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Ca bouge ! On doit maintenant agir dans plusieurs directions : développer la prévention des risques liés au travail en améliorant la protection de la santé , de l' hygiène , de la sécurité sur les lieux de travail ; consolider les droits fondamentaux des salariés - droit au travail , droit syndical , droit de grève , droit à la négociation collective , à la formation professionnelle , à la protection sociale , à une rémunération équitable - ; promouvoir les négociations collectives à l' échelle communautaire , afin que celles - ci puissent déboucher , ainsi que le prévoit l' Acte Unique , sur des accords collectifs européens , par exemple sur l' introduction de nouvelles technologies et sur la formation .

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F. Mitterrand - 23 novembre 1988

_libération_" ;

L' expression est juste , du moins pour les pays membres des deux alliances , celle de l' Ouest et celle de l' Est

Sans aller jusqu' à parler de coexistence obligée , il était devenu nécessaire , aux uns comme aux autres , de réduire leurs dépenses improductives , d' améliorer le pouvoir d' achat et les conditions de vie de leurs peuples , de sortir de l' ère des menaces dont l' enchaînement pouvait être fatal .

Oui , je le connais bien . Il a été avec Hosni Moubarak , Helmut Schmidt et le roi Khaled d' Arabie l' un des tout premiers responsables étrangers à venir me voir à Paris après mon élection de 81 et nous avons établi , dès l' abord , des relations confiantes , qui depuis ont été suivies régulièrement . George Bush a une excellent connaissance de l' Europe . Sa relation avec la France est de bonne qualité . Son arrivée à la présidence des Etats Unis devrait servir à la compréhension mutuelle de nos deux pays .

J' ai tracé au début , comme c' était normal , les grandes lignes de l' action que je mets en œuvre . Evidemment les choses ont été moins claires entre mars 1986 et mars 1988 .

On peut le dire , dans la mesure où les chancelleries étrangères percevaient une certaine contradiction dans les objectifs poursuivis à l' intérieur de l' exécutif français , même si , par devoir ou par nécessité , cette contradiction a été le plus souvent , et d' un commun accord , gommée . Par exemple ; au sujet de ce qu' on a appelé l' option zéro et double zéro , c' est à dire le désarmement des forces nucléaires de moyenne et courte portée en Europe .

Je crains que cela n' ait provisoirement assourdi notre action .

J' ai parlé du désarmement chimique dès 1983 à l' ONU et n' ai pas cessé d' alerter l' opinion internationale .

L' affaire des Kurdes en a tragiquement souligné l' urgence . D' où l' écho rencontré par l' initiative du président Reagan et la mienne , en septembre dernier , et la convocation quasi immédiate d' une conférence à Paris .

: Michel Debré a bien décidé la destruction des armes biologiques . Quant aux armes chimiques , nous n' en fabriquons pas .

La Conférence de Paris de janvier prochain vise à la fois à réaffirmer le respect du Protocole de 1925 qui interdit l' emploi des armes chimiques et à donner une impulsion décisive à la négociation en cours à Genève sur l' interdiction de fabrication et de stockage . Les pays du tiers monde doivent savoir que , contrairement à l' arme nucléaire , l' arme chimique n' est pas une arme de dissuasion puisqu'elle a été employée à plusieurs reprises ces dernières années . Ils savent aussi qu' ils seraient les premières victimes de la prolifération ; Ils s' annoncent d'ailleurs nombreux à la Conférence de Paris .

La France est aujourd'hui au centre du travail sur le désarmement chimique , que ce soit à New York , à Genève ou à Paris . Elle continuera d' avancer des propositions pour aboutir , en particulier , à un système de vérification qui conditionnera tout accord de désarmement .

L' ouverture d' une négociation sur le désarmement conventionnel en Europe est pour la première fois à portée de la main .

La Conférence sur le sécurité et le coopération en Europe - CSCE - a précisément été conçue pour éviter ce que vous appelez le " découplage " puisqu'elle a pour objet de traiter de toutes les questions qui intéressent l' ensemble des Européens : désarmement , mesures de confiance et de sécurité , coopération économique et respect des droits de l' homme . De nouvelles rencontres sont prévues sur la libre circulation des personnes et sur les droits de l' homme .

