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Ce que je vais vous dire , c' est que la France et l' Allemagne sont alliées , elles sont 2 fois alliées : dans le cadre de l' Alliance atlantique même si nos statuts sont différents - nous avons des armes nucléaires , l' Allemagne n' en a pas et ne peut pas en avoir ; nous n' appartenons pas au commandement intégré de l' OTAN , l' Allemagne appartient à ce commandement intégré ; cela veut dire que nous avons une stratégie de dissuasion nucléaire autonome , cela dépend de notre décision et , en pratique , de ma décision : ce sont donc des situations différentes mais nous sommes dans la même Alliance - et nous sommes également alliés depuis le Traité entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer en 1963 : un ensemble de dispositions , dont des dispositions militaires , que j' ai mises en application 20 ans après , à la suite d' un échange de vues avec le chancelier Kohl en 1982 .

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F. Mitterrand - 23 décembre 1987

La raison , c' est l' occasion ; l' occasion , c' est un voyage promis depuis longtemps à la République de Djibouti et à son Président , monsieur Hassan Gouled : c' était le dernier territoire continental africain francophone où je ne m' étais pas rendu depuis le début de mon septennat .

Donc c' est cela l' occasion .

Comme il se trouvait que , par une coïncidence , une partie du groupe aéronaval et particulièrement ce porte-avions se trouvait là , j' ai pensé qu' il était utile pour moi de rencontrer le commandement et les équipages .

Ce n' est pas son objet .

On ne peut pas isoler le problème du porte-avions et des groupes aéronavals de l' ensemble de la stratégie française en cette partie du monde .

Nous sommes là avec ce groupe aéronaval , juste à l' entrée du Golfe d' Oman , d' une voie internationale qui assure le commerce et le transport du pétrole , et vous en connaissez l' importance : c' est important pour la France , c' est important pratiquement pour tous les pays du monde .

Des mines ont été posées .

Nous avons donc des dragueurs de mines pour tenter de limiter les risques pour les pétroliers qui vont dans le Golfe arabo-persique ; nous avons des navires d' escorte qui accompagnent : ce n' est pas systématique , cela est fait quand on le juge bon , nécessaire , utile .

Nous avons cette force qui est là pour préserver nos intérêts .

Si nous avons besoin de protéger , de riposter , d' assurer en somme notre présence qui correspond aux intérêts les plus évidents , non seulement d' une grande puissance - la France - mais aussi d' un pays qui a besoin de s' approvisionner en pétrole .

Cette force est donc là en réserve ; elle se fait respecter .

Il a été atteint jusqu' ici pour ce qui touche aux intérêts français ; et nous avons aussi assumé dans diverses circonstances une fonction d' aide ou de secours pour des navires , ou des pays autres que la France .

Mais en fait , la mission de notre flotte et de l' ensemble de nos équipages par rapport à notre pays et à nos intérêts , cette mission a été remplie correctement dans des conditions souvent difficiles mais suffisamment pour que l' on puisse estimer que la mission est bien remplie .

La mission n' est pas achevée .

La guerre entre l' Iran et l' Irak continue malheureusement .

Nous nous efforçons dans d' autres lieux , c'est-à-dire où les diplomates se rencontrent , notamment au Conseil de sécurité des Nations-Unies , nous nous efforçons de contribuer à l' apaisement , à la fin de la guerre de l' Iran et l' Irak mais , dans l' état présent des choses , on ne peut pas dire que l' on ait véritablement beaucoup avancé .

Nous souhaitons naturellement que les résolutions des Nations-Unies soient appliquées et nous travaillons pour cela .

Je ne pourrai pas vous le communiquer à l' instant , si je le savais avec précision , je ne suis pas sûr que je vous le dirai , mais ce que je puis dire en tout cas , c' est que ce moment n' est pas arrivé .

Je pense que oui .

La France n' est pas un pays belligérant même quand on a voulu la mettre en cause ; la France déplore ce conflit - elle a bien mon jugement sur les causes et elle veille aux conséquences - mais comme membre permanent du conseil de sécurité , nous avons un devoir qui est de contribuer - avec d' autres mais en particulier nous la France - à tenter de rapprocher les points de vue ou au moins en finir avec cette guerre atroce : c' est ce que nous faisons constamment .

Je ne ferai aucun pronostic à ce sujet .

