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On était quand même dans l' embarras : on avait dit " on va nationaliser l' armement " - cela on l' avait dit il y avait déjà plusieurs années , on se répétait - mais nous ne pouvions pas suivre à la même vitesse l' évolution de ce groupe et , voulant nationaliser l' armement , ce qui était le b-a ba - cela avait déjà été décidé en 1936 , nous avions bientôt un demi-siècle de retard - on s' est naturellement aperçu que ce groupe s' étant étoffé , on laissait comme cela orphelins , vivant par le bénéfice de l' armement , un certain nombre de secteurs , notamment l' espace , l' électronique , plus une série de projets remarquables , modernes , industrie de pointe , mais qui ne pouvaient être soutenus que par la présence de l' armement : impossible de couper au milieu de ce groupe sans condamner à la disparition , et donc au chômage , un certain nombre de travailleurs qui ne le méritaient certes pas .

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Les thèmes autour du mot «relance»
Analyse multi-couches de la cooccurrence autour du mot choisi dans le discours du qui
F. Mitterrand - 24 septembre 1981

Je vous souhaite la bienvenue et je suis heureux de vous accueillir ici .

Depuis 4 mois , c' est la première fois que je m' adresse à vous , et , par vous , au pays , en une telle circonstance - il est vrai que je m' étais exprimé souvent et sur tous les sujets qui préoccupaient à juste titre les Français avant le 10 mai - j' ai donc peu parlé en ma qualité de président de la République , mais j' ai agi , l' esprit tranquille , assuré de la durée , assuré aussi d' une solide majorité parlementaire .

D'abord , il me fallait remettre chaque institution à sa place : le gouvernement gouverne , le Parlement légifère et participe au débat , sans contrainte d' aucune sorte .

Quant à moi , si j' entends exercer la plénitude des responsabilités que le peuple souverain m' a confiées , je ne veux me substituer ni à l' un ni à l' autre des pouvoirs : l' équilibre de nos institutions y gagnera , n' en doutez pas .

La démocratie assurée , l' alternance a joué et ce que l' on jugeait impossible s' est réalisé dans le calme , appuyé sur un grand mouvement populaire issu des profondeurs de notre peuple .

La République a retrouvé son authenticité et la mutation engagée a permis d' écarter bien des périls qui s' annonçaient .

Sous l' autorité du premier ministre , Pierre Mauroy - qui mérite la confiance des Français comme il dispose de la mienne - le gouvernement s' est mis au travail .

En quelques semaines , beaucoup a été fait , faut -il rappeler : la majoration du SMIC , l' augmentation du minimum vieillesse , des allocations familiales et de l' allocation-logement , le vote d' une loi d' amnistie large et généreuse , la suppression de la cour de sûreté de l' Etat , l' abrogation de la peine de mort , la loi de décentralisation , le rétablissement des libertés universitaires , le prix du livre , les nationalisations adoptées hier pour doter notre pays d' un système de crédit apte à encourager l' initiative et d' un appareil industriel capable d' entraîner l' ensemble des entreprises dans la révolution technologique de la fin de ce siècle , un plan pour l' emploi et le franc défendu ; j' en passe .

Certes , beaucoup reste à faire , j' en ai le moyen : le temps ni la volonté ne me manqueront pour la mise en oeuvre de mes engagements .

J' avais appelé à l' union , au large rassemblement populaire pour le redressement national : il m' a été largement répondu , autant , du moins , que je pouvais l' attendre et je n' écarte personne du combat pour la France .

J' ai choisi , avec d' autres , de placer la France à la pointe des nations industrielles , initiatrice d' un nouveau type de développement , donné sur une meilleure , une plus juste organisation des relations sociales , sur une meilleure utilisation des revenus et du temps de travail .

Cela est oeuvre de longue haleine d'autant plus que l' héritage est lourd : le chômage et l' inflation touchent durement beaucoup des nôtres et c' est contre eux que le gouvernement a engagé l' essentiel de son action ; j' en parlerai , en réponse à vos questions .

La France ne serait pas digne de son histoire si elle vivait repliée sur elle-même .

D'ailleurs , le voudrait -elle qu' elle ne le pourrait pas : le désordre monétaire , les conflits locaux qui se multiplient , les rapports tendus entre l' Est et l' Ouest , sont là pour nous rappeler que l' équilibre du monde est fragile .

D' où mon souci , dès les premières semaines de mon septennat , de faire entendre la voix de la France , sur tous les continents et dans les instances internationales , me tournant vers les peuples et leurs gouvernants pour invoquer ces données simples que sont la liberté , le développement et la nécessaire primauté de l' arbitrage , du désarmement et de la sécurité collective sur le recours à la violence .

Bien entendu , l' avenir de l' Europe nous importe au plus haut point et la France contribuera , sans se lasser , à toute entreprise qui permettra aux peuples de la communauté de resserrer leurs liens et d' aborder ensemble les échéances présentes et à venir .

La liberté : ceux qui l' espèrent savent aujourd'hui que la France est là , consciente de ses devoirs et des leçons de son histoire : terre d' asile et de droit , elle ne défie ni ne provoque personne .

Chaque pays a le droit légitime de déterminer sa voie .

En Amérique Latine , en Afrique comme ailleurs , les révoltes , les révolutions , les mouvements de libération naissent d'abord de la misère , de l' exploitation et du totalitarisme avant de devenir , malheureusement , l' enjeu des conflits Est-Ouest .

Les aspirations légitimes finissent toujours par surgir , d'autant plus violemment qu' elles ont été longtemps contenues .

Aux combattants de la liberté contre les oppressions toujours intolérables , j' adresse mon message d' espoir .

Le développement : 600000000 d' hommes , de femmes et surtout d' enfants vivent dans ce que l' on appelle la pauvreté absolue ; à la fin de ce siècle , ils seront peut-être 1000000000 si personne n' intervient : la France juge impossible d' accepter une telle perspective .

Dans un premier temps , j' ai décidé d' accroître les moyens de la coopération économique et culturelle avec ces peuples et je souhaite inciter le monde développé à la solidarité en créant les conditions d' une réelle stabilisation des cours des matières premières .

A Ottawa , j' ai proposé que soit lancée une politique de l' énergie - dans le cadre des objectifs et des moyens de la banque mondiale - et je ne cesserai d' en proclamer la nécessité .

Sachons frayer à temps la voie aux nations nouvelles , aux droits nouveaux , à un ordre économique international plus équitable .

Admettons sans plus tarder ce qui est juste et , au demeurant , inévitable .

L' Europe : pour la construire , il faut éviter de ressasser les inévitables contentieux bilatéraux ou communautaires ; je rechercherai au contraire , la solution aux problèmes actuels , à la lumière de projets concrets de relance européenne .

J' ai déjà cité l' idée d' un espace social permettant notamment d' améliorer l' emploi et les droits sociaux ; je suggère également que la politique extérieure commune soit renforcée , qu' une politique d' économies d' énergie soit financée par des emprunts communautaires et que des projets de coopération industrielle précis soient mis en oeuvre afin d' aider la modernisation d' activités concurrencées ou de développer les activités de la troisième révolution industrielle .

Enfin , tous attendent - et d'abord les Français - la sécurité .

La France est l' alliée , en toute souveraineté , de ses quatorze partenaires de l' alliance atlantique , et elle connaît ses droits et ses devoirs envers eux ; je souhaite qu' eux aussi les connaissent , et cela n' a pas été la moindre utilité des entretiens que j' ai eus avec plusieurs dirigeants des pays de l' alliance , et notamment le président Reagan .

Avec l' Union Soviétique et les autres pays de l' Est , la France veut entretenir des relations mutuellement profitables et conformes à l' histoire et à la géographie : je n' oublie pas l' amitié ancienne et forte qui unit leurs peuples au nôtre , je veillerai à ce qu' elle soit préservée et , s' il le faut , revivifiée .

Mais la France ne confond pas le pacifisme comme postulat et la paix comme résultat - c' est celle -ci qui m' intéresse - et ce sont ces réalités qui commandent la politique de la France .

Le débat armement-négociation doit s' ordonner autour de cette notion fondamentale : seul l' équilibre des forces préserve la paix .

C' est la raison pour laquelle j' ai alerté l' opinion sur le surarmement soviétique en Europe .

C' est la raison pour laquelle je souhaite que la négociation s' engage sur des bases claires et sans que l' un ou l' autre des partenaires puisse spéculer sur l' avantage d' un moment .

La France , dans tout cela , développera sa stratégie propre de dissuasion dans la fidélité à ses engagements , sachant qu' en fin de compte , comme les individus dans la vie , ses risques et ses chances , un grand pays se trouve toujours placé , lors des choix décisifs , seul en face de lui-même .

J' ai proposé au pays une politique nouvelle : cette politique est fondée sur le rassemblement des Français et sur l' élan national .

Le rassemblement , c' est la réunion de tout notre peuple pour combattre la crise , éliminer l' injustice , donner sa chance à chacun , renforcer et défendre la démocratie sur le plan national comme sur le plan local , dans nos institutions publiques comme dans nos entreprises , dans nos associations comme dans nos quartiers .

L' élan national , lui , s' appuie sur les forces vives de la nation , nos entreprises nationales , mais aussi les entreprises privées , les petites et moyennes entreprises , l' artisanat , l' agriculture , qui font la richesse du pays .

Le rassemblement et l' élan national , c' est la conviction qui doit être celle de chaque Française et chaque Français de participer à une grande oeuvre .

La France a un rôle à jouer , pour elle-même mais aussi en Europe et dans le monde , pour l' Europe , pour le monde : beaucoup de peuples , sur cette terre , ont les regards qui se portent vers elle , pour nombre d' entre eux , elle apparaît comme l' espérance ; il m' appartient , avec le gouvernement , de transformer cette espérance en certitude : j' ai déjà eu l' occasion de le dire au pays avant le 10 mai , je suis prêt , maintenant , à le lui confirmer à travers les questions que vous allez me poser .

Je vais tenter de rassembler les questions principales : j' essaierai de ne pas oublier les questions secondaires .

Si vous voulez , je vais dès maintenant commencer , ce qui n' exclura pas telle ou telle autre question dans la limite du temps qui nous appartient .

J' ai souvent répété - tout le temps que je me suis adressé aux Français pendant , non seulement les quelques semaines d' une campagne présidentielle , mais aussi pendant les années durant lesquelles je les ai alertés sur les dangers de la politique naguère pratiquée , sur la nécessité d' en changer , lorsque j' ai proposé un projet politique - j' ai toujours dit que ce projet politique reposait sur ce que j' appelais la croissance sociale .

La croissance - sociale - cela se comprend aisément lorsqu' on entre à l' intérieur même de mon raisonnement ; la croissance sociale parce que ce n' est pas n' importe quelle croissance .

Trop de débats ont eu lieu au cours de ces dernières années pour que l' un d' entre vous puisse ignorer que la croissance des années 60 , c' est fini et qu' en tout cas ce type de croissance n' est pas même désirable .

Mais enfin , la croissance et la croissance sociale ? Je partirai d' une définition toute simple : il n' y a pas de plein emploi sans croissance sociale , et pour aller vers le plein emploi , il faut que peu à peu l' emploi d' aujourd'hui s' accroisse .

Il n' y a pas de chemin non plus vers le plein emploi sans croissance sociale : telle est l' idée que je m' en fais .

D' autres pensent autrement : jugez leurs résultats ; d' autres ont pensé autrement en France et agi de la sorte : les Français ont jugé .

Bref , moi je ne veux pas faire comme ceux qui ont accepté l' engourdissement de leur pays ; je crois à la volonté , à la capacité des Français , à leur talent , et il appartient à l' Etat de veiller à ce que les moyens soient donnés à ce peuple qui en est tant capable .

Je me suis fixé des objectifs au point de départ modestes - 3 pour 100 , ai -je dit : cela ferait sourire un Japonais et je ne sais combien d' habitants de la plupart des peuples au bord du Pacifique nord , 3 % - mais il est vrai que même cet objectif est difficile à atteindre .

D'abord , il faut vaincre les habitudes .

