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Voyez -vous , monsieur le Premier ministre , ce que vous dîtes là , vous l' avez répété 100 fois depuis les 4 mois que vous êtes candidat à la Présidence de la République , vous l' avez répété partout , on l' a entendu sur toutes les ondes , vous l' avez souvent dit , au demeurant , pendant les 2 années où vous avez été le Premier ministre , le débat a eu lieu , on va maintenant opposer bilan à bilan ?

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F. Mitterrand - 28 avril 1988

Une campagne électorale ne permet pas tout .

De notre côté , la cohabitation a été voulue par le peuple et nous avons respecté sa volonté .

Pendant le temps qui nous a été donné , nous avons veillé aux intérêts de la France .

Bien entendu , cohabiter lorsqu' on vient de 2 majorités différentes , élues à des moments différents , cela suppose , comme on dit , une dialectique , une discussion .

Les points de vue ne sont , forcément , pas les mêmes .

Si l' on veut défendre les intérêts de la France , surtout sur le plan extérieur , et s' exprimer d' une même voix , il faut se mettre d'accord .

Bien entendu , sans renoncer à ce à quoi on croit le plus .

Et il faut veiller à trouver le chemin moyen qui reste absolument dans la ligne de ce qu' il convient de faire et , en même temps , compatible avec la pensée de chacun .

en tout cas , avec ma pensée , c' est ce que j' ai toujours voulu faire .

Ensuite , la campagne électorale s' est déroulée au cours de ces dernières semaines , on reprend une certaine liberté : il ne faut pas en prendre trop ! Je me suis présenté , m' a -t-on dit , assez tardivement .

Je pense m' être tenu comme il convenait de se tenir et je ne peux pas en dire davantage .

Il est normal que le débat ait lieu .

Ce qui m' a amusé , c' est la comparaison entre les 34 et les 36 où les Français ne se reconnaissent pas très bien .

Ils ont voté , dimanche dernier : 34 , un peu moins de 20 , un peu plus de 16 , c' est cela la réalité mais enfin je ne veux pas m' arrêter à ces détails , ce sont simplement des modes de calcul un peu particuliers .

Quant à l' anti-cohabitation , il ne faut pas mélanger avec le langage ancien .

c' est une tout autre affaire , cela dépend des hommes , de la façon dont ils parlent .

Si quelqu'un avait dû en profiter davantage , plutôt que monsieur Le Pen , cela aurait été monsieur Barre qui , il faut le dire , dès le premier jour , avec beaucoup de suite dans les idées , s' est opposé à ce choix-là .

or , vous n' avez pas prononcé le nom de monsieur Barre , vous avez prononcé le nom de monsieur Le Pen .

J' ai l' impression qu' il y a un peu de confusion dans cette affaire .

Moi , je n' ai rien à faire : je défends les idées que j' ai toujours affirmées , je ne m' adresse absolument pas à un parti politique particulièrement , notamment pas à celui-là dont les idées et les projets sont aux antipodes des miens , dans les domaines que je connais , je n' ai donc aucune raison de faire un appel particulier à ce public .

Chacun , chacune se reconnaîtra à sa guise , les électeurs sont libres de s' exprimer .

Le phénomène , le Front national , s' explique par bien des raisons et , sans doute , par un malaise profond de millions de gens qui se sentent malheureux ou angoissés ou anxieux pour des raisons multiples que nous aurons , sans doute , l' occasion d' analyser .

Mais il me semble - il convient d' avoir une position claire - que ce qu' il faut récuser , c' est l' idéologie et le programme politique d' un parti comme celui -ci , il ne faut pas être complaisant et j' espère - je n' ai pas toujours eu ce sentiment - que monsieur le Premier ministre ne sera pas complaisant .

Mais il ne faut pas être complaisant , il faut récuser l' idéologie , il faut la dénoncer .

Quant à ceux qui adhèrent , c' est une autre affaire , je crois qu' il faut surtout entendre et comprendre la demande sociale qu' ils expriment .

Il ne faut pas être sourd .

Naturellement , si on est sourd aux problèmes fondamentaux de la vie quotidienne dans la ville , des inégalités sociales , alors , on encourage ce mouvement .

Je crois qu' il faut être très ferme sur les principes , très ouvert sur la demande mais il ne faut pas faire de concessions à la démarche de ce parti .

N' avons -nous pas pris un peu d' avance sur les débats que vous aviez prévus car vous m' aviez dit initialement ... que vous décomposiez notre entretien entre plusieurs parties et celle -ci - l' immigration et les problèmes de société - était repoussée à plus tard tandis que certains problèmes économiques et sociaux venaient un plus tôt mais pas maintenant .

Moi , je veux bien répondre tout de suite , ce n' est pas un problème , je ne suis pas formaliste .

Monsieur le Premier ministre a sorti , tout de suite , non pas tout son sac , pas vidé entièrement , je ne le pense pas , mais il est parti à l' assaut , c' est assez dans son tempérament ; moi , j' ai le mien et j' aime bien voir les choses telles qu' elles sont .

D'abord , je tiens à dire que se sont glissées quelques petites erreurs dans l' analyse du Premier ministre .

L' insécurité a commencé de baisser - là , j' ai le document officiel qui me vient de vos services - à partir de 1985 et non pas à partir de 1986 , c'est-à-dire sous le gouvernement de monsieur Fabius , un gouvernement socialiste , et pas sous le vôtre .

Ensuite , stopper la dégradation , cela s' est produit 2 fois , bien peu , il faut le dire .

Il faut connaître cette histoire du chômage , n' est -ce pas .

Lorsque vous êtes devenu Premier ministre de monsieur Giscard D' Estaing , il y avait déjà 400000 chômeurs , vous avez doublé le chiffre - cela est passé à près de 800000 - puis , monsieur Barre est devenu Premier ministre , il a été votre successeur , il a condamné avec beaucoup de vigueur votre expérience ; malheureusement , lui aussi , il a doublé le chiffre .

C' est passé au double , c'est-à-dire entre 1700000 et 1800000 .

Et puis , pendant les 5 ans , de ce que vous appeliez " le quinquennat actif " - je souriais aussi en entendant cette expression - on a monté de 700000 : la proportion était moindre mais , de toutes manières , je ne renverrai la balle à personne , nous avons tous échoué dans notre manière d' aborder le chômage parce que on a mis la charrue devant les boeufs .

On y viendra certainement tout à l' heure .

Depuis mars 86 , vous avez fait entre 80000 et 100000 chômeurs de plus .

Il y a eu 2 crans d' arrêt : l' un qui était en 1985 , pendant 6 mois - toujours au temps de monsieur Fabius - et , depuis quelques mois - enfin , l' avant-dernier mois a été mauvais , le dernier est bon - avec vous .

En réalité , monsieur le Premier ministre , on ferait peut-être mieux de dire que , dans la lutte contre le chômage , il y a eu continuité , continuité dans l' échec , que le chômage a continué de s' aggraver .

