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La discussion avec plusieurs pays européens , particulièrement l' Allemagne qui - pour s' associer à la France dans l' acquisition par la France du synchrotron - a souhaité que cette soufflerie soit installée chez elle en privant donc la région du Sud-Ouest , la région de Midi-Pyrénées .

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F. Mitterrand - 21 novembre 1984

Quant à moi , je suis plutôt satisfait .

Mais le thème n' est pas nouveau pour moi , je l' ai développé dans de nombreuses circonstances et dans quelques livres : tout pouvoir doit se méfier de lui-même , et spécialement dans notre pays qui a un tempérament extrêmement centralisateur .

On le retrouve à toutes les époques : j' ai cité récemment Richelieu , Colbert , on pourrait ajouter Robespierre et Napoléon Bonaparte .

On trouve des centralisateurs à tous crins , à toutes les époques , y compris à la nôtre et c' est vrai qu' à partir d' un certain moment , que l' on soit dirigiste , quand on est conservateur , ou que l' on soit socialiste , lorsque l' on appartient à un parti de progrès , de toute façon la tentation est là et le tempérament aussi .

Et ceux qui ont la charge d' appliquer cette décentralisation , qui sont des fonctionnaires , des hauts fonctionnaires , issus de tous les milieux , s' identifient à leurs fonctions et détiennent les pouvoirs dont ils ne veulent plus se défaire .

Donc , tout pouvoir doit se méfier de lui-même - pouvoir socialiste ou pouvoir conservateur - il y a là un danger .

De quelle façon corriger ? de quelle façon compenser ? La réponse est claire : puisqu'existe un pouvoir qui risque d' être un pouvoir exorbitant , il faut installer un contre-pouvoir .

à partir du moment où le contre-pouvoir et le pouvoir seront exactement définis , s' établira une dialectique , et j' espère qu' il en naîtra une certaine harmonie : telle est la tâche à laquelle nous nous sommes attachés .

Je vous ferai observer pour commencer que la décentralisation a été arrachée par l' actuelle majorité contre une opposition vigoureuse des partis conservateurs - aujourd'hui , ils se montrent exigeants et répètent qu' on ne décentralise pas assez - mais enfin , au moment où ils devaient faire un choix , ils ont quand même décidé de voter contre la décentralisation et c' est la majorité qui a décidé de cette réforme considérable , la plus considérable quant aux institutions françaises , certainement , depuis la Révolution de 1789 .

Est -ce que j' en suis content ? oui : d' une façon générale , les pouvoirs ont été bien répartis , bien rétrocédés .

Certes , on peut toujours améliorer les choses mais beaucoup de régions et beaucoup de départements n' ont pas perdu de temps - quelles que soient leurs nuances politiques - pour exercer pleinement leurs pouvoirs , et pour tout aussitôt réclamer plus de l' Etat : chacun voulant non seulement bénéficier de la décentralisation , mais encore garder la mentalité des anciennes collectivités locales , régionales , départementales , le réflexe de demandeur de subventions .

Bénéficier des 2 avantages , ce n' est naturellement pas possible et c' est ce qui conduit beaucoup de collectivités locales à dire : " on ne finance pas autant qu' il faudrait la décentralisation que l' on m' a accordée " .

Je crois que c' est un sujet qui vous préoccupe .

Eh bien , monsieur , c' est faux ! et c' est faux parce que le financement est transféré au centime près .

Ce que je vous dis là , ce n' est pas moi qui le dis : je me contente de répéter les conclusions du rapport établi par la commission centrale créée à cet objet - je vous rappelle qu' elle est composée d' un grand nombre d' élus locaux , dont une majorité d'ailleurs appartient à l' opposition politique - ils ont tous reconnu à l' unanimité qu' au centime près les transferts de l' Etat vers les régions et les départements correspondaient au financement nécessaire .

Mais je comprends la plainte de certains maires : les communes n' étant pas destinataires directs du financement , à qui doivent -elles s' adresser ? aux départements ou à la région et il n' est pas certain que le département et la région répartissent exactement auprès de la commune l' ensemble , disons des avantages ou des affectations , qui étaient naguère reconnus .

Mais l' Etat , lui , n' est plus en cause , l' Etat n' a rien à voir avec cela , il a diffusé un financement au centime près et je défie quiconque de dire le contraire .

Et comme j' entends dire partout où je vais : " sans doute l' Etat nous a donné des pouvoirs et des compétences , mais il ne les finance pas " , je dis : c' est faux ! Il faut que les Français , eux , rétablissent la vérité et disent : nous avons maintenant à nous adresser à nos élus régionaux et départementaux pour obtenir notre dû .

J' espère que cela est déjà fait dans la plupart des régions de France .

