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Sur le satellite , il y aura une chaîne qui sera la projection de la cinquième chaîne actuelle - et c' est à cause de cette double dimension , le satellite et l' Europe , que cette cinquième chaîne existe - deuxièmement , la chaîne culturelle et éducative préparée par Monsieur Desgraupes ; troisièmement , une chaîne anglophone , avec laquelle accord a déjà été passé .

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F. Mitterrand - 21 novembre 1985

Le sommet de Genève vient de s' achever , dans un bon climat nous dit -on : je m' en réjouis .

C' est ce que la France a souhaité , et le fait simple que le dialogue ait été repris , c' est pour ceux qui connaissent la fragilité de la paix , un signe d' espoir .

Mais je veux cependant attirer l' attention des Français sur le fait qu' il y a de réalités qui s' imposeront , après Genève , et qui s' imposeront longtemps et il faut que les Français affirment leur résolution en quelques domaines simples .

La première de ces réalités , c' est que , quel que soit le résultat des accords de Genève - si des accords il y a - l' écart entre l' armement atomique des 2 plus grandes puissances et l' armement des autres , de la France , de la Grande Bretagne , notamment , restera considérable et que cela doit nous inciter à persévérer dans notre volonté d' assurer notre sécurité par le moyen de la stratégie que nous avons choisie , qui assure notre indépendance nationale : c' est ce que l' on appelle la stratégie autonome de dissuasion .

Je sais bien que sur ce point une grande majorité de Français en est d'accord , mais il ne faut pas se dissimuler que les événements qui se produisent aujourd'hui sur la scène du monde ne doivent en rien diminuer la résolution de la France .

La deuxième réalité , elle est que la militarisation de l' espace - qui soit se prépare , soit se développe ici et là , en tout cas du côté des 2 grandes puissances - elle , ne s' arrêtera pas par miracle .

Encore beaucoup de temps , là aussi , sera nécessaire pour parvenir à des accords de limitation de recherches , sans aller jusqu' au déploiement , et , pendant ce temps - parce que il s' agit d' une autre stratégie , balistique cette fois -ci , bien au-delà de l' atmosphère - il faut que la France elle-même s' y prépare ; de même que le relais ne pourra être assuré , afin d' atteindre à un potentiel suffisant dans ce domaine si difficile , que si cette conception devient européenne .

Il faut donc s' adapter , se préparer aux technologies qui conviennent par rapport à cette perspective et particulièrement , je le répète , aux technologies spatiales .

Voilà un deuxième domaine dans lequel je suis sûr de la volonté de la France , d'autant plus que c' est exaltant - indépendamment des problèmes militaires - il y a réponse à bien des problèmes militaires , il y a réponse à bien des problèmes civils dans la connaissance de la matière et dans la maîtrise de la matière par l' homme .

Voilà donc 2 domaines , celui de notre indépendance nationale assurée par la stratégie de dissuasion autonome , et l' aptitude de la France et de l' Europe à maîtriser aussi l' espace , qui doivent , pour les Français , être un sujet d'accord , hors de portée des compétitions électorales , qui les dépassent de loin , qui sont tout simplement l' intérêt de la France .

Et vous avez parfaitement perçu la troisième dimension contenue dans ce que je viens d' exposer : c' est la dimension de l' Europe .

La défense et l' indépendance nationale , l' espace , l' Europe , voilà 3 objectifs et 3 réalités qui concernent tous les Français .

Ce grand moment que vit le monde est pour moi l' occasion d' une autre réflexion .

On peut être pour ceux qui sont au gouvernement et on peut être contre , c' est la loi de la démocratie .

Bien entendu , j' ai mes préférences , et vous les connaissez : je trouve , par exemple , qu' on ne rend pas justice autant qu' il le faudrait à l' actuelle majorité - eh oui ! à l' actuelle majorité - tant combattue , mais qui assainit chaque jour l' économie , qui , par sa lutte victorieuse , pour la première fois depuis si longtemps , contre l' inflation , se donne les moyens d' accroître le pouvoir d' achat des Français et particulièrement des travailleurs ; qui modernise l' appareil industriel ; qui forme hommes et femmes aux métiers de demain qui sont déjà les métiers d' aujourd'hui .

Donc , la politique culturelle , scientifique , sociale , n' a pas eu d' équivalent depuis la dernière guerre - oui , je n' ai pas de raison de le taire - je crois que l' intérêt de la France est de poursuivre cette politique , et je le dis , mais , bien entendu , les Français sont maîtres de leur décision .

Cette décision n' est pas acquise : quand elle le sera , le devoir de chacun sera de la respecter .

Enfin , si notre politique intérieure est dominée , comme c' est le cas , par l' approche des élections législatives , je crois que les Français comprennent très bien qu' il y a quelques domaines où ils doivent faire bloc , oui , où ils doivent faire bloc - ce n' est plus une question de parti de ceci , de parti de cela - où il convient de défendre ensemble un certain nombre d' acquis , et d' acquis de ces dernières années , il ne faut pas l' oublier .

Je résume en disant : faire bloc pour défendre les acquis sociaux , faire bloc pour défendre les acquis de liberté , faire bloc sur des points ou dans des domaines - je pense à l' immigration - où la tradition d' hospitalité et d' intégration de la France doit être maintenue envers et contre tout .

Voilà un certain nombre de domaines où un consentement général permettra à la France d' avancer ; de préserver , de défendre , d' avancer .

Après quoi , chacun dira - on le dit déjà - ce qu' il aura envie de dire ; la démocratie s' exercera pleinement , vous le savez bien , et les Français décideront .

Je n' ai pas dit consensus - cela m' arrive d' employer un peu le latin , mais d' ordinaire j' évite de faire le médecin de Molière - donc , je n' ai pas dit " consensus " , j' ai dit simplement " faire bloc " , s' unir sur quelques questions .

dire pour le président de la République " vous devez vous unir sur tout " serait nier la réalité de la France - je ne dis pas d' absurdités pareilles - et puis , ce serait malsain .

Il faut qu' on entende une majorité , il faut qu' on entende une opposition : à l' intérieur de ces grands groupes , il y des nuances multiples , c' est une bonne chose .

est ce que je ne suis pas en droit d' espérer qu' au-delà des luttes partisanes on puisse éviter de combattre , pendant la campagne électorale , des avancées comme la retraite à 60 ans .

On est contre ? moi , je suis pour .

De même , la retraite à 60 ans accordée maintenant aux agriculteurs ( vous savez que la loi est déposée ) progressivement en 5 ans .

La retraite aux artisans et aux commerçants , ça c' est du nouveau aussi .

est ce que vraiment on pourrait remettre en question l' augmentation raisonnable du SMIC , du salaire minimum , qui a tout de même progressé depuis 1981 de quelque 71 % ?

est -ce qu' on peut remettre en question un rythme régulier d' augmentation du pouvoir d' achat des allocations familiales ? le pouvoir d' achat s' est accrû de plus de 11 % depuis 1981 , alors qu' il avait décliné les années précédentes .

