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C' est pourquoi les conditions de l' enseignement sont complètement transformées et c' est pourquoi , pour l' enseignement secondaire plus qu' ailleurs , il importe certes de ne rien sacrifier d' essentiel et de ne pas commencer par détruire sous prétexte de reconstruire , mais de refaire un examen d' ensemble complet de ce que doit être cet enseignement dans ses méthodes , dans ses finalités et dans ses sanctions .

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G. Pompidou - 5 avril 1970

Mon cher Fieu , Mes chers camarades , Quand on revient sur les lieux où l' on a passé sa première jeunesse , on ne sait pas la part exacte qu' il faut donner au regret de cette jeunesse qui est au fond de tous les hommes et ne fait que s' accroître au fur et à mesure qu' on s' en éloigne .

Mais il semble que le sentiment qui prévaut aujourd'hui , plus que celui du regret , est celui d' une certaine fraternité , de la camaraderie qui est , je crois , plus développée chez les garçons que chez les filles . La camaraderie , en quoi consiste - t - elle ? Quand je me rappelle notre jeunesse , les disputes qui s' élevaient entre nous , quand je pense surtout au fait que cette camaraderie existe , profonde , entre des gens qui ne se sont jamais rencontrés , qui se sont succédé à 10 ou quinze ans d' intervalle dans le même lycée , je pense que la camaraderie ne repose pas finalement sur des affinités ou sur des prédilections particulières comme l' amitié par exemple , mais qu' elle repose sur un ensemble de souvenirs communs acquis et qui se sont installés en nous - mêmes . Je crois , si je puis me permettre l' expression , que les camarades sont partiellement consubstantiels ; ils ont en eux en commun des souvenirs , une formation qui ont contribué à former leur personnalité et se sont installés en eux définitivement , de sorte que la camaraderie traverse les années , parce qu' elle ne peut pas ne pas les traverser .

Mais il n' y a pas que cette impression de camaraderie , il y a aussi l' attachement pour toutes ces vieilles pierres , pour ces salles , pour ces bancs . Je me demande aussi d' où vient cet attachement . Assurément pas du confort que nous y avons connu , et qui n' a dû guère se modifier . Il me semble que d'abord c' est dû au souvenir excellent que nous avons tous gardé de nos professeurs . On ne peut pas dire qu' ils étaient tous brillants ; il y en avait de meilleurs , il y en avait de moins bons , il y en avait de plus méchants et de plus indulgents . Quant à nous , nous étions comme tous les jeunes gens , c'est-à-dire disposés à être insupportables , et guettant avec soin la possibilité entrevue du chahut . Cette possibilité - là , on la trouvait quelquefois et on en usait pleinement . Souvent aussi , on rencontrait l' os , le dur , et on s' inclinait sagement . Mais finalement , quels qu' aient été les rapports individuels au cours de l' année , les notes reçues , les punitions infligées , finalement nous avions tous conscience que nos professeurs étaient dévoués à leur tâche , qu' ils s' y consacraient passionnément . Ils ne faisaient pas simplement un métier pour gagner leur vie . Ils avaient conscience qu' ils remplissaient un devoir en nous transmettant un certain nombre de connaissances et des habitudes de raisonnement . De telle sorte qu' au fond nous les respections et nous les aimions et qu' eux - mêmes nous aimaient .

