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La conséquence de cette demande soviétique - que j' ai repoussée - c' est que , si nos missiles sous-marins - qui peuvent faire actuellement 3500 kilomètres , 4000 kilomètres - étaient pris en compte dans la discussion des forces intermédiaires - ce qu' elles ne sont pas - on assisterait à ce spectacle étrange que j' ai déjà noté : 2 pays étrangers qui disposeraient de notre armement à nous , cet armement sous-marin , alors qu' eux ne discutent pas de leurs sous-marins dans cette négociation - les sous-marins soviétiques et les sous-marins américains ne sont pas dans la discussion , puisqu'ils sont stratégiques comme les nôtres - résultat : nos 98 charges nucléaires seraient tout aussitôt absorbées par cette négociation particulière .

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F. Mitterrand - 16 novembre 1983

Je voudrais répondre aussi à la présentation de monsieur De Virieu , mais juste un mot pour dire que j' ai parfaitement conscience de la fonction que j' exerce en particulier ce soir , qui est celle d' expliquer aux Français des choses sérieuses .

Je suis , par la Constitution et par le vote des Français , le garant de l' indépendance nationale et de l' intégrité du territoire , et je remplis la fonction de chef des armées .

J' ajoute que , puisque notre stratégie repose sur la dissuasion , sur la détention d' une force atomique capable d' interdire à quiconque de songer à nous attaquer , toute une série de questions se posent - vous venez de le faire - sur ce qu' est cette force .

Et on risque de se perdre dans des explications techniques ou mécaniques .

Je vais vous dire tout de suite quelque chose de très clair : la pièce maîtresse de la stratégie de dissuasion en France , c' est le Chef de l' Etat , c' est moi - tout dépend de sa détermination - le reste , ce sont des matériaux inertes , enfin jusqu' à la décision qui doit consister précisément à faire que l' on ne s' en serve pas .

Alors , j' en viens maintenant à votre question : les missiles .

Qu' est -ce que des missiles ? c' est une notion assez obscure .

Je pense que beaucoup de Français ont vu le départ des satellites , le départ des astronautes , ils ont vu une formidable poussée à la base , la mise à feu , et une fusée partir dans l' espace : eh bien , c' est un peu cela , un missile .

C' est un instrument de guerre qui fait lui-même sa mise à feu .

Une fusée part , cette fusée a une tête ou plusieurs têtes , c'est-à-dire qu' elle dispose de plusieurs moyens de réaliser plusieurs explosions - c' est ce qu' on appelle des charges nucléaires - et cela va où ceux qui l' ont voulu ont choisi leur but .

Il existe diverses sortes de missiles ou d' armements nucléaires .

Il y a ce qu' on appelle les armements tactiques , mais ne nous attardons pas - cela ne va pas très loin , bien que ce soit meurtrier , c' est un peu dépassé , bien qu' on s' en serve encore dans les plans d' état-major .

Il y a les missiles - que l' on dit de portée intermédiaire - par rapport au débat qui nous occupe actuellement , ce sont tout simplement des missiles , des fusées , qui ne traversent pas l' Atlantique .

La troisième catégorie , ce sont les missiles intercontinentaux , dits stratégiques .

Pour les spécialistes , je résume un peu , mais c' est ainsi plus facile à comprendre .

Nous allons d'abord parler des missiles intermédiaires : c' est le cas des SS 20 , ce sera le cas ou ce serait le cas des Pershing II et des missiles de croisière américains qui seraient implantés en Europe .

On en viendra donc , car j' ai besoin de le savoir , à une explication des forces qui se trouvent face à face ? Et également , je pense , à la question essentielle pour la France : est -ce que l' armement français va entrer en compte dans la négociation ? Sur la question principale que vous venez de me poser les risques de guerre - question qui a été exprimée par monsieur Harrouard à l' instant , lequel nous transmettait l' opinion générale - je pense que l' opinion française a des raisons tout à fait fondées de s' inquiéter , tout à fait fondées , parce qu' après tout , la crise des euromissiles est la crise la plus sérieuse que le monde ait connue depuis les crises de Cuba et de Berlin qui , comme vous le savez , ont présenté des moments forts , souvent dramatiques , de l' après-guerre dans laquelle nous sommes .

Mais il ne faut pas perdre pour autant son sang-froid et l' opinion française doit garder le sien - nous n' en sommes pas là - les crises précédentes ont été maîtrisées : celles -ci doivent l' être à leur tour .

Seulement , il faut pour cela répondre à un certain nombre de conditions .

Au fond , vous savez , monsieur Duhamel , personne ne veut la guerre , ni à l' Est , ni à l' Ouest .

Mais la question qui est posée , c' est de savoir si la situation , qui s' aggrave de jour en jour , n' échappera pas à la décision des vrais responsables .

Ces conditions , je ne les énumérerai pas , je dirai seulement que , pour moi , elles commencent par une condition fondamentale qui est l' équilibre des forces en présence , pour que la guerre n' éclate pas .

Ce sont ces missiles-là qui sont en question , c' est cela dont on discute essentiellement à Genève .

C' est autour de ces missiles que , tantôt les Etats-Unis d' Amérique , tantôt l' Union Soviétique font des propositions dites de conciliation , de compromis - elles ne le sont jamais - ou bien s' adressent des - comment dirai -je ? - des invitations homériques , disant : " Essayez donc , et vous verrez ! " - jeu dangereux ! Ce que je demande , c' est l' équilibre entre les forces .

L' équilibre stratégique des fusées qui traversent l' Atlantique , de la Russie vers l' Amérique , de l' Amérique vers la Russie est en gros réalisé pour la simple raison que l' un et l' autre pays ont le moyen de se détruire l' un l' autre .

Alors , pourquoi l' Union Soviétique a -t-elle décidé , à partir de 1977 , d' installer en plus ce que l' on appelle des SS 20 ? Une rapide description , si vous voulez bien , pour qu' on comprenne .

Les SS 20 sont des missiles - j' ai dit ce qu' était un missile tout à l' heure - ils vont loin - 4500 kilomètres - et ont une certaine précision : 300 mètres .

Il y en a combien ? 360 : il y en a en Asie et en Europe , 243 .

Vers où iraient -ils puisqu'ils ne traversent pas l' Atlantique ? vers l' Europe occidentale .

Ils viennent en plus de l' équilibre stratégique , qui , je le répète , existe déjà .

Alors , pourquoi est -ce que l' Union Soviétique recherche une supériorité - alors qu' elle l' a déjà dans le domaine des armes conventionnelles et classiques en Europe ? Veut -elle une supériorité régionale indiscutable ? Pourquoi veut -elle séparer , dans le réflexe de défense , les Etats-Unis d' Amérique de l' Europe occidentale ? Enfin , interrogeons les Soviétiques .

Mais , moi je dis : cela c' est trop ! J' étais monté à la tribune de l' Assemblée nationale en 1980 - quand j' étais membre de l' opposition - pour dire " ni SS 20 , ni Pershing II " .

J' ajoute que les 360 SS 20 , pour l' Europe 243 , sont à 3 têtes : il faut donc multiplier par 3 pour connaître la puissance de feu , c'est-à-dire le nombre de charges nucléaires .

UD n 7 Alors , naturellement en 1979 , l' autre camp , les Etats-Unis d' Amérique et l' OTAN dans son commandement intégré - et la France n' y est pas , c' est donc une décision qui a été prise sans elle , hors d' elle , elle n' avait d'ailleurs pas à être consultée - a décidé d' installer à son tour , 4 ans plus tard des missiles .

Nous y sommes .

