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Le problème n' est pas là . La famille est relâchée , quelquefois dissoute . De plus , la radio , le disque , la presse spécialisée , tout s' est ligué pour traiter la jeunesse comme une clientèle et lui tracer un certain comportement , la jeunesse l' a imposé aux parents , aux aînés , de telle sorte que si l' entente règne encore dans la plupart des familles , c' est souvent en fonction des goûts et des désirs des enfants .

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G. Pompidou - 12 avril 1969

Je voudrais parler des problèmes de la jeunesse . Problèmes de la jeunesse qui existent partout , nous le savons , et dont la gravité a été révélée en France de façon brutale au mois de mai dernier . Certes , les événements de Mai ne se ramènent pas uniquement à cette révolte de la jeunesse et en particulier de la jeunesse étudiante . Mais ce qui , à mes yeux , est resté de beaucoup le plus important , exigeant le plus de réflexion , c' est ce mouvement qui poussa des dizaines de milliers de jeunes et d' étudiants jusqu' aux extrémités de la violence . Pourquoi ? Comment ? Qu' y faire ?

Pourquoi ? Il y avait , bien entendu , dans tout cela des éléments permanents , éternels et qui , à ce titre , ne sont jamais très graves . Désir d' accéder plus vite aux responsabilités , voire aux places . De la part des aînés , réactions de stupeur « Il n' y a plus d' enfants » , comme disait déjà Molière . Il y avait de la part d' un certain nombre de jeunes une tendance classique aussi à se prendre au sérieux . « Tout est sacerdoce , aujourd'hui , disait déjà Baudelaire . La jeunesse elle - même est un sacerdoce à ce que dit la jeunesse . » Il y avait des éléments occasionnels . Il y avait le mois de mai , le printemps parisien qui excite les esprits et les corps . Il avait ce foyer d' agitation qu' était la faculté de Nanterre . où s' étaient donné rendez-vous , c' est vrai , les membres d' un certain nombre de groupes révolutionnaires organisés et un certain nombre d' enragés dont le plaisir était de détruire pour détruire .

Mais qui ne voit , qui n' a senti , qu' il fallait qu' il y eût bien autre chose que ce conflit traditionnel des générations , que ces causes occasionnelles et particulières , qu' il y avait dans tout cela un malaise profond , une insatisfaction profonde. .

. et que c' est cette insatisfaction qui poussait dans la France entière les jeunes sur les barricades ou dans la rue ? D' où venait cette insatisfaction ? D' où venait cette sorte de désespoir même ? J' ai tâché , à la tribune de l' Assemblée nationale , le 14 mai dernier , d' en analyser les causes et de montrer que tout cela est , à mes yeux , une remise en question de notre civilisation . Nous vivons une époque où tous les cadres traditionnels , tous les fondements traditionnels dans lesquels se mouvaient , sur lesquels s' appuyaient la société et les individus craquent ou sont ébranlés . La religion pour beaucoup de jeunes n' a plus de sens , en tout cas , n' a plus sa vertu . La famille ? J' entendais tout à l' heure dire que , d'après les sondages , plus de la moitié des jeunes s' entendaient bien avec leurs parents . Le problème n' est pas là . La famille est relâchée , quelquefois dissoute . De plus , la radio , le disque , la presse spécialisée , tout s' est ligué pour traiter la jeunesse comme une clientèle et lui tracer un certain comportement , la jeunesse l' a imposé aux parents , aux aînés , de telle sorte que si l' entente règne encore dans la plupart des familles , c' est souvent en fonction des goûts et des désirs des enfants . L' idée de Patrie ? J' ose à peine le dire à Strasbourg , mais il faut bien voir les réalités en face : pour beaucoup , elle a perdu toute valeur , au point d' être devenue , nous l' avons vécu , un objet de dérision . Les interdits millénaires qui pesaient sur les femmes et les jeunes filles s' écroulent les uns après les autres . Les professeurs sont de moins en moins des maîtres au sens plein du terme .

Ainsi cette jeunesse , libérée de toute obligation , de toute contrainte , de toute autorité , de tout cadre , se tourne vers la revendication , vers la recherche des satisfactions immédiates . Elle veut mordre , tout de suite , à pleines dents , dans le fruit de la vie , et elle y mord en effet . Mais plus de plaisir , plus d' argent , plus de confort , des voitures , des loisirs , au bout d' un certain temps comme tout cela apparaît un objectif insuffisant ! Vite vient la satiété . Et puis l' ennui , et puis le dégoût . Et , chez les meilleurs , une sorte de désespoir . A ce moment - là , comme il est naturel quand on ne se sent pas heureux , on cherche un coupable , on le cherche dans l' entourage , c'est-à-dire la société et c' est ainsi qu' on en vient à accuser la société de consommation .

