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Alors ne dérivons pas , s' il vous plaît , sur le déclin - j' aurais beaucoup de choses à vous dire là-dessus pour contredire cette notion - je vous dirai simplement que , là où il y a des accès de faiblesse , eh bien il faut apporter des remèdes : s' il y a des accès de faiblesse dans le domaine industriel , il faut former les hommes , il faut former les femmes , il faut multiplier les investissements - pour cela , il faut prendre , le cas échéant , des Mesures fiscales - il faut aussi veiller à ce que l' ensemble des travailleurs français n' aient pas le sentiment de souffrir d' injustice .

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F. Mitterrand - 14 juillet 1987

Assez souvent , des chefs d' Etats qui sont à Paris dans la première quinzaine de juillet restent pour prendre part aux fêtes et aux cérémonies .

Mais aucun n' est n' importe lequel ! En tout cas , c' est vrai que les qualités de monsieur Hissein Habré , sa réputation , son caractère , sa physionomie , l' affaire du Tchad , le conflit avec la Lybie , tout cela donne une coloration qui marque l' événement , sans aucun doute .

Pas spécialement , non : nous avons soutenu le Tchad pour qu' il retrouve sa souveraineté , son unité , son indépendance ; nous sommes arrivés quasiment au bout de nos peines - et nous avons pris beaucoup de peine , la France toute entière - et nous sommes réjouis de la victoire .

Nous n' avons rien engagé spécialement contre le colonel Kadhafi , nous demandons simplement qu' il reste chez lui .

Le président Hissein Habré a été notre adversaire , il a combattu la France : dans les années 1976 - il y a donc 11 ans - il était en effet de ceux qui luttaient contre la présence de la France dans ce pays ; puis les choses ont changé - cela se passait sous le précédent septennat - moi , j' ai eu à connaître en 1981 , lorsque je suis arrivé là , l' occupation , ou le contrôle intégral du Tchad , par la Lybie , par l' Armée lybienne , par le colonel Kadhafi : j' ai travaillé pour que cela puisse cesser .

Nous sommes arrivés à une étape importante : le Tchad est libre .

Alors , la question de personne , c' est sûr , vous ne pouvez pas prononcer le nom de Madame Claustre sans que cela m' émeuve , mais j' ai pris en compte l' histoire au moment où je l' ai reçue en dépôt , et j' ai cherché à assurer d'abord la liberté du Tchad qui est un pays ami .

Nos moyens d' action sont tout de même ceux d' un grand pays - la France - il est difficile à l' Afrique du Sud de l' ignorer .

Mais il s' agit d' une affaire de justice où le jeune Albertini a été condamné pour avoir refusé de dénoncer des personnes à la justice - c' est un réflexe honorable - quoi qu' il en soit , on ne peut pas assimiler le cas du jeune Albertini à un cas de droit commun , de banale lutte contre l' ordre public ! Un minimum de respect pour ceux qui défendent leurs idées : c' est le cas d' Albertini !

Enfin , la justice a passé , une peine a été infligée à Albertini , il est d' usage dans ces cas-là - lorsqu' il s' agit de ressortissant d' un pays étranger - de les restituer à ce pays et , moi , je ne peux pas accepter que le jeune français Albertini soit dans les prisons d' Afrique du Sud pour des raisons d' idéal politique et aussi de morale , tout simplement : on ne dénonce pas les gens lorsqu' on estime qu' il s' agit d' une cause juste .

J' ai déjà signifié que je ne pourrais pas recevoir les lettres de créance du nouvel ambassadeur d' Afrique du Sud tant que cette situation n' aurait pas été modifiée .