Et puisque tu évoquais , tout à l' heure , mon cher Fieu , un certain nombre de souvenirs de notre génération , j' en évoquerai un autre ; notre professeur de philosophie , Griollet , qui prêtait le flanc , il faut bien l' avouer , au chahut et il le prêtait d'autant plus que , phénomène exceptionnel à cette époque , la classe de philosophie était mixte . Toute l' année , nous l' avons vraiment fait souffrir . Mais cet homme excellent avait une passion , c' était les animaux . Est - ce à ce titre qu' il nous aimait ? Mais toujours est - il qu' à la fin de l' année nous avons tous été saisis d' un remords collectif et que nous lui avons apporté notre adhésion collective et individuelle à la Société protectrice des animaux . Je me rappelle que Griollet avait les larmes aux yeux et qu' il a dit : « Ça fait tout pardonner . » C' était ces relations entre professeurs et élèves , cette affection et ce respect que nous leur portions , cette affection et ce dévouement qu' ils nous manifestaient , dont je me souviens . Et puis nous avons reçu dans ce lycée une formation qui reposait , me semble - t - il , sur des méthodes intellectuelles , une certaine rigueur du raisonnement . On nous obligeait à être précis , on nous obligeait à enchaîner les idées et on nous obligeait à ne déduire des prémices que des conséquences logiques . En même temps qu' on nous inculquait une méthode de pensée , on nous donnait ce qu' on appelait à l' époque la culture générale . Je dis ce qu' on appelait à l' époque , parce qu' on parle aussi beaucoup aujourd'hui de culture générale mais que trop souvent on considère que la culture générale consiste à pouvoir dire n' importe quoi sur n' importe quoi sans en rien connaître . La culture générale que nous avons connue , c' était des connaissances précises dans un certain nombre de matières diverses . C' était par là même une formation extrêmement solide dont nous profitions plus ou moins les uns ou les autres et de façon plus ou moins brillante , bien entendu , mais qui finalement , bon gré mal gré , pénétrait en nous et nous a permis à tous de faire dans la vie des carrières convenables , en étant capable de remplir un métier parce que nous savions un certain nombre de choses et que surtout nous savions raisonner .

Où en est - on aujourd'hui et comment n' évoquerais - je pas un peu les problèmes de l' Université et de l' enseignement secondaire ? Quand on dit l' Université , on pense d' habitude à l' enseignement supérieur et cet enseignement supérieur donne à l' heure actuelle au pays un spectacle qui quelquefois l' étonne ou même l' indigne . Je ne voudrais pas , quel que soit le caractère scandaleux et intolérable de certaines violences , donner une importance excessive au désordre dans l' Université . Il y en a , ils existent , ils doivent disparaître mais ils ne sont pas finalement le fond du problème . Le fond du problème pour notre Université c' est de repenser sa propre substance , et sa propre finalité , en même temps que ses méthodes .

L' Université française à l' heure actuelle , comme toutes les Universités dans le monde d'ailleurs , se cherche et se trouve mal . Et parce qu' elle ne se trouve pas , certains tendent à vouloir la reconstituer telle qu' elle a été , brillante pendant des siècles ; d' autres s' imaginent qu' en mêlant tout , bouleversant tout , il sortira de ce mélange quelque chose de meilleur , c' est l' histoire des sorcières de Macbeth remuant leurs chaudrons et disant : « Le mélange sera bon . » Dans la mesure où il s' agit là d' une quête extrêmement difficile liée à tous les problèmes de notre époque et en particulier à l' évolution constante de la société économique en même temps que des connaissances scientifiques , je pense qu' il faudra longtemps pour que l' Université retrouve son assiette , la certitude de ce qu' elle est , de ce qu' elle doit être , de ce à quoi elle prépare et des méthodes par lesquelles elle y prépare .

Et c' est pourquoi j' estime qu' il est capital que l' enseignement secondaire soit la base solide de notre Université .

Dans la mesure même où , après le bachot , c' est pour beaucoup l' inconnu , il est essentiel que les enfants qui suivent l' enseignement secondaire en sortent avec une formation solide leur permettant soit d' aborder la vie active , soit d' aborder les études supérieures . Naturellement , cet enseignement secondaire lui - même doit évoluer . Il ne peut pas ne pas évoluer . Il y avait en 1938 , 700000 élèves à peine dans tous les établissements secondaires français ; il y en a à l' heure actuelle 4200000 , c'est-à-dire 6 fois plus . C' est une première raison évidente puisque désormais cet enseignement secondaire ne prépare pas uniquement à quelques carrières et qu' il est obligé d' élargir considérablement son éventail . D' autre part , les connaissances ont dans beaucoup de domaines fait des progrès considérables , en particulier en matière scientifique , et il ne peut plus être ce qu' il était il y a vingt ou trente ans . J' ajoute que la hiérarchie des connaissances s' est en quelque sorte modifiée , j' entends non pas hiérarchie en valeur mais hiérarchie pratique , adaptation à la vie . Certes l' histoire , le latin ou le grec , auxquels nous nous sommes vous et moi consacrés , n' avaient pas il y a trente ans une utilité pratique très supérieure à celle d' aujourd'hui . Mais d' autres connaissances ont pris proportionnellement une utilité pratique plus grande au fur et à mesure du développement des moyens de transport et de l' interpénétration générale des nations , de l' importance prise par les problèmes économiques . Des enseignements comme la géographie , les langues vivantes , un enseignement minimum économique ont pris une importance nouvelle et doivent avoir une part plus grande dans l' enseignement secondaire .