Parlons des missiles les plus comparables aux SS 20 - les missiles de croisière - c' est quelque chose de très meurtrier mais qui est plus lent .

Il faut 15 minutes à des SS 20 pour parvenir à leur objectif , à 2000 , 3000 , 4000 kilomètres .

Moins de 10 minutes aux Pershing II , je n' en ai pas encore parlé , tandis que , pour les missiles de croisière , il faut plusieurs heures : c' est un gros avion , ainsi que vous le disiez , difficile à atteindre parce qu' il vole bas , et difficilement perceptible par les appareils de détection mais c' est très différent .

Donc , pour limiter la conversation , parlons des Pershing II et parlons des SS 20 .

Alors c' est en 1979 que la décision d' implanter les Pershing II a été prise par l' OTAN .

On a dit : on va essayer de négocier , mais on décide tout de suite qu' on le fera , si la négociation réussit , on ne le fera pas .

D' où la Conférence de Genève sur les euromissiles , c'est-à-dire sur les forces nucléaires dites intermédiaires .

Depuis ce temps-là , la négociation n' aboutit pas .

Qu' est -ce que peut faire le Pershing II ? Le Pershing II , cela va moins loin que le SS 20 - 1800 kilomètres - les Pershing II installés en Allemagne ne pourraient pas atteindre Moscou ; ils ne pourraient pas atteindre plus du dixième des vecteurs - c'est-à-dire des supports d' armements nucléaires - soviétiques .

D' autre part , ils n' ont qu' une tête : quand on dit qu' il y aura 108 Pershing - c' est le chiffre retenu par la décision dont je vous parlais tout à l' heure : 108 et 464 missiles de croisière - quand on dit qu' il y aura 108 Pershing II , cela veut dire 108 ; quand on dit 360 SS 20 , cela veut dire 3 fois plus .

Faites la multiplication : pour 243 , cela doit faire 729 .

Le Pershing II est plus rapide , vous l' avez dit tout à l' heure - moins de 10 minutes pour atteindre son objectif - mais l' objectif est moins lointain , sa charge est moins puissante , seulement il est plus précis et plus rapide .

Les autres qualités , c' est le SS 20 qui les a.

Vous me disiez : " Pourquoi les Russes ont -ils engagé cette construction et ce déploiement de missiles ? " et je vous ai répondu .

Je pense qu' ils cherchent un avantage en Europe , peut-être séparer l' Europe des Etats-Unis d' Amérique .

C' est à la demande des Allemands que la décision de l' OTAN intégrée ... Du chancelier Schmidt que " la double décision " a été prise : à la fois s' armer et négocier .

Cette décision , qui s' applique à partir de 1983 en Angleterre pour les missiles de croisière , en Allemagne pour les Pershing II , un peu plus tard pour d' autres missiles de croisière , cette décision fait que les 2 plus grandes puissances s' affrontent .

Nous ne sommes pas à Genève - on ne nous a pas invités , nous n' avons pas demandé à l' être .

Voyez la situation de ces 2 pays , la Russie et les Etats-Unis d' Amérique , comme cela , face à face , qui prendraient en compte l' armement d' un pays comme le nôtre , absent , disposeraient de son armement ! Et quel est cet armement ? C' est un point essentiel de notre conversation , et je demande qu' on s' y arrête un instant : la France n' a pas de force intermédiaire , à la limite - j' ai vu cela sur vos images juste avant que nous ne prenions la parole - il existe 18 fusées , celles du Plateau d' Albion et qui , partant du sol français , pourraient atteindre le sol de l' Union Soviétique - nous ne sommes pas les adversaires de l' Union Soviétique , nous n' avons pas du tout l' intention d' envoyer quoi que ce soit en Union Soviétique - mais enfin , pour la commodité du langage - et c' est en tout cas comme cela que les Soviétiques raisonnent - ces 18 là peuvent en effet aller d' un territoire à l' autre mais les autres , ce sont les sous-marins nucléaires .

On en a 5 pour l' instant et nous disposons de 80 charges , ce qui fait , avec les 18 , un total de 98 .

Les Anglais en ont 64 , mais sur des sous-marins .

Je veux dire par là qu' ils peuvent circuler partout au-dessous de la surface de l' eau .

Les sous-marins britanniques vont d'ailleurs connaître des développements qui permettront aux Anglais de tirer à 7000 kilomètres de distance .

Ce sont des forces stratégiques qui correspondent exactement à la définition que les Russes et les Américains ont décidée entre eux .

La conséquence de la prise en compte ... J' y venais à l' instant .

La conséquence de cette demande soviétique - que j' ai repoussée - c' est que , si nos missiles sous-marins - qui peuvent faire actuellement 3500 kilomètres , 4000 kilomètres - étaient pris en compte dans la discussion des forces intermédiaires - ce qu' elles ne sont pas - on assisterait à ce spectacle étrange que j' ai déjà noté : 2 pays étrangers qui disposeraient de notre armement à nous , cet armement sous-marin , alors qu' eux ne discutent pas de leurs sous-marins dans cette négociation - les sous-marins soviétiques et les sous-marins américains ne sont pas dans la discussion , puisqu'ils sont stratégiques comme les nôtres - résultat : nos 98 charges nucléaires seraient tout aussitôt absorbées par cette négociation particulière .

En supposant qu' elles soient gelées , comme on dit , qu' est -ce qu' il resterait à la France ? rien que son armée conventionnelle et différentes armes d' un tout autre ordre .

Qu' est -ce qui resterait aux Etats-Unis d' Amérique ? environ 9000 charges nucléaires ! Qu' est -ce qui resterait à l' Union Soviétique ? environ 9000 charges nucléaires ! De telle sorte que la comparaison entre 9000 d' un côté , et 98 de l' autre , implique la réponse : avant de songer à demander à la France de renoncer à son autonomie de défense , à sa défense tout court - c' est le coeur de notre défense que cet armement , c' est la sécurité du pays - il faudrait tout de même que les 2 grands partenaires songent à réduire considérablement leurs armes .

La définition , retenue depuis près de 25 ans , est simple : elle doit être consacrée à la défense de notre territoire , à la survie du pays , à notre indépendance nationale , et , l' on y ajoute , à la défense des intérêts vitaux de la France .

C'est-à-dire qu' il appartient au Président de la République d' apprécier si telle ou telle menace extérieure au territoire menace directement ce territoire .

Cette terminologie - vous pourriez dire qu' elle manque , dans sa dernière partie , de précision - est celle qui a été adoptée depuis toujours et dont on ne sort pas , parce que le Président de la République doit disposer d' une certaine mobilité et d' un certain jeu , d' une certaine liberté de décision .

Cela ne peut être que défensif - que dis -je - que dissuasif .

Il faut qu' on sache que notre armement est capable de détruire un territoire qui serait aussi vaste que le nôtre .

Nous n' avons pas l' intention de nous en servir pour attaquer qui que ce soit , nous serions fous ! mais nous entendons préserver la France , et je suis sûr que les autres le comprennent , parce qu' ils sont aussi patriotes .

Mais nous n' avons pas tout à fait fini la conversation précédente , il faut que les téléspectateurs comprennent quand je dis que je veux l' équilibre , je veux l' équilibre au niveau le plus bas .

Or , je vous ai dit : en 1977 , décision soviétique ; en 1979 , décision de l' OTAN et des Américains .

Or , en 1979 , monsieur Brejnev avait déclaré : " Discutons , car , maintenant , l' équilibre est réalisé " .

