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Plutôt que de dire " Que c' est immoral , que c' est laid , le populisme ! " , confortablement installés dans le sentiment d' appartenance à une élite si arrogante , comprenons ces craintes et apportons des réponses concrètes : réforme de Schengen , régulation de la mondialisation , gouvernement économique , taxe sur les mouvements financiers ... La réponse à la souffrance des peuples et aux peurs doit être concrète , pragmatique , en prise avec la réalité , en aucun cas moralisatrice et donneuse de leçons .

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N. Sarkozy - 4 mai 2011

Je n' aime pas le mot " austérité " . Pourquoi ne faudrait -il choisir qu' entre l' austérité et le laxisme ? Et s' il fallait simplement suivre le chemin de la raison ? La France a créé 1 million de postes de fonctionnaires depuis le début des années 1990 : c' est déraisonnable . Nous en avons supprimé 150000 depuis 2007 et il faudra poursuivre cette politique , parce que la France a un montant de dépenses publiques trop élevé . Le problème , notamment dans l' éducation , n' est plus la quantité de fonctionnaires , mais la qualité de leur rémunération et de leur formation , ainsi que la redéfinition de leur mission : ce sera un beau débat pour la prochaine présidentielle ...

Je n' ai pas été élu pour que la France fasse l' aumône ou tende la main . Je demande aux Français de regarder ce qui se passe en Grèce , en Irlande , au Portugal et même aux Etats-Unis . La France a 1 590 milliards d' euros de dettes et paie 45 milliards d' euros d' intérêts par an . Si l' on n' avait pas fait la réforme des retraites et le " un sur deux " dans la fonction publique , la France ne serait plus notée " triple A " , ce qui nous permet d' emprunter à 3-6 % , quand la Grèce emprunte , elle , à 16 % à échéance de dix ans .

Ceux qui disent qu' ils reviendront sur la réforme des retraites mentent aux Français . Ceux qui disent qu' il faut embaucher des fonctionnaires et augmenter nos dépenses mentent aux Français . Nous avons réduit cette année notre déficit de 14 milliards d' euros de plus que prévu : il faut continuer . Ce n' est pas de l' austérité , c' est de la raison . Et il est temps pour la France d' être raisonnable après trente-cinq années de budget présenté en déficit .

Autre débat , la réforme fiscale ...

Nous avons exonéré de droits 95 % des successions . C' est conforme à l' idée que je me fais du travail et de la famille . L' ISF a une valeur symbolique , parce que la France n' est pas un pays anglo-saxon . Mais son taux de 1-8 % faisait fuir des capitaux dont nous avons besoin . D' où le bouclier fiscal . La réforme engagée est équilibrée , avec un ISF maintenu , payé à partir de 1-3 million d' euros de patrimoine - et non plus de 790000 euros - et des taux qui ne seront plus confiscatoires puisqu'ils seront ramenés à 0-5 % . Cela s' appliquera dès 2011 .

Pour financer la réforme , le taux de la dernière tranche sera relevé de 5 points pour les successions les plus importantes . Avec ce système , nous sommes le seul pays d' Europe à garder un impôt sur la fortune . Arrêtons donc de culpabiliser sur le thème de la " France injuste " . Nous serons le pays d' Europe où la redistribution est la plus forte .

Il y a deux ans , j' ai dit qu' il y avait un problème de partage de la valeur dans l' entreprise . Sans les salariés , pas de création de valeur . Le gouvernement a demandé aux partenaires sociaux d' en discuter et je constate que , deux ans après , ces discussions n' ont pas abouti , ayant à peine commencé . J' entends l' argument qu' il faut préserver la compétitivité et donc modérer l' évolution des salaires . Avec la crise , il y a eu 500000 chômeurs de plus . Aujourd'hui , la reprise s' amorce : 42 500 chômeurs de moins en trois mois , une croissance 2011 qui devrait être aux alentours de 2 % . Au nom de quoi les salariés n' en profiteraient - ils pas ?

