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Mais c' est la première apparition , après la Charte sociale qui est restée quand même imprécise , c' est la première véritable apparition du droit social européen dans le traité de Maastricht , et le traité de Maastricht est encore en cours de ratification .

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F. Mitterrand - 1er mai 1992

Je travaille à peu près tous les jours ; je ne prends pas beaucoup de vacances chaque année le temps du repos nécessaire , et d'autant plus que j' aime travailler et accomplir la mission pour laquelle j' ai été élu .

Donc pour moi cela ne représente aucune peine , je dirai presque au contraire , de me trouver avec vous ce matin .

C' est tout à fait une question judicieuse . j' ai ma façon de revendiquer , c' est de m' efforcer de transformer les lois et les mœurs lorsqu' elles me paraissent nuisibles à l' ensemble des travailleurs .

Le chômage s' est installé à partir de 1974 , il a constamment augmenté pour atteindre , non pas les trois millions , mais pas loin , de telle sorte qu' on a le droit de s' interroger sur cette perspective . Je pense qu' elle sera évitée , je pense même qu' il y aura une décrue , mais tout cela est de l' ordre de la supposition . On se bat pour que le chômage baisse en France et nous avons quelque espoir d' y réussir .

Eh bien je le crois vraiment . La façon dont je vois travailler le gouvernement , comme celle dont j' ai vu travailler le gouvernement précédent me laisse absolument bon espoir , je dirai plus la certitude qu' on devrait y parvenir .

Vous savez que quand le 1er mai a été décidé , il n' y avait pas du tout d' Europe sociale .

. Il a été décidé par le Congrès de l' Internationale Socialiste en 1889 . Déjà en 1884 , on avait décidé , je crois que c' était à Chicago , de se battre pour la journée de huit heures de travail , 5 ans après , on a donc décidé de célébrer le 1er mai . Cela n' est devenu , je crois , une fête officielle en France , avec jour férié , qu' à partir de 1947 , mais constamment il a fallu se battre pour obtenir les droits les plus légitimes . Vous savez , aucun droit social n' a été atteint d' emblée . Il a toujours fallu se battre de diverses manières , aujourd'hui , c' est quand même plus heureux , d' une manière légale et dans le cadre des institutions , mais cela a été un combat extrêmement difficile .

Alors aujourd'hui on peut dire que c' est un peu dispersé , beaucoup de pays n' y ont pas pris part , mais l' Europe sociale a commencé de naître . J' ai demandé moi - même à ce qu' elle put exister dès 1981 lorsque je me suis trouvé à mon premier Conseil européen , c' était à Luxembourg , et j' ai souvent vu que j' irritais certains partenaires et j' en ai fait sourire , cela paraissait une idée dérisoire .

Je me souviens qu' un seul chef de délégation , à l' époque le Chef du gouvernement danois , m' avait soutenu , tous les autres avaient trouvé cette idée absurde et dangereuse .

Eh bien , quand même , en 1989 , j' ai pu obtenir , alors que je présidais le Conseil Européen qui se tenait à Strasbourg , la reconnaissance d' une charte sociale et le traité d' aujourd'hui , le traité de Maastricht , comporte beaucoup de mesures sociales extrêmement intéressantes , je suppose qu' on en reparlera .

Mais je serais le premier à le regretter . L' Europe s' est fondée sur des données économiques , la communauté de l' Europe , la fameuse Communauté européenne des Douze , s' appelle Communauté économique européenne , et c' est autour de cette compétition entre ces pays et de l' harmonisation de leurs intérêts progressifs que peu à peu l' Europe s' est construite .

A l' époque , on ne parlait pas du tout du reste , et c' est pourquoi nous sommes un certain nombre à avoir estimé qu' il n' était pas possible de développer une Europe de marchands , une Europe du commerce , une Europe économique , - ce qui n' a rien de méprisable , mais qui est loin d' être suffisant - sans avoir en contrepartie une Europe sociale , qui donne la possibilité de développer les droits des gens , des travailleurs de toute sorte , ainsi qu' une Europe politique qui ait une vraie direction , et l' Europe monétaire , qui est l' instrument , et la clé d' une harmonisation économique .

