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Je n' ai pas dit : " inculpez le lieutenant-colonel Prouteau " , j' ai dit : " laissez le juge d' instruction agir à sa guise et s' il estime qu' il faut inculper , à ce moment-là vous devez demander au Parquet ses réquisitions , et le lieutenant-colonel Prouteau sera inculpé " .

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F. Mitterrand - 17 septembre 1987

Je crois que ce sont des opinions qui représentent bien l' opinion française : il y a donc un peu de tout - le tout et son contraire - je n' ai pas de commentaire à faire là-dessus .

J' ai lu ces textes , moi aussi , aujourd'hui même ; j' en avais tout de même une sorte de connaissance préalable parce que le Premier ministre et moi , nous en avons parlé un peu hier matin et parce que la presse avait déjà lancé beaucoup de commentaires , sans doute de bonne source .

Je vais vous dire ce que j' en pense puisque vous me posez la question .

Je ne peux pas me prononcer sur ce sujet sans avoir dit un certain nombre de choses simples .

Il y a des groupes à base ethnique qui s' opposent , on le sait bien , en Nouvelle-Calédonie - on le sait bien et c' est souvent très dramatique - et depuis longtemps , depuis quelque 134 ans , avec des crises multiples dont certaines violentes .

Il faut pourtant se mettre dans la tête que les Néo-Calédoniens de souche européenne ne vivront pas sans les Canaques et que les Canaques ne vivront pas sans les Néo-Calédoniens de souche européenne .

Oui , mais ça , je pense qu' il l' a déjà dit avant parce que ce serait un peu tard aujourd'hui : cela fait de longues années que je le pense et que je le dis .

Sans me prononcer encore , mais on va le faire , sur le plan institutionnel , c' est déjà une évidence .

Il faut qu' ils vivent ensemble .

C' est un peu secondaire , cela .

Je ne sais pas quelles sont les intentions du gouvernement - on verra bien - c' est lui qui est le maître de l' ordre du jour de l' Assemblée .

Si cela est soumis à l' Assemblée nationale , cela viendra d'abord au Conseil des ministres et j' aviserai à ce moment-là .

Mais sur le fond , vous m' avez interrogé sur le fond , je voudrais vous répondre .

En effet , j' ai déjà dit au Premier ministre et je lui dirai de nouveau lorsque je le verrai , très bientôt , que référendum ou pas , tant qu' il y aura un partage des terres et de la richesse à ce point inéquitable , injuste , que 1500 Européens de souche européenne posséderont plus du double de la superficie attribuée à 35000 Canaques - 6 hectares en moyenne d' un côté ( en réalité , c' est plutôt 1 à 2 hectares ) aux Canaques 260 en moyenne de l' autre , et les meilleurs - tant que 308 Européens et 58 sociétés européennes aussi posséderont 45 % également des terres attribuées , avec une moyenne de 650 hectares - et de l' autre côté qu' est -ce qu' il y a ? - tant que sur 2800 fonctionnaires en Nouvelle-Calédonie , pris là sur place - il y a quelques fonctionnaires d' Etat , bien entendu - il n' y aura que 96 Canaques - et à quel rang ? - tant que sur 1600 instituteurs et professeurs en Nouvelle-Calédonie - primaire et secondaire - il n' y aura que 44 Canaques et 13 % d' élèves canaques pour 66 % d' élèves européens , alors qu' il y a 62000 Canaques et 54000 ...

Laissez -moi finir parce que c' est le principal de ce que je voulais vous dire .

Tant que cela sera comme cela , la Nouvelle-Calédonie vivra dans une situation du type colonial et ce qu' il ne faut pas c' est qu' un statut d' autonomie interne vienne cristalliser cette situation , qu' il y ait en somme une sorte de chasse gardée pour ceux qui sont depuis longtemps les chasseurs .

Alors , c' est un problème de fond déterminant .

L' autonomie interne , c' est une très belle perspective , je l' ai moi-même défendue , je la défendrai , le cas échéant : les derniers statuts - il y en a eu beaucoup - étaient d' autonomie interne ; il y a un statut d' autonomie interne en Polynésie , à Tahiti ; j' avais moi-même , il y a plus de 30 ans , proposé un statut d' autonomie interne pour la Tunisie .

Un statut qui , d' une part , laisse les Néo-Calédoniens dans leur situation présente face à face , cela risque d' être dramatique si l' on perpétue les inégalités profondes du type colonial .

Il faut donc s' attaquer à ce problème en même temps que l' on s' attaque aux institutions dites d' autonomie interne .

C' est un enjeu qui a valeur nationale sans aucun doute .

Ah ! j' y mets beaucoup de foi ! je ne supporte pas l' injustice !

Vous aussi , vous venez de dire : " accrocs à la cohabitation " , mais qu' est -ce que cela veut dire ?

Mais oui , c' en est une qui n' a , permettez -moi de vous le dire , pas beaucoup de sens , parce que la cohabitation , est -ce que vous imaginez que c' est la vie rêvée ?

Mais pour tout le monde : la cohabitation , c' est le fait que 2 majorités populaires se sont successivement exprimées et de façon différente , l' une pour le Président de la République , que je suis , l' autre pour la majorité parlementaire dont le gouvernement est l' expression - Voilà la réalité - elle est donc forcément comme une sorte de dialectique permanente ; elle n' est pas facile à vivre .

Alors , " accrocs " , cela veut dire quoi ? si l' on était d'accord a priori , ce ne serait même pas la peine de parler de cohabitation .

J' y viens tout de suite .

Je voudrais vous dire simplement un mot : pourquoi vivons -nous la cohabitation comme vous dites ? On la vit parce que c' est un devoir , et d'abord un devoir pour moi devant une situation naturellement conflictuelle , de faire passer quand il le faut , c'est-à-dire quand c' est important , l' intérêt général , et d' éviter une crise inutile aux Français , Voilà !