Les 34000 entreprises de plus de 50 salariés auront donc deux obligations , si - et seulement si - elles ont distribué au titre de l' exercice 2010 plus de dividendes qu' au cours des deux années précédentes : discuter avec les partenaires sociaux et verser une prime dont le montant sera fixé librement par elles , mais qui sera exonérée de charges sociales jusqu' à hauteur de 1200 euros . Pour les entreprises de moins de 50 salariés , il n' y aura aucune obligation , mais la possibilité de bénéficier de ce dispositif leur sera ouverte . Le général de Gaulle a subi les mêmes attaques que nous quand il mit en place la participation , en 1967 . Paul Huvelin , dirigeant du CNPF à l' époque , déclara : " La participation ferait courir à l' économie française des risques insupportables en affaiblissant et en désorganisant les entreprises " . Je dis aux Français : je n' ai pas cédé sur la réforme des retraites , qui était difficile , parce que c' était l' intérêt général ; je ne céderai pas sur cette prime , parce que c' est une question de justice .

Je souhaite et j' espère qu' ils seront très nombreux . Le périmètre des sociétés de plus de 50 salariés représente huit millions de salariés . Connaissez - vous beaucoup d' entreprises qui ont réalisé en 2010 moins de bénéfices qu' en 2009 et 2008 ? Seuls les bénéfices distribués en dividendes sont à prendre en compte , pas ceux réinvestis dans l' entreprise , bien sûr .

Oui , même si on me dit qu' il peut y avoir un problème juridique de rétroactivité : il faudra le régler , mais pas en sacrifiant le pouvoir d' achat des salariés en 2011 . Je comprends le sentiment d' injustice que ressentent ceux à qui on demande des efforts au moment de la crise et qui n' auraient plus le droit à rien au moment de la reprise ! Mon devoir est d' imposer la justice dans les faits .

Il y a de la souffrance , à cause de la crise , et il est bien naturel qu' en tant que chef de l' Etat , les insatisfactions se tournent d'abord vers moi . Mais je dirige la France , qui préside le G 8 et le G 20 : croyez - vous que j' ai le temps de me livrer à un exercice aussi narcissique ? Par ailleurs , si je doute beaucoup , je redoute assez peu . Je dois douter dans mon travail , puis surmonter mes doutes pour trouver des solutions .

Devant chaque problème , je m' efforce de trouver la bonne réponse . Se demander si une initiative va plaire ou déplaire , ce n' est pas l' idée que je me fais du rôle de chef de l' Etat . Devant la crise , les révolutions arabes , la réforme de l' Europe , j' ai un devoir d' Etat , celui de prendre et expliquer des décisions , je n' ai pas le loisir de penser à mon " lien personnel " . Je suis en questionnement perpétuel sur ce que je fais , je ne m' interroge pas sur mon image . Je pense d'ailleurs depuis bien longtemps que la meilleure communication , ce sont les résultats et les faits .

Oui , mais pas parce que c' était mon programme , parce que j' y croyais et que j' y crois encore : réhabilitation du travail , refus du partage du travail , rétablissement de l' autorité et de la sécurité , refus de l' assistanat ... Evidemment , il y a eu la crise , qui a rendu les choses plus difficiles , mais j' ai tout fait pour mettre en oeuvre mes engagements et , au total , je crois que , collectivement , nous y sommes parvenus pour une large part , grâce aux efforts des Français . Avec le Premier ministre François Fillon , nous n' avons reculé sur aucune des réformes difficiles : service minimum , autonomie des universités , retraites ... Même en matière de pouvoir d' achat , au risque de vous surprendre , les résultats sont encourageants : la France est l' un des seuls pays du monde développé où , selon l' Insee , il a progressé pendant la crise , y compris dans la fonction publique , avec une hausse de 3-6 % en 2009 et de 2 % en 2010 .

2011 doit être une année utile . Je l' ai promis , c' est mon devoir ! Avec la prime sur le partage de la valeur ajoutée , la réforme de l' ISF , celle des tribunaux correctionnels avec les jurys populaires , bientôt celle de la dépendance et le plan en faveur de l' emploi et du développement de l' apprentissage , ce sera le cas . " Pause " n' est synonyme ni d' immobilisme ni de préparation des prochaines échéances électorales , mais le Parlement doit à mon sens prendre du temps pour délégiférer , car il y a trop de lois , trop de normes , trop de règlements , qui achèvent de décourager l' initiative et la créativité dans notre pays .

La France a proposé Dominique Strauss-Kahn parce que c' est un homme de qualité , pas seulement parce qu' il est français . Je me réjouis toujours de voir un Français à la tête d' institutions internationales . De même , j' ai proposé Mario Draghi pour la Banque centrale européenne parce qu' il est excellent , pas seulement parce qu' il est italien , même si nous nous sentons si proches de l' Italie .