Alors , pourquoi ajouter ici ou là ? - à l' époque , il y avait 63 SS 20 en Europe - pourquoi en avoir ajouté ? De telle sorte qu' aujourd'hui , on peut dire que la seule puissance qui possède des forces nucléaires intermédiaires , qui ne traversent pas l' Atlantique et ne peuvent pas viser les Etats-Unis d' Amérique , c' est l' Union Soviétique - les autres n' en ont pas - alors je me refuse tout simplement au monopole , par un pays , d' une arme destructrice .

Je me permets de vous rappeler , à ce moment de la négociation , que la France n' est pas à Genève .

Non , non , elle n' y est pas , elle n' a pas l' intention d' y aller .

C' est autre chose - je vais naturellement vous répondre , puisque je suis ici pour cela - mais je tiens quand même à vous faire observer que la France , bien qu' elle ne soit pas partie au débat , s' y intéresse : c' est en Europe et la France a des alliés qui sont concernés .

La France n' a pas à faire de propositions , elle dit : " Négociez , au niveau le plus bas possible " .

A l' heure actuelle , ils ont l' air de toujours discuter en ajoutant quelque chose : Non ! il faut réduire .

Jusqu' à quel point faut -il réduire ? je l' ai dit devant le Parlement allemand et je l' ai répété dans d' autres circonstances : négociez au niveau le plus bas des armements possibles pour votre sécurité , mais en préservant votre équilibre , car s' il n' y a plus équilibre entre l' un et l' autre , alors la guerre est à nos portes .

Voilà mon raisonnement - de l' extérieur puisque je ne suis pas à Genève et que je n' ai pas l' intention d' y aller - préserver en toutes circonstances l' équilibre .

Il faut reconnaître que le jeu des plus grandes puissances a été , depuis quelques mois , de réduire leurs prétentions : il y a des propositions très récentes qui vont dans ce sens , même les dernières propositions de monsieur Andropov aboutissent à un calcul qui exclut la prise en compte d' une partie de l' armement anglais et de l' armement français : c' est ce qui prouve qu' il a fait un geste .

tout à fait réel .

Cependant il appartient aux 2 partenaires d' en décider : on n' en est pas encore à un accord possible .

Alors vous dites : une autre négociation , une autre conférence ? C'est-à-dire : est -ce qu' on pourrait réunir les forces tactiques , les forces dites intermédiaires - celles qui ne traversent pas l' Atlantique , celles dont on parle depuis le début de notre conversation - plus celles dont on n' a pas beaucoup parlé .

Les 9000 soviétiques , les 9000 américaines , les 98 françaises , les 64 anglaises , et , - je ne sais pas combien il y en a - les fusées chinoises .

Il y a 5 pays dans le monde qui disposent d' un armement nucléaire : la France est un de ces 5 grands pays .

Alors , c' est une hypothèse que j' ai envisagée lorsque je me suis adressé à l' Organisation des Nations-Unies à la fin du mois de septembre - la France sera toujours partie prenante lorsqu' il s' agira de parler sérieusement de désarmement - mais j' ai ajouté : il faut parler de choses qui seraient comparables .

Les seuls chiffres , que j' ai déjà cités 2 fois , 9000 et 98 , prouvent qu' avant de parler de nos 18 fusées , il faut que les 2 plus grandes puissances réduisent considérablement leurs 9000 , alors qu' elles ont tendance à continuer 9000 , 10000 , 11000 , 12000 : où est -ce que cela s' arrêtera ? Déjà les Chinois ont répondu : quand ils en seront à 50 % de réduction , on pourra parler .

Soit ! je ne dirai pas la même chose ; mais j' ai posé d' autres conditions : j' ai dit qu' il faut que l' on réduise le niveau des armes classiques , infanterie , artillerie , aviation - là-dessus , la supériorité soviétique est considérable - il faut aussi interdire par accord mutuel les armes biologiques , les armes chimiques , il faut aussi en finir avec la recherche d' armes anti-sous-marines , d' armes anti-missiles , d' armes anti-satellites : voilà les conditions que j' ai posées - elles seront difficiles , je le reconnais - il faut que ces conditions soient retenues avant que la France puisse songer à s' engager dans cette négociation .

Je pense , monsieur De Virieu , que vous n' avez pas de moi cette idée : vous pensez que je pourrais m' adresser à tous les Français , jouer sur leurs nerfs et spéculer sur leurs craintes ? J' ai déjà dit tout à l' heure que si la situation était sérieuse - la plus sérieuse , je pense , après Cuba en 1962 et Berlin , en 1948 - ces 2 situations avaient été maîtrisées : on doit pouvoir maîtriser celle-là .

Si la Conférence de Genève n' aboutit pas dans les jours qui viennent à un accord - et vraiment il serait très imprudent d' y songer - il n' empêche que l' on doit chercher à retrouver une capacité de dialogue .

C' est là que la France peut jouer un rôle déterminant car elle a dit clairement aux uns et aux autres " voilà ce que je ne veux pas " , mais elle est capable de dire aussi : " voilà ce que je veux " - étant entendu que ce qu' elle veut d'abord , c' est que la négociation puisse reprendre , que le dialogue ait lieu , bref qu' on ouvre aussi les portes de la paix .

Et à cela je crois , du plus profond de moi , à la condition d' être ferme et que nul ne puisse spéculer , sur la faiblesse de l' un ou de l' autre .

Je ne peux pas le savoir .

Je pense que les responsables des 2 plus grands pays sont assez sages - parce qu' ils ne veulent pas la guerre - pour utiliser toutes les chances - peut-être aussi pour voir l' autre céder d'abord - et il faudra bien que chacun cède un peu .

Je ne sais donc pas si ce sera dès la première installation .

Je n' ai pas le sentiment que cela se produise , au moment où s' installent les premiers missiles de croisière en Grande Bretagne .

Je pense cependant que l' Union Soviétique tiendra parole : c' est un grand pays , qui a une grande présence dans le monde , vous le savez , et dont le prestige doit être respecté .

Il tiendra parole , c'est-à-dire qu' à partir d' un certain moment - qui pourrait être l' installation réelle de la première fusée Pershing en Allemagne - je pense que l' Union Soviétique quittera la Conférence de Genève , comme cela a été dit par monsieur Andropov .

Mais je ne pense pas , je ne veux pas penser - la France usera de tous ses moyens pour que cela ne soit pas possible - que la rupture soit durable parce que les uns et les autres ont besoin d' une négociation .

Après tout , l' Union Soviétique n' a pas tellement besoin d' avoir beaucoup de SS 20 supplémentaires : elle regorge d' armes , et tous les objectifs européens peuvent déjà être atteints par elle à l' exception des pays qui disposent d' une force de dissuasion .

Et puis je crois que les dirigeants soviétiques sont des gens qui ont d'abord naturellement le sens des intérêts de leur peuple : c' est un peuple qui a eu 20000000 de morts à la dernière guerre et ils ont besoin d' une restauration , si on peut employer ce terme de leur économie .

Je crois vraiment qu' un pays comme la France pourra être utile dans cette phase , il a dit ce qu' il avait à dire au moment du plus grand danger - le refus des solutions fausses , de compromis , qui impliquaient mon pays d' une façon inadmissible - mais nous ne sommes les adversaires de personne , et je compte bien intervenir de la façon la plus utile qui soit et selon mes conceptions au moment qui me paraîtra nécessaire .

L' axe de tout le débat , c' est quand même les euromissiles .

Je n' accuse pas du tout l' Union Soviétique de vouloir se lancer dans une guerre - je l' ai déjà plusieurs fois répété - mais de se placer dans une situation de force qui fasse qu' en somme , par l' exercice de la menace , elle obtienne les résultats que l' on obtient d' ordinaire d' une guerre gagnée .

