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Si nous voulons gagner , il faut que l' on sache comment lutter contre l' inflation qui nous mine et contre le chômage qui nous ruine et qui sont un héritage reçu - il n' est pas facile de s' en débarrasser - lutter contre les privilèges , les inégalités , les injustices , mais aussi lutter pour l' initiative , l' audace dans l' initiative , l' intelligence créatrice dans notre industrie en particulier , restructurer une industrie qui est tombée en morceaux , mettre l' accent sur les technologies victorieuses des prochaines années , ne pas abandonner bien entendu les technologies qui font vivre des millions de Français et qui sont nécessaires à l' économie française .

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F. Mitterrand - 14 juillet 1982

Les choses ne sont pas directement liées - bien entendu - ma présence à Toulon ce matin signifiant bien l' importance que revêt notre marine pour moi et pour le gouvernement .

D'abord , vous avez pu constater vous-même la qualité des équipages , la force , la puissance de cette marine - c' était en Méditerranée - mais notre marine est présente sur tous les océans .

Elle remplit des rôles strictement militaires qui justifient que des crédits fort importants lui soient attribués : elle est un élément déterminant de notre force stratégique nucléaire avec les sous-marins particulièrement .

Et puis elle remplit des rôles que l' opinion ne connaît pas bien , des rôles humanitaires : savez -vous que ce sont des navires français qui ont ramené par milliers des personnes qui , en Asie , seraient perdues , livrées à la piraterie , au brigandage , à la mort , si nul ne venait à leurs secours ? C' est ce que notre marine a fait et continue à faire , par exemple sur les côtes du Liban actuellement .

Et puis , il y avait la beauté du spectacle - cela n' est pas indifférent - ces équipages , leurs navires , la rade de Toulon , la ville de Toulon , la beauté du ciel , du temps , le sentiment de la grandeur et de la force de la France au travers d' une Armée d' élite .

Non , qu' est -ce que c' est que cette dernière phrase .

Les militants socialistes ont toujours été des défenseurs de la patrie : ils l' ont montré pendant la guerre en particulier , en étant parmi les principaux animateurs de la résistance .

Naturellement , nous avons des conceptions , ces conceptions sont défendues dans des circonstances souvent difficiles et j' ai aujourd'hui la responsabilité du principal du Pouvoir .

La question , pour moi , ne se posait pas des relations de l' Armée et de la République .

Quand je suis arrivé , tout à l' heure sur le Georges Leygues , tous les équipages ont crié - selon la tradition d'ailleurs - 6 , 7 fois , " vive la République " ! " Vive la République " ! bien entendu , ils pensent aussi " vive la France " ! et ils ont bien raison - mais " vive la République " ! ça a un sens .

Le président de la République est tout naturellement le chef de l' Armée : je suis le premier responsable de l' Armée française .

Donc , la question ne se posait pas , des préjugés peut-être , des idées toutes faites , pas beaucoup - la preuve , c' est qu' elles n' ont pas résisté à l' expérience - et , dès les premières semaines de mon élection , j' ai pu constater la loyauté naturelle et non pas forcée de l' Armée , de ses cadres , de la troupe .

Si vous avez dit le mot idyllique , c' est parce que , en tant que journaliste , vous entendez des échos , vous percevez les courants d' opinion .

C' est vrai que nous nous entendons bien avec l' Armée de la France et c' est tout naturel .

Je ne peux pas le dire sinon que cette proposition que j' ai moi-même émise , devrait pouvoir rencontrer les conditions techniques et pratiques qui le permettraient .

L' état-major de l' Armée , le ministère de la défense , ont une opinion plus restrictive sur ce point en pensant que si l' on doit diminuer la durée du service militaire , il faut procéder par étapes .

C' est 12 mois , ce n' est pas intangible : ça pourrait être 11 , ça pourrait être moins .

Nous avancerons avec prudence parce qu' il nous faut tenir une Armée en bon état , il faut disposer de l' Armée nationale , de l' Armée qui repose sur la circonscription et donc sur la présence du Peuple dans ses rangs .

Pour cela , il faut tenir compte aussi des exigences , de la pratique , c' est ce que je fais .

En profondeur , je ne crois pas que l' unité nationale ait été altérée .

En surface , ce sont souvent les polémiques , les disputes politiques qui semblent donner le ton , mais cela ne me paraît pas exact par rapport à la volonté réelle de notre Peuple .

Bien entendu , nous sommes en démocratie .

Il faut respecter les normes de la démocratie , chacun a Droit à la parole .

On s' exprime parfois un peu haut sur le mode aigu de part et d' autre , mais j' ai le sentiment , c' est que personnellement je sens , que l' unité nationale pour des grandes choses que les Français ont à faire ensemble , elle n' est pas altérée , au contraire , elle retrouve avec la Politique du gouvernement qui cherche plus de justice et plus d' égalité , elle retrouve les fondements qu' elle n' aurait jamais dû perdre .