Eh bien , je vais m' expliquer là-dessus , sur le budget , à vrai dire , le contenu du budget , ce n' est pas mon affaire , cela m' intéresse ... en tant que Président de la République .

Disons que c' est de la gestion gouvernementale et que cela relève du vote parlementaire .

Mais , après tout , j' ai quand même à m' inquiéter , à l' intérieur du budget , de tout ce qui pourrait se traduire par l' accroissement des divisions entre Français , notamment les inégalités sociales .

Mais le contenu du budget n' est pas directement mon affaire .

Aussi , m' en suis -je surtout pris , si je puis employer cette expression , à la présentation qui en était faite : c' était une très dure critique contre les gestions antérieures et qu' est -ce que j' ai dit ? Cela a été répété par les journaux , j' ai dit : cela fait longtemps que je suis dans la vie politique , j' ai été longtemps parlementaire , j' ai entendu monsieur Barre démontrer que le budget du gouvernement précédent n' était pas grand chose et était très nuisible , j' ai entendu monsieur Delors dire la même chose du budget de monsieur Barre ...

Cela m' est tout à fait indifférent ce que dit le RPR sur ces choses là : ne vous occupez pas de cela .

Je n' en suis pas là , ce que je veux dire , c' est qu' il faut que les Français sachent , à propos de ce que vous appelez " les accrocs de la cohabitation " , ce que représente le Président de la République , ce qu' il doit être pour bien situer les rapports des valeurs .

Qu' est -ce que vous voulez , il faut quand même s' habituer à traiter chacun avec équité .

Quand les gens s' opposent , moi je dis convictions contre convictions oui , mais sectarisme contre sectarisme : non ! et je suis là pour essayer de modérer les élans , ce que je fais , croyez -le , de part et d' autre .

Je ne parle pas du budget - on ne va pas discuter du budget - C' est mon attitude qui est au fond de votre question , ce n' est pas le budget .

On va y venir ; je ne le redoute pas .

Ce que je vais vous dire , c' est ce que j' ai à faire en tant que Président de la République .

Qu' est -ce que la cohabitation ? Je suppose que vous ne voulez pas d' un Président ectoplasme , eh bien moi non plus ! Je crois vraiment que la France a besoin d' un Président qui préside dans les domaines qui sont les siens .

C' est ce que j' ai dit au camp de Caylus l' année dernière , devant les militaires , quand j' ai défini quelle était la ligne stratégique de notre défense pour notre sécurité .

Non , madame ! D'abord , la France a besoin d' un Président qui décide en matière de politique étrangère - la position de la France dans le monde - et en matière de défense : notre armée , notre sécurité , notamment .

Il y a d' autres choses , mais je ne veux pas être trop long .

Deuxièmement , elle a besoin d' un Président qui , sur d' autres questions , chaque fois que l' unité nationale apparaît comme ébréchée ou menacée , d' un Président qui arbitre entre les intérêts concurrents .

Et puis , elle a aussi besoin , dans la même personne , d' un Président qui préserve les institutions et qui protège les plus faibles , qui exprime , disons , son avis , son conseil : c' est ce que j' ai fait hier au Conseil des ministres , c' est ce que je fais en toutes occasions - pas souvent - qui me paraît indispensable pour la conduite de la France .

Il faut que les Français comprennent ce rôle du Président .

Cela , c' est une autre affaire .

Ce rééquilibrage , il avait commencé avant monsieur Chirac .

De toutes manières , c' est une bonne chose que le gouvernement soit pleinement responsable des actes du gouvernement , que le Président soit responsable de ce que je viens de dire , et que le Parlement retrouve une large part de l' autorité qu' il devrait avoir dans la confection , l' élaboration et le vote de la loi .

Alors , chaque chose sera en place et cela marchera mieux .

Donc , là-dessus , il n' y a pas de difficultés .

J' essaye simplement de faire comprendre que , lorsque j' interviens à propos d' un budget , sur un sujet qui paraît non pas mineur - c' est capital - mais enfin un peu étranger à mes fonctions , il est normal que je dise au gouvernement ce que je dis aux Français : attention d' éviter tout ce qui peut atteindre l' unité nationale .

écoutez , posez -moi des questions .

Vous me posez celle-là : je n' en sais rien ; moi , je ne ferai pas de coups de ce genre .

Non , non je n' ai jamais beaucoup aimé cela : je n' ai jamais hésité à prendre part au combat d' idées , au combat d' idées , au combat politique , je n' ai pas , quelquefois , ménagé mes adversaires , c' est vrai , mais jamais sur les personnes .

Donc , laissez ceux qui en ont le goût , ceux dont c' est la - nature , ceux qui vivent là-dedans , ceux qui aiment patauger - laissez -les faire et , si vous voulez me poser des questions précises sur ces affaires-là , faites -le maintenant , s' il vous plaît .

Je n' ai pas donné le feu vert , j' ai donné un élan décisif à quelque chose qui était complètement enrayé , en effet , je ne sais pas pourquoi .

Je vais vous raconter quelque chose .

une sorte de confidence .

monsieur Chalandon m' a demandé rendez-vous - c' est le garde des Sceaux , monsieur Chalandon - monsieur Chalandon est venu me voir - bien entendu , je l' ai reçu - il m' a dit : " eh bien voilà , je suis ennuyé , cela fait plusieurs mois que le juge d' instruction me demande l' inculpation du lieutenant-colonel Prouteau pour cette faire dite des Irlandais de Vincennes , qui date de 1982 , parce que un officier de gendarmerie l' accuse de lui avoir donné des avis , et cetera .

très compliquée ; c' est assez simple d'ailleurs , mais enfin cela peut apparaître compliqué .

