CNRS
UNICE
 
UCA
C. de Gaulle
C. de Gaulle
G. Pompidou
G. Pompidou
V. Giscard d'Estaing
V. Giscard d'Estaing
F. Mitterrand
F. Mitterrand
J. Chirac
J. Chirac
N. Sarkozy
N. Sarkozy
F. Hollande
F. Hollande
E. Macron
E. Macron

Rechercher un mot et afficher ses cooccurrents




Les phrases-clés du discours du

Pour l' instant , nous vivons cette contradiction qui veut que les alliances restent ce qu' elles étaient , les puissances dominantes aussi , même si les commandes répondent de moins en moins , tandis que , arbitrairement coupée en deux , sa frontière intérieure passant en son milieu , séparant des systèmes philosophiques , politiques , économiques , sociaux , culturels , contraires sinon contradictoires , l' Europe tout entière s' est mise en mouvement .

Voir une autre phrase-clé


Qui utilise le plus le mot «décennie» ?
Distribution statistique du mot chez l'ensemble des locuteurs du corpus.
Les thèmes autour du mot «décennie»
Analyse multi-couches de la cooccurrence autour du mot choisi dans le discours du qui
F. Mitterrand - 23 novembre 1989

Eh bien , puisqu'il faut choisir , je dirai la transformation de l' Europe . L' Europe communautaire qui se fait , l' Europe communiste qui se défait . C' est cela qui change notre horizon . Ces événements ont entre eux de multiples relations , de constantes interactions . A l' Est , le changement n' a été possible que parce qu' il y a eu Mikhaïl Gorbatchev , assez lucide et courageux pour tirer la leçon de l' échec catégorique du système dont il a hérité . Depuis , les événements s' enchaînent comme quand un coup de pic au fond de la mine se répercute sur toute la longueur du boyau . L' avènement de monsieur Gorbatchev remonte aux années 1984-1985 , à la moitié de la décennie . C' est pour moi un point de repère central .

La première fois que j' ai rencontré Mikhaïl Gorbatchev , c' était au temps de Tchernenko . Au cours d' un dîner d' Etat au Kremlin , où j' avais évoqué Sakharov , ce qui avait jeté un froid , j' avais remarqué la liberté de langage tout à fait surprenante de monsieur Gorbatchev , alors théoriquement numéro deux . Il avait souligné à l' intention de Tchernenko les mauvais résultats de la production agricole . Tchernenko ayant demandé pourquoi , monsieur Gorbatchev lui avait répondu qu' il y voyait la conséquence d' une centralisation abusive qui ne laissait pas assez de place à l' initiative personnelle ou locale . Tchernenko ayant ajouté " depuis quand ? " Gorbatchev , pince-sans-rire , avait répliqué " depuis toujours " . Il fallait oser dire cela , même sous forme de plaisanterie .

J' ai eu peu après un entretien avec lui , entretien assez formel , lors des obsèques de Tchernenko . Devenu numéro un , son premier voyage en Occident a été pour la France , en 1985 . Nous avons parlé , seul à seul , 7 à huit heures environ . J' ai communiqué mes impressions par lettre à plusieurs de nos partenaires occidentaux , notamment à Ronald Reagan . Cette correspondance n' a pas été publiée . Elle le sera un jour .

Je ne vous en dirai pas davantage , sinon que j' ai exprimé au Président américain mon souhait de le voir faciliter l' évolution en cours et ce que je pensais de la personnalité de monsieur Gorbatchev .

Ce repas entre nous et sous cette forme n' était pas le premier . A la fin de l' année dernière , me rendant à Baïkonour pour l' envol dans l' espace d' un équipage qui comprenait le Général Chrétien , je me suis arrêté à Moscou . Le programme protocolaire était assez rigide mais Mikhaïl Gorbatchev l' a fait voler en éclats et nous a invités , Danielle et moi , à passer la soirée dans sa résidence des environs de Moscou . Raïssa était présente ainsi que les interprètes . Nous avons commencé à 21 heures et terminé après minuit . J' ai constaté , une fois de plus , la formidable conviction et la volonté qui animent monsieur Gorbatchev face au scepticisme qui entoure sa démarcha .