L' essentiel est en voie d' être réglé . On sait de quoi il fut débattre , reste à préciser comment on en débat . La France demande que les travaux des pays prêts à négocier sur le désarmement conventionnel - les 23 membres des deux alliances - restent vraiment insérés dans le processus de la CSCE qui , elle , en réunit 35 , puisqu'y siègent aussi les 212 pays européens neutres et non alignés . Mais cette position ne doit pas être utilisée - c' est parfois le cas - comme prétexte à un retard . La France prête une extrême importance à la réduction et à l' équilibre des armements conventionnels . L' accord est à la mesure de bons diplomates .

La France n' a pas de raisons de réduire unilatéralement son armement nucléaire à très courte portée . Notre stratégie de dissuasion forme un tout . J' entends la maintenir au-dessus du seuil de crédibilité , seul moyen de tenir en respect les forces quantitativement supérieures aux nôtres . Ma préoccupation par rapport au Hadès concerne l' Allemagne fédérale . Ce pays , notre allié , a besoin de savoir qu' il ne sera pas la cible de l' ultime avertissement que nous aurions à lancer si une menace de guerre nous y contraignait . J' ai entendu à ce sujet bien des raisonnements inspirés par Gribouille , ce célèbre stratège . Je puis , quant à moi , donner l' assurance que je n' appartiens pas à cette école de pensée .

Si je conteste la " stratégie flexible " de l' OTAN , ce n' est pas pour en faire celle de la France ! Il n' y aura , en cas d' agression contre nous , qu' un seul avertissement nucléaire . Et son objectif ne saurait être que militaire . c' est sur ces deux données qu' il convient de raisonner .

Je le répète , il n' y a pas de grande chance sans grand risque . A nous de surmonter le risque pour saisir la chance . Je vois dans l' effort d' adaptation et de préparation au marché unique de 1992 l' occasion pour la France d' affirmer son rôle historique - pas l' histoire d' hier , celle d' aujourd'hui et de demain . Elle le peut , et mon rôle est de l' en convaincre . Peu m' importent les autres considérations .

Il est certain que ceux qui , sans oser l' avouer , sont au fond hostiles à la Communauté , retrouveront là l' occasion de révéler leurs ardeurs . Bien des faux-semblants se dissiperont . Les démagogues , n' en doutons pas , s' empareront des contraintes que vous évoquez pour faire feu de tout bois . Il faudra expliquer à l' opinion que , Marché unique ou pas , la France se trouvera devant une seule et même contrainte : gagner la compétition . L' absence d' Europe ne nous en délivrera pas , au contraire . Ce combat politique exigera beaucoup de clarté et beaucoup d' engagement .

Je ne puis vous répondre pour le compte de nos onze partenaires , mais pour la France je ferai ce qu' il faudra pour cela . A l' adresse des autres pays de la Communauté , je rappellerai que , pour réussir , tout doit être mis sur la table . En matière fiscale , notamment . La libération des mouvements de capitaux suppose une compétition loyale . Et elle ne serait pas loyale si l' Europe des Douze se transformait en un gigantesque archipel des Bahamas ou laissait l' effort principal peser sur les catégories sociales les plus modestes . les pays de la Communauté qui négligeraient ce double aspect montreraient par là qu' il y a maldonne entre nous .

Je ne vise pas spécialement la position britannique , même s' il se trouve que la Grande Bretagne a toujours préféré le libre échange universel à notre Marché commun . Mais les traités sont les traités et la dérégulation les trahirait . Cela dit , nous avons , avec les Britanniques , surmonté bien des obstacles . D' où l' utilité de la confrontation des thèses . On va continuer .

Le débat est en cours .