Oui . Voilà pourquoi je n' ai pas voulu faire appel . Je ne serai pas représenté à ce procès et ne ferai aucun commentaire sur celui - ci .

Je me réjouis tous les jours de travailler avec Alain Juppé comme ministre des Affaires étrangères ... J' apprécie sa compétence et son sens de l' Etat . Je prends donc comme un compliment sa remarque .

A quoi serviraient les regrets ? Ce qui est sûr , c' est qu' il est un atout majeur pour la diplomatie française .

C' est un homme crédible qui dit des choses justes ! Cependant , je suis le dernier à pouvoir exprimer quelque désir que ce soit quant à la prochaine élection présidentielle . Je suis président . J' exerce la fonction , j' ai donc un devoir que n' ont pas les autres . Cela s' appelle la servitude du pouvoir . Je n' ai pas le droit de me livrer à des calculs si loin d' une échéance qui n' est pas encore dans la tête des Français .

Il faudra laisser aux Français un temps suffisant pour faire leur choix . Dans les deux cas que vous évoquez , les Français auront le temps .

J' apprécie beaucoup le travail effectué par Jean-François Copé et l' aide de cette formation politique voulue par Jacques Chirac , qui fusionna enfin la droite et le centre , mais , en tant que président , je n' ai pas le droit d' inscrire mon action dans le cadre de l' UMP . Plus le temps passe , plus je me sens indépendant de mes amitiés , de mes fidélités , et serein face à l' adversité . Président de la République , cela s' apprend à chaque minute et , forcément , cela modifie la vision que l' on a des choses . C' est si difficile et si grave .

C' est une fonction qui ne l' est pas . J' imagine que François Hollande a voulu être désagréable . C' est son droit . C' est le mien d' essayer d' élever le débat . Il y a tant de gens pour l' abaisser .

La France a toujours été la cible des terroristes . Depuis les années quatre-vingt , il n' y a pas eu de période où elle a été épargnée : prises d' otages , attentats ... La réponse , c' est d'abord la fermeté : on ne cède pas , on combat les terroristes . Il n' y a pas de compromis possible entre le terrorisme et les démocraties , il n' y a pas de juste milieu . Il faut combattre de manière frontale , sans aucune compromission , cette forme moyenâgeuse de barbarie . L' élimination d' Oussama Ben Laden est un succès historique , mais hélas ce n' est pas la fin d' Al Qaeda et de son idéologie de haine . Le combat contre les criminels qui s' en réclament doit rassembler tous les Etats , notamment musulmans , qui sont confrontés à ce fléau . Ensuite , il faut soutenir de toutes nos forces l' émergence de la démocratie dans les pays arabes . Elle sera la meilleure réponse à ces fanatiques qui se nourrissent aussi de l' absence de liberté d' expression . La rue arabe qui s' exprime pour la démocratie et la non-violence est la meilleure nouvelle pour les démocraties , et la pire pour les obscurantistes . L' énergie négative et les frustrations accumulées des années durant par ces sociétés jeunes et comprimées vont disparaître avec l' enracinement de la démocratie , qui engendrera la croissance et le progrès économique .

Rassembler est une nécessité . Il n' y a pas de rassemblement possible avec les terroristes , mais on ne peut exclure des courants politiques ou religieux qui irriguent ces sociétés , dès lors qu' ils respectent les règles de la démocratie . Quand il y eut la transition démocratique en Espagne , dans les années soixante-dix , c' est le successeur désigné de Franco , le roi Juan Carlos , qui en fut le centre . En Libye , Mouammar Kadhafi est disqualifié pour incarner si peu que ce soit l' avenir , mais poser comme postulat qu' aucune personnalité liée au régime ne pourra plus exercer de responsabilité serait une erreur : le système est en place depuis 41 ans ! Le président du CNT était lui - même ministre , ce qui ne l' empêche nullement d' être une personnalité remarquable .

L' Etat français ne paie pas de rançon et ne cède pas aux chantages . C' est une question de principe . Mais il y a un autre principe auquel je suis attaché : toute vie est sacrée . Si un journaliste de L' Express était pris en otage , ne seriez - vous pas prêt à payer ? Et si votre actionnaire disait " non , c' est trop cher " , comment réagiriez - vous ? C' est quand vous rentrez dans ce raisonnement concret que vous pouvez mesurer la difficulté des décisions à prendre . Si une entreprise engage des moyens pour sauver l' un des siens , c' est une décision que je comprends et que je respecte .