S' il a fait des progrès , il en faudrait quelques autres - je dis cela avec discrétion - il en faudrait beaucoup d' autres : le statut interne de ce pays n' est pas acceptable pour un démocrate - la conscience internationale s' en est offensée : il y a des dispositions prises par la Communauté européenne , par les institutions de toutes sortes - il y a 32 millions d' habitants , 24 millions de noirs , et ils n' ont pas le droit , l' accès aux responsabilités civiles , ils n' ont pas le droit de Vote ; il y a également une très grande inégalité économique et sociale , une inégalité politique ; il y a 4000 , 5000 personnes qui sont à l' heure actuelle en prison sans jugement ... Beaucoup de raisons font que - sans entrer dans les problèmes intérieurs de ce pays , au-delà de ce qui est mon droit de citoyen d' un pays étranger - je dis : la France ne peut pas consentir sans réagir , sans s' associer à des attitudes - disons , de sanctions - à l' ensemble des organisations et des institutions qui jugent cet état proprement insupportable .

C'est-à-dire que si un certain nombre de personnes , qui vont en voyage là-bas dans des conditions que j' ignore , trouvent que tout va très bien , telle n' est pas mon opinion !

Ce qui me paraît important , c' est que la justice française estime devoir entendre cet iranien , parce qu' il est soupçonné d' avoir pris part - à quel degré , je n' en sais rien - à des actions terroristes en France : la moindre des choses , c' est que le juge d' instruction puisse lui poser des questions .

Il n' a jamais été entendu , on ne peut pas préjuger du degré de sa responsabilité , mais il y a suffisamment de soupçons pour qu' il ait été appelé à s' expliquer , et il ne veut pas s' expliquer .

Nous , ici , dans notre pays , nous appliquons nos lois ; il doit être entendu .

Le juge d' instruction est pressé de l' entendre au palais de justice , sans que l' on soit en quoi que ce soit conduit à observer des procédures particulières : c' est la loi , c' est la loi , et un iranien , comme un autre , doit s' y soumettre .

On n' en est pas là , d' une part , et , d' autre part , on n' a jamais de claque dans la figure quand on défend son droit et quand on le défend justement .

Je ne vois pas le rapport : ce que je veux vous dire , c' est que j' ai eu à traiter les problèmes de l' Iran , il y a déjà plusieurs années , et dès que j' ai eu à m' occuper du sort des otages , des Français retenus en otage , on a bien signalé qu' il y avait des implications de toutes sortes , des mouvements fanatiques qui jouaient sur les oppositions au Proche-Orient et Moyen-Orient pour régler un certain nombre de comptes , en particulier avec les pays de l' occident , particulièrement avec la France , on ne sait pas pourquoi , car la France n' a jamais eu d' attitude offensante à leur égard .

J' ai voulu servir la cause des otages et de leur famille ; des conditions ont été posées , on a dit : " ils seront libres si ... " , ces conditions n' étaient pas acceptables - tragiquement - elles n' étaient pas acceptables et , à partir de là , plusieurs pays , en tout cas l' Iran , qui n' a jamais reconnu , naturellement , sa responsabilité directe dans cette affaire - cela reste à examiner - mais enfin , les conditions étant posées , elles n' étaient pas acceptables et la situation ne s' est pas dénouée , de telle sorte que nous avons encore des otages français soumis à des pressions intolérables , la menace pèse encore .

Eh bien , un pays comme la France - un pays digne de son histoire - n' a pas à s' incliner devant ce type de menace , de pression ou de chantage .

Le Gouvernement a cherché à rétablir des relations normales avec l' Iran , qui n' est pas notre ennemi - nous sommes un pays ami de l' Irak , cela ne veut pas dire que nous soyons ennemis de l' Iran - nous ne sommes pas Partie prenante dans cette guerre , et puis , il y a là-bas des esprits qui s' échauffent vite ... Quels comptes régler avec la France ? je me le demande encore .

Nous , nous cherchons à rétablir des relations normales : il faut reconnaître que , chaque fois que cela paraît possible , il y a un élément , un événement qui intervient et qui l' empêche .

Je n' accepterai pas pour autant les conditions que l' on tente de nous imposer .