Je me rends compte des obstacles qu' il rencontre . Mais j' espère qu' il les surmontera . Et que l' Occident l' y aidera .

Assurément . Il a été formé , éduqué comme cela , sa vie a été faite de cela . Il se situe lui - même dans la tradition de Lénine . N' imaginons pas autre chose et intégrons cette donnée dans nos raisonnements . Mais l' histoire n' est pas écrite d' avance et ne s' est pas arrêtée en 1924 . Dans les années 90 , où nous sommes déjà , ce n' est pas à Lénine , mais à Gorbatchev qu' il incombe de saisir l' histoire à bras le corps . Il m' y paraît disposé .

Il montre sur les conflits extérieurs , locaux ou régionaux une réelle intuition . En 1985 , comme nous parlions de l' Afghanistan , j' avais perçu sa désapprobation quant à l' origine de la guerre et aux conditions dans lesquelles elle se déroulait . L' année suivante , il ne m' en a presque rien dit et s' est surtout attaché aux problèmes du Proche-Orient . Un peu plus tard , l' évacuation de l' Afghanistan était décidée . Sur chacun des conflits , il défend , - fût - ce âprement - ce qui n' étonnera personne , les intérêts de son pays . Au fond , il veut éliminer les risques de guerre , chaude ou froide , et se consacrer à ce qui est pour lui l' essentiel , la restauration économique de son pays et sa modernisation , ce qui suppose son ouverture au monde extérieur . Cette priorité est contrariée par le réveil brutal des nationalités à l' intérieur de l' Union soviétique et par la lourdeur de la machine qu' il dirige , la raideur de ses mécanismes . Il est donc très pressé . D' où les changements accélérés au sein de l' appareil soviétique , au bénéfice d' une nouvelle génération , et les initiatives multiples qui tiennent en haleine l' opinion internationale , sur le désarmement notamment . Oui , tout bien pesé , cette politique et ses suites constituent non seulement l' événement le plus important de la décennie , mais aussi de l' après seconde guerre mondiale .

Cette question vaut d' être posée . J' y réponds en cherchant sans fermer les yeux ni baisser la garde , à accroître ses chances de réussite .

Prodigieux . Nous assistons , là où cela paraissait le plus improbable , au retour de la liberté , comme en Pologne et en Hongrie . Nous vivons la puissance de la liberté , la force révolutionnaire de la liberté . Sautant par-dessus le Dix-neuvième siècle , on ne trouve de précédent comparable que dans le mouvement populaire de 1789 , chez nous . On pensait que la répression brutale finirait par l' emporter . Et c' est le contraire qui se produit . Songer à la puissance de l' armature monarchique française en 1788 . Elle n' a pas résisté 6 mois . De même , l' Union soviétique et chacun des Etats de l' Est ont les moyens matériels d' agir . S' ils ne le font pas , ou ne le font plus , c' est tout simplement parce que les valeurs de la liberté et l' espoir qu' elles suscitent sont plus forts que la force .

Parlons en termes précis . Pour moi , je l' ai dit , c' est la volonté du peuple allemand qui compte . Mais si la réunification occupe le rêve et la pensée des Allemands , ce qui est bien normal , le processus sera plus lent que certains ne l' imaginent . La volonté du peuple ne peut se passer de l' accord des Etats des Etats allemands comme des Etats garants du statut allemand . Vous pourriez m' objecter , à l' allure où va l' événement , que tout , demain , peut céder à la pression populaire , que la poussée peut vider de substance le système communiste , qu' en Allemagne de l' Est , une opération du type Solidarité peut se produire . Qui sait ? Certaines données restent pourtant incontournables . La Pologne réalise un renversement de situation catégorique , et pourtant le Premier Ministre , issu de " Solidarnosc " , monsieur Mazowiecki , n' a pas perdu de temps pour affirmer que son pays restait un allié fidèle de l' Union soviétique , au sein du Pacte de Varsovie . C' est que la question des frontières issues de la dernière guerre reste entière et ne se réglera pas dans un moment d' émotion , aussi compréhensible que soit cette émotion . Il faut prendre garde à ce que le processus engagé s' affirme démocratique et pacifique .