Non , il n' y a pas encore de " succès " . Le " succès " , ce sera quand les Libyens auront la liberté de choisir leur avenir . Nous sommes ici à un tournant de la politique étrangère menée par la France depuis la fin de la colonisation . J' accepte volontiers la critique de n' avoir pas vu d' emblée toute la portée de ce qui est devenu la révolution de Jasmin en Tunisie , même si je me demande qui , dans le monde , l' a vue . On reprochait à François Mitterrand ou à Jacques Chirac , puis à moi - même , de discuter avec Ben Ali en Tunisie . Mais n' oublions pas que la plupart des opposants au régime étaient accueillis en France et que nous devions avoir des relations avec le gouvernement en place . Ce qui s' est passé en Tunisie nous a obligés à réfléchir . De même pour l' Egypte . Du général de Gaulle à Jacques Chirac , la politique de la France envers cette région tournait autour d' un mot : la stabilité . Plutôt des régimes non démocratiques que le risque d' une dictature fanatique : tel était le raisonnement . Aucune intervention n' était possible de l' extérieur , car on ne fait pas une révolution par procuration . Cette fois , les peuples ont pris en main leur destin , comme en Europe de l' Est jadis : c' est Lech Walesa , c' est Václav Havel qui ont changé le cours des choses , pas l' Occident . De même pendant la Révolution française : quand le peuple a décidé d' en finir avec la monarchie , il l' a fait sans aide extérieure . Tant que les peuples ne se manifestaient pas , nous ne pouvions le faire à leur place . Depuis le début de mon mandat , j' ai assumé la continuité de la politique française . Aujourd'hui , nous avons décidé une rupture qui me semble à la hauteur des événements que nous vivons : quand les peuples demandent leur liberté , la France sera à leur côté . La stabilité est un objectif à atteindre par la démocratie et le respect des droits de l' Homme ; ce n' est plus une réalité à préserver au prix de tant d' injustices . Au nom de la stabilité , certains de mes prédécesseurs préféraient deux Allemagne et le maintien de l' Union soviétique ...

Elle s' améliore sur le front militaire : le Conseil national de transition est mieux organisé et la violence sauvage des séides de Kadhafi ne leur permet plus de progresser . Sans notre intervention , le sort de Benghazi aurait été dix fois pire que celui de Srebrenica . Il y eut alors 8000 morts , sous les yeux de la communauté internationale ; Benghazi compte près d' un million d' habitants , et Kadhafi aurait tenu sa promesse d' être sans pitié , comme il l' a montré à Misrata en bombardant à l' aveugle les habitations civiles . Aujourd'hui , ses troupes reculent , les tribus s' éloignent de lui et seul le climat de terreur qui règne à Tripoli , avec des mercenaires snipers sur les toits , empêche la ville de se révolter . La France a souhaité l' intensification des frappes sur les objectifs militaires afin d' obtenir une véritable négociation politique et diplomatique . C' est la seule façon de contraindre le régime de Kadhafi à faire rentrer ses soldats dans les casernes . Quant au CNT , il doit continuer à s' ouvrir à tous les courants de la société . Une fois ces étapes franchies , nous laisserons les Libyens construire la nouvelle Libye . Ce doit être une affaire de quelques mois .

Une fois atteints les objectifs militaires , il faudra que les discussions politiques s' engagent . La France prendra dans les semaines qui viennent l' initiative d' une grande conférence des amis de la Libye , pour construire l' avenir de ce pays , avec toutes ses composantes politiques , y compris , s' il le faut , des membres issus du régime de Kadhafi , à condition qu' ils aient rompu avec lui et qu' ils n' aient pas de sang sur les mains . Ce n' est pas la même chose de servir un régime parce qu' on a peur , et d' être complice de ses crimes . Si nous voulons isoler Kadhafi et accélérer les ralliements au CNT , il faudra faire preuve d' ouverture .

Non . Les démocraties ne peuvent agir ainsi . C' est un centre de commandement qui a été frappé , pas un homme . La même question s' est posée pour Laurent Gbagbo , un dictateur qui a voulu plonger son pays de 21 millions d' habitants , dans la guerre civile . L' éliminer aurait été un crime , nous ne l' avons pas voulu et nous avons tout fait pour protéger son intégrité . J' approuve le président Ouattara , qui veut réconcilier les Ivoiriens et prend dans son équipe des anciens membres du parti de Gbagbo . Le monde progresse . Sa gouvernance , grâce à l' ONU , est plus efficiente . Aujourd'hui , un dictateur sanguinaire sait qu' il ne restera pas impuni . Il en sera ainsi au Yémen , où le président Saleh va devoir partir .

