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Le courage collectif exige le sentiment du coude à coude . Les grands actes de courage , les grands assauts ont été conduits par des hommes qui se sentaient profondément unis .

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V. Giscard d'Estaing - 7 février 1981

Une chose est mauvaise dans notre âme nationale , c' est le doute , une sorte d' esprit dépressif qui revient de temps en temps . Nous sommes pris d' une espèce d' inquiétude fondamentale sur notre capacité , sur notre rôle , sur notre action . Pourtant il n' y a pas un dirigeant du monde qui ne se préoccupe pas de savoir ce que notre pays va faire . La France fait face aux situations difficiles avec une grande capacité ; elle joue un rôle considérable dans le monde . Il n' y a pas lieu de se demander si l' on doit être fier de la France . Il faut être fier de la France .

On ne peut pas . Nous sommes allés aux Antilles pour Noël parce que c' étaient des départements inquiets et que je voulais rassurer , en montrant que mon voyage était une chose naturelle . J' ai fait dire aux rédactions des journaux et de la télévision : Je souhaite que ce soit le plus simple possible . Il est arrivé quarante journalistes . Je ne leur en fais pas le reproche car c' est la vie moderne . Cela prouve qu' on ne peut être chef d' Etat , et mener la vie des autres hommes . Il faut montrer sa considération pour les hommes par d' autres signes , qui sont la manière dont on traite tel ou tel sujet , ou de se préoccuper des problèmes de telles personnes en difficulté .

: C' est normal . La discipline est , à cet égard , oppressante . Revenons au général de Gaulle . Il n' a jamais rien dit sur lui - même . Dans cette fonction , on ne peut pas faire l' autopsie de ses sentiments .

Je suis chef d' Etat et je représente la France . Il se trouve que dans la tradition française , le pape est un personnage considérable . Il n' est pas l' un des plus puissants du monde mais il est , en tant que chef religieux , au-dessus de toutes les responsabilités .

Non , je ne l' oublie jamais . Il y a des sujets difficiles où de devoir d' Etat , où la loi civile , peuvent être distincts de la conviction intime . Ce fut le cas de l' IVG .

Oui . C' est un mot affreux .

Auschwitz , ce n' est pas une image frappante par le décor , mais pour l' air qu' on y respire . Là , j' ai eu le sentiment très précis que des centaines de milliers , des millions d' êtres humains dégageaient une présence biologique perceptible . On ressent les ondes de la présence . Il y a une sorte de densité qui n' est pas seulement l' angoisse que l' on apporté en soi , mais la densité de toutes ces cendres et de toutes ces âmes enfouies .

La photo sur laquelle j' accueille le Pape à sa descente d' hélicoptère sur les Champs-Élysées est également une magnifique photo .

Je suis allé à Thessalonique avec monsieur Caramanlis . Lui - même , qui est un homme réservé , avait prévu que nous traverserions la ville dans une voiture fermée pour aller au cimetière français qui est de l' autre côté . Il ne s' était pas du tout attendu à un accueil populaire . J' ai souhaité une voiture découverte . Les gens , qui n' étaient pas prévenus , se sont rassemblés . C' est une ville dont les maisons sont très en hauteur . Tous les balcons étaient noirs de monde . Toute la ville était là pour témoigner sa sympathie . C' était l' acclamation spontanée et enthousiaste d' une ville . Il y aurait une autre très belle photo et là , je dirai que c' est la photo qui est belle . Celle du 11 novembre dernier à l' Arc de triomphe avec tous les drapeaux qui faisaient un grand effet d' étoffes tricolores claquant dans le vent .

Depuis mes débuts dans la vie politique , j' ai toujours considéré que la télévision était un retour à la normale . Parce que je suis de culture française et méditerranéenne et j' ai toujours pensé que la bonne façon de communiquer avec autrui , c' était l' agora . On arrivait sur la place publique . Il y avait foule . On discutait de la question de savoir s' il fallait faire la guerre à la Macédoine . On sentait la foule s' agiter ou s' émouvoir . La discussion était publique . Pour moi , la télévision c' est cela . Pour beaucoup d' autres , la télévision c' est du cinéma ou du théâtre . Ils s' imaginent que l' on va jouer un rôle à la télévision , que l' on va lire un texte . Ce n' est pas du tout cela . C' est le retour au contact direct qui a été toujours pour moi la base de la démocratie . Plus on reste soi - même , plus on a de chances d' établir le contact .