" Alors moi , je ne sais pas quoi faire ; cela fait plusieurs mois que je ne réponds pas , que je ne dis pas au Parquet d' envoyer les réquisitions " .

Je lui ai dit : " monsieur le garde des Sceaux , je ne comprends absolument pas ce que vous dites là ! votre devoir est de laisser le juge d' instruction faire ce qu' il a envie de faire ; et il ne doit y avoir aucun frein de la part du pouvoir exécutif , ce n' est pas son rôle ; s' il sortait de ce rôle-là , il commettrait une faute majeure " .

Je n' ai pas dit : " inculpez le lieutenant-colonel Prouteau " , j' ai dit : " laissez le juge d' instruction agir à sa guise et s' il estime qu' il faut inculper , à ce moment-là vous devez demander au Parquet ses réquisitions , et le lieutenant-colonel Prouteau sera inculpé " .

Cela dit , je suis obligé de vous dire que j' ai la plus grande estime , que j' aime beaucoup le colonel Prouteau , qui est mon collaborateur et qui le reste , que j' ai pleine confiance en lui .

Songez que c' est quand même un homme extraordinaire ! Vous savez combien d' otages de toutes sortes - de caractère terroriste ou simplement criminel - il a délivrés ? quelque 450 .

C' est lui qui a fondé le GIGN , qui est une troupe d' élite qui nous est enviée dans le monde entier ; il en a été le chef avant d' être mon collaborateur , il a cessé de l' être à ce moment-là .

Il n' était déjà plus responsable du GIGN .

Je fais confiance à la justice .

Vous savez , faire confiance au colonel Prouteau , c' est facile : monsieur Giscard D' Estaing lui a décerné la légion d' honneur à titre exceptionnel , en raison de ses grands mérites , monsieur Chirac a tenu à lui tresser , lui aussi ... des lauriers mérités : cet homme a été blessé en plein visage à diverses reprises parce que il était le premier à lutter contre les terroristes .

Non , il y a une personne qui est , elle , déjà inculpée , et qui essaye de s' abriter derrière - à tort ou à raison , je n' ai pas à en juger - le colonel Prouteau , en l' accusant ; il y a une personne qui accuse le colonel Prouteau de lui avoir donné un mauvais conseil .

Les Français , ils apprendront à respecter et à aimer le colonel Prouteau , qui est pour moi le prototype de ce que notre armée peut produire : je l' estime désintéressé et je fais confiance à son courage et à son sens de la vérité .

Il y en a toutes sortes d' autres , mais nous avons le temps , vous me l' avez rappelé .

Bon , d'accord .

C' est un jugement peut-être trop général et si j' ai répondu à d' autres questions , jusqu' alors , c' est parce que vous me les avez posées .

Nous aurions pu passer directement aux sujets présents , dont je reconnais avec vous qu' ils sont tellement plus importants .

Je voudrais vous répondre quand même sur un point , c' est que le terrorisme et le chômage n' ont pas commencé en 1981 .

Le chômage a commencé avec la grave crise pétrolière en 1973 1974 .

Il y avait déjà 1700000 chômeurs en 1981 .

Et le terrorisme , malheureusement , vous vous souvenez la rue Copernic .

Vous avez raison de le dire , je tenais à apporter cette précision .

Vous m' interrogez comme cela ; je me trouve là soudain , devant cette jeune femme .

Ce qu' elle dit ne peut que bouleverser ceux qui l' entendent .

Comment intervenir soudain dans la vie d' un être frappé de cette façon ? C' est vrai , le terrorisme , c' est une guerre , c' est une guerre , c' est une guerre à domicile , comment dirais -je ? c' est une guerre chez soi .

On va vous chercher dans la rue , pendant qu' on fait ses courses .

C' est une guerre qui doit être considérée comme une guerre , aussi bien par les gouvernements qui ont à y faire face - car ils le font d' une façon générale - que par les Français qui doivent se prémunir .

Quant à la somme de souffrances que cela représente pour ceux qui ont été atteints , moi je préfère me taire , comme on se tait devant la douleur et le chagrin de ceux qu' on aime .

Quelle raison d' Etat ?

Il n' y a pas de raison d' Etat dans une affaire de ce genre .

Je suis convaincu que si le gouvernement - je n' ai pas à m' exprimer en son nom , mais c' est une affaire qui concerne le pays tout entier - sait qui a tué , qui a voulu tuer , il le dira .

Mais c' est une recherche difficile .

On peut certes déjà à peu près circonscrire les lieux , vous savez bien les lieux où il y a des organisations terroristes et aussi quels Etats les soutiennent , quels sont les Etats qui les dirigent , qui les gouvernent ? Puisque c' est une guerre - j' ai employé le terme tout à l' heure - il faut employer les moyens de la guerre , à condition d' être sûr de savoir aussi exactement que possible , et de ne pas condamner des gens qui , à leur tour , seraient innocents .

C' est donc une affaire extrêmement difficile , vous savez , c' est un terrorisme qui vient généralement de l' extérieur , qui vient de loin , qui sait se dissimuler .

C' est une guerre d' usure qui exige beaucoup de patience et de courage .

Comment vous dire ?

Parlons clairement .

Les criminels , dans un temps , on a dit : c' est l' OLP ; on ne le dit plus pour l' instant - par rapport aux problèmes qui nous frappent , nous - on a dit : ce sont les groupes hezbollah - ils portent des noms différents , jihad islamique - puisqu'ils s' en réclament eux-mêmes , ils le proclament .

Ces criminels totalement méprisables , il faut détruire , ils ont des otages .

Ce qui est vrai , c' est qu' il y a des Etats qui ont prêté la main .