Il y a donc un aspect psychologique très important dans cette affaire : rester en Europe , et de loin , les plus forts , sans que les Américains interviennent ; rechercher ce qu' on appelle le découplage - encore un de ces mots compliqués à comprendre - , c'est-à-dire la séparation des intérêts de l' Europe occidentale et des intérêts américains .

A partir du moment où il n' y aurait plus qu' un dialogue entre l' Union Soviétique et les Européens occidentaux , il ne resterait que la France et l' Angleterre , avec leurs 98 et leurs 64 missiles : pourraient -elles être considérées comme chargées de garder l' Europe tout entière ? soyons raisonnables ! Et puis il y a , à côté , tous les autres " points chauds " , qui s' allument un peu partout et sont entretenus ici et là en attendant que la grande discussion de Genève finisse par apporter un résultat , et quelquefois apparaissent indépendamment de cette situation .

Chacune des 2 plus grandes puissances fait ce qu' il faut pour que les choses durent , afin que l' on revienne à l' épreuve de force diplomatique qui se déroule à Genève dans les meilleures conditions , jugées par l' un et par l' autre dans le sens de leur intérêt .

Je ne pense pas que la question puisse se poser dans ces termes .

Vous savez que la France y est allée à la demande du gouvernement libanais .

Il a fait appel à plusieurs pays , en particulier la France , et la France est arrivée tout de suite .

Et à quoi a servi le contingent français ? à sauver la vie de centaines et de centaines de Palestiniens qui se trouvaient écrasés sous les bombardements de Beyrouth-Ouest , et que nous avons sinon rapatriés , du moins dirigés vers un autre pays arabe - en l' occurrence , pour l' essentiel la Tunisie .

Nos soldats ont donc déjà servi , non pas la cause de ces combattants - ce n' était pas du tout la nôtre - mais , avec l' accord du gouvernement , de force d' interposition : on a empêché qu' on se déchire , qu' on tue davantage , c' est une grande cause .

Notre mission remplie , on est parti et , là-dessus , se sont déroulés les massacres de Sabra et de Chatila .

On nous a demandé de revenir , et c' était compréhensible .

Nous sommes revenus le 19 septembre 1982 et c' est depuis cette époque que nous avons - avec les Américains , d' une part , les Italiens , d' autre part , et d' une certaine façon les Anglais - constitué une force dite multinationale où sont représentés ces 4 pays , étant entendu que chacune des forces obéit au seul commandement de son pays .

On le sait bien .

Ce que vous voulez dire d'abord , puisque c' est contenu dans votre question c' est : puisque les choses ont changé , est -ce que nos forces continuent d' avoir une mission là-bas ? Leur mission , telle qu' elle est estimée par le gouvernement libanais légitime - reconnu par tous , par la France naturellement et par la plupart des Libanais , qui l' ont exprimé récemment après le drame de cet immeuble effondré où 58 des nôtres sont morts - c' est de dire que la France a une tradition historique , un devoir à l' égard d' un peuple , d' une culture .

Le Liban et la France , c' est une vieille et grande histoire : je suis porteur de plus qu' une tradition , d' intérêts légitimes , de grands intérêts , je ne peux pas signer - je m' y refuserai - la disparition de la France de la surface du globe , en dehors de son pré carré .

Cette intervention est possible dès lors qu' elle est justifiée à la fois sur le plan humanitaire et sur le plan politique .

La mission , aujourd'hui , reste d' occuper la zone de Beyrouth qui nous a été confiée par le gouvernement libanais , et d' y assurer - ce que nos soldats font admirablement - la sécurité : nos soldats sont tout à la fois infirmiers , gardiens , gardiens de la paix , ils aident les vieux , ils sauvent les jeunes - tous ces petits enfants qu' on voit courir par les rues sous les obus , parmi la mitraille - nos soldats interviennent chaque fois pour sauver des hommes : c' est pour cela qu' on les a appelés les soldats de la paix .

Mais , en même temps , ils représentent la France dans une action que je considère comme très importante pour la France .

Alors , quelle solution , par rapport à cette mission ? Bien entendu , nous n' avons pas l' intention de rester : c' est pourquoi nous avons beaucoup poussé à la réconciliation nationale des Libanais .

Cette réconciliation une fois réalisée , nous n' avons pas à nous attarder davantage au Liban .

On peut imaginer aussi un statut garanti par les puissances intéressées , les puissances de la région qui sont celles qui ont des troupes là-bas .

On peut imaginer l' intervention des Nations-Unies qui ont déjà une force dans le sud du Liban depuis 1978 qu' on appelle la " FINUL " .

On peut le penser , mais il faut quand même reconnaître aux pays voisins du Liban et au Liban lui-même - qui comporte beaucoup de patriotes dans toutes les tendances - une certaine capacité à échapper à la toute puissance des 2 plus grands .

Donc des chances existent d' un accord local garanti par une institution internationale .

En tout cas , nous serons là tant que ce service devra être rempli , avec l' intention de contribuer au retour à la concorde civile et , bien entendu , de rapatrier tout aussitôt nos soldats .

Mais vous m' aviez posé une autre question tout à l' heure , à propos du dramatique assassinat de nos 58 soldats tandis que 250 soldats américains , à quelques encablures , se trouvaient eux-mêmes abattus : non , monsieur Ullmann , ce crime ne restera pas impuni .

Tout ce qui touche à la légitime défense représente un droit fondamental de l' homme .

Il faudrait avoir toutes les pièces du dossier en main .

Ce que je peux vous dire , c' est que je connaissais monsieur Bishop .

Le Président assassiné , je l' ai reçu également à Paris : il m' avait déjà confié sa crainte de voir un débarquement s' opérer dans son île - c' était donc avant tous les événements qui ont suivi - et je savais , d' autre part , que , bien qu' ami très proche de Cuba - ou bien parce qu' ami très proche de Cuba - il n' avait pas du tout l' intention d' affronter les Etats-Unis d' Amérique : il recherchait un modus vivendi , comme on dit , c'est-à-dire un arrangement .

En fait , moi , si j' ai réagi , c' est parce que la France est un pays indépendant , si je m' adresse à l' Union Soviétique en lui reprochant certains actes , ce que je n' hésite pas à faire - l' Afghanistan , certaines actions en Pologne , bien d' autres encore , l' affaire de l' avion sud-coréen , la position dans l' affaire des euromissiles - je m' adresse aux Américains chaque fois qu' il me semble qu' ils compliquent l' équilibre international , ou bien tout simplement qu' ils ne respectent pas les droits fondamentaux sur lesquels repose la société internationale comme le droit des peuples à disposer d' eux-mêmes , ce qui accroît constamment les risques de conflit .

Nul n' a confié aux Etats-Unis d' Amérique le soin d' être les arbitres de ce qui se passe à Grenade ; il y a d' autres moyens .

Non , non , non ! Je ne le pense pas , quels que soient les sentiments que je puisse avoir pour les Américains , et j' ai à leur égard des sentiments d' amitié , même si je conteste souvent leur politique et en cette circonstance .

Non , non , ils n' ont pas été chargés de cela .

Ce serait trop commode que de s' ériger en gendarmes sur la surface de la terre .

Non , cela n' est pas possible .

On ne peut pas remettre l' existence des pays , y compris le nôtre , à la disposition d' un seul qui s' estimerait maître d' intervenir quand cela paraîtrait coïncider avec l' idée qu' il se fait - disons de l' assistance à personne en danger - mais peut-être aussi de la défense de ses propres intérêts , vue d' une façon un peu étroite ou dangereuse .

Donc , j' ai condamné l' intervention des Etats-Unis d' Amérique à Grenade , comme j' ai déploré leur politique d' une façon générale en Amérique centrale .