En effet , il n' y a pas le même mouvement collectif , et il n' y a pas de réponse . Mais on connaît cette réponse indirectement avec une assez grande approximation . Je pense comme TEILHARD DE CHARDIN que l' acte le plus important de la vie et de l' esprit , c' est la manière dont on dispose son esprit . Ce n' est pas la manière dont l' esprit conclut . TEILHARD DE CHARDIN dit : c' est la manière dont l' esprit regarde . Si je regarde la caméra comme si mes compatriotes étaient dans la salle , il me semble que j' établis un contact direct . Et à ce moment - là eux aussi vous regardent , à leur tour , tel que vous êtes . Est - ce que je me trompe ? Dans tout être humain , il y a toujours des contradictions . D'ailleurs , la psychologie du roman c' est l' analyse des contradictions . A la fois vivre une vie tranquille et vivre une grande passion . Voilà l' une de ces contradictions . Les contradictions ne sont pas faciles à surmonter . Je prends un cas très simple et que je connais bien : la contradiction vis-à-vis de la fonction présidentielle entre le désir de simplicité et le désir de solennité .

Ceux qui me connaissent bien savent que j' aime la simplicité . Ma vie personnelle n' a pas été modifiée par la fonction présidentielle . Faut - il pour autant renoncer à la solennité de la fonction ? Les uns disent oui , les autres disent non . Les Français souhaitent la simplicité , mais comprennent la valeur des solennités comme la messe à Notre-dame pour les obsèques du général de Gaulle , ou les manifestations militaires que j' ai voulues exemplaires . Les Français en sont fiers . Il y a contradiction entre simplicité et solennité . De même les Français ont le désir d' une vie paisible , mais en même temps , ils sont fiers de leur pays et ils souffrent même s' ils en plaisantent de tout ce qui peut l' abaisser .

Les hommes ont diverses formations . Le général de Gaulle avait une formation militaire et historique , puis il a conduit son action pendant un conflit mondial . Il était naturel que sa première préoccupation soit la sécurité de la nation et la place de la France dans les grands débats internationaux . J' ai une formation économique . J' ai été ministre des Finances . J' attache la plus grande importance à la solidité de l' économie française . Nous traversons depuis plusieurs années une grande crise mondiale qui affecte tous les pays , industrialisés ou non . L' économie française résiste mieux que la plupart d' entre eux . Les Français connaissent des préoccupations qu' il faut bien entendu , comprendre et partager . J' espère qu' ils notent aussi qu' à l' heure actuelle la France poursuit ses progrès , développe ses exportations , modernise son industrie et son agriculture , se place dans presque tous les secteurs de pointe , que sa législation sociale a progressé et est aujourd'hui l' une des plus avancées du monde , que le franc est une monnaie solide . La monnaie reflète l' appréciation internationale sur les solidités d' un pays . Si le franc est plus solide que le mark , c' est la preuve que nous reconstituons , malgré les difficultés , la vigueur économique de la France .

Pour plusieurs raisons . D'abord c' est auprès de lui , et j' en ai toujours été conscient , que j' ai appris le métier d' homme d' Etat . C' est un métier qui s' apprend concrètement . C' est autre chose que de réfléchir abstraitement . J' ai observé comment il faisait . Ensuite , il y a la fonction . Les dirigeants politiques croient que l' appartenance la plus forte est celle des partis ou des groupes . Non . La fonction est plus forte que l' appartenance . Enfin , les choix fondamentaux qui ont été les siens m' apparaissent comme des choix justes .

Au contraire . J' ai dit que je laisserai scrupuleusement les institutions de la cinquième République dans l' état où je les ai trouvées .