Voilà une ligne de conduite à tenir .

La même chose pour le minimum vieillesse , qui est fixé à 70 % du salaire minimum , alors que c' était 55 pour 100 ... Et je pourrais ajouter bien d' autres choses , mais je m' arrête là .

est -ce qu' on peut revenir , sur la semaine de 39 heures , je veux dire en hausse ? On peut , naturellement si on veut , accepter des aménagements , à condition de revenir à une moyenne négociée entre les parties prenantes , moyenne qui n' alourdisse pas le temps de travail , bien entendu avec des compensations dans ce cas-là .

Ou bien sur la cinquième semaine de congés payés ? Et je n' exagère pas , je n' irai pas très loin ; j' ai seulement essayé de dégager un certain nombre de mesures qui ont été adoptées , quelquefois même imposées par la majorité au Parlement , par l' actuelle majorité .

D' une façon générale , l' opposition a voté contre ; j' espère qu' on enterrera la petite hache de guerre sur ce type de problèmes , et je souhaite que tout ce qui a été fait sur ce plan soit maintenu .

Je m' arrête là , la liste n' est pas limitative , mais vous parlant et vous répondant , je ne veux pas non plus exagérer ce domaine commun .

Je souhaite que cela soit partout défendu et proposé aux Français comme de bonnes mesures .

Il fallait les prendre , c' était des réformes nécessaires : eh bien , on va les protéger ! Vous voyez qu' après tout c' est assez modeste , comme programme de consentement .

Même si je n' ai pas parlé de consensus , je pense qu' il y a des domaines forts , importants , mais restreints , où tous les Français me donneront raison et demanderont à leurs représentants , de toutes couleurs politiques , de s' entendre .

La décentralisation , c' est bien un fait de liberté - quand on accroît la responsabilité des citoyens , on accroît leur liberté - est ce qu' on va revenir là-dessus ?

Les lois dites Auroux , du nom de l' excellent actuel ministre de l' urbanisme , du logement et des transports - mais qui était à l' époque ailleurs , au travail - est -ce qu' on va revenir sur ces acquis des travailleurs qui , dans leur entreprise , peuvent désormais mieux s' informer et mieux se débattre de leurs intérêts et des intérêts de l' entreprise ?

L' abrogation de ce qu' on a appelé la " loi anticasseurs " - qui rendait responsables des familles absolument innocentes des méfaits commis par tel ou tel de leurs membres - n' est -ce pas une bonne chose ?

La loi de 1984 sur le pluralisme et la transparence de la presse , ce n' est pas si mal .

La suppression de toutes les juridictions d' exception , Cour de sûreté de l' Etat , tribunaux permanents des forces armées en temps de paix : ce sont des choses sur lesquelles les amis de la liberté , de tous les camps , doivent pouvoir aisément s' accorder .

Je suis tout à fait favorable aux nationalisations qui ont été décidées en 1981 et 1982 : elles correspondaient exactement aux engagements que j' avais pris avant 1981 .

Je pense qu' il faut défendre ce qui est devenu aujourd'hui la propriété de la nation et qui a très bien réussi : les entreprises en péril dans la période précédente sont aujourd'hui hors de l' eau , certaines d' entre elles sont prospères - si vous voulez des détails , je vous les donnerai - donc , il faut protéger cela .

Mais dès la loi de nationalisation , et même auparavant , on avait prévu ce qu' on appelle des lois de respiration , c'est-à-dire la possibilité donnée aux grands groupes nationalisés de redistribuer ce qui n' est pas proprement la maison mère , ce qui peut être une filiale acquise au gré des événements sans que cela s' impose .

Mais la dénationalisation de ce qui a été décidé en 1981 et 1982 , cela risque d' être une dilapidation du patrimoine national et , naturellement , je ne puis l' accepter .

Je ne me place jamais dans cette hypothèse : quand on a une responsabilité politique , on l' assume et je l' assume .

J' aurais pu continuer mon énumération mais je ne veux pas froisser le sentiment démocratique des opposants qui ont bien le droit , autant que vous d' affirmer leur opinion .

J' aurais pu continuer en vous disant : continuons la lutte contre l' inflation , continuons de la réussir : c' est la clé de tout en matière économique .

Je me suis arrêté là parce que je sais qu' il y a des doctrines différentes et que ne n' entends pas imposer ce que je pense à ceux que je respecte et qui se trouvent en face , c'est-à-dire non pas des adversaires , mais des contradicteurs .

Je ne me place pas dans cette hypothèse .

J' ai commencé mon propos en disant : les Français ne rendent pas justice à la majorité actuelle , il faut qu' ils considèrent ce qui a été accompli , l' immensité de ce qui a été accompli , et l' utilité de ce qui a été accompli et le bon travail du gouvernement , l' énorme travail du gouvernement - des gouvernements , avec Pierre Mauroy , avec Laurent Fabius - un gouvernement fort bien conduit par un premier ministre qui a toute ma confiance et mon amitié par-dessus le marché .

Donc , c' est simple : que ces responsables-là s' adressent à l' opinion publique de telle sorte que les Français admettent de plus en plus que ce que nous disons correspond à la réalité , ce dont on doute parfois .

Quand on dit : qu' est -ce qui a le mieux réduit l' inflation - alors qu' entre 1976 et 1981 elle a atteint le sommet d' environ 14 pour 100 , que nous l' avons fait redescendre à 5 % - on fait un sondage , on dit : " ceux d' avant " .

C' est tellement évident que c' est une erreur , qu' il y a là non pas manque d' information , mais il faut du temps pour que l' on se convainque .

En France , la majorité des Français sait que la gauche , que les forces populaires peuvent bien gérer , j' ai failli dire mieux gérer que les autres .

Que la majorité , que les responsables mènent ce combat démocratique avec le sourire mais avec fermeté , et qu' ils se fassent entendre .

Quand le résultat viendra , je ferai comme tout le monde , je m' inclinerai devant la décision .

Je dis comme tout le monde - du moins je l' espère - en tout cas , ce sera mon cas .

Ce dont j' ai horreur , c' est d' accuser telle ou telle personne , en l' occurrence les dirigeants du Parti communiste français actuels , de prendre leurs ordres ailleurs que de leurs électeurs , de leur formation politique , donc , je ne le dirai pas parce que je n' ai aucune raison , à l' égard de telle ou telle personne , de porter des accusations qu' il me déplairait beaucoup à moi de recevoir ou d' entendre : cela fait partie du respect que je réclamais à l' instant pour le combat politique français , le débat politique français .

Je refuse de me placer dans cette hypothèse .

