CNRS
UNICE
 
UCA
C. de Gaulle
C. de Gaulle
G. Pompidou
G. Pompidou
V. Giscard d'Estaing
V. Giscard d'Estaing
F. Mitterrand
F. Mitterrand
J. Chirac
J. Chirac
N. Sarkozy
N. Sarkozy
F. Hollande
F. Hollande
E. Macron
E. Macron

Rechercher un mot et afficher ses cooccurrents




Les phrases-clés du discours du

Pour des raisons , enfin , qui sont de la dissuasion . On a l' air de se moquer de la dissuasion , mais la preuve que la dissuasion existe et qu' elle est capitale , c' est que les deux grandes puissances les plus fortes et de beaucoup au point de vue atomique ont , lors de la négociation Salt , limité volontairement leur effort défensif contre l' arme atomique , ce qui veut dire qu' elles ont estimé qu' il fallait rester vulnérable et qu' en se gardant vulnérable et en acceptant le risque , on éloignait ce risque précisément .

Voir une autre phrase-clé


Qui utilise le plus le mot «réserves» ?
Distribution statistique du mot chez l'ensemble des locuteurs du corpus.
Les thèmes autour du mot «réserves»
Analyse multi-couches de la cooccurrence autour du mot choisi dans le discours du qui
G. Pompidou - 27 septembre 1973

. - Bonjour , mesdames , bonjour messieurs . Voici longtemps que nous ne nous sommes vus et je me félicite de l' occasion que j' ai aujourd'hui de répondre personnellement à vos questions . Car je l' avoue , bien que de tempérament placide , il m' arrive quelquefois d' être agacé par toutes sortes de sottises que l' on me prête , en s' abritant derrière « un familier de l' Elysée » , « quelqu'un qui est proche de l' Elysée » , voire quelqu'un « de l' entourage de quelqu'un qui est proche de l' Elysée » . Eh bien , aujourd'hui , vous êtes à l' Elysée et nous allons pouvoir parler directement .

le pense que , comme il est d' usage , il faut un peu organiser cette conférence de presse . Les questions de politique étrangère sont évidemment très importantes : en quatre mois , j' ai vu le Premier ministre britannique , le Chancelier fédéral , monsieur Brejnev , le Président Nixon , les dirigeants chinois . je vois demain le Premier ministre japonais ; lundi , le Président de la République italienne . je crois que , dans ce laps de temps , c' est un record . C' est dire l' importance des questions qui se posent sur le plan international , c' est dire aussi l' importance du rôle que joue la France .

Mais naturellement , votre curiosité ne serait pas satisfaite si je ne traitais pas aussi les autres questions . Problèmes économiques et sociaux intérieurs , et problèmes de politique pure .

je vous propose donc de commencer par la politique internationale au sens le plus large du terme , de continuer par les problèmes économiques et sociaux intérieurs , et de terminer par la politique pure qui fait les délices de beaucoup d' entre VOUS .

. - Monsieur Rouanet , vous savez que je vous aime bien , vous avez même fait un livre sur moi , mais franchement , en fait de politique extérieure , vous me posez un problème de politique intérieure . Alors , je vous redonnerai la parole quand nous serons sur la politique intérieure quant à la durée de mon mandat et de mon action. .

. - La question telle que vous la posez est aimable ; elle aurait pu être plus méchante . ( rires ) .

Nous passons à la politique pure et je m' en félicite car l' heure passe .

Oui , à l' expérience , j' ai considéré que le rôle du Président de la République était désormais trop important dans la gestion générale des affaires de l' Etat pour qu' il puisse pendant 7 ans répéter : « Vous m' avez élu pour cela , donc je le fais et je n' ai pas à vous consulter . » J' ai pensé qu' il fallait consulter le pays un peu plus souvent , et j' ai pensé qu' une durée de 5 ans était bonne , d'autant plus que je m' attends à ce que ceux qui occupent cette charge aient tendance à faire deux mandats et , par conséquent , s' ils sont élus , bien entendu , à diriger le pays pendant 10 ans ; 10 ans cela me paraît déjà beaucoup . Mais je puis vous assurer qu' en ce qui me concerne je mettrai le temps qu' il faudra , mes efforts et ce que j' ai de capacité au service de la France , à la fois pour essayer de maintenir sa dignité , son rôle extérieur et pour essayer de la guider , à l' intérieur , sur la voie du progrès dans la liberté et dans la sécurité . Voilà , pour vous faire réfléchir , monsieur ! .

- Monsieur , de toute manière , je vous préviens , parce que cela a été dit , que je n' ai pas l' intention de démissionner et de me représenter . Le projet de loi , d'ailleurs , sera formel et prévoira que c' est à partir de la prochaine élection , mais la prochaine élection , ce sera en 1976 .

Dire que je me représenterai. .

Premièrement , on ne prend pas ce genre de décision deux ans et demi à l' avance .

Deuxièmement , si on la prend , on ne le dit pas , pour des ' motifs que vous devinez .

Mais , je le répète , je suis prêt à mettre mes capacités au service du peuple français aussi longtemps qu' il le voudra bien et que je le pourrai . Par conséquent , il est possible que je me représente , et je dois dire que j' y suis incité par le trop-plein que je sens autour de ma succession !

. - Cela se pourrait . le ne le crois pas souhaitable . je sais bien que c' est vrai maintenant aux Etats-Unis , mais enfin , si en 1940 le Président Roosevelt n' avait pas pu se représenter , est - ce que ce n' eût pas été fâcheux pour les Etats-Unis , et pour l' Europe , et pour la France en tout cas ? le crois qu' il vaut mieux laisser la porte ouverte et que S' il y a des amateurs pour quinze ans , eh bien , on verra . Cela me paraît beaucoup. .

Tout d'abord , je ne crois pas me tromper en disant que le système de Bretton Woods ne comportait pas la convertibilité du dollar en or et que c' est une décision des Etats-Unis qui a ajouté cet élément important au système de Bretton Woods et , par là même , a faussé le système . Car il reposait dès lors sur la convertibilité du dollar en or et , à partir du moment où cette convertibilité était illusoire , et elle l' était bien avant qu' elle le soit déclarée , à partir de ce moment - là le système était faussé .

Quelle est notre position dans cette affaire du système monétaire international ? je ne reviendrai pas sur le passé , sur les causes , ni sur la description de la situation actuelle , qui est évidemment anarchique , sujette à des crises constantes , et qui sera sujette à de nouvelles crises si on ne se décide pas à en sortir .