Je l' espère . Si c' est raté pendant les présidences espagnole et française , donc en 1989 , je ne vois pas comment nous aboutirions avant 1992 . Remarquez que dans l' ordre des facteurs , c' est inversé . Certains font de la création d' une banque centrale européenne un préalable . D' autres n' en veulent pas . mais la plupart sont d'accord pour développer le rôle de l' Ecu , afin de créer un troisième pôle monétaire , européen celui - là , avec le dollar et le yen . Une solution à la fois audacieuse et réaliste consisterait : - à définir clairement ce qu' implique l' achèvement de l' union économique et monétaire , monnaie et banque centrale communes ; - à décrire le cheminement possible , les étapes successives au terme desquelles l' union monétaire ne sera plus une vue de l' esprit . Quoi qu' il en soit , le système monétaire européen , qui a bien fonctionné puisqu'il a permis de préserver un îlot de stabilité en Europe , doit être renforcé pour résister aux risques de tension qui résulteront de la libération des capitaux en Europe .

Possible , oui , mais pas souhaitable .

Modèle , c' est beaucoup dire . Mais au delà de la diversité des réglementations et des institutions sociales , nos pays ont une pratique déjà ancienne du dialogue . Cela fait partie de leur culture .

Quand , à Luxembourg , en 1981 , j' ai parlé de l' espace social européen , je n' ai eu que le concours du Danemark . Au sommet de Hanovre en juin dernier , Felipe Gonzalez , Ciriaco de Mita , Jacques Delors , moi - même et quelques autres , nous avons émis des propositions en faveur de l' Europe sociale . Ca bouge ! On doit maintenant agir dans plusieurs directions : développer la prévention des risques liés au travail en améliorant la protection de la santé , de l' hygiène , de la sécurité sur les lieux de travail ; consolider les droits fondamentaux des salariés - droit au travail , droit syndical , droit de grève , droit à la négociation collective , à la formation professionnelle , à la protection sociale , à une rémunération équitable - ; promouvoir les négociations collectives à l' échelle communautaire , afin que celles - ci puissent déboucher , ainsi que le prévoit l' Acte Unique , sur des accords collectifs européens , par exemple sur l' introduction de nouvelles technologies et sur la formation .

Cependant je constate que l' Europe du capital avance plus vite que l' Europe du travail . Les capitaux vont pouvoir circuler librement . Il s' agira là d' un progrès appréciable . Mais ce progrès ne sera conforme à l' objectif recherché que si , simultanément , les travailleurs accèdent aux mêmes libertés et aux mêmes protections .

Je souhaite , par exemple , que le jour vienne bientôt où toute personne pourra se faire soigner dans tout pays de la Communauté en bénéficiant de la même protection sociale .

Les intérêts privés - y compris les nôtres - ne sont pas pour rien dans l' échec de l' avion de combat européen . Il incombait au pouvoir politique des pays en cause d' imposer sa volonté . Ce qui n' a pas été fait .

Il n' y en a qu' une possible dont j' ai déjà entretenu Helmut Kohl et Felipe Gonzalez et que Michel Rocard vient d' évoquer devant l' Institut des hautes études de la Défense nationale : planifier sur vingt à trente ans les armements européens . Voyez ce qui se passe pour les avions : l' obsolescence , l' usure , les progrès techniques obligent à remplacer les appareils à des moments différents selon le type de mission pour lequel ils ont été construits . Nous n' arriverons jamais à nous entendre si nous attendons , pour en décider , l' époque du remplacement . Il faudra donc prévoir longtemps à l' avance les programmes européens futurs , chacun faisant le bout de chemin nécessaire pour harmoniser les échéances .

Je ne pense pas qu' il soit raisonnable de procéder à de nouveaux élargissements avant l' échéance du marché unique de 1992 .

L' Europe des marchandises et des technologies , c' est bien . L' Europe des idées et des hommes , c' est mieux . Mais si les idées ne connaissent pas de frontières , hors celle du savoir , l' Europe des citoyens avance trop lentement . C' est dommage . Chacun devrait être chez lui en tout lieu de la communauté . 320 millions d' hommes et de femmes ne se sentiront européens qu' à ce prix .

