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Exemples : la plus riche d' avenir , une Cour d' arbitrage pour la prévention et le règlement des conflits ; plus démonstrative : l' envoi dans l' ex-Yougoslavie et sous les couleurs de l' ONU de près de 5000 de nos soldats , de loin le plus fort contingent au service de la paix ; la plus récente : la reconnaissance par les Nations-Unies de zones de sécurité , à l' intérieur desquelles les villes de Bosnie à population prédominante musulmane seront protégées par les forces internationales , la mission de ces forces ne se limitant plus à des actions humanitaires .

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F. Mitterrand - 16 août 1993

_sud-ouest_" ;

La crise économique mine depuis longtemps le monde occidental et s' est aggravée avant que la Communauté eut mis en place les structures monétaires capables de résister à la spéculation . Le gouvernement de Pierre Bérégovoy avait connu , l' on dernier , deux puissantes vagues spéculatives qu' il avait colmatées avec le concours de l' Allemagne en refusant , déjà , toute dévaluation .

Mais la fragilité du Système monétaire n' avait pas cessé pour autant . Si le franc a tenu , la plupart des autres monnaies ont craqué . Nous venons de subir la troisième offensive . On connaît la suite . Plutôt que de tirer de cette situation la leçon que le Système est inutile ou dangereux je pense , à l' inverse , qu il conviendrait de l' affermir . Ce n' est pas le franc que la spéculation veut abattre mais le système européen lui - même .

La monnaie unique , c' est à quoi l' on tend . Mais le traité de Maastricht a fixé des échéances qui ne permettaient pas de faire n' importe quoi . Au moment du référendum français , du 20 septembre dernier , la ratification du traité n' était pas acquise dans plusieurs autres Etats membres . Le traité n' existait donc que sur le papier . Maintenant que la phase des ratifications se termine , on pourra aller de . l' avant avec les pays qui s' y déclareront prêts . Pourquoi pas ?

Je trouve insensé et immoral que la spéculation , procédant à coups de milliards de dollars , puisse obtenir raison contre les Etats qui , eux , représentent les intérêts de leurs peuples , c'est-à-dire de dizaines et de dizaines de millions de gens dont la vie quotidienne en est bouleversée et qui n' en peuvent mais . C' est un défi à la démocratie . Il faut que les Etats se concertent . Je ne compte pas sur je ne sais quelle forme de répression pour y mettre un terme . La vérité est qu' il n' y aura pas de convergence monétaire durable sans une meilleure convergence économique . Que les partisans de l' Europe le comprennent ! Plus d' Europe , une monnaie unique et la volonté que cela suppose , et l' on parviendra à maîtriser les conspirations de l' argent .

Cette crise a été suivie sans désemparer par le Premier ministre et par moi - même et nous n' avons pas cessé de nous entretenir de l' évolution des choses . Je ne vais pas désapprouver après coup ce que j' ai approuvé sur le moment . D'autant plus que c' était la moins mauvaise des solutions .

Je pense que l' intervention du Chancelier a été tirée dans un sens qui n' était pas le sien . C' est vrai qu' il a envisagé l' éventualité d' un retard d' un ou de deux ans dans le processus d' union monétaire , ajoutant que ce ne serait pas une affaire terrible au regard de l' œuvre entre prise . Je n' ai pas vu là-dedans la marque d' un moindre empressement mais le constat d' une indéniable difficulté . L' important , comme il l' a remarqué lui - même , est de maintenir les obligations mutuelles acceptées à Maastricht et au besoin de les resserrer , de faire plus d' Europe et pas moins . Et plus vite .