Vous voudrez bien également ne pas vous étonner que je ne la traite pas en théoricien . Il ne s' agit pas d' écrire un chapitre dans une encyclopédie monétaire ou économique , il s' agit d' aboutir dans les faits et , pour aboutir dans les faits , il faut pouvoir réunir l' accord des autres aussi . L' expérience prouve que nous ne pouvons pas nous isoler économiquement sous peine de récession très grave et que , par conséquent , nous ne pouvons pas nous isoler monétairement . L' expérience prouve que notre commerce extérieur a pris une telle importance qu' il suffit que le doute s' installe , soit sur la dévaluation d' une monnaie , soit sur la réévaluation d' une autre , pour qu' immédiatement les échanges soient réglés avec plus ou moins de rapidité ou plus ou moins de retard et que cela suffise à bouleverser la situation de nos réserves ou des réserves de tel ou tel autre Etat . L' expérience prouve enfin - et elle l' a prouvé dès la grande crise de 1930 - que les tas d' or se gonflent et se dégonflent très rapidement .

C' est donc dans un esprit réaliste que nous abordons ces discussions , avec l' idée qu' il y a des principes élémentaires sur lesquels il faudra bien qu' on s' accorde , et - qu' il y a , d' autre part , des nécessités auxquelles il faudra bien également se soumettre .

Comment je vois ce système ? Il est loin d' être au point . Et la Conférence de Nairobi ne me paraît pas l' avoir fait progresser sensiblement , tant s' en faut , en dépit des bonnes paroles échangées . Il doit reposer d'abord sur un système de parités fixes , et on ajoute ajustables . Tout est de savoir d'abord ce qu' on entend par ajustable , et sur ce point nous aurons besoin de précisions . Il est , je crois , aussi admis que ce système monétaire devra permettre que les réserves des banques centrales ne soient plus constituées par une monnaie de réserve , monnaie ayant à la fois les avantages et les responsabilités d' un statut spécial . Comme il faut bien , ne serait - ce que pour les opérations courantes , qu' il y ait des monnaies , eh bien , on ira probablement vers un système où une fraction des réserves des banques centrales sera composée d' un certain nombre de monnaies , dont on fera la liste , liste qui sera sujette à révision .

On en vient à ces réserves , et il est évident aussi que ces réserves devront comporter autre chose que des monnaies .

Alors quoi ? Je ne crois pas que cela puisse être l' or uniquement . le ne le crois pas pour des raisons théoriques qu' il serait trop long de développer ici . Mais je ne le crois pas non plus pour des raisons pratiques , parce qu' il y a un certain nombre de pays importants qui ne l' accepteront pas , et que nous n' avons pas la possibilité , même si nous le voulions , de l' imposer puisque , je le répète , nous ne pouvons pas nous isoler monétairement . Il est trop facile pour une monnaie comme le franc d' être vulnérable . Il suffit de très peu de chose en ce domaine pour bouleverser des situations . Nous l' avons vu en 1968 . Nous pourrions le revoir . Ne lisais - je pas , quand j' étais à Cajarc , dans un grand journal du Midi , le vendredi , « Dévaluation du franc pendant le week-end ? » Je pense que c' était lié aux cantonales plutôt qu' au problème monétaire . Mais enfin , nous savons bien qu' une monnaie , quelle qu' elle soit , et une monnaie comme le franc , est fragile et que , par conséquent , il faut qu' elle entre dans un ensemble admis par tout le monde . Si donc l' élément de réserve n' est pas l' or seul il faut que ce soit autre chose . Ce quelque chose dérivera plus ou moins des droits de tirage spéciaux . Je ne dis pas que ce sera le même mot , je ne dis pas que ce seront les mêmes caractéristiques , mais je dis que cela dérivera de ce système , et je souligne que ce qui comptera pour nous , ce sont les conditions d' émission de ces droits de tirage spéciaux .

Il est bien évident que si on se laisse aller à la facilité , à la démagogie , on nourrira l' inflation mondiale , et qu' il faut des règles strictes , et il faut que , ces règles strictes , on se les impose et on les applique . Il faut donc envisager une réforme profonde du Fonds monétaire international , réforme profonde qui doit le mettre à l' abri de l' autorité ou de la pression de n' importe quel Etat ou groupe d' Etats , tant par son statut que , je dirai même , par sa localisation .

le pense que cette réforme du Fonds monétaire sera un des éléments essentiels de la réforme .

je reviens sur les droits de tirage spéciaux : la France estime quant à elle que leur émission devra tenir compte des pays en voie de développement , au moins pour une certaine partie , et que ce sera une forme d' aide qui s' ajoutera à d' autres de la part des pays industrialisés vis-à-vis de ces pays .

Il reste l' or : on parle de démonétiser l' or . Si l' on veut dire par là que les ménagères ne prennent plus des louis pour aller faire leur marché , il y a longtemps que c' est réalisé . Si l' on veut dire que l' or n' existe plus et qu' aucune Banque centrale n' en veut , on se moque des gens ; la preuve en est d'ailleurs que les Etats-Unis , lorsqu' ils ont renoncé à la convertibilité , l' ont fait à un moment où leur stock d' or était encore le plus important du monde et néanmoins avait atteint à leurs yeux le seuil critique . L' or continuera donc forcément de jouer un rôle . Le minimum , c' est que les Banques centrales puissent en acheter et en vendre , en vendre et en acheter à un taux raisonnable . Il serait souhaitable d'ailleurs que les déficits permanents des balances commerciales se traduisant par des pertes pour les Banques centrales puissent , dans une certaine proportion , être réglés en or .

Je dis que ce serait souhaitable , que nous le soutiendrons , sans être sûr que sur ce point nous serons suivis .

Il va de soi qu' une réforme de cet ordre pose tout de suite le problème de la convertibilité du dollar . C' est à la fois un faux problème et un grave problème . C' est un faux problème dans la mesure où l' on s' attache uniquement aux balances dollar officielles , c'est-à-dire aux avoirs des Banques centrales : là , nous pouvons trouver des solutions , nous sommes tout prêts à en trouver et , si chacun veut y mettre du sien , on , en trouvera . Qu' on ne parle pas de Plan Marshall à rebours , il n' y a pas à comparer la situation économique des Etats-Unis avec la situation désastreuse de l' Europe au lendemain de la guerre mondiale . Mais , ce qui est beaucoup plus important , ce sont les avoirs privés en dollars , qui représentent plusieurs fois la valeur de ces balances officielles , qui alimentent les marchés incontrôlés comme celui de l' eurodollar et qui , d' autre part , suivant qu' on aperçoit un signe de faiblesse d' une monnaie ou une possibilité de réévaluation pour une autre , créent - par les déplacements de capitaux entraînés immédiatement l' événement qui n' était qu' une possibilité .