Ensuite , cela va à contre-courant d' une politique répandue - particulièrement dans le monde occidental , parmi nos principaux partenaires - et c' est vrai que cela apparaît presque comme une gageure que de vouloir aller vers la croissance , en passant par la relance , alors que les taux d' intérêt à partir des Etats-Unis d' Amérique ont connu des records , alors que les taux de change sont plus que fluctuants , passant très rapidement d' un extrême dans l' autre .

Donc , ce n' est pas facile , sans aucun doute .

Cependant , la cohérence de cette politique passe par un certain nombre d' éléments que je me permettrai de vous rappeler .

La relance par la consommation - je sais bien tout ce que l' on dit : si l' on isole la relance par la consommation on court vers l' inflation - c' est vrai , il y a danger , franchie une certaine frontière , si l' on se borne à la relance par la consommation .

Je vous indiquerai que l' effort du gouvernement a permis d' assurer une relance , par ce moyen , d' environ 17000000000 de francs , ce qui en année pleine , représente à peu près 35000000000 de consommation populaire - parce que nous pensons que cette consommation est favorisée , encouragée , par des mesures dirigées d'abord vers les catégories les moins favorisées , vers les familles , vers les personnes âgées , vers les locataires , un certain nombre de cas , et ce parmi bien d' autres mesures qui doivent normalement être dirigées vers cette consommation - que les capacités de la production française doivent être , pour l' essentiel , en mesure de satisfaire .

Mais nous en connaissons le risque , et c' est pourquoi la relance par la consommation n' aurait pas de sens hors d' une relance de plus en plus prononcée par l' investissement .

Oui , mais comment faire ? Vous savez bien qu' au cours de ces dernières années on a beaucoup parlé d' investissements , que , pour cela on a pris toute une série de mesures qui tendaient à favoriser le profit des entreprises ; on escomptait que , de ce profit , l' investissement naîtrait presque automatiquement : les choses ne sont pas passées de la sorte .

Je me permettrai de vous indiquer que , si les investissements publics se sont accrus depuis 1976 de 51 pour 100 , les investissements privés , dans la même période , ne se sont accrus que de 1 pour 100 .

Il faut donc que les pouvoirs publics agissent ; il faut donc qu' ils disposent d' un pôle économique , industriel , bancaire , qui permette d' assurer cette relance , de choisir les investissements , de les provoquer et de les diriger , de telle sorte que chacun en tire profit .

C' est pourquoi le gouvernement a pris toute une série de mesures tendant à aider les entreprises : l' aide à l' innovation , les primes aux créations d' emploi , la réduction des charges sociales , dès lors que l' emploi se multiplierait , l' aide régionale à l' emploi .

De même qu' il y a contagion de la relance lorsque la SNCF - souvenir récent - lance le TGV : combien d' entreprises de toutes sortes pour la fabrication des machines , des wagons , des rails , combien de métiers sont intéressés tout aussitôt , y compris les travaux publics ... C'est-à-dire qu' une immense vague de travail nouveau engage désormais la France vers la relance - relance par la consommation , relance par l' investissement - nous y reviendrons tout à l' heure .

Mais je ne voudrais pas omettre , pour la clarté du sujet , que , si je n' ai pas à en attendre , ni vous non plus , de résultats prochains - cela va de soi - il n' est que temps d' engager une politique de relance des échanges entre le tiers-monde et les pays industrialisés .

Les effets ne s' en feront sentir que dans 5 ans , 10 ans , mais c' est maintenant qu' il faut commencer , ce qui explique un certain nombre de démarches entreprises au cours de ces dernières semaines .

Alors , on me dit : oui , c' est très bien votre programme - d'abord l' emploi , et pour cela le réveil des énergies créatrices - mais il me semble ( je traduis ) que vous avez musardé en chemin , vous vous être occupé de beaucoup d' autres choses ... Et je me suis aperçu , en effet , qu' un certain nombre des réformes de structure que nous avons engagées ont été comprises par une partie de l' opinion et de la presse comme si l' on faisait autre chose que de s' occuper de l' emploi .

Or je considère qu' un certain nombre de réformes de structures sont nécessaires à une politique durable et féconde de l' emploi .

Certes , j' y viendrai dans un moment , des mesures immédiates sont indispensables : le conseil des ministres d' hier en a consacré un certain nombre sur proposition de monsieur le premier ministre .

Mais , à distance , à la charnière du court et du moyen terme , les réformes de structures comme les nationalisations industrielles et la nationalisation du crédit , la loi de décentralisation , la réforme fiscale - vous me permettrez d' entrer dans le détail un peu plus tard - la politique de restructuration industrielle , la réduction de la durée du travail , le plan intérimaire devant déboucher sur le plan de 5 ans , tout cela fait partie des réformes de structures qui contribuent chacune d' entre elles et toutes ensemble à une politique de l' emploi , c'est-à-dire à créer des richesses et des richesses pas seulement par la robotisation des machines , mais par la mobilisation d' une main d'oeuvre de plus en plus elle-même nécessaire .

Il faut repartir à la reconquête de notre marché intérieur .

Dans l' espace des 5 dernières années , les produits français ont perdu 5 à 6 % de parts de marché : pourquoi ? Serions -nous incapables - à partir des investissements sélectifs , à partir de ce pôle industriel et bancaire que nous sommes en train de constituer - de reconquérir notre propre marché , et nos entrepreneurs seraient -ils incapables de construire , de créer , de fabriquer ce qu' il est nécessaire de créer , de construire et de fabriquer pour la consommation française et au-delà , car l' exportation se porte bien ? Je me permets de vous indiquer parmi ces éléments , que depuis le début de l' année les exportations se sont accrues de 17 pour 100 , tandis que les importations s' accroissaient de 12 % : nous sommes dans la bonne direction .

Le premier ministre , à ma demande , a également lancé tout un programme de grands travaux .

Il faut que l' on se sente partout mobilisé , que les entrepreneurs , que les travailleurs , à tous les stades de l' entreprise , aient envie non seulement de défendre leur juste intérêt , mais aussi de construire une France dans laquelle ils se sentiront mieux et capables d' assumer toutes les concurrences .

Et je n' ai pas négligé l' épargne - je n' entrerai pas dans le détail - toutes les facilités seront données ; encore faut -il être en mesure de créer l' instrument d' épargne , et cela tient aussi à la confiance et à l' ensemble des mesures que je développe ici .

Parmi les mesures ponctuelles , mais qui ne sont pas négligeables , j' indique qu' incessamment le taux d' intérêt des livret A de la caisse d' épargne sera porté de 7,50 % à 8,50 pour 100 .

Réformes structurelles , mais aussi mesures immédiates .

Je ne vais pas faire , ou refaire , le discours - l' excellent discours - qui a été prononcé par monsieur le premier ministre à l' Assemblée nationale et qui l' a été au Sénat .

Je rappellerai simplement , pour la clarté de cette discussion , que des contrats de solidarité ont été proposés par le gouvernement à l' ensemble des entrepreneurs en vue de réduire le chômage , que cela passe par un système de préretraite à 55 ans , avec 70 % du salaire antérieur - à condition bien entendu qu' en échange de jeunes travailleurs soient recrutés - et par des contrats de solidarité , sur la réduction très forte de la durée du travail , avec rémunération ou exonération temporaire de charges sociales pour toute embauche .

C' est vrai , il y a des entrepreneurs qui vont déjà plus loin que les dispositions législatives actuellement engagées : ces entreprises ont raison , car l' aménagement de la durée du travail est une des conditions mêmes de la réussite de toute tentative de redressement présent et futur .

Il y a aussi l' embauche des jeunes chômeurs avec indemnité temporaire de chômage .

On a calculé que le chômage tel que nous en avons hérité pouvait représenter une charge de 100 à 120000000000 - charge directe ou charge indirecte - sur le corps social et national .

Eh bien , nous voulons diriger ces sommes , cette dépense , ces efforts souvent rendus inutiles , vers le travail et la restitution , aux travailleurs , de leur dignité .

Tout cela s' ajoute à un certain nombre de décisions gouvernementales .

Je vous rappelle que désormais tout jeune homme , toute jeune femme , en mesure de travailler recevra une formation entre 16 et 18 ans , ne débouchera pas de l' école sur le chômage : ces jeunes seront dotés d' un moyen d' apprendre un métier et de l' exercer .

J' avais demandé à monsieur le premier ministre - qui a commencé de le faire au cours de ces derniers jours - que soit instituée , à ses côtés , une sorte de cellule de travail et de contrôle , qu' il n' y ait pas une seule entreprise dans toute la France qui soit en passe de fermer sans qu' aussitôt cette cellule soit informée , alertée et que , département par département , les mesures possibles à envisager soient mises en oeuvre .

Vous avez pu constater , au cours de ces derniers jours - ce sont les journaux qui nous l' apprennent - de quelle façon on apprenait un après-midi , qu' un chef d' entreprise venait de tenter de se suicider et d' échapper à la mort de justesse .

Il avait cru préférer ce refuge à la fermeture de son entreprise , alors que cette entreprise marchait bien , mais que , soudainement - par quelle fantaisie , quelle humeur , ou quel sabotage ? - une banque avait décidé de couper les crédits .

Cela ne se reproduira pas , dans le cadre de la politique qui m' engage et si , en effet , on arrive à ce stade d' intolérance économique , alors nous examinerons ces problèmes mais nous ne le ferons pas comme naguère , en considérant qu' après tout il est bon que les petites et moyennes entreprises fournissent la chair à pâté du grand capital .

Ce que je n' ose appeler maintenant un préambule , qui était nécessaire pour expliquer ma politique et celle du gouvernement , va m' entraîner à apporter quelques précisions sur divers sujets particuliers et d'abord sur les nationalisations .

L' idée que j' ai des nationalisations correspond à une vue que j' ai aussi de la société moderne - combien de journaux ont dit : " mais c' est un effet de l' idéologie " - mesurons nos termes et plaçons -nous d'abord dans l' explication de notre société .

En cette année 1981 , plus d' un siècle et demi après le développement du capitalisme en France , les phénomènes d' accumulation et de concentration du capital , de la multinationalisation du capital dans le monde , me conduisent à considérer comme juste et nécessaire qu' un certain nombre d' entreprises devenues des monopoles ou tendant au monopole et fabriquant des produits nécessaires à la nation soient nationalisées , fassent corps avec la nation ; qu' elles ne disposent pas d' un pouvoir économique , et donc politique , qui leur permette de prévaloir sur les décisions de l' intérêt général , et pas davantage , ayant aboli toute concurrence nationale au-dessous d' elles , d' être maîtresses du marché .

Voilà une première déclaration .

La deuxième est que - si je pense que ces nationalisations nous donneront les outils du siècle prochain et des 20 dernières années de celui -ci , si cela ne se faisait pas , loin d' être nationalisées , ces entreprises seraient rapidement internationalisées - je refuse une division internationale du travail et de la production décidée loin de chez nous , obéissant à des intérêts qui ne sont pas les nôtres : nous ne sommes pas un pion sur l' échiquier des plus puissants que nous .

Il faut que ce soit clair : les nationalisations sont , pour nous , une arme de défense de la production française .

Bien entendu , ce n' est pas le seul objet de cette réforme , mais il n' est pas mince : cela correspond à une certaine vue de la société moderne , je le répète , et cela correspond aussi à un souci d' efficacité ; j' y reviendrai dans un instant .

D'abord , permettez -moi de vous rappeler le champ des nationalisations qui viennent d' être décidées : ce sont 5 groupes industriels - nationalisation à 100 % - un contrôle majoritaire chez Thomson-CSF ; des participations dans les filiales qui tombent dans le domaine public - 3 groupes , Roussel-Uclaf , ITT-France et CII-Honeywell-Bull - les créances de l' Etat sur Usinor et Sacilor deviennent des titres de propriété ; enfin Dassault et Matra : 51 % pour la puissance publique .

