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Le progrès de la science qui engendre le progrès technique , lequel engendre la production de masse , laquelle à son tour engendre nécessairement la consommation de masse , serait - il , quoique né de l' esprit humain , ressenti par notre organisme comme une sorte de corps étranger mal toléré , voire intolérable à partir d' un certain degré ?

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G. Pompidou - 4 novembre 1971

L' interpénétration des continents et des peuples grâce aux moyens modernes de transmission et de communication ainsi que le désir de tous les pays de s' approprier et d' utiliser les techniques de la civilisation industrielle moderne devraient conduire logiquement à l' uniformisation des sociétés humaines , sinon dans leur organisation juridique , laquelle n' est en fin de compte qu' un épiphénomène , du moins dans leur mode de vie et dans leur comportement . Mais l' expérience nous montre non seulement qu' il est difficile et parfois , hélas ! illusoire de prétendre combler rapidement le retard des peuples en voie de développement , mais surtout que beaucoup de peuples se refusent à l' assimilation . Au moment même où l' homme économique se comporte ou cherche à se comporter partout de la même manière , les groupes raciaux , nationaux , religieux , affirment avec plus de vigueur que jamais leur personnalité , parfois même s' opposent les uns aux autres avec violence . Dans le domaine qui est le vôtre , nous constatons que l' unicité scientifique et technique n' entrave en rien une tendance accrue à la diversité culturelle , artistique et linguistique . Qu' il s' agisse partiellement d' une réaction de continents entiers contre l' homme européen qui domina le dix-neuvième siècle et qui est le père de la révolution scientifique et technique , même si c' est ailleurs que celle - ci a connu ses développements les plus récents et les plus impressionnants , est probable . Mais ne constatons - nous pas en Europe même , en dépit des progrès accomplis ou tentés vers l' unité économique , voire politique , un réveil simultané des particularismes locaux ? Ne découvrons - nous pas dans certaines manifestations de la société américaine une sorte de retour à des sources indiennes pourtant bien oubliées et systématiquement asséchées ? N' y a - t - il pas là une réaction plus profonde et plus générale que la réaction des anciens colonisés contre les anciens colonisateurs et comme une sorte de réflexe élémentaire de défense contre la fabrication d' un homo sapiens interchangeable ? J' ai eu déjà l' occasion de dire que votre tâche ne pouvait être de chercher à répandre une culture universelle , mais au contraire d' aider à greffer sur le tronc commun des connaissances les multiples cultures que l' humanité a conçues ou concevra . Entre l' intelligence et l' instinct , le certain et l' incertain , le connu et l' inconnu , il existe et continuera d' exister des marges immenses que les peuples ont cherché à combler chacun à sa manière . Il serait aussi vain de vouloir les supprimer que de prétendre les remplir à l' identique .

Mais peut-être y a - t - il plus grave . La création de l' UNESCO a répondu à la conviction que l' éducation , la science et la culture constituaient pour l' humanité des bienfaits irremplaçables et qu' il importait d' en faire profiter tous les hommes . Or voici que ces notions sont elles - mêmes mises en accusation .

La science n' est pas seulement connaissance , elle est aussi mère d' applications pratiques innombrables , à partir desquelles s' est créée la civilisation technique dont les progrès , en même temps qu' ils apparaissent sans limites , sont présentés par certains comme facteurs d' aliénation . La culture , ou du moins ce que nous appelons ainsi , est considérée comme un sous-produit favorisant lui aussi l' aliénation . Quant à l' éducation , elle est accusée de n' être que le fourrier d' une science et d' une culture refusées .

En dépit des conclusions sommaires de ceux qui identifient ces critiques avec celle du capitalisme , il suffit de regarder les sociétés dites socialistes les plus évoluées pour constater qu' en dépit des contraintes les mêmes causes produisent partout les mêmes effets et que les divergences sur les systèmes sociaux , pour importantes qu' elles puissent être , ne peuvent empêcher des réactions convergentes dans toutes les sociétés ayant atteint un niveau industriel élevé . En fait , ces réactions ressemblent aux manifestations de rejet telles qu' on les décèle dans les greffes d' organes . Le progrès de la science qui engendre le progrès technique , lequel engendre la production de masse , laquelle à son tour engendre nécessairement la consommation de masse , serait - il , quoique né de l' esprit humain , ressenti par notre organisme comme une sorte de corps étranger mal toléré , voire intolérable à partir d' un certain degré ? Certaines formes de contestations n' impliquent - elles pas obscurément la tentation de la barbarie au sens où l' entendaient les Anciens ? Mais cette fois les barbares ne seraient plus extérieurs comme ils l' étaient à la Grèce ou à l' Empire romain , ils aspireraient à naître au cœur même de nos sociétés , pour les détruire de l' intérieur .

Il n' y a pas là matière à conclusions superficielles . Le temps ne ramènera pas l' ordre des anciens jours . Les formes les plus inattendues , parfois choquantes , souvent enfantines , que revêt cette mise en cause d' une société désaccordée , mise en cause qui est en réalité celle de la science et de la culture , ne doivent pas nous dissimuler la réalité du problème . Le besoin de retour à la nature , la crainte manifestée de la pollution , la fuite devant certaines formes d' urbanisation sont des formes de contestation , d'ailleurs exploitées comme telles , aussi bien que les manifestations de minorités anarchisantes prônant la destruction comme instrument de libération . Devant ces attitudes , je ne puis m' empêcher d' évoquer Jean-Jacques Rousseau . « il veut nous faire marcher à quatre pattes » , disait Voltaire . Mais aujourd'hui c' est Voltaire qui est accusé et avec lui la foi dans l' esprit humain créateur de progrès indéfini .

Comment résoudre cette contradiction de l' homme lancé à corps perdu dans le progrès de la connaissance et paraissant se révolter en lui - même contre les conséquences inéluctables de ce progrès ? La question , à mon sens , je l' ai dit en d' autres lieux , n' est ni économique , ni politique , ni sociale , elle est morale et métaphysique . C' est dire que je n' ai pas la prétention d' apporter une solution . Mais je crois profondément que nous devons chercher à réconcilier les créations de l' intelligence avec les obscures et immuables exigences de l' instinct . Il serait absurde de prétendre arrêter le développement de la recherche scientifique et de ses applications mais vain de ne pas admettre qu' il asservit en même temps qu' il libère . La science fait ainsi à son tour l' expérience d' une vérité qu' exprimait Bossuet quand il disait « Il n' y a point de puissance humaine qui ne serve malgré elle à d' autres desseins que les siens . » Concluons -en , messieurs , qu' il convient de se donner pour objectifs non seulement les progrès de la civilisation et de la culture , mais aussi leur adaptation permanente aux besoins primaires et essentiels de l' homme , dont les plus certains font appel sans doute à la coexistence nécessaire de l' unité et de la diversité , de l' ordre et de la liberté , du doute et de la certitude , du bonheur et de l' espérance , de l' orgueil et de l' humilité , de la volonté de se dépasser et de l' acceptation de ses limites .

Faute de quoi , qui voudrait faire l' ange ferait la bête , et la barbarie dont je parlais finirait par apparaître non plus comme un danger mais comme un recours .

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