Et c' est pourquoi on ne pourra avoir un système valable s' il n' y a pas un contrôle des mouvements de capitaux à court terme ; j' ai noté , d'ailleurs , que le Congrès américain avait commencé à étudier la possibilité de demander aux grandes sociétés , à intervalles réguliers , les mouvements de change qui avaient affecté leur trésorerie durant le mois précédent . Je ne sais si ce sera adopté , mais je dis que cela montre bien que dans un pays qui était tout à fait hostile au contrôle des mouvements de capitaux , l' idée commence à faire son chemin , et je souhaite qu' elle le fasse partout .

Comme vous le voyez , nous cherchons à concilier les principes et les possibilités , à faire que ce système qui sortira des futures discussions soit viable et nous épargne cet état de crise permanent où nous nous trouvons . Nous souhaitons en même temps que ce système ne soit pas un encouragement à l' inflation et à la spéculation , comme le serait par exemple , la théorie que certains avaient soutenue suivant laquelle on devait modifier automatiquement la parité d' une monnaie selon des critères objectifs à la lecture des réserves de la Banque centrale . C' est une formule qui est impossible parce qu' elle est un encouragement constant à la spéculation la plus sûre ; il suffirait à des détenteurs de capitaux de regarder l' état des réserves d' une banque pour savoir qu' il faut jouer et contre qui il faut jouer .

Par conséquent , je ne crois pas du tout à une formule de cet ordre , mais il va de soi qu' il faut que les déficits permanents de balance commerciale soient sanctionnés , et il va de soi aussi , dussé - je étonner , qu' un excès dans l' accroisse ment des réserves doit également être surveillé et faire l' objet éventuellement de mesures prudentes , difficiles à mettre au point , mais tout de même doit faire l' objet de mesures . Nous sommes dans un monde , où la rivalité économique a pour une bonne part remplacé la rivalité militaire . Dire qu' ainsi on punira ceux qui travaillent mieux et qui sont mieux organisés ne m' impressionne pas , car ceux qui faisaient la guerre , ceux qui attaquaient , à moins d' être des fous , étaient des gens qui avaient une organisation militaire meilleure , de meilleures armées et de bonnes chances de gagner eux aussi , n' est - ce pas ? Il en est un peu de même , quoique ce soit moins grave et plus facile peut-être à contrôler , dans le domaine économique . Nous ne pouvons pas avoir sur le plan international ce que nous refusons sur le plan intérieur , c'est-à-dire une liberté totale dans laquelle les gros écrasent automatiquement les faibles , les riches écrasent automatiquement les pauvres . Il faut que chacun soit discipliné , et il faut que , s' il ne s' autodiscipline pas , on l' incite à se discipliner , par des mesures prudentes , je le répète . Au total , un système monétaire international doit permettre et faciliter les échanges , doit assurer la sécurité de ces échanges , doit assurer une stabilité générale et ne pas être inflationniste ; il ne doit pas être non plus à l' excès concurrentiel et capitaliste , car nous retrouverions l' éternel duel entre les pays riches et les pays pauvres , nous arriverions fatalement à une catastrophe mondiale .

...

Je crois que la réconciliation d'abord , et l' entente franco-allemande telles qu' elles ont été scellées par le traité de janvier 1963 constituent l' élément nécessaire , et j' ajoute l' élément fondamental de la construction européenne et de la stabilité en Europe . Je crois pouvoir dire , contrairement , monsieur , à ce qu' écrit quelquefois la presse allemande , que je ne suis pas obsédé par l' Allemagne ; l' obsession d'ailleurs n' est pas mon fait , pour ceux qui me connaissent , mais je ne suis pas obsédé par l' Allemagne .

le crois pouvoir dire aussi que les entretiens que j' ai eus avec le Chancelier Brandt l' été dernier à Bonn ont été parmi les plus utiles et les plus confiants . Et je crois que l' entente franco-allemande doit rester un élément essentiel de la politique de nos deux pays , et , en tout cas , du mien , je vous l' assure . Cela dit , la politique à l' Est qu' a menée le Chancelier Brandt et que nous avons approuvée , encouragée , facilitée , cette politique ne peut pas , compte tenu de la situation allemande , ne pas laisser percevoir des possibilités . Le nier serait absurde , mais je me félicite précisément que le Chancelier ait , à diverses reprises , et récemment encore , affirmé et réaffirmé que la politique à l' Est ne l' engageait que davantage à s' associer à la construction européenne et à l' entente avec l' Europe de l' Ouest .

Il est évident que quand on en vient aux questions pratiques , au faire et au prendre , comme on dit , et que se pose le problème du prix d' une céréale ou du beurre , ou du sucre , ou des carottes , eh bien , évidemment , nous ne sommes pas forcément du même avis .

Il est évident aussi que notre situation n' est pas tout à fait la même et que , par conséquent , nous avons besoin de temps à autre , et fréquemment même , d' harmoniser nos positions . C' est pourquoi je crois beaucoup aux contacts personnels tels qu' ils se sont instaurés et tels qu' ils n' auront qu' intérêt à se multiplier . Mais , je le répète , il n' y a pas de crise entre la France et l' Allemagne , il ne doit pas y en avoir , car tout serait bouleversé au détriment de la France , au détriment de la République fédérale .

...

Il y a toujours des problèmes et il y a toujours un manque d' information . Vous y suppléez tous par l' imagination . « Maîtresse d' erreur et de fausseté » , comme a dit un grand Auvergnat , Pascal .

Nos expériences nucléaires cette année ont , en effet , entraîne des protestations . Les unes avaient un caractère un peu dérisoire , je n' insiste pas , d' autres participaient d' une certaine hypocrisie internationale , qui consiste à prendre des positions apparentes extérieures pour des raisons de politique intérieure ou d' attitude , et seules la charité chrétienne et la courtoisie diplomatique m' empêchent de citer les Gouvernements qui ont protesté contre nos expériences , alors que , quand nos ambassadeurs leur en faisaient des observations , on nous répondait : « N' y attachez pas d' importance ; c' est pour l' opinion cela n' a pas d' importance . » Quelquefois même on ajoutait « Nous vous comprenons . » Ce n' est pas vrai de tous , c' est vrai de beaucoup et je dirai même de la majorité .