J' ai été sollicité par de très nombreuses villes qui souhaitaient la présence du Président de la République aux fêtes de la Libération et j' ai généralement éludé cette invitation pour ne pas abuser de ma présence : il y avait partout assez d' autorités responsables qui représentaient parfaitement les populations .

Mais à 3 reprises , non seulement j' ai accepté mais j' ai désiré marquer par ma présence l' importance que j' attachais à certains événements : le débarquement en Normandie - on s' en souvient - avec les alliés ; à Verdun , la réconciliation franco-allemande et à Strasbourg , Mulhouse , Colmar , la libération de l' Alsace .

C' est dire l' importance que j' y attache : les côtes de Normandie , Verdun , l' Alsace dépassent même le combat de la France et l' incluent assurément .

J' en suis fier , avec les Alsaciens sans aucun doute , mais cela va au-delà : dans ces 3 circonstances , je vois une ville ou un lieu de France symbole d' une démarche de l' Europe ou du combat pour la liberté .

Voilà pourquoi je vais en Alsace , d'autant plus que bien des souvenirs personnels m' y rattachent : ceux de mon adolescence , moi , né en 1916 et donc élevé dans le culte de cette Alsace retrouvée , et puis moi , soldat en 1939 en Alsace et puis résistant mêlé d' assez près aux événements qui se sont passés dans cette région que j' aime .

Voilà , je ne crois pas avoir autre chose à vous dire , cela suffit .

Il y a là peut-être quelques excès dans votre expression , mais je répondrai que je comprends le désir et même la volonté des élus d' Alsace d' obtenir pour leur région - qui est souvent en difficulté - cette implantation importante .

Je comprends la signification qu' ils y attachent puisqu'il s' agit de compléter pour eux tout un équipement européen .

Vous savez que le débat s' était posé sur 2 plans : la soufflerie cryogénique qui devrait être installée dans la région de Toulouse et le synchrotron .

La discussion avec plusieurs pays européens , particulièrement l' Allemagne qui - pour s' associer à la France dans l' acquisition par la France du synchrotron - a souhaité que cette soufflerie soit installée chez elle en privant donc la région du Sud-Ouest , la région de Midi-Pyrénées .

Cela a donc été un débat difficile et vous n' ignorez pas que certains pays étrangers , partie prenante dans cette négociation , étaient hostiles au choix de Strasbourg .

C' est une histoire que je vous raconte après coup , parce que vous m' interrogez aujourd'hui : je ne l' avais pas suivi moi-même , car cela n' est pas du ressort du chef de l' Etat .

Pourquoi ? parce que ce n' est pas mon affaire - il faut une répartition des compétences dans les institutions de la République - mais on réclame quand même mon arbitrage .

Je dois dire que cela est un peu triste .

D'abord on commence par menacer , on dit : " ah ! si vous n' exercez pas votre arbitrage dans tel sens - en somme on m' ordonne d' arbitrer mais uniquement dans un sens - on ne vous recevra pas ou bien vous aurez des grandes difficultés " .

Je refuse ce genre de dilemme comme j' aurais refusé de toutes façon d' arbitrer pour choisir Strasbourg contre Grenoble , pas plus que je n' avais à choisir Grenoble contre Strasbourg .

Le gouvernement a prix ses responsabilités , je n' ai pas à y revenir mais je comprends aussi l' émotion de la population et des élus car le synchrotron était un investissement extrêmement intéressant .

Il s' agit de savoir si la France est en mesure d' appliquer la solidarité nationale pour que cette région de l' Alsace ne se sente pas délaissée .

J' ai pris connaissance des dossiers à la veille de me rendre en Alsace et je me suis rendu compte que beaucoup avait été fait pour cette région , beaucoup .

Quand ce ne serait que sur le plan scientifique : le CNRS a consacré la moitié de ses crédits d' investissement à cette seule région ; il ne faut donc pas non plus plaider pour l' abandon de l' Alsace par la France , ce n' est pas juste ; il faut aussi éviter les passions politiques .

Cela dit , il est vrai que le contrat de plan , mieux aurait valu s' en tenir à une nouvelle discussion , tout au moins pour que chacun fut informé à temps de la décision finale plutôt que d' être pris au dépourvu comme cela a été le cas .

Oui , je le pense .

L' Alsace a ce mauvais sort d' avoir été une région riche , d' en avoir gardé la réputation et pendant ce temps , en réalité , ses structures se sont souvent défaites , le chômage s' est accrû , des entreprises ont donc fermé et l' Alsace se trouve aujourd'hui dans le besoin d' obtenir de la Nation une aide importante pour que soit revivifiée une région qui a le moyen humain , la compétence , le courage , la capacité de l' effort , l' intelligence .

