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Il se trouve que le gouvernement a choisi ce qu' on appelle la voie des ordonnances : le parlement a voté une loi très courte donnant quelques directions , donnant la liste des 65 entreprises à privatiser et puis - on vient de le voir - les règles viennent d' être complétées par le conseil constitutionnel et interprétées par le conseil d' Etat : il va falloir intégrer ces observations dans la loi et c' est au parlement - à l' Assemblée nationale d'abord - qu' il incombe d' intégrer ces observations dans la loi : cela ne peut pas être simplement la décision du gouvernement et moi , personnellement , je n' ai pas à apporter ma caution à l' élaboration de textes qui ne seraient pas passés d' une façon approfondie - car le sujet est très difficile , très complexe et très important - sur le plan national c' est au parlement de prendre ses responsabilités .

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F. Mitterrand - 14 juillet 1986

Bonjour , Monsieur Mourousi .

Eh bien , je suis heureux de vous accueillir surtout parce que vous allez représenter dans un moment les millions et les millions de téléspectateurs qui vont nous écouter ou nous voir : c' est déjà commencé .

Vous aurez l' occasion de continuer j' espère .

Moi ou d' autres ; ce qui compte c' est le 14 juillet à l' Elysée .

Je tenais à ce que les représentants et les habitants d' un petit village de France puissent venir à l' Elysée : ils sont symboliques , représentatifs d' une certaine France que j' aime ; une France que j' ai servie , puisque j' ai été moi-même très longtemps maire et conseiller municipal d' une petite commune de France .

La France qui gagne n' est possible que si elle s' érige sur une France qui vit , qui travaille : une France souvent traditionnelle , mais à partir de laquelle se sont élevées des vertus modernes , des capacités de conquête , dans une longue tradition qui est tout simplement celle de l' Histoire de France .

Les voyages d' Etat - cela s' appelle comme cela - qui signifient vraiment une solennité particulière , servent à autre chose qu' à des manifestations protocolaires , vous l' imaginez bien .

J' ai pu , à New York , déjeuner et parler avec le Président Reagan de grands problèmes qui touchent tous à la paix : problème de désarmement , du surarmement , et donc du désarmement .

Et avec monsieur Gorbatchev , à Moscou , il en a été de même , j' ai pu passer avec lui - puisque là , il s' agissait d' un voyage de 4 jours - quelques 7 à 8 heures en tête-à-tête ; et d' autres heures encore avec la délégation qui m' accompagnait : là encore : la paix , la sécurité dans le monde .

Comment éviter que les 2 plus grandes puissances entraînent le reste du monde dans une surenchère constante d' armements dont l' issue serait fatale ? eh bien , la France est là - c' est une grande puissance , une puissance nucléaire , une des 5 puissances nucléaires du monde - elle est là pour marquer la raison , pour dire : " l' intérêt de la terre et des hommes , c' est que vous mettiez un terme à cette course " et nous , Français , nous sommes prêts , bien entendu , à prêcher l' exemple , dès lors que l' armement considérablement plus élevé de ces 2 grandes puissances serait , lui-même , considérablement réduit .

Sans aucun doute , c' est vrai qu' un toast au début d' un repas , dans ce genre de séance et dans ces lieux , comporte une rigidité qui ne permet pas d' aller très loin dans les analyses , mais les conversations en tête-à-tête - croyez -moi - cela va loin et nous avons abordé beaucoup de sujets d' un caractère que je crois important ; et tous ces sujets autour d' une ligne générale : le service de la paix et , pour ce qui me concerne , l' intérêt de la France .

C' est une conversation qui , malheureusement , recommence à chaque fois , ce qui veut dire que la question n' avance pas suffisamment - nous avons donc recommencé - mais j' espère , quand même , qu' à force d' insistance il devienne possible de considérer que les Droits de l' homme sont vraiment universels .

Oui , oui .

Tout cela , c' est le résultat d' un climat , et ce climat est créé par le terrorisme .

Nous devons pleurer de la même façon les victimes mais nous devons aussi penser à l' aspect particulier que représente le Devoir de la police , plus exposée que quiconque , ce qui , bien entendu , lui donne un rôle souvent difficile à tenir .

Mais , si je voulais reprendre un mot fameux - en l' utilisant , bien entendu , par rapport aux besoins du moment - je dirais : " le terrorisme , voilà l' ennemi " ! Pour combattre le terrorisme - on peut tenir tous les discours qu' on voudra - en tout cas , il faut de la volonté , de la ténacité , de la méthode et il faut travailler en relation avec les pays voisins victimes du même mal : tout cela ne peut reposer que sur un certain sentiment , une réalité même d' unité nationale .