Ce qui est acquis est acquis , et l' histoire de cette fin de siècle n' a pas fini de bouger .

Ce qui est bon pour l' Europe , c' est qu' elle sorte pacifiquement , je le répète , de l' état qui est le sien depuis 1945 . Mais réfléchissons à ceci : nous vivions dans le cadre d' un ordre établi . Cet ordre était celui d' une Europe dépossédée d' elle - même . Cependant , comme tout ordre , il assurait un équilibre , et cet équilibre était celui qu' avaient réalisé entre elles les deux grandes puissances de l' Est et de l' Ouest . Une paix armée , mais la paix . Plus de place aux hasards . Cet équilibre là , on le connaissait , on y était habitué . Désormais , il faut en inventer un autre . Avant d' y parvenir , l' Europe traversera des turbulences , des crises . On aura grand besoin d' imagination et de sang-froid . Bref , les difficultés commencent . Ce qui n' ôte rien à la joie qu' on éprouve devant ce don du ciel - et des hommes - : la liberté en marche . Simplement , mieux vaut savoir que rien ne sera facile et qu' il est un autre bien précieux à préserver , la paix .

Au cœur de ce tumulte , rares sont les points fixes . L' Union soviétique , il serait fou de l' oublier , est toujours là . Quant à l' Europe de la Communauté , elle représente le seul pôle d' attraction possible pour les peuples en quête d' unité et de démocratie . Cette attraction a déjà joué , j' en suis convaincu , dans la rapide évolution de l' Est . J' attends que les pays européens occidentaux prennent davantage conscience de l' urgence qu' il y a pour eux à parachever leur entreprise communautaire . " Allez plus vite " , voilà ce que je leur demande , sinon ils seront entraînés dans le maelströmonsieur Cela , au demeurant , ne constituera qu' une étape car le véritable rendez-vous est celui qui verra l' Europe se reconnaître dans l' Europe et , d' où qu' ils soient , du Nord ou du Sud , de l' Est ou de l' Ouest , les Européens se redécouvrir .

Pour l' instant , nous vivons cette contradiction qui veut que les alliances restent ce qu' elles étaient , les puissances dominantes aussi , même si les commandes répondent de moins en moins , tandis que , arbitrairement coupée en deux , sa frontière intérieure passant en son milieu , séparant des systèmes philosophiques , politiques , économiques , sociaux , culturels , contraires sinon contradictoires , l' Europe tout entière s' est mise en mouvement . Maintenant les centres de pouvoir vont se multiplier . Chacun voudra obéir à sa loi . Nous allons traverser une période de grande tension . Je ne vois dans notre paysage immédiat qu' une rampe à portée de la main : l' Europe communautaire . Dépêchons - nous d' en solidifier les fondements et d' en accélérer la construction . Je m' y emploie .

Il va de soi que ces événements occuperont une large part de l' ordre du jour du Conseil du 8 décembre . C' est déjà entendu .

Le 8 décembre n' est pas loin . Ne cédons pas à l' énervement . Nous posséderons davantage d' éléments d' appréciation avec un peu de recul . Nous avons à faire un travail sérieux . Cela dit , des contacts incessants ont déjà lieu , avec les uns , avec les autres et j' ai invité les Douze le samedi 18 novembre , à Paris , afin de préparer utilement la suite .