Sur les 366 banques - je pense que le compte est exact - existant en France , 136 sont étrangères ; 3 françaises ont été nationalisées - les principales , par le gouvernement du général De Gaulle en 1945 - 56 disposent d' un statut spécial qui les place hors du champ de la nationalisation : mutuelles , coopératives , et cetera ( la plus importante et la plus connue d' entre elles est le Crédit Agricole ) ; restent 171 banques - et nous avons fixé à 1000000000 de francs le seuil de dépôt à partir duquel nous procédions à la nationalisation - 36 banques sont ainsi nationalisées .

Je sais bien que certaines discussions se sont engagées - comment l' ignorais -je ? - je sais bien que des avis nous ont été donnés - qui ne sont que des avis , même si ce sont des avis sérieux , qui méritent examen - mais nous avons pensé que le gouvernement de la France et le Parlement qui en sera saisi ont la liberté de décider ce qu' ils veulent nationaliser et ce qu' ils ne veulent pas nationaliser : banques , françaises ou étrangères .

C' est le parti qui a été pris , et nous n' en reviendrons pas .

Je ne veux pas oublier les 2 grandes compagnies financières , Suez et Paribas , dont vous connaissez également le sort lié à celui des banques nationalisées .

Quel sera le résultat pratique de cette situation nouvelle ? Nous sommes un peu plus qu' hier dans une société d' économie mixte .

Le secteur nationalisé représente 10 % des salariés , 18 % des investissements , 15 % de la valeur ajoutée de l' industrie .

A côté , nous trouvons 2000000 d' entreprises individuelles ou sociétés , plus de 10000000 de personnes actives , près de la moitié de la population active française : c' est ce que l' on appelle grosso modo le domaine des petites et moyennes entreprises , des petites et moyennes industries : j' entends les préserver .

Que de fois ai -je répété que mes propositions avaient la valeur de contrat ? On se plaignait du flou : j' avais pourtant dit tout cela , mais on ne voulait pas m' entendre , tout cela a été clairement précisé aux Français , société par société , entreprise par entreprise , et celles qui n' ont pas été comprises dans le plan de nationalisation ne le seront pas , du moins tant qu' une décision nationale , par consultation du peuple - soit élections législatives , soit élection présidentielle - n' en aura pas décidé autrement , au vu du programme des candidats .

C' est donc un contrat et j' entends que l' ensemble des entrepreneurs français , mais aussi tous ceux qui participent à l' entreprise - je pense aux travailleurs - sachent qu' ils ont un contrat , avec moi , de longue durée ; que c' est une politique durable , qu' ils connaissent leurs engagements , leurs contraintes , mais aussi leur champ de liberté , qui est le plus grand .

Voilà pourquoi je tiens à insister sur ce point : nous avons fait un choix d' efficacité pour reconstruire notre industrie .

Déjà un effort important avait été accompli , au début de la présidence de monsieur Pompidou , effort ensuite ralenti ou dispersé .

Reconstruire notre industrie : il est important de savoir que , en France , les nationalisations , ça marche ; que les résultats - c' est le mot à la mode dans ce domaine - sont performants lorsqu' il s' agit du secteur public français - ce qui n' est pas le cas , il faut le reconnaître , de bien des secteurs publics étrangers - et il n' y a pas de raison que cela ne marche pas davantage encore , à compter du moment où nous y ajoutons une véritable nationalisation du crédit : voyez l' automobile , voyez le pétrole , voyez les avions , les hélicoptères , les banques ( Crédit Agricole , Crédit Lyonnais , Société Générale , les autres ) : 3 d' entre elles , parmi les 10 plus importantes banques du monde sont des sociétés déjà nationalisées et depuis bien longtemps .

Nous comptons continuer dans cette voie , continuer d' assurer la présence de la France et d' accroître sa richesse .

Mais il faut reconquérir notre marché intérieur , j' y reviens , j' y insiste : c' est un objectif essentiel de ma politique pendant tout le temps de mon septennat .

Je donne quelques directions ; songez qu' il nous faut reconquérir ou conquérir le domaine de l' acier , de l' aluminium , des matières plastiques , qu' il nous faut bâtir une industrie de la machine-outil , des circuits intégrés , une informatique en particulier autour des micro-ordinateurs et micro-processeurs .

Je veillerai à ce que soit créé à Paris un centre mondial qui permettra d' attirer chez nous les techniques les plus évoluées et les cerveaux les mieux informés .

Je veux multiplier la possibilité de créer des biens de consommation propres à la consommation française : le textile , la haute fidélité , les moyens de télécommunication , le vidéo-disque , la motocyclette .

Je veux que soit créée en France une véritable industrie du bois : la France peut être le pays forestier d' Europe , alors que le poste d' importation - disons de déficit sur le plan commercial - se situe exactement après le pétrole : imaginez cette absurdité , et cette absurdité a été supportée pendant un quart de siècle ! Les économies d' énergie ... La liste est longue , sans oublier les effets d' entraînement pour gagner la bataille de l' emploi que supposera la méthode de travail d' un ensemble de nationalisé qui obéira à des règles strictes avec une réserve : j' entends que ces nouvelles sociétés nationales , et quelques-unes des anciennes , trouvent la souplesse , la mobilité et la liberté d' action que certaines d' entre elles ont perdues et n' ont jamais obtenues .

Ce sont des gouvernements modérés ou de droite qui ont étatisé les nationalisations : nous n' en voulons pas , nous voulons qu' on puisse désormais diriger les sociétés nationales comme on l' a fait - sans que ce soit un modèle absolu , mais c' est tout de même un critère intéressant - chez Renault , par exemple , sans le contrôle tatillon et a posteriori de l' administration centrale .

Par le moyen des nationalisations , nous allons faire un effort considérable sur la recherche et le développement et nous bâtirons aussi , grâce à cela , un vaste secteur témoin où vont s' édifier de nouveaux rapports sociaux , ce qui n' est pas indifférent .

je le disais tout à l' heure en m' adressant aux entrepreneurs , aux petites et moyennes entreprises en particulier : " voilà une liste de mesures qui tendent à vous donner confiance , qui tendent à vous faire repartir du bon pied si cela est nécessaire " .

Mais vous savez bien que la paix sociale n' est pas le moindre des éléments lorsqu' il s' agit , tous ensemble , de créer des objets pour les vendre , et donc de travailler ; le climat de l' entreprise est un élément déterminant .

Alors les entrepreneurs : si je lis bon nombre de journaux - qui ont bien le droit de l' écrire - si j' entends bien d' autres journaux , il y aurait comme une sorte de divorce entre l' entreprise et le gouvernement à direction socialiste .

C' est un thème 100 fois exploité , pas tout à fait innocemment - ceux qui s' en plaignent parfois se disent : " ah si cela pouvait être comme cela ! " - il y a une sorte de tentation de choisir le pire plutôt que ce qui est , et qui , par la volonté populaire , sera là longtemps encore .

Eh bien , moi , je le dis très simplement , et en particulier aux entrepreneurs : je ne cherche à plaire à personne , et , que je plaise ou non , ce qui m' intéresse , c' est l' intérêt des entrepreneurs de France , c' est de travailler d' un commun accord avec ceux qui viennent d' être choisis par la volonté populaire et qui ouvrent , je l' ai dit , largement les chemins du travail et ceux de la liberté .

J' ai évoqué tout à l' heure le contrat à long terme qui me lie avec le pays : les règles du jeu sont fixées pour longtemps , au moins pour 5 ans , jusqu' aux élections législatives ; le gouvernement doit avoir une position sûre et durable , mais pas simplement le gouvernement , chaque entreprise et chaque individu dans son effort pour faire mieux .

Voilà quelques données qui touchent à quelques réformes de structures .

Je ne parlerai pas davantage de la décentralisation , le débat a eu lieu à l' Assemblée nationale .

Je voudrais quand même passer rapidement sur les problèmes de fiscalité , parce que cela figure parmi les questions que j' ai relevées ; plusieurs d'ailleurs sont posées sur ce sujet .

L' emploi , puisqu'il s' agit d'abord de l' emploi , suppose la relance , et la relance suppose la solidarité nationale .

La solidarité , elle , se marque essentiellement , parmi d' autres éléments sans doute , dans le système fiscal .

Je réponds au passage à ceux qui m' ont posé la question : la pression fiscale n' augmentera pas en 1982 - sans doute y aura -t-il à l' intérieur de cette pression fiscale quelques transferts - cette pression fiscale se situait aux alentours de 18 pour 100 .

Pour être plus clair : le prélèvement obligatoire social et fiscal est de l' ordre d' un peu plus de 42 % du produit intérieur brut , 18 % relevant de la fiscalité nationale , 18 % relevant de ce qu' on appelle les charges sociales , et un peu plus de 6 % relevant de la fiscalité locale .

Pour ce qui concerne la fiscalité nationale , nous resterons dans l' ordre des 18 pour 100 , et c' est à l' intérieur de ces 18 % qu' un certain nombre de transferts dans le sens de la justice sociale seront et sont déjà décidés : il vous en sera rendu compte le 30 septembre , lorsque vous seront exposés les projets de la loi de finances .

C' est ainsi qu' un effort de solidarité particulier sera demandé aux bénéficiaires des plus fortes ressources , par le plafonnement du quotient familial , par une surtaxe exceptionnelle à l' impôt sur le revenu , et par l' impôt sur les grandes fortunes .

Mais je n' oublie pas non plus , c' est une réponse à quelques autres questions , que l' on ne réussira rien de tout cela sans un réaménagement général de notre fiscalité , et je pense en particulier à ce mauvais impôt sur les plus-values qui dans sa forme présente doit disparaître : il est une sorte de frein aux transactions et aux échanges , et n' atteint pas son objet .

Je pense aussi à la refonte indispensable de la taxe professionnelle mais je dis au journaliste qui a bien voulu m' interroger qu' il s' est trompé d' interlocuteur : ce n' est pas moi qui ai dit au cours de la campagne présidentielle qu' il fallait supprimer la taxe professionnelle , moi j' ai dit qu' il fallait l' aménager , la réformer , et je m' en tiens là .

Alors l' impôt sur les grandes fortunes , d'abord , est -ce juste ? Si l' on voulait juger par comparaison , je dirais que l' impôt sur les grandes fortunes existe déjà dans un certain nombre de pays qui , pour certains d' entre vous , apparaissent comme les modèles à toujours imiter : je pense aux Etats-Unis d' Amérique , à la Grande-Bretagne , à l' Allemagne - la Grande-Bretagne dispose de ce point de vue-là d' une réputation moindre - je pense - modèle des modèles - à la Suisse : eh bien , dans ces pays-là , il y a des impôts sur la fortune , et certains sont plus élevés que le nôtre .

Affaire de justice ! il n' est pas normal que l' on frappe les revenus du travail , ou la consommation , et jamais la fortune .

J' ai donc proposé lors de la campagne présidentielle un impôt sur la fortune , avec un plancher de 3000000 de francs .

D' éventuels amendements ont été élaborés , vous le savez , par le gouvernement au cours de ces derniers jours : je vais m' y arrêter un moment .

Qu' avais -je dit ? impôt sur la fortune , la grande fortune - 3000000 de francs , 300000000 de centimes , ce n' est pas donné à tout le monde - plus une exonération ou une exemption de base de 2000000 de francs , 200000000 de centimes , concernant l' outil de travail , cela fait déjà 500000000 de centimes : ce n' est pas donné à tout le monde .

Mais c' est vrai que , à partir de là , beaucoup de questions m' ont été posées , parce que j' avais ajouté , et je vais le répéter : il convient de ne pas frapper l' outil de travail , parce que l' outil de travail , c' est celui qui permet d' investir , d' innover , de progresser , de servir de façon générale la société , et donc aussi de servir l' emploi - je rappelle donc cette proposition , et j' ai demandé au gouvernement de prévoir là aussi un contrat de solidarité - nous revenons toujours à l' emploi .

Il faut que le dirigeant d' une entreprise - quelle que soit la forme juridique selon laquelle il détient un outil de travail - puisse déduire de l' impôt dû sur sa fortune représentative de cet outil de travail tout ce qui , au-delà des aménagements déjà prévus , servira à l' investissement , ou sera réinvesti dans l' entreprise : c' est cela , l' outil de travail .