D' autres réactions m' ont paru dictées par une sorte d' humanitarisme profond , de pacifisme viscéral et qui ne réfléchit pas aux conséquences ou qui ne veut pas les voir . J' en respecte les motifs , tout en regrettant quelquefois que des voix s' élèvent à Orléans ou à Verdun qui sont deux des hauts lieux historiques de notre Défense nationale . Mais il ne faudrait pas croire qu' une politique de défense nationale soit attitude réactionnaire . Bien sûr , c' est ce refus français de la soumission qui guidait Jeanne d' Arc sur les chemins qui la menaient de Vaucouleurs au bûcher de Rouen , mais enfin la devise « Vivre libre ou mourir » , c' est une devise révolutionnaire , c' est celle de Danton , de Saint-Just , de Carnot . C' est elle qui animait aussi bien les soldats de Kellerman à Valmy que les soldats du maréchal Pétain à Verdun . C' est elle qui animait les combattants , je dis les combattants , de la Résistance . C' est elle qui animait les combattants , je dis les combattants , de la France Libre , aux premiers rangs desquels se trouvaient , et ce n' est pas un hasard , Pierre Messmer et Robert Galley .

Nous entendons bien poursuivre notre effort -de défense nationale . Non pas que nous soyons hostiles au désarmement . Qui donc plus que la France a intérêt au désarmement ? Nous ne réclamons rien à personne , nous n' avons de revendications territoriales vis-à-vis de personne , nos ennemis dits héréditaires sont aujourd'hui , tous , nos amis , nos alliés , nos partenaires . Seulement il faut que ce désarmement soit un désarmement véritable , simultané et qu' il n' ait pas pour but simplement de maintenir ceux qui sont armés ou surarmés dans leur état actuel et d' empêcher les autres de s' armer , faute de quoi c' est un faux désarmement qui tend à l' asservissement ou à la parodie et on voudra bien excuser la France de ne se prêter ni à l' un ni à l' autre .

Dès lors qu' on fait un effort national , un pays comme la France est obligé de se doter de l' arme atomique pour des raisons techniques d'abord , nous avons assez souffert en 1914 , en 1940 , d' être toujours en retard d' une arme et d' une guerre . Pour des raisons financières aussi , car , quoi que l' on en pense , l' arme atomique est moins chère que l' arme conventionnelle telle qu' il faudrait la développer si on renonçait à l' arme atomique . J' en veux pour preuve le fait qu' en 1972 - je prends 1972 parce que les soubresauts monétaires de 1973 empêchent toute comparaison -en 1972 , le budget militaire de la République fédérale était supérieur au budget français et il en est de même du budget britannique , ce qui prouve bien que nous ne sommes pas une nation particulièrement agressive tant s' en faut . Pour des raisons , enfin , qui sont de la dissuasion . On a l' air de se moquer de la dissuasion , mais la preuve que la dissuasion existe et qu' elle est capitale , c' est que les deux grandes puissances les plus fortes et de beaucoup au point de vue atomique ont , lors de la négociation Salt , limité volontairement leur effort défensif contre l' arme atomique , ce qui veut dire qu' elles ont estimé qu' il fallait rester vulnérable et qu' en se gardant vulnérable et en acceptant le risque , on éloignait ce risque précisément .

Enfin , il y a aussi dans tout cela une certaine incompétence . On ne sait pas , et je m' en excuse , mais je ne vous donnerai pas d' information , à quel degré de perfectionnement nous sommes arrivés ; c' est plus qu' on ne croit . On n' a pas remarqué que nous ne sommes plus , ou nous n' allons plus être réduits à nos Mirages IV , mais que nous allons avoir la bombe nucléaire tactique et en même temps les sous-marins lanceurs d' engins qui sont jusqu' à nouvel ordre ce qu' il y a -de plus invulnérable , et que , par conséquent , se préparer , préparer sa dissuasion par l' arme atomique c' est se réserver les moyens éventuels d' une réponse flexible et non pas simplement , comme on dit , d' un acte suicidaire .

Ce n' est pas notre faute , d' autre part , si nous sommes en retard . Ce n' est pas la faute du général de Gaulle , de ses Gouvernements , ni de mes Gouvernements , si la France a , pendant des années et des années , gaspillé un budget militaire qui était alors le tiers du budget général dans des guerres de forme coloniale , laissant la France et l' armée française s' engager dans la désastreuse guerre d' Indochine ou encore dans le déplorable conflit algérien . J' ajoute cependant que les Gouvernements de la IV République ont , malgré cela , décidé les premiers de nous doter de l' arme nucléaire . Cela a commencé par un décret de monsieur Mendès France en octobre 1954 . Il est vrai que son Gouvernement a été remplacé quelques mois plus tard par monsieur Edgar Faure qui a déclaré qu' il ne s' intéressait à l' énergie atomique que sous la forme pacifique . Mais je dois à la vérité historique de dire qu' en même temps , à l' intérieur de son Gouvernement , un accord était passé qui mettait à la disposition du Commissariat à l' énergie atomique 47 milliards de francs de l' époque pour ce qu' on appelait pudiquement des études et recherches et dont vous voudrez bien deviner ce que cela signifie lorsque vous saurez que le ministère de la Défense nationale fournissait et contrôlait 20 de ces milliards .

Cette somme a été augmentée et portée , si je me souviens bien , à 60 milliards par le ministère Guy Mollet , lequel a d'ailleurs lancé le prototype du Mirage IV . Et c' est enfin le ministère Gaillard qui a le premier , si je puis dire , annoncé la couleur en augmentant encore cette somme et en disant clairement cette fois qu' il s' agissait de se doter de l' arme atomique , de procéder à des expériences nucléaires et que la première expérience aurait lieu le plus tôt possible après le printemps 1960 . Le général de Gaulle s' est borné à ratifier cette décision et cette chronologie . Qu' on ne me fasse pas dire que les Gouvernements de la IV République , avec leur instabilité , auraient été en mesure de résister aux pressions de tous ordres , je ne le crois absolument pas .

Mais le général de Gaulle , lui , a repris l' effort , l' a mené à bien . Je le poursuivrai et mon Gouvernement le poursuivra . Je dis tout de suite que les expériences , quelles qu' elles soient , aériennes ou souterraines , seront faites de telle manière et dans des conditions de sécurité telles qu' elles ne présenteront de risques pour personne , ni directs ni indirects . Tous les rapports officiels , jusqu' à nouvel ordre , le démontrent .

Vous me donnez l' occasion , monsieur Maffert , de remercier publiquement nos savants , nos ingénieurs et nos militaires de l' effort qu' ils font dans tous les domaines et en particulier pour doter la France de ce qui est pour elle la meilleure garantie de sa stabilité , de sa paix et de sa tranquillité et j' ajoute de la tranquillité de l' Europe , même si , bien entendu , nous ne surestimons pas nos capacités vis-à-vis de certains autres .