Cette critique relève de la mécanique verbale qui sert de réflexion à ceux qui portent ce jugement . J' ai entretenu une relation active avec l' Est depuis longtemps , y compris à une époque où elle ne suscitait que la critique . Rappelez - vous la visite à l' Élysée de monsieur Jaruzelski , en 1985 , ma rencontre à Prague avec les dirigeants tchécoslovaques , à Sofia avec les dirigeants bulgares . Que n' ai - je entendu à l' époque ! Pour mes censeurs , ce n' était jamais le moment ! Je suis allé en visite d' État dans tous les pays de l' Est , à l' exception de la Roumanie , on peut comprendre pourquoi , et de la RDA , où je dois me rendre d' ici peu . La plupart de leurs responsables viennent à Paris . Le Premier Ministre , plusieurs Ministres et en premier lieu le Ministre des affaires étrangères ont multiplié les déplacements et les échanges , sans ménager leur peine . Nous disposons désormais d' un réseau serré de relations politiques , économiques , culturelles avec l' Est . Certes , nous avons besoin d' une implantation commerciale plus dense . Cela résultera d' un élan national auquel tous doivent concourir . Votre journal y contribuera en répandant mon appel .

Cela prouve qu' on ne joue pas avec les réalités nationales , ni avec les identités culturelles . L' Europe unie devra se souvenir de cette leçon .

Je suis frappé par le fait que ce sont surtout des jeunes entièrement formés par le système communiste qui se révoltent ou qui s' en vont .

Les questions liées à la démographie sont à placer au premier rang , vous avez raison de l' observer . Par exemple , il y aura 100 millions d' habitants d' ici peu en Afrique du Nord , alors que l' Europe fait peu d' enfants . Il y a là de nouveaux facteurs de déséquilibre qu' on ne peut ignorer . De plus les frontières sont poreuses . Mais vous remarquerez que s' il est juste et nécessaire d' interdire l' immigration clandestine , l' immigration autorisée , celle que l' on connaît , et que l' on accepte doit être appréciée en raison du marché du travail et de notre capacité d' intégration . Y a - t - il trop d' immigrés ? Par comparaison avec les époques antérieures , la proportion d' immigrés dans la population ne s' est pas sérieusement accrue . Mais elle a changé de nature . Hier il s' agissait d' immigration européenne , aujourd'hui elle est africaine et asiatique , c'est-à-dire qu' elle n' obéit pas aux mêmes critères culturels . Ce qui rend l' intégration plus difficile . Mais puisque vous me parlez d' identité nationale , je vous rappellerai que la France et son peuple sont eux - mêmes le produit de brassages permanents où se sont mêlés quantité d' éléments hétérogènes qui ont fini par fonder l' une des plus anciennes et des plus solides nations du monde . Je pense que la France a conservé cette vertu . Quoi qu' il en soit , quand on accueille des immigrés et quand on bénéficie de leur travail , on a le devoir de reconnaître leurs droits , comme on le fait à l' égard des travailleurs français et de mener une politique d' intégration active .

Sans aucun doute . Le Marché unique de 1993 exigera , entre Européens , l' harmonisation de nos lois .

Mais si , l' intégrisme est dangereux . Bien des pays musulmans s' en gardent . Ne soyons pas moins vigilants . Nous en avons le moyen .

Sûrement pas ! Ne confondons pas vigilance et intolérance . Notre société de droit est le plus solide rempart contre la violence qu' on tente de nous imposer . La position équilibrée qui vient d' être définie par Lionel Jospin dans l' affaire du foulard islamique s' inscrit dans ce contexte .

Oui , je le crois . Les partis qui s' inspirent du racisme pour agiter l' opinion sur ce point n' obtiennent , malgré tout , qu' une audience limitée , ce qui prouve que la France est un vieux pays civilisé qui dispose d' une grande capacité d' adaptation aux flux migratoires , à condition d' y rester attentif .

Oui , beaucoup .