Oh je sais bien que , à partir d' un certain moment , et j' ai étudié la matière de près , l' outil de travail devient moins clair à définir : il y a des biens qui représentent des milliards et des milliards que cherchent à mettre à l' abri un certain nombre - que dis -je : une centaine d' entreprises - pour lesquelles l' essentiel de la fortune , ce serait l' accumulation du capital dans leur entreprise : je le sais très bien , mais ce que je cherche aujourd'hui - ayant fait accepter le principe de l' impôt sur la fortune , ayant fixé son point de départ , ayant fixé ses modalités , ayant exempté l' outil de travail - ce que je cherche ou ce que j' ai cherché , c' est de faire entrer dans notre législation cet impôt nécessaire .

Au travers des contrats de solidarité - qui seront des contrats à durée déterminée - le principe ne pouvant être changé au niveau de l' exécution , nous verrons bien comment les grandes fortunes qui auraient échappé à la nécessité d' un impôt pourront être rattrapées , mais l' outil de travail - lorsque le dirigeant , le propriétaire , au lieu de mettre dans sa poche ce crédit , l' aura réinvesti - aura droit au contrat de solidarité aboutissant à l' exonération .

Des questions m' ont été posées sur le pouvoir d' achat , sur la vie chère .

Non - mesdames et messieurs , qui m' avez posé la question - non , cela ne se passe pas après ; oui , j' ai dit le " chômage d'abord " , parce que nous avions atteint , nous avons atteint le seuil d' intolérance mais cela ne me fait pas oublier que la vie chère , que l' inflation , est génératrice de chômage , que tout se tient et que , déjà , beaucoup de Français sont pris à la gorge par l' augmentation du coût de la vie .

Permettez -moi cependant , de vous rappeler qu' au rythme des 4 derniers mois de l' année , alors que nous n' avions pas la responsabilité des affaires publiques , le rythme de l' inflation était de 14 % l' an ; je le répète : voilà l' héritage .

Et , en raison de l' effort de redistribution , simple justice sociale , auquel nous avons procédé , des nécessités de relance économique , il nous sera difficile d' échapper , cette année , au rythme qui nous est imposé .

On doit donc estimer dans ses alentours ce que donnera l' augmentation des prix à la fin de l' année : cela supposera des pertes de pouvoir d' achat et des rattrapages indispensables ; cela fera de la politique du gouvernement une politique contractuelle .

Mais , dès maintenant , il faut se battre , il faut se battre en réactivant la concurrence : chaque fois que les concurrences seront viciées par des ententes illicites , cela s' est déjà produit , il y aura sanction , il y a déjà eu sanction .

Il faudra réprimer les abus : on en a relevé dans plusieurs catégories professionnelles , et des taxations ont été imposées dans une dizaine de départements déjà - des négociations ont été engagées car la concertation entre les professionnels , les consommateurs et les pouvoirs publics est la base même de notre démarche - il faudra surveiller les produits les plus usuels , produits laitiers , viande , produits frais de toute sorte , ceux qui servent à la vie quotidienne .

Bref , c' est une action continue , de chaque jour .

Nous ne comptons pas revenir sur la liberté des prix , parfois très imprudemment engagée , mais nous n' avons pas l' intention de reconstruire un édifice aujourd'hui mis à bas ; nous disons seulement que la vraie stabilité des prix viendra avec la croissance sociale , la réduction des inégalités , une meilleure efficacité et la volonté de ne pas confondre liberté et laisser-aller .

Voilà , mesdames et messieurs , sur les points que j' ai estimé les plus importants , un certain nombre de réponses .

Je me reporte maintenant à ce que j' ai noté lorsque mes interlocuteurs s' exprimaient , car quelques points méritent d' être soulignés .

L' un d' entre vous me pose la question sur le mur de l' argent .

Vous avez remarqué que - défaut commun à beaucoup de gens - en même temps qu' il me posait la question , il apportait lui-même la réponse : pensez -vous , disait -il qu' il y ait un mur de l' argent ? et il ajoutait : mais puisque vous y croyez , alors : je ne l' ai pas dit , et pourtant , j' y crois .

Cette expression est bien vieillotte et elle n' est pas de moi : c' est vous qui l' avez employée .

Soyons plus précis : je ne sais pas s' il y a un mur de l' argent , mais j' en connais beaucoup qui s' y sont cassé la tête ; je n' ai donc pas l' intention de suivre les fâcheux exemples d' un certain nombre de mes prédécesseurs qui , par manque d' esprit de prévoyance , se sont cassé la tête .

Il me suffirait , au demeurant , de faire un peu attention à ce qui se dit chaque jour pour m' apercevoir que , je ne sais pas avec quel matériau , ce mur a tendance à se reconstituer .

Cela ne me fera pas partir sur mes grands chevaux , je ne vais pas dire : il y a les maudits , les interdits de la communauté internationale .

L' Assemblée nationale , le Parlement , a voté ce qu' il voulait voter .

Des initiatives ont été prises sous la souveraineté parlementaire , que je ne peux critiquer .

Il n' y a pas d' exclus et je demande à certains de ne pas s' exclure d' eux-mêmes , de ne pas considérer a priori comme illégitime ou définitivement insupportable le pouvoir qu' ils n' aimaient pas , et de considérer que nous avons à faire ensemble la France .

Si j' appelle tous ceux qui font la vie de notre pays à participer en même temps à son développement , il est normal que je compte d'abord sur ceux qui m' ont accordé leurs voix et sur ceux qui en ont le plus grand besoin , sur ceux qui ont souffert d' être écartés , ceux qui avaient le mérite d' apporter le travail de leurs mains et de leur esprit .

A partir de là , bien entendu , la dynamique que j' entends engager repose essentiellement sur le bon vouloir , la confiance et sur l' enthousiasme de la plupart des forces vives du pays dont n' est exclu aucun de ceux dont vous m' avez parlé .

Très importantes sont les questions sur le franc , et j' y viendrai .

Sur les grands équilibres de la santé , la question qui apparaissait comme de santé publique était un peu politique ... sur les agissements des ministres communistes : travaillaient -ils un peu dans mon dos , n' est -ce pas ? Lorsqu' on a réparti les scanners , il fallait bien commencer par les hôpitaux : tous les établissements en manquaient .

Mais je crois avoir lu une déclaration du ministre de la santé qui disait qu' à partir de 32 - je me trompe peut-être de chiffre - de 32 scanners , les suivants seraient répartis également dans le domaine privé de la santé .

De la même façon , je l' ai entendu faire une déclaration - pas étonnante du tout mais particulièrement roborative - sur la médecine libérale : je crois vraiment que si vous devez être rassuré , c' était précisément avec ce ministre ! Je ne saurais trop souligner mon accord avec lui , à la condition que la médecine libérale ne soit pas - elle ne l' est que rarement , mais elle l' est encore trop souvent - une médecine mercantile .

J' étais un élu de province et je sais , par contre , tout ce que la médecine libérale , et particulièrement les généralistes , a pu apporter , apporte et continuera d' apporter au développement de la santé publique .

Sans cette catégorie de médecins libéraux , il ne sera pas possible d' engager une politique de prévention mais il ne sera pas possible non plus d' engager une politique de prévention si l' on ne dispose pas d' un formidable apport de fonds publics .

Il y a donc là un heureux mariage auquel je vous invite .

On me dit : " Vous avez la durée , alors pourquoi aller si vite ? " - reproche mélangé , car j' entends dire aussi : " Quoi , ce n' est pas encore fait ! " - cherchons dans cette affaire un juste milieu qui n' est , au demeurant , ni ma philosophie , ni ma morale - mais , en la matière , c' est la bataille de Poitiers ! - il faut que j' écoute les uns et les autres .

Simplement j' ai pensé , que pour les réformes de structure mieux valait commencer tout de suite - c' est un peu la fable de la Fontaine : " mais planter à cet âge ! " - oui , il faut du temps et il faut donc commencer très tôt , sans perdre une minute .

Si nous voulons que les réformes de structure puissent , dans un délai raisonnable - 6 mois , 1 an , 2 ans , 5 ans - porter leurs fruits , il fallait planter tout de suite ! En plus , je n' ignore rien des rapports de force qui traversent le corps social français et je préfère considérer comme acquis ce qui , demain , aurait été peut-être plus difficile à faire .

On me dit : il faudrait avoir le courage de dire aux Français qu' ils doivent diminuer leur niveau de vie s' ils veulent contribuer , comme il convient , à éliminer la famine de ce monde , les misères qui frappent le milliard d' êtres humains ... Je me suis engagé à aller progressivement vers les 0,7 % de notre produit national consacrés à l' aide au tiers-monde et 0,15 % pour les pays les moins avancés .

Ce n' était pas promesse en l' air , et nous avons pris les dispositions budgétaires qui nous permettront en peu d' années de parvenir à ce résultat .

Enfin , la monnaie , matière délicate : on me demande si je veux un franc vigoureux , si je veux défendre notre monnaie ? Quelle autre réponse peut -on attendre de moi que celle-là ? Certes , la monnaie , cela a été 100 fois répété - je l' ai appris sur les bancs de l' école - n' est que le reflet d' une situation économique , une sorte de photographie : encore faut -il que la photographie soit nette et bonne , qu' on en distingue les contours .

Toutes les mesures qui ont été prises par le gouvernement depuis le premier jour le prouvent .

Monsieur le premier ministre , le 21 mai - jour où je prenais mes fonctions - était déjà contraint de s' informer , de négocier et de discuter pour conduire notre monnaie : 10000000000 de dollars avaient été perdus , 5000000000 et un peu plus sous le gouvernement précédent , 5000000000 immédiatement aux alentours du 10 mai , sans qu' à aucun moment j' ai eu la moindre responsabilité dans la conduite des affaires publiques , mes prédécesseurs étant encore en place .

Seuls , à ce moment-là , quelque 600000000 ont été dépensés pour soutenir le franc , et depuis , sporadiquement , un certain nombre d' agressions se sont produites : nous mènerons toutes les enquêtes pour savoir qui a pu profiter de ces spéculations .

Le franc est à l' intérieur du système monétaire européen , et nous agissons avec lui comme il convient , comme avec un objet précieux qu' il faut préserver et qui est un des éléments indispensables de la réalité française .

On m' a parlé de la Nouvelle-Calédonie .

J' avais dans mon bureau , il y a très peu de temps , le leader indépendantiste assassiné récemment , je le connaissais donc et j' avais entendu ses thèses - c' était un homme de grande qualité : j' ai souffert de cet assassinat - j' aperçois fort bien combien les tensions s' accroissent entre 2 populations à peu près d' égale importance démographique , mais de très grande inégalité économique .

Il n' est pas possible de maintenir cette communauté dans l' injustice actuelle : les ministres compétents et le gouvernement tout entier suivent cette affaire et prépareront les projets de réforme dans les jours qui viennent .

Mesdames , messieurs , je vous propose de passer à la politique extérieure .

Plusieurs questions ont porté sur le Proche-Orient et le Moyen-Orient , et d'abord le conflit israélo-arabe .

La règle qui est la mienne , c' est d' employer à l' égard de l' un et des autres le même langage et de faire les mêmes propositions .

On me dit : mais vous mécontenterez et Israël et les Arabes .

Il ne s' agit pas de chercher à concilier les contraires , il s' agit d' avoir une politique pour la France , utile à cette région du monde , et cette politique , qui n' a qu' une voix , est celle -ci .

Commençons par Israël , si vous le voulez bien : Israël a vu son existence reconnue par le droit international ; ce droit international ne peut pas , ayant reconnu son existence , lui en refuser les moyens : d' où toute une série de notions telles que les frontières sûres et reconnues , et cetera .

Tout ce qui pourrait menacer l' existence d' Israël dans sa réalité reconnue par le droit international sera refusé par la France : c' est simple .

Le litige , dans l' esprit de certains , il porte sur l' existence même d' Israël , vous le savez bien : eh bien , nous ne pourrons pas traiter sur ces bases avec quiconque défendra ce principe .

Mais le litige porte en vérité , pour la plupart , sur les territoires où , aujourd'hui , Israël exerce son administration , après la guerre de 6 jours .