C' est en tout cas ma conviction .

Il faut distinguer ce qui est possible aujourd'hui et ce qui est souhaitable pour demain ... Ce qui est souhaitable pour demain , c' est qu' il y ait une défense européenne , que les pays d' Europe , d' occident , assurent eux-mêmes leur sécurité , bien entendu , dans le cadre de l' alliance qui les lie aux Etats-Unis d' Amérique , mais leur sécurité , c' est à eux d' y veiller .

Cette situation n' est pas possible aujourd'hui , car nous sommes , je l' ai assez souvent dénoncé , encore dans la période de Yalta - on devrait dire Yalta et Téhéran , c'est-à-dire les conférences dans lesquelles se sont réunis plusieurs présidents et chefs d' Etat qui ont décidé de notre sort , en notre absence - et l' Europe souffre encore de cette division , de ce partage , de cette soumission .

Il faut en sortir ... Cela c' est autre chose , mais c' est vrai que la création de la Communauté européenne a déjà été une grande prise de conscience , un pas important en avant pour que l' Europe commence d' exister en tant qu' entité politique .

L' aspect militaire n' est pas réglé , puisque plusieurs des pays parmi les plus importants de cette Europe là sont soumis à des statuts militaires différents ; par exemple la Grande Bretagne a des forces atomiques , des forces nucléaires , l' Allemagne fédérale , l' Allemagne de l' ouest , non seulement n' en a pas , mais ne peut pas en avoir , en raison de questions d' équilibre européen sur lesquelles je n' insisterai pas .

D' autre part , la plupart des pays dont nous parlons d' Europe occidentale sont , comme nous , membres de l' alliance atlantique , mais ils travaillent et développent leur défense dans le cadre d' un traité militaire sous commandement unique , lequel commandement est américain : pas la France .

Notre stratégie de dissuasion nucléaire , elle , est autonome et dépend de l' autorité française et particulièrement de la décision du président de la république .

Ce sont donc 2 statuts qui exigent de notre part une approche intelligente , volontaire , certes , dans nos relations , pour bâtir une sécurité européenne , en commençant par la relation franco-allemande .

On a déjà fait beaucoup de choses , il y a eu un traité qu' on a signé naguère : qu' on le mette en oeuvre !

Et je suis tout à fait favorable à ce que se créent des unités d' armes classiques où Allemands et Français et d' autres , seraient pratiquement intégrés à la condition , bien entendu , que cette Armée , que les Français , des soldats , n' entrent pas dans le commandement intégré , c'est-à-dire sous commandement étranger à l' Europe dans le cadre de l' OTAN .

La France n' est pas prête , n' est pas disposée à rentrer dans le commandement unique de l' alliance atlantique .

Bien entendu , même s' il s' agit ... quelque soldat français que ce soit obéit à l' autorité française et l' autorité française peut accepter un accord international pour une troupe , brigade , corps d' Armée - on peut aller loin entre les Français , les Allemands et d' autres - mais cela ne peut pas se faire au détriment des choix diplomatiques et stratégiques que nous avons faits .

Cela y contribue : l' Europe économique , elle se fait - on a fixé un formidable rendez-vous pour 1992 - l' Europe politique , elle , se construit plus lentement , car plusieurs de ses pays obéissent à des attractions différentes ; l' Europe militaire , c' est un ciment indispensable , mais il ne pourra pas y avoir d' Europe militaire avant qu' il existe une Europe politique .

Il faut que l' Europe gagne , mais elle ne gagnera pas sans que les pays qui en font Partie soient au meilleur de leur forme .

Le mot a été un peu à la mode .

Je ne pense pas du tout que la France soit en déclin - disons qu' elle a de temps à autre des accès de faiblesse - mais cela ne touche en rien à la capacité de la France à les surmonter ; il y a des forces vives très puissantes , nous sommes et nous continuons d' être un grand pays .