J' ajoute cependant que je ferai mon devoir : le président de la République est élu par le peuple pour une durée donnée - en la circonstance , c' est 7 ans - et pendant 7 ans il doit faire son devoir .

Il faut absolument qu' on s' entende en France pour préserver l' existence de la Haute Autorité , puisque tout le domaine audiovisuel qui dépend du service public n' est plus sous le contrôle du pouvoir exécutif , comme naguère , mais est sous le contrôle d' une autorité , d' une Haute Autorité spécialisée , dont le sens du devoir n' est méconnu par personne .

J' ai décidé , le gouvernement avec moi , la libération - le terme est un peu excessif peut-être car elles n' étaient pas prisonnières - disons l' ouverture des ondes .

d'abord , on a donné plus de possibilités au service public de s' exprimer , sans pression du pouvoir exécutif ; ensuite , on a dit à tous ceux qui s' en sentent capables , qui peuvent en réunir les moyens : " Eh bien , vous pouvez créer des chaînes de télévision ou des stations de radio " .

Il existe aujourd'hui 1 400 radios privées alors qu' on les interdisait auparavant , que l' on poursuivait , qu' on envoyait devant les tribunaux ceux qui se hasardaient à émettre dans un appartement secret , du haut d' un toit ignoré : est -ce que ce n' est pas un acquis , cela ?

De même , nous avons offert la possibilité de créer des télévisions locales .

J' écoutais , il y a un moment - c' était à 13 heures - l' un des 2 journaux télévisés : j' ai entendu des jeunes gens qui expliquaient , avec un grand appareil tout à fait sophistiqué , de quelle façon ils entendaient développer les émissions locales .

Cela existe aujourd'hui ! c' est une liberté ; il faut la protéger .

Comme j' ai bien senti que c' était au nom précisément de la liberté d' expression et du pluralisme que vous vous inquiétez de l' accord passé au cours de ces dernières heures avec un groupe qui va lancer une cinquième chaîne , je vais vous répondre sur ce point .

On s' offusque beaucoup , si j' ai de bonnes oreilles pour entendre , de bons yeux pour lire - et ils sont encore bons les unes et les autres - on s' offusque beaucoup de ce qu' on appelle , avec un peu de mépris , la télévision commerciale .

Mais simplement depuis la décision prise pour la cinquième chaîne : c' est une décision qu' on approuvait , qu' on réclamait quand on appelait cela " télévision privée " .

Quelle est l' exacte différence entre la télévision commerciale et la télévision privée ?

Nous avons apporté en effet la seule réponse raisonnable au problème posé par l' évolution des techniques audiovisuelles .

Nous avons donné la liberté aux télévisions et aux radios - c' est un fait qui n' est pas contestable - il a fallu attendre cette année même , après un long temps , où seul le monopole s' exerçait .

et quel est le problème ? je vous l' explique très rapidement .

avec l' arrivée des câbles , des satellites qui sont déjà à l' horizon très proche , il y aura bientôt , dans les 5 ans qui viennent , au total des douzaines de programmes télévisés qui seront à la disposition des téléspectateurs .

Voilà la vérité .

Comment voulez -vous , dans ces conditions , maintenir le monopole ? On ne va pas entrer chez les gens avec des moyens de police pour leur interdire de placer , derrière leur petit écran ou dessous , la petite boîte qui leur permettra d' écouter ou de voir autre chose .

L' évolution de la technique faisait éclater le monopole .

Il valait mieux prévoir qu' attendre le moment où l' on aurait buté sur le mur : à ce moment-là , le service public se serait effondré et l' on n' aurait rien préparé pour l' avenir .

J' ai toujours dit : sauvegardons le service public - et il peut se sauvegarder tout seul parce que il y a la qualité pour lui et l' expérience - sauvegardons le service public , et que le monopole disparaisse .

Je le rejette , il ne fallait pas se laisser déborder par le progrès ; si l' on n' avait rien prévu , un jour serait tombée sur la tête des producteurs , des réalisateurs , des créateurs , des artistes , une sorte d' avalanche qui les aurait submergés : la masse des programmes conçus d'ailleurs .

C' est à ce moment-là , je vous prie de croire , qu' on n' aurait plus eu que des programmes américains ou de basses séries , pourquoi pas , du Japon - il y en a aussi par là-bas .

Eh bien ! nous avons choisi une solution française et européenne .

D'ailleurs , quand on dit " choisi " , le terme contrefait un peu la réalité : on n' a pas eu tellement à choisir , car si l' on ne considère que le plan purement légal , la course à la conquête de cette cinquième chaîne a été lancée le 31 juillet de cette année et depuis le 31 juillet , vous avez lu les journaux , le gouvernement était harcelé par la question : " Alors , ça ne vient pas ? mais qu' est -ce que vous faites , vous reculez devant l' application de votre propre décision ?

Il faut s' entendre , c' est vrai qu' il existait une intention qui avait déjà fait l' objet de discussions : elle venait d' une très grande société spécialisée dans l' audiovisuel , qui est la CLT , Compagnie à majorité luxembourgeoise , avec des capitaux français , avec un animateur principal , un " maître du jeu " qui est une banque belge .

Luxembourg , Belgique , c' est francophone , c' est vrai , mais personne n' a l' intention de faire sur la cinquième chaîne des émissions en italien , je peux vous l' assurer : donc , ce sera aussi francophone .

Quant à savoir quel est le plus européen du Belge , du luxembourgeois et de l' Italien , c' est difficile à dire .

Ce que l' on sait , en tout cas , c' est que le Belge est déjà associé avec un Américain et que cet Américain est connu : c' est Monsieur Murdoch , une des plus grandes puissances de l' audiovisuel d' outre-atlantique .

Le choix n' a d'ailleurs pas été à faire parce que il n' y a pas eu de véritable projet et que la discussion qui avait eu lieu avec la CLT a été une discussion antérieure à la décision sur les télévisions privées .

On parlait simplement du satellite , et le satellite reste ouvert à la CLT : il reste encore 2 canaux libres .

Sur le satellite , il y aura une chaîne qui sera la projection de la cinquième chaîne actuelle - et c' est à cause de cette double dimension , le satellite et l' Europe , que cette cinquième chaîne existe - deuxièmement , la chaîne culturelle et éducative préparée par Monsieur Desgraupes ; troisièmement , une chaîne anglophone , avec laquelle accord a déjà été passé .

Il en reste 2 , et ces 2 canaux sont largement ouverts aux groupes importants et compétents qui jusqu' ici n' ont pas obtenu les contrats qu' ils souhaitaient .

Il faut ajouter une autre fréquence libre aujourd'hui , qui est celle d' une autre chaîne au sol qu' on appelle multiville , à dominante musicale .

Elle sera à qui fera la proposition la plus intéressante pour la nation , et il y a déjà des candidats : il y a , par exemple , une proposition d' Europe 1 .