Bref , est -ce que le peuple palestinien , qui ne peut - il faut le reconnaître dans l' énoncé de cette politique - espérer comprendre , dans sa future patrie , les territoires reconnus à Israël , est -ce que le peuple palestinien disposera d' une terre qui sera sa patrie ou qui le redeviendra , et sur laquelle il bâtira les structures d' Etat de son choix ? A cela , j' ai toujours répondu oui , et je l' ai dit à Tel-Aviv ou à Jérusalem , comme j' ai défendu le droit d' Israël à exister et à en avoir les moyens à Alger ou au Caire .

Voilà : c' est simple à dire , si c' est difficile à faire .

Deuxième règle : je me suis refusé à devoir choisir - on m' y a invité tout à l' heure - entre une démarche ou une autre , c'est-à-dire la démarche globale ou les accords bilatéraux : je prends les uns et les autres .

Si l' on peut avancer vers la paix par le moyen bilatéral , je suis pour , c' est pourquoi j' ai approuvé Camp David - les pays qui se font la guerre peuvent se faire la paix - cela , au moins , a avancé à ça , cela ne pouvait pas permettre - on le constate bien - de régler l' ensemble du problème : eh bien ! c' est qu' il y a d' autres méthodes aussi qui ne condamnent pas la première .

J' ai souvent dit aux dirigeants arabes que j' ai rencontrés et qui me comprenaient : " vous êtes des gens d' honneur - votre civilisation , votre tradition , votre histoire le montrent - que penseriez -vous d' un pays comme la France qui échangerait une amitié contre une autre ? " Je n' ai personne à livrer et si j' avais à le faire , je ne le ferais pas , donc , qu' on n' attende pas de moi telle ou telle parole , ou tel ou tel acte qui renieraient les principes , de droit que je viens de définir que ce soit pour tel ou tel avancement économique de circonstance .

Mais il s' agit d' une démarche globale , je dis simplement ceci , que j' ai dit à Luxembourg à mes partenaires de la Communauté : que votre objectif , que le nôtre soit un accord global , cela va de soi - il faudra bien que tout le monde se trouve autour de la table , y compris les Palestiniens - mais , l' exiger comme méthode , c' est beaucoup demander , c' est renoncer à l' avance à toutes les démarches qui pourraient être utiles .

D'ailleurs , qui peut prétendre aujourd'hui être en mesure de réunir autour de la même table l' ensemble des pays arabes de la région , à plus forte raison Israël et les Palestiniens , en la circonstance , l' OLP ? Donc , ne travaillons pas dans les nuées et essayons d' avancer - on a dit " pas à pas " : l' expression n' est pas de moi - si c' est bon d' avancer pas à pas - je veux dire si on avance - tant mieux ; s' il faut faire de plus grandes enjambées , c' est encore mieux .

Et j' entends que l' on développe ici , en France une politique qui ne s' enfermera dans aucun processus .

Monsieur le ministre des relations extérieures a fort bien exprimé , dans une déclaration récente , que la France - en tout le cas le président de la République aujourd'hui - approuve Camp David , et que Camp David montre à l' heure actuelle ses limites : si Camp David fait la démonstration contraire , eh bien , j' approuverai , si Camp David bute désormais sur une extension possible de son champ diplomatique , il faut chercher d' autres moyens , et , à cet égard , la France entreprendra toutes les démarches , rencontrera les principaux responsables , pour tenter de faire avancer les choses .

Et c' est en ce sens , messieurs , que j' ai reçu la proposition du prince Fahd - la démarche saoudienne - comme l' un des éléments les plus positifs de ces dernières années .

Je me réserve d' en discuter les 8 propositions ou chacune des 8 : cela fera particulièrement l' objet des conversations que j' aurais dans 48 heures , et je ne veux pas m' engager prématurément , mais je considère cette initiative comme l' une des plus importantes des dernières années , donc , je la considère comme positive , quelques réserves que j' aie à faire sur tel ou tel aspect de ces propositions .

Le Liban : eh bien , soyons bref : je considère que , tant que le concert des nations n' aura pas contribué à renforcer l' unité du Liban derrière son gouvernement , et tant que l' on n' aura pas pris les moyens de l' indépendance - notamment en assurant la présence des Nations-Unies sur une zone plus vaste servant de tampon au sud du Liban , et puis peut-être aussi faudra -t-il assurer le relais , sur le plan de l' organisation des Nations-Unies , avec l' excellente démarche quadripartite des pays arabes qui , également , il faut le dire , à l' initiative de l' Arabie Saoudite , cherche à brandir un rameau de paix , de réconciliation - la France considérera qu' elle a des obligations particulières au Liban et répondra à toute démarche qui viendra de son gouvernement légitime - entendez -moi - je n' entends pas m' y substituer : la différence devait être faite .

Je prends dans l' ordre de mes notations , ce qui risque d' être un certain désordre dans mon exposé .

Est -ce que j' espère que le " mitterrandisme " deviendra contagieux , en tout cas dans l' Europe de l' Ouest , l' Europe de la Communauté , pour que je me sente un peu moins seul ? Cela pourrait être relié à la dernière question de monsieur Hargrove : je n' ai pas l' illusion d' avoir converti ou de pouvoir convertir madame Thatcher au mitterrandisme .

Il y a certains Anglais qui se sont inquiétés de savoir si je n' étais pas converti au " thatcherisme " : c' est ainsi que j' étais à un concert à l' Albert Hall , en compagnie du premier ministre britannique , et que des jeunes gens , après m' avoir reçu avec beaucoup de gentillesse et d' enthousiasme , se sont tournés avec un peu moins de complaisance du côté de leur premier ministre et , parmi les choeurs qui s' élevaient , joyeux , il y avait celui -ci : " Mitterrand ne te laisse pas thatcheriser " !

J' ai réfléchi à cette question - indépendamment des indéniables qualités de madame Thatcher , d' une politique que , sur le plan intérieur , je n' ai pas à juger ( je me suis contenté de penser que , si j' avais été britannique , il est vraisemblable que je n' aurais pas voté pour ) - je me disais : après tout la meilleure façon d' être " thatcherisé " est dans ma double tentation , lorsque je m' adresse au premier ministre de Grande-Bretagne : faut -il dire oui , faut -il dire non ? Si je suis vraiment thatcherisé , il faut dire non , mais - mais les choses ne se passent pas ainsi - ce n' était pas un simulacre .

Nous avons quand même décidé , dans 7 ou 8 directions très importantes - les moteurs , les télécommunications , l' informatique , le tunnel sous la Manche , que sais -je encore - de multiplier les actions bilatérales , et vous savez bien que c' est possible ; elles s' étaient endormies ces temps -ci .

Ce n' est pas Madame Thatcher et François Mitterrand : c' est l' Angleterre et la France , et admettons quand même qu' il y a quelque chose à faire ensemble , et même beaucoup : on l' aurait peut-être oublié .

Si nous avons des positions différentes sur le développement de la politique agricole commune , eh bien ! il faut qu' on en discute , et j' accepte d' en discuter .

Le traité , c' est le traité ; la préférence communautaire , l' unité des prix , ce sont des bases sur lesquelles on ne peut pas négocier puisqu'on a déjà négocié : c' est fait - ce n' est pas signé , mais la signature de l' Angleterre , j' ai toujours su que c' était une signature en or - donc , je ne doute pas une seconde que ce qui est fait soit fait , à condition bien entendu de s' adapter aux circonstances , lorsqu' il le faut et j' aborde la discussion du mandat en estimant qu' il ne faut pas se contenter d' une approche budgétaire .

Voilà ce que je pense à ce sujet .

Sur le développement et la contagion du mitterrandisme - je vous laisse la responsabilité de l' expression : elle n' est pas de moi , je ne l' aime pas beaucoup , ce sont des manies de langage qui me paraissent insupportables , enfin , c' est comme cela - je ne me fais pas beaucoup d' illusions , du moins sur le court terme mais je m' en réconforte aisément parce que vous savez que la France , c' est la France .

La France ne peut pas se suffire à elle-même sur le plan de ses échanges - il n' est pas question de cela - nous sommes dans une communauté dont les règles sont fixées , nous y tenons , mais en tant que force de proposition , en tant que capacité nationale , en tant qu' exemple historique , en tant que poids sur l' Europe : pas de mitterrandisme , monsieur Broussine , c' est la France , et la France a des vertus contagieuses .

J' ajoute qu' au vu d' un certain nombre d' expériences , faites par quelques-uns de nos voisins , je pense qu' ils finiront par regarder un peu de notre côté en se disant : après tout , puisque toutes nos issues sont bouchées , celle qu' ouvre la France n' est peut-être pas si mauvaise que cela .

Comme je le disais à mes partenaires , à mes 9 partenaires à Luxembourg - et je le disais absolument sans présomption , sans vanité , simplement par amour du droit public , je leur disais : moi j' ai 7 ans - et je n' ajoutais pas ( je le dis simplement en confidence ) cela ne sera reproduit nulle part : lequel d' entre eux pouvait en dire autant ? La France a -t-elle le moyen de contribuer au développement du tiers-monde ? Oh ! elle a des moyens à sa mesure qui ne sont pas minces , je viens de le dire , ne me faites pas répéter ce que j' ai déjà dit : nous avons pris parti pour la recommandation qui nous était faite du 0,7 % de notre produit national brut , nous avons pris parti - nous l' avons même recommandé - pour le 0,15 % des pays les moins avancés ; nous avons pris parti pour qu' il existe une politique de l' énergie dans le tiers-monde ; nous avons pris parti pour la réforme de certaines institutions internationales ; nous avons pris parti - cela aurait dû être le premier point de mon exposé - pour la régularisation des cours des matières premières ou leur stabilisation .

Comment voulez -vous établir le moindre plan de codéveloppement avec quelque pays africain que ce soit - et les autres - si leurs matières premières principales , qui assurent , quand elles l' assurent , leur équilibre , s' effrondrent l' année suivante , au seul gré de la spéculation .

La spéculation , vous en seriez surpris - hors les spécialistes qui se trouvent dans cette salle - reposant sur la décision , dans quelques bureaux de Londres ou d'ailleurs , de 7 ou 8 spéculateurs internationaux .

Eh bien , la France ira dans les assemblées internationales ; bientôt à Cancun , au Mexique , après être passée par les Etats-Unis d' Amérique , la France dira cela et d' une autre façon : vous le saurez à ce moment là .

Les visites de chefs d' Etats africains : elles ont lieu , elles vont continuer .

Nous avons une politique africaine , et je crois que rarement l' harmonie entre la France et ces Etats aura été établie à ce degré : on le constatera lors de la venue de la plupart d' entre eux à la conférence franco-africaine du début du mois de novembre .

Je recevais en effet , récemment le président Goukouni , du Tchad , et je lui disais : ce qui importe , c' est l' unité de votre pays et c' est son indépendance , mais je ne pose pas en condition l' arrivée des médecins , des ingénieurs ou des techniciens français à N' Djamena - pour faire marcher les choses - à je ne sais quelle condition politique préalable .

La France est présente partout où elle le doit , et la France est présente : la France a , de ce point de vue , une vue des rapports internationaux , elle n' entend pas , par son absence , créer une sorte de vide qui aspirera très rapidement les ambitions des superpuissances .

Si l' on veut servir la paix , nous la France , il convient d' être présents , parce que nul ne doute de la France dès lors que l' on parle d' ambition , d' impérialisme ou de gage à prendre .

Paris-Mexico , oui , une déclaration commune singulière , originale , a été établie par le Mexique et par la France , afin d' indiquer qu' il conviendrait qu' au Salvador on arrêtat le génocide , et que pour cela il fallait absolument reconnaître la réalité des mouvements populaires aujourd'hui en lutte contre le gouvernement de la junte .

" Nous nous mêlons de ce qui ne nous regarde pas " , ont dit certains - j' ai dit quels sont ces " certains " et comment ils se sont prononcés - mais combien d' autres nous ont approuvés .

