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Ces devoirs , qui ne le voit , sont immenses et revêtent des aspects très variés . Devoirs à bien des égards préoccupants sur le plan moral puisque , aujourd'hui , l' Etat , par la législation sur l' autorité parentale , sur la contraception ou sur l' avortement , sur le divorce , ses procédures et les conséquences pour la vie des enfants , est contraint de créer les conditions d' un équilibre entre les droits de l' individu et ses devoirs familiaux , entre les droits de l' homme et ceux de la femme , entre la liberté des parents et l' avenir des enfants , et qu' il en arriverait à trancher jusqu' au droit de donner ou de refuser la vie .

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G. Pompidou - 5 décembre 1970

Mesdames et messieurs , C' est la première fois , je crois , que le Chef de l' Etat assiste au Congrès de l' Union nationale des associations familiales et ce fait revêt une signification particulière . Certes , vous célébrez cette année votre vingt - cinquième anniversaire et ma présence parmi vous traduit d'abord l' intérêt des pouvoirs publics pour votre action . Mais , au-delà de relations constantes et utiles , j' ai voulu marquer solennellement l' importance que J' attache à la famille et à son rôle social .

Il y aurait là matière à des développements qui ont souvent inspiré les dirigeants politiques français et gardent d'ailleurs toute leur justesse , mais auxquels la répétition a enlevé une bonne part de leur vertu . Souligner après tant d' autres les mérites du père et de la mère de famille nombreuse , les devoirs de la collectivité à l' égard de ceux qui lui apportent la richesse la plus précieuse , me paraît superflu . De même , et bien que ce problème soit sans doute au centre de vos travaux , je ne veux pas entrer dans le débat concernant notre législation familiale et la capacité de notre système d' allocations , de notre fiscalité , de notre organisation scolaire et sanitaire à répondre aux besoins .

Mon propos d' aujourd'hui est d' essayer de montrer que la famille , cadre traditionnel par excellence , est pourtant le mieux adapté et le plus nécessaire pour aider à surmonter certaines des contradictions fondamentales de notre société .

Toute l' évolution de la civilisation occidentale depuis deux siècles a tendu à exalter et à libérer l' individu . Même si les forces naturelles se rappellent parfois à l' homme avec le sombre éclat de la tragédie , le progrès scientifique et technique l' a dans une large mesure libéré des contraintes physiques dues à son impuissance millénaire face à des phénomènes qu' il ne pouvait que subir . Ce progrès a également réduit les contraintes physiologiques , grâce aux découvertes de la médecine et de la chirurgie . Il a fourni des instruments qui allègent considérablement l' exercice des métiers . Il a permis la production des biens indispensables à la vie dans des conditions qui permettent d' éliminer les formes extrêmes du dénuement : dans les pays développés dont je parle ici , on ne meurt plus de faim ni de froid . Tout cela nous paraît naturel , mais tout cela est récent et sans précédent dans l' histoire de l' humanité .

La conséquence en est que , moins menacé , l' homme s' est senti moins solidaire . Pour se défendre contre l' agression sous toutes ses formes , contre la famine , contre les invasions ou les épidémies , l' homme du Moyen Age cherchait en premier lieu à s' unir . Le clan , la cité , l' union autour du château , dans la corporation ou dans l' église , constituaient les réponses diverses à un même besoin : ne pas être seul . Sur les pas du progrès technique qui éliminait les motifs de cette solidarité , l' homme moderne a prétendu vivre sa vie par ses propres moyens . En trouverait - on un exemple plus frappant que celui des Etats-Unis d' Amérique , pays devenu en quelques dizaines d' années le plus puissant et le plus évolué du monde , grâce à des émigrants déliés de toutes attaches et partis à la recherche d' un destin solitaire ? Le besoin ressenti , puis la conquête à la fin du dix-neuvième siècle des droits de coalition et d' association n' ont fait que nuancer cette évolution profonde sans la contrarier . Ce type d' action collective n' est qu' un moyen supplémentaire d' aider l' individu dans son combat personnel . Il suffit de comparer syndicat et corporation . Celle - ci n' était pas pour le compagnon un simple instrument de revendication . Elle était le cadre de sa vie et en rythmait les étapes . Je ne crois pas que ce soit le cas des organisations sociales et professionnelles actuelles , quelles qu' elles soient .

Or , la civilisation moderne , conçue pour donner à l' individu toutes ses chances , l' enserre de toutes parts dans de pesantes contraintes . J' en vois une image symbolique dans le développement de l' automobile qui devait assurer la liberté du déplacement individuel et qui devient dans nos agglomérations un facteur de paralysie généralisée . Au volant de sa voiture , le citadin se découvre à la fois isolé et prisonnier . Du fait de la concentration urbaine , de l' habitat collectif , des transports en commun , des congés eux - mêmes , la vie de l' homme se déroule sous le double signe de la promiscuité et de la solitude .