Europe 1 n' était pas candidate sur la cinquième chaîne - j' ai eu une révélation un peu différente à la dernière minute , mais , je le répète , Europe 1 n' était pas candidate sur la cinquième chaîne - elle était candidate sur le multiville , chaîne musicale .

Il n' y a pas eu de proposition pour cette cinquième chaîne en dehors de la toile de fond réelle créée par la CLT .

J' ai rappelé , tout à l' heure , la première décision que nous avons prise , celle de créer des chaînes locales , la loi est en discussion .

Une deuxième décision : Canal Plus - vous l' avez oublié Canal Plus ? - cette chaîne va atteindre , sans doute , 800000 abonnés à la fin de l' année : c' est une grande réussite , c' est peut-être une des plus grandes réussites dans l' audiovisuel depuis très longtemps .

Pourtant , quand Canal Plus a été décidé , le procès a été un peu moins public que celui d' aujourd'hui , mais nous avons entendu les mêmes critiques , les mêmes réserves et ce sont les mêmes qui applaudissent , aujourd'hui .

.

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Troisième décision , je l' ai dit à l' instant , la création d' un programme éducatif et culturel européen pour lequel une dotation de 300 millions de francs a déjà été accordée .

Une quatrième décision , la concession des 2 chaînes privées : la cinquième chaîne , généraliste , et une chaîne à dominante musicale .

Dans un an et demi nous aurons donc 7 chaînes françaises .

Vous vous souvenez des difficultés que nous avons eues avec la quatrième chaîne .

Vous constaterez celles que nous avons aujourd'hui avec la cinquième .

Alors , à quoi faut -il s' attendre quand on arrivera à la sixième ? et quand nous en serons à la septième , nous faudra -t-il entendre toujours le même disque ?

Et pourtant c' est comme cela que les choses vont se passer .

Qui va s' en plaindre : le téléspectateur ? le téléspectateur qui , avant même l' arrivée des câbles , aura la possibilité , en 1987 , de disposer de 7 chaînes au lieu de n' en avoir que 3 hier ou 4 aujourd'hui ?

Voilà ce que je voulais vous dire .

Mais vous m' avez posé des questions , à peu près tous , sur le groupe qui a été , disons , gagnant de ce qui n' était pas une compétition puisque , finalement , il était le seul , le groupe que j' appellerai Seydoux Berlusconi pour bien faire comprendre les choses .

Peut-être certains d' entre vous auraient -ils préféré que j' inverse les noms des 2 personnes .

Mais non , je n' avais pas le droit de le faire parce que c' est une société où la majorité du capital est français , une société de droit français et dont le directeur général sera français .

Pourquoi s' inquiète -t-on ? Et on s' inquiète à juste titre , et je le dis vraiment amicalement à ceux qui m' ont posé la question , ils ont raison de s' interroger .

Ces interrogations , croyez -moi , elles ont habité mon esprit .

L' exemple italien , le déplorable exemple italien , ce n' est pas monsieur un tel ou monsieur untel , c' est la situation italienne tout simplement , par le fait de la loi italienne , ou plutôt par l' absence de loi ; c' est ce qu' on appellera , sans vouloir entrer dans la politique , le libéralisme sauvage .

Il semble , d'ailleurs , qu' il y ait ici une unanimité contre le libéralisme sauvage , et le libéralisme proprement dit ne peut qu' être sauvage .

En effet , qu' est -ce qui est arrivé ? à partir du moment où les ondes ont été livrées à tous ceux qui souhaitaient réussir , faire des spectacles , et aussi gagner de l' argent , il fallait bien que quelque un gagne .

est -ce que , dans une société libérale , celui qui gagne , c' est le pire , justement ? c' est celui qu' il ne fallait pas ? Moi , je ne sais pas comment vous auriez décidé à ma place , si vous êtes libéraux .

Eh bien , il se trouve que c' est cette personnalité dont nous parlons qui a gagné dans cette course qui était une course dans la jungle .

C' est le plus fort qui a gagné ; ce n' est pas forcément le meilleur , mais enfin , là-dessus j' arrêterai les dissertations de caractère doctrinal .

Pas de loi , vient qui veut , s' empare de l' opinion italienne qui veut , ou qui peut .

Talent , argent , compétence , moyens .

Mais la loi française n' est pas du tout la loi italienne .

Pour une chaîne comme cela , il y a une mise qui représente en fait 1000000000 et demi de francs , puis 500000000 pour commencer avant d' espérer le moindre gain .

2 réflexions : une telle somme ne se trouve pas n' importe où : a priori , ce ne sont pas des ennemis du commerce qui peuvent en disposer .

Des socialistes à 1000500000 francs , point de départ , c' est rare .

Cessons cette mauvaise plaisanterie : ce sont des capitaux qui cherchent à se placer , dans un domaine commercial et culturel , c' est leur affaire , ce n' est pas la mienne .

La loi française , qu' est -ce qu' elle dit ? Il y a une loi de 1982 , reportez -vous y : elle vous dira qu' on a protégé la production française pour développer la création .

On a imposé des conditions : j' en ai là toute une liste , je ne suis pas venu sans bagages - je vous les épargnerai quand même - ce sont des munitions à tout hasard .

Mais comparons les quotas de diffusion du cinéma , puisque le cinéma est en cause , sur les chaînes publiques .

Canal Plus , et ce qui est prévu pour la cinquième chaîne .

Au bout de 5 ans , en ce qui concerne l' origine des films diffusés , les règles seront les mêmes pour la cinquième chaîne que pour le service public , et je suppose que ces obligations seront perpétuées sur les autres chaînes .

Mais auparavant , la contrainte sera ramenée à 25 % pour la chaîne nouvelle .

En effet , si aujourd'hui elle voulait se procurer 50 % de films français , elle ne les trouverait pas ! Les films français récents sont déjà achetés , ou , si ce sont des coproductions , elles appartiennent aux producteurs , elles ne sont pas libres .

Ce serait donc une chaîne sans programme français possible .

On aurait dit : voici une autorisation , mais vous ne pouvez pas vous en servir .

Il faut que la nouvelle chaîne ait le temps de monter en puissance avant de se trouver dans un régime de croisière : c' est dans certains cas 3 ans , dans certains 5 ans .

De toute façon , ces 25 % - là , c' est déjà un " plus " pour le marché du cinéma , ce n' est pas un " moins " .

Cela s' ajoute à Canal Plus , cela s' ajoute aux achats des 3 chaînes du service public .

Les programmes français devront représenter 30 % de l' ensemble des programmes au bout de 3 ans , 50 % au bout de 5 ans : l' objectif en matière de production originale est de 500 heures de programme par an à partir de la quatrième année , 250 heures dès la troisième année .