On parle d' un sujet difficile parce que il y a des Français qui sont détenus actuellement , et dont le sort dépend de ceux que je pourrais désigner , du moins sur lesquels se portent ma pensée et mon soupçon alors , là-dessus , j' observe généralement une grande discrétion .

Je dis simplement que les Etats , on les connaît , vous les connaissez , l' opinion les connaît : il y a 2 ou 3 Etats qui ont encouragé , subventionné , entretenu le terrorisme .

En effet , ces Etats là doivent être tenus en lisière et doivent être dénoncés en tant que tels , mais je n' en dirai pas davantage , pour ne pas nuire aux Français et aux autres qui sont , à l' heure actuelle , menacés de mort .

Non , les problèmes intérieurs ne pèsent aucunement là-dessus .

Non , non , aucunement : nos adversaires savent bien qu' il n' y a pas un Français digne de ce nom - quelle que soit sa position politique ou quelles que soient ses ambitions - qui ne ferait pas tout ce qu' il faut pour combattre le terrorisme .

Oui , c' est vrai et il faut que les dirigeants français soient assez patriotes pour être vraiment à l' abri de ce genre de dénonciation et de suspicion .

Chacun doit faire son devoir clairement .

Moi , je ne soupçonne personne de s' adonner à des manoeuvres de ce genre , et s' il en est , s' il devait y en avoir , alors , ils devraient être livrés au mépris public , c' est évident .

Je crois que tous les gouvernements que j' ai connus peuvent se targuer d' avoir vraiment lutté et obtenu des résultats contre le terrorisme ; donc , ce gouvernement comme les autres .

Il y a des hommes énergiques qui s' en occupent et qui ont beaucoup de constance dans leur action , mais j' en ai connu d' autres .

Moi , personnellement , je n' accepterais pas qu' il y ait une sorte de monopole dans la défense de la France , ni par celui -ci , par celui - là , ni ne m' en prévaudrais au bénéfice de ceux qui seraient plus proches de moi ; ce n' est pas juste .

Il y a une réalité raciste en France : elle n' est pas dominante , elle touche tout de même une fraction de la population .

On peut incriminer ce que l' on voudra mais c' est souvent l' ignorance , ce sont souvent les difficultés de la vie quotidienne , bon ! très bien - quand je dis très bien , bien entendu , je trouve que c' est très mal , mais je veux dire que cela s' explique très bien - à partir de là , le devoir de tous ceux qui peuvent conduire l' opinion , ceux qui dirigent des églises , des sociétés de pensée , des sociétés philosophiques ...

et de l' autre côté , les partis politiques , doivent veiller non seulement à ne pas mettre de l' huile sur le feu , à ne pas aggraver cette propension naturelle , à attribuer toujours à d' autres , la cause de ses propres difficultés .

Et puis , c' est tellement facile : ils sont noirs , ils sont jaunes , ils sont ceci , ils sont cela .

Généralement , ce sont des gens qui vivent durement , des prolétaires : on les voit traîner dans la rue quand ils sont chômeurs .

Naturellement , c' est facile à exploiter .

Le premier devoir des politiques , et des autres , c' est non seulement de ne pas faciliter cette propension d' un certain nombre de nos compatriotes , mais aussi , renversant la vapeur , de leur dire , de leur apprendre , de leur expliquer que c' est une erreur fondamentale .

Toute l' histoire de France s' est faite de races et d' espèces tout à fait différentes .

écoutez : moi , je ne suis pas parlementaire .

Oui , pendant 35 ans , mais véritablement , je ne pense pas qu' il y ait de procédure qui permette - c' est une question un peu en l' air - qui permette cette chose-là .

En tout cas , je désapprouve évidemment très simplement , sans hausser le ton , mais vraiment avec ma conviction personnelle , je désapprouve totalement les propos de cette sorte , qui n' ont pas de sens utile par rapport au service de la France , mais qui , en même temps , ne peuvent qu' aigrir des relations déjà compliquées .

Je pense que oui : l' Allemagne , bien entendu , a souffert plus que quiconque du mal qui l' a mise un moment au ban des nations , mais je crois que la guerre n' est pas si loin , le souvenir doit durer surtout ; il faut que les Français d' aujourd'hui qui pourraient oublier - après tout , les gens de moins de 50 à 60 ans - vivent aujourd'hui par la mémoire collective .

Ah , écoutez , vraiment ! dans l' Europe entière , la proportionnelle est la règle , sauf en Grande Bretagne et chez nous ; il y a peut-être d' autre pays , mais grosso modo , c' est ce que je viens de vous dire , et ces pays sont des pays démocratiques .

Ils ont affaire souvent à des mouvements d' extrême-droite .

Non , ce n' est pas juste de dire cela ; la réalité , c' est que ce n' est pas le modèle électoral qui fait les choses .

Après tout , il y a quelques années , il y avait le mode de scrutin majoritaire à Dreux .

On ne parlait pas encore de tout cela .

Il fallait abattre un maire socialiste - une jeune femme de grand talent - à ce moment-là , il faut le reconnaître , tous les éléments , disons conservateurs , se sont ligués avec les premiers éléments du Front national sur un thème raciste pour dire : à Dreux , il y a trop de noirs , de Maliens , il y a trop d' Arabes , de ceci , trop de cela .

En réalité , c' est une affaire que j' ai suivie de près , il y avait quelque 9100 ou 9200 immigrés à Dreux et depuis 1981 , il n' y en avait guère que 100 de plus ; le problème était donc très ancien , mais jamais les partis de progrès , les partis de gauche ne s' étaient servi de ce détestable argument .

Alors , pour abattre cette liste socialiste , on s' est associé au Front National de monsieur Le Pen et on a développé une campagne raciste et on a gagné les élections municipales .