: Je me demande souvent non pas qu' aurait fait de Gaulle , mais comment le général de Gaulle aurait abordé tel ou tel problème . Ce n' est pas la même chose . On ne peut pas dire ce qu' aurait fait quelqu'un . Mais est - ce qu' il aurait attendu , est - ce qu' il aurait pris une décision rapide ? Comment aurait - il abordé le problème ? Elle m' a sûrement touché . Cela n' était en rien une incompréhension populaire . La force de notre peuple , c' est qu' il juge les faits et les événements d' une manière différente de ceux qui croient s' exprimer en son nom .

Rappelez - vous en 1962 le cartel contre de Gaulle sur le principe de l' élection présidentielle . Tous étaient contre sauf le peuple français . A l' heure actuelle , les dirigeants donnent raison , si je puis dire , à titre posthume , au peuple français puisqu'en 1962 il a décidé tout seul de l' élection du Président de la République au suffrage universel , et qu' aujourd'hui ils sont même candidats , parmi tous ceux qui ont été contre , personne aujourd'hui n' ose remettre en question la décision . Le peuple avait raison .

Pour la rencontre de Varsovie , les sondages ont démontré que l' opinion française l' approuvait . Elle comprenait qu' il s' agissait à la fois du rôle de la France dans les relations internationales , et d' un effort pour la paix .

Le cas de la France est spécial . Quand vous êtes à l' étranger , vous rencontrez des Français . Leur identité française passe avant toute chose . Je me souviens d' avoir rencontré un jour en Roumanie , dans une petite ville de sports d' hiver où j' allais comme ministre avec une délégation roumaine à l' occasion d' une rencontre officielle , un groupe de travailleurs français qui étaient venus passer des vacances . Ils m' ont reconnu et ils m' ont accueilli avec beaucoup de chaleur , de sympathie . Les Roumains qui étaient avec moi étaient stupéfaits : Mais comment ce sont des communistes et ils vous accueillent avec enthousiasme . C' étaient des Français , ils reconnaissaient l' un des leurs . A l' étranger , nous avons un très fort sentiment national . Nous sommes convaincus au fond de nous - mêmes de la supériorité de la France dans beaucoup de domaines , et d'ailleurs on nous le reproche à l' extérieur . En revanche , ce qui est très malheureux , c' est l' habitude de donner tort à la France . Regardez les commentaires sur une rencontre internationale . On s' étonne toujours de la position de la France , pour la critiquer , jamais de la position des autres . La France est , d' instinct , accusée . C' est une vieille tradition qu' il faudrait essayer de modifier .

Je ne sais pas s' il y a beaucoup de Français qui accepteraient des modèles étrangers . Il y a une réussite japonaise . Nous pouvons en tirer des enseignements . Je ne crois pas que nous puissions copier le modèle . Parmi les pays du monde , la France est un de ceux qui est considéré comme ayant une vie exemplaire . C' est vrai , par exemple , du fonctionnement de notre démocratie , avec les institutions de la cinquième République . Il y a beaucoup d' autres domaines dans lesquels nous pourrions être exemplaires : la qualité de la créativité , le niveau de notre culture , scientifique et artistique , l' homogénéité de la société française . Mais nous n' avons pas l' idée de fabriquer un modèle , encore moins de l' imposer . Un exemple , mais pas un modèle .

Pour l' instant ce problème ne se pose pas . Il est vrai qu' il pourrait se poser . Néanmoins les situations ne sont pas comparables . L' Allemagne , jusqu' à présent , est une puissance économique supérieure à la nôtre , même si , contrairement à ce que l' on croit , l' écart diminue régulièrement . Nous avons , en revanche un champ d' action politique plus large que celui de l' Allemagne fédérale .

D'abord , nous ne sommes pas un pays coupé en deux . Nous n' avons pas de problème de Berlin , même si celui - ci nous concerne . Nous avons une tradition de relations mondiales : l' Afrique , l' Asie du Sud-Est . Tout cela fait qu' il n' y a pas compétition sur le même terrain mais au contraire possibilité d' ajustement .

Pas nécessairement . Je crois que dans la phase actuelle , il faut avoir très fortement dans l' esprit le concept confédéral . L' Europe c' est une réunion d' efforts .