Oui , j' ai avec Maurice Faure suscité en 1984 le rapport Adonino sur l' Europe des citoyens et soutenu ses conclusions . Jacques Delors et la Commission font du bon travail . Continuons .

Si je me laissais aller à l' ambition que j' ai pour l' Europe , j' en ferais davantage . Mais cette présidence ne durera qu' un semestre , du 1er juillet au 31 décembre 1989 et le temps me sera mesuré . La chance veut qu' avant moi , Felipe Gonzalez , pour l' Espagne , assumera cette même charge . Nos relations anciennes et fortes nous permettront d' établir un programme d' action sur une année . Les trois objectifs qui , selon moi , s' imposent sont le parachèvement de l' Europe monétaire , la mise en mouvement de l' Europe sociale et le lancement de l' Europe audiovisuelle .

Aider Mikhail Gorbatchev , la formule a un petit côté protecteur qui n' est vraiment pas de mise . monsieur Gorbatchev est aujourd'hui le numéro un soviétique , il exerce un considérable pouvoir . à la tête de l' un des deux plus puissants pays du monde .

Mais il a besoin , pour réussir son expérience , de consacrer ses disponibilités et ses moyens à l' amélioration du pouvoir d' achat de ses compatriotes et au développement économique de l' Union soviétique . Objectivement , qui s' en plaindra ? Je préfère cette orientation au surarmement . Et si la France , si l' Europe peuvent la faciliter en pratiquant une diplomatie d' ouverture , de dialogue , en réduisant les tensions , chacun en tirera bénéfice . Qu' au surplus les citoyens soviétiques acquièrent une plus grande liberté d' expression , de mouvement et même de contestation , que le système s' assouplisse et , pourquoi pas , se démocratise , voilà qui n' est pas un mince enjeu . monsieur Gorbatchev rencontre , rencontrera de rudes résistances , qu' il serait stupide d' encourager . J' aime mieux la perestroïka que le régime figé que l' on a connu naguère à Moscou . Enfin , si monsieur Gorbatchev engage une politique étrangère conforme aux intérêts de la paix mondiale et de l' équilibre en Europe , évitons de notre côté la politique du pire dont la logique , par définition , conduit aux catastrophes .

Ce sera aisément plus pilotable quand l' Europe de la Communauté se sera dotée d' un pouvoir politique . Nous n' en sommes pas là . L' initiative économique dans le domaine extérieur appartient à chacun des pays de la Communauté , à son corps défendant . Des efforts de concertation ont été accomplis . Par exemple dans la manière d' aborder la négociation du GATT , c' est à dire du commerce mondial . mais d' une façon générale , chacun suit sa ligne , fait ses affaires . Ce que vous appelez la ruée vers le marché soviétique n' est qu' un aspect de cet état des choses . Quant à moi , je considère comme normal que nos entreprises françaises soient à la recherche de contrats , et j' apprécie qu' elles fassent preuve d' une saine agressivité face à la concurrence de nos partenaires . Il y a encore de la marge tant ce marché est vaste . mais , à la limite , l' incohérence et la précipitation présenteront des risques .

La Communauté aurait intérêt à adopter un certain ordre de marche .

Notre balance est lourdement déficitaire . Comme nous travaillons , malheureusement , sur de petits chiffres , il ne devrait pas être difficile de redresser cette situation . Cela dépendra de l' esprit de suite de nos entreprises et de la volonté politique des gouvernements soviétique et français .

Ce n' est pas dans ma manière . Mais j' encourage nos établissements financiers et nos industriels à aller de l' avant . Des montages sont en cours . Mon rôle est de créer les conditions d' une bonne politique . Leur rôle est de faire mieux que les autres dans le domaine qui est le leur .

Globalement cela n' a pas beaucoup de sens . Mais si des entreprises françaises et allemandes - et d' autres - veulent unir leurs efforts , je n' y vois que des avantages .

Mon attitude change quand les données du problème changent , la constante demeurant le service des droits de l' homme . L' appréciation à porter sur l' éventuelle conférence de Moscou résultera de l' examen auquel nous procédons avec nos alliés .