Ce qui m' intéresse , moi , maintenant , c' est de savoir ce que je ferai après le 8 mai , c' est de quelle manière je pourrai , enfin , mettre un terme à cette dégradation de l' emploi comme vous avez si bien dit tout à l' heure .

Quant aux immigrés , j' y viendrai tout à l' heure parce que je ne veux pas épuiser tout mon temps , je veux simplement dire qu' il n' y a eu aucune complaisance à l' égard des immigrés .

Quant aux décrets Bérégovoy , j' espère aussi que vous nous renverrez la balle pour me permettre de répondre .

C' était pire avec vous ! Vous avez doublé .

ah oui ! c' est cela ! Vous voulez éviter le passé lorsqu' il est lourd !

Très bien !

Non , c' est inexact !

Je le démontrerai .

Je voudrais tout de même faire une observation de caractère général avant d' aborder le détail , si je peux appeler cela un détail ( moi , ce n' est pas un mot que je dis facilement , je l' ai entendu il n' y a pas longtemps sur les places publiques ) .

Voyez -vous , monsieur le Premier ministre , ce que vous dîtes là , vous l' avez répété 100 fois depuis les 4 mois que vous êtes candidat à la Présidence de la République , vous l' avez répété partout , on l' a entendu sur toutes les ondes , vous l' avez souvent dit , au demeurant , pendant les 2 années où vous avez été le Premier ministre , le débat a eu lieu , on va maintenant opposer bilan à bilan ? Mais les Français ont jugé , ils ont jugé le 24 avril , c'est-à-dire qu' il y a entre 19 et 20 % de Français qui ont estimé que vous aviez raison et puis les autres ont pensé que vous aviez tort .

Quand vous aurez dit , vous , que les socialistes ont tout raté et quand j' aurai répondu que vous avez tout raté , en quoi aurons -nous fait avancer les affaires de la France ? En quoi les Français auront -ils une perspective intéressante à partir du 8 mai ? Je me permets de vous conseiller de ne pas tomber dans ces schémas un peu trop simplistes .

Il faudra dans ce cas-là , monsieur le Premier ministre - si jamais l' éventualité assez fragile qu' il a évoquée se produisait , c'est-à-dire de rester au pouvoir - il faudrait vraiment qu' il fasse des progrès , qu' il change un peu les manières de faire , le sectarisme ; il faudrait qu' il en finisse avec l' Etat RPR qui s' est installé d' une façon insolente : vieille tradition , d'ailleurs , qui a été relevée par d' autres partis de droite .

Je dis de " droite " : pardonnez -moi , mais enfin c' est l' expression qu' avait employée monsieur Pasqua lorsqu' au soir du 24 avril , il a dit - non pas 36 , non pas 19 ou 20 , mais 51 - il y avait 51 % de voix de droite : il a effacé toute distinction entre les centristes , le RPR et le Front national .

Je reviens là-dessus : si vous dites solennellement , aujourd'hui , " plus de chasse aux sorcières " , c' est très bien , c' est une bonne intention , il faudra que les futurs gouvernements la prennent à leur compte .

Mais vous avez tout mêlé .

Valence pas condamné : mais , écoutez , il ne faut pas avoir des lectures à trous .

si vous aviez lu très attentivement le journal " Le Monde " que vous venez de citer , vous auriez vu un grand titre , en première page .

Le Congrès de Valence s' est tenu pendant que j' étais au Mexique , pour la conférence de Cancun , et quand je suis revenu , accueilli par les journalistes , très ému , dès ma descente d' avion , j' ai dit , " ce n' est pas cela qu' il faut faire : il ne faut pas essayer de diviser les Français et certaines expressions excessives de mes amis : eh bien , ils ont eu tort " .

Cela figure en première page .

Je n' ai jamais parlé autrement à mes amis que j' approuve souvent et qu' il m' arrive de désapprouver .

Donc là votre information est inexacte ou bien vous avez voulu transmettre à l' opinion publique qui nous écoute un message erroné , volontairement erroné .

De même que vous avez dit , vous avez encouragé - vous , les Socialistes - à investir l' Etat , en citant madame Nicole Kern , journaliste du " Figaro " , honnête femme et honnête journaliste mais qui est , tout de même , la seule à avoir entendu , parmi les 40 journalistes qui se trouvaient être avec moi , l' expression que vous venez de relever .

évitons ce genre , si vous voulez , d' attaque personnelle .

Politiquement , j' estime que " l' Etat RPR " est un grand danger .

Il est ressenti par beaucoup d' autres que par moi .

C' est l' accaparement de l' Etat et je pourrais le démontrer .

Vous avez fait une petite incursion sur l' information .

C' était vraiment extraordinaire d' entendre cette démonstration sur l' information .

La manière dont la CNCL s' est installée , la manière dont elle a été composée , les nominations auxquelles elle a procédé : tout cela a montré une main mise de caractère totalitaire - je n' hésite pas à employer ce mot - sur les moyens de l' information .

Allez donc dans un département d' outre-mer et jugez RFO .

Je ne veux pas faire de distinction - c' est insupportable ! - mais je pense qu' après le 8 mai - car c' est la seule chose qui m' intéresse , c' est la seule chose - tout ce qui s' est passé là .

je ne veux pas critiquer votre gestion , vous passez votre temps à critiquer la mienne , cela ne m' intéresse pas ! C' est après le 8 mai , ce qui est intéressant .

Les Français attendent leur avenir immédiat , c' est dans quelques jours .

Je voudrais vraiment qu' il soit entendu que nous allons faire triompher quelques principes de liberté qui ont été bafoués au cours de ces derniers temps .

Sauf madame Cotta , ici présente , qui l' a écrit dans un ouvrage en disant que l' Elysée n' avait fait aucune pression .

Je vous ai observé pendant 2 ans , vous me donnez là un bien mauvais exemple mais je ne vais pas m' engager davantage .

moi , je vous appelle , je ne fais aucune observation particulière sur votre façon de vous exprimer , vous en avez le droit .

moi , je continue à vous appeler " Monsieur le Premier ministre " puisque c' est comme cela que je vous ai appelé pendant 2 ans et que vous l' êtes .

Eh bien , en tant que Premier ministre , j' ai constaté que vous aviez , et c' est bien juste de le dire , de très réelles qualités , vous n' avez pas celles de l' impartialité ni du sens de la justice dans la conduite de l' Etat .

Mais vous avez tout à fait raison , monsieur le Premier ministre .

J' ai déjà répondu à cela mais il est tout à fait normal que je le fasse pour ce grand rendez-vous : élu et proclamé , c'est-à-dire quelques jours , tout de même , après le 8 mai , je nommerai un Premier ministre si , toutefois , l' actuel Premier ministre que j' ai devant moi et qui l' est encore , démissionne .

C' est la tradition républicaine .