J' ajoute que les méthodes aussi ne peuvent pas ne pas évoluer . Nous avons tout un ensemble de moyens audio-visuels qui doivent être utilisés pour des sciences comme la géographie ou les langues vivantes auxquelles ils sont particulièrement adaptés . Et puis , je crois que les jeunes gens , les enfants auxquels on s' adresse aujourd'hui ne sont plus tout à fait les mêmes . Cela tient à une évolution du monde contre laquelle on ne peut rien quelle que soit l' opinion qu' on puisse en avoir . Entre l' invention de l' imprimerie et le début du VINGTIÈME siècle , le monde a vécu dans la civilisation de l' écrit et la lecture , l' écriture , étaient pour l' enfant , pour le jeune homme , le moyen normal d' accéder à la culture et même à la connaissance . Or , aujourd'hui , avec le développement de la radio , de la télévision , les professeurs ont affaire à des enfants ou à des jeunes gens qui sont dans un tout autre univers , qui ont pour assimiler les connaissances des moyens tout à fait différents ' qui sont précisément l' œil et l' oreille . De telle sorte que nous avons des garçons et des filles pour qui l' écrit ou la lecture représentent un effort et pour qui , en revanche , l' assimilation par l' image ou par le son est toute naturelle . J' ajoute que des jeunes gens , qui ne sont pas en avance sur ce que nous étions à leur âge en ce qui concerne une certaine formation culturelle intellectuelle , sont certainement très en avance sur ce que nous étions par leur connaissance directe de la vie et du monde , connaissance qu' ils puisent dans la radio et dans la télévision en famille .

C' est pourquoi les conditions de l' enseignement sont complètement transformées et c' est pourquoi , pour l' enseignement secondaire plus qu' ailleurs , il importe certes de ne rien sacrifier d' essentiel et de ne pas commencer par détruire sous prétexte de reconstruire , mais de refaire un examen d' ensemble complet de ce que doit être cet enseignement dans ses méthodes , dans ses finalités et dans ses sanctions . Je n' ai pas la prétention d' apporter et surtout pas d' imposer des solutions . Mais je crois que cet examen doit être fait en commun par tous ceux qui y sont intéressés , il doit surtout être fait de bonne foi , c'est-à-dire en éliminant aussi bien les routines administratives que les habitudes professionnelles ou que les prétentions corporatives . Il faut regarder les problèmes nettement et il faut essayer de les résoudre en bonne foi , c'est-à-dire le mieux possible mais pour de vraies raisons et des raisons qu' on avoue ; j' en donnerai un ou deux exemples . Il y a le problème du latin qui préoccupe beaucoup de ceux qui sont ici pour qui le latin était une chose sacrée . Je ne pense pas être suspect d' être l' ennemi de la culture gréco-latine , mais il est évident que le problème de cette culture ne peut pas se poser aujourd'hui comme il se posait il y a trente ans et , à plus forte raison , il y a cinquante ans . Jaurès faisait des discours en vers latins et il lisait Lucrèce quand il venait dans sa circonscription , ce dont je ne suis pas sûr que je sois capable . Il faut traiter ce problème , mais il ne suffit pas de le traiter par des décisions improvisées . On peut considérer le latin - au même titre que le grec - comme une forme de culture particulière ; dans ce cas il n' y a aucune raison de commencer le latin en 6 , on peut très bien le commencer en 4 , voire en seconde . Après tout en seconde on a quinze ans ; quand on passe l' agrégation on en a quelque vingt - cinq , cela fait 10 ans pour apprendre le latin ; si on s' y consacre vraiment , cela peut suffire . Mais si on considère , d' une part , que le latin est une façon de mieux connaître le français , d' imposer une meilleure connaissance de la grammaire et de la syntaxe , de faire comprendre la langue française précisément parce qu' elle est différente de la langue latine , si l' on considère , d' autre part , que la version latine est un exercice de raisonnement , presque incomparable à cause du passage permanent d' une langue synthétique à la langue analytique par excellence qu' est le français , alors le latin au contraire , à mon sens , devrait être enseigné dès la 6 .