Votre question me conduit , m' adressant aux Français , à redire quelques idées qui me sont chères .

Nous vivons une révolution , c' est une révolution industrielle avec des conséquences multiples : le déplacement des centres de puissance et de décision dans le monde , la transformation radicale des moyens d' information et de communication entre les hommes , un bouleversement technologique constant , la naissance difficile de la société urbaine , de la ville avec les problèmes de sécurité que cela pose .

Nous vivons une révolution et nous sommes en pleine bataille : bataille économique pour le retour à la prospérité , la croissance ; bataille politique pour la défense de notre indépendance nationale et aussi , il faut le dire , pour plus de justice sociale .

Si nous voulons garder - et nous voulons garder à la France son rang - eh bien il faut que nous soyons les meilleurs .

Alors , est -ce que nous le pouvons ? Moi , je suis de ceux qui pensent que la France lorsqu' elle le veut le peut .

Nous sommes aujourd'hui le 14 juillet , nous célébrons le 14 juillet 1789 : c' est un grand acte historique mais aussi un symbole .

Qu' est -ce que cela signifie ? Cela veut dire que l' on célèbre encore , et on continuera de célébrer longtemps , l' un des plus beaux sursauts de notre volonté nationale .

Moi , ce que je veux , c' est que la confiance et l' adhésion populaire et surtout les forces du travail et de la production permettent à la France de retrouver son rang et la grandeur d' affirmer ce qui doit l' être .

Vous savez si nous ne l' avions pas , nous ne serions pas responsables des affaires de la France et si nous ne l' avions pas , nous nous trouverions devant une situation économique et sociale infiniment plus grave encore que celle que nous devons affronter .

J' admire au contraire le civisme de la plupart des Français .

Certes , il est normal que des organisations , dont c' est le rôle , affirment des revendications , des besoins , des aspirations , qui ne peuvent être satisfaites toutes à la fois : c' est leur rôle .

Souvent , je les invite à comprendre qu' elles doivent insérer leurs revendications dans l' effort national : elles le comprennent souvent et parfois - surtout que les temps sont difficiles - il leur faut bien défendre les intérêts immédiats dont elles ont la charge .

Seulement , il faut bien se dire qu' il n' est pas de nation , qu' il n' est pas d' Etat , qui n' aient pas de grande Politique et de réussite nationale si les revendications particulières prennent le pas sur l' intérêt de tous .

Bien entendu , l' intérêt de tous , il est fait aussi des intérêts particuliers et c' est cette synthèse , cette difficile harmonie dont le gouvernement a la charge .

Les indéniables sacrifices subis ou consentis par un grand nombre doivent être toujours associés à un effort de justice pour les plus faibles , les plus démunis : bref , que l' on sache distinguer entre ces derniers et la situation des privilèges , qui eux doivent cesser de dominer l' économie française .

Voilà , ce en quoi je crois , c' est à l' esprit d' initiative , à l' esprit d' invention , à l' esprit de création .

Si nous voulons gagner , il faut que l' on sache comment lutter contre l' inflation qui nous mine et contre le chômage qui nous ruine et qui sont un héritage reçu - il n' est pas facile de s' en débarrasser - lutter contre les privilèges , les inégalités , les injustices , mais aussi lutter pour l' initiative , l' audace dans l' initiative , l' intelligence créatrice dans notre industrie en particulier , restructurer une industrie qui est tombée en morceaux , mettre l' accent sur les technologies victorieuses des prochaines années , ne pas abandonner bien entendu les technologies qui font vivre des millions de Français et qui sont nécessaires à l' économie française .

Et puis , reconquérir notre marché intérieur : il y a simplement 10 ans , 25 % du marché français appartenait aux Etrangers , aujourd'hui , c' est 35 pour 100 .

Enfin , ce que j' ai recueilli en 1980 , c' était 35 pour 100 .

Est -ce que cela va continuer comme cela ? Et on s' étonne de l' inflation et du déficit extérieur .

Il faut reconquérir notre marché intérieur et pour cela il faut que la puissance publique aide les industries non seulement les industries devenues nationales ou nationalisées , mais aussi les industries privées .

Il faut que l' Etat ne se substitue pas à ces entreprises mais il faut qu' il aide , qu' il donne l' élan , qu' il comprenne , qu' il apporte un élément d' optimisme , de confiance et de volonté .

Alors , cela nous entraîne bien loin , mais vous savez les soldats de l' an 2 , c' était les fils de la révolution : 14 juillet 1979 - 14 juillet 1982 .

Moi , je crois qu' il y a toujours quelque part et en très grand nombre les fils de la révolution nécessaires pour la grandeur de la France .

Les sondages ne sont pas ma loi : si je les avais écoutés peu de temps avant d' être élu président de la République , où en serais -je ? Mais je dois dire qu' ils ne sont pas si mauvais que ça .

Les courants d' opinion tels qu' ils s' expriment marquent qu' une majorité des Français , une nette majorité des Français , souhaite la réussite de ce gouvernement et du président de la République française .