Bref l' Alsace serait tout à fait bien équipée si elle avait les investissements nécessaires , et il faut y contribuer .

Je ne vais pas tenter de compenser l' affaire du synchrotron par des promesses sur : " on va faire ceci , on va faire cela " ; je le dis d'autant plus que j' ai précisé il y a un instant que beaucoup avait été fait depuis 3 ans pour l' Alsace : les comptes peuvent être établis comparativement avec toutes les autres régions et il ne sera pas au désavantage de l' Alsace mais c' est vrai que la déperdition de forces en Alsace aujourd'hui exige un effort accru de solidarité nationale .

Croyez -moi , j' y veillerai .

Cet accord international a été négocié , signé il y a déjà de longues années , bien avant que j' eusse la responsabilité de l' Etat , bien avant mon élection .

Je me suis donc trouvé devant un engagement de la France avec d'ailleurs un certain nombre d' avantages pécuniaires dont certains étaient déjà répartis .

Comment voulez -vous revenir en tant que gouvernement sur l' engagement pris par la France ? Un parlement a toujours le droit , bien entendu , de ne pas ratifier , mais est -ce qu' un gouvernement peut véritablement , après avoir rencontré d' autres pays , dans des négociations difficiles , renoncer à cet engagement ? C' est bien difficile et le gouvernement , comme vous le savez , a soumis au Parlement la ratification de telle sorte que je ne vois pas comme on pourrait revenir sur cette affaire , à moins que de nouvelles dispositions techniques fussent adoptées .

Après tout , ce qui est important , c' est que la pollution cesse , la méthode est secondaire ; je veux dire par là que si les Alsaciens considèrent comme déterminante et essentielle cette méthode dont ils craignent qu' elle abîme leur sous-sol , je comprends leur inquiétude .

Je veux dire simplement par là qu' une nouvelle méthode , une nouvelle technique pour éliminer la pollution du Rhin - pourquoi pas ? - mais l' engagement pris par la France désormais nous lie .

On peut gagner du temps - c' est ce que nous avons fait - on peut laisser un peu de temps qui devrait permettre encore aux esprits de s' appliquer à une solution nouvelle mais cette solution ne peut pas être une solution diplomatique ou alors la diplomatie n' interviendrait qu' après qu' il fut évident que la technique répond aux voeux .

En attendant , l' accord engagé par le gouvernement , je crois , de monsieur Barre , doit être normalement tenu par la France .

Pour l' instant , il y a un TGV qui fonctionne à la satisfaction générale : vous savez que les résultats dépassent les prévisions dans le bon sens .

a été engagée une nouvelle ligne qui ira vers l' Ouest et qui distribuera à la fois l' Aquitaine et la Bretagne : c' est une bonne chose .

On parle déjà d' un TGV qui se dirigerait par le Nord , vers Liège et l' Allemagne ; nous en avons parlé avec les Allemands , avec les Belges , rien n' est véritablement arrêté , mais le projet est lancé .

Je n' ai jamais été saisi personnellement d' un projet vers l' Est et Strasbourg : il serait grand temps que le gouvernement en fut saisi .

Cette course n' est pas perdue d'autant plus qu' en vérité , il faudra faire et l' un et l' autre ; il faut simplement imaginer que ces investissements sont d' une très grande lourdeur et qu' on est obligé de veiller au grain , c'est-à-dire de limiter les dépenses publiques .

Il n' empêche que c' est un grand profit pour le pays et que le rôle de Strasbourg qu' il ne faut pas résumer à l' aventure du synchrotron , c' est celui d' une grande capitale européenne .

Comment je soutiendrai ? que j' ai soutenu comme telle : pourquoi parlez -vous au futur ?

Pourquoi est -ce que je changerai d' avis ? Je reçois d'ailleurs - je crois , jeudi soir à Strasbourg - les bureaux des assemblées européennes pour pouvoir bien marquer la vocation de cette ville .

Je suis déjà allé devant le parlement ou l' assemblée européenne où j' ai tenu un discours pour la construction européenne avec Strasbourg pour capitale , de même que je suis allé , en tant que Président de la République aussi , au Conseil de l' Europe , c' est dire le souci que j' ai de voir se développer ces institutions et l' Europe avec Strasbourg pour capitale .

Donc , pour moi il n' y a pas de doute , mais il appartient aux ministres responsables qui sont plusieurs et en particulier aux ministres de l' économie et des finances , de savoir ce qui peut être absorbé et à quel rythme au cours des années prochaines .

Si j' ai une recommandation à faire à nos amis alsaciens , c' est qu' ils débrouillent ce dossier rapidement , je veux dire à grande vitesse , pour ne pas se trouver distancer par les autres régions .

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