Alors ne dérivons pas , s' il vous plaît , sur le déclin - j' aurais beaucoup de choses à vous dire là-dessus pour contredire cette notion - je vous dirai simplement que , là où il y a des accès de faiblesse , eh bien il faut apporter des remèdes : s' il y a des accès de faiblesse dans le domaine industriel , il faut former les hommes , il faut former les femmes , il faut multiplier les investissements - pour cela , il faut prendre , le cas échéant , des Mesures fiscales - il faut aussi veiller à ce que l' ensemble des travailleurs français n' aient pas le sentiment de souffrir d' injustice .

Je ne vais pas entrer dans les détails ... Ce n' est pas l' objet pour l' instant de notre conversation .

Je dirai simplement que quand une entreprise gagne de l' argent , autant que possible elle doit l' investir , elle doit placer cet argent pour moderniser et améliorer ses productions de façon à les rendre plus exportables : cela veut dire l' investissement .

L' investissement productif , mais il faut l' encourager : il y a beaucoup de manières de l' encourager mais , lorsqu' un industriel consent à se séparer d' un profit immédiat - dont il pourrait tirer avantage personnellement , par exemple - et qu' il consent à remettre tout cela dans l' entreprise , je pense qu' en effet des dispositions fiscales pourraient être favorables .

Cela s' est déjà fait , ce que je viens de dire , mais peut-être faut -il davantage le systématiser .

S' il a dit cela , cela prouve que monsieur Madelin dispose d' un sens critique assez aiguisé et cela montre bien que le libéralisme tel qu' il le comprend - dont on ne peut pas débattre , je ne veux pas en débattre à l' heure actuelle avec les ministres - est fondé sur une très longue tradition séculaire .

On a vu les classes dirigeantes , les sociétés dirigeantes considérer que l' Etat était leur objet , leur serviteur et que l' argent de l' Etat devait leur servir à faire de meilleures affaires et ils ne sont pas encore tout à fait sortis de cette conception qui est , en effet , détestable .

Il ne faut pas en tirer une conclusion qui n' est pas la mienne .

L' Etat a aussi des Devoirs : par exemple , il a le Devoir de financer , autant qu' il est possible , la recherche parce qu' on ne fera pas de grande industrie sans que le Savoir se développe ... Oui , Monsieur Chirac a fait une excellente proposition qui consiste à rattraper dans le budget ce qui a été perdu en 1986 : c' est très bien .

Une industrie plus puissante et plus portée à vendre ses produits à l' extérieur ou à l' Etranger .

conquérir des parts de marché dans le monde , cela n' est possible que s' il y a des femmes et des hommes capables de le faire - on en manque , il faut donc former pour cela - un patronat plus adapté aux besoins de la concurrence moderne - on en manque gravement - des travailleurs qui travaillent plus que beaucoup d' autres - les ouvriers , par exemple , travaillent plus d' heures en France que les travailleurs allemands : leur productivité vaut bien celle des autres - mais encore faut -il qu' il y ait un climat social satisfaisant , le sentiment de la juste répartition du profit national , et qu' il y ait dialogue .

Voilà quelques conditions qui paraissent indispensables .

Et puis il faut naturellement éviter le trouble politique permanent , le doute de soi-même , qui visiterait assez facilement les Français à l' écoute de tout ce qu' on dit ici et là , naturellement .

Il faut qu' il y ait une certaine démarche , une certaine unité politique , qu' on ne se laisse pas démonter par tout et par n' importe quoi , et aussi qu' il n' y ait pas des campagnes qui troublent l' opinion , qui soient des campagnes de haine , de détestation l' un de l' autre .

Certains avaient dit avant moi - quand je dis " certains " , il ne faut pas que cela paraisse irrévérencieux - " aimez -vous les uns les autres " .