Mais c' est la première apparition , après la Charte sociale qui est restée quand même imprécise , c' est la première véritable apparition du droit social européen dans le traité de Maastricht , et le traité de Maastricht est encore en cours de ratification .

Vous avez raison de préciser cela , il faut que nos auditeurs le sachent : le traité de Maastricht est signé par douze pays , mais la Charte sociale n' est signée que par onze . Alors , comme la Grande-Bretagne a fait opposition , les onze autres se sont réunis et ont décidé de voter un traité d' union sociale .

Vous ne pouvez pas dire cela , et si vous voulez on peut en parler d' une façon plus concrète . L' un des sujets les plus importants tient au fait de savoir dans quelles conditions on décide : est - ce qu' on décide à douze , à onze ? Est - ce qu' on décide à l' unanimité ? L' unanimité permet à chaque pays de disposer d' un droit de veto , d' empêcher l' adoption d' une réforme qui ne lui plait pas . Ou bien décide - t - on à la majorité ? Ce qui permet , en effet , à l' Europe de se constituer plus solidement , d' exister vraiment .

Eh bien , des dispositions figurent aujourd'hui pour cela dans le traité de Maastricht . Vous pouvez décider à la majorité de choses très importantes . qui touchent à la santé , à la sécurité des travailleurs , à leurs conditions de travail .

Le traité de Maastricht élargit à l' ensemble de l' Europe , au Luxembourg , en Grèce , en France , en Espagne , et cetera - la discussion sur les conditions de travail , l' information et la consultation des travailleurs . Cela m' avait été demandé avec beaucoup d' insistance par les syndicats européens et en particulier par les syndicats français qui sont venus me voir à l' époque .

L' égalité entre les femmes et les hommes , l' intégration des personnes exclues du marché du travail , tout cela peut être décidé à la majorité . si le traité de Maastricht est adopté .

D' autre part , l' unanimité demeure nécessaire dans d' autres domaines . On ne pourra pas disposer de la protection sociale , de la sécurité sociale française , sans l' accord de la France .

Précisez !

Non , les rémunérations , c'est-à-dire les salaires , le droit de grève , sont hors compétences de la Communauté européenne . Cela reste du droit national .

Je ne m' en contente pas ! Je vous ai dit tout à l' heure qu' il n' en avait jamais été question avant l' arrivée d' un pouvoir socialiste en France , c'est-à-dire avant 1981 . En 1989 , sous présidence française , le principe d' une Charte sociale a été adopté . Puis à Maastricht , nous avons été quelques-uns à peser lourd pour que l' Europe sociale commence à naître .

Vous m' interrompez là dessus , mais je viens de répondre à votre question . Il y a simplement onze ans que cela a commencé , on a marqué un avantage en 1989 , on le marquera beaucoup plus avec Maastricht , mais il faudra continuer .

Quand je disais : l' Europe sera socialiste ou ne sera pas , c' est ma conviction , c'est-à-dire qu' il y aura vraiment une Europe sociale mêlée à une Europe économique , c' est indispensable si l' on veut que l' économie marche , il faut que le social fonctionne , il faut qu' il y ait la contribution enthousiaste , volontaire de tous les travailleurs de tous nos pays , sans quoi tout cela tombera par terre , mais c' est une œuvre de longue haleine .

Croyez - moi , on va continuer à se battre et si on n' a pas plus avancé , c' est précisément parce que la dominante européenne , pas la totalité , mais la quasi unanimité des pays européens obéissent aux lois , aujourd'hui , de ce qu' on appelle le libéralisme économique .

Mais , comment , ce n' est prêt de changer ? Vous n' en savez rien , en tout cas tout combat politique se mène avec l' espoir d' aboutir et pourquoi voulez - vous qu' on ne réussisse pas à faire dans l' Europe ce qu' on a réussi à faire en France ?