Après cela , on a un peu baissé le ton , mais on avait empoché le bénéfice du racisme larvé .

La responsabilité est très lourde de la part des partis et des mouvements qui ont , disons , pactisé avec ce Front et qui continuent de pactiser .

Oui , mais enfin la France est composée de métropolitains , de vingt-deux régions , c' est la vie quotidienne .

Qu' est -ce que vous voulez ? lorsque j' entends monsieur Le Pen s' exprimer de la manière que vous savez , qui vraiment n' est pas acceptable , qui est détestable , qui doit être rejetée , mais quand on apprend qu' en même temps , dans la région d' Ile De France , un accord majoritaire est en train de se faire avec le parti de monsieur Le Pen en payant le prix de la manière suivante : l' entrée de ce parti-là dans les conseils d' administration des lycées et des collèges , c'est-à-dire que là où on apprend l' histoire , par combinaison , comme cela , pour avoir une majorité , on compose bien plus gravement avec quoi ? Avec tout ce qui doit être rejeté , tout ce qui doit être refusé , tout ce qui nuit au corps social de la France .

Il y a toujours une minorité , naturellement , à tendance raciste .

Elle est composée souvent de gens qui ne se rendent pas bien compte de ce pourquoi ils le sont devenus .

C' est un effet de la misère .

Je suis sûr que , parmi ceux qui participaient à cette conversation , il y a beaucoup de braves gens - ce sont sans doute , et même tous , des braves gens - ils se sont tous exprimés franchement , ils ont exprimé ce qu' ils pensaient .

C' est un phénomène qui ne s' arrête pas à eux , c' est évident : voyez alors la responsabilité de ceux qui en savent davantage , de ceux qui ont pu réfléchir , de ceux qui sont plus responsables ! Il y a eu des voix de bon sens qui se sont fait entendre aussi , de sagesse , et même de générosité , mais enfin , au total , la connotation , comme on le disait , est plutôt défavorable à la présence d' étrangers de ce type , surtout Arabes , en France .

Alors les responsables politiques , qui sont responsables de l' histoire de France , le peuple français dans son ensemble , mais particulièrement ceux qui ont été désignés pour cela , doivent prendre garde à ce qu' ils disent et à ce qu' ils font .

Vous savez , prenons la question des immigrés de la première génération : dans le Lot , il y a un siècle et demi , c' est ce qu' on disait des Italiens , et cela a donné Gambetta .

Pour la deuxième génération , c' est en effet plus difficile .

Il y a des groupes ethniques d' immigrés qui ont leur religion , qui ont leurs moeurs , qui tiennent à les préserver et c' est bien normal , qui ne cherchent pas à s' assimiler tout aussitôt .

Mais ils apportent leur travail ; ils sont là pourquoi ? Ils ne sont pas venus par plaisir - ils aiment bien leur pays , ils préféreraient être dans leur pays - ou bien , comme les Harkis , ils sont en France parce que ils ont servi la France .

Alors donc ils apportent leur travail , ils doivent recevoir la protection des lois qui protègent tout travailleur , dans la vie sociale , dans la vie quotidienne .

Il faut expliquer cela , et à ce moment-là , je suis sûr que ce type de conversation devrait peu à peu , se transformer en une plus grande générosité .

Vous voyez ce qui vient d' être dit d' Harlem Désir - c' est d'ailleurs faux essentiellement , mais enfin peu importe , si cela avait été vrai , le raisonnement aurait été le même - est -ce que vous trouvez meilleur exemple de générosité , d' ouverture de coeur et d' intelligence de la situation ? ce garçon , il parle beaucoup mieux de la France que bien des Français " d' origine " , comme on dit , qui en parlent aujourd'hui .

Il est Français autant que moi , autant que vous .

Oui , absolument .

Naturellement , comme beaucoup d' initiatives , dont quelques-unes assez connues , de ce gouvernement et tenez , voilà le rôle du Président de la République : pratiquement , à peu près tous les projets de loi , toutes les initiatives sur les faits de société qui ont été proposés par ce gouvernement et auxquels il a dû renoncer , ou qu' il a dû retarder après les élections , je lui ai conseillé de ne pas les faire ; il ne m' a pas assez écouté ! Je dis cela pour détendre un moment notre conversation .

Le code de la nationalité était au fond une mauvaise idée dans la façon dont il a été abordé ; tout de suite des éléments de propagande se sont déchaînés .

Il y a quelques mois on disait : c' est nécessaire , et puis aujourd'hui cela l' est déjà beaucoup moins .

En politique , les choses sont comme cela .

Je suis connaisseur , je suis dans la vie politique depuis longtemps , c' est sûr : vous voulez peut-être me rappeler que cela fait longtemps ? mais c' est vrai , j' ai acquis une expérience .

J' ai acquis de l' expérience et , je l' espère , mais je n' ose pas le dire , un peu de sagesse .

J' espère !

C' est la mort , et la mort qui se situe aux sources même de la vie .

On pourrait dire que c' est le cas de toute vie , elle est déjà frappée par la mort , mais c' est le mal qui s' identifie à l' éclosion même de la vie .

Il y a donc là un certain nombre d' éléments qui frappent l' esprit , indépendamment de tout ce que nous pouvons dire dans un moment sur la façon de traiter ces choses .

Oui , oui .

D'abord je dirai que je vous dois des remerciements , à vous ...

Les paroles qui viennent d' être dites par un séropositif ont beaucoup plus de portée que celles que nous pourrons dire vous et moi .

Ce qu' a fait madame Barzach sur ce terrain-là correspond exactement à ma propre pensée .