Mais alors , il serait interdit d' avoir une opinion sur le devenir de la Pologne ? il serait interdit d' avoir une opinion sur le devenir de l' Afghanistan ? il serait interdit d' avoir une opinion sur le devenir du Cambodge ? Nous pensons , nous , que toute ingérence extérieure qui ruine les espérances de ces peuples est une ingérence détestable et qu' il faut interdire .

La Pologne , même principe , pas d' ingérence extérieure .

C' est vite dit : comment nier la réalité de l' issue de la dernière guerre mondiale ? Mais , au moins , s' était établie une sorte de consensus : dans ce pays doté de ses institutions est né un puissant mouvement syndical parti du monde des travailleurs , particulièrement du monde ouvrier , grand témoignage de l' affirmation des libertés syndicales à partir duquel se pose le problème de la liberté .

Qui pourrait établir dans l' arbitraire des cantons de la liberté sans que l' on ait envie de franchir aussitôt les frontières qui vont de l' un à l' autre ? Mais si la France a apporté son aide matérielle , et j' espère psychologique , inlassablement pour permettre aux Polonais de supporter la crise qu' ils subissent aujourd'hui , nous nous gardons d' aller plus loin , dans la mesure où nous voulons que chacun mesure son degré de responsabilité .

Et nous ne parions pas sur le malheur : s' il devait se produire , la France bien entendu examinerait de quelle façon cette contagion de la puissance ou de l' ingérence devrait être arrêtée , et cela ne pourrait se concevoir bien entendu selon les moyens qui sont les nôtres , que dans le cadre d' un équilibre déjà si fragile .

Mais en tout cas nul ne peut aujourd'hui espérer ruiner le droit des peuples à disposer d' eux-mêmes sans que la France en appelle à la conscience : c' est bien peu de chose auprès des mitrailleuses ou bien des fusées - il m' est déjà arrivé d' écrire que la phrase sarcastique d' un chef d' Etat parlant des divisions dont disposait le Vatican était peut-être paroles légères - la force n' est pas seulement dans les armes .

J' ajoute et cela est important , que bien des questions ont été posées et mériteraient d' être posées , si nous en avions eu le temps , sur les relations Est-Ouest .

J' ai dit peu de chose des rapports de la France avec l' Espagne , il est impossible de traiter des relations pays par pays , d'autant plus que se trouve devant moi un journaliste qui est mon partenaire habituel - je crois que j' en suis peut-être à la quinzième fois où je lui explique mes positions depuis le début de l' année - mais je conçois fort bien que , s' adressant à un public , il remplisse son rôle et qu' il fasse son métier en me reposant la question .

Négociation sur l' entrée de l' Espagne dans le Marché commun : si je suis favorable à la négociation , elle doit s' ouvrir , mais il faut que l' Espagne sache qu' elle repose , du côté français , sur un certain nombre de réalités , de caractère économique , agricole , industriel , de caractère aussi régional et que l' on ne pourrait pas rendre simplement arbitres les 9 autres partenaires de la France dans l' Europe pour trancher ce problème .

Il faudrait bien se rendre compte que l' on peut difficilement discuter du problème du vin espagnol sans poser peut-être en même temps le problème du soja américain : cela paraît peut-être bizarre , mais nous nous comprenons ...

Je voudrais également vous dire que je regrette que les relations franco-espagnoles ne soient pas autant améliorées que je l' aurais souhaité : cela est dû à la rudesse des temps , à la nature des choses , à un certain nombre de réalités politiques que je voudrais bien réduire .

La France a déjà dit qu' elle n' extradait pas , vous le savez , elle ne doit pas non plus , bien entendu , même indirectement , " prêter la main " à tout ce qui pourrait déstabiliser la démocratie espagnole courageusement tenue , respectée , sauvegardée par ceux qui en ont la charge , et la France témoignera - et fera plus que témoigner dans ce sens , croyez -moi - le reste est du ressort des gouvernements .

Pour ce qui concerne le consulat de Turquie , je ne connais pas , pour l' instant , le détail de cette affaire - nos forces de police ont une mission - naturellement , elles ne peuvent pas toujours prévoir le crime ou les actions de violence - nous sommes au milieu même de cette action , il serait prématuré pour moi de m' exprimer ou de me prononcer .

Le ministre de l' intérieur ministre d' Etat , est un homme qui sait ce qu' il doit faire , et je lui fais la plus grande confiance pour mener cette affaire à bien - c'est-à-dire pour tenter d' éviter le pire - et le premier ministre n' a pas manqué de s' informer d' heure en heure , sauf , bien entendu , pendant le temps que nous passons ensemble , étant bien entendu que nos services , eux , restent sur le pied de surveillance indispensable .

Je voudrais en terminer avec le principal , c'est-à-dire les relations Est-Ouest , la position de la France sur le plan de son armement , sa stratégie .

Je crois avoir dit dans ma déclaration liminaire comment je conçois les relations Est-Ouest : que de traductions approximatives vraiment ! Je " collerais " aux Etats-Unis d' Amérique - c' est une question que pose un grand journal aujourd'hui - je " colle " ( je ne sais d'ailleurs pas si ce journal approuve ou n' approuve pas - à mon avis , il approuverait plutôt , il ne veut pas le dire : il faut bien que je sois , même sur ce plan , sujet à critiques ) : alors , je ne colle pas du tout à l' Amérique , puisque le même journal , tout aussitôt - il n' est pas le seul - s' étonne , dans la rubrique suivante , de ce que j' ai une politique radicalement opposée à celle des Etats-Unis d' Amérique à l' égard de l' Amérique centrale , et d' une façon générale des pays d' Amérique latine , et il dit " c' est illogique " .

C' est parce que le journaliste en question n' a pas aperçu que ma logique était celle de mon pays , était celle de la France , qui n' a à coller à personne .

La sécurité de la France tient à sa capacité de se défendre elle-même d'abord , ensuite à la qualité et à la rapidité de ses alliances .

A cet égard , ce sont les Etats-Unis d' Amérique , qui sont nos alliés , avec treize autres , et il est bien normal de considérer ce qui renforce cette alliance défensive - devenue , malgré nous en tout cas malgré nous la France , un bloc ( car je souhaite la disparition simultanée des blocs militaires ) - et de souhaiter que cette alliance dispose du moyen d' assurer la sécurité de l' Occident , sans doute , de son aire géographique en tout cas , et de la France .

Si j' aperçois un déséquilibre , alors j' interviens : une question très judicieuse m' a été posée , celle de savoir quelle était l' exacte vérité .

Pour cela , faites -moi confiance , Monsieur , j' ai dit tout ce que l' on pouvait dire des documents secrets - confidentiels pour le moins - dont je dispose .

je me suis fait communiquer tous les documents qui pouvaient émaner de l' étranger , j' ai décidé la convocation d' un comité de défense nationale sur cette question : quelle est la vérité , quel est le rapport de forces ? Grosso modo , les thèses sont celles -ci : les Américains disent : " l' état des commandes fait qu' en 1985 la force stratégique soviétique sera la plus forte " ; ce à quoi les Soviétiques répondent : " non , ce n' est pas exact , même en Europe , il y a équilibre , du moins sur le plan des armes de théâtre , disons le nucléaire tactique " ; ils ne vont pas jusqu' à dire : " ce n' est pas exact sur le plan des forces conventionnelles " , parce que , là , chacun sait que l' Union Soviétique dispose d' un énorme avantage .

Ma conclusion personnelle est qu' en effet , jusqu' en 1984 1985 , l' équilibre réel stratégique est maintenu , qu' à partir de 1985 il risque de pencher de telle sorte que l' Union Soviétique disposera d' une plus grande puissance , et que l' ensemble des projets américains , tels qu' ils ont été définis par les autorités compétentes , et tels qu' ils seront soumis au Sénat américain , aboutiront à partir de 1985 1986 , à inverser le rapport de puissance et à permettre aux alentours de 1990 sans doute , un avantage américain .

On s' y perd .

Je veux dire que , si l' on doit attendre pour négocier de savoir à quel moment celui -ci aura lancé la balle plus haut que l' autre , on ne négociera jamais .

Mais j' appartiens au monde et à l' ensemble des forces choisies par mon pays , et je n' ai pas l' intention de changer : il est normal que je veille à ce qu' au moins la démonstration ne soit pas faite que , réellement en 1985 , et potentiellement en 1981 , ce soit l' Union Soviétique et ses alliés qui disposent du moyen qui leur permettrait , en l' espace de quelques instants , de dominer le monde .

Je ne prête pas d' intention agressive à l' Union Soviétique , d' intention belliqueuse - c' est un grand peuple qui a beaucoup souffert de la guerre , et ses dirigeants ont vécu cette époque - je dis simplement qu' on approche du temps où des générations nouvelles ne l' auront pas connue et je ne veux pas que le simple rapport de forces soit à ce point déséquilibré que la guerre en surgisse et c' est pourquoi j' ai jeté un cri d' alarme devant l' installation massive des ss 20 .

Je souhaite que les dispositions prises dans le plus bref délai - elles le sont du côté occidental - soient suivies tout aussitôt , c'est-à-dire avant la fin de l' année , par une négociation entre les grandes puissances qui , seules sont en mesure d' engager la négociation non pas sur l' arrêt du surarmement mais sur le désarmement .

On me dira : " Et vous , la France ? " Mais , attention , les choses sont un peu différentes - nous sommes , nous en Europe , nous disposons naturellement de moyens stratégiques et de moyens tactiques - à nous ne se pose pas le problème du franchissement de l' Atlantique - vous savez ce qu' on appelle " stratégique " , ce qui traverse l' Atlantique , et " tactique " , ce qui ne le traverse pas , façon assez sommaire , mais assez juste de parler .

La France cherche la dissuasion et elle l' a acquise , c'est-à-dire qu' elle a dépassé le seuil à partir duquel on pourrait douter de notre force et de notre engagement .

Le territoire national sera défendu contre toute agression et par les moyens dont nous disposons , qui ne sont pas les moyens de la défense graduée , et nous n' avons pas le moyen - parce que nous passerions au-dessous de la barre qui ruinerait notre situation - de négocier une partie de notre armement nucléaire , et , au demeurant , nous refusons absolument d' être considérés comme partie prenante dans ce gigantesque défi que se sont lancé les superpuissances - hors de proportion avec ce dont nous disposons - de telle sorte que nous comptons être , dans cette affaire , des éléments de transaction , de discussion , pour le désarmement et la sécurité collective .

Nous offrirons toutes les occasions : Paris est une belle et grande capitale , si l' on veut s' en servir , on y trouvera , de part et d' autre , le meilleur accueil pour que s' engagent dans un délai raisonnable - ce délai raisonnable , je viens de le fixer - les grandes négociations sur le désarmement .

A l' égard de l' Union Soviétique , je l' ai dit également tout à l' heure : réunira -t-on la grande commission ? Mais oui , elle est déjà convoquée et mon ministre d' Etat chargé du commerce extérieur , monsieur Jobert , conduira la délégation française - elle est déjà désignée - qui participera en décembre , je crois , à Moscou , à la grande commission .

Nous avons continué de tenir nos engagements et nous nous réjouirons de tout échange de vues qui nous permettra de préserver la qualité de nos échanges et , si possible , de discuter sérieusement des conditions de la paix .

C' est quand même normal que cela ne nous fasse pas plaisir d' avoir , pointés sur nous , sur l' occident de l' Europe , des moyens extraordinaires ( les fusées SS 20 ) capables de détruire la totalité du dispositif militaire occidental du nord de la Norvège au sud de l' Italie ; c' est quand même normal qu' on en parle , comme il est normal qu' on parle d' Israël , qu' on parle des pays arabes , qu' on parle des uns et des autres .

J' en aurai fini en vous disant que la politique internationale de la France refuse tous les interdits : nous refusons les interdits américains , les interdits soviétiques , les interdits des uns , les interdits des autres : il n' y a pas de zones où nous ne soyons décidés à nous trouver présents si c' est dans l' intérêt de la France , et dans l' intérêt de la paix .

Que reculent les idées reçues , les habitudes de pensée : nul ne nous dictera notre conduite , et particulièrement pas sur la bombe à neutrons .