J' ai expliqué moi-même à monsieur Reagan , lorsque je suis allé le voir à Washington l' an dernier - c' était l' un des objets particuliers du voyage éclair de 24 heures que j' ai fait - que je pensais que c' était comprendre tout de travers le problème de ces peuples qui ont besoin d' être libérés des oligarchies financières qui les écrasent , de la grande propriété , et disons de la domination militaire ou dictatoriale .

Le monde occidental qui est porteur de grandes valeurs doit comprendre et aider ces peuples à trouver leur liberté économique , sociale et politique .

Voilà pourquoi j' estime que , dans ces cas-là , je n' ai pas à approuver , et j' ai parfois à condamner .

C' est cela l' indépendance de la France .

On dit quelquefois que c' est incohérent , mais la cohérence de la politique dont j' ai assumé la responsabilité , c' est partout l' indépendance de nos actions , et l' indépendance de notre jugement .

Est -ce que vous comprenez dans votre raisonnement l' idée d' une défense commune européenne ? C' est pour avoir une réponse complète , parce que si vous aviez cela dans l' esprit et que je vous parle des problèmes agricoles , qui ne sont pas négligeables .

Vous avez raison .

L' Europe occidentale , ce qu' on appelle l' Europe , est la grande vaincue de la dernière guerre .

Elle a disparu en tant que telle .

Elle n' a jamais existé vraiment en tant que telle , mais elle a représenté une force d' expression , de civilisation , de puissance qui - si elles avaient été associées , ces nations qui se disputaient si souvent , qui se sont déchirées dans des guerres civiles - lui auraient accordé une plus grande puissance encore .

Mais , c' était quand même l' Europe qui se trouvait à la tête du mouvement général des affaires , quand ce n' était pas à la tête du mouvement général des idées .

On pense naturellement aujourd'hui , après cette dure épreuve , à cette disparition de tant de forces et de valeurs : sur le plan militaire , la puissance américaine , la puissance soviétique ; sur le plan économique la puissance américaine , la puissance japonaise .

On sent comme un mal en soi , un mal d' Europe .

Je suis tout à fait prêt à comprendre ceux qui disent : eh bien , il faudrait peut-être s' organiser économiquement , politiquement : ce sera le sujet de la conférence à laquelle je participerai à Athènes , au Conseil européen qui va être assez difficile et même très difficile , et c' est le sujet traité en même temps par beaucoup de responsables politiques importants dans notre vie intérieure .

Pourquoi n' y aurait -il pas une idée de défense européenne ? Pourquoi est -ce qu' on n' associerait pas les moyens économiques , industriels , les moyens d' invention , de création , les moyens de la plus grande puissance commerciale du monde qu' est quand même l' Europe occidentale ? Cette Europe qui ne se traduit pas en force politique , qui ne se traduit pas toujours en force économique , car on traite avec ceux -ci , on traite avec ceux-là , on donne la préférence à ceux qui se trouvent de l' autre côté de la terre plutôt que d' aller chercher son voisin - et même sur le plan des armes , monsieur Ullmann , on commande des armements à d' autres pays qu' à ceux de l' Europe même , c'est-à-dire que nous n' avons pas des armements qui soient harmonisés - c' est dire que nous sommes loin du compte .

Il faut que l' Europe soit capable d'abord , d' exprimer une volonté politique ; il faut ensuite qu' elle surmonte un certain nombre d' obstacles importants qui sont nés de la dernière guerre mondiale et qui font que l' Allemagne a un statut particulier qui lui interdit certains développements militaires , notamment sur le plan nucléaire - c' est la conséquence de la guerre : l' Union Soviétique est très vigilante sur ce plan , elle n' est pas la seule .

La défense européenne , c' est une idée dont je comprends la force , louable en soi , et qui doit constituer un objectif important de tous les responsables politiques de l' Europe occidentale , à condition d' avancer avec sagesse pour éviter de bâtir sur du sable , ou au contraire de préparer des explosions nouvelles - fixer la coupure définitive de l' Europe en 2 , renvoyer les uns , comme cela , définitivement à l' Est , et nous , nous cantonner sur l' Ouest - il faut penser à cela .

Je pense qu' il faut sortir du partage de Yalta - je l' ai dit il y a déjà bien longtemps , en tout cas solennellement après mon élection à la Présidence de la République - mais il faut en même temps savoir que cela ne se fera pas sans déchirement , sans préparation , sans une approximation presque scientifique de l' esprit .

Gardons cette idée , préparons l' échéance , une volonté politique pour l' Europe ; dominons des débats - qui , aujourd'hui , nous empêtrent et dans lesquels on risque de se perdre - et quand cette démonstration sera faite , y compris sur le plan , je le répète , des armements , on pourra imaginer - peut-être dès maintenant - des stratégies complémentaires .

Déjà la France remplit ce rôle , elle remplit ce rôle car c' est moi-même qui ai ranimé le Traité de l' Elysée - signé par le général de Gaulle et monsieur Adenauer en 1963 - en mettant en vie un article oublié qui permet de discuter avec l' état-major de l' Allemagne de l' Ouest .

J' ai également engagé des conversations militaires avec les responsables de la Grande Bretagne .

Nous disposons en Allemagne d' une force d' intervention , d' action rapide , qui jouerait son rôle dans le cadre d' un conflit , s' il devait y en avoir un .

Mais je le répète , je ne peux pas redistribuer la décision qui m' appartient à moi seul en France , mais aussi qui m' appartiendrait à moi seul en Europe .

Je ne peux changer le fait que je dispose d' une force nucléaire qui ne peut être que de dissuasion , pour la France et pour les intérêts vitaux que j' ai évoqués tout à l' heure , mais qui ne peut pas prétendre assurer la défense de l' Europe .

Je demande simplement que cette idée soit retenue , mais qu' on avance sagement .

La France a , en effet , bâti une puissante industrie d' armement , d'abord pour pouvoir soutenir son propre armement .

Le marché français ne serait pas suffisant pour justifier que des usines tournent , car on ne pourrait pas rentabiliser cette action .

Oui , elle remonte bien avant mon élection .

Les gouvernements ont engagé une politique d' armement qui a abouti sur ce plan à une grande réussite industrielle , et donc à des ventes importantes d' armes .

Ces ventes sont en diminution , peut-être de 25 % en 1983 par rapport à 1982 , ce qui n' a d'ailleurs pas altéré notre commerce extérieur qui , comme vous le savez , est en progrès d' une année sur l' autre .

Donc , nous vendons en effet des armes .

Le problème pour nous est d' éviter d' alimenter les lieux où se déroulent des combats .

Je pourrais dire que je me trouve en contradiction dans un seul cas , c' est celui de la guerre entre l' Irak et l' Iran ( nous en parlerons si vous le voulez bien ) .

Je pense que pour assurer le changement d' orientation de la politique industrielle de la France , dans une époque où malheureusement le chômage est un mal national et international , il faut préparer des reconversions industrielles , et cela prend du temps : voilà ce que je répondrai à cet étudiant , étant bien entendu que je comprends très bien la raison morale et politique qui l' inspire .

Ils ont raison de se poser la question .

J' observerai cependant que pour les pays possesseurs , détenteurs d' une arme nucléaire dont l' objet est essentiellement de dissuader toute agression , notre stratégie repose sur l' idée et la réalité qu' on ne peut pas nous attaquer sans subir de tels dommages que l' enjeu ne vaudrait pas la peine .

C' est vrai , la protection civile , comme on dit , et les abris en particulier , est passée , depuis 25 ans , en arrière-plan .