En outre , 50 % du budget de cette chaîne doivent être consacrés à des programmes français au bout de 5 ans : ce sont là des obligations qui ne sont même pas imposées aux chaînes actuelles .

Quant au délai de passage à l' antenne des films - ce à quoi tient la profession du cinéma , et je la comprends - elle est pour les chaînes publiques de 36 mois , vous le savez - pour Canal Plus , c' est 12 mois , avec dérogations possibles , cette discussion a déjà eu lieu - pendant les premières années , ce sera 24 mois , et le premier mars 1990 ce sera 36 mois .

Mêmes explications que précédemment : dans la période initiale , il n' y a pas de piste d' envol s' il n' y a pas de marché disponible .

Reste une dernière question qui est celle des grilles horaires .

Cette chaîne n' a pas reçu l' autorisation de diffuser des films autrement que le service public : pas de film le mercredi soir , le vendredi soir , le samedi après midi et le dimanche après midi .

C' est la même législation que pour le service public et c' est le plus sévère , beaucoup plus rigide que pour Canal Plus .

Alors , pourquoi imaginerait -on que la culture française va sombrer ? est -ce que vous avez vu des émissions dans le monde et en Europe , et même en France , autres que celles du service public ? y avez -vous constaté un formidable progrès culturel , l' absence de jeux , de distractions ?

C' est vrai , la télévision commerciale incite à ne pas avoir la même qualité que les chaînes du service public : c' est ce qui fera la force des ces dernières , car elles sont bonnes et elles tiendront , et le gouvernement les aidera .

Je ne crois pas qu' il soit possible de résister à l' invasion des produits américains et japonais si l' on n' a pas dans ce domaine , comme dans beaucoup d' autres , une production ou une technologie supérieure .

C' est un choix européen et là se trouve la ligne de barrage contre l' invasion extérieure .

Ce n' est pas une dénationalisation , cela ; c' est vrai que c' est une extension du domaine privé .

Irréversible ? je n' en sais rien : je suppose que si la majorité actuelle continue d' être majoritaire , comme cela est naturellement possible , au-delà du mois de mars 1986 , ce sera irréversible .

Une autre majorité peut , en effet , s' offrir le luxe , pas tous les luxes , mais d' autres luxes , par exemple comme cela est annoncé dans le programme d' un grand parti , la privatisation d' Antenne 2 .

Cela veut dire la vente , prévisiblement à bas prix , d' Antenne 2 ; je ne sais pas à qui , sans doute , un maître de la culture , un scrupuleux de l' information , sans doute quelqu'un qui aura oublié , à Antenne2 , qu' il s' agit de gagner des sous .

Ce serait pour moi une révélation mais , enfin , c' est très bien comme cela .

Voulez -vous que je vous dise ce que je pense : n' importe quel candidat dans le domaine privé , c' est à dire commercial , procédera de la même façon , et la seule manière de l' empêcher , c' est d' avoir des contraintes légales .

La liberté oui , mais la liberté dans le cadre d' une loi qui convienne à l' intérêt de la nation .

J' ai tendance à penser qu' on l' a fait au bon moment , même si je constate que nous nous trouvons devant une bourrasque devant laquelle il faudra avoir les pieds bien accrochés au sol mais , croyez -moi , ils le seront .

L' afflux massif des immigrés date des années 1970 , je crois que l' année 1970 a battu les records .

Environ 700000 immigrés " ramassés " de cette façon , amenés en France , et quelque 300000 autres - c'est-à-dire leurs familles - près d' un 1000000 en quelques années , vous imaginez ! L' immigration s' est peu accrue depuis 1981 .

Exemple : la ville de Dreux : il y avait un peu plus de 9000 immigrés , dont beaucoup travaillaient dans la région , à Poissy notamment , et qui habitaient Dreux ; il en était venu , il y a quelques années , en 1983 , 150 de plus .

Ce ne sont pas ces 150 immigrés de plus qui avaient créé vraiment un problème différent et , pourtant , avant on ne parlait pas des immigrés de Dreux .

Pourquoi ? parce que les partis de l' opposition de l' époque - il faut dire les choses , parce que c' est un nom noble - les partis de gauche , s' y refusaient et n' ont pas mené le combat sur ce vilain terrain .

Après , cela a été le contraire : on a éveillé , ou réveillé , ce problème d' immigrés en le mélangeant avec celui de la sécurité , et bien entendu , une partie de l' opinion a été fortement impressionnée , d'autant plus que cela pose des problèmes dans la vie quotidienne .

Donc , ce n' est pas un problème nouveau , et si problème il y a , la majorité présente ne l' a pas créé : premier point .

Deuxième point : depuis que j' ai la charge de la présidence de la République , cela a été un de mes soucis constants .

J' ai d'abord veillé à un tas de détails pratiques : comment sont -ils logés ? quelles sont leurs conditions de travail ? de quelle façon sont -ils traités par la police ? comment s' exercent les contrôles ? combien de fois par semaine ou par mois doivent -ils passer dans des bureaux où l' attente est interminable ? combien durent ces attentes - j' ai fait mesurer ces attentes notamment à Paris - comment les relations sont -elles établies dans leurs familles ? est -ce que les protections sociales leur sont assurées ?

Tous ces problèmes ont été , l' un après l' autre , étudiés et , pour la plupart , résolus .

D'ailleurs , vous le savez bien , les relations avec les pays qui nous envoient ces immigrés , surtout en ce qui concerne les pays maghrébins , sont de bonnes relations , confiantes : ils savent que nous nous sommes comportés de façon normale , c'est-à-dire selon la tradition de la France .

Et puis , on a abordé des problèmes de droit civil et puis , on s' est intéressé aux problèmes syndicaux , les droits de travailleurs et puis , on s' est intéressé aux problèmes de regroupement familial .

J' énumère , mais c' est bien pour vous faire comprendre que ce n' est pas une préoccupation absente de mon esprit .

Je résumerai mon propos en disant : si je vais chez vous , si n' importe quelle personne entre chez vous et que vous la recevez , surtout si vous l' avez invitée , vous leur dites très souvent : " cher Ami , cher Monsieur , ou chère Madame , vous êtes ici chez moi , donc vous êtes chez vous " .

Ce sont des formules de politesse qui remontent à un temps déjà très ancien dans les moeurs françaises .

Je dis que les immigrés qui sont venus régulièrement en France , qui ont un contrat de travail , qui se sont insérés dans la vie française - et quand ils ne l' ont pas fait c' est souvent qu' ils ne le pouvaient pas - qui nous apportent leur travail et leur compétence , je dis que les immigrés en France sont chez eux .

Quiconque tient un autre raisonnement tient le raisonnement de la haine , ou de la ségrégation raciste .

Les gouvernements , depuis 1981 , sont toujours restés obstinément fidèles aux valeurs et aux principes dont ils s' inspiraient , vous n' observez à aucun moment un manquement à cette règle de morale fondamentale .

