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Mais l' unification , quelle que soit la forme qu' elle prendra , entraînera des conséquences auxquelles la France est directement intéressée : le contenu du règlement de paix , la fixation des frontières , l' intégration dans la Communauté , le stationnement des forces armées , l' état des alliances .

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F. Mitterrand - 14 février 1990

Ce serait beaucoup dire . Le pluripartisme , la démocratie représentative , des élections libres constituent autant d' échéances qui ne pouvaient être éludées par l' Union soviétique dès lors que les pays qui vivaient en Europe sous son influence directe ont , chacun pour soi , commencé d' accomplir cette évolution . Ce seront des étapes difficiles à franchir pour le successeur de Lénine , Staline et Brejnev , héritier d' un système clos . Il y semble prêt .

Une situation donnée , l' échec dramatique du régime soviétique et de sa société , a produit un homme d' envergure capable d' exprimer les nouveaux besoins et d' en tirer les conséquences jusqu' à leur terme . Quelle que soit la suite des événements , Mikhail Gorbatchev aura modifié le cours de l' histoire .

Elles découlent de sa connaissance très aiguë de la réalité de son pays et du système dont il est aujourd'hui responsable . Devant le délabrement des institutions , l' étouffement des libertés et le désastre économique , je pense qu' il a longtemps réfléchi , là où il se trouvait , et qu' il s' est dit , approchant du pouvoir : " le jour où je le pourrai , j' agirai " . Son action présente résulte de l' expérience vécue . Je me souviens de ce qu' il m' avait confié lors de sa première visite à Paris , en 1985 : " Nous avons besoin de démocratie "

Peu et beaucoup à la fois . Peu , sinon rien , pour les réformes politiques et institutionnelles propres à l' URSS , par exemple le problème des nationalités . Beaucoup pour que l' économie prenne un nouveau tour . Ce dont l' Union soviétique manque le plus , par exemple , c' est de cadres formés aux disciplines modernes et aux lois du marché . D' où le projet communautaire d' une fondation européenne pour la formation de ces cadres . Elle verra bientôt le jour . Doivent aussi être fournies les aides , notamment alimentaires , que commande l' urgence , ainsi que les concours financiers , puissants et à long terme que permettront des institutions comme la Banque pour la Reconstruction et le Développement de l' Europe de l' Est , initiative française . J' espère aussi que se multiplieront sur place les entreprises mixtes entre l' URSS et les pays occidentaux . Il est aussi des façons indirectes d' aider monsieur Gorbatchev . En premier lieu par le désarmement et l' établissement d' un climat de paix et de coopération en Europe qui incitera les pays d' Est et d' Ouest de notre continent à consacrer leurs investissements à des fins productives .

N' oublions pas que nous avons vécu , avec la chute du Mur de Berlin , des moments magnifiques . C' était vraiment l' histoire et quelle histoire : la victoire de la liberté qui s' écrivait sous nos yeux . L' accélération des événements ne change rien aux principes dont il convient de s' inspirer . Je ne pose pas plus de préalable aujourd'hui qu' hier à l' autodétermination des Allemands . L' unification relève essentiellement de leur volonté , de leur choix . C' est un droit fondamental . Cela dit , les Allemands doivent tenir compte des engagements qui nous lient les uns aux autres , du devenir de la Communauté , de l' équilibre européen . La déclaration votée à l' unanimité des douze pays de la Communauté , le 8 décembre 1989 à Strasbourg , l' a utilement rappelé .

Oui .

L' unification , faut - il le répéter , est d'abord l' affaire des Allemands . Mais les 4 puissances " ont des compétences reconnues dont je n' imagine pas qu' elles useront sans débattre avec les Allemands .

Elle peut l' être à tout moment sous la forme que je viens d' indiquer .