Cela m' a inquiété lors d' un récent conseil de défense - c' est un sujet qui peut être traité en public , puisqu'on me pose la question , je vais l' aborder - j' ai demandé que chaque fois que nous entreprendrions des grands travaux de construction , il serait nécessaire de prévoir la défense de ces villes .

C' est une réponse tout à fait partielle à un problème immense qui représenterait un financement considérable , mais voici le point où nous en sommes .

Notre défense passive n' est pas suffisante .

Il faut engager , mais avec les moyens qu' on a , une action de construction d' abris , mais savoir aussi que nous sommes un pays qui possède une arme nucléaire capable de repousser les ambitions d' un adversaire .

A qui je m' adressais ? Mais , monsieur Du Roy , je m' adressais aux Français , et comme ce qui se dit ici n' est pas ignoré dans le reste du monde , ceux qui ont procédé à cet attentat savent qu' ils subiront la loi d' un châtiment justifié .

C' est tout ! je n' ai rien d' autre à dire , laissez -moi demeurer responsable de mes décisions .

Je n' ai pas à l' apprécier .

Je dirais sans doute comme vous - vous ne l' avez pas encore dit - qu' elle est très mauvaise , et qu' en quelques mois , la situation de l' OLP qui suit Arafat , s' est extraordinairement dégradée , qu' elle ne représente plus la force que nous lui connaissions dans les années précédentes .

Si je me suis exprimé à ce sujet , c' est à la fois sur le plan , disons , humanitaire et sur le plan politique .

Sur le plan des sentiments humains normaux , cet hallali , dans un pays arabe , par des arabes , par des dissidents d' un même mouvement , en même temps que par les pays voisins , détruire ces gens qui courent après une patrie , que l' on chasse d' un endroit à l' autre et que l' on tue - c' est toujours de ce côté là qu' on s' adresse lorsqu' on veut tuer quelqu'un dans cette région du monde - je dis , ce n' est pas supportable et la France ne doit pas s' associer , même par le verbe , à des actions de ce genre .

Mais j' ajoute que , sur le plan politique , il faudra bien aborder le problème du peuple palestinien .

Là-dessus , nous n' allons pas reprendre une vieille explication qui nous attarderait - car vous savez à quel point je suis sensible à la défense des droits à l' existence d' Israël - mais je continue de penser qu' Israël et les autres ont tort de ne pas penser à ces 5000000 de gens errants qui représentent un peuple intelligent et courageux .

Nous en sommes réduits aux interprétations .

Je pense que les Syriens , qui n' ont pas reconnu l' existence du Liban , qui considèrent qu' il fait partie de la grande Syrie , ne veulent pas de concurrence .

Qu' est -ce qu' on appelle l' enlisement ? Dans quelles conditions , la France a -t-elle envoyé des troupes au Tchad ? La France a fait les expériences les plus diverses , les plus contradictoires au Tchad .

En 1969 , jusqu' en 1972 , on a fait une guerre au Tchad et nos adversaires étaient Goukouni et Hissein Habré - on a fait une guerre en rase campagne et puis , quand on est parti - 3 ans après , c' était la même chose , le même désordre , la même concurrence des clans , la même guerre civile alimentée par des intérêts étrangers - on a dit : cela suffit - un peu plus tard , en 1976 , on a signé un traité avec le gouvernement du Tchad en disant : décidément , cela ne nous intéresse plus , on s' en va et on n' intervient plus et puis , on est revenu en 1978 , à la demande du gouvernement du Tchad - je crois que c' était le même , si ce n' était pas le même , c' était en gros les mêmes hommes - et puis , en 1980 , le chef du gouvernement du Tchad , monsieur Goukouni , a appelé les Libyens à l' aide et les Libyens sont venus , et les soldats français sont partis , en estimant qu' ils n' avaient pas , sur les ordres du gouvernement de l' époque , à se mêler des affaires du Tchad .

Lorsque j' ai été élu Président de la République , la totalité du Tchad était dans les mains de la Libye qui - sous l' autorité de monsieur Kadhafi , qui est animateur , comme vous le savez , de l' Etat et de la révolution libyenne - était ainsi devenue voisine d' un certain nombre de pays d' Afrique noire , avec une capacité de pénétration et de déstabilisation dans l' ensemble de l' Afrique noire .

Lorsque des événements du même ordre se sont produits après que j' eusse obtenu de monsieur Goukouni le départ des Libyens , la guerre civile a repris : Goukouni a dû partir , monsieur Hissein Habré est devenu chef de l' Etat du Tchad après une victoire militaire .

De nouveau l' intervention de la Libye , et le Tchad s' est trouvé en passe d' être à nouveau occupé par les armées de ce pays .

Mais j' ai reçu des interventions de 7 , 8 , 10 pays d' Afrique noire qui sont venus vers la France en disant : certains d' entre nous avons des accords de défense avec vous ; c' est un danger pour nous tous ; on ne peut pas accepter qu' un Etat africain perde son intégrité ; si on redonne la parole aux ethnies , c' est tout l' équilibre africain qui explose ; la France a un devoir - oui , la France a un devoir - et j' ai décidé d' intervenir sur le Tchad que j' appellerai utile dans la situation présente , c'est-à-dire le Tchad qui se trouve au centre , au sud , mitoyen des pays d' Afrique noire dont je parle .

Il y a 4300000 habitants dans le Tchad contrôlé par les forces françaises , il y en a 150000 dans le Tchad occupé par les forces libyennes mais , naturellement , cette ligne de démarcation , purement militaire , doit être provisoire car l' objectif recherché est l' intégrité du Tchad et , pour cela , nous avons le soutien de tous , aussi bien de ceux qu' on appelle les progressistes , l' Ethiopie , l' Algérie , que de ceux qu' on appelle les modérés , la Côte d' Ivoire ou bien le Gabon , le Sénégal , tous .

Nous avons dit alors : ce problème doit être réglé par l' Organisation de l' unité africaine : c' est elle que cela regarde .

Tous ceux dont nous parlons , tous ces leaders politiques , tous ces Etats appartiennent à l' Organisation de l' unité africaine , et c' est pour l' instant le Président de l' Organisation de l' unité africaine - qui est le Président de l' Ethiopie - ainsi que le secrétaire général de l' unité africaine , qui s' occupent de ce dossier .

Bien entendu , on n' a pas laissé les choses en l' état et nous hâtons le moment - c' est ce qu' on a fait à Vittel - où monsieur Hissein Habré et les autres se rencontreront pour décider en commun du sort de leur pays , en dehors de la présence de toute armée étrangère , y compris de la nôtre - je n' attends que le moment où cela sera rendu possible - avec une négociation ayant abouti à la sauvegarde de l' intégrité territoriale du Tchad : les soldats français partiront tout aussitôt , ils n' ont à se mêler à aucune aventure coloniale .

J' ai bien mon idée là-dessus .

Monsieur Du Roy , je suis l' héritier des grands choix de la France , je peux en réformer certains - lorsqu' ils me paraissent naturellement tout à fait contraires à ce que je crois ou à ce qui me paraît utile pour la France - mais a priori , le fait que depuis 1975 l' Irak soit le premier client en achat d' armes - sauf je crois pendant 2 années où cela a été l' Arabie Saoudite - dans le monde , achat d' armes françaises dans le monde : c' est une situation que j' ai trouvée , que je n' ai pas réprouvée .

Mais savez -vous que nous en sommes encore à livrer des avions mirage qui ont été commandés en 1979 ? Et savez -vous que ce qu' on appelle les super-étendard , ce sont des avions qui n' ont pas tout à fait le rayonnement et la puissance des mirages ? De telle sorte que si cela n' avait pas été des super-étendard , cela aurait été des Mirages .

