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E. Macron - 2 juillet 2020

Interview dans la presse régionale


Nous ne sommes pas sortis de la crise sanitaire , mais de sa phase la plus aigüe . Nous entrons désormais dans une phase de surveillance et de grande vigilance . J' ai demandé au gouvernement de préparer une campagne de prévention durant l' été . Dans certains territoires comme Mayotte ou la Guyane , le virus circule encore activement . Nous devons donc rester mobilisés et solidaires avec nos territoires ultramarins .

Il ne faut rien exclure . L' objectif est de tout faire pour l' éviter . Quant à savoir s' il faut s' attendre à une ré-accélération de la circulation du virus , je ne sais pas . Nous ne savons pas tout , mais nous nous préparons à tout .

Notre système de santé est un bien commun que nous devons préserver . J' ai acquis la conviction que l' hôpital avait été fragilisé par des années de gestion budgétaire trop court-termiste . La réponse , par le dialogue du « Ségur » , c' est un investissement massif et durable de la Nation dans notre système de santé , un meilleur accès aux soins pour tous , une simplification du fonctionnement de l' hôpital pour les personnels comme pour les usagers .

Nous allons très fortement revaloriser les situations des personnels médicaux et non médicaux . Le gouvernement a mis plusieurs milliards sur la table et la négociation est en cours . Nous augmenterons de plusieurs centaines d' euros les rémunérations à coup sûr ; une partie doit être liée à une forme de contractualisation au sein de chaque hôpital pour en améliorer la qualité des soins et de l' organisation . Le Ségur de la Santé doit aussi permettre un décloisonnement , une simplification , plus de liberté sur le terrain , moins de bureaucratie , et au bout du compte un système plus efficace .

L' investissement dans les bâtiments , les équipements et le numérique sera également massif : nous dégagerons au total entre 15 et 20 milliards d' euros .

Je crois que le cap sur lequel je me suis engagé en 2017 reste vrai . Mais ce cap que j' ai fixé ne peut pas non plus faire fi des bouleversements internationaux et de la crise économique dans laquelle nous sommes en train d' entrer . J' ai consulté largement , depuis plusieurs semaines , afin de rassembler toutes les forces vives du pays pour affronter les prochaines étapes de la crise . La rentrée sera difficile et il faut nous y préparer . Il nous faut donc dessiner un nouveau chemin . Je le vois autour de la reconstruction économique , sociale , environnementale et culturelle du pays . Cette reconstruction commence par le Ségur de la santé . Elle va se poursuivre par un chantier sur le grand âge , puis sur l' accompagnement de notre Jeunesse , car il ne saurait y avoir de génération sacrifiée . Un autre chantier essentiel est celui de l' égalité des chances , sur lequel nous n' avons pas été assez loin .

On le voit quand une partie de notre jeunesse nous dit « quand on a telle couleur de peau ou tel prénom , on n' a pas la même place dans la République » . Ils seront les premières victimes de la crise . C' est à la jeunesse que nous avons demandé le plus de sacrifice . Ne pas sortir , interrompre les études . C' est 700 000 ou 900 000 jeunes qui entreront sur le marché du travail à la rentrée , ce sont ceux qui verront des guichets fermés . Nous ne pouvons pas les laisser seuls face à cette situation .

Nous irons en effet beaucoup plus loin dans les prochaines semaines . Il y aura des incitations financières à l' embauche et un ensemble de mesures pour ne laisser aucune jeune sans solution .

Nous devons collectivement rompre avec ce qui est la maladie française : la préférence pour le chômage . Le modèle français classique , c' est d' accepter des plans sociaux massifs , ensuite d' avoir un système très généreux qui les indemnise . Au fond , un modèle qui fait que nous n' avons jamais réglé le problème du chômage de masse . On doit , par le dialogue social et la mobilisation de tous , réussir à éviter , partout où on le peut , les plans sociaux ou les limiter quand ils sont là . C' est une nouvelle donne sociale pour sauver l' emploi , ensemble , que j' ai souhaité lancer avec les partenaires sociaux . Et cela s' est traduit par une vision , je crois , partagée . Et on a commencé à agir . On le voit avec le plan aéronautique , qui a réduit le plan social qu' il y a chez Airbus aujourd'hui .

Mais je vais être très clair avec vous : il y a des plans sociaux , et il y en aura . La crise sanitaire a détruit 5 points de richesse nationale et mis des secteurs entiers à l' arrêt . Cela a forcément des conséquences sur les entreprises .