Cela m' amène à dire un mot de l' importance de la culture de l' Europe . Finalement , je pense que la construction européenne a été abordée par un mauvais angle , je veux dire par des concepts purement politiques ; comment faire fonctionner un conseil des ministres , une commission , une assemblée ? On ne voit pas très bien pourquoi , au fond , cela répondrait à un appel de l' opinion publique européenne . Regardons au contraire comment font les musulmans . Les musulmans se battent souvent entre eux . C' est le cas en ce moment de l' Iran et de l' Irak . Mais leur foi est suffisante pour qu' ils aient malgré tout le sentiment d' une communauté réelle , et qu' ils le manifestent , comme ils viennent de le faire .

Prenez les Chinois . Ils continuent à perfectionner leur langue , leur écriture , de telle sorte qu' elle constitue une espèce de ciment entre leur milliard d' habitants .

Or en Europe , nous avons la même culture au sens complet du terme . C'est-à-dire le même mode de vie , le foyer , la famille , les vacances , la manière dont on aborde l' éducation des enfants , ce que nous lisons , tout cela c' est la même chose . Il y a là une source très forte d' identité européenne dont il faudrait tirer les conséquences . On ne l' a pas bien fait jusqu' ici .

Oui .

D'abord je suis dans la tradition de ceux qui pensent que les guerres en Europe ont été des guerres fratricides . Je suis né en Allemagne en 1926 où mon père était en occupation . Il avait fait la guerre de 1914 . J' ai participé à la dernière partie de la guerre de 1939 1945 . C' étaient des guerres fratricides . Nous nous jetions les uns contre les autres avec une énergie et un courage incroyables . Il y a eu des millions de morts . Nos deux peuples sont différents , naturellement , mais extrêmement voisins . Quand je suis allé en Allemagne l' année dernière , je suis allé en Franconie . C' est le pays des Francs . La ville de Francfort , la plus importante d' Allemagne , cela veut dire la ville des Francs , de nos Francs .

L' idée qu' il existait une espèce d' antagonisme irréductible était une anomalie de l' Histoire . A partir du moment où il y a possibilité de conciliation , il faut que cette conciliation soit complète et définitive . Elle a été amorcée par le général de Gaulle et Adenauer . Je peux dire sans forcer les choses que l' étroite amitié que j' ai nouée avec Helmut SCHMIDT aura , dans une période qui reste encore difficile , consolidé , et j' espère pour toujours , cette entente . A-partir du moment où deux grands pays voisins et de traditions historiques voisines , même s' il existe des différences de tempérament , mettent en commun le maximum de leurs moyens , ils peuvent imprimer une autre direction à l' histoire de l' Europe .

La citation n' est pas exacte au mot près , mais l' idée est tout à fait juste . On revient à ce que disait le général de Gaulle sur la politique ou sur le rôle du Président de la République . Vous observez que les Etats , quelle que soit leur importance , ont une influence qui à un moment ou à un autre dépend de l' action de ceux qui les dirigent . Nehru avait donné un grand éclat à la politique indienne . Le maréchal Tito avait donné un grand éclat à son pays , bien que la Yougoslavie ait des moyens limités . Il est important de maintenir , par la présence , par l' action spécifique , par des prises de positions , la France au-niveau des grandes affaires du monde .

Une des critiques que je considère comme la plus fondamentalement inexacte parmi celles qui m' ont été adressées est le reproche d' être allé à Varsovie parler à MONSIEUR BREJNEV . Je comprends très bien que l' on aurait pu me reprocher d' avoir donné mon accord à MONSIEUR BREJNEV sur telle ou telle décision qui eût été mauvaise pour la France . Le reproche eût été justifié . Mais que le chef de l' Etat français soit un des interlocuteurs en cas de tension dans le monde , qu' il dise des choses qui se sont révélées , à mon avis , par la suite , utiles , c' est précisément maintenir la France dans l' Histoire . Ceux qui m' ont reproché d' aller à Varsovie pensent au fond d' eux - mêmes que la France n' a plus la capacité de débattre directement avec les grands responsables , et qu' elle doit laisser le soin à d' autres qui ne s' en priveront pas .

Au nom de la France .