Les relations sont bonnes . Mais il ne faut pas confondre bonne entente et entente sans questions , sans problèmes . Cela n' existe pas ! Il n' y a pas de raison pour que , a priori , les intérêts de l' Allemagne se confondent avec les intérêts de la France . La volonté politique consiste à les harmoniser autant qu' il est possible . D' où d' indispensables compromis , dès lors qu' ils n' affectent pas nos intérêts vitaux . Tout le monde le sait , nous divergeons sur le GATT , sur l' ex-Yougoslavie , sur les taux d' intérêt , du moins dans l' immédiat . Mais nous en discutons et nous n' oublions pas ce qui nous unit . Je pense que le couple franco-allemand , dans son état actuel , justifie l' espérance de ceux qui l' ont conçu après la seconde guerre mondiale . Il continuera d' être à la base des grandes initiatives européennes .

Le problème de fond est celui - ci : l' unité allemande peut - elle être séparée de l' unité européenne ? La volonté du Chancelier Kohl , qui a présidé à la réunification de son pays , a été , dès le point de départ , de rendre ces deux démarches inséparables . De même que la division de l' Allemagne , au lendemain de la guerre , a correspondu à la coupure de l' Europe , de même l' unité allemande aujourd'hui doit aller de pair avec l' unité européenne . Cette pensée est aussi la mienne et celle de beaucoup d' autres responsables en Europe .

Le rendez-vous de 1994 , deuxième phase de l' union économique et monétaire , avec notamment la création de l' institut monétaire , reste inchangé . Quant à l' union politique , j' espère que le Conseil européen extraordinaire d' octobre permettra sa relance . La France doit , dès maintenant , y réfléchir .

Pourquoi une treizième monnaie dans l' Europe communautaire ? Allons plutôt , dans les meilleurs délais , vers la monnaie unique .

J' ai toujours été opposé à une intervention armée de la France en Bosnie . Nous y aurions été seuls . Ni les Etats-Unis , ni l' Allemagne , ni la Grande-Bretagne , ni l' Italie , pour ne citer que ceux - là , n' étaient disposés à y prendre part .

En revanche , la quasi-totalité des initiatives prises pour rétablir la paix ou adoucir le sort des populations en péril sont françaises . Exemples : la plus riche d' avenir , une Cour d' arbitrage pour la prévention et le règlement des conflits ; plus démonstrative : l' envoi dans l' ex-Yougoslavie et sous les couleurs de l' ONU de près de 5000 de nos soldats , de loin le plus fort contingent au service de la paix ; la plus récente : la reconnaissance par les Nations-Unies de zones de sécurité , à l' intérieur desquelles les villes de Bosnie à population prédominante musulmane seront protégées par les forces internationales , la mission de ces forces ne se limitant plus à des actions humanitaires . Je note à ce sujet , et c' est important , que rien ne peut être entrepris militairement , notamment par bombardement aérien , sans l' assentiment du Secrétaire général des Nations-Unies et , sur place , du commandement de la FORPRONU , assuré actuellement par le général français Cot .

Il s' est créé une situation sur le terrain qui a conduit les deux négociateurs mandatés par le Conseil de sécurité et par la Communauté européenne à répartir les zones d' influence entre les trois communautés de Bosnie , Croate , Serbe et Musulmane . La France n' a reçu mandat ni de l' ONU ni du destin de rendre la justice à travers le monde ou de s' en faire le gendarme . Cela ne veut pas dire que nous n' agissions pas chaque jour pour limiter les effets cruels de la guerre et pour qu' elle cesse . J' ai admiré l' attitude et les actes du général Morillon en Bosnie , qui m' a paru représenter de la meilleure façon l' action et la mission de la France . Mais les décisions à prendre relèvent de l' organisation internationale .

Ces pays font l' expérience de la liberté , salutaire et difficile . Ils n' y étaient pas préparés . La responsabilité des puissances occidentales est grande à leur égard , car il serait dramatique que les peuples libérés de l' emprise soviétique puissent considérer un jour , que leur asservissement était préférable à leur libération .