Je prétends que nous sommes restés étroitement fidèles aux objectifs que nous poursuivons .

Dans 2 ou 3 cas , il a fallu se rendre compte que , soit nous n' étions pas suivis par l' opinion , soit cela n' était pas encore opportun et puis pour le reste , eh bien , nous avons avancé dans la direction annoncée .

Souvent on fait un reproche que je crois infondé en disant : comment se fait -il , par exemple , que vous magnifiez l' entreprise , que vous parliez de modernisation , alors que ce n' était pas tout à fait ce que vous aviez dit auparavant ? J' ai souvent dit que si nous arrivions au pouvoir , il ne faudrait pas collectiviser l' économie , il faudrait réaliser un certain nombre de nationalisations , j' en ai même énuméré la liste - celle qui est entrée dans les faits - et pour le reste , il faut marier aussi intelligemment que possible le public et le privé .

Voilà ce que je voulais vous dire à ce sujet : je plaide pour la fidélité .

L' inflation s' était installée , dans les 7 années précédentes , aux alentours de 9 % à 10 pour 100 , avec quelquefois des montées , jusqu' à 13 % ou 14 pour 100 .

Constamment l' inflation a diminué depuis 1981 pour arriver cette année vraisemblablement , autour de 5 % : c' est considérable ! Nous avons obtenu ces derniers mois la moyenne de l' ensemble des pays de la Communauté européenne .

Le franc est très solide , il a résisté à tous les coups de boutoir , notamment à la chute - à la baisse - du dollar et aux capacités d' envol du mark .

J' ai hérité de 62 milliards de Francs de déficit du commerce extérieur en 1980 et , en dehors d' une " poussée de fièvre " en 1982 , ce déficit extérieur a constamment baissé , pour arriver l' année dernière à un peu plus de 20 milliards et de se cantonner cette année , sans doute , à peu près au même chiffre , étant entendu que cette année nous allons équilibrer - je le pense du moins - la balance des paiements .

Mais c' est vrai que se pose le problème du chômage , et gravement .

Vous avez dit que le chômage s' était accrû de 700000 personnes entre 1981 et 1985 ; vous n' avez pas dit qu' il était passé de 400000 à 1700000 ou 1800000 dans les années précédentes ! L' augmentation du chômage avait été beaucoup plus rapide .

Mais ce n' est pas un succès de faire cette comparaison , qui , de toute manière , se traduit par l' aggravation de la situation de centaines de milliers de personnes démunies d' emploi .

Mais cette année , on commence à récolter le fruit d' un travail acharné et d' une politique rigoureuse qui commande tout .

Si on arrive à maîtriser les prix , on réglera tous les autres problèmes , y compris celui du chômage , car on améliorera en même temps notre capacité de vendre nos machines et nos marchandises à l' extérieur , et nos entreprises vivront mieux et recruteront au lieu de licencier .

Cette année 1985 , des grands pays d' Europe occidentale , la France est celui qui a connu la meilleure évolution en matière de chômage .

Depuis le début de l' année - ce n' est pas grand-chose , mais c' est significatif - le chômage a baissé de 39000 unités .

J' observerai que , dans la même période , le chômage en Allemagne a augmenté de 40000 et le chômage en Grande Bretagne de 70000 , ce qui veut dire que la politique de ce gouvernement , appuyée sur les efforts du gouvernement précédent , a abouti au meilleur résultat d' Europe occidentale , je veux dire des grands pays d' Europe occidentale .

Cela ne veut pas dire pour autant que nous ayons lieu d' en être satisfaits : tant qu' il y aura des chômeurs , un gouvernement devra se sentir en dette par rapport aux travailleurs et c' est notre cas .

Les erreurs d' analyse sur le chômage qui ont été faites , depuis 1974 jusqu' à une date récente , tiennent au fait que la réduction du chômage , c'est-à-dire le développement de l' emploi , est la résultante des autres réussites , et non pas la première des réussites .

Nous nous sommes attaqués à la source , puis nous avons - et , croyez -moi , c' est ce qui , souvent , désoriente une certaine partie de l' opinion populaire , l' éloigne ou du moins , la fait rester chez soi dans les moments difficiles , les moments des élections en particulier , et l' espérance était immense - retroussé les manches , comme on dit , nous avons fait une politique dite de rigueur - ce n' est pas une philosophie , la rigueur , c' est une méthode indispensable - nous avons considéré qu' il fallait absolument que les prix cessent de monter : chaque fois qu' un prix monte , c' est une diminution du pouvoir d' achat du consommateur , et , en particulier , des travailleurs , en particulier de la classe ouvrière .

Il faut que cela cesse , et , croyez -moi - et je suis sûr que l' opinion française me comprend - c' est par cela qu' il fallait commencer : nous l' avons fait , que l' on ne nous en tienne pas rigueur .

Je souhaite - je ne peux exprimer qu' un souhait - que la justice d' Auckland comprenne que les 2 officiers de l' armée française , aujourd'hui arrêtés en Nouvelle-Zélande , ont agi dans un domaine qui n' était pas celui de l' action violente , d'abord , ensuite , qu' ils ont agi , non pas de leur propre mouvement , mais par discipline , et que cela leur confère un caractère tout à fait différent de celui qu' on aurait pu imaginer à la lecture des premières réactions néo-zélandaises sur ce point .

Je suis convaincu qu' un juge , en sa conscience , tiendra le plus grand compte de ces éléments .

Essaierons -nous d' améliorer les choses s' il y avait une lourde condamnation ? C' est encore assez difficile de vous répondre , je ne peux pas préjuger la décision qui sera prise ; de toute façon , ces officiers français peuvent compter sur la solidarité nationale , qui commence par celle du gouvernement .

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Monsieur Hernu a été , est et sera longtemps mon ami .

Dans sa responsabilité de ministre de la défense nationale , il a été responsable , objectivement , de par sa fonction en tout cas , et subjectivement - lui seul est juge - dans un domaine qui a placé le gouvernement français dans une fâcheuse situation .

C' est lui-même qui a estimé devoir quitter son poste , parce que il devait se sentir - et c' est tout à son honneur - solidaire des services qui avaient agi sans que le pouvoir politique , en tout cas à son niveau ou à celui du premier ministre , ait eu à en décider .

Le responsable de ce service , l' amiral Lacoste , est également parti .

Je n' ai pas incriminé l' honneur de ces 2 hommes , et je leur garde mon estime , mais j' ai pu incriminer leur discipline ou leur indiscipline : je pense à des services qui ont agi au-delà des instructions .

à partir de là , me demander ce que Monsieur Hernu m' a dit à telle date .

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il faudrait que je compulse mes notes , mais je ne prends pas de notes des confidences qu' on me fait .