C' est une démarche constante qui a été entreprise depuis déjà plusieurs années , elle continue puisque ces otages - 4 d' entre eux , je l' espère - n' ont pas été rendus à leurs familles en contradiction avec toutes les règles de la morale , du droit , du respect de l' être humain .

Peu importe - les jugements que nous avons sur ces choses sont des jugements sévères - mais notre devoir est de faire tout ce qu' il est possible de faire pour obtenir leur libération .

Je ne vous donnerai aucun délai , je ne pourrai expliquer la position de la France sur aucune condition particulière d'autant plus que nous ne pouvons pas même pour obtenir cette libération , renoncer à certains des intérêts primordiaux du pays .

C' est dire combien la tâche est difficile .

Oui , c' est entre ces 2 termes que se trouve la chance qu' il faut jouer pleinement .

Dans l' affaire dite " Gordji " , je n' ai pas à prendre position - c' est fait - les jugements se porteront plus tard .

Pour ce qui touche à l' expulsion des Iraniens , il y a le droit : ce droit est contenu dans notre Constitution - la Constitution de la République française reconnaît le droit d' asile - et d' autre part , il existe un droit international , la Convention de Genève , qui détermine les conditions dans lesquelles s' exerce ce droit d' asile et dans quelles conditions il peut être remis en question .

Voilà les 2 questions posées .

Je suis naturellement en relation avec le Haut Commissariat aux réfugiés ; on fait appel à moi de tous côtés : il faut que les conditions juridiques qui s' attachent à la qualité de réfugié politique - qui a le droit de bénéficier de l' asile politique , au regard de nos lois comme au regard de la Convention de Genève - il faut que ces conditions soient respectées .

L' ont -elles été ? si elles ne l' ont pas été , alors il faut remettre en position la discussion sur le droit des réfugiés en question .

Je n' ai pas d' information ; je connais les affirmations de monsieur le Premier ministre , de monsieur le ministre de la défense et je me fie à ces déclarations .

J' ai lu cela ce matin , hâtivement - avant de commencer une journée qui , comme vous le voyez , est assez chargée - mais quand le gouvernement s' exprime , mon mouvement naturel est de penser qu' il dit la vérité aux Français .

Le rôle de la presse bien entendu c' est toujours d' aller plus loin , c' est son rôle , c' est ce qui fait la grandeur des démocraties .

Les premiers accords militaires entre la France et l' Irak ont été engagés en 1976 : c' était un choix militaire sans doute , mais beaucoup plus un choix politique dans le cadre de la politique française par rapport au monde arabe .

A l' époque , il n' y avait pas la guerre entre l' Iran et l' Irak .

Mais à l' époque - et à cette époque je n' étais pas encore le premier responsable - on a continué d' appliquer les contrats , c'est-à-dire de livrer des armes à l' Irak - on peut se poser la question , au moment où il était en danger , c' était le moment d' y renoncer - et cela a continué par la suite jusqu' à ce jour .

Bien entendu , on module de manière à ne pas mêler la France outre mesure à un conflit dans lequel - solidaire sans doute du monde arabe - elle n' entend pas se comporter comme l' adversaire de l' Iran .

Je l' ai déjà dit .

Non , non ! c' est un très bon accord et je m' en réjouis , c' est simple .

Non pas du tout ! simplement d' autres journalistes : c' était monsieur Jean Daniel qui m' interrogeait et m' a dit que c' était l' euphorie en Amérique .

Est -ce qu' il faut être euphorique ? j' ai dit : rien de trop , il faut s' en réjouir et il faut aussi penser à la suite , c'est-à-dire quelles autres formes de désarmement peut -on désormais mettre en oeuvre dans les relations entre les 2 plus grandes puissances du monde .

Voilà la question et j' ai commencé d' indiquer les quelques points auxquels la France tenait .

Bien entendu , la France aura le droit d' être euphorique si l' accord de désarmement s' élargit pour préserver les équilibres nécessaires .

Le désarmement doit signifier plus de sécurité et pas moins .

Il n' en reste pas moins que j' ai dit une seule chose et que je m' y tiens : ce sont de bons accords , c' est la bonne direction , on travaille pour la paix et la France ne peut qu' approuver .

Cela va de soi .