Quand , en 1958 , ceux qui gouvernaient à l' époque disaient : on est là pour trente ans , ils se sont trompés . non , cela n' a pas duré trente ans , un Président de la République socialiste a été élu et des gouvernements socialistes gouvernent la France depuis 9 ans .

Je dis 9 ans , parce qu' il y a eu deux ans d' interruption sur onze !

Je remplissais mes fonctions . J' avais une majorité politique différente en France , mais je suis respectueux de la démocratie parlementaire .

Mais pas du tout , puisque les dispositions que je viens de vous indiquer figurent dans un traité , elles sont donc applicables à tous les pays de la Communauté , sauf pour l' instant à la Grande-Bretagne .

Ce que je voudrais , c' est que tous les droits des travailleurs dont nous disposons en France , qui est le pays le plus avancé des Douze sur ce terrain là , se généralisent . C' est difficile , parce qu' il y a des pays , y compris les pays dans lesquels on pratique des politiques de progrès , je pense à l' Espagne à direction socialiste , qui ne pourraient pas suivre dès maintenant l' ensemble des dispositions sociales pratiquées en France , parce qu' ils n' en ont pas les revenus , ils n' en ont pas les moyens .

Donc , je souhaite développer dans l' Europe une législation comparable , peu à peu , à mesure qu' il y aura des progrès économiques , à celle de la France . Et , d' autre part , il n' est pas interdit , il est même recommandé à chacun des pays de faire plus que ce que permettra la charte sociale : on ne pourra pas faire moins , mais on pourra faire plus . On garde entièrement son dispositif social et on pourra même l' améliorer sans rien demander à personne .

Aujourd'hui , pratiquement peu de choses , parce que , je le répète , nous sommes les mieux placés , mais il y a de prévu dans le traité déjà un certain nombre de dispositions sur la circulation des travailleurs , sur la reconnaissance mutuelle des diplômes , sur la formation professionnelle et la formation continue , il y a certainement de bonnes idées , de bonnes réalisations à prendre ailleurs .

Je pense que ceux qui disent qu' il y aura davantage de chômeurs commettent une erreur fondamentale . C' est leur passion politique qui les pousse à dire cela .

Pourquoi ? Parce que le seul effet mécanique de la réunion de douze pays sans frontières et sans barrières , cela représente déjà une économie considérable de paperasseries , de difficultés administratives . Simplement sur le plan de l' argent , si vous voulez changer votre argent avec les monnaies des onze autres pays , sans avoir dépensé un sou , il ne vous restera qu' une petite partie du billet que vous aviez au départ , simplement parce que , à chaque frontière franchie , il a fallu en laisser un morceau .

Tout cela est absurde . Moi , je suis de l' avis de Jacques Delors , il a raison lorsqu' il pense que dans les années prochaines , la Communauté européenne , parce qu' elle existe , devrait permettre de gagner trois à 4 millions , il dit même cinq , d' emplois .

" Un certain nombre de protections " , c' est à dire ?

Il n' a pas rencontré l' approbation du Ministre du Travail , Martine Aubry , comme vous le savez , vous en avez parlé vous - même .

La fermeté , certainement .

Mais parce qu' elle a raison , on doit défendre les travailleurs. . Enfin , est - ce qu' il est supportable , et de ce point de vue je rejoins absolument la polémique suisse , de penser que les grandes Compagnies , les grandes entreprises , affichent chaque année des résultats très favorables , alors qu' en même temps elles licencient leurs personnels ? Qu' elles s' arrangent au moins pour que leurs personnels licenciés reçoivent leur part du profit enregistré .

Que les sociétés capitalistes gagnent , - quand c' est le cas , beaucoup , et que les travailleurs perdent , est l' insupportable .

Bien entendu , mais on ne leur demande pas cela . On leur demande simplement d' être justes et de considérer que leurs bénéfices ne sont pas simplement les leurs , mais appartiennent tout autant à toux ceux qui participent à l' entreprise , les ouvriers , les employés , les cadres .

Je ne suis pas le patron de ces entreprises !