Je vais vous poser 4 questions , et je pose ces questions à l' opinion qui m' entendra .

Premièrement : faut -il ou non assurer l' indépendance de la France sur la base de la possession de l' arme nucléaire ? je réponds oui .

Deuxièmement : pour détenir l' arme nucléaire et la moderniser , faut -il ou non des expérimentations , des essais , ce que font l' Angleterre en Amérique , l' Amérique chez elle , l' Union Soviétique chez elle ? je dis oui , d'autant plus que ces essais n' ont causé de dommage à personne .

Troisièmement : faut -il ou non s' opposer aux agissements qui tendent à nous empêcher d' expérimenter et donc de posséder l' arme dont nous avons besoin pour l' indépendance de la France ? je dis oui , nous devons nous y opposer .

Quatrièmement : peut -on pour cela employer n' importe quel moyen ? cela , c' est l' examen des moyens .

Je dis que la politique que j' ai ordonnée , dont je suis responsable et que j' assumerai , c' est interdire que l' on puisse manquer au respect que l' on doit à la souveraineté française , là où elle s' exerce ; cela ne veut pas dire qu' il faille autoriser les agissements qui nuisent à la souveraineté des autres .

Je vous ai répondu .

C' est un sujet que j' ai pratiqué depuis le début de ma vie politique qui , il faut que je vous l' avoue , remonte assez loin .

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Dès les années 1947 , 1948 , 1949 , comme jeune député , je m' étais attaché aux problèmes de l' outre-mer et je n' ai jamais cessé de m' y intéresser de fort près .

Vous savez à quel point j' ai été associé , dans les années 1949 , 1950 , 1951 jusqu' en 1955 , mais après aussi , à l' oeuvre accomplie par Pierre Mendès France , dont j' ai été le ministre de l' intérieur , c'est-à-dire compétent pour les départements d' outre-mer .

Je crois l' évolution nécessaire , mais je crois aussi aux voeux des populations .

Les populations des 4 départements français - ceux des Antilles et celui de la Réunion - dans toutes les élections ont marqué leur très large préférence pour préserver leur statut dans le cadre de la République française .

Or il s' agit de populations homogènes : Ce ne sont pas des ethnies antagonistes .

à l' intérieur d' une population homogène , la méthode démocratique qui consiste à recourir seulement comme arbitrage final au suffrage universel est la meilleure , et je n' ai aucune raison de vouloir autre chose que ce que veut la population de ces départements d'autant plus que je tiens beaucoup à eux , moi aussi , et que je les aime : j' y suis allé souvent et j' y retourne au début du mois de décembre prochain .

Pour les territoires d' outre-mer , il y a une distinction à faire .

Beaucoup de ces territoires d' outre-mer sont devenus indépendants , Djibouti par exemple , là où se posent des conflits d' ethnies , des conflits de caractère tribal .

C' était le cas à Djibouti , mais avec une colonie européenne implantée sur place , entre 2 ethnies , les Issas et les Afars , c' était très difficile , mais on est arrivé à l' indépendance : pourtant , Djibouti est une place forte considérable dans la stratégie mondiale .

La Nouvelle-Calédonie , il y a plusieurs ethnies , mais 2 dominantes : les descendants des Européens , surtout des Français installés là depuis extrêmement longtemps , un siècle pour la plupart , et l' ethnie canaque , sans oublier les Wallisiens , les Vietnamiens : à , le problème est plus difficile parce que la loi démocratique que nous connaissons et que nous vivons en France ne s' adresse pas à une population homogène , et la population minoritaire , à la suite d' un scrutin , ne s' estime pas véritablement démentie car , en tant que telle , minoritaire ou majoritaire , elle entend rester elle-même .

Là , le problème politique , humain , est infiniment plus difficile ; c' est le cas de la Nouvelle-Calédonie , et vous savez de quelle façon on l' a abordé .

Je tiens encore à dire ici l' oeuvre , à mes yeux fort utile , remplie par Monsieur Pisani .

Alors , en Guadeloupe , j' irai leur dire : chaque fois que vous vous êtes exprimés et que vous avez voulu rester français , vous avez bien fait , continuez !

Lorsque j' ai commencé mon discours de Strasbourg devant le Parlement européen , pendant ma présidence semestrielle de la Communauté européenne de janvier à juillet 1984 , j' ai en effet défini toute une ligne d' action : c' était mes propositions à l' Europe des 12 , cela se décide donc à 12 .

La Communauté européenne ne va pas aussi vite que je voudrais , cependant , pendant ma présidence , on a fait avancer beaucoup de dossiers : on a réglé tous les contentieux de l' époque - tous - et vous savez bien que l' un d' entre eux s' appelle le chèque ou la contribution britannique , l' autre s' appelle les quotas laitiers .

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Cela , c' est un progrès .

à la même réunion , au même sommet européen de Fontainebleau , nous avons décidé la création de 2 groupes de travail , l' un consacré à la réforme des institutions et des procédures - c' est à dire , est -ce qu' on peut faire des progrès à l' intérieur du traité de Rome ? est -ce qu' on va cesser de tout remettre à l' unanimité : avec 10 ou 12 , c' est très difficile .

est -ce qu' on va élargir le champ de la majorité ? - c' est mon opinion .

Et puis , il y a ceux qui disent : au-delà du traité de Rome , c'est-à-dire des procédures d' amélioration du fonctionnement , il y a peut-être une nécessaire réforme du traité de Rome lui-même pour resserrer l' union européenne .

Je suis également partisan de cette direction-là , si l' on parvient pas par la première à régler les difficultés présentes : c' est clair , et j' use de mon pouvoir de persuasion - il vaut ce qu' il vaut - auprès de mes collègues ou de mes partenaires pour les en convaincre .

Je pense qu' on doit faire des progrès sur l' union européenne , et j' attends avec impatience la réunion de Luxembourg qui a lieu début décembre , et la conférence intergouvernementale qui va voir tous ces problèmes posés , avec les 2 rapports que j' ai obtenus à Fontainebleau , l' un sur les Institutions et l' autre sur l' Europe des citoyens , la facilité de la vie quotidienne , le franchissement des frontières , les états civils , le passage des marchandises , que sais -je encore ? On en est là : on va discuter de la création du marché intérieur , qui était l' un des objectifs majeurs du traité de Rome , c'est-à-dire entre les pays de la Communauté : pas de frontières , passage libre des personnes , des biens , des services , naturellement des idées , mais cela , c' est déjà fait .

Certains pays ont parfois marqué soit de la timidité , soit même un véritable repli sur soi devant ces perspectives et puis finalement , la machine avance , mais elle est lente , et il m' arrive de m' en plaindre .

Je continuerai de plaider pour l' union européenne et pour la mise en oeuvre de ce qui était contenu dans mon discours de Strasbourg .