Je pense qu' elle a su rester , exactement là où il fallait rester : à la fois bien entendu veiller à ce que cela ne se propage pas , dans la mesure où on le peut , et surtout organiser les moyens de prémunir , de prévoir , de guérir , et je pense qu' il ne faut pas à partir de là , tomber dans les excès que l' on peut regretter en Bavière ou dans certains Etats des Etats-Unis d' Amérique .

Je crois qu' il y a là une sorte de sagesse , de juste milieu .

Mais enfin , c' est vous , monsieur , qui vivez cette épreuve , qui en même temps pouvez en ressentir les conséquences générales pour le pays .

Votre jugement m' importe beaucoup .

Dites -moi .

Je vous promets , monsieur , de m' exprimer à ce sujet .

Je pense que , ce soir , la nature même de cette émission ne permet pas - parce que vous avez dit l' essentiel - de s' y attarder beaucoup plus .

Pas d' exclusion , avoir conscience : vous avez conscience et vous voulez communiquer cette conscience , c' est une forme de contagion , la vôtre : c' est prendre conscience .

L' Etat , le pouvoir , la médecine , et aussi , les séropositifs , bien entendu il faut tout faire pour enrayer les contagions , mais on peut faire aussi appel à la dignité , à la conscience .

J' ai l' impression que vous venez de le faire , ce soir .

Je voudrais dire surtout aux Français qui viennent de s' exprimer comme cela et à ceux qui pensent comme eux : mesdames et messieurs , les hommes politiques sont comme vous .

Eh bien , ils ont leurs défauts , ils laissent trop parler la querelle , ils défendent trop leur intérêt en oubliant l' intérêt général et , en même temps , ils ont des vertus , ils aiment leur pays , il y en a qui travaillent beaucoup , ils se passionnent pour les questions qu' ils traitent et ils ont un idéal : ils sont comme vous .

Bien ? mal ? à vous de juger .

ce scepticisme devant les problèmes qui ne sont pas résolus .

oui .

vous savez , tous les problèmes ne sont pas résolus , et il n' y a pas de réponse à toutes les questions .

Si vous employez le mot " recette " , je vous répondrai non , la preuve est faite .

Ce qui est vrai , c' est que le chômage , à partir de 1973 1974 nous l' avons déjà dit , a constamment monté , comme la marée montante , constamment .

de 1973 à aujourd'hui , avec 2 phases pendant lesquelles il y a eu stagnation : sous le gouvernement de monsieur Fabius et actuellement où l' on aperçoit quand même qu' après avoir noté près de 200000 chômeurs de plus qu' au 16 mars 1986 , il y a un moment d' hésitation du chômage , dû sans doute aux mesures de ce qu' on appelle le " traitement social du chômage " , et , je l' espère , à un certain réveil du traitement économique .

C' est vrai .

Cela veut dire tout simplement - on a vécu ces années - qu' aucune des recettes dont vous venez de parler n' a réussi à enrayer ce que j' appelais un flot continu , cette marée montante .

Cette preuve étant faite , il faut chercher la cause profonde , et un certain nombre d' hommes responsables le perçoivent .

Au fond , on est assez d'accord pour estimer que la France n' a pas réagi assez tôt - et quand je dis la France , c' est nous tous - la France n' a pas réagi assez tôt pour s' adapter à la révolution industrielle qui a entraîné le Japon , les Etats-Unis d' Amérique parfois l' Allemagne à produire des marchandises nouvelles , selon des normes nouvelles , alors que les nôtres n' étaient plus compétitives .

Voilà , nous sommes partis trop tard ; est -ce qu' on peut rattraper ? On peut rattraper si on le veut , mais bien entendu , c' est difficile .

Et puis , il y a eu une sorte de mouvement qui a tendu à laisser penser que parce que les technologies nouvelles robotisaient , automatisaient , automatiquement il y aurait des pertes d' emplois ; naturellement , au point de départ , il y en a , des pertes d' emplois pour l' ensemble des travailleurs .

et on s' aperçoit finalement que les pays qui se sont le plus développés sont ceux qui ont le moins de chômage : Japon , Etats-Unis , Allemagne - encore des mal connus - Suède ...

Vous êtes sûre qu' il a dit cela ?

Bien entendu , je ne veux pas entrer dans ce débat , je dirai simplement qu' il ferait bien d' y réfléchir ; ce n' est pas seulement un argument polémique , c' est un argument de fond .

Je pense comme lui qu' il n' y a plus que des solutions de ce genre ; en particulier , il faudrait que tout le monde retourne à une formation qui permette d' aborder la réalité moderne de cette société .

les patrons , les cadres , les travailleurs .

que vraiment , on s' organise pour former les hommes et les femmes aux métiers qu' ils doivent faire .

Oui , oui , c' est cela , monsieur Barre a dû dire là quelque chose de judicieux , il n' a qu' à continuer .

J' ai entendu cela , en effet .

Je ne m' en suis pas mêlé : je ne participe pas à ce genre de polémique pour l' instant .

Oui , pour l' instant : cela m' intéresse - je suis un citoyen comme les autres - mais dans ma fonction de Président de la République , j' estime devoir laisser aux hommes politiques qui sont au Parlement qui exercent un magistère dans l' opinion publique le soin de s' exprimer sur ce point ; je n' ai pas à me mêler de ces querelles .

Bien entendu , comme je n' ai pas signé l' ordonnance qui devait hâter le moment où il y aurait ces privatisations , vous devez bien penser que je ne suis pas très favorable , non pas à toutes les privatisations - il y en a qui pouvaient se comprendre - mais au système général .

mais j' arrête là mon appréciation .

Oui , je me réserve ; oui , je verrai bien .

Un Président qui décide , mais cela j' en ai parlé tout à l' heure .

Vous êtes constante ; moi aussi .