Elle va mieux . Au point de vue économique d'abord . Ce n' est pas seulement dû au mérite de ceux qui gouvernent , mais aussi au fait que la crise se fatigue . L' usure du pouvoir existe ; celle de la crise également . Commencée en 1971 avec la rupture des accords de Bretton Woods et aggravée deux ans plus tard par le quadruplement du prix du pétrole , elle arrive à son terme . Les circuits se rallument un peu partout . Notre économie est correcte , avec des défaillances ici ou là que nous nous attachons à corriger . Notre industrie n' est pas suffisamment outillée , nos chefs d' entreprise ont , d' une façon générale , besoin de plus d' audace , d' esprit de conquête . Comme les pays colonisés , nous vendons le cuir de nos vaches , mais nous achetons des chaussures à l' extérieur ! Nous vendons des plaques d' acier , mais nous achetons des machines sophistiquées , comme celles qui servent à tirer nos journaux ! Pour changer cela il faut moderniser , oser . On y travaille , mais ça ne se fera pas en un jour . Qu' est - ce que la crise , sinon l' inadaptation d' une société aux avancées de la technologie ? Ni la métallurgie , ni la sidérurgie , ni le textile n' étaient dans la France de 1974 en mesure de supporter le choc des progrès techniques . La durée d' une crise de ce type correspond au temps que met un pays à s' équiper et à adapter la formation des femmes et des hommes aux industries nouvelles . De plus , nous ne disposons pas d' une industrie de la machine-outil capable de répondre à nos besoins . Si - en dépit des 400000 emplois créés en 1989 , record de ces quatorze dernières années - nous restons un pays à fort taux de chômage - plus de 10 % - c' est parce que nos équipements et nos méthodes de formation ont été plus lents qu' ailleurs à se moderniser . Une génération a été injustement sacrifiée à cause de cela .

Aussi , dès 1981 , nous sommes - nous attaqués avec vigueur à ce problème . En même temps qu' une politique sociale , la plus ambitieuse depuis le Front populaire de 1936 , nous avons entrepris de transformer les structures économiques et administratives . Je ne veux pas dire que rien n' avait été fait avant nous . Mais cela n' avait pas suffi à enrayer le mal . Maintenant on respire - et on avance . Notre monnaie se révèle capable de supporter les à-coups d' une économie mondiale encore trop anarchique . On a récemment voulu entraîner le franc dans un mouvement monétaire à partir d' une éventuelle réévaluation du mark . Nous avons relevé le gant . Parce que nous le pouvions . Cette situation est encore trop fragile pour que le gouvernement puisse mettre en œuvre tous les progrès sociaux qu' il est le premier à souhaiter . Poursuivons notre effort . Elle ira s' améliorant . Pour tous .

Glorification , non ! Pas par nous , en tous cas . Pardonnez cette vérité de La Palice : puisqu'on sort de la crise , il est logique que le pays gagne plus d' argent ! Je ne vais pas m' en plaindre . Je pense simplement qu' il convient de redistribuer les profits , de réduire carrément les inégalités gui sont grandes et dommageables à l' unité de la nation en même temps qu' aux progrès de notre économie . En 1981 , j' ai choisi une manière de compromis historique , l' économie mixte . Faire du Lénine en France , et soixante ans après , ça n' avait pas de sens . Le socialisme , tel que je le comprends , est une chance supplémentaire pour la liberté , pas le contraire .

Mais il est vrai que la société d' économie mixte n' a pas suffisamment fait bouger les structures qui entretiennent et protègent les privilèges et nuisent , de ce fait , à l' intérêt général , même si les réformes réalisées par le gouvernement Mauroy en l' espace de quelques mois ont été considérables , réformes poursuivies par Laurent Fabius et Michel Rocard . C' est le moment de persévérer , d' aller plus avant . J' ai été heureux , à cet égard , des mesures prises récemment , entre autres choses , pour l' éducation et le logement . D' autres chantiers , très vastes , s' ouvrent à nous .

Je pense en particulier à la Fonction publique et à l' extension des lois Auroux dans le secteur privé , qu' il conviendrait d'abord d' appliquer , comme l' a voulu le législateur . Il y a là quantité de mesures d' ordre qualitatif qui sont a notre portée et qui s' imposent .

C' est pour moi une obligation politique et morale impérieuse que de répondre à l' attente de ceux qui vivent difficilement au sein d' une société prospère et qui sont le plus grand nombre .