Comment , dès lors , n' y aurait - il pas réaction instinctive pour échapper à cette conjonction ? « L' enfer , c' est les autres » , dit l' un . « L' enfer , c' est la solitude » , dit un autre . Ainsi s' expliquent le retour à la nature , le besoin de fuir la ville , dont la vogue de la résidence secondaire constitue l' aspect le plus banal . Ainsi s' explique , en sens inverse , le besoin de retrouver ce que j' appellerai la notion du « prochain » et des formes de vie où les individus ne soient pas simplement agglomérés . J' en vois la démonstration dans l' attitude de la jeunesse actuelle , quoiqu'elle revête parfois des aspects déplaisants . Formés et élevés dans la civilisation de l' individu , beaucoup de jeunes refusent toute valeur aux groupes traditionnels , nation , cité , famille , qui ne sont à leurs yeux que sépulcres blanchis et qu' ils rejettent de leur univers mental et moral , tout enclins qu' ils soient à en attendre appui et subsistance .

Mais , simultanément , que font - ils si ce n' est de chercher à recréer des groupes ? Tous , depuis les dévoyés qui s' agrègent a des « bandes » jusqu' à ceux qui répondent à l' appel de la prière en commun , en passant par les fanatiques des festivals pop ou du théâtre dans la vie , et tous sans exception , tendent à redécouvrir la solidarité . Si surprenants que puissent paraître certains comportements , ils s' analysent pour une bonne part en recherche d' une fraternité qui permette d' échapper à la solitude grégaire .

Et c' est là que j' en arrive à mon propos d' aujourd'hui .

Puisque le besoin du groupe et de la solidarité est si profondément ressenti , n' est - il pas souhaitable et possible de le satisfaire d'abord à partir de la famille ? De tous les groupes sociaux , elle est celui qui a le mieux résisté ; elle est surtout celui qui est à la fois le mieux placé pour survivre à toutes les crises de notre civilisation et le mieux adapté pour répondre aux aspirations dont je parle .

Elle est le mieux placé pour résister aux ébranlements , parce qu' elle est fondée sur la nature , sur la loi de l' espèce . Elle porte en elle ses certitudes originelles en même temps que les promesses de sa perpétuation . Ne voyons - nous pas , les unes après les autres , les sociétés qui ont tenté de la dissoudre , renoncer à cette attitude et favoriser à nouveau par leur législation la vitalité du groupe familial ? Mais , disais - je , la famille me paraît aussi parfaitement adaptée à quelques-unes des aspirations les plus profondes de notre époque . Sa composition , surtout s' il s' agit d' une famille nombreuse , répond parfaitement à ces besoins contradictoires d' indépendance et de solidarité . Chacun y trouve la possibilité d' être à la fois lui - même et partie d' un ensemble il sait qu' il est utile aux autres et il sait qu' il a besoin d' eux il sait que les ressources sont mises en commun et réparties en fonction des besoins de chacun ; il sait même qu' il peut s' éloigner et que la place est gardée pour son retour .

Parlant de l' amour maternel , Victor Hugo écrivait : Chacun en a sa part et tous l' ont tout entier . Il me semble qu' on ne saurait trouver meilleure définition des rêves d' une jeunesse à la fois individualiste et socialiste , préoccupée de son destin personnel et hantée par le désir de communication et de fraternité . Or , c' est bien ce qu' apporte la famille et non pas seulement sous la forme de l' amour maternel , mais de la protection qu' incarne le père comme de la connivence des frères et sœurs , ligués entre eux parfois vis-à-vis des parents , mais plus solidement encore pour faire front vis-à-vis de l' extérieur .

On dira que je présente de la famille une image idyllique . Certes , je n' ignore pas le changement des mœurs , ni la courbe ascendante des divorces . Mais peut-être ne faut - il pas confondre l' ensemble de la société française avec un monde étroit , déformé par l' argent et la publicité . Fondamentalement , la famille en France est restée saine et son avenir n' est pas moralement compromis . Il est vrai que la liberté d' allure et de rapports des jeunes paraît étrange aux adultes . Ce qui était l' exception tend à se généraliser . Souvent même , le premier enfant s' annonce avant le mariage . Mais , avec la naissance , beaucoup de choses sont changées . Non pas forcément la longueur des cheveux , ni la fantaisie vestimentaire , mais le rythme de l' existence . Désormais , au hasard des rapprochements individuels , se substitue la loi du couple réuni autour d' un enfant sur lequel se règle la vie commune .

Le but , c' est donc de donner à la famille , telle qu' elle se crée aujourd'hui , plus tôt et peut-être plus à la légère qu' autrefois , ses meilleures chances de durée et de solidité . L' action me paraît dépendre à la fois des parents et de l' Etat .

