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D'autant plus , nous le savons , que les données politiques du monde ont été profondément transformées . Deux guerres mondiales et les révolutions politiques et scientifiques qui les ont accompagnées ont favorisé l' apparition de puissances énormes par leur étendue , leur population , leurs capacités économiques et techniques , qui ont mis fin aux rêves hégémoniques que nos propres nations avaient pu tour à tour caresser .

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G. Pompidou - 15 mai 1972

Madame ,

La visite d' Etat que Votre Majesté nous fait aujourd'hui , la deuxième depuis son accession au trône , suscite dans le peuple français des réactions unanimes d' amitié et de respect .

Respect à l' égard de votre personne et de la famille royale d' Angleterre , incarnation de la vieille et noble nation britannique . Permettez - moi d' ajouter qu' à ce respect se mêlent des sentiments d' affectueuse sympathie pour celle qui porte le poids de la couronne avec tant de grâce et de dignité .

Mais qui ne voit de surcroît que cette visite porte témoignage du renouveau de l' amitié franco-britannique ? Il n' est pas de peuples qui aient eu au cours des siècles des relations plus étroites , plus constantes , plus traversées que les nôtres .

Nos deux nations sont nées , se sont affirmées , se sont déterminées l' une par rapport à l' autre et parfois , disons - le , l' une contre l' autre . Nos peuples ont forgé leur identité originale en rejetant les règles féodales qui prétendaient les confondre , dans des conditions qui , aujourd'hui encore , portent à rêver : en luttant contre les Plantagenêts , les Valois ont - ils soustrait la France à l' influence anglaise ou ont - ils empêché la francisation de l' Angleterre ? Qui le dira ? Peu importe . Au fil des siècles , se sont ainsi créées les deux plus vieilles nations européennes , séparées par un étroit bras de mer mais tout à la fois dressées l' une contre l' autre et passionnément attirées l' une par l' autre . L' évolution du continent , l' apparition de puissances nouvelles , la révélation de dangers qui menaçaient également nos libertés et nos indépendances , tout cela devait transformer les bases mêmes de nos rapports pour aboutir enfin à ce qu' on a appelé l' Entente cordiale , dont les images sont restées gravées dans les cœurs : nous n' oublierons pas les soldats français et britanniques défilant côte à côte sur les Champs-Élysées sous le commandement de Foch , maréchal de France et maréchal de Grande-Bretagne . Nous n' oublierons pas qu' au cours de l' été 1940 , lorsque la France fut littéralement submergée par la puissance hitlérienne , l' Angleterre seule et directement menacée refusa de s' incliner et sauva la liberté du monde . La mer sans doute vous fut secourable , mais qu' aurait - elle pu sans le courage et la discipline de votre peuple , l' indomptable énergie du grand Winston Churchill et la valeur légendaire de vos aviateurs ? Nous n' oublierons pas qu' en accueillant sur votre sol le général de Gaulle , vous avez permis à la France Libre d'abord , à la France tout entière ensuite de garder une place dans le combat commun et d' être présente à la Victoire . En vérité , nous avons , depuis trois quarts de siècle , partagé trop de luttes , trop de souffrances et trop d' espérances pour qu' il ne soit pas dans la nature des choses que la France et la Grande-Bretagne se sentent solidaires et tenues d' agir de concert .