Jamais je ne supprimerai du nucléaire pour remettre de l' énergie fossile car ce serait accepter plus d' émissions de CO2 . Supprimer du nucléaire a du sens quand on peut le substituer par du renouvelable non intermittent . Aujourd'hui , nous ne savons pas encore le faire complètement . Il faut avoir réussi la capacité de stockage du renouvelable ou par de la baisse de consommation c'est-à-dire rénovation thermique des bâtiments , baisse de consommation des déplacements . Un modèle qui consomme moins , c' est ça qui est pertinent en termes de souveraineté économique et en termes d' émissions de CO2 . Le plan de relance aura ça au cœur .

Il faut faire de cette crise une opportunité en nous aidant à aller plus loin , plus vite et plus fort sur la construction d' un modèle social plus intelligent pour nos jeunes , plus environnemental et à ré-industrialiser plus vite le pays . Ce sur quoi j' ai beaucoup travaillé et qui ne'est pas beaucoup vu par nos compatriotes , c' est sans doute le changement de paradigme le plus important en Europe de ces dernières années , c' est l' accord franco-allemand que nous avons conclu avec la Chancelière . Après deux Conseils de crise qui étaient des échecs , des moments de très grandes tensions entre l' Europe du nord et certains pays du sud , nous avons travaillé d' arrache-pied pendant plusieurs semaines avec Angela Merkel de manière confidentielle pour bâtir un accord franco-allemand qui reconnaît que la zone Euro et le marché européen peuvent s' effondrer avec cette crise . On accepte ensemble d' émettre de la dette . Ce qui ne serait pas juste , ce serait de financer les dépenses nouvelles pour le modèle social et les augmentations de salaires sur de la dette . Là-dessus , j' ai été très clair . Le nouveau chemin , ce n' est pas le tête-à-queue .

Non . Ce serait une erreur profonde parce que nous sommes un des pays les plus fiscalisés du monde .

Je pense que sur les deux ans qui viennent , nous n' arriverons pas à remettre une taxe carbone . Cela doit être un débat de la prochaine élection présidentielle . Si une taxe carbone qui est pertinente d' un point de vue économique peut exister ; elle doit exister d'abord au niveau européen . Je vais me battre pour cela avec une taxe aux frontières de l' Europe , comme l' a proposé la convention citoyenne . Ensuite , elle ne peut exister en France que dans le cadre d' une réforme fiscale en profondeur qui soit environnementale et juste . Donc elle passe par la réforme d' autres impôts mais ce n' est pas la priorité du moment .

La priorité à court terme , c' est de sauver les emplois , à commencer par l' activité partielle de longue durée . Mais le débat que nous avions connu avant cette crise autour de la durée du nombre d' années de cotisation dans la vie continue à se poser . Nous ne pouvons pas être un pays qui veut son indépendance , la reconquête sociale , économique et environnementale et être un des pays où on travaille le moins tout au long de la vie en Europe . Nous devons être honnêtes avec nous-mêmes .

Est -ce que la réforme des retraites est à jeter ? Non . Ce serait une erreur pour deux raisons . La première , c' est ce qu' est le système universel de retraite est juste . Nous avons tous vu durant cette crise ce qu' on appelle la deuxième ligne , les livreurs , les caissières … Toute cette France -là est la France perdante du système de retraite actuel . C' est celle qui gagne dans le système de retraite universelle par points , celle des petites carrières et des carrières fracturées . Le deuxième sujet , c' est celui des équilibres financiers . Je demanderai au gouvernement de réengager rapidement une concertation en profondeur , dans un dialogue de responsabilité associant les partenaires sociaux dès l' été sur ce volet des équilibres financiers . Il faut que tout cela soit mis sur la table . Il n' y aura pas d' abandon d' une réforme des retraites . Je suis ouvert à ce qu' elle soit transformée .

Nous avons un modèle social parmi les plus généreux au monde , qui a montré sa force durant cette crise . Nous l' avons en partage . Cette réforme ne peut pas être reprise de manière inchangée à la sortie de crise , mais la question du nombre d' années pendant lesquelles nous cotisons demeure posée .

J' ai ma part de maladresse . J' ai parfois considéré qu' il fallait aller vite sur certaines réformes . Cela ne peut marcher que par le dialogue . J' ai beaucoup d' ambition pour notre pays . J' ai parfois donné le sentiment de vouloir faire les réformes contre les gens .