Mais en droit strict , constitutionnel , le Premier ministre ne peut quitter son pouvoir , son poste , sa fonction qu' à la demande de l' Assemblée nationale .

On verra si la tradition républicaine est respectée .

En tout cas , je m' en arrangerai .

Quand j' aurai la possibilité de nommer un Premier ministre , je le nommerai , le plus tôt sera le mieux , pour respecter la volonté des Français , et je le chargerai de former un gouvernement sans m' occuper davantage de l' Assemblée nationale qui fera ce qu' elle voudra .

Bien entendu , ce Premier ministre aura pour directive de présenter une équipe de gouvernement capable de représenter une large majorité des Français , de façon à se trouver à l' aise devant les électeurs qui se seront prononcés en ma faveur .

Il appartiendra à l' Assemblée nationale de faire ce qu' elle voudra et le Premier ministre me dira : " Je peux poursuivre la tâche que vous m' avez confiée " ou " je ne le peux pas " .

S' il ne le peut pas , je dissoudrai l' Assemblée nationale .

Je veux unir et rassembler , comme je l' ai dit dimanche soir , autour des valeurs démocratiques et pas au-delà de mes propres convictions .

Vous disiez , " il n' y a pas d' incertitude " .

il y en a une , monsieur le Premier ministre , une très grave , la plus difficile à franchir , c' est votre élection .

Vous avez donc dessiné , ici , une politique fiction en négligeant peut-être les séquelles d' une campagne électorale qui , dans votre camp , a été très durement ressentie .

En tout cas , pour ce qui me concerne , j' ai dit ce que je ferai : je chercherai là comme ailleurs à réunir les Français autant qu' il est possible , sans aucune complaisance avec quiconque qui ne respecte pas les valeurs démocratiques auxquelles je tiens .

Ces 2 dernières informations ne sont pas parvenues jusqu' à moi - personne ne m' a parlé d' un médiateur , ce n' est pas une mauvaise idée - mais le chef du gouvernement ne m' en a pas saisi .

Pas davantage , il ne m' a saisi d' une dissolution éventuelle du mouvement indépendantiste des Canaques , de telle sorte que ce sont 2 questions auxquelles je ne puis répondre .

J' ajoute que s' il me le demandait , mais je vais être loin puisqu'il ne me l' a pas demandé , cela mériterait qu' on en parle sérieusement au vu d' un dossier , des connaissances exactes de la situation .

Ce qui compte , aujourd'hui , je veux dire à la minute où je m' exprime , c' est la libération des gendarmes et du magistrat qui sont , aujourd'hui , retenus en otage , ce qui n' est pas , pour nous , supportable .

Il est , d'ailleurs , de mon devoir de rendre hommage au courage et au sens du service public de ceux qui ont été victimes de cette action .

Donc , ce qui compte tout de suite , c' est de les délivrer mais ce qui compte , toujours , aujourd'hui et demain , c' est le dialogue .

Or , le gouvernement a choisi la brutalité , a choisi d' ignorer la moitié à peu près de la population .

Moi , je choisis le dialogue et , après le 8 mai , puisque c' est cela qui m' intéresse , je ne cherche pas à régler des comptes ni avec monsieur le Premier ministre ni personne , tout cela est dépassé , le peuple a jugé , je le répète , le 24 avril .

Il y avait le calme avant mars 86 .

Les élections régionales , les élections législatives s' étaient déroulées avec la participation de tous et dans le calme .

On a oublié que le dialogue était la règle de la République , il faut retourner au dialogue avec toutes les parties prenantes de la Nouvelle-Calédonie .

J' aurais pu vous demander de continuer la lecture de ma lettre .

Vous auriez vu que je considérais , moi aussi , qu' il ne fallait rejeter ni les uns ni les autres et que c' était la République française qui pouvait et qui devait être l' arbitre dans ce conflit que votre politique a malheureusement aiguisé et aggravé par son injustice et son intolérance .

Nous avons assisté , nous assistons , actuellement , et c' est dramatique , à l' échec absolu de votre politique et je serai là , je l' espère , après le 8 mai , pour que les Français raisonnables défendent la République et toutes les communautés sans exception , sans rejeter personne en Nouvelle-Calédonie .

Je veux dire très rapidement que la Nouvelle-Calédonie en l' espace d' un siècle a connu de nombreuses crises dont certaines ont été plus tragiques encore que celles que nous vivons actuellement .

Le problème s' est posé de telle sorte que sous le septennat de monsieur Giscard D' Estaing , à 2 reprises , des ministres responsables ont voulu transformer les structures de ce lointain territoire , en constatant ce que j' ai constaté , à savoir qu' on ne pouvait assurer l' harmonie dans l' injustice et l' oppression .

Il faut que chacun , là-bas , se sente en sécurité , il faut que la culture d' origine soit respectée , il faut que les terres ne soient pas confisquées au bénéfice de quelques-uns .

Il y a des fortunes immenses qui se sont bâties là-bas en face de la pauvreté .

Cela a aiguisé les oppositions et la façon dont vous me disiez " l' ordre règne " me faisait penser à une phrase fameuse , mais il s' agissait de Varsovie .

je m' arrête là .

Arrêtons les paradoxes et continuons .

Je préfère ne pas avoir parlé une minute et demie de plus pour dire des choses aussi irréelles et aussi injustes que celles qui viennent d' être énoncées .

Ce n' est pas un drame !

Je ne me permettrai pas de juger .

Pour ce qui me concerne , c' est un engagement très ancien , certains diront " trop ancien " car j' ai été l' un des premiers fondateurs , à la deuxième guerre mondiale , des institutions européennes .

à cela près que j' étais un modeste député très jeune et que je regardais , en les admirant , agir des hommes comme Monnet , Schuman , Adenauer , Gaspéri et quelques autres .

C' est vrai qu' aujourd'hui monsieur le Premier ministre est très européen dans son discours .

c' est vrai qu' il y est arrivé tardivement mais il est le bienvenu .

Je me souviens du temps où il disait , c' était en 79 , j' ai la citation sous les yeux , " sur l' Europe , ce qui nous sépare de l' UDF est incomparablement plus profond ce qui nous unit " , ou bien : " il y a bien 2 thèses fondamentalement différentes sur l' Europe , l' une gaulliste qui consiste à construire l' Europe avec la possibilité de dire " non " et l' autre qui a toujours été celle des centristes et qui est l' Europe au détriment des intérêts de la France " .

Ou bien " je veux bien qu' on élise le Parlement européen au suffrage universel mais à condition que cette Assemblée n' ait aucun pouvoir car cette réunion de bavards irresponsables ne fera pas progresser les choses " .

Puis , enfin , il y a le fameux appel de Cochin dans lequel , alors que monsieur Giscard D' Estaing était Président de la République , il était dénoncé , sous cette forme , " comme toujours quand il s' agit de l' abaissement de la France , le parti de l' étranger est à l' oeuvre avec sa voix paisible et rassurante .