...

Monsieur Vajou , je regrette que mon nom se prête mal aux adjectifs ! Mais enfin , je n' y peux rien . Pour le reste , je vous dirai trois choses : La première , je l' ai déjà dite , j' ai été pendant vingt ans le collaborateur le plus étroit , le plus proche du général de Gaulle . J' ajoute que , pendant les 10 premières années , je l' ai été avec l' idée profonde en moi que le général de Gaulle ne reviendrait pas au pouvoir , que la IV , République ne ferait pas assez de bêtises pour lui ouvrir la voie . J' ai refusé tout poste parlementaire : on m' en a proposé , et de très faciles . Je ne suis pas entré dans les Gouvernements . C' était donc du gaullisme total , personnel et désintéressé , totalement désintéressé , et c' est pourquoi je n' ai de leçon de gaullisme à recevoir de personne , vous m' entendez , de personne ! C' est la première chose que je vous dis .

La seconde , c' est que , quels que soient la grandeur du personnage et le rôle qu' il a joué , l' horloge mondiale ne s' est pas arrêtée en avril 1969 . Les événements courent et je dirai même que , depuis cette époque , il s' en est produit énormément et il s' en produit tous les jours , et d' immenses . J' essaye d' agir de mon mieux , de réagir de mon mieux , de maintenir la politique française de mon mieux dans tout cela , sur le plan intérieur et sur le plan extérieur , et je ne m' abrite pas derrière le nom du général de Gaulle , et je ne dis pas « Je fais ce qu' il aurait fait » , mais je dénie à quiconque de prétendre qu' il sait ce qu' il aurait fait .

Et la troisième - il faut bien qu' il y ait une citation elle sera du cardinal de Retz : « Les grands noms sont de grandes raisons pour les petits génies . »

...

- Je ne veux pas entrer dans la négociation et risquer de la gâcher . Sur l' affaire LIP je dirai ceci : tout d'abord , il apparaît que la société LIP depuis longtemps était menacée . La preuve en est qu' une publication économique avait écrit un long article à ce sujet , si je me souviens bien en décembre 1969 , qui avait provoqué de grandes protestations de la part de la direction . Qu' il y ait eu des erreurs de gestion , techniques et autres , commerciales , et de gestion du personnel , cela me paraît évident . Je dois dire que monsieur Charbonnel , le ministre compétent , s' est donné la peine de lire tous les procès-verbaux des comités d' entreprise et qu' il n' a vu nulle part , puisqu'on a parlé de participation , que les représentants du personnel protestaient soit contre la politique technique , soit contre la politique commerciale , soit contre la politique du personnel . Ce n' est pas pour déplacer les responsabilités que je dis cela , mais enfin pour attendre ou espérer un peu plus de réserve de la part de quelques-uns .

Voici donc une affaire qui est acculée à la faillite , et j' en tire les conclusions suivantes :

1 Parler d' autogestion est une plaisanterie , il n' y a eu à aucun moment d' autogestion . Il y a eu simplement le fait que le personnel a pris les montres qui étaient en stock , qu' il a pris également les pièces détachées oui étalent en stock et qu' il en a fait des montres nouvelles ( à la cadence de quelques dizaines , cinquante , peut-être un jour 100 ouvriers au travail ) et qu' il les a vendues . Il est bien évident que , vivant sur les stocks , ne payant ni les fournisseurs , ni les sous-traitants , ni la Sécurité sociale , ni les impôts , on pouvait vivre quelques mois , mais ça ne s' appelle pas de l' autogestion .

2 " - En second lieu est intervenu l' Etat . Je l' avais annoncé d'ailleurs , vous vous en souvenez peut-être . Pourquoi intervenait - il ? Il n' est pas actionnaire de LIP , il n' est pas client de LIP , il n' a pas d' intérêts particuliers à LIP et , par dessus le marché , c' est une industrie dans laquelle des concurrents ne demandaient qu' à prendre la place laissée par la société LIP . L' Etat est intervenu uniquement pour des raisons sociales et dans l' intérêt des travailleurs parce que l' affaire partant comme elle était partie aurait abouti au bout de quelques mois au fait qu' il n' y aurait plus eu de stock , ni de fournisseurs , et où tout le monde se serait trouvé au chômage . L' Etat a donc voulu essayer de sauver cette affaire ; il a voulu essayer de la sauver d' un point de vue social et uniquement pour des raisons sociales , il faut le dire et l' affirmer . Et c' est là qu' on n' a pas été de parfaite bonne foi chez certains ; on a fait comme s' il s' agissait d' un problème entre les travailleurs et l' Etat , comme si l' Etat dans cette affaire était responsable , on a été jusqu' à demander une négociation en terrain neutre .

Est - ce que , si vous avez un accident et qu' un médecin se précipite auprès de vous , vous lui demandez une discussion en terrain neutre ? Or , l' Etat n' était là que pour essayer de guérir l' entreprise et il n' y avait aucun intérêt , il n' avait que de l' argent à y mettre , l' argent des contribuables , l' argent du Budget . On disait que cette négociation devait être sans préalable , moyennant quoi on disait qu' elle devait être sur la base des revendications syndicales , revendications qui étaient purement et simplement le maintien du statu quo , de ce statu quo qui avait conduit l' entreprise , entre autres raisons , à la faillite . Alors là , je dis que j' en tire un certain nombre de conséquences d' ordre général .

La première , c' est que l' Etat ne peut pas se payer le luxe d' être et de devenir l' actionnaire permanent des sociétés , petites et moyennes , en difficulté , et de faire payer par les Français des déficits sans cesse croissants . S' il prenait cette attitude , il condamnerait notre économie à reculer , notre niveau de vie à diminuer et les problèmes d' emploi à se poser .

En second lieu , je dis également que j' ai senti là quelque chose que je comprends trop bien , qui est le souci des Français de ne pas bouger , d' espérer pouvoir rester là où ils ont vécu , dans le métier qu' ils ont pratiqué , à la place où ils le pratiquaient . C' est vrai que tous les Français aspirent à cela , mais malheureusement nous sommes dans une période où tout bouge , ou tout remue , partout , et si nous prenions cette attitude - là aussi nous nous condamnerions à rétrograder , à voir notre économie s' ankyloser et , finalement , à voir notre niveau de vie diminuer .