Le comportement du régime est inacceptable . Il n' y a pas d' avenir dans la violence contre le peuple , dans les tirs à balles réelles contre des manifestants . Ce qui se passe en Syrie est profondément choquant .

Non , car il suffit de regarder une carte pour voir que la Syrie est un acteur majeur du Proche Orient . La main tendue de la France a permis l' arrêt des attentats au Liban , l' élection démocratique d' un président , Michel Sleimane , la tenue d' élections législatives libres , la formation du gouvernement de Saad Hariri , et l' ouverture d' ambassades de Syrie à Beyrouth et du Liban à Damas . Nous avons discuté en toute transparence avec Bachar al Assad et nous avons obtenu ces résultats . Mais à la minute où il réprime son peuple dans le sang , la main tendue se referme . C' est ce qui fait la force et la cohérence de notre politique .

Nous n' accepterons pas qu' un régime envoie l' armée contre des manifestants pacifiques . Pour autant , il n' est pas nécessaire , devant des réalités politiques différentes , d' agir à chaque fois de la même façon . Il faut être lucide , l' intervention militaire restera l' exception , elle ne peut être la règle . Pour la Syrie , nous allons agir pour l' adoption des sanctions les plus sévères . Ce sera efficace . Au Yémen , où l' Arabie Saoudite est influente et fait un bon travail , la fin du régime est inscrite . En Libye , il n' y avait pas d' autre moyen face à un régime qui annonçait le massacre de son peuple . C' est ce que j' ai dit au président Barack Obama pour lui expliquer les raisons d' une intervention qui était devenue urgente .

On ne force pas un ami et un allié ... Même si la volonté d' intervenir de la France différait de la sienne , parce que les Etats-Unis ont d' autres préoccupations que l' Afrique du Nord . Ils sont de l' autre côté de l' Atlantique , alors que nous sommes Méditerranéens .

La situation du président Obama n' est pas facile . On lui reproche à la fois sa présence en Afghanistan et son " absence " en Libye . J' ai regretté le départ des avions américains du ciel libyen ; je me réjouis de l' arrivée de leurs drones . Nous avons besoin d' eux , même si eux et nous n' avons pas toujours les mêmes priorités .

C' est pourtant ce que nous avons fait en Côte d' Ivoire . Je crois en une autre ligne de force de la politique française : il est de notre responsabilité de crédibiliser l' ONU . Le monde du XXIe siècle a besoin d' un système onusien qui marche , qui ne soit pas un sabre de bois . L' outil nécessaire d' un monde multipolaire , c' est l' ONU . La France gagne en influence en jouant la carte des Nations Unies , en jouant plus collectif . De même avec le retour de la France dans l' Otan , que certains m' ont reproché car il était censé nous faire perdre notre souveraineté ; c' est une grande satisfaction de voir qu' il n' en a rien été : c' est la France et la Grande-Bretagne qui exercent aujourd'hui le leadership dans l' OTAN en Libye .

Je ne le pense pas , mais le monde est devenu multipolaire . Il ne peut plus et ne doit plus être dominé par une seule superpuissance . J' aime les Etats-Unis , leur culture , le dynamisme américain . Français et Américains se ressemblent plus qu' ils ne l' imaginent , parce que ce sont les deux seuls peuples qui ont une conception universaliste de leur message . La Chine avec son immense peuple , l' Inde avec sa diversité , le Japon avec le poids de son économie : aucun de ces pays ne cherche à exporter ses valeurs , n' a l' ambition de l' universalité . La France et les Etats-Unis , si .

Il y a le poids des années Bush , marquées par l' unilatéralisme . Et puis les défis économiques mettent les problèmes intérieurs au premier plan , face à ce géant émergent qu' est la Chine .