Français , ne l' écoutez pas , c' est l' engourdissement qui précède la paix de la mort " .

Tout cela , ce conflit qui était un peu exagéré dans les propos de l' actuel Premier ministre , s' adressait à monsieur Giscard D' Estaing à propos de l' Europe .

En fait , le Premier ministre a été jusqu' à une époque récente toujours contre tout ce qui concernait le développement de l' Europe .

Voilà qu' aujourd'hui on le compte parmi les plus ardents , j' en suis très heureux , et comme je pense qu' il faut , dans ce domaine , multiplier les occasions de se retrouver pour que la France soit forte dans l' Europe unie , et la France unie dans l' Europe plus forte , je ne négligerai pas le concours de monsieur le Premier ministre lorsqu' il sera redevenu homme politique toujours actif , sans aucun doute , mais , je l' espère , éloigné de la direction de la politique française .

On verra bien ! n' ayons aucune présomption , je n' en ai pas .

ce sera de toute manière très difficile et pour vous et pour moi .

Vous avez raison de vouloir réussir , voilà un point sur lequel nous nous retrouvons et je ne voudrais pas que ce débat se déroule simplement dans la contradiction .

Je voudrais aussi que l' on constate qu' il y a des continuités .

les continuités sont nécessaires : l' histoire de France est faite de cela .

peut-être avez -vous un jugement injuste , même sûrement , lorsque vous dites , " on n' a rien fait pendant ces 5 années-là " alors que , succédant à monsieur Giscard D' Estaing qui avait accompli des réformes très importantes que j' avais approuvées alors que je condamnais généralement le reste de sa politique .

Il avait fait : le Conseil européen , où siègent les chefs d' Etat et de gouvernement .

il avait fait procéder à l' élection du Parlement européen au suffrage universel .

Il avait fait adopter le système monétaire européen , entre autres choses .

Voilà 3 mesures capitales qui ont fait avancer l' Europe après un long purgatoire pendant lequel l' Europe avait été mal servie par la France .

Sous mon autorité , la France a procédé à l' élargissement de la Communauté , à l' Espagne et au Portugal : ce n' était pas facile .

J' ai pris l' initiative , et vous le savez , de l' Europe technologique autour du projet Eureka qui dépasse , d'ailleurs , la Communauté puisque 18 pays , les 12 de la Communauté et 6 autres , participent aujourd'hui - et c' est une grande réussite - à la construction d' Eureka , Europe technologique .

et , enfin , j' ai fait prendre la décision - je n' étais pas seul , avec Jacques Delors , avec le Chancelier Kohl - du fameux marché unique , du grand marché européen qui est l' étape la plus décisive depuis le traité initial qui , comme vous le savez , en 1957 , s' appelait le traité de Rome .

C' est ce marché unique , ce grand marché auquel nous nous appliquons tous , tous les Français responsables , pour que la France y parvienne dans les meilleures conditions possibles .

Voilà , c' est une action dont je ne voudrais pas me flatter .

disons que je me suis situé dans la continuité de la politique française et j' aime ce mot lorsqu' il s' agit de la France .

Je vous entendais avec plaisir , tout à l' heure , évoquer cette magnifique perspective , qui n' est pas un mirage , d' un homme dans l' espace , d' un homme européen dans l' espace , avec un matériel européen .

Cela me rappelait le moment où à La Haye - lors d' un Sommet européen mais j' étais allé faire un discours à côté devant des Européens - où j' ai préconisé précisément le lancement d' un satellite orbital qui pourrait être habité par un équipage .

C' est à partir de là que l' Europe technologique s' est attaquée à ce problème , pour ne pas être à la traîne , disons les choses , des Américains .

Là aussi , il y a une certaine continuité : vous voulez bien vous réjouir d' une initiative qui a été , je le crois , en effet , importante .

J' ai moins tendance à sourire lorsque vous parlez de la réussite de votre politique économique et lorsque vous parlez des exportations .

Ce sont surtout les exportations de produits industriels , comme on dit , manufacturés , qui représentent la puissance économique d' un pays .

Or , en 1985 , nous avons eu un excédent de 90000000000 de produits manufacturés et , en 1987 - ce sont les derniers comptes annuels de la nation qui viennent de le dire , document officiel - vous avez atteint , avec moins 11000000000 , le plus grave déficit de produits industriels ou manufacturés depuis 1969 .

vous avez battu le record depuis 1969 .

Naturellement , si on commence comme cela , avec le dernier mois qui a été très détestable vous le savez , plus de 5000000000 de déficit , naturellement , si on s' engage dans l' Europe comme cela , on s' y cassera les reins .

Il faut donc que toutes les forces économiques françaises parmi lesquelles je compte notre qualité de travail par les travailleurs eux-mêmes , se mettent à l' ouvrage pour réussir la place de la France dans l' Europe .

Enfin , vous avez parlé , tout à l' heure , de l' inflation en vous réjouissant du point où vous en étiez arrivé , c'est-à-dire environ 2,5 % d' augmentation seulement .

C' est une réussite par rapport aux années précédentes : c' était 3 % en 1986 , c' était près de 14 % lorsque je suis arrivé à la Présidence de la République en 1981 .

Il y a eu véritablement une courbe qui tombe vers le bas - et cette fois -ci , on peut dire vers le bas avec joie - que vous avez poursuivie .

J' y vois encore une réussite à travers 7 , 8 et 9 ans .

C' est bien , il faudrait continuer .

Je ne veux pas poser les problèmes qui nous opposent d' une façon générale - il suffit de vous entendre - toujours en termes de rupture .

Il faudra continuer , après le 8 mai de cette année , une politique anti-inflationniste .

Rappelez -vous que vous avez dû quitter , vous-même , le pouvoir en 1976 , vous avez cédé la place à monsieur Barre parce que vous aviez échoué dans votre lutte contre l' inflation et monsieur Barre vous avait condamné , à cette époque , très sévèrement .

On ne va pas revenir là-dessus .

on condamne ceci , on condamne cela : vous avez condamné mon action , je pourrais condamner la vôtre .

Je vais reprendre le même raisonnement : quand vous aurez expliqué que les gouvernements socialistes ont échoué , quand j' aurai expliqué que votre gouvernement a échoué , en quoi aurons -nous fait avancer les affaires de la France ? Et je souhaite que , pour ce qui reste de notre entretien , nous puissions vraiment aborder l' avenir en disant : " à partir de ce fameux 8 mai , même un peu plus tard , que va -t-on faire ? La politique que je préconiserais serait une politique pour la France .

je n' ai pas imposé d' opinion sectaire , croyez -le et la France s' est trouvée mieux dans l' Europe , à la fin de mon mandat , c'est-à-dire maintenant , qu' elle n' y était auparavant .

Il me semble que nous avons rendez-vous dans quelques minutes pour parler de cela , non pas spécialement de l' Europe mais de la politique économique .