Si la RFA . était dirigée par des socio-démocrates , les Allemands de l' Est s' y rendraient aussi bien . Cet exode se fait vers la liberté plutôt que vers l' argent . C' est vrai qu' on produit plus quand on est plus libre . Toutes les ressources de l' intelligence et de l' initiative peuvent être exploitées dans une démocratie alors qu' elles ne le sont pas quand s' exerce le pouvoir absolu d' une hiérarchie étroite où personne n' est responsable de rien , ni de soi - même .

Cela dit , je constate que les pays tombés dans le dogme du libéralisme ne tiennent pas non plus la route . Les inégalités y sont criantes , impitoyables , la pauvreté sans recours et les antagonismes s' exaspèrent . Je n' ai jamais eu la conception d' un Etat dévorant qui ferait tout aux lieu et place des individus , contrairement à la théorie que me prêtent certains . Mais , je crois aux devoirs de la puissance publique , à son rôle nécessaire , irremplaçable . L' économie mixte est une recherche d' équilibre intérieur où l' Etat s' affirme pendant que , dans le même moment , l' initiative privée se développe , afin que s' allient et se complètent les facteurs de réussite .

Je le pense . Si vous laissez nos sociétés s' abandonner à la loi de la jungle libérale - dans le sens économique du mot - , avec - c' est la logique du système - une minorité de surpuissants et une multitude de bas salaires et de bas revenus , vous entrerez dans une phase de troubles généralisés . D'autant plus que ce libéralisme est un faux-semblant dans beaucoup de pays qui . se réclament de cette doctrine . Chez nous , par exemple , le tempérament français est étatiste jusqu' à l' excès . C' était le cas de Colbert , de Bonaparte , des Jacobins , comme de la IIIème République . On n' a pas attendu les socialistes pour cela ! La bourgeoisie dite libérale est étatiste , ou si vous voulez , dirigiste . De gauche ou de droite , le tempérament français est ainsi fait .

Aussi quels que soient l' époque , le système , l' idéologie en place , donner à ce tempérament plus de champ est risqué . C' est pourquoi en 1981-1982 nous avons décidé à la fois des nationalisations - vous remarquerez qu' elles ont toutes économiquement réussi , on le constate aujourd'hui - et la décentralisation qui avait , pour les raisons que je viens d' exposer , valeur de contre-pouvoir . Il s' agissait de donner plus de souplesse à nos institutions , de multiplier les centres de décision , de diffuser la responsabilité au plus prés des réalités et sur le terrain . On salue depuis lors la décentralisation comme une réforme déterminante , la plus importante depuis Napoléon Bonaparte , pour ce qui touche aux structures de la République . On a raison . A mes yeux , la décentralisation est une donnée majeure du changement qui s' est opéré pendant la décennie des années 80 . J' observe avec amusement ceux qui ont voté contre en 1982 s' en faire les chevaliers servants et titiller ceux qui ont voté pour , accusés de n' en pas faire assez . Voilà une saine concurrence ! Eh bien , je vais dans leur sens et crois le moment venu de mettre à plat , comme on dit communément , le bilan de la décentralisation , ses réussites , ses ratés . De la pousser plus loin là où il faut . Parallèlement , il conviendra de réexaminer les rôles respectifs des institutions qui en ont la charge , Etat , régions , départements , notamment de réaliser dans les conseils généraux où l' on dispose désormais de budgets importants une péréquation démographique pour déterminer une plus juste représentation des cantons . J' aimerais que ces réformes ou qu' une partie d' entre elles , fussent adoptées dès la prochaine session parlementaire c'est-à-dire à partir d' avril 1990 .