Voyez -vous , il ne sert à rien de dire : " ce sont ceux d' avant , ce sont ceux d' aujourd'hui " , les uns et les autres se trouvent devant le même problème et il est mauvais qu' on ait pu accuser des anciens gouvernements d' avoir une responsabilité particulière - ils ont fait leur Devoir - comme il serait mauvais d' accuser l' actuel gouvernement : il fait son Devoir .

Bien entendu , quand j' ai cité les termes que venez d' entendre - volonté , ténacité , méthode , unité nationale - cela suppose des comportements , une attitude , une persévérance qui ne sont pas liés aux textes , aux lois .

Il ne faut pas abuser avec les lois , avec les textes ; il ne faut non plus , a priori , montrer du doigt telle ou telle catégorie de citoyens , ou telle ou telle catégorie de personnes qui , étrangères à la citoyenneté française , n' en sont pas moins venues faire correctement leur travail chez nous ; il faut qu' on s' entende pour considérer que seule une volonté nationale permettra de vaincre le terrorisme , il le faudra et , là-dessus , on doit faire confiance à ceux qui en ont la charge .

Il a raison et , ce discours , il aurait fallu le tenir - je ne parle pas du premier ministre mais tout responsable politique aurait dû le tenir - depuis le début du terrorisme : tout responsable politique devra continuer de le maintenir maintenant face au danger qui nous menace .

Ces textes , je ne les ai pas encore - ils ont été examinés par le conseil d' Etat , ils devraient être soumis au conseil des ministres de mercredi , j' espère qu' avant mardi soir , je les aurai sur ma table - il faudra alors du temps pour que je puisse les examiner ; mais le problème ne se pose pas exactement dans ces termes .

Permettez moi de rappeler , en une minute , que la majorité parlementaire actuelle , issue des élections du 16 mars , veut vendre aux intérêts privés une Partie du patrimoine national - c' est son opinion , ce n' est pas la mienne - mais la majorité est la majorité : elle a le Droit d' exercer les compétences que l' opinion nationale lui a consenties .

Mais il faut se représenter l' ampleur de ce sujet : c' est énorme de vendre les 65 entreprises industrielles et bancaires qui ont été prévues , c' est énorme .

Songez que les seules entreprises industrielles en question représentent plus de 500 milliards de chiffre d' affaires .

Combien valent -elles ? je serais incapable de le dire , mais les estimations peuvent atteindre 250 à 300 milliards de telle sorte que cela mérite vraiment réflexion ! C' est pourquoi le conseil constitutionnel , le conseil d' Etat et le gouvernement , lui aussi , ont beaucoup réfléchi , beaucoup travaillé et tenté de mettre au net , au clair , par écrit , les dispositions d' ordre législatif qui permettront d' éviter - comment dirai -je ? - le trouble , le désordre , et finalement la vente dans de mauvaises conditions .

Tout particulièrement , le conseil constitutionnel a élevé quelques objections , ou plutôt demandé des précisions : la première , fort importante - je résume - est celle -ci : vous n' avez pas le Droit de vendre une fraction du patrimoine national moins cher - pas un Franc de moins - que sa valeur ( donc il y a un problème d' évaluation ) ; le deuxième principe qui inspire le conseil constitutionnel , c' est de dire : " attention , vous ne pouvez pas nuire à tout ce qui pourrait être utile à l' indépendance nationale " : on ne peut pas nuire aux intérêts nationaux , c'est-à-dire qu' on ne peut pas rétrocéder des biens qui appartiennent aujourd'hui à la nation - sous couleur de les repasser à des intérêts privés , à des intérêts étrangers - il faut que cela reste dans les mains françaises .

Et ces 2 arguments , vraiment , je les retiens ; je les retiens , et je pense comme le conseil constitutionnel mais moi , j' ai une responsabilité supplémentaire : je suis non seulement chargé de veiller au respect de la Constitution mais , au regard d' un certain nombre de données qui sont écrites dans cette Constitution , je dois être le garant de l' indépendance nationale ; je ne peux donc pas accepter que ces biens - ces biens qui appartiennent à la nation , je le répète une fois de plus pour être bien compris - soient vendus de telle sorte que demain - alors que l' on fabrique ( il s' agit de l' industrie ) des objets , des produits , des marchandises nécessaires à l' indépendance nationale - on puisse les retrouver dans les mains d' Etrangers : je ne les citerai pas , mais je vois très bien de qui il s' agit .