éternelle , à compter du moment où un équilibre au niveau le plus bas possible aurait été réalisé - comme on peut l' espérer même si c' est très difficile - entre l' Union Soviétique et les Etats-Unis d' Amérique , entre le Pacte de Varsovie - l' Est - et l' Alliance atlantique - l' Ouest - mais la France prendra sa part dans ce cas-là .

Je n' ai pas dit cela : toutes ces choses se discutent et quand on compare d' un côté environ 13000 charges nucléaires côté américain , un peu plus de 11000 charges nucléaires côté soviétique et environ 300 pour la France , vous reconnaîtrez qu' il ne serait pas normal qu' on demande d'abord à la France de se démunir de sa protection .

Que les autres fassent un effort très important avant que nous puissions engager une conversation en engageant la France dans ce désarmement .

Il faut aussi que le désarmement bouge jusque là ; que l' on étudie et que l' on discute des conditions d' équilibre des armements conventionnels .

Ce n' est pas faute de l' expliquer : alors aidez -moi dans ce cas-là .

La question est posée en termes que vous avez le droit de poser mais qui me paraissent aller vers une comparaison historique qui , a priori , condamne toute réponse .

Passons à la suite .

Ce que je vais vous dire , c' est que la France et l' Allemagne sont alliées , elles sont 2 fois alliées : dans le cadre de l' Alliance atlantique même si nos statuts sont différents - nous avons des armes nucléaires , l' Allemagne n' en a pas et ne peut pas en avoir ; nous n' appartenons pas au commandement intégré de l' OTAN , l' Allemagne appartient à ce commandement intégré ; cela veut dire que nous avons une stratégie de dissuasion nucléaire autonome , cela dépend de notre décision et , en pratique , de ma décision : ce sont donc des situations différentes mais nous sommes dans la même Alliance - et nous sommes également alliés depuis le Traité entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer en 1963 : un ensemble de dispositions , dont des dispositions militaires , que j' ai mises en application 20 ans après , à la suite d' un échange de vues avec le chancelier Kohl en 1982 .

à partir de là , quand on est alliés , on a des obligations mutuelles .

Là où la réserve doit être bien comprise , c' est que l' arme nucléaire est d' un caractère bien spécifique , bien particulier ; c' est une arme de dissuasion : c' est pour faire qu' il n' y ait pas de guerre , de guerre contre la France .

Et , dans l' ensemble de l' Alliance atlantique , les forces américaines , anglaises , françaises qui sont les 3 seules à disposer d' armes nucléaires sont faites pour dissuader toute agression , pour qu' il n' y ait pas de guerre et pour ne pas entrer dans le raisonnement de vouloir la gagner sur le terrain , pour qu' il n' y ait pas de guerre , que ce soit assez redoutable pour que nul n' ose nous attaquer .

La France tient ce raisonnement pour elle-même avec sa propre force et le commandement , la décision , l' emploi de cette arme ne peut dépendre que de la décision française .

Elle ne veut pas être partagée avec personne et en particulier pas avec l' Allemagne .

: voilà la différence .

La couverture de l' Allemagne , la couverture nucléaire de l' Allemagne ne peut être assurée que par les forces atlantiques , que par l' Alliance .

Il ne peut pas y avoir de bataille de l' Allemagne et de la France puisque cela fait partie de la même aire stratégique mais l' emploi de l' arme nucléaire dépend de la décision française et la couverture nucléaire de l' Allemagne doit être assurée par l' Alliance .

Il faut se mettre à ce niveau-là .

Vous parlez toujours de Hambourg , on pourrait parler d' autres villes : mais ce qui est vrai , c' est que si l' Alliance ne devait pas jouer pour assurer la sécurité de l' Allemagne , ce qui serait vraiment insupportable : quand on s' engage il faut tenir et on dit constamment aux Américains , je leur dis : votre assistance , votre contribution doit être immédiate et non pas soumise aux conditions variables de ce que l' on appelle une stratégie flexible .

J' espère que je suis assez clair .

L' arme nucléaire et la stratégie de dissuasion nucléaire autonome de la France s' applique à la défense de notre territoire et de ce que l' on appelle depuis le Général nos intérêts vitaux et l' appréciation de ces intérêts vitaux dépend du Président de la République .

Par exemple , le Président de la République peut estimer qu' il y a menace sur notre territoire - qu' on appelle notre sanctuaire - au-delà de nos frontières , bien entendu mais c' est une estimation qui ne peut pas être définie à l' avance .