Ce que l' on peut dire , c' est que l' analyse économique , anti-romantique qui vient d' être exprimée par monsieur le Premier ministre , est totalement contestée , y compris au sein , comment disiez -vous ? de vos 36 pour 100 , puisque j' ai bien lu , avec attention , les interviews de monsieur Barre sur le même sujet , notamment au journal " Les Echos " , dans lesquels il conteste absolument la réalité de vos propos .

Deuxièmement , tout de même , tirer matière à réjouissance là encore , le paradoxe ne peut pas abuser les Français , du fait qu' il y avait en 85 , 90000000000 d' excédents de produits industriels , de vente de produits industriels , que nous en sommes arrivés au point que dans le document des comptes annuels de la nation , il est dit que , malgré la réussite de l' agro-alimentaire et malgré la baisse de la note des produits pétroliers - cette note a baissé de 100000000000 au cours de ces 2 dernières années - nous avons tout de même trouvé le moyen de tomber à moins 10000000000 , exactement 11 .

Ceci veut dire qu' en l' espace de 3 ans , nous avons une chute de 100000000000 dans nos produits manufacturés avec 100000000000 de moins à payer sur le plan énergétique , c'est-à-dire sur le plan pétrolier .

C' est un échec et un échec grave .

votre explication - c' est parce que , c' est parce que ... - il n' empêche que si vous deviez continuer cette politique , ce serait très fâcheux pour notre avenir .

Vous me dites : " et vous , que voulez -vous faire ? " , vous avez tranché les questions , " vous , c' est un échec " .

Si vous devez expliquer que tout est échec , notre discussion va tourner en rond .

Nous avons préparé la liberté des changes , la liberté des prix - on en était à 78 % en mars 1986 - et nous savons bien qu' au sein de l' Europe , il faut que toutes les frontières tombent .

Quand j' ai engagé la France dans le grand marché , je savais bien , c' était ma proposition , que désormais nous nous battrions dans le bon sens du terme avec nos concurrents de l' Europe , nos 11 partenaires , à égalité , sans aucune protection .

Voilà ma politique : je veux engager la France dans l' Europe , en acceptant la concurrence et la compétition avec , bien entendu , la volonté de la gagner .

Non , sûrement pas !

Non , j' ai déjà dit " non " parce que je pense qu' on ne peut pas faire un remue-ménage permanent .

Rien toucher à quoi ?

Que voulez -vous dire par là ?

Combien ?

Non .

Les sociétés nationalisées par nous ont été reçues avec des pertes et nous les avons restituées avec des gains et vous les vendez 3 fois plus cher .

En fait , parlons clair , les prélèvement obligatoires qui représentent la somme des impôts et des cotisations sociales ont constamment augmenté depuis 1974 de près de 1 % par an , jusqu' en 1985 - date à laquelle il y a eu légère baisse - c' est la seule fois que cela s' est produit .

Au cours de cette période , près de 1 % de plus par an .

Allez demander aux Françaises et aux Français de distinguer entre ceci et cela ! Eux savent ce qu' ils paient : impôts plus cotisations sociales ; près de 1 % de plus chaque année , il fallait casser cette infernale mécanique et je l' ai cassée en 1985 .

Malheureusement , elle a repris de plus belle après 86 puisque vous venez de battre le record absolu de la charge fiscale et sociale en 1987 avec le pourcentage par rapport au produit intérieur brut de 44,8 .

Personne , si j' ose dire , n' a jamais fait mieux , en tout cas , personne n' a fait plus .

Pour ce qui concerne les impôts , il est exact que vous les avez réduits mais vous n' avez pas réduit les charges que supportent les ménages , ce sont des charges qui restent très lourdes .

Et quant aux impôts , vous avez redistribué environ 50000000000 de Francs : 15 de ces milliards sont allés vers les 120 à 130000 personnes les plus riches de France ; les 35 autres milliards sont allés aux 23000000000 de foyers fiscaux qui vont des foyers importants jusqu' aux plus modestes .

Comme ce sont les plus modestes qui ont payé des cotisations sociales , en fait , 120 à 130000 personnes ont reçu des cadeaux : suppression de l' impôt sur les grandes fortunes , avoir fiscal sur les dividendes porté à 69 pour 100 , tranche maximum de l' impôt sur le revenu baissée de 65 à 56 et quelques pour 100 , que vous voulez d'ailleurs réduire encore à 50 pour 100 .

Bref , il n' y a que 120 à 130000 personnes qui peuvent se réjouir de votre politique .

Toutes les autres , vous entendez , toutes les autres , en dépit de la réduction d' impôt , ont payé plus .

C' est pourquoi , nous en sommes arrivés à ce record absolu que vous venez de battre , un très fâcheux record , celui des 44,8 % du produit intérieur brut qui a été constaté par tous les documents officiels .

Donc , de ce point de vue , me parler des impôts sous forme d' allègements pour les individus , permettez -moi de vous dire que votre calcul n' est pas juste , les prélèvement obligatoires sont plus lourds qu' ils n' ont jamais été .

Je suis navré de m' attarder là-dessus : entendons -nous pour dire qu' après le 8 mai , il faudrait que les charges diminuent en commençant par les impôts - très bien - en commençant par les impôts .

vous ne pourrez pas faire exactement tout ce que vous dites - d'ailleurs , en aurez -vous les moyens ? - mais personne ne pourra réduire de 1 % chaque année , en tout cas , il faut aller dans ce sens , de ce point de vue , nous avons raison tous les 2 .

Je voudrais répondre d' un mot .

Oui , d'abord , sur l' injustice fiscale , je ferai observer - exemple et contre-exemple - 2 cas : un couple marié et 2 enfants , patrimoine : 10000000 de Francs , revenu 100000 Francs par mois .

Le bilan , gain fiscal pour cette famille : 70000 Francs .

Cas numéro 2 : couple marié , 2 enfants , son revenu n' est pas imposé .

Il ne reçoit que 5000 Francs par mois et ce contribuable là paiera 920 Francs de plus .

Vous avez dit : ce sont les travailleurs - ça me paraissait extraordinaire votre phrase - qui paieront les pots cassés de l' impôt sur les grandes fortunes .

Nous continuons vraiment à vivre sur d' étranges nuages ! Ce que je veux vous dire , c' est que ce n' est pas vrai , ce n' est pas exact que l' impôt sur les grandes fortunes soit plus cher qu' en Allemagne , il est nettement moindre .

ce n' est pas exact .

deuxièmement , il y a 5 pays de l' Europe , de la Communauté , qui ont un impôt du même ordre : l' Allemagne fédérale , nous en avons parlé , le Danemark , l' Espagne , le Luxembourg et les Pays-Bas - donc , nous ne sommes pas isolés -et la comparaison des taux permettra à nos entreprises de supporter fort bien la concurrence .