Vous posez là un vrai problème . L' Ecole Nationale d' Administration - ENA - , les grandes écoles , les grands corps de l' Etat sont de remarquables outils de formation dont on peut difficilement se passer . Mais , puisque vous me parlez de moi , je m' attache à diversifier le recrutement de mes collaborateurs en les choisissant aussi bien dans l' université , dans les milieux professionnels , et même hors de tout cursus honorum , au gré de leurs qualités personnelles . Mais je reconnais que la tendance aidant et par souci d' efficacité et de commodité , il est difficile d' échapper à une sorte d' encerclement . Je m' efforce de distinguer ceux qui m' entourent par la connaissance qu' ils ont de la réalité française . Il n' empêche qu' un danger d' uniformisation existe , uniformisation qui apparaît dans une façon de s' exprimer , de rédiger , de s' habiller , de se distraire . Cela résulte de la formation que reçoivent nos hauts fonctionnaires selon des critères invariables . Les avantages de cet état de choses sont grands . Les inconvénients aussi . Je pense qu' afin d' éviter un appauvrissement des tempéraments et des manières de faire , il serait bon de concevoir une décentralisation du recrutement , une réforme des critères de sélection . On pourra dire alors que la décentralisation est entrée dans nos mœurs .

Je ne sais pas . Cherchons . Peut-être mon élection de 1981 ?

Ceci découle de cela . 1981 a réalisé la première alternance de la Vème République et , par la double victoire présidentielle et législative des socialistes , la première alternance réelle depuis 1936 . On s' était déshabitué de ce type de situation au point que ceux qui gouvernaient s' y croyaient appelés par je ne sais quel décret divin ou quelle loi de la nature . Ils n' ont pas tout à fait cessé de penser que le pouvoir , dès lors qu' il leur a échappé , a quelque chose d' illégitime . A cet égard , l' élection présidentielle de 1988 a mis à mal cette présomption ! Mais là encore , la France se porte mieux . L' alternance est l' oxygène de la démocratie . Je vous en parle en connaissance de cause puisque j' ai eu à gérer trois alternances en 7 ans : 1981 , 1986 , 1988 . Tous compte fait , cela s' est plutôt bien passé .

Tout est possible . Mais on passerait alors de l' alternance au tournis .

Changer d' aile , comme on dit au rugby , est sain si l' on n' en abuse pas . C' est comme ça qu' on marque des points . Il me semble que les Français vivent moins crispés , d' une famille politique à l' autre . Les relents de guerre civile qui accompagnaient depuis trente ans nos débats s' estompent . Il y a moins de sectarisme . On sait davantage dans les grandes circonstances que l' on appartient au même pays . Par rapport aux années que j' ai connues après 1958 , il faut ranger cette décrispation , même relative , parmi les apports principaux de cette décennie .

Pas le moins du monde . D'ailleurs , hors quelques grands et rares sujets où tout le monde se retrouve , ou est le consensus ? Ne le regrettons pas . Je ne vois pas comment une société avancerait sans pensées maîtresses , sans objectifs majeurs , ce qui conduit naturellement au choc des idées , des projets . Ne vous inquiétez pas pour notre démocratie . Elle est bien vivante . Ce n' est pas parce que l' opposition ne semble pas encore revenue de sa déconvenue de 1988 qu' elle en restera là . Elle compte des hommes de talent et des équipes de relève . Sans doute la confusion chez elle prévaut - elle au point de nous empêcher de distinguer son paysage . Mais je ne me fais pas de souci pour elle . Elle rebondira et la majorité du même coup retrouvera ses marques . Il serait saugrenu en tout cas qu' on me reproche les défaillances de l' opposition . Je ne peux quand même pas me mettre à sa place !

Oui , la France en a beaucoup souffert .

Qu' appelez - vous impuissance ? Atteindre le terrorisme , dont la technique est de se perdre dans la masse , est très ardu . Malgré cela il a échoué et échouera . C' est cela le fait principal . Il n' a pesé sur aucun des grands choix politiques , nulle part . Pas même en Colombie où le terrorisme des narco-trafiquants ne parvient pas à faire reculer le pouvoir .

En le vidant d' utilité . En refusant tout compromis . En disposant de services de sécurité et de renseignement formés à ce type de combat . En faisant front devant l' épreuve .

Je ne serais pas complet si je ne retenais pas parmi les changements notables de la décennie en France l' impact de la politique culturelle : la créativité partout , un certain air de fête , l' envie de dire , de lire , d' inventer , la recherche redevenue priorité de la nation , le réveil de l' architecture , la musique dans la rue autant que dans ses temples , Paris marché de l' art .