La Communauté a plusieurs devoirs . Le premier est de renforcer ses propres structures . Le second est de s' élargir aux pays capables de souscrire aux obligations communautaires . Le troisième est d' assumer la responsabilité directe qui est la sienne sur l' évolution du continent . Elle le fait déjà , par des aides multiples , mais cela manque d' une ligne directrice . Il faut que les peuples de l' Europe centrale et orientale puissent participer à égalité de compétence , de dignité et de responsabilité politique aux décisions qui les concernent .

Quand j' ai parlé de confédération européenne , le 31 décembre 1989 , c' était dans cet esprit : on peut préférer une autre formule mais elle devra s' inspirer du même principe . C' est là que j' attends la Communauté . Il lui appartient de concevoir un projet pour le continent tout entier . La France est prête à s' engager .

La règle de la cohabitation , ce sont nos institutions . Si les Français ont aujourd'hui le sentiment que la cohabitation fonctionne correctement , c' est parce que les principaux partenaires respectent la loi suprême . Ce qui ne signifie pas que nous ayons renoncé les uns ou les autres à nos convictions , à nos choix politiques et économiques , et à notre désir de les exprimer . On le constate de - ci , de - là . Mais l' obligation commune est de servir le pays . A cette fin , je tiens compte , comme je le dois , de la volonté exprimée par la majorité des Français il y aura bientôt 5 mois . On comprend , j' en suis sûr , que cela ne m' est pas toujours facile . Cela ne m' empêche pas de dire ce que j' ai à dire sur ce qui touche à l' essentiel , pour le présent et l' avenir .

: Je souhaite qu' on aille plus loin , notamment pour la défense des libertés des citoyens et pour les droits du Parlement .

: J' ai déjà fait savoir que je regrettais cette privatisation . La majorité et le gouvernement pensent autrement . Le vote de la loi relève de leur domaine . Quoi qu' il en soit , il convient de prendre des précautions pour que l' Etat préserve les droits du pays et pour qu' il n' y ait pas d' appropriation par des intérêts étrangers ou par des intérêts privés qui n' auraient cure des intérêts nationaux . Espérons que le dispositif adopté sera suffisant .

: Je souhaite que les syndicats affirment leur maîtrise et soient en mesure d' assurer la défense légitime des intérêts dont ils ont la charge . Tout en défendant les travailleurs , ils aideront ainsi la France à éviter l' affrontement social que vous redoutez . Le gouvernement devra parer avec la plus grande attention aux effets pervers des textes législatifs qu' il a fait voter . Je crois avoir perçu ce souci dans les récentes déclarations du Premier ministre . Ce n' est pas par hasard si j' ai demandé aux Français au début de l' année , de protéger les acquis sociaux . Répétons cette évidence : la cohésion sociale est un facteur de réussite économique .

Mais je profite de votre question pour affirmer qu' une des réponses possibles au chômage est européenne . Contrairement à ce que certains prétendent , l' Europe n' est pas facteur de chômage mais d' emplois . J' ai beaucoup soutenu l' initiative de croissance décidée au sommet européen d' Edimbourg . Une série de grands travaux a été prévue . Il est temps de les réaliser , mais aussi de les multiplier . C' est l' un des points sur lesquels je voudrais que la relance européenne fût assurée . Que la Communauté s' en persuade , elle y trouvera sa légitimité aux yeux des masses . Elargissons le débat : sans Europe sociale , nul n' y croira . Que de temps perdu ! En dépit du proverbe , rattrapons - le .

: Je me porte assez bien pour vivre et faire mon travail .

: Vous étiez venu me voir au mois d' août , en effet . Oui , je peinais . J' ai dû être opéré avant d' avoir atteint mon objectif qui était de tenir jusqu' au référendum du 20 septembre . Mais j' estime aujourd'hui être un privilégié . J' aime cette très belle confidence d' Arthur Ashe , le champion de tennis qui est mort récemment du sida . Il écrivait , ou à peu près , dans son journal : quand je suis tenté de penser " pourquoi moi ? " je songe aux grands bonheurs que j' ai connus . Et je ne disais pas alors " pourquoi moi ? "

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