Je ne choisis pas , je dis simplement que je voudrais qu' on pose le problème et qu' on le pose en termes réels . Je dirai la même chose du bachot . Qu' est - ce qu' on veut faire du bachot ? Ou bien c' est un examen d' enseignement supérieur , un premier titre de l' enseignement supérieur et qui ouvre toutes grandes les portes des facultés , qui donne un droit à poursuivre les études , et alors il faut qu' il soit difficile , il faut qu' il institue une sélection , je n' ai pas peur du mot . Pourquoi ? Parce qu' on ne peut pas laisser aller vers des études prolongées des gens qui n' ont pas la préformation indispensable nécessaire . Après tout , on peut se faire coller au bachot et s' y représenter , on peut ne pas avoir son bachot et réussir très brillamment dans l' existence . Il n' y a pas que le baccalauréat dans la vie et cette espèce de hantise en France pour le baccalauréat est proprement absurde . Si , au contraire , on estime que l' enseignement supérieur doit faire lui - même et assurer lui - même les règles de son recrutement , eh bien , alors le bachot peut devenir un simple certificat constatant que vous avez convenablement poursuivi des études secondaires sans plus , mais qui ne vous dirige pas obligatoirement vers des études prolongées .

Là aussi , je le répète , il y a plusieurs solutions . Je ne sais pas s' il y en a une meilleure que l' autre ; je ne sais pas s' il y en a qui n' ont aucun inconvénient , je suis convaincu que toutes ont des inconvénients , mais encore faut - il saisir le problème , encore faut - il le poser clairement et encore faut - il le résoudre pour de bonnes raisons . En tout cas les préoccupations corporatives , les préoccupations de convenance personnelle ne doivent pas intervenir dans la solution du problème du baccalauréat . J' ai pris ces deux exemples , il y en aurait bien d' autres pour montrer que l' enseignement secondaire est vraiment la base même de notre Université . C' est lui qui prend les enfants presque au sortir de la première enfance , qui les mène jusque et même un peu au-delà de l' adolescence et qui leur donne la formation sur laquelle ils vivront , que ce soit dans l' action , que ce soit dans la suite de leurs études . C' est pourquoi il importe de sauver cet enseignement secondaire , de le remettre au goût du jour , de ne pas le laisser se défaire , se déliter en quelque sorte dans l' incertitude sur ce qu' il doit être et ce à quoi il prépare . Et il faut naturellement que renaissent entre professeurs et élèves ces sentiments dont je parlais tout à l' heure , qui n' empêchent nullement une certaine liberté , mais qui , en fin de compte , doivent être de la part des élèves le respect des maîtres , respect que les maîtres et chefs d' établissements se doivent à eux - mêmes d ' Imposer , par la qualité de leur enseignement . Je puis les assurer qu' ils trouveront pour les soutenir l' appui complet de leur ministre , du Gouvernement et du Chef de l' Etat .

Ce sont là des paroles un peu graves pour une réunion qui devrait être uniquement sous le signe de l' amitié , mais l' orateur précédent n' a pas pu s' empêcher de se laisser aller à ce type de réflexions parce qu' elles s' imposent aujourd'hui à nous tous . Elles s' imposent à nous comme anciens élèves , qui nous rappelons ce qu' était l' enseignement et qui ne voulons pas le voir se dégrader . Elles s' imposent à nous comme parents d' élèves , voire comme grands-parents d' élèves . Elles s' imposent à nous comme citoyens . A tous ces titres , nous devons y veiller et nous devons aider tout ce qui tend à la sauvegarde et à la transformation dans l' ordre de notre Université , de notre enseignement . Mes chers camarades , croyez bien que l' accueil qui m' est fait aujourd'hui me touche profondément . Me trouver au milieu de vous , c' est pour moi , au poste où je suis , à la fois un retour aux sources et une sorte d' encouragement pour l' action que je puis avoir à mener au-dessus de toute politique et au-dessus de tous partis pour l' intérêt de notre pays .

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