Bon , je ne demande pas qu' on exagère ce point de vue parce que je connais les limites dans ce domaine - je sais un peu comment marchent les sociétés - mais un grand pays ne peut être grand que s' il sait s' unir sur quelques objectifs simples , les principaux , les objectifs majeurs : c' est tout ce que je demande .

L' approche des élections présidentielles , les campagnes à ras de terre , l' espèce d' encouragement fait constamment aux passions , le cas échéant les plus basses , tout ce qui est réflexe instinctif , tout cela doit céder la place à une conception plus haute de l' intérêt du pays qui passe par la république .

Accompagné par qui voudra , mais ce qui est vrai , c' est que j' avais dit lorsque j' ai été élu , que je m' efforcerai d' aller visiter les 26 régions , 22 métropolitaines et 4 en outre-mer : eh bien je n' en suis qu' à 17 , je resterai donc dans l' impossibilité de remplir entièrement cet engagement que j' avais pris moi-même .

Je pourrais faire très vite mais d'abord il y a une période précédant les élections présidentielles sur laquelle il faut éviter de mettre de l' huile sur le feu - j' ai quand même une oreille assez fine - et puis ce n' est pas la peine ... en tout cas , le président de la république , lui , doit veiller à ce que chacun garde son sang-froid , et pour cela , il doit affirmer le sien et si c' est vrai , cela se voit , cela se verra .

Ecoutez , c' est un peu " tordu " votre question mais je vois à peu près ce que vous voulez dire .

Je me le demande , je me le demande , il faudra que j' étudie cela de plus près .

Quand je vais en province - et j' ai agi en Basse-Normandie et en Franche-Comté comme j' ai toujours agi dans les autres régions - je parle des intérêts généraux du pays , sur tel ou tel point de Politique intérieure ou de Politique extérieure ; intérieure , c' est la Politique sociale .

Je fais savoir ce qui me paraît dangereux pour l' unité du pays , je le dis - je n' ai pas ma langue dans ma poche - mais je n' en fais pas un système : je ne considère pas que ma tâche de président de la république soit de gêner l' action du gouvernement .

Je n' ai pas dit cela .

Ce résultat étant tout simplement issu d' une majorité parlementaire élue normalement par le pays , je dois respecter la volonté populaire et je le fais ; cela ne me contraint pas au silence , chaque fois que je perçois ici ou là la nécessité de dire : " danger " ! Je serre la main à qui me la tend , enfin dans la mesure de mon Pouvoir , parce que beaucoup de mains se tendent .

Eh bien , je crois que tant que cette majorité et le président de la république que je suis sont l' un et l' autre élus normalement par le suffrage populaire - moi en 1981 , pour assurer la présidence de la république , cette majorité en 1986 , pour assurer , le temps qui lui sera donné ( enfin , en principe pour le temps de sa législature ) - eh bien , il faut bien faire vivre la France .

Au fond , qu' est -ce que j' ai cherché - en tout cas depuis 16 mois - et qu' est -ce que je cherche aussi depuis 6 ans , ou un peu plus maintenant ? qu' est -ce que je cherche ? D'abord , je cherche à éviter les crises inutiles , les crises graves que sont toujours les crises institutionnelles , les crises politiques profondes : je l' ai évité en 1981 - où , pour la première fois , la Gauche gouvernait après des décennies et des décennies d' exclusion du Pouvoir - et je l' ai voulu en 1986 , alors que venait de parvenir au parlement une majorité - disons les choses - hostile à ce que j' avais jusqu' alors entrepris .

Mais mon Devoir était supérieur à mes propres convictions , jusqu' à la limite , bien entendu , où ces convictions seraient engagées sur des valeurs essentielles : tel n' est pas le cas , ou du moins , si j' en avais le sentiment , je n' hésiterais pas à m' exprimer ; je l' ai fait à diverses reprises : cela n' a pas toujours été bien reçu .

Mais je dois assurer la marche des institutions , éviter les crises , les crises graves : c' est ce que je fais depuis un peu plus de 6 ans et , ma foi , après tout , il n' y a pas eu de crise grave .