D'autant plus que vous m' avez déjà posé cette question et certains journaux allemands et français l' ont reprise sur un mode polémique . Essayons de la clarifier . S' il s' agit de l' unification des deux Etats allemands , il est normal et conforme aux accords que la France exprime son avis . C' est ce que j' ai fait en estimant qu' il appartenait avant toute chose au peuple allemand d' en décider démocratiquement . Ce qui sera probablement le cas cette année . Comment ? De la simple communauté contractuelle à l' absorption de la RDA par la RFA en passant par la confédération ou la fédération . Les hypothèses sont multiples ; Qui ne comprendrait les aspirations à l' unité de ce peuple si longtemps divisé ? Français , c' est pour cela que j' ai pris part aux combats de la Résistance quand la France était occupée et divisée par la force allemande . Il serait injuste de tenir les générations actuelles pour responsables d' un passé vieux d' un demi-siècle . d'autant plus que , réconciliés , Français et Allemands ont bâti depuis cette époque une solide amitié . Que les Allemands sachent bien que je forme , comme la majorité des Français , des vœux fraternels pour que s' accomplisse heureusement leur destin . Mais l' unification , quelle que soit la forme qu' elle prendra , entraînera des conséquences auxquelles la France est directement intéressée : le contenu du règlement de paix , la fixation des frontières , l' intégration dans la Communauté , le stationnement des forces armées , l' état des alliances . Mon devoir est en toutes choses de veiller à la sécurité et aux intérêts fondamentaux de la France .

Réunifiés , 80 millions d' Allemands pèseront lourd et lorsque la Prusse et la Saxe se mettront à l' ouvrage , on en entendra parler . Mais la France ramassée derrière ses frontières naturelles , forte d' une grande histoire , riche de son rayonnement culturel , d' un bon état de santé économique , de son rôle international capable d' assurer sa propre sécurité , supportera la comparaison . Elle la supporte depuis 10 siècles .

Je ne pense pas que les Allemands soient prêts , après 45 ans de vie démocratique , ou venant d' y accéder , à y renoncer .

La Communauté , certainement . Les alliances se justifient parce qu' elles ont des adversaires . Quels seront les adversaires dans 10 ans ?

En cas d' Etat unique , l' acte juridique d' adhésion ne serait pas nécessaire . Les pays membres de la Communauté auraient à en évaluer les conséquences et à en décider les modalités ; Jacques Delors en parlera prochainement .

Bonne si elle accélère le mouvement , mauvaise si elle le retarde .

Le Chancelier Kohl rappelait récemment cette formule d' Adenauer : " l' unité allemande sous le toit européen " . Je n' ai pas de raison de douter de la parole des dirigeants allemands . Je pense que l' accélération du processus inter-allemand doit être accompagnée par l' accélération du processus européen . Pourquoi attendre décembre , par exemple , pour réunir la Conférence intergouvernementale prévue à cet effet ? Je fais confiance au Premier Ministre irlandais monsieur Charles Haughey , et au Premier Ministre italien monsieur Andreotti , actuel et prochain présidents de la Communauté , pour aviser à ce sujet .

380000 soldats soviétiques en Allemagne de l' Est , un peu plus de soldats de l' Alliance atlantique en Allemagne de l' Ouest , y compris les 4 zones de Berlin , telle est la situation d' aujourd'hui . Demain , une frontière militaire et des armées face à face , en temps de paix , à l' intérieur d' un pays unifié , voilà qui serait étrange et peu durable . Il appartiendra aux membres des deux alliances d' en décider , et à ceux de la Conférence pour la Sécurité et la Coopération en Europe - CSCE - de s' exprimer . De toute façon , il serait sage du côté atlantique de marquer , dès maintenant , l' intention de ne pas avancer les défenses de l' OTAN au-delà des limites actuelles , en attendant l' accord général qui intégrera dans l' équilibre des forces les nouvelles données venues de l' Europe de l' Est .

Oui en liant les deux termes unification - neutralisation . Mais ni l' Allemagne de l' Ouest ni les pays membres de L' OTAN n' y consentiraient .