C' est à cela que je travaille .

Absolument , c' est l' indécision des 12 pays qui ont de la peine à s' accorder sur quelques problèmes délicats mais qui sont hors de proportion par rapport à la marche de l' histoire et par rapport à la responsabilité de ces 12 pays qui doivent un jour ou l' autre parvenir à une certaine forme d' unité politique en même temps qu' à une certaine forme d' unité de défense .

Mais on en est loin : nous sommes encore dans la zone d' influence des accords de la dernière guerre mondiale ; nous sommes encore sous le coup des décisions prises à Téhéran et à Yalta .

L' Europe a été partagée en zones d' influence , les pays de l' Alliance sont dans des situations différentes , un pays comme l' Irlande est neutre , les autres pays qui sont membres de l' OTAN sont sous le commandement intégré , la France elle est à part , l' Espagne aussi .

Bref , tant que l' on n' aura pas réglé ce type de problème - et il faudra encore du temps , il faudra du temps pour créer aussi l' unité politique indispensable - c' est vrai qu' on ne pourra pas répondre que l' unité de défense existe .

Il faut y travailler : c' est une espérance à fixer et une réalité pour la génération suivante .

Je crois que tous les grands politiques et tous les grands stratèges ont toujours appliqué cette règle ; monsieur Gorbatchev l' applique avec beaucoup de maîtrise et beaucoup de talent .

C' est vrai , ce n' est pas simplement votre penseur chinois , c' est pas simplement aujourd'hui monsieur Gorbatchev : tous ceux qui ont eu à défendre leurs intérêts ou quelquefois qui ont eu des idées conquérantes - cela n' a pas manqué à travers les siècles - ont toujours pensé obtenir disons " à bon marché " ce qui leur coûterait fort cher .

Plutôt que de faire la guerre , on emploie la stratégie de la menace .

Mais en l' occurrence on ne peut pas incriminer monsieur Gorbatchev de cette façon , puisque ce n' est pas par la menace qu' il agit , mais par la demande d' un désarmement et le désarmement c' est le contraire d' une menace .

Qu' il y ait des arrières pensées dans la tête de chacun , c' est bien possible .

Mon rôle n' est pas de pénétrer à l' intérieur du cerveau ou bien d' examiner le subconscient de chaque responsable politique : moi , je juge sur les faits et je constate en fait que l' Union Soviétique a pris des initiatives utiles en matière de désarmement , et je constate que les Etats-Unis d' Amérique en ont pris aussi et qu' aujourd'hui il y a un mouvement commun .

Je leur dis simplement : continuez et préservez les raisons que j' ai déjà dites , que je ne voudrais pas répéter : c' est qu' il y a une telle différence de capacité militaire que les surpuissants peuvent détruire plusieurs fois la terre - permettez -moi de vous dire que c' est quand même un peu trop , y compris la première fois , enfin c' est comme ça ! - ils ont encore beaucoup de marge pour faire disparaître les armements inutiles , inutiles donc dangereux .

C' est sûr , je reconnais dans vos paroles l' écho de celles que je prononce mais comme je les prononce en dehors de vous , je ne vous accuserai pas de faire du psittacisme , de me répéter .

Non , justement c' est le bon sens qui commande : il est évident que le Conseil européen doit régler dans le détail des problèmes de certaines productions agricoles .

On a beaucoup discuté du colza , modes de productions du colza , des huiles végétales : tout cela est très important , mais quand même du niveau des ministres responsables et peut-être même des hauts fonctionnaires que vous évoquez .

Sauf qu' il y a , à l' heure actuelle , une perversion des institutions européennes : il faut que le Conseil européen soit là pour décider les grands choix et qu' il ne s' embarrasse pas des contradictions qui , en fait , l' empêchent de disposer du temps pour construire l' Europe ; seulement , il ne faut pas non plus exagérer le pessimisme : cela fait bientôt 7 ans que je prends part à ses débats et j' ai bien constaté qu' à 3 ou 4 reprises on piétinait , et puis qu' arrivait un moment où il prend son élan et où il aboutit .

J' espère que cela se passera comme cela .

Non : c' est une indépendance et une souveraineté entières .

La France n' a pas une base à Djibouti ; la France a des soldats des 3 armes à Djibouti par une libre disposition du gouvernement djiboutien .