Vous voulez nous mettre encore en opposition avec le parti communiste .

La politique du gouvernement , c' est celle que j' ai définie : la bombe à neutrons continue d' être étudiée en France , nous sommes d'ailleurs déjà placés fort loin dans cette étude , nous n' en voyons pas l' application dans les temps présents , donc nous ne la fabriquons pas : c' est tout ce que j' ai à vous dire .

Si vous avez réfléchi à ces choses , vous savez qu' il y a une sorte d' incompatibilité entre la stratégie qui consisterait à organiser la bataille de l' avant et à faire jouer ensemble nos forces nucléaires pour un autre objectif que la défense sacrée de notre territoire , ce qui n' interdit aucunement à la France de remplir ses obligations , au regard de son allié .

Comme il s' agit là de problèmes en forme de mosaïque , qui n' ont pas forcément un lien entre eux , toutes les 2 ou 3 questions j' interviendrai : je répondrai tout de suite à monsieur Lecat , sécurité-violence .

L' analyse des socialistes , vous la connaissez , vous avez bien voulu la rappeler : nous ne pouvons pas séparer , nous , les conséquences des causes , et nous pensons en effet qu' une certaine conception de la ville bâtie uniquement pour le profit de quelques-uns n' est pas un facteur , de paix sociale .

Nous estimons que le problème doit aller au fond et que la façon dont on construit une ville , un ensemble d' habitations , une maison , la façon dont on équilibre la pierre et l' espace vert , la façon dont on organise les échanges , tout cela commande et pour beaucoup les relations sociales .

Si le gouvernement doit sévir afin d' assurer la sécurité des Français , il sévira par les moyens de police .

Par les moyens de police : je n' ai pas la religion de l' ordre moral de Mac-Mahon et de quelques autres , par la suite , je n' ai pas la religion du maintien de l' ordre au nom significatif , mais tout ce qui représente le consentement social d' hommes et de femmes appelés à vivre ensemble et à se respecter , ce tissu-là je ne le laisserai pas déchirer .

Quant aux mesures de sécurité , je vous rappelle ou vous informe que le ministre d' Etat chargé de l' intérieur a déjà fait décider - dans le cadre de nos premières dispositions - le recrutement de 6000 hommes , la création de 6000 emplois , pour les forces de sécurité , notamment des gardiens de la paix , ces pacifiques gardiens qui nous sont chers .

Les gouvernements précédents avaient prévu la création de 1000 emplois pendant 5 ans , nous en avons créé 6000 cette année , avec bien entendu tous les moyens adéquats , moyens de circulation , plus la formation des hommes , formation continue , formation accélérée , et tout ce que cela peut représenter d' animation sociale .

De même sur le plan de la gendarmerie , qui dépend du ministère de la défense , le ministre de la défense a déjà prévu le recrutement d'abord de 1000 gendarmes et parmi ces gendarmes de 125 femmes ; de même que dans les forces de police , il a été décidé de recruter des femmes , car bien des problèmes se posent aux femmes qui ne peuvent être réglés que par des femmes , sur le plan de la prévention ou de la répression .

Les brigades , au lieu de comprendre 5 hommes , en comprendront 6 .

En fait , il y aura 8000 personnes qui n' avaient pas été prévues par les gouvernements précédents .

Nous ne faisons pas reposer la paix sociale uniquement sur ces données , bien entendu , mais mon préambule a dû suffire à me faire comprendre .

Pour ce qui concerne les moyens audiovisuels , et disons les interventions des pouvoirs publics , le cas échéant la crainte que j' inspirerais par mes interventions répétées , je dois m' excuser actuellement auprès de messieurs Guy Thomas , Jacques Boutet et Pierre Desgraupes , que je n' ai pas eu l' occasion de rencontrer depuis que je suis président de la République et en tout cas depuis qu' eux-mêmes sont présidents des chaînes , et auxquels je n' ai pas eu l' occasion de téléphoner non plus , ni directement ni indirectement .

Je m' en excuse auprès d' eux : là j' ai manqué vraiment au devoir le plus élémentaire de la politesse , je le ferai bientôt , bien entendu .

J' ai eu le plaisir de rencontrer une fois madame Michèle Cotta au cours d' un dîner amical .

Peut-être ignorez -vous ces statistiques : savez -vous combien de journalistes et de non-journalistes , c'est-à-dire de directeurs de chaînes , qui ne sont pas journalistes mais qui l' ont été , sont partis - nous ont quittés - depuis le 21 mai , par démission ou par licenciement ? toutes catégories confondues , tous postes et chaînes confondus , moins de 10 personnes .

Savez -vous combien de personnes ont été licenciées en 1968 : 60 ! 60 journalistes : 38 à la télévision , 22 à la radio .

Savez -vous combien de personnes ont été licenciées en 1974 ? 274 ! 122 à la télévision , 132 à la radio , 20 dans les diverses administrations , plus 55 retraités d' office .

Savez -vous combien de licenciements ont eu lieu entre 1968 et 1980 , compte tenu de ces dates repères ? plus de 500 licenciements , entre les postes périphériques et les postes nationaux .

Est -ce que ma réponse vous suffit ? Je voudrais d' autre part vous indiquer - et je pense que ma réponse ira au-delà de vous vers ceux qui , avec un peu d' impudeur , parlent d' intolérance - que je l' admets de la part de ceux qui ne savent pas , mais s' agissant non seulement de ceux qui savent , mais de ceux qui ont conduit la politique antérieure , je laisse le soin à l' opinion publique , aux Françaises et aux Français , de juger .

Alors , en ce qui concerne une affaire récente , celle de Matra , voilà qu' on décide la nationalisation , à 51 % tout au moins , de Matra .

On était quand même dans l' embarras : on avait dit " on va nationaliser l' armement " - cela on l' avait dit il y avait déjà plusieurs années , on se répétait - mais nous ne pouvions pas suivre à la même vitesse l' évolution de ce groupe et , voulant nationaliser l' armement , ce qui était le b-a ba - cela avait déjà été décidé en 1936 , nous avions bientôt un demi-siècle de retard - on s' est naturellement aperçu que ce groupe s' étant étoffé , on laissait comme cela orphelins , vivant par le bénéfice de l' armement , un certain nombre de secteurs , notamment l' espace , l' électronique , plus une série de projets remarquables , modernes , industrie de pointe , mais qui ne pouvaient être soutenus que par la présence de l' armement : impossible de couper au milieu de ce groupe sans condamner à la disparition , et donc au chômage , un certain nombre de travailleurs qui ne le méritaient certes pas .

Et puis voilà ... qui donc a décidé d' acheter , si j' ose dire - ce sont des allitérations qui viennent de l' esprit sans qu' on sache pourquoi - le groupe Hachette ? qu' est -ce qui obligeait un groupe industriel vivant essentiellement de commandes d' Etat , donc dépendant du pouvoir central , à acheter Europe 1 ? Moi j' ai trouvé cela dans l' escarcelle ! Un certain nombre de journalistes et de dirigeants ont été indignés à la pensées qu' on nationalisait le groupe Matra .

J' ai donc dit qu' on ne nationalisait pas , mais on trouvait là dans un tiroir un journal en Alsace , un grand poste périphérique et la librairie Hachette : oui , mais ce n' est pas nous qui les avons mis ! Les mêmes journalistes et directeurs , dont j' admets qu' ils sont authentiquement les défenseurs de la liberté d' expression , nul n' en doutera , avaient 2 occasions de protester : ils ont simplement raté la première .

Il est très choquant de se trouver par le hasard des choses pendant quelques temps à l' ombre de l' Etat , jusqu' à ce que l' Etat s' en défasse , mais il n' était pas choquant d' être directement sous l' autorité d' un groupe industriel qui , lui-même , dépendait directement de l' Etat par toutes ses commandes .

Arrêtons-là et passons aux autres questions !

L' éducation nationale : j' ai dit en tant que président de la République ce que j' avais dit en qualité de candidat .

C' est , en effet , l' objectif des socialistes - dont j' étais l' interprète , et je n' ai aucune raison - que de fois l' ai -je dit - de changer de politique en changeant d' état - mais vous savez bien , et vous auriez pu le dire à ma place , que j' ai également toujours dit que je n' entendais rien imposer qui pût froisser les consciences , et que la politique désirable , expliquée dans les termes les plus simples et les plus clairs par les socialistes et par moi aujourd'hui , supposait , en toute circonstance , la concertation et la négociation .

Je connais trop la France , j' ai trop vécu la vie de mon pays , dans la paix et dans la guerre , pour ignorer avec quelles précautions et quelle sagesse on doit aborder ces terrains difficiles .

Mais que cela ne soit pas à sens unique .

Pendant combien d' années les membres de l' éducation nationale publique ont -ils eu raison et ont -ils pu redouter les avancées constamment renouvelées de ceux qui empiétaient sur leurs droits légitimes ? qu' aujourd'hui , les choses étant renversées sur le plan du pouvoir politique et des choix principaux , ils éprouvent le besoin qu' on revienne sur certaines de ses dispositions , comment ne pas les comprendre ? Mais aussi mon devoir à moi , et celui du gouvernement , est de veiller à ce que soit préservée , surtout dans ce domaine , l' unité nationale .

Certains d' entre nous pensent que l' unité nationale sera d'autant mieux servie qu' un grand service de l' éducation nationale laïque réunifiée aura été bâti , mais on ne construira pas cette unité en commençant par la défaire : voilà pourquoi la démarche que je préconise est celle de la négociation fraternelle , le mot " fraternel " étant là comme une sorte de défi aux passions qui s' opposent .

Référendum à la Suisse : oui , je suis pour .

Cela suppose une très profonde réforme constitutionnelle : je ne suis pas en mesure d' engager des réformes constitutionnelles alors que j' ai tant à faire : cela justifierait le reproche qui m' a été fait de tout entreprendre dans les premières semaines .

Pour l' instant , les institutions , comme vous le voyez , je m' en accommode , et pour ce qui mériterait d' être changé - combien de dispositions le mériteraient - disons que je prendrai mon temps , mais ce sera fait en temps utile .

Une mauvaise note : mais je suis de ceux qui ont constamment la pratique de ce qu' on appelle l' examen de conscience , et je trouve précisément que tout va trop lentement , et la lutte contre le chômage , et la lutte contre la vie chère , et le redressement de notre commerce extérieur , et la restructuration de notre industrie , et je crois savoir , c' est peut-être une des raisons de notre solide entente , que monsieur le premier ministre est comme moi , et quand les choses ne vont pas , c' est à nous-mêmes que nous nous en prenons , pas aux autres .

Pour l' instant , nous sommes dans le mouvement de l' action et nous pouvons dire avec sérénité que pas un chômeur n' est aujourd'hui imputable à la politique que nous menons : prenons garde à ce que nous ne puissions affirmer la même chose dans quelques mois ; ce sera en tout cas , croyez -le , ma préoccupation principale .

Les radios locales ou radios libres : il existe un monopole - ce monopole ne sera pas détruit - le problème est de savoir dans quelle mesure ce monopole acceptera - et il devra l' accepter - un certain nombre d' amodiations qui permettront à des expressions nouvelles d' être en mesure de disposer d' un instrument .

Le fait associatif est reconnu par nous comme fondamental , selon les critères qui seront définis par le gouvernement , par les assemblées , enfin par qui le voudra ou par qui sera compétent , ces critères seront établis , je n' ai pas à en faire état ici , ils seront larges .

Le problème essentiel à propos duquel vous me posez cette question , c' est celui de la publicité , qui est très difficile à régler .

Nous nous sommes inspirés - en tout cas dans l' état actuel de notre réflexion , en attendant le vote de la loi principale qui sera adoptée par le Parlement , au mois de janvier prochain , lors d' une session extraordinaire - du fait que l' on ne livre pas l' apparente liberté d' expression reconquise aux grandes puissances de l' argent et aux forces de la revanche appuyées sur ces forces de l' argent , qui , très rapidement , avec les moyens de la publicité , vous le savez bien , vont étouffer les audacieux , honorables , intelligents et intéressants jeunes gens , jeunes femmes et jeunes hommes qui tiennent à leurs radios libres .