Il y a eu , comme dans toute l' histoire de la république , beaucoup de polémiques , je n' ai pas été épargné : vous avez fait allusion il y a un instant à - comment dirais -je ? - de menues petites choses lors de mon dernier voyage en Normandie ; je ne m' en étais pas aperçu ... Disons simplement , monsieur Mourousi , que c' est bien peu de choses - j' allais dire : ce n' est rien - mais je ne veux pas être insolent à l' égard de quiconque ; je me demande d'ailleurs si c' est mieux d' être un petit quelque chose que rien , mais cela c' est une discussion de caractère philosophique ... J' ai évité les crises graves , j' ai essayé d' assurer la représentation de la France dans le monde .

Je crois avoir protégé la réputation et le visage de la France dans le monde .

J' ai à la fois assumé la continuité des grandes directions dont j' avais hérité et j' ai décidé quelques autres directions complémentaires .

Cela , aujourd'hui , forme un tout que j' ai protégé , que je n' ai pas toujours eu à protéger , parce qu' après tout , sur beaucoup de points , les Français qui gouvernent sont aisément d'accord : ils sont aisément d'accord pour défendre le pays , ils sont aisément d'accord pour poursuivre l' Europe , ils sont aisément d'accord pour défendre les Droits de l' homme .

Mais il n' empêche que notre Politique étrangère figure dans le monde de telle sorte que notre pays est respecté , nous tenons une grande place .

Et puis enfin , j' ai essayé , non pas de défendre , mais de protéger - l' expression , le verbe , est le meilleur - chaque fois que j' en avais l' occasion , des menaces qui peuvent peser sur les Droits de l' homme et quelques grands principes .

Après tout - nous sommes là tous les 2 , avec quelques autres , le 14 juillet - qu' est -ce que c' est que le 14 juillet ? c' est notre fête nationale , c' est la fête de la république , c' est la fête de la liberté ! Les principes inscrits dans nos textes , inscrits dans notre histoire , j' en ai la charge éminente , avant quiconque , et là-dessus je suis intransigeant : voilà ce que j' ai cherché à faire depuis 6 ans et demi .

Je pense qu' un certain nombre d' injustices pourraient les menacer - d' injustices sociales - et je pense qu' un certain nombre de pensées politiques sont menaçantes pour la république .

Non , nous ... Vous savez , un fait pris isolément , cela vaut ce que cela vaut - c' est toujours significatif , il faut bien regarder - ce qui compte , c' est l' addition : Grasse , presque en même temps que la visite de quelques parlementaires en Afrique du Sud , plus ceci , plus cela ... oui , cela commence à faire beaucoup et je pense que tout citoyen responsable , serviteur du pays dans sa belle tradition , doit être attentif à cette évolution .

Nous serons arrivés au terme légal , constitutionnel ... Non , je n' ai pas dit : " j' aviserai au mois de mars " , j' ai dit : " j' aviserai " , c' est tout .

J' aviserai pour assurer à la France , dans les quelques mois qui nous séparent de l' élection présidentielle , autant que je le pourrai , des conditions de calme , de respect et de démocratie indispensable .

Il ne faut pas que l' opinion s' affole parce qu' on approche d' une élection présidentielle .

Jusqu' au jour dit , le président de la république est le président de la république et il doit assumer ses fonctions jusqu' à la dernière minute , dans la plénitude de ses compétences : c' est en tout cas mon intention , il faut que personne n' en doute .

Qu' est -ce que vous voulez savoir ? Vous allez vite , comme cela , moi , je n' en sais rien : est -ce que monsieur Chirac sera candidat ? Monsieur Bruno Masure est généralement bien informé ! C' est possible ... Le premier ministre a parfaitement le d' être candidat à la présidence de la république .