Je ne l' ai pas délaissée . J' ai rencontré 4 fois monsieur Gorbatchev , qui a lui - même fait une visite d' Etat en France , premier pays occidental à l' avoir reçu de cette façon . Je suis allé en Hongrie et j' ai vu trois fois M Kadar . monsieur Hohnecker , président de la RDA , est venu me voir à Paris ainsi que le Premier ministre polonais , le général Jaruzelski . Certes j' aurais pu me rendre dans d' autres pays de l' Est . La situation intérieure ne m' y incitait pas . Mais ce qui se passe aujourd'hui là-bas crée un appel d' air . Je vais donc accélérer l' allure . Recevant ces jours - ci le nouveau dirigeant hongrois , monsieur Grosz , j' ai souligné devant la presse ma conviction que désormais le rapprochement des deux Europe constituait pour nous , Européens , la grande affaire de cette fin du siècle . J' agirai en conséquence .

D' une certaine manière , oui . Je serai en Union soviétique vendredi et samedi prochain . En Tchécoslovaquie les 8 et 9 décembre . En Bulgarie , les 18 et 19 janvier . J' ai accepté les invitations , non encore programmées , de l' Allemagne de l' Est , et , derechef , de la Hongrie .

Pourquoi pas ?

D'abord renouer avec une grande tradition de notre diplomatie . A travers les siècles , la France a toujours eu des amitiés à l' Est : François 1er , le roi très chrétien et l' empire ottoman , la IIIe république avec l' autocrate tsar de Russie , le général de Gaulle et Staline alors même que ce dernier mettait la main sur la Pologne . Nous sommes du continent qui s' appelle l' Europe et pas seulement un balcon sur l' Atlantique . Raviver ensuite les liens culturels très fort qui ont uni la France aux pays d' Europe centrale et des Balkans . Notre civilisation puise aux mêmes sources et les affinités de l' esprit comportent davantage que les échanges de marchandises . Enfin , multiplier aussi ces échanges dont le niveau reste très en-dessous de ce qu' il pourrait être . Pendant que nous gardions notre quant à soi pour des raisons plus morales que politiques , d' autres pays laissaient de côté ce type de considérations et s' implantaient sur les marchés de l' Est . Je pense que si nous n' avons pas eu tort , il convient aussi d' être présents .

Je dis simplement qu' il faut accorder les violons . Mme Thatcher est allée à Gdansk , elle a prononcé des paroles utiles , elle s' est inclinée sur la tombe du Père Popiulesko , on s' en est réjoui et on a dit en Europe : voilà quelqu'un qui parle clair . On a dit cela de moi lorsque j' ai parlé de Sakharov au Kremlin . Mais enfin , elle est allée en Pologne . Si j' agissais de même , comme je l' escompte , j' espère que l' on s' intéressera plus aux propos que j' y tiendrais qu' au fait de ma présence . En tout cas je suis bien décidé à défendre partout , et sur place , les intérêts de la France et à témoigner là comme ailleurs pour le respect des droits de l' homme .

: Je vous l' ai dit : échanges politiques , échanges culturels , échanges économiques . Je veux qu' on s' habitue à considérer la division actuelle entre les deux parties de l' Europe comme une frontière de circonstance . Si l' Histoire est multiple , la géographie est une .

Mais elle n' a pas cessé de l' être ! Est - il capitale plus centrale et plus européenne que Prague ? C' est la dernière guerre et Yalta qui ont bétonné la séparation des Europe . Les signes avant-coureurs de nouvelles saisons surgissent partout .

: Les données n' ont pas varié en profondeur . La querelle autour du Kosovo , la crise entre la Hongrie et la Roumanie illustrent , parmi d' autres malaises , cette loi qui veut que lorsqu' on se moque de l' Histoire , l' Histoire se venge . Encore faut - il aborder cette phase avec prudence . Je crois qu' il a été sage , dans un passé récent , de ne pas remettre les frontières en cause . Nous devons plaider pour de nouveaux dialogues et non susciter de nouveaux déchirements . La paix est trop fragile .