Alors , des précautions verbales ont été prises , sont écrites aujourd'hui mais je ne vois pas comment cela serait respecté : si on les livre au marché privé , au nom de quoi , au bout de peu d' années - surtout à l' intérieur de la Communauté économique européenne qui a des règles , et ces règles de la Communauté économique européenne c' est justement un marché intérieur libre , c'est-à-dire que chacun peut acheter ce qu' il veut à l' intérieur de nos 12 pays - et ce sera tout à fait vrai dans 5 ans - alors on doit quand même prévoir au-delà de demain matin ; on doit prévoir sur 10 , 15 ans : c' est le bien de la nation .

Tout cela me conduit à penser que je n' ai pas les assurances qu' il me faudrait : mon Devoir c' est d' assurer l' indépendance nationale , de faire prévaloir l' intérêt national .

C' est pour moi un cas de conscience ; et pour moi , ma conscience , la conscience que j' ai de l' intérêt national passe avant toute autre considération .

Dans l' état présent des choses , certainement pas ...

Non cela ne bloque pas tout , parce qu' il existe une autre voie : cette autre voie c' est la voie parlementaire .

Il se trouve que le gouvernement a choisi ce qu' on appelle la voie des ordonnances : le parlement a voté une loi très courte donnant quelques directions , donnant la liste des 65 entreprises à privatiser et puis - on vient de le voir - les règles viennent d' être complétées par le conseil constitutionnel et interprétées par le conseil d' Etat : il va falloir intégrer ces observations dans la loi et c' est au parlement - à l' Assemblée nationale d'abord - qu' il incombe d' intégrer ces observations dans la loi : cela ne peut pas être simplement la décision du gouvernement et moi , personnellement , je n' ai pas à apporter ma caution à l' élaboration de textes qui ne seraient pas passés d' une façon approfondie - car le sujet est très difficile , très complexe et très important - sur le plan national c' est au parlement de prendre ses responsabilités .

Non , écoutez -moi : le gouvernement dispose d' une majorité au Parlement ; je fais confiance aux parlementaires pour décider , eux aussi , en conscience , de ce qui est bon pour le pays .

Si la loi qui sera votée est contraire à mon sentiment , je le regretterai mais ce sera la loi ; en tout cas , on aura observé les règles et les précautions qui s' imposent .

Je ne suis pas en débat avec ce ministre : j' ai simplement averti , au cours des mois précédents , que je n' accepterais pas ce qui me paraîtrait , le cas échéant , contraire à ce que je crois être l' intérêt national , c' est ma fonction et c' est mon opinion .

Non , non .

Non , non , je ne dis pas cela : je suis convaincu des sentiments tout à fait Droits du gouvernement au regard de l' intérêt national mais on peut en avoir une opinion différente et , je ne suis pas du tout , moi , en lutte ou en concurrence avec le gouvernement , je dis simplement : faites appel , si vous désirez , au parlement pour que les règles imposées par le conseil constitutionnel soient maintenant dans la loi , mais ne vous retournez pas vers moi , vers moi qui n' ai pas cette charge .

C' est au parlement de faire la loi , ce n' est pas à moi : j' ai veiller à ce que cette loi soit conforme aux traditions historiques de la France et à ses intérêts principaux .

Arbitrer , c' est chercher à dire la raison , le Droit , l' intérêt du pays , dans le milieu de tous les conflits d' intérêts , de pensées et de conceptions - il faut bien qu' il y ait quelqu'un qui remplisse cette fonction en France - cela ne m' empêche pas d' avoir une opinion à moi ( d'ailleurs on la connaît bien ) .

Mais il y a une majorité parlementaire en France , cette majorité a été élue - ce n' est pas celle de ma préférence , nul ne l' ignore - mais je dois la respecter .

Alors , que cette majorité décide des responsabilités qu' elle entend prendre , mais qu' elle ne me les impose pas , je veux dire qu' elle ne me demande pas en plus ma participation .

Qui est -ce qui voit ?

Ecoutez , lorsqu' il y a maintenant un peu plus de 5 ans , l' opposition de l' époque a commencé d' inaugurer cette forme d' obstruction parlementaire qui consiste à déposer des centaines ou des milliers d' amendements , qui retardent le Vote des lois de plusieurs semaines , parfois de plusieurs mois : croyez -moi , ce n' est pas moi qui l' inspirait ; je n' inspire pas davantage l' opposition d' aujourd'hui , simplement , le pli a été pris ; ce n' est pas un pli heureux .