Des parents . Je veux dire que l' avenir des jeunes couples dépend en très grande partie de l' éducation qu' ils auront reçue dans leur propre famille , et moins des principes qu' on aura cherché à leur inculquer que de l' exemple qu' on leur aura donné . Un ménage désuni est générateur de désunion . L' indispensable autorité , ou plutôt l' indispensable prestige des parents tient à leur comportement , non à l' exercice de la menace ou des droits que leur donne la loi . Rien en particulier ne le mine davantage que de confondre la liberté de l' affection et de la communication entre parents et enfants avec une familiarité vulgaire qui s' établit trop souvent sous prétexte de simplicité alors qu' elle est tentative dérisoire des adultes de jouer aux adolescents . Chacun doit accepter les servitudes de son âge et de sa mission et comprendre les jeunes n' est pas essayer de croire ni de faire croire qu' on est l' un d' eux . Aux parents donc de sauvegarder non seulement leur propre famille , mais par avance l' avenir des familles que fonderont leurs enfants .

Mais l' Etat a , lui aussi , ses responsabilités et , en dépit de ce que je disais au début de cet exposé , il me faut ici rappeler ses devoirs .

Ces devoirs , qui ne le voit , sont immenses et revêtent des aspects très variés . Devoirs à bien des égards préoccupants sur le plan moral puisque , aujourd'hui , l' Etat , par la législation sur l' autorité parentale , sur la contraception ou sur l' avortement , sur le divorce , ses procédures et les conséquences pour la vie des enfants , est contraint de créer les conditions d' un équilibre entre les droits de l' individu et ses devoirs familiaux , entre les droits de l' homme et ceux de la femme , entre la liberté des parents et l' avenir des enfants , et qu' il en arriverait à trancher jusqu' au droit de donner ou de refuser la vie . Il suffit d' évoquer ces problèmes pour mesurer les responsabilités écrasantes qu' ils font porter au législateur , l' infinie prudence et le sens moral qu' implique la recherche éternellement vaine de solutions idéales . En ce domaine plus qu' en tout autre , les textes ne valent que par leur application , c'est-à-dire aussi bien par la capacité et le sens de l' humain chez ceux qui sont chargés de faire exécuter la loi que par le Comportement de tous ceux à qui elle s' adresse .

Mais il est des devoirs heureusement plus simples et dont l' accomplissement , s' il ne résout pas tout , permet sans doute de faciliter la solution de beaucoup de difficultés . Je veux dire que l' Etat a le devoir de créer les conditions morales et matérielles favorables à la vie de la famille et que par cette action il ne répond pas seulement à une exigence de justice sociale mais il élimine une bonne partie des causes de dissolution de la famille , en tout cas de celles sur lesquelles il est en mesure d' influer .

Dans mon esprit , cela comporte d'abord la reconnaissance de la famille , non seulement comme réalité sociologique , mais comme entité sociale avec laquelle il doit entretenir des rapports réguliers par l' intermédiaire d' une représentation appropriée . Vous voyez ce que je veux dire . Dans de nombreuses instances régionales ou nationales , j' ai , comme Premier ministre , introduit une représentation de fait de la famille . J' estime qu' il faut faire un nouveau pas et que cette représentation doit être de droit .

A cette reconnaissance en quelque sorte juridique des intérêts familiaux , doit correspondre , bien entendu , une politique active , en matière de prestations familiales , de logement , de garderie d' enfants , d' enseignement , de formation professionnelle , de rééducation des inadaptés , d' emploi pour les jeunes . Fidèle à mon propos initial , je ne veux pas aujourd'hui entrer dans le détail . Je dirai simplement que l' heure me semble venue d' imaginer en matière familiale des procédures s' apparentant à celles qui ont été utilisées avec succès par ailleurs sous le nom de contrats de progrès par exemple , le but étant d' assurer aux prestations familiales sous toutes leurs formes à la fois la stabilité en valeur réelle et une progression plus rapide au profit des catégories les moins favorisées ou les plus dignes d' intérêt . Il y a là un champ que j' ouvre à vos propres réflexions et à votre dialogue avec les pouvoirs publics .

Il ne faudrait pas conclure de mes propos que la société actuelle , qui tend à être un agglomérat d' individus , doive devenir un simple agglomérat de familles . Il est bien évident que la vie personnelle et collective déborde le cadre familial et que la nécessité de recréer des solidarités s' impose non lui de la cité , seulement sur le plan de la famille mais sur ce de la nation , voire d' un cadre plus large , comme aussi de la profession ou de la spiritualité . J' ai simplement voulu dire que , de tous les instruments à notre disposition pour rendre une âme à notre société et assurer ainsi sa survie , la famille est le plus disponible , le plus solide et un des plus efficaces . C' est à ce titre que l' action que vous menez dépasse les intérêts que vous défendez , et rejoint l' intérêt national et les préoccupations humaines et morales les plus urgentes et les plus hautes . J' ai voulu , par ma présence , vous en porter témoignage .

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