Ces radios libres , elles existeront , mais privées du nerf de la guerre , la publicité , elles ne le pourront pas .

Il faudra examiner de quelle manière elles pourront vivre : soit reposant sur des associations qui disposeront du moyen du militantisme , soit - pourquoi pas ? - sur la puissance publique car le monopole , avec sa publicité , permettez -moi de vous le dire , fait des bénéfices - il est tenu par des règlements - qui , je crois , doivent atteindre le quart des ressources générales de la radio-télévision ...

Il peut y avoir , en effet , une sorte de caisse de péréquation pouvant être mise à la disposition des associations qui justifieront de leur droit , sans but lucratif , de s' exprimer par les moyens des radios libres : voilà ce que je peux vous dire pour l' instant à ce sujet .

Les sous-marins nucléaires , ou les porte-avions nucléaires : le programme antérieur sera suivi et même accéléré .

Le sixième sous-marin est en voie de construction , après avoir connu 3 ans de retard ; j' ai déjà dit que j' entendais tout aussitôt engager la construction du septième , qui nous permettra , à partir des années 1990 , de disposer d' une mobilité constante pour au moins 3 de ces sous-marins nucléaires , et donc d' assurer à longue portée la sécurité de la France .

Quant à la peine de mort , quelle que soit la petite malignité de la question , je vous dirai que si , en effet , comme membre du groupe socialiste , j' ai signé une disposition qui était due au fait que , dans le groupe parlementaire socialiste la discipline joue , chacun sait au sein de ce groupe la position que j' ai prise : la suppression de la peine de mort , je n' ai pas attendu d' être président de la République pour la proposer .

Comme vous le savez , cette disposition a été abandonnée par le groupe socialiste , qui a choisi de préférer sans nuance et sans détail l' abolition de la peine de mort , en attendant que le code pénal réformé permette de mettre en ordre les peines qui répondront aux crimes .

Pour ce qui concerne l' énergie nucléaire , je résume mon propos : l' indépendance énergétique de la France sera assurée .

On peut débattre de la quantité de nucléaire apportée par le gouvernement précédent - de la quantité de production d' électricité à base de nucléaire - et de celle que nous ferons sans doute au total , parce que nous aurons davantage recours aux économies d' énergie et parce que nous aurons recours aux énergies nouvelles , au charbon , à toutes les implications industrielles que cela recouvre : tout cela veut dire que la France disposera , dans les années prochaines , de son indépendance énergétique .

Mais un débat aura lieu , ouvert à tous les Français , au début du mois d' octobre , il sera porté au Parlement et on pourra y entendre la réponse du gouvernement .

On a parlé tout à l' heure de mes voyages : je dois vous informer que j' irai samedi prochain en Arabie Saoudite pour un voyage de 2 jours pleins , que je me rendrai en Algérie dans la deuxième quinzaine de novembre , que je compte me rendre en Israël dans le premier trimestre de l' année 1982 .

J' ai reçu beaucoup d' autres invitations , mais j' ai décidé quant à moi de me rendre dans chacun des pays de la Communauté européenne , accompagné de plusieurs ministres .

Si j' entends préserver et accroître la bonne et saine amitié franco-allemande , si j' entends réveiller les bonnes relations franco-britanniques , j' entends traiter comme il convient de les traiter , c'est-à-dire comme les partenaires à part entière , les autres pays de la Communauté : avec plusieurs membres de mon gouvernement , je me rendrai dans chacun de ces pays , c'est-à-dire de ces 7 autres pays .

Un débat a eu lieu récemment à propos de ce que l' on a appelé la fête nationale du 19 mars : une conférence se tiendra avec l' ensemble des associations de rapatriés , anciens combattants , qui pourront confronter leurs points de vue .

Le ministre des anciens combattants vous en a informé .

Je tiens simplement à dire que s' il s' agit de décider qu' une date doit être officialisée pour célébrer le souvenir des victimes de la guerre d' Algérie , tout en laissant les partenaires de la conférence nationale en débattre , cela , à mes yeux , ne peut pas être le 19 mars , parce qu' il y aura confusion dans la mémoire de notre peuple .

Je trouve parfaitement normal qu' une association l' ait choisie pour elle-même , mais au niveau du pays une date devra être choisie , qui ne pourra pas s' ajouter aux fêtes nationales - au même plan que le 11 novembre , le 8 mai , la célébration du souvenir de la déportation - mais qui marquera le recueillement national .

Cela ne pourra pas être le 19 mars : ce n' est pas l' acte diplomatique , rendu nécessaire à l' époque , qui peut s' identifier à ce qui pourrait apparaître comme un grand moment de notre histoire , d'autant plus que la guerre a continué , que d' autres victimes ont été comptées , et qu' au surplus il convient de ne froisser la conscience de personne .

Pourquoi ai -je demandé au gouvernement , lorsque nous avons débattu au sein du conseil des ministres du projet budgétaire , que 2 budgets , la recherche et la culture , se voient largement augmentés au-delà des propositions usuelles ou de celles que nécessitait l' érosion monétaire ? C' est parce que je veux que les Françaises et les Français , et particulièrement les jeunes filles et les jeunes hommes , sachent que le champ s' ouvre pour leur imagination , leur capacité d' énergie , leur maîtrise du monde , leur goût de vivre , leur enchantement devant la capacité de l' homme face à la matière : c' est avec cela que la France sera , plus qu' elle ne l' est aujourd'hui , le pays du renouvellement et des chances .

C' est par la culture et le champ esthétique , et le champ de l' éthique - tout simplement le champ de la connaissance - c' est par la recherche , la maîtrise des éléments bruts dont l' homme dispose , et dont il ne connaît sans doute que l' alpha très loin de l' omega , la culture et la recherche .

Pourquoi ai -je pesé pour que fussent nommés à de hauts postes de commande dans l' Etat ou dans les secteurs para-étatiques des hommes qui ne sont pas issus de grands corps ? J' ai beaucoup de respect pour les hommes et les femmes qui sont passés par les grands concours : nous en avons besoin , et nous comptons sur eux , et ils sont auprès de nous , vous le savez bien , en grand nombre - parfois même , on nous plaisante un peu là-dessus , il y en a trop , nous dit -on - mais , il n' y a pas assez , en tout cas , de ceux qui sont les capitaines , et non pas les généraux , de ceux qui n' ont pas , ou qui n' avaient pas les moyens de la fortune pour franchir toutes les étapes de l' université ou des grandes écoles , de tous ceux qui ont conquis leurs mérites dans le métier , dans le syndicalisme , dans l' affirmation de leurs qualités au plan associatif , de tous ceux qui ont montré qu' ils avaient quelque chose en eux-mêmes sans que cela soit encore reconnu par les diplômes de la société .

Je veux que ceux-là , dans les 7 ans qui viennent , accèdent aux postes de responsabilités .

Les jeunes , que j' appelle à toutes les merveilles de la recherche et de la culture , doivent savoir qu' il n' y a pas d' obstacle pour ceux qui ont l' ambition , l' énergie et la qualité de diriger la France , de participer aux responsabilités là où ils se trouvent , d' où la décentralisation .

Cela aussi , je tenais à le dire .

Il est quand même intéressant de savoir que , sur le plan de la recherche , la loi de finances a retenu , à la demande du ministre d' Etat chargé de la recherche et de la technologie , 800 chercheurs , plus 600 autres - en plus de ceux qu' on appelle les ingénieurs , techniciens , et cetera - c'est-à-dire , parmi bien d' autres postes administratifs 1400 chercheurs .

La réunion de la loi de finances et du collectif a abouti à augmenter de 4 à 5 % le nombre de postes en plus chaque année , tandis qu' est prévu un colloque pour les 13 et 16 janvier 1982 : au cours de ce colloque sera examinée la politique scientifique et de recherche du pays ; il donnera naissance à une loi d' orientation et de programmation pour la recherche et le développement de la technologie , pour février 1982 .

Ont été déjà mises en place 6 missions prioritaires : l' électronique , la biotechnologie , les énergies nouvelles , la transformation des conditions de travail .

Va être mis en oeuvre tout ce qui touche la recherche pour les pays en voie de développement , ainsi que la robotique , sans oublier la mise en place à Paris d' un centre mondial qui veillera à ce que l' on puisse franchir les étapes aujourd'hui manquées de notre industrie de pointe par le micro-processeur et le micro-ordinateur , facteurs à la fois d' accélération de la productivité et de création d' emplois , c'est-à-dire la meilleure solution aux problèmes qui nous sont posés .

Quant aux problèmes de culture , j' ai fait décider que le fameux 1 % pour la culture serait mis à exécution dans les 2 ans qui viennent - le budget atteindra cette fois -ci 0,75 % - le 1 % sera donc atteint l' année prochaine .

J' ai demandé la réintroduction - et monsieur le ministre de la culture avec moi - de la culture dans le Plan , dont elle était absente ; j' ai demandé que la généralisation du 1 % des constructions publiques soit appliquée aujourd'hui à l' éducation nationale : quel champ ouvert aussi aux artistes , aux créateurs de toutes les disciplines qui vont avoir des commandes ! J' ai pris en compte , bien entendu , le développement du musée d' Orsay - un nouveau président-directeur-général a été désigné , le précédent ayant quitté son poste - le développement de La Villette , le développement de La Défense , qui seront des oeuvres qui , je l' espère , marqueront l' esthétique moderne en même temps que l' urbanisme .

J' ai également pris la décision , sans vouloir désobliger personne , de rendre le Louvre à sa destination .

De ce fait , j' ai demandé au premier ministre de prévoir l' installation et la construction du ministère des finances dans des lieux aussi nobles qu' il le mérite , mais sans qu' il y ait de confusion excessive entre l' état de fonctionnaire de cette noble maison et les objets d' art qu' il convient de montrer au public .

Une première biennale Nord-Sud sera inaugurée en 1983 , à la fois à Beaubourg et au Grand Palais .

Nous célébrerons le bicentenaire de la Révolution , en 1989 , et il faut préparer cela dès maintenant .

Nous bâtirons une cité internationale de la musique .

Nous allons mettre en pratique la fondation européenne pour la culture - ce qui nécessitera aussi certaines constructions - ainsi que la maison de l' Islam .

J' ai engagé les premières conversations pour que place soit faite à la France pour une exposition universelle en 1989 , deuxième centenaire de notre première révolution , le premier centenaire ayant été célébré par une exposition universelle dont il nous reste beaucoup de choses , et notamment la Tour Eiffel .

Au travers de cette exposition universelle , c' est le chantier ouvert à l' imagination , à l' ouvrage d' art , à l' artisanat , aux humbles et grands métiers , à tout ce qui permet à la France de se sentir plus jeune .

Songez qu' en 1878 - je ne crois pas me tromper - une exposition universelle eut lieu qui marqua le redressement de la France - 7 ans après la commune , la défaite , et alors que plusieurs milliards-or devaient être payés à la Prusse - et nous ne serions pas capables dans la situation où nous sommes de marquer notre choix de l' avenir et notre confiance dans le pays par la mise en oeuvre de cette grande entreprise ? Vous m' avez enfin demandé où en était ma santé : j' ai adopté en étant élu , une procédure qui m' avait été recommandée d'ailleurs par beaucoup d' entre vous - pas spécialement pour moi , mais pour le titulaire de cette fonction - c'est-à-dire faire connaître mon état de santé .

Il paraît qu' il y a beaucoup de chefs d' Etat qui sont malades , et j' ai l' impression que beaucoup voudraient m' ajouter à la liste : je reconnais qu' il m' arrive d' éternuer et que - l' autre jour , après avoir fait des gestes inconsidérés , dans une occupation tout à fait louable , de caractère sportif - je me suis un peu tordu une vertèbre ! Au-delà , je ferai connaître tous les 6 mois , par un bulletin officiel , l' état de ma santé , je l' ai fait au mois de mai dernier , je le ferai donc - pour régulariser les 6 mois - au mois de décembre prochain , et je pourrai , si vous le voulez bien , le publier dès ce soir : cela va bien ! Mesdames et messieurs , je vous remercie .

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