Non . C' est tout à fait différent . Je considère comme normal que la France ait un dialogue avec les grands responsables du monde . Le risque , je le répète , serait dans la décision erronée ; c'est-à-dire par exemple dans l' accord qui n' aurait pas dû être donné , ou dans un jugement inexact .

Il y faudrait un long développement . D'abord , j' ai constaté en 1974 que nous n' étions pas capables d' entreprendre des opérations de ce type , que nous n' en avions pas les moyens . Ma première préoccupation a été de les rétablir . A-partir du moment où nous avons des engagements de sécurité avec un certain nombre d' Etats et des compatriotes présents en grand nombre dans telle ou telle région du monde , il faut en avoir les moyens . Dans l' appréciation des événements de Kolwezi , il y avait à la fois la déstabilisation du Zaïre , Etat dont l' avenir était déterminant pour toute l' Afrique centrale , et aussi une situation humanitaire , c'est-à-dire des massacres de population , de femmes et d' enfants . L' intervention était demandée par le gouvernement zaïrois . Toutes les conditions étaient réunies . Je vous demande de mesurer en un instant la responsabilité et le risque . La responsabilité consistant à lancer dans les airs 700 jeunes militaires qui seraient lâchés d' avion sur un territoire ou ils n' étaient jamais allés , où aucune de nos forces n' était jamais allée , où on ne pourrait aller les rechercher , car les avions ne pouvaient pas s' y poser . Le risque était considérable . C' est là naturellement que l' on voit la solitude du pouvoir . Je vous renvoie aux déclarations qui ont été faites les jours suivants . Aucune approbation . Au contraire , pourquoi l' avoir fait ? Pourquoi ne pas avoir consulté ? Il fallait , paraît - il , organiser ( bonne manière de prévenir et de faire attendre nos parachutistes à leur arrivée au sol ) un débat public . Imaginez un débat retransmis par la radio et disant : On discute sur la question de savoir si les parachutistes français vont sauter demain ou après-demain . C' était une folie irresponsable . Après coup , l' opération ayant réussi , personne ne nous a critiqués , mais l' approbation a été bien discrète .

- C' est vrai aussi . Cela rejoint ce que je disais tout à l' heure . Il faut savoir pourtant qu' elle est une grande puissance militaire , due d'ailleurs largement à des décisions prises du temps du général de GAULLE et auxquelles j' ai attaché A l' heure actuelle , nous avons globalement les moyens militaires de la troisième puissance du monde . Cette force est appelée à se développer sensiblement dans les prochaines années par suite de l' apparition dans nos forces stratégiques des fusées à têtes multiples qui vont entrer en service progressivement dans 4 ans . Nous avons non seulement de quoi nous faire respecter mais de quoi peser sur les décisions internationales essentielles .

Il n' y a rien de nouveau à en dire . J' ai indiqué dans une conférence de presse que nous voulions avoir les moyens de produire la bombe à neutrons , si nous estimions un jour qu' elle est nécessaire à nos moyens de défense . Nous avons poursuivi nos recherches , qui nous permettent de maîtriser le sujet .

Non . La France est une puissance pacifique . C' est un grand changement dans notre Histoire puisque la France a été longtemps une puissance agressive . Elle a été une puissance guerrière . A l' heure actuelle , la France est une puissance pacifique . C'est-à-dire qu' elle ne menace personne , qu' elle n' a aucune revendication territoriale et qu' elle est donc uniquement concernée par les problèmes de sa sécurité et l' équilibre des forces dans le monde .

Cette formule contient deux évidences . La première , c' est que parmi les trois éléments de la grande puissance qui sont la population , l' étendue du territoire , l' importance des ressources naturelles , la France ne dispose d' aucune de ces trois données . Mais on oublie une autre dimension qui est la tradition historique et le niveau culturel et technique . La tradition historique et le niveau culturel et technique de la France en font une grande puissance . C' est une grande puissance qui ne dispose pas de grandes ressources naturelles , mais qui peut y suppléer .