Je me vois ... Ce ne serait pas le seul premier ministre qui ait jamais songé à devenir président de la république ! Adressez -vous à eux , pas à moi , moi , je prendrai - comme président de la république , pendant les quelques mois de campagne officielle , et le temps qui nous en sépare - ceux qui viendront , et je les traiterai le mieux possible : je veillerai au respect des lois .

Nul n' est de trop , oui - je le répète avec d'autant plus de force que j' aperçois se lever de plus en plus les intolérances et les fanatismes , et il faut bien qu' il y ait des voix plus sages qui ne fassent entendre - nul n' est de trop , nul n' est de trop en France , et j' espère que cela sera tout à fait vrai .

On pourra dire bientôt : nul n' est de trop dans notre Europe - ça va déjà élargir l' horizon - nul n' est de trop , c' est une forme de civilisation qui devrait , un jour ou l' autre , servir de modèle au monde , si nous en sommes capables ; nul n' est de trop , et j' accorde beaucoup d' importance à celles et ceux qui se consacrent à ces tâches , aux tâches de préserver l' esprit public , le sentiment républicain , le refus de l' intolérance .

J' y attache beaucoup d' importance , comme j' attache beaucoup d' importance - je reviens sur ce sujet au moment de finir - sur la construction de l' Europe , parce que , là , nous sommes 320 millions - on aura de quoi parler au Monde - et j' aimerais qu' on honore davantage les fondateurs , les hommes , les femmes , en tout cas les hommes que nous connaissons qui ont conçu et qui ont posé les premières pierres , et puis quelques autres aussi , par-dessus les premières ; il faudrait les honorer : voyez un homme comme Robert Schuman que j' ai beaucoup connu - j' ai été secrétaire d' Etat , il y a bien longtemps , à ses côtés - un homme comme Jean Monnet , mon compatriote charentais .

Souvent , je me dis : on parle d' une " année Jean Monnet " , dans tous les pays d' Europe : c' est vraiment une gloire pour la France , c' est en même temps un hommage rendu , justice rendue à des hommes éminents .

Moi , je me dis : si les dispositions évidemment de leur famille ou leurs dispositions propres convenaient , le permettaient , la France devrait honorer ces gens-là ! Au mois d' octobre , je crois , René Cassin - qui a rempli un grand rôle pendant la guerre et après , qui a été l' instigateur de la déclaration universelle des Droits de l' homme - sera transporté au Panthéon .

Moi , j' aimerais que des hommes comme Robert Schuman , Jean Monnet - si cela est compatible avec les intentions qu' ils ont naguère exprimées ou que leur famille pourraient exprimer - soient là pour témoigner qu' un des grands moments de l' histoire de la France a été de fonder l' Europe .

Monsieur Mourousi , je suis à la septième année d' un mandat de 7 ans , qu' est -ce que vous voulez que je vous dise de plus ? 5 ans ? - la Constitution dit 7 ! Cela , monsieur Mourousi , vous en décidez , vous lancez les idées : je trouve que vraiment cela part de très bons sentiments à mon égard , et je vous dirai que si encore plus de français que vous pensaient la même chose , cela ne changerait certainement pas mes volontés personnelles - j' en suis maître - mais cela me ferait plaisir parce que , quand on dirige un pays - lorsqu' on a dû traverser des passes difficiles , exigeantes , pour exalter le courage national , avec toujours les gens qui en ont souffert , qui en ont été les victimes dans l' intérêt général - on aime naturellement être approuvé .

Je n' ai pas dit cela du tout .

Vous n' écoutez que la moitié de ce que je vous dis , et je vous ai dit : moi , mes volontés , je les forme tout seul , par rapport à ce que je crois être l' intérêt du pays et je pense toujours à m' accorder à une certaine vision que j' ai de l' histoire et de l' intérêt de la république française .

Cette réserve étant faite - elle est considérable - j' aime mieux qu' il y ait des Français qui approuvent ce que je fais que le contraire ; je ne vous ai pas dit autre chose .

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