Je dois écouter toutes les critiques et tenir compte de toutes les opinions . Je souris néanmoins quand on me dit que je fais jouer un trop grand rôle à Bernard-Henri Lévy , qui est de gauche , qui a soutenu Ségolène Royal en 2007 et dit qu' il ne votera pas pour moi . Il y a une tradition française d' engagement des intellectuels , qui est à l' honneur de notre pays . Pourquoi leur reprocher un réel courage ? Souvenez - vous de son engagement en Bosnie où il a emmené François Mitterrand à Sarajevo : j' ai approuvé à l' époque ! Quand la France est intervenue pour la Géorgie , en août 2008 , afin que les chars russes s' arrêtent à 40 km de Tbilissi , les intellectuels comme Bernard-Henri Lévy ou André Glucksman étaient là : c' est salutaire et c' est à l' honneur de la France d' avoir des intellectuels qui s' engagent . Ils ne dirigent pas pour autant notre politique étrangère . Bernard-Henri Lévy est allé en Libye et a amené les dirigeants rebelles à Paris : je m' en réjouis . Mais il n' est pas mon porte-parole et je ne suis pas le sien .

Premièrement , c' était une erreur de mettre la fin de la colonisation comme préalable à la discussion entre Israël et la Palestine . La France est sans ambiguïté contre la colonisation , mais cela n' a pas de sens de mettre son arrêt comme préalable à toute discussion , parce qu' on sait très bien qu' au terme de la négociation , certains territoires pourraient revenir à Israël , d' autres à la Palestine , dans le cadre d' un échange agréé . La question des frontières entre les deux Etats est donc fondamentale . Deuxièmement , ce sont les Israéliens et les Palestiniens qui feront la paix , pas les Occidentaux . Troisièmement , la paix ne se fera pas si les Etats-Unis ne s' impliquent pas davantage . Quatrièmement , les Américains ne réussiront pas seuls . La rencontre de septembre à Washington fut une erreur , car il n' y avait ni Dmitri Medvedev , ni Angela Merkel , ni David Cameron , ni la France ... Cinquièmement , je vais parler cette semaine à Benjamin Netanyahou ; il doit , selon moi , dire plus clairement que les Palestiniens ont droit à leur Etat et agir en conséquence . La France attend de lui qu' il prenne le risque de la paix . Durant toute ma vie politique , j' ai été un ami d' Israël , mais il n' y aura pas de sécurité pour Israël sans un Etat palestinien viable , démocratique et moderne .

L' Europe doit s' engager politiquement et pas seulement financièrement . Nous allons prendre une initiative avant l' été , avec les Européens , pour relancer , avec les Américains , le processus de paix , parce que l' Europe ne peut être le premier payeur pour la Palestine et demeurer un nain politique dans ce dossier . Je veux dire mon soutien au président Mahmoud Abbas , et ma satisfaction de le voir agir pour rassembler son peuple , car rien ne sera possible sans la réconciliation palestinienne . La France veut que le processus de paix soit relancé avant le rendez-vous difficile de septembre à l' ONU .

Si le processus de paix reprend durant l' été , la France dira qu' il faut laisser les protagonistes discuter sans bousculer le calendrier . Si , à l' inverse , le processus de paix est toujours au point mort en septembre , la France prendra ses responsabilités sur la question centrale de la reconnaissance de l' Etat palestinien . Depuis 20 ans , on connaît les paramètres de la paix et on n' a guère avancé . L' idée qu' on a le temps est une idée dangereuse . Il faut conclure . Il y a deux bonnes nouvelles : la réconciliation palestinienne autour de Mahmoud Abbas et le mouvement démocratique dans les pays arabes . Israël ne peut se contenter de faire du développement économique dans les territoires occupés . Le devoir des amis d' Israël est de lui dire la vérité . Et la vérité , c' est qu' il n' y aura pas de sécurité pour Israël sans un Etat palestinien démocratique à ses frontières .

Plus le temps passe , plus je me sens engagé dans l' idéal européen ; je le suis davantage qu' au début de ma carrière politique , et même plus qu' au début de mon mandat . J' ai appris qu' on ne peut pas faire les choses seul , quelle que soit la force de la France . La défense et la pérennité de notre modèle de société passe par le renforcement de l' Europe . Le principal danger pour l' Europe : l' immobilisme . La priorité , c' est d' intégrer les Balkans : ne laissons pas un Etat en partie musulman seul au coeur de l' Europe .

Pour le reste , vous connaissez ma position : l' élargissement à la Turquie serait un contresens historique et géographique . La géographie fait l' Histoire , la démographie accélère l' Histoire . Enfin , il faut poursuivre l' intégration économique de la zone euro . Le débat entre fédéral et confédéral n' a plus de sens , car il faut les deux : du fédéral dans la zone euro , avec le gouvernement économique que nous avons mis en place ; du confédéral pour ceux qui ne sont pas dans la zone euro , car plus nous serons nombreux en Europe , plus il faudra de la souplesse .