Nous sommes dans une période difficile .

Qu' est -ce que je viens de dire à l' instant ? eh bien qu' il fallait soutenir un effort rude qui exige que chacun s' y mette dans la plus grande justice possible .

C' est une crise internationale , elle nous assaille , nous avons nos propres problèmes - tout cela s' ajoute - et ce n' est pas ma situation , ma Politique ou notre Politique qui sont en difficulté , c' est la France qui est en difficulté depuis des années et qu' il faut sortir de l' ornière : c' est à quoi je m' applique , en tout cas , avec confiance dans les Français .

Les chances ne dépendent pas de moi , ni malheureusement de la France seule .

Disons que la France y contribue éminemment .

La France est reçue comme l' un des rares pays du monde capable de réaliser des synthèses , de faire des propositions reçues par tous - bien entendu , on est toujours contesté ici ou là selon les circonstances - mais au total la France est présente dans le Proche-Orient comme elle le doit selon son histoire .

Lorsque nous proposons que le cessez-le-feu devienne réel , que les combattants s' écartent les uns des autres , que nul ne cherche l' humiliation , qu' on évite la réduction de Beyrouth à l' état d' une ville assiégée et finalement détruite - tout cela , c' est à la fois pour l' honneur d' Israël et pour l' honneur des Palestiniens et pour l' honneur , l' intégrité et la souveraineté du Liban - et que , entre les combattants dans une première phase , s' installe une force internationale , garantie par l' Organisation des Nations-Unies , à laquelle la France participera si on le lui demande , et pleinement , c' est une condition raisonnable .

Mais cela ne peut se faire qu' avec l' accord des combattants , qu' avec le soutien des organisations qualifiées et , bien entendu , afin de préparer une deuxième phase qui verra le Liban restauré dans sa souveraineté c'est-à-dire non soumis aux pressions extérieures .

J' espère que cela permettra , si l' on passe par ces conditions , le rétablissement de la paix avec le commencement d' un temps nouveau : celui où les adversaires d' aujourd'hui et d' hier commenceront à parler pour définir ensemble ce qui pourrait être leur vie commune dans la même région du monde .

Je suis en train de le faire .

J' ai été moins précis que cela , je ne demande qu' à l' être .

J' ai , en effet , l' intention au moment opportun , c'est-à-dire bientôt , de m' adresser régulièrement aux Français en répondant à leurs questions , et donc en traitant les problèmes qui les prennent à la gorge , pour leur montrer que si tout est difficile , nous n' en sommes pas moins unis , eux et moi , eux et le gouvernement comme ça par enchantement , par la simple magie de la parole , mais ils sauront quelles sont les préoccupations et la principale d' entre elles : qu' on sorte ensemble de la difficulté qui , depuis plusieurs années , pèse sur nous .

Je vais m' expliquer avec eux et je n' ai aucun dédain pour les intermédiaires que vous êtes - vous êtes des professionnels du journalisme , vous remplissez votre fonction et je n' ai pas lieu de m' en plaindre - simplement , de temps en temps , il est bon qu' il y ait une relation directe entre le président de la République , élu par les Français , et les Français eux-mêmes .

A vrai dire , ces invitations , c' est un casse-tête - je vous en fais la confidence - on ne peut pas répéter d' une année sur l' autre les mêmes , alors , ceux qui ne sont plus invités bien qu' ils soient très estimés ici , en éprouvent un peu d' amertume et puis on en invite d' autres .

Il y avait des listes fixées depuis des années , vous savez c' était un peu automatique , on essaie simplement d' y mettre un peu de renouveau .

Il y a ceux qu' on invite , on pourrait en inviter d' autres aussi : combien le mériteraient d' être reçus ici dans cette maison commune de la France qu' est le Palais de l' Elysée , beaucoup plus que ma maison à moi : c' est la maison des Français .

On essaie de faire au mieux et s' il y a des sportifs aujourd'hui , c' est tant mieux .

Après tout l' équipe de France de football - je veux dire que j' ai commencé sur une mauvaise impression , je ne suis pas le seul - et puis , à Mesure que ça a avancé et surtout ce formidable match contre l' Allemagne , l' Allemagne fédérale , quelle équipe admirable au jeu aérien ! - l' un des plus beaux que j' ai vu au cours de ces dernières années - puis du courage , de la volonté , un peu de malchance , peut-être un peu d' injustice , mais enfin on ne va pas toujours plaider contre les arbitrages : c' est une belle équipe de France , ceux qui l' ont constituée , pas simplement les 11 ce jour-là , mais les 21 qui ont participé à l' ensemble des matchs , avec un regret c' est que le 20 deuxième , ce gardien de but que je trouve si remarquable et qui s' appelle Baratelli , n' ait pas eu le Droit de participer à la fête .

Après tout , l' entraîneur a ses raisons : il n' est pas obligé de me les communiquer .

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