Mais je Certes , la société de consommation a ses défauts . Je voudrais , bien que ce soit un peu en marge de mon propos , vous dire , jeunes gens et jeunes filles , de faire attention lorsque vous critiquerez la société de consommation . La société de consommation n' a pas le même sens pour tous . Pour l' ouvrier ou le paysan , lorsqu' il s' agit de gagner , par son travail , un peu plus d' argent afin d' acheter une machine à laver , cela signifie moins de peine pour sa femme et ce n' est pas rien . La société de consommation , pour ceux - là , c' est l' élévation du niveau de vie .

Il n' en est pas moins vrai que la poursuite du confort ne peut pas suffire et n' emplit pas les âmes . Par conséquent , à ce nouveau mal du siècle , il faut trouver le remède , et des remèdes ou des attitudes en face de ce désarroi , il y en a plusieurs .

On pourrait imaginer , par exemple , que les générations aînées et même les moins jeunes parmi les jeunes , réagissent en se disant qu' après tout , dans cette société , on n' est pas si mal et que l' objectif est d' essayer de sauver le plus longtemps possible ce qui peut être sauvé . Cela peut se traduire par des formules du type : « Cela durera bien autant que nous » , ou bien « Après moi le déluge » . Mais il n' y a pas que cette formulation et une telle attitude peut avoir sa noblesse . J' en prendrai un exemple historique dans une époque qui , peut-être , ressemble à la nôtre . Je pense à la fin de l' Empire romain . Un très grand empereur , Julien , que l' on a « baptisé » , si je peux employer ce mot , Julien l' Apostat , devant son Empire ébranlé à l' extérieur par les Barbares , ébranlé de l' intérieur par la fermentation du christianisme , tenta un effort surhumain pour rénover et maintenir le vieil Empire romain dans ses structures militaires , administratives , politiques , religieuses et morales . La tentative était grande . Mais tout combat de retardement est condamné d' avance , tout combat de retardement se termine en défaite . De toute manière , de ces solutions conservatrices , nous ne voulons pas .

Il y a une deuxième solution . C' est celle de ces enragés dont je parlais tout à l' heure , voulant détruire pour détruire . Pour reprendre la comparaison avec l' Empire romain , je dirai que c' est l' appel aux Barbares avec l' espoir que tout sera détruit , que tout sera rasé et que sur les ruines et des ruines sortira un ordre nouveau , qu' on espère meilleur , certes , mais dont on ne sait absolument pas ce qu' il sera . Une telle solution , c' est l' aventure pure et simple , c' est l' anarchie . L' Histoire et le bon sens nous l' enseignent , c' est le triomphe assuré de la force brutale , la misère pour les masses , la régression pour tous . Nous n' en voulons pas ! Il y a une troisième solution . Plus précise , plus complète et que nous connaissons . C' est la solution marxiste . Le parti communiste nous la propose . En Tchécoslovaquie , cela s' appelle être conservateur . En France , cela devrait s' appeler être réactionnaire . Cette formule , dans un pays évolué comme le nôtre , nous savons qu' elle sacrifie la liberté sans réaliser l' égalité , et qu' au surplus elle entraîne un retard dans le progrès économique . Il n' y a qu' à voir ce qui se passe en Allemagne de l' Est par comparaison avec l' Allemagne de l' Ouest . Il n' y a qu' à voir ce qui se passe en Tchécoslovaquie par rapport à ce qu' elle était quand elle était libre . Cette solution , nous n' en voulons pas non plus . Mais attention , ce « non » nous engage plus que les précédents car , ici , il s' agit d' une réalité , d' un péril possible . La leçon que j' ai tirée pour ma part des événements de Mai , c' est que si la VI République venait à céder , il n' y a en France qu' une seule force qui ait un encadrement , qui ait des troupes , une organisation , les moyens de paralyser la nation , qui soit en somme en mesure de prendre le pouvoir , et c' est le parti communiste .

Par conséquent , quand nous disons « non » à la solution marxiste , nous prenons vis-à-vis de nous - mêmes l' engagement de lutter de toutes nos forces et de tous nos moyens contre la prise éventuelle du pouvoir par ce parti , c'est-à-dire pour la défense des institutions de la VI République .

Dès lors que nous repoussons toutes ces formules , que reste - t - il ? Eh bien , il reste précisément la voie dans laquelle s' est engagé ce régime : la voie du progrès , la vole du progrès dans l' ordre , la voie des réformes de structures . Nous entendons résolument marcher dans cette voie , c'est-à-dire , tout en sauvegardant nos libertés , organiser progressivement mais obstinément une société plus juste et qui donne plus de place à l' égalité , à la fraternité , à la dignité dans les rapports des hommes .

Mais je voudrais vous dire aussi que quelle que soit l' action de l' Etat , quelle que soit la législation , quel que soit l' effort collectif de la nation , les réformes de structures ne suffisent pas . Elles ne suffisent pas d'abord parce qu' elles ne peuvent pas s' adresser à tout ce qui touche les hommes . Si vous perdez quelqu'un des vôtres , votre père , votre mère , un enfant , votre femme , aucun régime de Sécurité sociale ne pourra adoucir votre chagrin . La meilleure législation sur le mariage n' apprendra pas aux époux à marcher d' un même pas toute une vie la main dans la main , comme disait Verlaine ( un bien mauvais mari , entre parenthèses ) . Autrement dit , les réformes de structures ne peuvent pas modifier la trame de nos vies qui a été tissée ailleurs , avec un mélange inégal de joies et de souffrances et sur laquelle aucune action politique n' a d' effet .