D'autant plus , nous le savons , que les données politiques du monde ont été profondément transformées . Deux guerres mondiales et les révolutions politiques et scientifiques qui les ont accompagnées ont favorisé l' apparition de puissances énormes par leur étendue , leur population , leurs capacités économiques et techniques , qui ont mis fin aux rêves hégémoniques que nos propres nations avaient pu tour à tour caresser . La décolonisation que nous avons , les uns et les autres , acceptée et conduite , a transformé les conditions de notre présence sur les continents extra-européens . Les faits , en bref , nous ont contraints à la sagesse . Mais ils ne nous ont pas , pour autant , je l' espère , ôté le goût de la grandeur . S' ils nous découragent de toute prétention à la domination , suppriment - ils pour autant nos possibilités d' influence ? En nous incitant à conjuguer nos efforts au lieu de les opposer , ne nous ont - ils pas ouvert la perspective de l' unité européenne , longtemps rejetée ou recherchée dans la sanglante vanité des armes 9 Tel est , madame , le grand événement des deux années que nous venons de vivre . Votre pays , il n' y a pas longtemps encore , semblait considérer la Communauté économique comme une de ces coalitions continentales que , durant plus de trois siècles , il s' était avec obstination et succès acharné à détruire . La France , de son côté , voyait dans la Grande-Bretagne un pays résolument tourné vers l' Océan , c'est-à-dire en marge de l' Europe . Or , voici que nous nous sommes mutuellement convaincus du contraire . Pour la première fois depuis plus de 10 siècles , de la mer de Norvège à la Méditerranée et des rives de l' Océan jusqu' au bord de l' Elbe , les peuples de l' Europe occidentale s' engagent sans retour sur la voie de l' intégration économique et de la coopération politique . Il y fallut bien des changements , dont la réconciliation franco-allemande voulue et scellée par le général de Gaulle et le Chancelier Adenauer n' est pas le moindre . Mais il ne me semble pas présomptueux d' affirmer que la confiance établie entre nos deux Gouvernements a joué un rôle décisif , de même qu' elle me paraît indispensable pour l' avenir de l' entreprise .

Ce mot de confiance est d'ailleurs le mot clé de l' Europe . Nous n' aboutirons que si les pays les moins peuplés et les moins puissants se sentent à l' abri d' un directoire des plus forts . Nous n' aboutirons que si les plus ' peuplés et les plus puissants ne jouent ni de leur entente au détriment des moins forts ni de leurs divisions à des fins égoïstes . En clair , il faut que chacun soit prêt dans la défense de ses intérêts à tenir compte des intérêts des autres , et que l' on ne cherche ni dans l' effacement anonyme des nations ni dans la suprématie de l' une ou de plusieurs d' entre elles les voies avouées ou dissimulées d' une hégémonie ou d' un détournement . Le respect de nos diversités , la conscience de ce qui nous unit , la volonté d' éliminer avec patience et entêtement les inévitables divergences , en un mot , la foi dans l' action entreprisse et l' absence d' arrière-pensées , telles sont les conditions du succès européen .

Y sommes - nous prêts ? Je l' espère et je le crois . La coopération franco-britannique devrait trouver dans cette aventure un champ large et naturel de développement . Tout nous y pousse . D'abord la conscience enracinée de nos identités nationales , affirmées depuis des siècles et que nous n' entendons pas laisser se dissoudre dans un conglomérat purement économique ou technique . Ensuite , une certaine conception de la civilisation et du mode de vie , que nous avons contribué largement à répandre dans le passé , qui est aujourd'hui remise en question , mais dont nous devons préserver l' essentiel les dangers que recèle ce qu' on appelle le progrès .

La pensée britannique et la pensée française ont toujours avec des modalités diverses donné la primauté à l' individu et à la liberté . Il sera bon de nous le rappeler , dans un univers que le développement mécanique et scientifique tend à asservir , à uniformiser et à conditionner . Nous avons encore en commun l' habitude de regarder bien au-delà de nos frontières et de nos proches horizons . En mettant ensemble nos moyens et en nous unissant à d' autres , nous pourrons à coup sûr rendre à l' Europe une place à sa mesure , et non pas seulement dans le domaine économique , mais dans celui d' une politique qui inclut une philosophie de l' homme et des rapports sociaux et internationaux .

Au travers de la longue et sans aucun doute difficile démarche qui mène à l' union économique monétaire , à l' élaboration des institutions futures de l' Europe , à la progressive coopération politique , puissions - nous et puissent les 10 pays membres des Communautés ne jamais perdre de vue les objectifs fondamentaux . Dans l' effort pour rendre existence , présence et puissance à l' Europe , le développement de sa richesse ou de sa capacité commerciale n' est qu' un moyen . Ce sont nos libertés démocratiques , c' est la paix de notre continent c' est un certain équilibre du monde , c' est la diversité des civilisations humaines que nous devons contribuer à sauvegarder ou à conforter . C' est dire que nos exigences devront être à la mesure de nos espérances . A l' œuvre commune qui demandera la participation de tous , l' apport d' une loyale coopération franco-britannique sera à bien des égards essentiel , et , à coup sûr , nécessaire . Puisse votre visite , madame , en être aujourd'hui l' heureux et mémorable présage . En votre personne , Paris et la France accueillent avec joie l' Angleterre comme amie et comme partenaire .

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