Non , non , c' est une lutte constante . Nous prenons des dispositions législatives . Le Ministre du Travail multiplie les interventions . Nous disposons quand même d' un appareil d' Etat important . Nous rencontrons beaucoup , et nous avons raison , les organisations syndicales . C' est une bataille de tous les jours .

Mais jamais de la vie ! il faut qu' elles gagnent des marchés pour distribuer les salaires . Seulement , je voudrais que les bénéfices ne profitent pas qu' à quelques-uns .

Oui , c' est tout à fait dramatique . J' ai en effet cette pensée . Je connais bien Georges Bush , c' est un homme bienveillant , généreux , qui relève d' une théorie politique extrêmement conservatrice . La société américaine est conservatrice et , comme on dit , économiquement libérale . On en voit ici quelques résultats .

Ce qui est vrai , c' est qu' il s' agit d'abord d' un conflit racial et que ce conflit racial épouse comme toujours les contours sociaux . C' est à la fois un problème racial et social . Ce sont ceux qui sont en situation diminuée sur le plan racial qui sont en même temps en situation difficile sur le plan social . Tout cela est bien mêlé .

A partir du moment où cela explose quelque part , cela explose partout et je pense - je me garde de tout conseil , par respect pour ce grand pays , mais puisque vous me demandez mon avis qu' il y a , aux Etats-Unis d' Amérique , une absence de législation sociale et de protection . De plus , tout cela est parti d' une décision de justice qui a , en effet , un aspect scandaleux . Tout le monde a vu , j' ai moi - même vu à la télévision .

. les images , c' est insupportable ! La révolte naît tout de suite et , dans un milieu peu formé , où le sentiment collectif se développe beaucoup , dans une certaine misère , il faut le dire , la colère est mauvaise conseillère et on ne peut pas , naturellement , approuver ces actes , c' est l' explication sociale .

On parle social et vous mettez le doigt sur une affaire sociale .

Je suis en sympathie avec George Bush pour souhaiter qu' il puisse rétablir la paix sociale dans son pays .

II y a aussi la pauvreté , il peut toujours naître des incidents , il y a toujours des injustices . Il y a des quartiers dans lesquels les hommes et les femmes vivent mal , très difficilement et souvent sans espoir .

Mais il n' y a pas de comparaison possible entre ce qui se passe chez nous et ce qui se passe ailleurs . La France , on peut le dire justement , est le pays dans lequel le niveau de protection sociale est le plus élevé dans le monde .

C' est un homme d' action et cet homme d' action doit pouvoir , en effet , obtenir des résultats où il a été chargé d' en obtenir , c'est-à-dire dans les villes et dans les quartiers difficiles .

Je l' ai reconnu ? Qu' est - ce que cela veut dire ?

II suffisait de lire les résultats !

Ecoutez , il s' en est expliqué lui - même . Lorsqu' il est allé devant l' Assemblée Nationale et a fait lire sa déclaration au Sénat , il a développé les idées essentielles qui animeraient son action .

Oui . Ce que j' ai fixé essentiellement pour terme de la première étape de leur action , c' est de préparer la France à pouvoir supporter précisément la concurrence qui va être sans bornes , et heureusement d'ailleurs , parce qu' il faut avoir confiance en soi dès le 1er janvier de l' année prochaine .

II faut penser qu' entre 340 millions de personnes en Europe , on va pouvoir franchir les douanes - qui disparaîtront d'ailleurs le plus souvent , sauf naturellement aux frontières extérieures à l' extérieur de la Communauté - , qu' il va y avoir la possibilité de s' installer partout pour y travailler et que cette concurrence exige beaucoup d' efforts .

Donc , je leur ai demandé de préparer cela .

Cette mission reste celle de Pierre Bérégovoy . Mais après tout , pourquoi ne pas voir plus loin ? Pourquoi ne pas considérer qu' au-delà des élections législatives la mission que j' ai fixée au Premier Ministre devrait normalement continuer ?