Les contrats courent depuis maintenant 8 ans , nous les avons renouvelés ou accrus depuis 1982 1983 , et c' est là que votre question se pose tout à fait : pourquoi ? Eh bien oui , nous avons continué d' aider notre ami , nous l' aidons , je crois , pour le tiers de son armement , car ce sont l' Union Soviétique et l' ensemble des pays de l' Est qui lui fournissent les 2 tiers de son armement .

J' ai souvent répondu aux questions de ce genre qu' on me posait en disant : l' Iran aussi achète des armes , et à qui donc ? Il y a des gens qui fournissent des armes à l' Iran , des gens qui fournissent des armes à l' Irak , et il y a des gens qui en fournissent à l' Iran et à l' Irak - je ne vous donnerai pas la liste - ce n' est pas le cas de la France .

Mais nous ne sommes pas les ennemis de l' Iran , et je n' ai pas l' intention de forcer la note .

J' ai rempli les contrats , j' ai renouvelé ceux qui me paraissaient sains - l' Irak est un pays ami - mais je n' entends pas que notre vente d' armes puisse être assimilée à un acte d' agression , étant entendu que l' Iran a proféré de nombreuses menaces qui ne m' impressionnent pas , mais qui risquent de détourner la situation de son sens .

La France n' a pas choisi son camp ; il se trouve qu' elle a une amitié , elle ne veut pas avoir un ennemi .

Je ne crois pas .

Je crois que la position de la France - que j' ai exprimée hautement - reçoit l' approbation d' une grande majorité de Français .

Dans cette affaire du pacifisme , je distingue ceux qui , par nature , par tradition , par conviction , estiment que tout armement - et surtout à l' échelle de l' armement nucléaire et de sa capacité de destruction - est détestable et doit être immédiatement repoussé : ce sont les vrais pacifistes .

Il y a ceux qui sont sensibles à des propagandes extérieures , souvent sans s' en rendre compte , c' est déjà un peu moins net ; et puis , il y a les autres pays que la France , ceux qui n' ont pas d' armement nucléaire , qui sont exaspérés d' avoir sur leur sol des explosifs tels que leur pays peu sauter , et qui sont à la disposition d' un pays qui est ami , sans doute , mais étranger - je veux dire les Etats-Unis d' Amérique - car ils n' ont pas , même s' ils sont consultés , la possibilité de prendre une décision , ils n' ont pas , comme on dit , la double clé : ce n' est pas eux qui sont maîtres de cet armement .

Alors , je suppose qu' à ce refus , inspiré par un esprit national qui , quelquefois , peut devenir nationaliste , s' ajoute un flot de pacifisme nouveau .

Seulement , voyez -vous , quand l' Union Soviétique , en 1977 , a installé ses premiers SS 20 , c' était le moment , pour les pacifistes , de se rassembler .

Sans doute , y avait -il le système avancé , comme on dit , des Américains en Europe , mais les décisions soviétiques ont toujours été prises préalablement .

C' était le moment d' engager une grande campagne et de rejoindre ou de pousser avec moi le cri que j' ai poussé en 1980 : Ni Pershing ni SS 20 ! Ensuite , 2 ans , 3 ans , 4 ans plus tard , c' était trop tard , c'est-à-dire qu' à ce moment-là , c' était demander aux pays occidentaux d' arrêter tout d' un coup les frais , de geler la situation , une situation en déséquilibre .

Et , si l' on veut bien se souvenir que la politique française repose sur cette notion fondamentale de l' équilibre des forces dans le monde , et du meilleur équilibre possible , le plus bas en Europe , alors on se rendra compte que geler la situation dans le déséquilibre , avec une énorme présence de missiles soviétiques et l' absence d' autre missiles intermédiaires en Europe , notamment américains , c' était cristalliser une situation dont serait sortie la guerre .

Voilà pourquoi je pense que le pacifisme se trompe quant à la méthode ; ce n' est pas possible - je l' ai dit à Bruxelles - d' émettre un tel raisonnement , pour l' instant .

Il y a peut être des gens , il y a sûrement des gens en Union Soviétique qui veulent la paix mais pour l' instant on y développe l' armement , et à l' Ouest , on développe le pacifisme : ce n' est pas égal .

Je n' accuse personne , je dis simplement que , dans le cadre de mes responsabilités , qui est la responsabilité suprême en France - cette responsabilité n' est pas réduite à néant dans le reste du monde , et particulièrement en Europe - cela n' est pas possible .

Il faut que chacun assume son devoir , et le devoir actuel , c' est de préserver l' équilibre des forces entre ceux d' ici et ceux qui sont là : je ne sortirai pas de cette règle d' or .

Je ne le crois pas .

Sur le plan de la politique intérieure française , d'abord , je ne crois pas qu' on puisse simplifier en disant : ceux -ci sont contre .

Pas sûr du tout .

Mais enfin c' est vrai que des opinions divergentes ont été exprimées .

Je ne m' en occupe pas : ma responsabilité , c' est la mienne , je le dis sans présomption , c' est la responsabilité de ma fonction , c' est mon devoir vis-à-vis de la France .

D' autre part , il y a quand même des institutions : j' agis après réflexion , je saisis le gouvernement , j' en débats avec le Premier ministre et les ministres intéressés , le cas échéant - lorsqu' il y a matière législative , ou à un débat - le Parlement est saisi .

Mais ce n' est pas mon affaire que de savoir de quelle façon agissent tel et tel Parti .

Je décide et je choisis , et le reste s' organise et se détermine autour de cette décision : rien ne fera changer la mienne .

Les socialistes et les sociaux-démocrates des autres pays ? Généralement ils ne sont pas au pouvoir , ceux qui s' expriment ainsi , et ils y étaient souvent - pas toujours - lorsqu' ils ont décidé d' implanter des armes nucléaires : il y a donc eu un certain manque de logique dans cette attitude et aussi , sans aucun doute , une conviction sincère .

Nous en débattons souvent et je pense que les Français et leurs amis européens ont là un beau sujet de débat sans que personne ne se jette l' anathème mais , moi , mes décisions ne peuvent pas tenir à de telles considérations .

Vous avez compris ce que je voulais dire .

Je veux dire simplement que , lorsque tout repose sur la dissuasion , c'est-à-dire sur le fait que nul ne puisse douter de la volonté du chef de l' Etat qui décide , à ce moment-là , la dissuasion est pleine et entière et le monde entier nous respecte .

Voilà pourquoi j' ai cru possible de m' adresser à l' opinion en disant : je dois m' exprimer , je dois dire ce que je veux faire , je dois m' expliquer , je dois éclairer ce qui peut paraître confus , je dois engager les Français sur un chemin qui est souvent difficile , qui exige du courage , de la résolution , de l' effort mais la cause en vaut la peine , c' est celle de la France et c' est celle - je le crois - d' une civilisation que j' aime et que je sers .

Que c' était la charge la plus lourde parmi celles qui m' avaient été confiées .

J' ai rencontré , il y a très peu de temps , monsieur Gromyko - qui est un très haut dirigeant soviétique , chacun le sait , ministre des affaires étrangères depuis plusieurs décennies - et nous avons parlé 2 heures et demie : nous avions donc des choses à nous dire .

Quant à rencontrer monsieur Andropov , il n' y a aucune raison de s' y refuser dès lors que cette rencontre pourrait être utile à la paix .

