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Je me trouvais malheureusement en voyage officiel loin de la France , et quand je suis revenu , j' ai trouvé Paris hérissé de barricades , la grève générale proclamée , des milliers , des dizaines de milliers de gens qui défilaient derrière des drapeaux rouges et des drapeaux noirs , et un complot politique qui s' ébauchait .

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G. Pompidou - 16 mai 1969

Au moment où s' ouvre la campagne présidentielle , je voudrais , Français , Françaises , vous demander à tous , sans distinction d' opinions , d' avoir une pensée pour le général de Gaulle .

Il a refusé la défaite , incarné la Résistance et la Libération . Il n' a cessé de dénoncer les faiblesses , l' impuissance d' un régime dont les hommes , tous presque sans exception , sont venus , un jour de 1958 , lui demander de sauver la République et de résoudre le drame algérien . La République a été sauvée . Le drame algérien a été résolu au prix , je le sais , de souffrances et de sacrifices pour les Français d' Algérie et le pays ne doit pas l' oublier . Mais enfin , pour la première fois depuis plus de cinquante ans , nos soldats , vos fils , vos frères , vos maris , ne se battent plus nulle part , sur la terre .

C' est dire combien la tâche de qui prendra la suite paraît écrasante et , pourtant , je suis candidat , et je vais vous dire pourquoi .

Pendant longtemps , vous le savez peut - être , je n' ai pas désiré une carrière politique active . Et puis , en 1962 , le général de Gaulle m' a nommé , d' emblée , Premier ministre . J' ai fait mon apprentissage , j' ai fait des fautes comme tout le monde , mais je ne crois pas avoir été indigne de ma fonction et , d'ailleurs , le Chef de l' Etat , deux Assemblées successivement et le pays , chaque fois qu' il a été consulté d' une façon ou d' une autre , m' ont confirmé ou même accru leur confiance . Et pendant toute cette période , chaque fois qu' on parlait de « succession » et de « dauphin » - et Dieu sait si la presse en parlait - eh bien , je ressentais plutôt une impression d' effroi . Et puis est venu Mai 1968 . L' agitation universitaire qui se développait partout dans le monde , à Paris a pris une ampleur imprévue . Je me trouvais malheureusement en voyage officiel loin de la France , et quand je suis revenu , j' ai trouvé Paris hérissé de barricades , la grève générale proclamée , des milliers , des dizaines de milliers de gens qui défilaient derrière des drapeaux rouges et des drapeaux noirs , et un complot politique qui s' ébauchait . Et l' un se présentait déjà comme Président de la République et offrait à l' autre - c' était Mendès France , déjà - d' être son Premier ministre . Il fallait tenir . Il fallait tenir . Il fallait d'abord rétablir l' ordre progressivement mais fermement et sans faire couler le sang , sans nous jeter dans la guerre civile . Il fallait remettre la France au travail , et ce furent les discussions et les longues nuits de Grenelle - vous vous en souvenez - et puis des accords qui ont , je crois , donné satisfaction à beaucoup de travailleurs . Et puis , il fallait déjouer le complot politique , faire comprendre à l' opinion ce qui se passait jusqu' au jour où le Chef de l' Etat , dans un appel historique , put renverser la situation .

C' est à ce moment - là que j' ai compris : quand viendrait le jour , je n' aurais pas le droit de me dérober . Je suis donc candidat . Et je voudrais vous dire deux choses . D'abord , je n' imiterai pas le style du général de Gaulle , je ne le pourrais d'ailleurs et puis , vous le voyez bien , je suis un homme différent . Je me propose une politique d' ouverture et de dialogue . Ouverture , cela veut dire un gouvernement rénové se reposant sur une majorité très large étendue à tous ceux qui acceptent les principes essentiels de la Vème République . Dialogue , cela veut dire des rapports constants , confiants entre le gouvernement et le Parlement , Assemblée et Sénat , avec tous les élus , élus locaux en particulier , et avec le pays , car j' ai l' intention de lui expliquer , fréquemment , simplement , franchement , la politique , et naturellement de permettre aux oppositions de la critiquer . Tout cela , pourquoi ? Eh bien , pour maintenir la dignité et l' indépendance de la France sur lesquelles reposent notre paix d'abord , mais aussi pour me pencher sur les difficultés quotidiennes , les préoccupations de chaque foyer . Il faut réaliser une expansion rapide permettant de développer la justice sociale , d' assurer l' emploi , de défendre la monnaie . Il faut faire une France moderne et en même temps ne pas oublier que la solidarité nationale doit jouer pour les régions déshéritées , les catégories défavorisées , les professions menacées . Mais tout cela ne sera pas facile . Il y aura naturellement des difficultés techniques . Il faut que l' Administration devienne plus souple , plus efficace , moins tatillonne , et d'ailleurs la plupart des fonctionnaires , l' immense majorité des fonctionnaires le souhaitent . Il faut avoir à sa disposition les moyens financiers , administratifs , économiques , mais il faut aussi avoir les moyens politiques . Il faut que le nouveau Président puisse d' emblée , avec un gouvernement rénové reposant sur une majorité très large , s' atteler à la tâche , car la situation actuelle , ne vous y trompez pas , est d' un calme factice . En période électorale , chacun se garde bien de faire peur mais , nous le savons bien , des difficultés se préparent . Dans l' Université , l' agitation persiste , elle ne demande qu' à exploser . Ici ou là , on amorce des revendications , on prépare des grèves , peut-être du désordre . Et , en tout cas , comment pourrait - on réaliser tout ce qu' il y a à faire s' il fallait se heurter à des difficultés politiques , à un gouvernement composé de bric et de broc , aller vers la dissolution , vers de nouvelles secousses , de nouveaux retards ? Alors , croyez - moi , nous nous préparerions un mauvais été , un dangereux automne . Mai 1968 , il y a à peine un an , ne l' oubliez pas .

Français , Françaises , je suis un démocrate , je crois être humain et libéral , je crois aussi - et je le dis sans vanité , soyez -en sûrs - être capable de fermeté et l' avoir prouvé pour préparer des lendemains qui peuvent être , qui doivent être heureux mais qui peuvent être dangereux . J' ai l' honneur de solliciter vos suffrages .

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