En revanche , il y a un point sur lequel l' affaire LIP doit être , pour le Gouvernement , une leçon , c' est qu' elle a démontré une insuffisance de notre législation sociale en matière de faillite . Elle a montré qu' en cas de faillite notre législation sacrifiait les travailleurs à des priorités qui étaient fiscales ou de Sécurité sociale , ou qu' il y avait simplement les lenteurs de la justice en matière de faillite . C' est pourquoi le Gouvernement a l' intention , avec le concours des partenaires sociaux , de revoir ce problème de la législation en cas de faillite et de faire en sorte que les travailleurs soient mieux défendus en pareil cas et aient une priorité plus grande sur l' actif des sociétés . Mais pour le reste , sans vouloir entrer dans une discussion pour laquelle l' Etat a délégué un homme qui est compétent , et qui a montré sa compétence dans d' autres circonstances , nous devons souligner vis-à-vis du pays que nous sommes dans une période où tout remue , que le rôle de l' Etat c' est de faire que ce remue-ménage soit le moins nuisible possible , le moins pénible en particulier aux pauvres et aux travailleurs . Mais que nous ne pouvons pas refuser d' aller de l' avant sous peine de réduire notre niveau de vie et de compromettre l' emploi . Il faut en avoir conscience .

...

. - C' est un problème d' adjectif . Union européenne ou Communauté européenne , cela peut vouloir dire s' appelle la même chose , mais il se trouve que la Communauté économique et que l' Union européenne que nous avons définie dans ses grandes lignes lors de la Conférence au sommet n' a pas cet adjectif ; par conséquent , elle déborde , elle veut déborder le problème économique . Cela veut dire obligatoirement qu' elle veut déboucher sur le domaine politique . C' est le plus difficile , cela va de soi .

Nous sommes six , et maintenant 9 Etats qui ont des traditions , qui ont des situations différentes , des habitudes différentes et harmoniser les politiques n' est pas facile . Il n' y aura véritablement d' Union européenne que le jour où il y aura une politique européenne et , croyez bien que , contrairement à ce qu' on pense , la France est loin d' y être hostile . Si , par exemple , on estime que la coopération politique doit , pour pouvoir se développer plus rapidement , être de temps à autre , à des intervalles pas trop fréquents , mais tout de même réguliers , traitée entre les plus hauts responsables entre eux et entre eux seuls , j' en suis pour ma part partisan et suis prêt , non pas à en prendre l' initiative , mais à en parler avec nos partenaires .

Si nous arrivons effectivement à avoir une politique européenne vis-à-vis , de , tous les autres , de tous les tiers , à ce moment la voie sera ouverte .

En ce qui concerne ce contrôle démocratique , eh bien c' est une affaire difficile . Chaque fois que l' on propose des solutions , on s' aperçoit qu' elles ne sont pas adéquates . Je dirai simplement que tant qu' il n' y aura pas un exécutif européen réel , il ne peut pas y avoir un Parlement européen réel . Cela n' enlève rien aux possibilités de développement de l' action de l' Assemblée parlementaire de Strasbourg , mais cela marque les limites dans lesquelles cette action , actuellement , ne peut pas ne pas être enfermée .

. - Il y a deux aspects dans votre question . L' affaire de la politique régionale et la question de savoir si la France est la grande bénéficiaire , la profiteuse , comme on dit , du Marché Commun . Je vous sais gré de ne pas avoir cité le Marché Commun agricole , mais tout le monde sait bien que c' est de cela qu' il s' agit .

Alors , je vais commencer , si vous le voulez bien , par faire le point là-dessus et peut-être étonnerai - je .

Il ne faut pas oublier que lorsqu' a été créé le Marché Commun agricole , en même temps les 6 pays ont accepté que soient supprimées toutes les barrières douanières en matière industrielle . Or , pour vous donner un chiffre , les échanges de produits manufacturés entre la France et la République fédérale , avant 1958 , étaient très légèrement déficitaires . A la suite de la réforme monétaire de 1958 , ils étaient même équilibrés , ils sont à l' heure actuelle , à notre détriment , de près de 7 milliards de nos francs - 700 milliards d' anciens francs - cela au profit de la République fédérale . Je ne lui en veux pas , je le constate .

En ce qui concerne l' Agriculture , je puis vous dire que la production agricole française a crû depuis l' instauration du Marché Commun d' environ 93 % , que la moyenne , au sein de la Communauté , est de 96 % et qu' en Hollande , par exemple , sa progression est de près de 150 % . Je puis vous dire que chaque agriculteur français a , en gros , reçu à travers le Marché Commun agricole , depuis maintenant plus de quelque quinze ans , 2000 de nos francs et que l' agriculteur néerlandais , lui , a reçu quelque chose comme 10000 de nos francs . je puis vous dire qu' à l' hectare nous sommes , le Luxembourg mis à part , le pays qui a eu le moins de subventions . le puis vous dire que la progression des exportations agricoles allemandes a été au moins égale à la progression des exportations agricoles françaises . Evidemment , la base de départ n' était pas la même et donc les quantités ne sont pas les mêmes . Mais ce n' est pas notre faute si les plaines du bassin Parisien sont plus aptes que telle autre région européenne à l' agriculture , pas plus que nous ne reprochons à tout le bassin Rhénan , à toute la Rhur , d' être mieux doués pour la grande industrie et le grand commerce international que telle de nos régions françaises .

Au total , je ne fais de querelles en ce domaine à personne et je souhaite qu' on ne nous en fasse pas , et en particulier que la Grande-Bretagne , permettez - moi de vous le dire , monsieur Hargrove , reconnaisse que l' augmentation des prix mondiaux , en ce qui concerne les prix alimentaires , fait qu' elle s' alimente à meilleur compte au sein de la Communauté qu' elle ne se serait alimentée sur le marché international .

Le véritable profit pour tous , c' est le développement économique et commercial extraordinaire . Il a été inégal mais il a été partout important . Et , par conséquent , je crois que nous pouvons tous nous féliciter du développement de la Communauté et que nous n' avons pas à compter , sou par sou , n' est - ce pas , comme les Auvergnats ou les Ecossais celui qui a le plus gagné ou celui qui a le plus perdu . Nous y avons tous gagné et c' est bien d'ailleurs pour cela que la Grande-Bretagne et d' autres pays ont voulu y entrer .

Quant à la régionalisation ou , plus exactement , quant à l' aide aux régions défavorisées , dire que nous en avons pris l' initiative serait exagéré , mais , en effet , à la demande notamment du Premier ministre britannique , j' ai pris , et le Gouvernement français a pris une attitude positive à la Conférence de Paris . C' est affaire de discussions et je ne vais pas aujourd'hui abattre mes cartes mais nous ne serons pas forcément farouches , cela dépendra des deux partenaires et de leurs rencontres .

- J' ai répondu tout à l' heure et je n' en dirai pas davantage .