II se trouve que c' est Pierre Bérégovoy qui est à l' heure actuelle à la tête du Gouvernement et il est parfaitement capable , compte tenu de tous les efforts accomplis jusqu' ici , dont le mérite doit être réparti sur plusieurs têtes , de bien convaincre les Français que la politique qu' il mène est une bonne politique qui n' est pas faite que pour onze mois .

C' est très bien , cela !

" Limiter la casse " , c' est perdre les élections le moins mal possible , mais quand on se bat , on peut gagner . Et je pense que le Gouvernement de Pierre Bérégovoy et l' ensemble des forces qui le soutiennent peuvent très bien , encore aujourd'hui , l' emporter , sans que , bien entendu , j' ignore que ce Gouvernement ale dos au mur , en raison du peu de temps qu' il a devant lui . Quand on est comme cela , on fait ce qu' on doit et on fait ce qu' on peut .

II n' a pas besoin d' être dopé . Il sait qu' il peut compter sur moi .

Conservateur , non .

Tout cela , c' est une plaisanterie ! Démontrez ce que vous là ! même si vous ne le prenez pas à votre compte . Citez des exemples !

Bon , c' en est une . Une deuxième ?

Je n' ai pas dit qu' il n' y en aurait pas .

Non , non ! Jack Lang , et donc Pierre Bérégovoy , qui est Chef du Gouvernement , ont modifié le rythme de la réforme scolaire , mais essentiellement par l' engagement d' un dialogue qui devrait permettre de montrer à chaque catégorie intéressée qu' il y a moyen de s' entendre et que cette réforme de Lionel Jospin était une réforme de progrès , qui méritait seulement d' être expliquée , comprise . Le cas échéant , s' il faut , sur tel ou tel point , infléchir la position , elle le sera .

Non , on n' a pas dit : il n' y aura pas de réforme .

. Jack Lang ne l' a pas dit non plus .

Je les aime bien , ceux - là !

Pierre Mauroy a obtenu des résultats tout à fait remarquables et il a vraiment marqué l' ère du Gouvernement socialiste . Edith Cresson a été , je le répète sans arrêt , injustement traitée .

Mais les Premiers Ministres qui paraissent , disons , plus tranquilles , ce qui ne veut pas dire qu' ils soient moins déterminés et moins actifs , peuvent être également très utiles à la France . Disons , pour employer un terme anglais , ce qui n' est pas dans mes habitudes , que c' est un bon " cocktail " .

Pierre Bérégovoy a le tempérament calme et déterminé d' un ancien ouvrier qui sait la difficulté de la vie , qui a gravi les échelons peu à peu , qui est né dans une famille modeste et qui sait que tout doit être traité avec sérieux et force , mais ce n' est pas du tout un conservateur , ce n' est pas quelqu'un qui va endormir le public .

Moi , je trouve . Je suis très satisfait de ce qu' il fait et j' espère que cela va continuer .

On n' en est pas encore là !

Trois années de perdues ? Mais on ne perd pas de temps ! On ne perd pas une journée !

Qui dit cela ?

Mais il peut arriver à monsieur Barre , que j' estime beaucoup , de parler de façon polémique . Il a tort dans ce cas - là .

Qu' est - ce qu' on ravaude ? Cela veut dire quoi ? Nous sommes pleins de projets , nous continuons de développer une politique dont les effets se feront sentir , croyez - moi . Et puis , on gère la France . C' est la seule façon aujourd'hui , avec Maastricht devant nous . Et après , il y aura bien d' autres choses . J' ai l' impression que nous ne chômons pas !

Ecoutez , c' est souhaitable , mais qu' est - ce que c' est que tous ces mots ? Tout cela est absurde ! Vous reprenez les bruits qui se disent et vous les donnez , c' est votre métier aussi . Vous en tirez certainement des leçons pour vous - même , mais qu' est - ce que cela veut dire ? .

Maastricht , cela fait longtemps qu' on en parle , ce n' est pas nouveau . On a mis un temps fou à aboutir . Les négociateurs de Maastricht , c'est-à-dire les Chefs d' Etat et de gouvernement se sont réunis , les ministres des Affaires étrangères , les ministres de l' Economie et des Finances , ont fait un travail énorme et l' opinion -du moins les milieux spécialisés , en tout cas le Parlement - sait bien tout cela .