Le Président doit décider dans certaines matières ; je l' ai fait , par exemple , je l' ai dit tout à l' heure , lorsqu' on a parlé de la stratégie nucléaire ; je l' ai fait lorsqu' il s' est agi de ce qu' on a appelé sur le plan du désarmement les 2 options zéro - moi , j' ai pris aussi le parti du désarmement et de la paix autour du désarmement - là , il m' arrive de décider : c' est rare parce que ce type de situation ne se présente pas tous les jours .

Cela dit , arbitre aussi .

Il faudrait que vous en parliez à monsieur Giscard D' Estaing qui s' est trouvé dans cette situation .

Eh bien moi , je ne suis pas dans cette situation .

Vous voulez revenir sur cette histoire !

Mais 1992 , c' est quoi ? C' est un accord européen qui a consisté à dire d'abord à Milan , puis finalement à Luxembourg 2 et 3 - c' est pour cela que c' est un accord de Luxembourg - qu' en 1992 , 7 ans plus tard , il n' y aurait plus aucune frontière intérieure entre les 12 - à l' époque , d'ailleurs on était 10 , mais les 2 autres , Espagne et Portugal , devaient entrer 3 semaines plus tard - ceci veut dire qu' il faut que la France soit drôlement outillée , les hommes et les femmes drôlement formés , les chefs d' entreprises drôlement d' attaque , autrement qu' ils le sont .

Nous avons d' excellents hommes et femmes , très remarquables , mais il faut que les autres se mettent de la partie , qu' on soit en mesure de développer le savoir , que les jeunes soient vraiment dotés de tous les moyens de la connaissance technique , technologique et culturelle aussi dans le sens général du terme , parce que le temps qui nous reste est court ; c' est vraiment un risque pour la France extrêmement lourd , un immense risque de caractère historique .

Cela je l' ai signé ; moi je l' ai voulu , cela a été extrêmement difficile .

madame Thatcher n' en voulait pas , le Danemark n' en voulait pas , le Portugal était hésitant .

C' est vraiment l' Allemagne , la France et la Commission européenne avec monsieur Jacques Delors , qui ont réussi à enlever cela .

Alors quand je vois un parti politique comme le RPR - qui est un grand parti politique , majorité de la majorité aujourd'hui - employer ce slogan , je me trouve payé de mes efforts ...

récompensé .

C' est la tâche déjà de l' actuel parce que il ne faut pas perdre un mois , ne pas perdre 15 jours , il ne faut pas perdre un jour .

C' est la tâche aussi du Président de la République qui n' a pas à mettre la main à la pâte sur les éléments de cette vie quotidienne , mais qui doit exprimer son avis , qui doit conseiller , qui doit préserver les intérêts des Français .

C' est ce que je disais pour commencer : un Président qui décide en certaines matières , un Président qui arbitre chaque fois que l' unité nationale risque d' être mise en péril , et un Président qui préserve , un Président qui protège .

J' essaierai de donner les meilleurs conseils possibles au gouvernement quel qu' il soit .

1992 ?

Oui .

Tout le monde est d'accord sur l' ampleur de l' enjeu , sur la gravité de ce choix , mais naturellement tout le monde n' est pas d'accord sur la manière de l' aborder , sur la façon de préparer notre économie et notre société pour être capables de battre les autres , d' être meilleurs .

Non , cela ne pèse pas .

Je suis - je l' ai répété si souvent que j' ai peur de lasser l' attention - Président de la République .

Je ne me place pas en situation de candidat : si j' avais envie d' être candidat , il y a une époque électorale , une époque électorale officielle - elle est très brève , c' est quelques semaines - mais je trouve tout à fait déplorable que pendant des mois on règle la marche du pays autour de campagnes électorales qui souvent adoptent un ton qui ne me paraît pas recommandable .

Moi je ne veux pas me mettre dans cette situation , je veux dire : laissez donc les candidats s' occuper de leur candidature .

Mais absolument !

Tous les candidats sont toujours en situation difficile ; ceux du parti socialiste comme les autres , les autres comme ceux du parti socialiste .

Vous croyez que c' est agréable ici et là d' être plusieurs pour prétendre à la même fonction , avec des mérites que l' on croit supérieurs ?

Ce n' est pas facile , c' est certain , et je leur souhaite bon courage mais ils font un travail qui n' est pas le mien .

et moi je fais un travail qui n' est pas le leur .

On va y arriver , mais c' est vous qui m' y contraignez , c' est vous qui parlez tout le temps de ma candidature ; moi , je n' en parle pas .

Vous avez dit que je l' avais mis en ballottage : je n' ai pas été le seul à le faire , lui aussi m' a mis en ballottage !

Il a même gagné au deuxième tour .

Alors , qu' est -ce que vous voulez que je vous dise à ce sujet ? La conférence de presse - c' était noté - c' était le 9 septembre ; l' élection a eu lieu 2 mois après , le général de Gaulle a été sage de ne pas se prononcer prématurément .

Oui , je crois , parce que cela lui a permis de rester Président de la République en s' occupant de sa tâche , sans être embarrassé par les obligations et les servitudes d' une candidature .

Et en préservant ses pouvoirs : de ce point de vue-là , c' est un bon exemple , mais cela ne veut pas dire qu' il faille forcément le suivre .

Vous voulez que je ne fasse plus rien ?

C' était dans la Nièvre ! on m' invite .

Pas du tout : si j' étais candidat , je vous prie de croire que j' en ferais davantage ! Il suffit de voir les autres .

Non , pas pour l' instant : je pense que , de toutes façons , je n' aurai pas à m' absenter pendant la durée de la campagne , c'est-à-dire environ de la mi-mars jusqu' à début mai .

En effet , entre janvier et mars , je n' ai encore rien prévu ; je me réserve ... de prévoir d' autres voyages s' ils sont utiles .

