce qu' il y a eu , pendant cette période , deux échéances de lutte pour le pouvoir . La première , celle des élections de 1978 , était dramatique . Et lorsqu' on voit ce que sont les relations à l' heure actuelle entre les deux partis de l' opposition , on doit savoir gré au bon sens français d' avoir évité une telle expérience au pouvoir . Imaginez ce que cela serait à l' heure actuelle . Une deuxième lutte a déjà commencé , la lutte pour la fonction présidentielle .

Cette lutte entraîne un durcissement de la vie politique que j' estime à la fois prématuré et excessif .

Bien entendu , on ne doit exclure ni le débat idéologique , qui peut prendre , d'ailleurs , à certains moments un ton passionné , ni la lutte pour le pouvoir , qui fait partie de la vie démocratique . Mais cette lutte doit pouvoir se dérouler d' une manière qui ne déchire pas le tissu social . J' ai été frappé , depuis quinze ans , par l' impossibilité qu' il y avait à organiser la rencontre des principaux dirigeants politiques , d' établir avec eux ou entre eux des discussions comme les universitaires en ont , comme les syndicalistes en ont , comme vous - mêmes , journalistes , en avez . Il y avait refus systématique de considérer le droit de l' autre à avoir un point de vue différent du sien .

Nous avons progressé . Je vois beaucoup plus de monde , j' ai des discussions plus ouvertes et plus variées que n' en avaient mes prédécesseurs .

Dans ma fonction , la déception n' existe pas . C' est une émotion personnelle que je n' ai pas à prendre en considération . Pourquoi ai je cherché la décrispation ? Pour des raisons historiques et non par préférence personnelle . J' ai lu quelque part que je préférais une atmosphère paisible à la dramatisation des problèmes . Ce n' est pas exact : cela dépend des circonstances . Dans une période où il y aurait un grand péril national , je ferais appel à la dramatisation . Dans une période où il s' agit d' améliorer en profondeur le fonctionnement de la société française aux points de vue politique , économique et social , la décrispation est une des manières d' y contribuer .

Dans notre très longue Histoire , rares ont été les périodes dans lesquelles on ait observé un fonctionnement harmonieux de la société politique française . Vous citiez le cas du général de GAULLE . Il est frappant de penser qu' un homme d' Etat de cette qualité , de cette dimension , ait vu s' interrompre son premier mandat issu du suffrage universel direct . Cela montre qu' il y a dans la société française des tensions qui contredisent un fonctionnement harmonieux de notre société

Mon objectif n' est donc pas de rendre ma propre action plus confortable . Il est d' essayer d' éviter les tensions pour que le développement soit plus harmonieux .

Il est vrai qu' il n' y en a jamais eu beaucoup qui aient été élus démocratiquement . Le premier élu du suffrage universel , c' est le général de GAULLE .

Le sexennat n' existe pas du point de vue de nos institutions . Je suis donc à un moment où je n' ai aucune raison de faire un bilan , sauf que , dans la vie , on analyse toujours ce qu' on fait et ce qui vous reste à faire

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