En plus , de quelle façon les bouscule - t - on ? Ce Traité a été conclu , enregistré entre nous début décembre . Il a été mis au point - c' est un énorme document - et terminé début février . Et il a été signé par les ministres des Affaires étrangères en février . Nous sommes aujourd'hui le 1er mai . C' est un rythme soutenu .

. C' est une vérité , mais il n' y a aucune bousculade et le Parlement dispose de nombreuses semaines pour trancher .

Cela dépend lesquels .

II y en a qui sont pour , il y en a qui sont contre . Très bien . Il y en a qui sont contre , qui finissent par être pour . j' espère qu' il n' y en aura pas qui sont pour qui deviendront contre , quoiqu'un certain nombre d' entre eux soient sensibles à la politique intérieure et feraient vite de la " politicaillerie " avec ce qui est un grand acte national .

Je n' ai pas besoin de m' engager à cela , c' est ce que j' ai fait . J' ai approuvé , puis fait signer un Traité qui engage la France . Ce n' est pas une affaire de clan , ce n' est pas une affaire de parti , c' est une affaire qui touche tous les Français , les partisans , les adversaires . Et moi , j' ai la France en tête .

Non , je n' ai jamais dit cela !

Je n' ai jamais dit cela ; moi , je n' aime pas ceux qui sont contre tout parce qu' ils ont peur de tout . Mais il y a ceux qui aiment la France à leur manière et qui s' inquiètent de Maastricht par rapport à la France , conception que je respecte , qui me parait un peut étroite , disons , archaïque .

Mais d' une façon générale , le débat doit être un débat élevé et noble et il n' y a pas lieu de considérer a priori que les uns sont de mauvais Français et les autres de bons . Simplement , il y en a qui ont raison et d' autres qui se trompent .

II ne faut pas mélanger les notions . On ne parle pas de politique intérieure . Je suis prêt à le faire , si vous le voulez , mais pas là dessus .

II est évident que ne pourront pas diriger les affaires de la France , dans l' application du Traité de Maastricht , ceux qui n' en auront pas voulu . Il faut que la France soit logique avec elle - même , en tout cas si cela dépend de moi .

D'abord , il y a une chose qu' il faudra que vous expliquiez très souvent , si vous voulez bien rendre service au pays - et vous y êtes prêt , comme moi je m' y efforce ce matin - , et qu' il est très difficile de comprendre , quand on ne suit pas ces affaires au jour le jour - comme je suis obligé de le faire - : c' est qu' il y a deux actes , deux phases , et que cela se fait en deux temps , en raison d' un article de notre Constitution , qui est l' article 54 qui dit : si un Traité international , engagé par le gouvernement - ce sont toujours le gouvernement et le Président de la République qui engagent un Traité international - , n' est pas conforme aux dispositions de notre Constitution , il faut d'abord , au préalable , réviser la Constitution , retoucher la Constitution .

C' est cela . Et une fois que la révision constitutionnelle est faite , si elle est faite , à partir de là on ratifie et , à ce moment - là , on vote sur le Traité lui - même . Il faut bien comprendre cela .

Dans la phase présente , qui consiste à voir si la Constitution doit être révisée , j' ai consulté les gens autorisés : le Conseil constitutionnel , le Conseil d' Etat en leur demandant : " est - ce que vraiment il faut modifier la Constitution ? " Ces hautes institutions nous ont dit : " mais oui , en tout cas sur trois points " .

Bon , alors , j' ai transmis au Parlement et j' ai dit : " révisez la Constitution sur ces trois points " . C' est un travail technique et juridique assez complexe . Voilà pourquoi je pense que la voie parlementaire est la meilleure . C' est tout ce que je peux dire là dessus .

Vous m' avez parlé d' amendements . Je veux bien qu' on en discute , mais ces amendements ont tout juste été rédigés , ne sont pas encore vraiment soumis à la discussion . Je ne veux pas me prononcer comme cela , sans examen .