J' ajoute , enfin , que vous avez parlé des chats et des chiens - moi aussi je les aime beaucoup , d'ailleurs nous avons des chiens de la même espèce et Dieu sait si l' on s' y attache ! - alors - je ne peux pas vous répéter ce que j' avais entendu naguère - vous n' avez pas le monopole du coeur pour les chiens et les chats : je les aime moi aussi .

Mais lorsque la TVA a été effectivement augmentée par le gouvernement Mauroy , d' un point en moyenne , de 17 à 18,5 , il y a eu baisse correspondante sur les produits alimentaires , c'est-à-dire les produits de première nécessité pour les humains .

Non .

En somme , je propose un revenu minimum garanti pour les plus pauvres .

et vous proposez un revenu maximum pour les plus riches .

vous avez bien raison .

Ceux qui nous écoutent auront corrigé d' eux-mêmes les appréciations de monsieur le Premier ministre et je ne dispose pas du temps nécessaire pour répondre point par point .

Ce que je veux dire , c' est qu' il y a 4 manières de s' attaquer à ce problème et Dieu sait si nous sommes tous dans l' obligation absolue de pouvoir y répondre , 4 formes d' investissement .

premièrement un investissement éducatif : vous ne moderniserez pas nos entreprises , elles ne deviendront pas plus compétitives , si vous ne formez pas davantage , si nous ne formons pas davantage , si la France ne forme pas mieux ses jeunes .

Si elle ne les forme pas mieux pour aborder , ensuite , leur métier , c'est-à-dire la formation professionnelle et l' enseignement technique .

Ca commence là .

En même temps , si vous ne développez pas la recherche , c'est-à-dire si vous n' avez pas les moyens par la science et la technique de fabriquer l' instrument , c'est-à-dire les machines , capable de supporter la concurrence américaine ou japonaise ou bien de quelques autres pays .

deuxièmement , un investissement économique .

troisièmement , l' investissement social , économique , je pense que certaines exemptions fiscales , puisque l' on en a parlé , seraient bien utiles ou des crédits d' impôt , chaque fois qu' une entreprise réinvestit ses bénéfices chez elle , plutôt que de dissiper ses bénéfices ailleurs .

L' investissement social , ça veut dire simplement qu' il n' y aura pas de progrès économiques s' il n' y a pas de cohésion sociale , si ce mouvement en avant n' intéresse pas tous les travailleurs à quelque niveau qu' ils soient , ils souffrent vraiment d' injustices .

quatrièmement la dimension européenne : la dimension européenne nous permettra , sans aucune doute , si nous réussissons , si l' Europe réussit , de développer le travail et l' emploi dans des fortes proportions .

Vous vous répétez là et je conteste vos propos mais je laisse , une fois de plus , ceux qui m' écoutent les rectifier d' eux-mêmes dans leur vie quotidienne , dans ce qu' ils voient autour d' eux .

Vous savez , cela revient souvent au même , il faut augmenter les crédits de l' éducation nationale , d'abord .

Bien entendu , il faudra beaucoup d' autres conditions .

J' ai prévu qu' en 1992 , il devrait y avoir 15 à 16000000000 de plus consacrés à l' éducation nationale , étant entendu que la progression qui nous conduira de 1988 à 1992 , représentera environ une quarantaine de milliards .

C' est indispendable , c' est la priorité absolue aux 3 destinations essentielles : la revalorisation de la fonction enseignante .

Il faut penser à nos enseignants , dont la qualité est grande mais qui ont besoin d' être soutenus .

Il y a l' amélioration de l' instrument : nos écoles , nos universités sont souvent , souvent , pas toujours , souvent dans une situation matérielle très triste .

Enfin l' essentiel : il faut diversifier les formes d' enseignement pour que toutes les technologies compétitives , pratiquées par le monde , puissent être enseignées à nos enfants .

Voilà le premier point que je puis vous dire pour ne pas dépasser mon temps .

Mais la liberté de choix n' a jamais été contestée par personne .

Permettez -moi de vous dire qu' après la loi Guermeur , c' est l' enseignement public qui s' est trouvé désavantagé sur ce plan là par rapport à l' enseignement privé .

Mais vous semblez un peu tenté de raviver une querelle qui nous a fait beaucoup de mal , pas depuis quelques années , depuis près d' un siècle et demi .

Vous savez très bien à quel point a pesé sur l' histoire de la France le conflit scolaire .

La célèbre loi Falloux qui tentait de réparer , selon son auteur , ce qui avait été fait sous l' Empire et l' université laïque et puis la réaction qui s' est produite avec les lois de Jules Ferry .

La naissance des instituteurs modernes autour de l' école publique , l' école primaire .

Le conflit a rebondi après la deuxième guerre mondiale , mais moins vivement dans la mesure où dans les 2 guerres les Français s' étaient reconnus .

Les 2 traditions sont toutes les 2 respectables et l' enseignement public se sentait offensé par la manière dont il était traité en face de l' enseignement privé , d' où cette réaction et ces exigences .

Mais cette revendication n' est pas majoritaire et , en 1984 , j' ai , avec le ministre Jean-Pierre Chevènement , apaisé le conflit , assez de temps , en tout cas , pour qu' il ne connaisse aucun rebondissement depuis cette époque .

Pourquoi voulez -vous raviver cette dispute profonde , puisqu'elle est souvent de caractère spirituel .

Quand je parle d' unir les Français , ce n' est pas en commençant par chercher à les diviser , là où le point est le plus sensible , c'est-à-dire la croyance en soi-même et dans la transcendance .

En tout cas , je parle de l' école privée , lorsqu' elle est d' essence spirituelle mais il y a beaucoup d' écoles privées qui sont simplement des écoles commerciales , mais , enfin , vous comprenez ce que je veux dire !

Il faut d'abord distinguer , c' est un problème qui a été vraiment exagéré et compliqué à plaisir .

Il y a plusieurs catégories de personnes visées par le débat actuel .

Il y a d'abord ceux qui ne sont pas des immigrés , qui sont des enfants d' immigrés , qui sont des enfants d' immigrés et qui sont nés sur notre sol .

Ceux-là ont vocation ... ils sont Français , sauf s' ils en décident autrement à l' âge de 18 ans .

Il y a , ensuite , les naturalisés ; ce sont les immigrés qui désirent devenir Français , là l' administration étudie leur cas et il aboutit à reconnaître le droit à la naturalisation , selon son propre rythme .

Je n' insiste pas .

Et puis il y a les immigrés - ceux qui n' ont pas envie de devenir Français , qui veulent rester attachés à leur pays d' origine - de 2 catégories : il y a les clandestins , et il y a ceux qui sont reconnus parce que ils ont un contrat de travail et une carte de séjour .

Ceux qui sont clandestins , il n' y a qu' une seule loi possible : il faut - c' est malheureux pour eux mais c' est la nécessité - qu' ils rentrent chez eux et les dispositions doivent être prises , et elles ont été prises pour ceux-là , pour qu' ils rentrent chez eux .

Et puis il y a ceux qui sont là avec leur contrat de travail et leur carte de séjour .