Rien ne peut se faire sans une large concertation avec l' ensemble des acteurs . Je suis toutefois favorable à ce qu' on ait plus de différenciation , parce que je pense que cela correspond à la fois à la demande des collectivités territoriales et au besoin des territoires . Avec la différenciation , je suis prêt à faciliter les expérimentations . Le dialogue doit s' organiser entre tous les territoires et le gouvernement . La priorité qui est la nôtre , c' est la reconstruction du pays . A court terme , il ne faut pas que nous nous perdions dans des grands débats . Il faut que nous soyons pragmatiques . Et qu' on associe tout le monde . Je suis prêt à associer tous les élus qui sont prêts à l' effort de reconstruction . Pas par des grandes réformes institutionnelles mais par des politiques concrètes . De différenciation . D' association . De clarification . Je veux les associer en lançant dès cet été une grande conférence des territoires où je veux de manière très concrète qu' on regarde au cas par cas , qu' on ne se perde pas dans des débats de cathédrale .

C' est un faux débat . Les débats institutionnels , il faut les ouvrir , j' y suis prêt . Mais pensez -vous que ce serait bienvenu de la part du Président de la République d' imposer lui seul ce report ? Ce n' est pas au Président de trancher , seul , cette question . Si on va vers un nouveau big-bang des collectivités territoriales et des transferts massifs de compétences , ça peut prendre des mois . Est -ce la priorité alors qu' on aura des élections au mois de mars et que le temps est à la reconstruction du pays ?

Depuis trois ans à mes côtés , il mène avec les gouvernements successifs un travail remarquable et nous avons conduit des réformes importantes , historiques , dans des circonstances souvent très difficiles . Il conduit des réformes importantes et nous avons une relation de confiance qui est d' un certain point de vue unique à l' échelle de la Cinquième République . J' aurais à faire des choix pour conduire le nouveau chemin . Ce sont de nouveaux objectifs d' indépendance , de reconstruction , de réconciliation et de nouvelles méthodes à mettre en œuvre . Derrière , il y aura une nouvelle équipe .

J' ai fait le choix , en 2017 , de prendre à mes côtés un homme qui n' a pas fait ma campagne et qui n' était pas dans ma formation politique , qui était dans la même démarche d' ouverture et de dépassement des clivages traditionnels . Ce que nous avons réussi à faire pendant trois ans , avec beaucoup de confiance et de coordination , est inédit , contrairement à ce qui a été écrit .

Nous aurons peu de priorités : la relance de l' économie , la poursuite de la refondation de notre protection sociale et de l' environnement , le rétablissement d' un ordre républicain juste , la défense de la souveraineté européenne . Oui , il faut toujours qu' il y ait de nouveaux visages , de nouveaux talents . Des personnalités venues d' horizons différents . Le choix des hommes et des femmes est important mais les ambitions pour le pays sont plus grandes que nous , les institutions et leur calendrier s' imposent à nous .

Je n' ai pas le droit de faire des calculs pour moi . Cela voudrait dire de renoncer à prendre des risques utiles pour relancer l' économie . Si on veut réconcilier sans agir , en étant un tacticien pour soi-même , c' est une faute grave .

Mon rôle n' est pas de commenter la vie politique française . Le président de la République n' est pas un chef de parti . De là où je suis , je félicite tous les maires que les Français se sont donnés et je veux travailler avec eux .

Nous sommes en train de bâtir un modèle de protection qui n' a jamais existé ; nous sommes en train de bâtir un modèle de formation sans équivalent , notamment pour les jeunes ; nous sommes en train de créer une nouvelle branche de la protection sociale , celle de la dépendance ; nous sommes en train de refonder l' hôpital comme il n' a pas été refondé depuis 1945 ; nous nous donnons pour objectif de réindustrialiser le pays en réinventant un modèle industriel écologique . Ces quelques chantiers montrent le caractère historique de notre action . Simplement , ils ne se font pas du jour au lendemain . La France des jours heureux , c' est d'abord la France des devoirs . Nos prédécesseurs qui ont reconstruit le pays en 1945 avaient aussi l' esprit de conquête chevillé au corps , le refus de la défaite . Cet esprit de défaite , je le vois trop souvent rôder et ce n' est pas bon pour notre pays .

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