Yalta , c' est le symbole du partage de l' Europe en zones de pouvoir ou d' influence entre l' Union soviétique et les Etats Unis d' Amérique . Je ne puis m' en satisfaire . Je rêve d' une Europe réconciliée , indépendante . J' en rêve et j' y travaille .

Un rôle tout à fait éminent , puisque c' est en France que se sont engagées depuis un an les négociations entre partenaires - adversaires cambodgiens . Le prince Sihanouk a fait connaître récemment qu' il souhaitait les conclure en France . Nous avons gardé des relations actives avec nos amis cambodgiens et préservé celles qui nous unissent au Vietnamonsieur Nous n' en avons pas moins récusé le gouvernement de Phnom Penh , constitué sous le contrôle étranger du Vietnamonsieur

Naturellement . Je souhaite l' apaisement et le règlement du problème du Cambodge , parce que je souhaite aussi une bonne entente avec le Vietnamonsieur

Oui . Avec mon plein accord .

Je peux y aller sans préalable aucun . La relation franco-vietnamienne a une valeur permanente en soi . Mais dans le débat présent , mieux vaut éviter les démarches qui apparaîtraient comme contradictoires ou ambiguës .

Tenons compte dans notre jugement des difficultés rencontrées par un pays devenu indépendant , après les ravages d' une guerre de 7 ans , et qui ne dispose pas de ressources suffisantes pour son développement , à quoi se sont ajoutées des différences profondes d' appréciation et selon les époques , à l' intérieur des équipes dirigeantes , sur les choix économiques et la façon de considérer l' évolution de la société algérienne . Cela a conduit au drame que vous savez . J' entretiens de bonnes relations personnelles avec le président Chadli Bendjedid et nous avons fixé ensemble la meilleure voie possible pour nos deux pays . Je me réjouirai de le voir continuer sa mission . Le résultat du dernier référendum semble donner raison à sa démarche . Le reste est du ressort du peuple algérien .

La volonté populaire ne s' exprime véritablement que dans une démocratie . Mais gardons - nous de donner des leçons , de nous poser en exemple . Chaque peuple a sa voie et trouve en lui - même les réponses aux questions qu' il se pose .

Rares sont les pays de ce type qui ont échappé à une gestion centralisée assumée par un parti unique , avec à la tête une personnalité forte assurée de la durée . Telle a été la dominante dans la plupart des pays affrontés au problème du sous-développement . Mais à mesure que ces pays réussissent dans leur action , leur devoir et , je crois , leur intérêt est de se libéraliser dans le bon sens du terme , de se démocratiser . Le savoir se développe . De plus en plus nombreux sont les jeunes qui ont une connaissance du monde et , en même temps , la maîtrise d' un métier et sont donc en mesure de prendre part à la décision . On ne peut pas juger de cela comme on le ferait en France après deux siècles d' apprentissage difficile , si l' on fait le compte des dictatures que nous avons nous - mêmes subies .

Oui , en contribuant à son développement .

Vitrine exemplaire , je ne vais pas jusque là . Cependant on a réalisé de bonnes choses . Quand , à Alger ; en 1981 , j' ai décidé avec le président Chadli Bendjedid un accord sur le gaz pour un prix qui amenait l' Etat à compenser les pertes de Gaz de France , c' était à mes yeux une façon de contribuer au développement de l' Algérie , laquelle devait , de son côté , consentir d' importants contrats à des entreprises françaises . Notre balance commerciale avec l' Algérie est devenue bénéficiaire dans les deux ans . Il me semble qu' il s' agissait là d' une coopération fructueuse pour les deux parties .

Le même problème aujourd'hui ne se pose pas dans les mêmes termes , mais l' objectif et la méthode restent d' actualité .

Ces événements en tant que tels , non . Mais voyons plus loin . Il y aura dans le Maghreb 100 millions d' habitants et plus dans quinze ans . Quand on connaît l' attraction qu' exerce la France sur ces populations , on mesure les risques de déséquilibre : la meilleure façon d' y faire face est de développer la coopération entre les deux rives de la Méditerranée . L' unification du Maghreb , facteur de stabilité , y aidera .