Oui . Je citerai l' envoi de nos soldats au Tchad et au Liban , mon discours de Bonn sur les euromissiles , le choix de 1983 pour le maintien du franc dans le système monétaire européen , le départ de Pierre Mauroy - et j' en passe !

Heureusement ! Comment oublier la suppression de la peine de mort , la poignée de mains de Verdun , le voyage en Israël , l' Acte unique de Luxembourg , l' élargissement de la Communauté européenne à l' Espagne et au Portugal , la libération d' otages , l' Euréka technologique . J' arrête là . Je ne suis pas encore à l' heure d' écrire mes mémoires .

Je ne suis pas enfermé à l' Elysée . Je vois mes amis . Je vais au théâtre , au cinéma . Je parcours les chemins que j' ai toujours connus : la Nièvre , la Charente , les Landes . Là , il n' y a entre les Français et moi ni préfet , ni gendarmes ni journalistes . Je regarde . J' écoute . Les gens , les choses , les heures , les saisons . J' ai grand plaisir à retrouver mes anciens camarades d' enfance - qui se font rares - , d' études , de guerre , de politique . J' ai toujours appris d' eux . Je continue malgré les vides , les départs . Mes enfants me renvoient l' écho de leur génération . Bref , je ne me plains pas de mon sort et j' accomplis ma tâche . abstraite , avec une vraie passion des joies et des peines réelles qu' éprouvent mes proches et aussi les autres , qui sont le peuple français . Qu' est - ce que ça donne finalement ? A vous d' en juger .

Mais cela ne marche pas toujours et je sens parfois que j' ai besoin de rattraper le temps qui va , qui va plus vite que moi . Je me méfie alors de la sclérose qui me guette comme elle guette tout ce qui vit . Si je perds du terrain , il faut me le dire . J' essaierai . Croyez - moi , je reste disponible . La critique , je la reçois comme chacun , plutôt mal . J' ai toujours le sentiment d' une injustice . Jusqu' à ce que je me convainque qu' elle n' a pas forcément tort . Ca arrive . Donc la critique me fait du bien . On admettra que je suis servi . Voyez , tout se conjugue pour m' empêcher de me rouiller . Vive la démocratie ! c' est la meilleure médecine contre " le pouvoir abstrait " .

Evidemment non . Il faudrait écrire un livre à plusieurs tomes . Par exemple j' ai abordé ce sujet en choisissant les transformations de l' Europe . J' aurais pu aussi bien évoquer le désarmement puisque c' est la première fois qu' on va dans ce sens , l' expansion japonaise , les victoires de la démocratie - Amérique latine , Philippines et maintenant l' Est de l' Europe - , la prise de conscience écologique , et , dans d' autres domaines , les progrès de la biologie ou de la physique dont les effets se font déjà sentir dans notre vie collective . Et ainsi de suite .

Je ne pense pas que l' histoire aille aujourd'hui plus vite qu' au temps de Jules César , de Christophe Colomb ou de Condorcet . Il est cependant certain que nous recevons davantage d' informations sur ce qui se passe dans le monde . Et il est aussi clair que les actions de tous sont de plus en plus complexes et interdépendantes .

A nous de savoir dégager l' essentiel pour laisser aux générations à venir un monde moins pollué , plus libre , plus pacifique donc plus responsable . Mais je vois que nous revenons à notre point de départ !

Rechercher un autre mot
Ses mots préférés
Les mots les plus spécifiques de son discours
décennie
décentralisation
étatiste
mixte
guette
oser
rares
choisissant
alternance
uniformisation
remarquerez
sinon
attraction
défaillances
critique
réveil
catégorique
achetons
tempérament
liberté
vendons
pesé
soviétique
communautaire
numéro
critères
recrutement
publiée
cédons
crispés

MESURE DU DISCOURS - Logométrie - Mentions Légales - UMR 7320 : Bases, Corpus, Langage - Contact