Je crois en Schengen , mais le système doit évoluer , il est aujourd'hui en bout de course . Avec les perspectives démocratiques en Afrique du Nord , nous devons être prêts à former des étudiants , accueillir des hommes d' affaires ; mais accepter tout le monde , comme le disent les socialistes français , non , c' est tout l' équilibre de notre système social qui serait mis en cause . Ces pays ont besoin de leurs élites pour se développer . Qui gère Schengen à Bruxelles ? Personne . Qui évalue Schengen aux frontières ? Personne . Qui évalue les bonnes pratiques dans Schengen ? Personne . Sangatte , en 2002 , c' était comme Vintimille aujourd'hui : des Kurdes , des Irakiens , des Somaliens qui voulaient aller en Angleterre . Nous avons mis cinq ans à régler le problème . L' Europe doit aider l' Italie à faire de même avec les Tunisiens . La France , le pays le plus généreux en matière d' asile , fera des propositions au Conseil européen de juin . Après les premières élections dans les nouvelles démocraties d' Afrique du Nord , il faudra des règles d' immigration concertées et un développement économique partagé . Si un pays européen ne peut garder ses frontières , la question de la suspension provisoire de Schengen doit être posée sans tabou .

Pourquoi dites -vous " en Europe " ? Que sont les Tea Parties ? Et Sarah Palin ? Et Hugo Chavez ? Plus le monde est un village , plus les peuples prennent conscience que leur sort dépend de ce qui se passe à l' autre bout du monde , et plus ils sont attachés viscéralement à leur territoire . Contrairement aux prévisions , la mondialisation a renforcé le besoin d' enracinement . L' un des plus grands intellectuels français du XXe siècle , Lévi-Strauss , a dit : " L' identité n' est pas une pathologie . " C' est la clef . Les citoyens du monde comprennent qu' ils sont interdépendants , mais ne veulent pas d' une culture aplatie . Or l' interdépendance crée une identité , une culture moyennes , ce qui nourrit une crainte et donne des mouvements comme les " vrais Finlandais " . Plutôt que de dire " Que c' est immoral , que c' est laid , le populisme ! " , confortablement installés dans le sentiment d' appartenance à une élite si arrogante , comprenons ces craintes et apportons des réponses concrètes : réforme de Schengen , régulation de la mondialisation , gouvernement économique , taxe sur les mouvements financiers ... La réponse à la souffrance des peuples et aux peurs doit être concrète , pragmatique , en prise avec la réalité , en aucun cas moralisatrice et donneuse de leçons .

Analysons précisément les faits : sur 1900 cantons en jeu , 2 cantons seulement ont été gagnés par le FN . Et encore , cette formation n' a pas obtenu davantage de voix qu' aux régionales de 2010 . Au premier tour , parce que ça ne compte pas , certains de nos concitoyens peuvent avoir le sentiment qu' on peut voter FN pour manifester ses insatisfactions . Mais il faut prendre conscience qu' il n' y avait jamais eu dans l' histoire du monde , depuis 1945 , une crise comme celle que nous avons traversée , touchant tous les secteurs et toutes les régions . N' ayons pas de suffisance face à ce phénomène , ne répondons pas aux peurs en faisant la morale - c' est insupportable . Quand je vois qu' on en appelle à Tariq Ramadan , qui est un fondamentaliste , pour répondre à Le Pen ! Je me demande si certains voient le décalage entre ce qu' ils disent et ce que vivent les Français .

Claude Guéant a eu raison de ne pas en faire une question idéologique : la population active de la France augmente de 110000 personnes par an . C'est-à-dire qu' avant de faire reculer le chômage d' une unité , il faut avoir déjà créé 110000 emplois ! Avec nos difficultés à fournir un travail à tous nos nationaux , et un chômage à 23 % pour les étrangers non communautaires , nous devons nous poser la question de l' immigration légale : c' est du bon sens . Je ne dirais pas la même chose si je dirigeais l' Allemagne , où il y a 100000 actifs de moins par an . Je n' ai jamais été pour l' immigration zéro , car les civilisations s' effondrent par la consanguinité et non par le " melting pot " . Mais nous devons adapter l' immigration économique à ces réalités et faire en sorte que notre formation professionnelle réponde aux besoins de notre économie .

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