Le régime parlementaire mérite des égards , mais bien entendu , ce qu' ont fait les uns , les autres le font ; je souhaite que , peu à peu , on retrouve l' apaisement , des méthodes parlementaires qui , à mes yeux , seront plus correctes ; mais , quant à l' accusation que vous voulez bien me rapporter , elle me fait sourire ; bien entendu , elle m' indignerait si elle ne me faisait pas sourire .

C' est possible .

Non , non , non ! ce que je veux dire - vous m' en donnez l' occasion - c' est qu' il y a beaucoup d' ordonnances qui sont prévues à l' heure actuelle ; je cherche simplement à dégager ce qui me paraît être essentiel .

Je signerai un certain nombre d' ordonnances , celles qui ne touchent pas véritablement à l' essentiel qui , à mes yeux , s' impose .

J' ajoute que certaines de ces ordonnances permettront d' aller plus vite dans le règlement , par exemple , de l' amélioration de l' emploi ; spécialement pour les jeunes .

Je signerai ces ordonnances même si je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu' elles contiennent mais l' essentiel , c' est le patrimoine national .

Le patrimoine national doit rester à la France : on peut admettre que des intérêts privés s' en chargent , mais alors , prenons toutes les précautions qui conviennent .

Admettez que j' ai une certaine cohérence dans l' idée que je me fais des intérêts de la France .

Mais , vous avez prononcé le mot d' arbitre : ce n' est pas toute ma fonction ! il est des moments où je crois devoir décider mais je ne suis pas partisan , je ne cherche pas à donner raison à l' opposition contre la majorité .

Je n' ai pas , non plus , à me soumettre aux décisions de la majorité , tant que la loi n' est pas votée ; à partir du moment où elle est votée , eh bien , je suis un citoyen comme les autres : je m' incline même quand je le regrette ; c' est cela , je crois , le rôle civique du président de la république qui doit donner l' exemple .

Je ne me situe pas entre les factions : je rejette les factions .

Je dois absolument être le président - et le même - pour tout Français qui s' adresse à moi .

Il n' y a pas de Parti du Président - cela s' est vu dans beaucoup de régimes , même en France - mais il n' y a pas de Parti du Président en 1986 .

Il y a eu une majorité présidentielle - c' était en 1981 - elle a connu des variations , elle en connaîtra encore mais dites -vous bien que moi , je ne cherche rien , je ne demande rien , je n' attends pas de récompense - bien entendu , cela en est une que d' avoir la confiance populaire , la confiance de la France - mais je ne cherche pas de récompense ; je cherche à faire mon Devoir , et mon Devoir est de rester très au-dessus des compétitions , de la petite Politique quotidienne ; mon Devoir est , en toutes circonstances , de chercher - de chercher humblement , patiemment , encore avec ténacité - ce qui me paraît bon pour le pays et bon pour les Français .

Je dois dire que je suis très heureux de voir le gouvernement d' aujourd'hui reprendre , persévérer dans ce projet essentiel pour le devenir de l' Europe , de même que j' ai été heureux de voir certains pays réticents , comme la Grande Bretagne , exercer presque une sorte de leadership depuis maintenant quelques semaines .

Cela , c' est une grande idée : il faut faire l' Europe - même au-delà de la Communauté européenne - et que la France soit la première à le dire et la première à le faire , j' en suis heureux , aussi bien pour remercier le gouvernement d' hier que pour en tenir compte au gouvernement d' aujourd'hui qui fait son Devoir en agissant ainsi .

Je suis de la famille des Français et beaucoup de photographies sont prises , du matin au soir .

Bon , alors je suis parmi mes invités - j' y serai dans un instant - et d'ailleurs vous en êtes : chaque photographe pourra prendre l' image de sa préférence .

Vous savez ce que veut dire cette réception rituelle , traditionnelle du 14 juillet ? cela veut dire , d' une façon très agréable , très sympathique : " vive la république " ; et puis , cela veut dire : " vive la France " , après un défilé aussi beau que celui qu' on a vu .

Non , non .

Je ne pourrai pas serrer toutes les mains qui se tendront , mais tous ceux qui sont là savent bien que je suis heureux de les recevoir .

Je vais aller le voir .

On verra bien .

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