Neutre , pourquoi ? Neutre comment ? Les deux Etats allemands ont leur armée , comme tout pays souverain . La RFA s' est engagée à ne pas détenir d' arme nucléaire . Que demander de plus ?

Les dispositions d' ordre militaire découlent des décisions politiques .

La RFA agira comme elle l' entendra . La France dispose d' une stratégie autonome parce qu' elle possède l' arme atomique . Pas l' Allemagne .

Oui . Et depuis les événements de l' Est , avec plus de force .

L' Union soviétique a fait la proposition d' un sommet à 35 cette année . La France a aussitôt donné son accord . On l' en a critiquée . Mais les oppositions se sont résorbées . La conférence aura donc lieu . A Paris ? Nous l' avons suggéré . l' essentiel est qu' elle ait lieu .

Qu' elle justifie son nom et son objet : servir à la sécurité et à la confiance en Europe . En mettant notamment à son ordre du jour les questions qui découlent du rapprochement des deux parties de l' Europe et en hâtant l' accord sur la réduction des armements conventionnels .

Un accord fondé sur la diminution des armes entraînera la diminution du nombre de ceux qui les servent .

Naturellement .

Le respect des frontières doit être accompagné de mesures propres aux minorités enfermées dans ces frontières . N' oubliez pas que les accords d' Helsinki protègent aussi les droits de l' Homme , le droit des gens .

L' idée est simple . les pays de l' Est qui retrouvent leur liberté et une pleine souveraineté et qui vont tenter de reconstruire leur économie ne voudront être ni isolés , ni assistés . Ils n' aspireront pas , du moins pas maintenant , à adhérer à la Communauté et celle - ci n' y serait pas prête . Se contenteront - ils d' accords régionaux , entre eux , et d' accords d' organisation avec les Douze ? Leur dignité et leur intérêt n' y trouveront pas leur compte . Resteront - ils dans le cadre du COMECON à dominante soviétique ? C' est peu probable . Alors où ? Le 31 décembre dernier , adressant mes vœux aux Français , j' ai exprimé le souhait de voir se constituer dans les années qui viennent une confédération qui regrouperait les nations démocratiques de notre continent au sein d' un organisme commun et permanent traitant , pour commencer , des échanges économiques et culturels et de la sécurité mutuelle , et où se retrouveraient régulièrement les ministres des Affaires étrangères . Ce serait offrir à ces nations une grande perspective . Ainsi prendraient - elles clairement conscience de leur identité européenne et de leur solidarité naturelle , au sein d' une institution où les partenaires seraient égaux en droit .

La confédération donnerait un contenu politico-juridique à la maison qu' il faut construire .

Non . Ce même 31 décembre j' ai insisté sur la nécessité et sur l' urgence d' un renforcement préalable des structures de la Communauté . Ce qui se passe à l' Est m' enracine dans cette conviction . La Communauté est une réalité , la Confédération , un projet .

Oui . Pour partie . Le Conseil de l' Europe , la CSCE , Euréka et de nombreuses institutions spécialisées . Aussi , dans un premier temps , s' agit - il de les valoriser , de leur donner toutes leurs chances . Si elles couvrent tout le terrain , tant mieux . Un bon bout de chemin sera fait . Le reste viendra plus tard .

Ce que j' en ai dit jusqu' ici a suffi à intéresser la Pologne , la Hongrie , l' Allemagne fédérale , la Tchécoslovaquie , qui l' ont publiquement déclaré . Si quelqu'un propose une idée meilleure , je serai le premier à m' y rallier . L' essentiel pour moi est que l' Europe reprenne sa vraie place dans le monde , après son autodestruction des deux guerres mondiales .

Bref , j' attends des Européens qu' ils aient dans la tête , comme moi - même , cette paraphrase d' un mot fameux : " Que l' Europe se fasse elle - même " .

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