Le jour où il y aura une politique de l' Europe , il y aura forcement un problème qui se posera de la défense européenne . Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs . Pour l' instant , l' effort que fait chacun de nos pays , soit par lui - même , soit au sein de l' Alliance atlantique , cet effort , finalement , converge pour aider à la sécurité de l' Europe . Ainsi que je l' ai déjà dit , cette sécurité est liée également à l' alliance -des Etats-Unis et donc à la présence de troupes américaines en Europe . C' est évident , et cela n' est contraire à aucune formulation gaulliste ou pas gaulliste . Mais le problème d' une défense européenne autonome , véritablement autonome et se suffisant à elle - même , n' est pas pour aujourd'hui .

- J' ai vu le Président Nixon à Reykjavik en Islande . Il faisait moins froid qu' on ne me l' avait dit . Les intentions du Président Nixon sont les siennes et il va de soi que s' il vient en Europe et surtout s' il vient en France , il sera accueilli comme doit être accueilli le Président des Etats-Unis . Cela dit , ce voyage pose d' autres problèmes , à l' échelle cette fois - ci européenne . le n' ai pas la possibilité de prendre les décisions tout seul , et il faut que les 9 s' entendent à cet égard . le souhaite que tout le monde comprenne que cette entente des 9 est favorable à l' Europe et n' est dirigée contre personne , et notamment pas contre les Etats-Unis .

En ce qui concerne - il y a une deuxième partie dans votre question - les rapports entre les Etats-Unis et l' Union soviétique , il est évident que l' évolution de ces rapports a changé beaucoup de choses . Nous ne pouvons que nous en féliciter sur un point qui est celui de la détente , et qui est celui , par conséquent , de la paix . Nous ne pouvons pas ne pas nous poser des questions , ces questions auxquelles on nous répond de façon rassurante , mais enfin la loi de la politique et la vie des Etats c' est d' envisager toutes les hypothèses . Aussi est - il nécessaire de voir les dangers qu' il pourrait y avoir dans ce rapprochement si ce rapprochement devait aboutir à une sorte de condominium ou s' il devait aboutir à la neutralisation de l' Europe ; tout le monde , les Américains , les Soviétiques également , m' ont affirmé qu' il n' en était rien , je m' en félicite , mais je ne peux pas ne pas évoquer des hypothèses et des possibilités et en tirer un certain nombre de conséquences qui sont pour la France , avant tout , de rester vigilante et de poursuivre son effort propre en faveur de son indépendance et pour sa défense .

...

. - Ce sera si vous le voulez bien la dernière question de politique étrangère . Oui , je reviens de Chine , vous le savez d'ailleurs , madame . N' attendez pas de moi que je vous dessine une grande fresque de la Chine . Le général de Gaulle l' a fait dans cette même salle , en décembre 1964 , et je me garderai bien de rivaliser . N' attendez pas de moi non plus que je vous fasse le portrait des dirigeants chinois , ce serait parfaitement indécent . Tout ce que je puis vous dire c' est que j' ai trouvé des hommes maîtres de leur pensée , qui savent ce qu' ils veulent et qui , je crois , m' ont parlé librement . On m' avait beaucoup dit de la Chine que c' était le pays de l' uniformité . Ce n' est pas tout à fait aussi vrai qu' on me Pavait dit et il y a plus de couleurs et de variétés dans les rues de Pékin et de Shanghai que je pensais , bien que ça ne ressemble pas , je dois le dire , au caractère extravagant de certaines rues parisiennes . Mais enfin il y a la recherche d' une uniformité et je me suis demandé pourquoi . Et après d' autres sans doute , je crois avoir trouvé l' explication .

Je pense que les dirigeants chinois se sont inspirés à la fois de leur histoire et de la situation qu' ils ont trouvée . L' histoire de la Chine , c' est l' histoire de la division et de ses efforts permanents pour réaliser son unité . Et d' autre part la situation qu' ils ont trouvée c' est une situation d' anarchie , de corruption et d' inégalités sociales incroyables . Pour toutes ces raisons , ils ont cherché dans l' uniformité à la fois à rendre visible l' unité nationale chinoise et en même temps à établir l' égalité comme base de la société chinoise . Il va de soi que ces formules n' empêchent pas que le niveau de vie des Chinois ne soit très inférieur au nôtre . Quoi qu' on pense de la société de consommation , ils ont encore un long chemin à parcourir avant de s' en plaindre . Il va de soi aussi que le régime chinois n' est pas transposable en France pas plus que le régime français n' est transposable en Chine . La dimension des problèmes , les niveaux que nous avons atteints , la dimension même des pays et des populations rendent une telle hypothèse absurde . Mais il faut reconnaître que le régime chinois a éliminé , ou semble en tout cas avoir éliminé définitivement ces risques de famine et de catastrophes qui étaient si fréquents dans la Chine d' autrefois . De quoi avons - nous parlé ? Eh bien , d'abord des problèmes internationaux car il se trouve que nous avons des points communs et que nous ne voulons pas être des « régionaux » , comme on a dit . La France s' intéresse à tout , et même à l' Extrême-Orient . La Chine qui est entrée récemment dans ce qu' on appelait le concert des nations , la Chine s' intéresse à tout , y compris à l' Europe . Donc nous avons parlé de tout et nous avons trouvé un certain nombre de points importants sur lesquels nous étions parfaitement d'accord : l' indépendance des nations , la nécessité d' une défense nationale vigilante , le respect des faibles , le refus de l' hégémonie de qui que ce soit , de la soumission à qui que ce soit , et bien d' autres points encore y compris l' aide aux pays sous-développés . Je me suis souvent expliqué sur ces questions , il n' est pas utile que je m' y étende . On a voulu dire que nous étions en désaccord sur le problème de l' Union soviétique . Qu' on veuille bien considérer d'abord que les situations ne sont pas les mêmes . La Chine a 8000 kilomètres de frontière avec l' Union soviétique et avec l' extrême est de l' Union soviétique . Elle a des problèmes frontaliers . Elle a des querelles idéologiques . Elle ne peut donc pas avoir exactement le même point de vue que la France , située dans ce petit cap qui s' appelle l' Europe occidentale , et qui , comme je le disais tout à l' heure , a entrepris résolument une politique d' entente avec l' Est et entend la poursuivre tout en restant indépendante et vigilante .

Nous ne sommes donc pas tout à fait du même avis sur l' appréciation de la détente . Nous y croyons , me semble - t - il , plus que les dirigeants chinois , mais ce n' est pas une raison pour ne pas constater les accords profonds et en particulier le fait que la Chine et la France entendent l' une et l' autre être maîtresses de leur destinée .