Quand à la Grande Bretagne , comme vous le savez , nous avons décidé que fin janvier nous annoncerions officiellement le projet transmanche .

Quand il y aura un pont ou un tunnel - ou un pont et un tunnel ( ce sont les techniciens qui nous fourniront leurs conclusions en temps utile ) - est -ce qu' on pourra dire que l' Angleterre a cessé d' être une île ? chacun son avis ! Le problème de fond est que l' Angleterre , île ou pas , soit partenaire entièrement , par sa volonté , par son choix , et par son comportement , partenaire à part entière de l' union européenne .

Quant à l' Allemagne , je peux vous garantir qu' il y aura un financement public allemand pour Eureka , la dernière décision étant celle de l' Airbus , où la gamme d' Airbus va se déployer , tandis que j' ai l' accord de la plupart de mes partenaires pour que l' on planifie ce qu' on appelle l' avion de combat européen , c'est-à-dire pour avoir là aussi toute une série de choix d' avions légers et d' avions lourds , afin que , dans les vingt ans qui viennent , on harmonise ce qui n' a pu l' être depuis quarante ans .

D' autres décisions montrent que l' Allemagne est réticente sur certains points .

Pour l' instant , ce qui la préoccupe , c' est son budget : elle veut limiter au maximum son déficit budgétaire ; elle serre donc les cordons de la bourse - c' est son point de vue , et on peut la comprendre - et puis , elle a aussi des préoccupations sur le plan de son agriculture ; son agriculture voudrait parfois , pour l' instant , échapper à certaines obligations , surtout que nous avons obtenu , nous , les Français , depuis quelques années , la quasi-réduction des montants compensatoires .

Et puis , il y a le problème du système monétaire européen , sur lequel certaines autorités allemandes restent réticentes , notamment la Banque , estimant que ce n' est pas la peine d' aller trop vite .

La discussion est ouverte , et les propositions de Monsieur Delors à cet égard , sur l' ECU et le système monétaire , me paraissent excellentes : on en discutera à Luxembourg dans quelques jours .

J' ai posé le problème ( de la défense européenne ) à La Haye en 1984 , en proposant la création d' une station orbitale habitée européenne , et la question reste posée .

L' Europe ne peut pas rester hors de la connaissance des technologies spatiales ; elle ne peut pas être absente de l' espace .

Il y a déjà des satellites de communication - nous avons déjà les satellites d' observation - mais il faut aussi cela .

Nous avons fixé des objectifs civils à Eureka qui , précisément , étudiera entre entreprises l' ensemble des hautes technologies laser , en particulier miroir pour laser , qui commandent la maîtrise de l' espace .

Cet objectif est civil , mais il est évident que la connaissance est polyvalente , et il ne sera pas possible , à moins de vouloir disparaître , à l' Europe d' être absente de l' espace .

Si les 2 plus grands ont l' imprudence de s' engager dans ce que l' on appelle la " guerre des étoiles " , eh bien , je dis : qui voudra garder son indépendance devra se pourvoir des moyens ajustés à ses capacités et à la protection de son propre territoire .

est -ce que j' esquisse une défense européenne dans la pleine acception du terme ? je ne pense pas que les données présentes rendent possible , autant que le souhaiteraient certaines personnes , la défense européenne .

Il y a le problème nucléaire qui se pose , en particulier à l' Allemagne .

Il y a ce qui résulte de l' Europe de Yalta , pour employer un terme un peu trop simple , puisque , en réalité , c' est l' Europe de Téhéran .

Mais chaque fois que je veux accroître le déroulement de l' expérimentation ou de la mise en oeuvre militaire , oui , j' en fais part à mes partenaires de l' Europe et particulièrement à l' Allemagne .

C' est comme cela que j' ai fait vivre l' article du traité de l' Elysée signé entre de Gaulle et Adenauer , et qui impliquait une démarche commune , notamment sur la connaissance mutuelle de nos stratégies .

Nous en sommes là , le reste se fera peu à peu .

La politique des contacts directs - vous parlez là d' Israël et des pays arabes , et spécialement d' Israël et de la Jordanie - est celle qui a notre préférence car nous pensons que nul n' est mieux placé que les intéressés , que les riverains , pour régler entre eux un problème qui , autrement , inévitablement , s' internationalise et passe dans la main du plus fort .

On amène partout ainsi le conflit Est Ouest : ce n' est pas une bonne chose .

Mais nous avons dû constater , c' est cela la réévaluation , qu' en fait ces contacts directs n' avaient pas réussi .

Alors , doit -on s' interdire d' élargir le cercle et d' aller de nouveau - cela a été essayé depuis 1948 plusieurs fois - vers une conférence internationale , un forum international , une consultation internationale , l' intervention des membres permanents du Conseil de sécurité , que sais -je ? eh bien , je dis oui , il faut aussi le faire , d'autant plus qu' un forum international peut permettre des contacts directs .

Voilà la réévaluation , mais en dehors de cela nous avons approuvé , encouragé , le plan jordano-palestinien et nous n' avons pas changé d' avis , sauf que nous nous apercevons bien qu' il y a un butoir et que ce butoir n' est pas encore levé .

Le droit des Palestiniens à disposer d' une patrie , je l' ai affirmé du haut de la tribune de la Knesset en 1982 .

Le retrait des territoires occupés , la résolution 242 et quelques autres des Nations-Unies , nous y sommes fidèles .

Le droit de l' OLP , expression encore employée à la tribune de la Knesset ? c' est la seule force combattante palestinienne que nous connaissions , elle a donc acquis le droit de prétendre dire son mot au nom du peuple palestinien , mais c' est le peuple palestinien qui désignera lui-même ses représentants : pour l' instant , je ne connais pas d' autre interlocuteur , sinon un certain nombre d' élus , de notables ou de maires de communes aujourd'hui en Cisjordanie dont l' avis n' est pas négligeable .

Nous avons eu à connaître , j' ai eu à connaître d' un certain nombre de cas d' otages , en Birmanie , au Soudan , en Irak , dans le Kurdistan , en Afghanistan , et déjà au Liban , avec Monsieur Peyrolles : chaque fois , à force de patience et de ténacité , nous avons obtenu au bout de quelques mois la libération de ces otages .

Il reste nos 4 compatriotes otages au Liban : dans la confusion des groupes antagonistes , et selon l' autorité extérieure dont se recommande tel ou tel groupe , la diplomatie est plus facile ou moins aisée à conduire jusqu' à son terme .

Je n' ai pas cessé un seul jour de m' en occuper , et quand on piétine , cela fait mal , et même parfois on croit qu' on arrive , et puis il y a un recul de dernière minute .

C' est douloureux , d'abord pour les familles , mais c' est douloureux aussi pour ceux qui les aiment , qui les entourent , c' est douloureux pour la nation française .

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