Ceux - là ont raison , d'autant plus que c' est ce qui se fait depuis longtemps !

II existe une loi , qui s' appelle la loi Josselin , qui porte le nom du député devenu aujourd'hui Secrétaire d' Etat à la Mer , et cette loi Josselin , qui date de 1990 , dit que tous les projets de directives européennes doivent être à la disposition des Assemblées , adressés aux Assemblées . Elles peuvent en discuter , faire ce qu' elles veulent avec cela .

Les débats sont toujours ouverts , il n' y a aucune difficulté pour cela . Le ministre des Affaires étrangères ou le ministre des Affaires européennes sont constamment devant les Commissions .

Jean-Pierre Elkabbach , il n' y aura aucune dérogation , aucune renégociation . Ceux qui sont partisans des Traités devront les adopter tels qu' ils ont été élaborés . Ils doivent être mis en œuvre , ou du moins ratifiés , avant le 1er janvier 1993 ; c' est dans le Traité .

Si , en revanche , on veut adapter certains modes de délibération en France , ou certains modes d' information dans le jeu ou la présence du Parlement , cela peut toujours se discuter , mais cela ne touche pas au corps du Traité .

Quant à associer les Parlements nationaux , notamment le Parlement français , au déroulement de la construction européenne , c' est la France qui l' a demandé et qui l' a obtenu . Cela figure dans le Traité .

Alors que nous demande - t - on ?

Ce que je dis est clair . Mais on pourrait créer une confusion .

La manière , par exemple , d' organiser le droit de vote des Européens , des citoyens de la Communauté , dans chacun des douze pays de cette Communauté - les étrangers en France , les Français à l' étranger - , n' a pas encore été fixée . Elle ne sera d'ailleurs fixée qu' en 1994 à l' unanimité , et nous avons dit , nous , que , bien entendu , nous entendions imposer un certain nombre de conditions . Par exemple , il faut qu' un étranger soit là depuis longtemps - , en outre - et cela , c' est déjà dans le texte soumis au Parlement - dans nos règles , nos lois intérieures , on ne peut pas être Maire si on est étranger , parce que le Maire participe à l' élection des Sénateurs et c' est entre Français que cela se fait , ou bien disposer de pouvoirs de police , ce qui est une affaire strictement intérieure .

Toutes ces dispositions sont mises au point , sont proposées ou le seront mais le principe , lui , on ne peut pas y déroger et il ne sera pas renégocié . Moi , je n' accepterai rien là dessus .

Toutes les difficultés qu' on voudra ! Je ne cèderai pas là dessus .

C' est cela .

Je vais voir comment cela se passe . La ratification peut se faire d' une façon extraordinairement simple , par une discussion ordinaire sur un sujet extraordinaire ; cela peut se faire par des voies , au contraire , plus solennelles , un peu comme la révision constitutionnelle , cela peut se faire par référendum .

Je pense que ceux qui réclament l' intervention du peuple lui - même , et non pas simplement de ses représentants , touchent à une corde sensible , c' est important . Mais la manière dont les débats auront lieu , la disposition d' esprit des parlementaires , la manière dont le pays réagira , j' ai besoin de les connaître et j' en tiendrai le plus grand compte .

Je n' exclus rien .

Je n' exclus rien , sauf qu' il ne sera pas possible d' abattre ce Traité " par la bande " en modifiant , en défaisant . Non . C' est le Traité ou ce n' est rien , et c' est le rôle historique de tous les gouvernements de la France , dans notre histoire et sous toutes nos républiques : c' est le gouvernement et le Président de la République - c' est le cas actuellement - qui débattent , qui discutent , ce n' est pas le Parlement . Il appartient au Parlement , ensuite , de constater , d' accepter ou de refuser .

II est très bien , Richelieu ! Enfin , là dessus . Nous n' en sommes plus tout à fait à la même époque .

Mais c' était un grand connaisseur de ce qui était bon pour l' Etat .