Je ne sais pas si ce mot est exact , comme beaucoup d' autres . Je suis frappé que dans le monde moderne par exemple le monde musulman la foi religieuse représente un très grand ciment , plus fort sans doute que la force militaire . Il y a des composantes de la vie politique internationale qui ne sont pas purement matérielles . La France , à mon avis , a pour elle un atout considérable : elle est le pays qui a inventé la liberté politique et dont l' image dans le monde est associée à l' idée de liberté politique . Or , c' est un des grands thèmes du monde moderne . L' aspiration à la liberté politique est partout présente en Asie , en Europe de l' Est , en Amérique latine . La France est porteuse d' une des idées essentielles de l' époque .

Cela a été un de mes grands efforts d' essayer de faire apercevoir aux Françaises et aux Français que beaucoup des problèmes qui déterminent notre vie nationale , et même notre vie quotidienne sont des problèmes mondiaux . Cela n' était pas dans notre tradition pour deux raisons : la première est une constatation : nous avons été longtemps une puissance dominante en Europe , et dans le monde , et nous avons longtemps considéré l' extérieur plutôt comme dépendant de nous que le contraire . La deuxième raison est que nous nous sommes par la suite repliés sur nous mêmes évolution historique grave de conséquences entre la guerre de 1870 et l' après-guerre de 1945 . La France s' est retirée de la compétition internationale dans beaucoup de domaines . Elle a oublié le monde ou bien elle a considéré le monde comme étant simplement une menace ou une cause de complications . A l' heure actuelle , la France fait partie du monde . Elle y joue son rôle qui est important , en même temps elle subit les contrecoups des événements mondiaux . Pierre SUDREAU dans un livre qui vient de paraître , a écrit une phrase qui me semble très juste : La responsabilité des hommes d' Etat ne s' arrête plus à leurs frontières nationales . Je crois que c' est en effet une des réalités du moment .

Oui . Mais il est naturel que l' on fasse porter la responsabilité des situations à quelqu'un . Cela n' est pas nécessairement juste , mais c' est la conséquence de la fonction . L' exercice du pouvoir entraîne que l' on soit tenu pour responsable de ce qui arrive y compris des cataclysmes naturels , des mauvaises récoltes et de la hausse du prix du pétrole .

Bien sûr . Mais en même temps il est indispensable de commencer immédiatement .

On dit toujours qu' il faut expliquer davantage . C' est ce que je m' efforce de faire . On me le reproche parfois . Mais je suis en même temps respectueux de ce que j' appellerai le droit à la tranquillité des esprits . Les êtres humains ont droit à la tranquillité , au fait que l' on ne peut pas à tout instant les instruire de ce qui se passe , ou les persuader de ce qui se passe , ou les persuader de ce qu' ils doivent faire .

Une des tentations du monde moderne , c' est d' écraser l' individu sous l' accumulation de toutes les préoccupations et de tous les problèmes dans le monde . Ce n' est pas possible . Il faut donner des explications quand elles sont nécessaires . Il ne faut pas obséder l' opinion publique par la répétition des explications . Les échéances électorales sont les occasions privilégiées données aux démocraties pour expliquer , pour débattre , et pour convaincre .

La vue de l' avenir est directement liée à la fonction . L' expérience m' a appris que l' on ne connaît une situation , quelle qu' elle soit que par l' expérience directe qui vous la fait vivre . Je me souviens par exemple de la naissance du premier enfant et des sentiments de bonheur qu' elle procure . Mais , il faut plusieurs mois pour que l' on découvre toutes les conséquences et toutes les responsabilités . La fonction présidentielle est différente de ce que tous ceux qui ne l' ont pas exercée s' imaginent ou ce que j' avais moi - même imaginé . Et l' une de ses caractéristiques c' est que par la nécessité des choses l' esprit ne raisonne pas dans la même durée .

Je comprends tout à fait que les Français soient très préoccupés de leur vie quotidienne . Ils se préoccupent de leur métier , de l' examen de leurs enfants , de leurs prochaines vacances de l' été 1981 . Ce qui viendra dans deux ans , dans 5 ans leur apparaît incertain , éloigné et ils pensent qu' ils ont peu de prise sur cet avenir . Mais dans la fonction que j' exerce la plupart des décisions portent sur des échéances lointaines .