Les réformes de structures ne peuvent pas non plus suffire parce qu' elles ne répondent pas pleinement au fond du problème , ce désarroi de la jeunesse dont je parlais tout à l' heure . Car , à mes yeux du moins , le fond du problème , aujourd'hui , c' est le contraste et même l' abîme entre , d' une part , l' immense pouvoir que l' homme a conquis sur l' univers par le progrès scientifique et technique et , d' autre part , la stagnation de l' individu du point de vue moral . Les réformes de structures ne peuvent faire autre chose que s' adapter à une évolution ou la préparer , elles ne peuvent pas la dominer , elles ne peuvent surtout pas amener l' individu à la dominer pour son compte , c'est-à-dire à s' élever , à se hausser moralement au niveau de la puissance matérielle et technique que lui a donnée le progrès . C' est là qu' est le problème et , par conséquent , c' est dans l' individu qu' il faut chercher la solution .

Dans l' individu , comment ? Pour ma part , je ne vois qu' une formule . Il y a quelques jours , dans un admirable mandement , l' évêque de Strasbourg , disait « Il faut réintroduire parmi nous la notion du Sacré . » Pour moi , qui me tient ici sur le plan politique et donc laïc , je dirai qu' il faut réintroduire parmi nous la notion d' idéal . Il faut que nous apprenions de nouveau que c' est en se surpassant que l' homme se retrouve et qu' il ne pourra , dans la société actuelle , atteindre sa propre satisfaction qu' à condition de se créer à lui - même un but qui le dépasse , qui soit hors de lui - même . C' est d'ailleurs la leçon de morale probablement la plus haute que nous ait léguée la tradition européenne comme chrétienne .

Quelques-uns d' entre vous connaissent peut-être cette pièce d' Euripide où l' on voit un jeune roi grec , mourant , mais les Dieux ont fait savoir qu' il serait sauvé si quelqu'un donnait sa vie pour lui . Aucun de ses serviteurs n' y consent , ni de ses amis , ni de ceux qu' il a comblés de ses faveurs . Fait plus surprenant , son vieux père et même sa vieille mère pourtant recrus d' années n' y consentent pas . Et c' est sa jeune femme - elle s' appelle Alceste - qui , par amour , donne sa vie .

En la donnant , elle sauve celle de son époux et grâce aux Dieux , bien sûr , elle sauve aussi la sienne . Eh bien , n' est - ce pas là sous une forme particulière et païenne l' annonce de la parole de l' Evangile : « Qui veut sauver sa vie la perdra » L' effort que nous devons faire chacun pour soi , c' est de nous fixer à nous - mêmes un idéal pour lequel nous soyons prêts à nous sacrifier .

Honneur à ceux qui sont prêts à se dévouer et à se sacrifier pour une idée ou pour des êtres . Honneur à ceux qui sont prêts à se dévouer et au besoin à se sacrifier pour ceux qu' ils aiment . Honneur au soldat qui accepte l' idée de mourir pour son Pays . Honneur au croyant qui proclame sa foi et qui est prêt à en témoigner . Honneur au révolutionnaire qui est prêt à mourir pour la révolution . Honneur à tous ceux qui veulent se battre . Honneur à tous ceux qui ne déserteront jamais .

Peut-être n' est - ce pas là tout à fait ce que vous attendiez de moi ce soir , mais je tenais à vous le dire parce que c' est l' essentiel . Vous êtes unis pour le progrès , pour tous les progrès , mais n' oubliez pas cette autre parole de Baudelaire : « Il ne peut y avoir de progrès vrai , c'est-à-dire moral , que dans l' individu et par l' individu lui - même . » D'ailleurs , ne vous y trompez pas , l' essentiel n' est jamais absent de l' événement . Croyez bien que je l' ai ressenti profondément au poste où j' étais en Mai dernier .

Quant à vous qui êtes passionnés par la politique et qui avez donc , pour beaucoup d' entre vous , des ambitions légitimes , dites - vous que ce n' est qu' en créant en vous - mêmes cette rénovation que vous vous rendrez dignes de diriger les hommes . Car diriger ce n' est pas commander , diriger c' est conduire , conduire vers un but , vers un idéal , auquel on croit , que l' on a fait partager à d' autres et dont on montre la direction . Il arrive que tous ne touchent pas la terre promise , il arrive même qu' elle ne réponde pas tout à fait à ce que l' on rêvait . Mais l' important , c' est d' en avoir fait sentir le besoin , pressentir la vision aux hommes , car c' est ainsi qu' on entretient ce qui fait le plus défaut à l' humanité d' aujourd'hui , je veux dire l' Espoir .

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