Vous êtes un peu trop malins : je n' avais pas saisi , je pensais à une allusion .

Il faut m' expliquer parfois plusieurs fois pour que je comprenne .

Non pas du tout : cela n' a aucun rapport .

La Nouvelle-Calédonie relève de la République française ; Djibouti est un pays indépendant .

Si vous voulez que l' on continue cette conversation on pourrait en effet parler alors de l' avenir de la Nouvelle-Calédonie mais c' est un autre problème .

Le devoir du gouvernement et le mien , c' est de saisir ou de créer toutes les occasions d' accélérer ou de provoquer l' apaisement - ça , c' est notre devoir - il n' est pas d' exciter les antagonismes , d' aggraver des querelles qui finiront mal , il est de faciliter le dialogue .

Il est évident que des décisions comme celles qui viennent de frapper monsieur Yeweiné ou le cas échéant qui frapperaient monsieur Tjibaou , ne vont pas dans ce sens .

D' une façon générale , il faut bien penser que toute fraction de toute population qui dépend de notre décision doit être respectée .

Dans leur culture , leur identité culturelle , dans leur histoire , dans leurs intérêts économiques , la possession de la terre , les Canaques doivent être respectés ; il faut qu' ils le sentent .

C' est vrai qu' il faut sortir enfin en Nouvelle-Calédonie de l' époque coloniale ; il faut en sortir enfin !

Par la justice : il faut que les lois soient appliquées également pour tous ceux qu' elles doivent protéger .

Par la justice , par le sentiment d' égalité et par ce sentiment de respect .

Car si l' on devait aboutir à l' écrasement ou à la disparition d' une histoire et d' une culture représentées par une fraction de population , une ethnie ou un ensemble d' ethnies , alors la France aurait commis une grave faute et une grave faute contre elle-même .

Vous faites bien .

C' est l' histoire de la vie .

Il n' y a pas une seule décision importante dans les domaines importants de votre vie personnelle qui ne réponde à cette image .

Sur le plan politique , sur le plan national , c' est comme ça .

Alors vous m' avez parlé de Clemenceau ; je ne voudrais quand même pas que vous passiez si vite .

Clemenceau est un des hommes d' Etat que je voudrais voir produire en exemple plus souvent encore à l' intention des nouvelles générations : c' est un très grand personnage marqué par l' intelligence sans doute , par la culture mais surtout par l' énergie , le courage , la volonté farouche de servir son pays et de défendre un certain nombre de droits ; Clemenceau , vous le savez , a été l' un de ceux qui dans l' affaire Dreyfus , ont pris le parti de la justice : voilà un bel exemple .

Et c' est normal qu' un porte-avions comme cela , un si beau bâtiment , porte ce grand nom .

Alors vous voulez me faire venir sur cette histoire de candidature , vous tournez autour .

Est -ce que vous connaissez les autres candidats ? Vous pouvez m' informer ?

C' est très bien : vous m' apprenez cela à la fois .

Certains d' entre eux n' ont pas fait de déclarations officielles de candidature .

Moi , je suis Président de la République , j' exerce ma fonction ; dans l' état présent de mes réflexions , je ne me pose pas d' autres questions .

Je lui en suis très reconnaissant car c' est une preuve d' amitié et de confiance .

Je suis d'abord touché : je trouve que c' est très sympathique de leur part .

Ils ne m' ont pas consulté , donc je n' ai pas eu à leur dire " allez -y " , ou à essayer de les retenir , ce qui me laisse toute liberté dans mon propre engagement .

Non , mais quand elles sont amicales c' est sympathique .

Mais c' est vrai que les pressions de mes adversaires me posent plus de problèmes encore que les pressions de mes amis .

Mais vous savez , j' observe toujours une très grande distance à l' égard des choses .

Je suis Président de la République , j' ai des devoirs à l' égard du pays et cela va être une période un peu difficile entre le mois de janvier et le mois de mai : je dois , dans la mesure de mes moyens , veiller à ce que cela se passe bien , à ce que cela se passe le mieux possible .

Alors ne m' embarquez pas dans des discussions qui sont hors de saison .

Ne tournez pas comme cela .

Nous allons maintenant nous séparer ; j' ai été heureux de pouvoir vous rencontrer dans ces circonstances .

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