Nous avons parlé aussi de questions bilatérales dans tous les domaines : culturel , technique , scientifique , économique . Vous savez peut-être qu' un contrat a été signé ou est sur le point de l' être dans un domaine de technologie avancée qui confie à des sociétés françaises un marché de 1 milliard deux cents millions de francs actuels , plus de 120 milliards d' anciens francs . C' est le plus gros contrat , je crois , qui ait jamais été conclu . Donc , nos rapports économiques ne sont pas négligeables , sans être pour autant comparables à ceux que nous pouvons avoir avec nos partenaires de la Communauté .

Nous avons parlé de tout cela et nous avons voulu , les uns et les autres , progresser et nous progressons , en fin de compte . Ce voyage avait aussi un caractère symbolique : c' était la première fois qu' un Chef d' Etat occidental était reçu officiellement à Pékin , c' était la première fois qu' un Chef d' Etat européen était reçu à Pékin . Cela avait la valeur de symbole et je crois que cela n' a pas déçu .

Puisque vous m' avez posé cette question que j' attendais plus tôt , eh bien , madame , c' est l' occasion pour moi de remercier le Président Mao-Tsé-toung , le Premier ministre Chou En-Lai et le peuple chinois de l' accueil exceptionnel qui m' a été réservé .

...

... Il ne faut pas mélanger les choses . On les a trop mélangées . Je m' étonne qu' on n' ait pas , que vous n' ayez pas fait allusion à un rapprochement entre nos attitudes dans l' affaire tchèque et dans l' affaire chilienne . Dans l' affaire tchèque nous avions pris position , dans l' affaire chilienne nous n' avons pas pris position ouvertement sur le changement de Gouvernement et on y a vu quelque chose d' analogue : les difficultés d' aller vers le socialisme libéral . Cela n' a pas de rapport .

Dans un premier cas , la Tchécoslovaquie , on ne sait pas exactement ce qui se serait passé , et c' est évidemment une intervention extérieure qui a arrêté l' expérience . C' était donc une affaire internationale et la France ne pouvait pas ne pas prendre position . Dans le cas du Chili , c' est une affaire intérieure et , par conséquent , nous trouvons d' autres problèmes . Et d'abord celui de la reconnaissance . Vous dites : il y a reconnaissance . je m' obstine à dire , après d' autres , que la France ne reconnaît pas les Gouvernements , elle a des relations avec les Etats . Naturellement , quand apparaît un Etat nouveau , elle est bien obligée de le reconnaître . Les Etats avec lesquels elle a des relations , elle peut les rompre , mais elle n' a pas en tout cas à reconnaître un Gouvernement . Nous ne reconnaissons pas le Gouvernement chilien , nous avons des relations avec le Chili comme nous avions des relations avec le Chili de monsieur Frei , excellentes ; avec le Chili de monsieur Allende , excellentes . Nous avons et continuons d' avoir des relations avec le Chili tel qu' il est ou tel qu' il sera .

Il n' en est pas moins vrai que certains aspects des événements chiliens nous touchent , dans la mesure où il apparaît que des vies humaines sont sacrifiées et tout d'abord celle du Président Allende . Il y a eu dans ces derniers mois ou ces dernières années des endroits où on a tué et beaucoup plus de gens encore , et on en a moins parlé , je ne sais pas pourquoi , mais enfin c' est un fait . Cela , nous le regrettons profondément et nous faisons de notre mieux , d' une part pour protéger les Français qui sont au Chili , d' autre part pour accueillir des étrangers qui viennent se réfugier dans notre ambassade et pour essayer d' agir auprès des représentants du Gouvernement actuel dans le sens de l' humanité et de la pacification . Nous faisons de notre mieux . Nous n' approuvons nulle part la violence , mais nous ne cherchons pas non plus à imposer notre régime démocratique à d' autres et nous ne cherchons pas de modèle chez autrui . Nous n' en cherchons pas , voilà le problème , n' est - ce pas , et imprudents sont ceux qui ont été en chercher , car il faut bien dire , et tout problème d' humanité mis à part , l' expérience tentée par le Président Allende , s' il n' y avait pas eu de putsch , allait probablement , et j' ose dire certainement , à l' échec . C' est un fait que l' inflation avait atteint le rythme de 400 % alors que nous trouvons un rythme de 8-9 ou 10 % intolérable . C' est un fait qu' une grande grève ouvrière avait vidé de ses réserves ce Gouvernement qui se disait et se voulait socialiste . C' est un fait que le Président Allende qui en était , ne l' oublions pas , à son 231 Gouvernement avait introduit l' armée en tant que telle dans son ministère , avait confié par exemple le portefeuille de l' Intérieur au chef d' état-major de l' armée de terre .

Imaginez que je le fasse , monsieur , que dirait - on . que dirait - on ? A partir du moment où l' on introduit l' armée dans la politique , où on s' appuie sur elle de cette manière , on prend des risques et des risques terribles . Cela n' enlève rien , je le répète , à l' émotion que nous pouvons avoir devant certains actes ou certains événements . Ce qui me chagrine , ce n' est pas qu' on brûle les œuvres de Pablo Nureda . Elles survivront . Nous avons connu d' autres régimes qui brûlaient les œuvres , et ce n' est pas aux œuvres que cela a nui finalement . Ce qui me fait de la peine , c' est que ce grand poète soit mort à ce moment , bien qu' il soit mort de maladie . Je me rappelle que , quand il nous a quittés , il est venu me voir et puis il m' a écrit et non pas simplement comme ambassadeur mais comme ami , figurez - vous . Voilà . Il ne faut pas aller chercher de modèle ailleurs . Nous avons notre propre modèle qui est français , qui consiste à essayer de faire progresser notre peuple dans la liberté , vers plus de justice et dans de meilleurs rapports humains . A quoi cela correspond - il , après tout , sinon à notre devise de « Liberté , Egalité , Fraternité » ? je n' en connais pas de plus belle . Nous ne cherchons à l' imposer à personne mais nous essayons de l' appliquer chez nous et nous continuerons .

Rechercher un autre mot
Ses mots préférés
Les mots les plus spécifiques de son discours
réserves
atomique
convertibilité
chinois
arme
affaire
autogestion
sujette
conséquent
stock
pouvons
cherchons
faillite
animait
vigilante
raisons
évident
vulnérable
francs
balances
félicite
dérivera
chilienne
montres
uniformité
devise
centrales
tirage
combattants
système

MESURE DU DISCOURS - Logométrie - Mentions Légales - UMR 7320 : Bases, Corpus, Langage - Contact