Puisqu'il y en a trop , ce que je sais c' est que dans les années qui ont précédé 81 , il y a eu une formidable aspiration à faire venir chez nous des immigrés - sans doute pour les payer moins bien que les autres , moins bien que les travailleurs français - on est allé les chercher par charters et par camions tout entiers , on les a déversés en France dans nos grandes usines , particulièrement de la région parisienne .

Ensuite , ces gens-là , ils se sont installés , ils ont fondé leur famille très souvent , ils ont parfois épousé des femmes françaises , ils ont vécu et ça devient très difficile de les traiter sans nuances .

Et pourtant le gouvernement Mauroy a pris des dispositions pour faciliter leur réinsertion dans leur pays d' origine , leur donnant certains avantages pour qu' il puissent d' eux-mêmes partir .

C'est-à-dire que , s' il faut réduire le nombre , bien entendu , il faut le faire dans le respect du droit et dans le respect des personnes .

Voilà ce que je voulais dire pour commencer .

Où sont les nuances ? Excusez -moi de vous avoir interrompu .

Vous n' avez pas fait de clin d' oeil , là , à personne ?

C' était une remarque .

Je vais vous répondre : mais , est -ce la vôtre , cette politique que vous venez de définir ?

C' est cela , vous voulez dire celle qui pourrait réunir les 51 % dont parlait monsieur Pasqua l' autre soir .

Très bien .

Bon , donc pas de clin d' oeil !

Mais pour ce qui touche à ma réponse à moi , je vais vous dire - reprenant mon exposé de tout à l' heure - que l' afflux des immigrés - je l' ai sous les yeux - s' est situé entre 1962 et 1975 .

On est passé de 1770000 dans les années précédentes à 3440000 .

Ca s' est un peu stabilisé à partir de 1974 , puisque , en 1982 , on trouve 3680000 , c'est-à-dire seulement 60000 de plus qu' au cours des années précédentes .

Mais pourquoi est -ce que les entreprises françaises - encouragées par vos gouvernements , où n' étaient pas les socialistes - pourquoi - et où vous étiez - ont -elles , d' une façon aussi imprévoyante , ouvert les portes de la France à ces travailleurs ? Je dis pour une raison : c' est parce que on les payait moins cher et que l' on organisait la concurrence à l' égard des travailleurs d' origine française .

Et on les traitait fort mal ces immigrés qui se trouvaient dans cette situation .

Alors , en 1981 ou 1982 , on s' est trouvé devant un cas véritablement très difficile , car la loi , qui était adoptée à l' époque , a estimé que pouvaient rester en France les immigrés qui étaient là depuis 15 ans ou qui s' étaient mariés avec une Française ou qui vivaient là depuis l' âge de 10 ans .

Est -ce que c' était normal ou anormal , juste ou injuste ? Je ne participerai pas , en dépit des événements électoraux , à cette sorte de chasse à l' immigré à laquelle certains se livrent .

Qu' il faille exclure les clandestins , j' ai dit : nous en sommes d'accord .

Qu' il faille réduire le nombre des immigrés venus régulièrement , j' en suis convaincu , c' est pourquoi la loi de réinsertion dans leur pays a été adoptée au temps du gouvernement Mauroy et il faut continuer , en traitant humainement et correctement ces immigrés-là .

Alors vous posez la question : on les renvoie et même les clandestins , d' une façon catégorique .

Dans la loi en question , il faut tenir compte de l' urgence - elle était déjà comprise dans la loi de 1982 - l' extrême urgence , la nécessité absolue , l' ordre public .

Je pense simplement qu' il faudra restituer au pouvoir judiciaire la compétence qui est la sienne chaque fois qu' il s' agit du droit des personnes ; pour le reste , nous vivons dans une période trop difficile et trop dangereuse , pour remettre sur le chantier constamment les lois qui ont été adoptées .

Oui , vous auriez pu après tout me convaincre avec votre discours de Bruxelles en 1979 , lorsque vous avez préconisé , devant des Africains noirs , à qui vous vouliez peut-être faire plaisir , la participation aux élections municipales des étrangers en France .

Vous avez réitéré des intentions qui était généreuses - pas très réalistes mais généreuses - l' année suivante : le journal " Le Monde " en a rendu compte .

Mais passons là-dessus , ce que je veux vous dire , c' est que , personne ajourd'hui , personne ne propose - enfin personne , si , monsieur Juquin l' a fait - en dehors de lui , personne n' a proposé la participation des immigrés aux élections , même municipales .

Je l' avais fait en 1981 , c' était le quatre-vingtième point de mes propositions de l' époque et j' ai constaté , depuis lors , du temps des gouvernements à direction socialiste , que l' opinion publique française ne suivait aucunement et qu' il convenait d' en tenir compte .

Voilà pourquoi je n' ai pas repris cette proposition , tout en rappelant qu' en Europe d' autres pays sont allés plus loin que nous , nous sommes aussi civilisés qu' eux , et je pensais que les Français devaient réfléchir à cette question , c' est pourquoi j' en ai parlé sans proposer de droit de vote .

Vraiment je n' accepte pas - et je le dis aux Français qui m' écoutent - les incriminations dont vous vous êtes fait l' interprète .

Dans la lutte contre l' insécurité , il y a eu continuité , chacun selon son caractère , la loi d' amnistie de 1981 répondait exactement aux mêmes critères que les lois d' amnistie qui avaient été proposées , qui avaient été adoptées lorsque monsieur Pompidou a été élu et lorsque monsieur Giscard D' Estaing a été lui-même élu .

Par la suite , messieurs Defferre et Joxe ont recruté 16000 personnes pour l' ordre public , gendarmes ou policiers , effort qui n' a pas eu de comparaison depuis lors .

Monsieur Joxe a fait adopter une loi de modernisation de la police qui sera le vrai moyen de donner à la police les dispositions , de pouvoir prendre les mesures indispensables pour lutter efficacement contre la criminalité , la délinquance ou le terrorisme .

Action directe , lorsque le procès récemment s' est déroulé : dans le box des accusés il y avait 19 personnes , 15 d' entre elles avaient été arrêtées sous les gouvernements précédents , 4 - et je m' en suis réjoui et j' ai félicité le ministre à l' époque - ceux qui étaient les plus connus , l' ont été par la suite .

15 sur 19 avaient été arrêtés avant 1986 .

Et je n' ai jamais relâché de terroriste et je n' ai jamais gracié de terroriste .

Tel n' a pas été le cas au cours des 10 dernières années .

Du reste , je suis d' une totale intransigeance dans ce domaine et j' estime qu' il faut absolument lutter contre la criminalité qui a commencé de baisser - dans les statistiques officielles , que le ministre de l' intérieur a publiées , je les ai là - à partir de 1985 .

Voilà ce que je voulais vous dire , sur cette sorte d' accusation plus ou moins exprimée .