Le rendez-vous était fixé , à Ghardaia , depuis au moins deux mois . Les émeutes , la répression et les actes politiques qui ont suivi , d' une part , la réunion d' un Conseil national palestinien dont l' importance a été démontrée , d' autre part , exigeaient la présence du président algérien à Alger . Il m' a été demandé très obligeamment de reporter mon voyage à une date ultérieure . Je n' y ai pas vu d' inconvénient .

Nous n' avions pas à y prendre part . Mais nous avons été constamment et directement informés par le secrétaire général des Nations-Unies et par les parties en cause .

Le changement est partout dans cette région : fin de la guerre Irak-Iran , rentrée diplomatique en force de l' Egypte dans le monde arabe , création de deux gouvernements au Liban , j' en passe . Quant à l' Intifada , aux élections d' Israël et aux décisions du Conseil national palestinien , elles nous placent aussi devant une situation nouvelle . On sait mieux de quoi on parle .

L' adoption par l' OLP des résolutions 242 et 338 implique la reconnaissance d' Israël dans les conditions définies par les Nations-Unies . La proclamation de l' Etat palestinien prend , du coup , une dimension qui modifie en profondeur les données du problème .

Ce qui vient de se passer donne raison à qui ne conteste pas à l' OLP sa représentativité . La reconnaissance d' un Etat palestinien ne pose à la France aucun problème de principe . La France a pris acte de la proclamation d' Alger et reconnaît le droit des Palestiniens à vivre sur un territoire constitué en Etat indépendant .

Je ne veux pas me lancer ici dans une analyse juridique . Mais vous savez que notre pays s' est toujours fondé dans ses décision de reconnaissance d' un Etat sur le principe de l' effectivité , qui implique l' existence d' un pouvoir responsable et indépendant s' exerçant sur un territoire et une population .

Ce n' est pas encore le cas mais la voie est tracée . D' ores et déjà , émerge la nation palestinienne identifiée comme telle aux yeux des autres national du monde .

Pour poser des principes , oui . Pour aligner des positions de fait je ne l' assurerai pas .

Mais bien sûr , la France a un rôle à jouer dans le Proche Orient , et ce rôle elle le joue ! Le projet d' une conférence internationale et d' un comité préparatoire constitué par les 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l' ONU - USA , URSS , France , Grande Bretagne , Chine - vient de France . Nous menons une diplomatie active dans l' ensemble du monde arabe . Israël sait que nous sommes un partenaire sûr chaque fois que son droit à l' existence est menacé . Peu de pays se préoccupent autant que le nôtre de la situation au Liban . Nous participons pleinement à la mission des " Casques Bleus " . C' est avec le président Moubarak que la France a déposé aux Nations-Unies , en 1982 , une résolution posant les principes d' un règlement d' ensemble du conflit du Proche Orient .

Pour d' évidents et multiples raisons , la Jordanie constitue une pièce majeure du puzzle proche-oriental . Aucun pays n' a plus d' intérêts communs avec la Palestine et les Palestiniens . Nul ne peut contester le droit et la capacité de l' OLP à agir en tant que telle . Mais on ne conçoit pas d' Etat palestinien viable ignorant la Jordanie .

Je répondrai avec prudence , car je n' ai pas à m' immiscer dans les choix électoraux du peuple israélien . Autant que l' on remonte le cours du siècle , l' histoire de ce peuple n' est pas séparable de sa foi religieuse . Le suffrage universel , pratiqué par la nation démocratique qu' est Israël , traduit de façon comptable - le nombre de sièges - une influence diffuse . La constitution d' une majorité parlementaire n' entrait pas dans la préoccupation des prophètes et la Bible ne l' avait pas prévue . L' Israël moderne s' adapte , comme tout le monde . Quoi qu' il en soit , ce qui se passe dans ce pays ne permet pas de confondre renouveau religieux et intégrisme .