Je ne vois pas pourquoi je n' en ferais pas ! Supposez que je sois candidat , puisque vous y tenez absolument .

cela ne m' empêche pas du tout , s' il le fallait pour l' intérêt de mon pays , de partir 4 jours au Kamchatka ! Pourquoi est -ce que je n' irais pas représenter mon pays ? c' est ma fonction .

Mais si je n' ai pas de programme très actif , c' est parce que je m' en tiens à un rythme qui me paraît normal : vous savez , il y a une sorte d' agitation ambiante à laquelle je ne participe pas .

Vous me dites : le labour , le labour .

Quand le président des jeunes agriculteurs m' invite à présider le championnat de France de labour , dans la Nièvre , je ne peux pas résister ! Mais cela n' a pas de rapport avec une candidature au mois de mai prochain .

Oh ! ils le sont déjà depuis longtemps !

Mais , je ne sais pas pourquoi les milieux politiques se sont mis dans la tête qu' il vaudrait mieux pour eux que je ne sois pas candidat ! Alors , cette espèce de crainte qu' ils ont les porte constamment à me coller aux semelles et à observer chaque millimètre que je fais ici ou là , dans telle ou telle direction .

Oui , d' une certaine manière , mais les affaires sérieuses m' occupent aussi beaucoup .

C' est le programme du parti socialiste dont j' étais le principal responsable .

Je me suis efforcé de changer beaucoup de choses ; bien entendu , j' en ai changé beaucoup moins que je l' aurais souhaité : je crois que c' est le lot de toute vie vécue .

Moi , changé ? oui , oui , sûrement : pas dans le fond de mes conceptions - j' étais socialiste , je reste socialiste - mais d'abord ma fonction n' est pas la même .

Je ne suis pas à la tête d' un parti , je ne suis pas dans un parti : mon parti , c' est la France .

Tous les Français n' ont pas voté pour cela - 52 % , donc 48 autres - mais les 48 autres , j' en suis également responsable , de la même façon , et j' ai toujours eu cela comme ligne de conduite .

Alors voilà : cela , c' est ce que j' ai à faire .

Mais est -ce que j' agirais autrement parce que l' expérience de bientôt 7 ans aura marqué ma vie ? Oui sûrement , je crois que je saurais mieux faire .

Alors ça ! vous tentez , avec une mécanique toujours implacable , de me conduire là où vous voulez .

Mais , je m' en aperçois ! vous parliez de cela .

D'abord , est -ce qu' il faut s' occuper longtemps des affaires politiques ? J' ai retrouvé l' autre jour un livre de Plutarque , dont le titre , dans la collection d' Amyot , dit - vous savez , c' est la façon qu' avaient les vieux Grecs - " Si l' homme d' âge se doit encore entremettre et mêler des affaires publiques " - C' est le titre : est -ce que les personnes âgées doivent encore se mêler des affaires publiques ? - et il apporte la réponse , lui , Plutarque - Plutarque ! - il dit : oui .

Vous savez quelle est la raison qu' il invoque dès le point de départ ? Il dit : parce que on n' a jamais vu l' âge transformer une abeille en bourdon - Bon - mais là , c' est Plutarque qui parle comme cela .

Ce n' est pas moi qui ai écrit ce bouquin ! Abeille ou bourdon , j' apporterai ma réponse le jour où il le faudra .

Quant à mon choix personnel , comment voulez -vous que je puisse désirer , pour des années encore , continuer une vie certes très remplie , une vie passionnante qui est la mienne comme premier représentant de la France , comment voulez -vous qu' en face de l' âge qui vient , des soucis que cela donne , des aspirations qui sont les miennes , comment voulez -vous que je considère cela comme un idéal absolu ? Oui j' aime beaucoup vivre en ma compagnie - ce n' est pas qu' elle soit ... - mais enfin , essayer de mieux comprendre ma relation avec les autres et avec la vie , avec l' explication même de la vie , que je trouverai pas , pas plus que personne , mais dont j' aimerais me rapprocher ; oui , j' aimerais cela .

Pour ça , il faut du temps , il faut de l' unité de vie , et la vie politique ne permet pas cette unité de vie .

Alors , je vous dis là quelle serait ma préférence , mais je ne vous ai pas dit quel serait mon choix .

J' ai cité il y a quelque temps - cela a été repris - ce mot merveilleux d' un Président de la République , italienne je crois , auquel on posait la question , et qui a dit : la meilleure partie de moi-même me conseille de ne pas le faire mais c' est l' autre qui l' emportera ! Je ne vous dis pas cela .

Non , non , pensez -vous ! Je ne suis pas naïf au point de faire moi-même cette citation pour faciliter votre tâche ! Je veux simplement vous dire que mon souhait , mon envie , mon désir , n' est pas d' être candidat , mais je ne donnerai à personne l' avantage ou la facilité de dire , au mois de septembre 1987 , ce que sera ma décision en 1988 .

J' ajoute que , par rapport au pays , je dois jusqu' à l' échéance accomplir ma tâche ; rien ne doit venir la compliquer , ni la diminuer dans l' esprit des Français , je dois pouvoir rester le Président de tous et naturellement une candidature de quelque type qu' elle soit , en tout cas prolongée , ne pourrait que nuire à cette façon de faire .

Donc , n' attendez rien de moi .

J' en suis navré parce que cela me plairait de vous faire des confidences , mais je n' en ferai pas .

Je connais mon désir - mon désir n' est pas de rester Président de la République - je ne connais pas ma décision parce que cela dépendra de ce que je jugerai être l' intérêt du pays et dans quelle mesure cela me concerne .

Oui , dites -moi .

écoutez : vous prenez vos risques !

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