En vérité , votre gouvernement a su faire quelque chose de bien meilleure façon que ses prédécesseurs : il a bien fait sa propagande .

Vous en êtes là , Monsieur le Premier ministre .

c' est triste , et pour votre personne et pour votre fonction : que d' insinuations en quelques mots ! Rouillan n' était pas encore l' assassin qu' il est devenu , il était passible d' une peine inférieure aux 6 mois prévus par l' amnistie qui a été votée par le Parlement .

Il n' est devenu le terroriste assassin que plus tard ; c' est indigne de vous de dire ces choses et Nathalie Ménigon a été libérée par une décision de justice , c' est indigne de vous de dire ces choses .

Je les ai évoqués sur un tout autre ton .

C' est indigne de vous .

Moi , je n' ai jamais libéré les terroristes .

Et à une époque où vous étiez une première fois Premier ministre , je me souviens des conditions atroces dans lesquelles vous avez libéré un Japonais terroriste après l' attentat de Saint-Germain , au Publicis .

Je me souviens des conditions dans lesquelles , un peu plus tard , avec votre majorité , vous avez libéré Abbou Daoud .

Je suis obligé de dire que je me souviens des conditions dans lesquelles vous avez renvoyé en Iran monsieur Gordji , après m' avoir expliqué , à moi , dans mon bureau , que son dossier était écrasant et que sa complicité était démontrée dans les assassinats qui avaient ensanglanté Paris à la fin de 1986 .

Voilà pourquoi je trouve indigne de vous l' ensemble de ces insinuations .

Dans les yeux , je la conteste .

Car lorsque Gordji a été arrêté et lorsque s' est déroulée cette grave affaire du blocus de l' ambassade avec ses conséquences à Téhéran , c' est parce que le gouvernement nous avait apporté ce que nous pensions être suffisamment sérieux comme quoi il était l' un des inspirateurs du terrorisme de la fin de 1986 .

Et cela , vous le savez fort bien .

Il n' y avait pas de fureur , non .

Il y avait de l' indignation , monsieur le Premier ministre .

Le problème n' est pas , madame Cotta , de savoir si monsieur Gorbatchev est sincère .

Le problème est que tout puisse se dérouler sur la scène du monde comme si il était sincère .

Je veux dire qu' il soit tenu d' être sincère .

Voilà pourquoi il faut à la fois approuver ses démarches en faveur du désarmement et en même temps il faut prendre nos précautions pour assurer la sécurité de l' Europe et la nôtre .

Et de ce point de vue j' approuve tout à fait l' Accord de Washington qui a vu les 2 plus grands pays du monde s' entendre sur une réduction de leur arsenal nucléaire .

J' en demande davantage et j' estime que la priorité aujourd'hui est au désarmement des forces conventionnelles entre l' Est et l' Ouest , c'est-à-dire à la frontière des 2 Allemagne et de la Tchécoslovaquie et de l' Allemagne où les Soviétiques disposent d' une puissance infiniment supérieure à la nôtre , alors on saura si monsieur Gorbatchev est tout à fait sincère .

Je dirai simplement un mot , c' est que monsieur le Premier ministre m' a posé une question importante par rapport à la notion de force de frappe , je veux dire à la stratégie de dissuasion nucléaire .

Voyez -vous , monsieur le Premier ministre , je suis très sensible , très attaché à la continuité de la politique extérieure de la France et j' assume cette continuité ; elle s' est appelée De Gaulle , Pompidou , Giscard D' Estaing , elle porte aujourd'hui mon nom .

Et est -ce que vous croyez vraiment qu' à 30 ans de distance , je vais bousculer les données de l' équilibre international et les conditions de la sécurité française - c'est-à-dire le fondement de notre défense nationale , sur lesquelles notre armée est organisée - pour avoir raison 30 ans plus tard ?

Oui , voyez , j' aurais sûrement tort ! J' aurais sûrement tort ! La continuité de la France doit être assumée par tous ceux qui en ont la charge .

en 30 ans il se passe beaucoup de choses et j' en tiens compte et je ne veux pas que , d' un gouvernement à l' autre , on passe son temps à défaire ce qui a été fait .

Monsieur le Premier ministre , j' ai été pendant 24 ans dans l' opposition , ce n' est pas diviser la France que d' exercer son droit démocratique d' être pour ou contre .

Et pendant ces 24 ans-là , l' histoire s' est faite ou a été faite par d' autres que par moi .

Et voilà qu' en 1981 , je suis devenu le premier responsable : à ce moment-là j' avais à choisir entre la satisfaction personnelle de défaire ce qui avait été fait et l' erreur grave , au regard de mon pays , de vouloir à 25 ans ou 30 ans de distance tout reprendre à zéro .

J' ai préféré servir la France comme je le concevais .

Et de vous retourner ce raisonnement : si vous aviez été ... eh bien , il n' y aurait pas d' Europe aujourd'hui , car vous étiez contre ! Vous voyez , on peut changer .

Oh ! je crois qu' il n' y a qu' une méthode : qui est la fermeté .

Bien entendu la négociation , tant qu' il est possible , pas avec les terroristes , avec ceux qui peuvent peser sur eux .

Et la fermeté , car les otages qui seraient libérés dans des conditions douteuses ou suspectes , ce serait d' autres otages bientôt qui seraient pris en compte par tous ceux qui veulent combattre notre pays .

Mais je dois dire que sur cette affaire-là , dont je parlerai extrêmement peu , car le silence est un devoir premier dans une affaire comme celle -ci , nous avons suivi une politique sur laquelle je ne remarquerai aucune contradiction .

Eh bien , je regrette que ce débat n' ait pas porté sur les problèmes de protection sociale , que nous n' ayons pas pu débattre de la sécurité sociale en péril et menacée .

Je regrette que l' on n' ait pas défendu les idées qui me sont les plus chères , car c' est là que se situe la plus grave injustice , les injustices , les inégalités .

Je ne veux pas que s' organise la solidarité du pauvre au pauvre , alors qu' il doit y avoir la solidarité du riche au pauvre et que tous les Français doivent être ensemble responsables .

Avec la sécurité sociale , chacun doit contribuer selon ses moyens , chacun doit recevoir selon ses besoins , c' est l' égalité pour tous .

Deuxièmement , comme l' objet essentiel de ma candidature , c' est de pouvoir unir , dans des limites que j' ai définies , unir autour des valeurs de la démocratie dont les principales sont - je l' ai dit dimanche soir - l' égalité des chances , la justice sociale , le refus des inégalités , le refus des exclusions , bref , le respect des autres , pour une grande construction - et je situe l' Europe au premier plan - eh bien ! on n' unira pas les Français dans l' injustice , de telle sorte que la cohésion sociale , le refus des inégalités dont je viens de parler , c' est le commencement de tout , de toutes les autres réussites et notamment de la réussite de notre peuple , du peuple français dans les étapes qui l' attendent maintenant , à partir du 8 mai .

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