Roland Dumas a établi ce lien mercredi dernier à l' Assemblée nationale . Que l' on reconnaisse ou non l' Etat palestinien , une fois le principe énoncé , sa réalisation ne peut dépendre que de l' ouverture d' un dialogue . Et ce dialogue ne trouvera pas de meilleur réceptacle qu' une conférence internationale préparée par les 5 membres permanents du Conseil de sécurité . On ne fera pas la paix là-bas sans les Etats-Unis d' Amérique . On ne la fera pas non plus sans l' Union soviétique . Et je pense que des pays de vieille et solide expérience , comme la Grande Bretagne et la France , seront d' utile conseil . Et la Chine est un grand pays . La conférence internationale sera le passage obligé qui permettra sans doute que se déroulent en son seuil des échanges bilatéraux . On aura réalisé de la sorte la synthèse de deux techniques diplomatiques , qui semblent s' opposer aujourd'hui . LIBERATION - L' élection de George Bush peut - elle faire évoluer la position américaine ?

Je ne pense pas que l' on doive attendre un bouleversement de la politique mise en œuvre par Ronald Reagan . Mais la vie et les faits sont tout-puissants .

Eh oui , la toute-puissance des faits !

Les relations diplomatiques sont rétablies , on le sait . Le courant commercial tend à s' étoffer . Des deux côtés , les restrictions au développement des échanges , notamment sur le plan pétrolier , sont en passe d' être levées . La période de tension est derrière nous . L' intérêt de tous est que la liberté et la sécurité de la navigation dans le Golfe soient pleinement assurées .

Aucun , à ma connaissance . Le seul engagement pris visait la reprise des relations diplomatiques .

Non .

J' en ai pris d' autres . L' une a été soumise à Toronto au sommet des 7 pays industrialisés où j' ai proposé trois solutions possibles pour réduire la dette des pays les plus pauvres . Parmi ces solutions , l' annulation d' un tiers des créances . J' ai également annoncé qu' en tout état de cause , la France le ferait . Cette formule a été acceptée dans son principe et mise au net quelques temps plus tard à Berlin . Elle représente un effort de plus de 15 milliards de francs . En faveur de l' Afrique sub-saharienne . J' ai également soumis aux Nations-Unies , le 29 septembre dernier , l' idée que de nouveaux " Droits de tirages spéciaux " seraient placés par les grands pays industriels qui les recevraient dans un fonds qui servirait à garantir le désendettement . Les pays créanciers seraient ainsi payés sans que leurs contribuables en fassent les frais .

Dans la même intervention à l' ONU , j' ai émis une autre suggestion : la prise en charge par la communauté internationale , sous une forme à déterminer , de grands travaux destinés à la protection des hommes et des terres . Ces travaux sont en général au-dessus des moyens des pays où se déroulent les pires catastrophes naturelles et les famines . Prenons le cas du Bangladesh . La stabilisation des fleuves , qui inondent ce pays et ses voisins , justifie l' établissement d' un projet international . Il faut pour cela des barrages , des canaux , tous travaux considérables . Une étude est d' ores et déjà lancée par la France et je saisirai le Fonds monétaire international , la Banque mondiale et nos partenaires européens , afin qu' ils organisent cette énorme opération . La France s' est engagée à payer les frais d' études et même au-delà . Jacques Attali partira bientôt au Bangladesh pour l' estimation des besoins . J' en ai informé le secrétaire général des Nations-Unies . J' estime qu' un projet du même type devrait être examiné pour lutter contre la désertification en Afrique . Là encore , il conviendra de mobiliser beaucoup de moyens et d' énergie . C' est dans des actions d' envergure seulement que l' on réunira les moyens capables de répondre aux besoins du Sahel . Les découvertes récentes dans le domaine de la biologie végétale et des techniques de l' irrigation rendront possible l' autosuffisance alimentaire .

Je dirais Europe , désarmement , développement , droits de l' homme , objets de conversations approfondies avec le Premier ministre . J' ai voulu aujourd'hui avec vous en tracer quelques itinéraires .

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