Non , c' est une hypothèse retenue par la Constitution . Ceux qui la réclament ont le droit de le faire . Je ne dis pas que ce soit opportun , mais ils en ont le droit . Tout cela est à voir .

Je veux que le Traité soit adopté . Alors , je prendrai le chemin le plus sur pour cela .

Oh non ! .

C' est un événement important de mon mandat présidentiel , très important . Je suis un Européen convaincu , je le suis depuis de très longues années , depuis plusieurs décennies et je crois que c' est un engagement d' une immense ampleur . Vous savez , les deux guerres mondiales ont déchiré , détruit l' Europe pendant si longtemps , d' une façon tragique . Toutes nos familles en ont souffert , le sang a été partout . Je fais ce que je peux pour que , par ce Traité et par la construction de l' Europe , on crée - dans le monde , ce sera peut-être la seule - une zone de paix durable en même temps qu' une zone de croissance , car quand on a la paix , on peut travailler .

Cela , c' est autre chose . Tout est toujours possible , bien entendu , et les hommes ne sont pas toujours sages . Mais il est très important que , par des institutions , nous disposions , à l' heure actuelle , d' une aire qui s' étend sur une large partie de l' Europe , qui est composée des pays quand même les plus prospères - même s' il y en a qui ne sont pas très prospères - et dans laquelle il est entendu , et vraisemblablement acquis , qu' il ne puisse plus y avoir de guerre entre nous , plus de guerre entre l' Allemagne et la France ! Pour ceux qui connaissent bien l' Histoire , on en a eu , des ennemis héréditaires ! Eh bien ! La plupart de ces ennemis héréditaires sont dans la même Europe !

Je ne pense pas . Les grands partis politiques allemands se sont tous prononcés en faveur de l' Europe , de la construction européenne . Non . Je pense que c' est une affaire grandiose . Nous allons bâtir une zone de paix pour longtemps . Mais bien entendu , à côté de nous , cela bouge et il faut travailler à ce que , par l' union politique que contient Maastricht , on soit en mesure d' aligner et harmoniser nos positions , pour savoir de quelle manière on agit à l' extérieur .

Le Chancelier Kohl est toujours Chancelier ! Si la majorité change , comme elle peut changer en France , je pense que nos deux pays et nos deux peuples ont suffisamment payé leurs différends et leurs guerres pour que , désormais , ils ne reviennent jamais en arrière et choisissent la paix , l' harmonie et l' amitié entre eux .

Naturellement . C' est une bonne pensée , mais ce n' est pas une découverte !

Le Président italien devait , de toutes manières , quitter son poste début juillet . Comme il y a une crise gouvernementale , il préfère qu' elle soit réglée par son successeur . Il a donc écourté de deux mois son mandat de 7 ans . Je le connais très bien , c' est un homme de conscience , il a agi comme il croyait devoir le faire .

Je ne sais pas . Est - ce que mes adversaires me demandent , au lieu du mois de mai , de partir au mois de février 95 ? C' est possible ! Je n' en sais rien ! Je suis tout prêt à examiner cette situation !

Il dit ce qu' il a envie de dire . Je ne suis pas obligé de l' écouter !

Je pense que c' est utile .

D'abord , il serait très bon de " nettoyer " la Constitution , qui comporte des dispositions tout à fait dépassées .

D' autre parti j' ai cité quelques terrains sur lesquels il me paraît bon de consulter le peuple plus souvent , de lui permettre de défendre ses droits et ses libertés d' une façon plus commode - qui ne soit pas toujours derrière ses hauts murs des institutions - , qu' il puisse s' exprimer lui - même .

La justice a besoin de garanties ; . La stabilité des institutions , leur pérennité , a besoin d' être assurée . Tout cela , on en parlera .

Je ne prends aucun engagement d' aucune sorte , mais ce serait de bonne méthode .

C' est une journée qui célébrait les plus durs combats , les combats sociaux . C' est devenu un jour férié . Cela ne veut pas dire pour autant que le combat doit cesser .

Ce serait la réussite de Maastricht .

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