Un exemple simple : le calendrier de travail est préparé plus d' un an à l' avance parce que les rencontres internationales , les grandes visites de chefs d' Etat sont programmées plus d' un an à l' avance . Les décisions les plus difficiles à prendre , les décisions de développement de nos moyens de défense sont à échéance de 10 ou quinze ans . Mon travail m' entraîne à une réflexion qui se situe dans un autre délai que la réflexion des autres .

Oui , j' ai vu cela . Je ne peux pas savoir la valeur que l' on peut y accorder . Nous avons envoyé des jeunes Français en Afrique , au Liban et le problème , c' est que nous avons eu trop de volontaires . La difficulté , c' est que nous avons des unités qui se plaignent de ne pas être en opérations et qui disent : Pourquoi pas nous ? . Or , ce sont des Français absolument comme les autres . Je suis convaincu que la France ferait face à toute situation réelle de crise .

Je ne le pense pas . Ma préoccupation actuelle n' est pas du tout celle- là . Elle est au contraire de veiller à ce que tout ce qui est en-cours soit achevé . Je trouve que l' on doit toujours faire en sorte à la fin d' une période , quelle qu' elle soit que la maison soit en ordre . Ma préoccupation , c' est que tout ce qui a été entrepris soit effectivement réalisé .

Je crois qu' il faut dans cette fonction comme dans toutes les autres une certaine humilité : il faut accepter la règle de la fonction . Nous sommes en démocratie . Un régime démocratique comporte des échéances régulières . On peut en effet observer une contradiction entre la venue de ces échéances et le fait que beaucoup des actions à conduire dans le monde moderne sont des actions à long terme . Mais c' est une contradiction objective qu' il n' appartient à personne de modifier .

Je n' en sais rien . Les candidats se comportent en candidats . Ce qui est vrai , c' est que , dans la fonction de Président de la République française , les préoccupations extérieures représentent en cette période troublée certainement la moitié des p D'abord , je dois rendre un témoignage , puisque l' on critique beaucoup les Français . Ce sont des gens courageux . Ils l' ont montré chaque fois qu' il l' a fallu . J' ai eu personnellement l' occasion de tester nos jeunes soldats . Je leur ai demandé des interventions : Kolwezi , la Mauritanie , le Liban , le Centrafrique . Il n' y a jamais eu une seule défaillance . Le courage collectif exige le sentiment du coude à coude . Les grands actes de courage , les grands assauts ont été conduits par des hommes qui se sentaient profondément unis . Dans la vie courante , les Français restent divisés , bien que j' espère qu' ils le soient un peu moins .

Il y a beaucoup de types de courage . Il y a des courages résignés , il y a des courages fanfarons . Le courage français , ce n' est pas cela . C' est un peuple raisonnable . Or , souvent les peuples raisonnables sont des peuples craintifs , parce que la raison vous fait voir toutes les difficultés des choses . Ce qui est remarquable chez les Français , c' est qu' ils sont à la fois raisonnables et courageux . Ils analysent les situations , ils voient ce qu' il faut faire , et ils le font .

Il faut aussi distinguer les situations d' affolement des situations de vrai courage . J' ai vécu sous l' Occupation comme enfant et comme adolescent . Il y avait des pénuries très grandes , des régions comme le Midi qui étaient à la limite de la famine . La population faisait preuve d' un vrai courage . Les périodes de grande abondance et de grandes facilités ne sont pas les meilleures pour le caractère français . La société de consommation n' était pas bonne pour le caractère français . Je suis persuadé que dans les vraies pénuries , dont nous sommes très loin , nous retrouverions le vrai courage . Prenez l' exemple du programme nucléaire , c' est un programme qui étonne le monde entier . Vous devriez interroger les chefs d' Etat étrangers . Vous seriez stupéfaits . Ils vous disent : C' est admirable . Voilà du courage raisonnable . Ce n' est pas qu' il y ait un v

Naturellement . On obtient de tels sursauts dans les crises , dans les guerres , au lendemain d' une victoire ou d' une défaite et l' affaire des otages a été ressentie aux USA comme une défaite . Dans la vie courante et quotidienne , c' est plus difficile .

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