Je dois donc me poser à moi-même cette question : est -ce qu' il est utile d' aller voir monsieur Andropov avant la conclusion de cette phase , que j' espère être la première phase - je veux dire qu' elle sera suivie de quelques autres - de la conférence de Genève , alors que la décision d' implanter des euromissiles , et particulièrement des Pershing II ne dépend pas de moi ? Qu' est -ce que j' ai à négocier ? Et comme d' autre part je serais amené à lui dire que l' équilibre des forces exige qu' il réduise considérablement son armement , s' il veut empêcher que les autres s' arment , cette visite n' aurait servi à rien , et il n' est rien de pire qu' une négociation qui échoue .

Par contre , je reste disponible pour tout échange utile , dès lors qu' il s' agira de reconstruire bientôt sur les premiers décombres de la conférence de Genève .

La France a déjà désapprouvé cette décision des dirigeants turcs de faire sécession en créant un soi-disant Etat du nord de Chypre , nous l' avons déjà désapprouvé .

Il existe des décisions de l' Organisation des Nations-Unies , il existe une société internationale .

Nous ne nions pas la compétition entre les Turcs et les Grecs de Chypre , certes , et nous voulons que le droit des uns et des autres soit respecté .

Mais une décision de cet ordre , qui a peut-être été inspirée , n' est pas acceptable .

Cela , c' est une première réponse .

Est -ce que cet événement de Chypre peut provoquer un conflit généralisé ? Certes la Turquie et la Grèce doivent à l' heure actuelle se poser des questions - j' ai déjà entendu l' écho des paroles prononcées par monsieur Papandréou , le Premier ministre de Grèce - mais je ne pense pas que les plus grandes puissances veuillent se saisir de ce sujet pour alourdir un contentieux déjà si difficile à régler sur les autres questions .

Moyens de pression militaires dans le débat présent ? aucun , bien qu' ils s' intéressent à nous plus que je ne le voudrais .

Politiques ? eh bien par ce que nous disons , par ce que nous affirmons , par ce que je dis dans les assemblées internationales , je pense rencontrer une opinion générale qui comprend fort bien que , pour sauver la paix , il faut l' équilibre des forces , et qu' on ne peut pas laisser en Europe un pays tout puissant et d' autres qui seraient désarmés .

Cela se comprend très bien .

Donc ce que dit la France par ma voix compte , je le crois , dans l' évolution de l' opinion universelle .

Quant à être médiateur , je ne me pose pas en médiateur : j' espère seulement avoir l' occasion de donner d' utiles conseils le jour venu pour favoriser un retour au dialogue , et si je peux y contribuer , cela me suffira .

C' est une question que je n' attendais pas , je dois le dire .

Je pense que le fait qu' il y ait des ministres français est suffisamment intéressant pour l' Union Soviétique et qu' elle ne doit pas se préoccuper tellement des nuances politiques de chacun d' entre eux .

J' ajoute qu' il ne m' a pas semblé en 1981 , lorsque j' ai pris des ministres communistes que cela ait fait tellement plaisir à l' Union Soviétique , mais enfin les journalistes qui m' entendent commenteront ce propos à leur guise .

Enfin , je m' adresse à celui qui me pose la question : monsieur , je n' ai pas du tout l' intention de mettre en cause le patriotisme de qui que ce soit et le gouvernement de la République connaît ses devoirs - il y a des Français - je me refuse à considérer que je pourrais faire bifurquer , obliquer la politique d' indépendance nationale , au gré des personnes qui participent au gouvernement de la République .

Mais je suis tout à fait désireux , en effet , de connaître l' opinion des différents partis de l' opposition .

Plus large sera le consentement , mieux cela vaudra : dans les grandes affaires qui touchent à la vie de la nation , je pense que la recherche de l' union serait heureuse pour notre pays , surtout si cette recherche aboutissait , étant bien entendu qu' il ne faut pas tomber non plus dans la confusion et que le débat démocratique reste la règle .

Je n' entends pas , autour de mes propositions , rassembler tout le monde .

Ce serait déjà très bien , et je pense que c' est le cas , que l' immense majorité des Français considèrent leur pays comme un grand pays , qui mérite d' être défendu , qui est capable de jouer son rôle dans le monde , de défendre la paix , de défendre sa sécurité , de défendre son indépendance , d' être présent par son rang , par son rôle dans le monde , partout où il a des intérêts historiques .

Il s' agit aussi d' être apte à aborder les problèmes nouveaux , les problèmes déjà inscrits dans le présent et qui conditionnent l' avenir : je pense à la construction de l' Europe , je pense à la politique à l' égard du tiers monde , ou bien je pense à l' édification d' un ordre monétaire nouveau .

Voilà de quoi faire , croyez -le , pour avoir confiance en son pays .

La bombe à neutrons a fait l' objet d' études , ces études ont abouti : nous sommes aujourd'hui maîtres de cette connaissance et donc de cette technique , et il suffirait qu' un ordre soit donné par mes soins pour que la bombe à neutrons soit construite ; et il suffirait d' un temps relativement court pour qu' elle soit en exercice , mise au service de notre armée .

Mais je n' ai pas donné cet ordre , d'abord parce que je ne pense pas que ce soit le moment d' alourdir le climat , la discussion : alors que tout le monde parle de désarmer tout en surarmant , ce n' est pas le moment , pour la France , qui invite à réduire les forces pour atteindre l' équilibre par la réduction vers le bas , de donner le signal , fut -il psychologique , d' un armement nouveau .

Mais je me réserve de faire procéder à cette fabrication , si tel était l' intérêt du pays .

Je suis inquiet , comme je l' ai dit tout à l' heure , d' un manque de justesse d' appréciation des Etats-Unis d' Amérique dans cette partie du monde .

Je vois aussi que les guerres civiles très cruelles qui s' y déroulent peuvent , peu à peu , porter les factions à choisir l' extrémisme plutôt que le juste compromis et donc provoquer une aggravation constante de la situation .

Mais , en dehors de ce que je dis là , et d' une assistance dans la mesure de mes moyens , il est évident que la France n' entend pas intervenir dans un débat qui serait pratiquement insupportable .

Déjà , voir cette plus grande puissance du monde consacrer plusieurs jours à l' occupation d' une toute petite île peuplée de 100000 habitants , vraiment c' est un spectacle qu' il vaudrait mieux ne pas renouveler .

Cela me rappelle une autre citation - que je voudrais exprimer en termes exacts - elle vient de Paul Valéry : " Nous autres , civilisations , nous savons maintenant que nous sommes mortelles " .

Et c' est vrai que tout peuple , tout ensemble de peuples qui composent une civilisation , pour reprendre les termes de Paul Valéry , ce sont des corps vivants soumis au risque de la mort mais ils contiennent en eux des germes de renouvellement constant .

Il n' y a pas de raison qu' un peuple cesse d' exister et de se développer , à condition qu' il y mette le prix .

Voyez -vous , la vie , et ses effets les plus merveilleux , je pense en particulier à la paix , la paix , ce n' est pas un don qui tombe du ciel , cela se gagne , comme le reste .

Ceci veut dire que , pour continuer l' analyse de Glucksman , la défense d' une civilisation , des valeurs auxquelles on croit , la défense de son pays , cela vaut bien la peine d'abord de beaucoup d' amour - des termes aussi simples que ceux-là , qui font parfois sourire , pas moi - d' amour de la patrie , de souci de l' effort - si nous ne le faisons pas , personne ne le fera à notre place - il y faut encore de la résolution , du courage et puis peut-être aussi , permettez cette intervention dans notre politique intérieure , un peu le sens que nous sommes tous solidaires , finalement , devant l' histoire et dans le temps .

Tout cela justifie que l' on réponde : oui .

Oui , il faut défendre ce que nous sommes , en essayant de le faire mieux , mais sans jamais abandonner la tâche .

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